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Publié le
21.3.21
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Virgul
On remonte un peu loin les matous. 1977 carrément, soit deux années après Les Dents de la Mer de Spielberg. Surfant sur la vague de la menace marine, un réalisateur anglais va livrer une vision très différente de l'affrontement entre un homme lui aussi prédateur et une créature capable de ressentir une souffrance ici clairement palpable. Entre anthropomorphisme et tragédie moderne, ce récit profond, magnifié par une musique envoûtante, restera dans les mémoires sous le nom de...
Orca
Nolan et son équipage vivent des requins qu'ils capturent pour les revendre à des parcs aquatiques. Un jour, Nolan fait la rencontre de Rachel, une belle océanologue, dans des circonstances mouvementées, une orque tuant un requin sous leurs yeux. Nolan, fasciné, se met en tête de capturer l'un de ces fantastiques épaulards qui pourraient lui rapporter un bon prix. Mais rien ne se passe comme prévu. Une femelle orque est grièvement blessée, le petit qu'elle attendait meurt alors qu'elle-même va agoniser pendant des heures, sous les yeux du mâle, blessé à l'aileron.
L'orque, fou de douleur, attaque le navire de Nolan, endommageant sérieusement le rafiot et causant la mort d'un des membres d'équipage.
Revenu à terre, Nolan, bien que touché par la disparition de l'un de ses amis, prend d'abord les choses à la légère. Mais suite à des attaques répétées contre les navires du port où il réside, et aux informations que lui délivre Rachel, il prend conscience peu à peu que l'orque est en quête de vengeance.
Bientôt, les villageois eux-mêmes, excédés par la perte de leurs navires et la disparition du poisson dont ils vivent, font pression sur Nolan pour qu'il aille affronter "son" orque.
L'homme, d'abord réticent, comprend, après un nouveau drame, qu'il n'a pas le choix. Il devra affronter celui dont il a tué la famille sur son territoire... en pleine mer.
Wow.
Avec tout de même près d'un demi-siècle au compteur, ce film de Michael Anderson est loin d'être totalement daté, il reste même par certains côtés étonnamment moderne. Dans la thématique, tout d'abord, qui soulève avec brio le problème de la cause animale. Dans sa réalisation, aussi, certaines images étant tout simplement sublimes. Quant à la musique, elle est d'une redoutable et enivrante beauté, mais il faut dire que lorsque l'on fait appel à Ennio Morricone, on est rarement déçu. Le compositeur italien livre ici une bande son magistrale et poignante, soulignant le drame qui se noue. Enfin, le final, dans un environnement épuré et glacial, est aussi dérangeant qu'infiniment triste, le héros (dont on ne sait s'il s'agit de l'homme ou du cétacé) ne pouvant échapper à un funeste destin.
Bon, il y a tout de même des imperfections, c'est vrai. Le début notamment, est très vite expédié. Il faut dire que le film, qui ne fait qu'un peu plus d'une heure et trente minutes, n'est pas très long en soi. Entre la découverte de l'existence des orques (ou du moins de leurs spécificités) par Nolan et son projet qui tourne mal, il se passe très peu de temps. La montée de la grogne chez les villageois est également relativement rapide. Du coup, certes on ne s'ennuie pas, mais on perd sans doute parfois un peu en subtilité. L'aspect "sentiments humains" est également sans doute exagéré. Difficile de croire, même si elle semble légitime, qu'un animal puisse mettre en œuvre une telle vengeance. Mais bon, c'est une fiction, et cette liberté prise avec la réalité n'est nullement nuisible au récit.
De plus, l'efficacité est là. La scène du début, atroce, où la femelle perd son petit n'a rien perdu en impact. Un impact encore rehaussé par cette souffrance lancinante, incroyablement rendue par la profonde mélancolie de la mélodie principale de Morricone (qui risque de vous hanter longtemps).
En tant que félin, vous imaginez bien que je ne suis pas très versé dans la poiscaille... hmm ? Oui, ce sont des mammifères, pas des poissons, m'enfin, si ça vit dans l'eau, que c'est gaulé comme un poisson et que ça a une trogne de poisson, perso, j'appelle pas ça des gaufres.
En fait, l'orque est une espèce de dauphins. C'est un animal social, qui vit en petits groupes. Il possède un langage élaboré (propre à chaque groupe) et est un redoutable chasseur. Sa réputation de tueur sanguinaire est toutefois usurpée, car comme le loup, il ne s'attaque jamais à l'homme.
Cet animal est aujourd'hui menacé principalement par la pollution et... les Nolan bien réels.
Un excellent film, à découvrir si ce n'est déjà fait.
Miaw !
Publié le
5.2.21
Par
Virgul
Nous sommes en 1993 les matous ! Harold Ramis sort son quatrième film en tant que réalisateur. Un film qui va largement dépasser l'aura de son pourtant déjà culte Bonjour les Vacances ou de son futur Mafia Blues. Avec Groundhog Day, Ramis, sans le savoir, va offrir à la pop culture l'un de ses monuments. Drôle, caustique, efficace et émouvant, ce film, sorti en France sous le titre Un Jour sans Fin, méritait bien de faire partie de notre sélection. Accrochez-vous à vos gouttières, car l'on va vous révéler comment un scénariste méconnu à offert à Bill Murray l'un de ses meilleurs rôles, tout ça en partant d'une histoire de... vampire !
Un Jour sans Fin
Phil Connors est un présentateur météo, sur une petite chaîne locale de Pittsburgh. Comme chaque année, il doit couvrir un événement qu'il considère comme barbant : la fête de la marmotte, à Punxsutawney.
Accompagné d'un caméraman qu'il prend de haut et d'une productrice qu'il trouve jolie mais qu'il ne parvient pas à draguer, Phil se rend dans ce qu'il considère comme la capitale des ploucs. Après une nuit passée sur place, il expédie son "reportage" et ne peut s'empêcher de faire étalage de son cynisme. Malheureusement, un blizzard imprévu l'oblige à passer une nuit de plus dans l'hôtel qu'il était pressé de quitter.
Le lendemain, tout se déroule exactement comme la veille. Phil rencontre les mêmes personnes, entend les mêmes phrases, met le pied dans les mêmes flaques... bien que cela semble fou, il est obligé de se rendre à l'évidence : il revit la même journée. Encore. Et encore.
Cette idée, très simple à la base (il n'y a plus jamais de lendemain ni de conséquences), permet en fait non seulement de bâtir une des meilleures comédies des années 90, mais aussi de s'aventurer vers des domaines philosophiques riches et excitants. Car, au fil de cette journée, répétée encore et encore, Phil va passer par bien des états. Dans un premier temps, Phil a peur. Il est confronté à un événement incompréhensible qu'il ne peut admettre. Il pense même devenir fou. Il panique, veut absolument sortir de cette boucle temporelle insensée, mais, après un moment, il comprend aussi quels avantages il peut en retirer. Pouvant tout tenter, puis corriger le lendemain, il drague et assouvit des désirs au final peu satisfaisants. Après s'être offert quelques plaisirs faciles, il se met en tête de conquérir la belle Rita, sa productrice. Pendant des jours et des jours, il tente inlassablement de la séduire, apprend de ses erreurs et corrige son comportement et ses répliques. Rien n'y fait pourtant, cet amour, basé sur une tromperie, n'aboutira pas...
Phil, lassé par ses échecs, terrifié par cette même journée qui revient, encore et encore, l'empêchant de bâtir une relation solide avec qui que ce soit, tente de se suicider. De mille manières. Mais là encore, il se réveille, toujours, à 6h00, le matin de la fête de la marmotte, à Punxsutawney. Après être passé par tous les états possibles (simple peur, volonté de briser le cercle vicieux et de trouver de l'aide, envie de profiter d'un fol avantage, désespoir le plus noir...), Phil va se lâcher vraiment, s'abandonner et enfin explorer vraiment toutes les possibilités qui s'offrent à lui, en apprenant le piano ou la sculpture sur glace, mais aussi et surtout en apprenant à s'intéresser aux autres.
Si vous n'avez jamais vu Un Jour sans Fin, rassurez-vous, je ne vous ai rien révélé qui puisse gâcher votre découverte. Regardez ce film, il vaut le coup. Il fait partie de ces œuvres, rares, qui sont intemporelles et vous font du bien, parce qu'elles ont un fond de pureté et de beauté bien réel.
Tout cela ne tient pas à grand-chose parfois. Car en fait, Danny Rubin, le scénariste à l'origine de ce film, a tout d'abord pensé à l'état d'esprit des... vampires. Éternels, ces derniers devaient en effet avoir un rapport très particulier aux autres, au monde, au... temps. À partir de quand les vampires devenaient-ils aigris ? Ou résignés ? Ou désespérés ? Ou fous ?
Mais voilà, mettre en scène les égarements d'un vampire, sur plusieurs siècles, ça a un coût au cinéma. Il faut notamment des décors et des costumes variés, sans parler des effets spéciaux. C'est alors que le scénariste va avoir l'idée de représenter l'éternité, et les tourments qui l'accompagnent, non comme une ligne temporelle infinie mais comme une seule journée, revenant sans cesse. Un jour... sans fin. Miaw !
Il me reste à aborder un élément technique, concernant un point que vous n'avez peut-être pas remarqué : ce bégaiement, ce même jour qui revient en boucle, encore et encore, n'est jamais expliqué. Et c'est une très bonne chose. En effet, certaines histoires sont basées, parfois, sur des éléments scientifiques ou fantastiques qui la sous-tendent, voire même la justifient. Dans ce cas-là, un auteur devra forcément fournir une explication logique à un événement particulier, à l'existence d'une créature, etc. Mais, dans certains récits, l'élément fantastique n'est qu'un révélateur, ou un déclencheur, sa cause n'a alors que peu d'importance. Pire, s'attarder sur la cause d'une boucle temporelle, par exemple, pourrait détourner l'attention de l'essentiel. Ici, en l'occurrence, les émotions successives ressenties par Phil, puis sa lente transformation. Ce jour qui se répète n'est qu'une allégorie, une métaphore, qui se suffit à elle-même et a pour but de nous mettre face à nos habitudes, nos renoncements, nos jugements faciles, nos dérives, voire même notre cynisme.
Presque comme dans un conte asiatique, c'est quand Phil lâche enfin prise, quand il n'est plus fixé sur son but (sortir de la boucle temporelle ou conquérir Rita), qu'il parvient enfin à être heureux. Il obtient alors ce qu'il pensait nécessaire (Rita et ce "demain" tant espéré), non parce que ce sont des moyens pour lui de s'accomplir, mais parce que, s'étant pleinement réalisé, il cueille les "fruits" de son accomplissement.
Presque comme dans un conte asiatique, c'est quand Phil lâche enfin prise, quand il n'est plus fixé sur son but (sortir de la boucle temporelle ou conquérir Rita), qu'il parvient enfin à être heureux. Il obtient alors ce qu'il pensait nécessaire (Rita et ce "demain" tant espéré), non parce que ce sont des moyens pour lui de s'accomplir, mais parce que, s'étant pleinement réalisé, il cueille les "fruits" de son accomplissement.
Un Jour sans Fin, bonne comédie et film philosophique ? Ben... oui. Les œuvres ouvertement dramatiques et ampoulées sont rarement les plus marquantes. Parfois, un "petit" film de genre, sans prétention affichée, peut vous bouleverser, vous faire réfléchir et vous hanter pendant... une vie entière.
Publié le
15.12.20
Par
Virgul
Remontons un peu le temps. Nous sommes en 1986 et niveau ciné, cette année va proposer du lourd. On est dans le fucking futur les matous ! Ce que l’on voit sur grand écran est juste dingue. Top Gun et Aliens, notamment, défoncent le box-office à la rentrée. Et au milieu de ces mastodontes, une petite comédie d’aventure qui semble ne pas faire le poids : Les aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin. S’il va se goinfrer bien méchamment dans les salles, ce film de John Carpenter va par contre connaître un grand succès bien plus tard, en VHS puis DVD.
Big Trouble in Little China
Jack Burton est un héros très… particulier. C’est un routier qui aime blablater sur la CB (la citizen-band, 73-51 la station !) et est habillé comme le plouc lambda, mais sympathique, qu’il est. On est alors très loin d’un Marion Cobretti qui va apparaître dans le même moment dans les salles, ou d’un John McClane encore en gestation, qui ne viendra buter du terroriste germanique que deux ans plus tard.
Kurt Russel est d’ailleurs parfait dans ce rôle non pas d’anti-héros, mais de "pas héros du tout". Le mec subit, il est maladroit, un peu lourd, pas forcément très futé ni très fort d’ailleurs… bref, un type normal, mais qui a bon fond et veut bien faire. Et qui se la raconte un peu, forcément.
Carpenter, lui, se fait plaisir dans ce long métrage très second degré, qui rend hommage, entre autres, au cinéma de Hong Kong bien avant qu’il ne se popularise réellement en Occident. L’intrigue oscille entre burlesque bon enfant, fantastique light et action trépidante (presque trop parfois, avec un montage nerveux et un rythme plus que soutenu).
Tous les ingrédients sont là pour faire de ce film un divertissement parfait : de la castagne qui reste tout public, des effets spéciaux plutôt bien fichus pour l’époque, un personnage principal ultra-charismatique, une jolie demoiselle pas si en détresse que ça, et un humour qui fonctionne aussi bien sur les répliques que les gags visuels. Presque du Tintin, le côté déconneur et sexué en plus.
Aujourd’hui presque unanimement respecté et reconnu comme précurseur, Big Trouble in Little China est en plus auréolé de cette indéfinissable nostalgie qui baigne ces phénoménales années 80 où tout explosait, devenait plus grand, plus fou, plus novateur…
Mais c’est aussi un film très bien réalisé et qui ne se prend pas au sérieux. Une sorte de pastiche-hommage à un moment où les héros étaient encore des héros de BD… et à une époque où la BD n'était elle-même encore pas tout à fait sérieuse. Ce n’est pas un hasard si Watchmen et The Dark Knight Returns vont sortir cette année-là et signer une plongée vers quelque chose de plus âpre, plus sombre, plus douloureux. Jack Burton, son côté loser, son "non-héroïsme", ses gaffes – et son look négligeable plus que négligé – est l’un des derniers grands personnages à la fois populaire, non réaliste et profondément optimiste. Il est l’antithèse d’un Joe Hallenbeck. Il peut boire sans devenir alcoolique, se coltiner des méchants maousses sans risquer de passer l’arme à gauche, et se taper la jolie avocate en prime (qui s’appelle Gracie Law, parce que dans ce monde-là, l’on porte les noms que l’on mérite). Il est la pop culture dans son état originel. Notre regard d’enfant sur le monde.
Signe qui ne trompe pas, à l’époque, Jack Burton obtient tout de même la note de 15/20 dans le magazine Hebdogiciel. Ce qui reste impressionnant tant l’on sait combien cette publication était féroce, notamment avec les films qui se voulaient trop bas de plafond ou racoleurs.
Si vous voulez tenter de prolonger le plaisir, sachez qu’il existe des comics Big Trouble in Little China (25 épisodes, par Eric Powell, avec la bénédiction et la participation de Carpenter himself), une série Old Man Jack (en 12 épisodes, avec toujours Carpenter et Anthony Bunch au scénario), et enfin une mini-série (6 épisodes, par Greg Pak) développant un crossover entre Jack et… Snake Plissken. Et hop, double ration de Russel !
Mais bon, ne vous y trompez pas, ces BD ont été réalisées trop récemment pour être baignées dans ce parfum si capiteux et unique. Le vrai Jack, lui, est encore là-bas... dans les années 80.
— Jack, comment on va s’en sortir ?
— J’en ai aucune idée.
Publié le
19.10.20
Par
Virgul
Si vous ne l'avez pas encore lu, je vous conseille le premier Chat dans le Culte. Et sinon, on passe tout de suite au sujet principal, avec une comédie mythique.
Miaw !
La Chèvre
Deuxième film de Francis Veber en tant que réalisateur (après Le Jouet), La Chèvre sort en 1981 et va devenir l'une des grandes comédies culte du cinéma français. Elle met en scène le personnage de François Perrin (Le grand blond avec une chaussure noire, On aura tout vu...), une variante de François Pignon (L'emmerdeur, Les compères, Les fugitifs, Le dîner de cons...). À noter que François Perrin/Pignon n'est pas un même protagoniste vivant différentes aventures, mais bien une sorte d'archétype de personnage lunaire, naïf, maladroit, voire parfois un peu benêt.
Ça raconte quoi ?
La fille du PDG d'une grande entreprise disparaît alors qu'elle est en vacances au Mexique. Son père a beau tout tenter pour retrouver sa trace, rien n'y fait. L'un de ses employés a alors l'idée de lui présenter François Perrin, un individu particulièrement malchanceux. Or, la jeune fille disparue a la particularité d'être elle aussi une incroyable poissarde. La théorie étant que deux malchanceux chroniques vont se prendre les mêmes portes dans la figure, trébucher sur les mêmes obstacles, et donc avoir un parcours similaire. Désespéré, le PDG accepte de tenter cette mission de la dernière chance. Il engage Perrin en lui faisant croire que, grâce à son bon sens et son flair, il est en charge de retrouver sa fille. En réalité, il doit servir d'appât, de "chèvre", et Campana, un véritable détective privé, expérimenté et bourru, se charge de l'accompagner pour vérifier les résultats de cette improbable expérience.
Ça fonctionne comment ?
L'on est ici sur du très classique, à savoir l'opposition de deux personnages foncièrement différents, obligés de coopérer et de se supporter. C'est ce que l'on peut retrouver déjà dans La Grande Vadrouille, avec le gentil et naïf Bourvil et le plus dirigiste et colérique De Funès. Mais, ce n'est pas tout. Ici, le duo ne fonctionne pas seulement sur sa disparité mais également sur sa relation asymétrique, l'un en sachant plus que l'autre. Principe que l'on retrouvera, bien plus tard, dans L'Opération Corned Beef, alors que Jean Reno est obligé de supporter le pontifiant Clavier qui ne comprend rien à la situation. Le fait que Campana sache réellement les raisons pour lesquelles Perrin a été engagé participe bien entendu aux ressorts comiques.
Enfin, dernier point, Perrin est ici particulièrement sûr de lui. Loin du Pignon du Dîner de Cons, qui se rend compte qu'il gêne ou que l'on se moque de lui et est conscient de ses limites, de ses défauts, Perrin, dans La Chèvre, est suffisamment niais pour se prendre au sérieux, pérorer et même sermonner un Campana pourtant bien plus efficace que lui.Pourquoi c'est encore bon aujourd'hui ?
Là encore, pas de surprises : casting béton, avec un Pierre Richard et un Gérard Depardieu excellents dans leur propre registre, et surtout une écriture (de Veber, qui signe le scénario également) à la hauteur, avec un nombre de gags (et de gags efficaces !) qui devrait faire rougir les scribouilleux poussifs qui écrivent la plupart des "comédies" françaises actuelles. Le film dure seulement 1h35, ce qui n'est pas énorme (La Grande Vadrouille ou L'Opération Corned Beef, cités plus haut, durent respectivement 2h12 et 1h45), pourtant, il est tellement dense que l'on n'a aucunement l'impression qu'il est si bref. Et, fait rare, les situations comiques perdurent jusqu'à la fin, sans forcément cet emballement qui vire au burlesque et que la plupart des auteurs ou réalisateurs se croient forcés d'employer pour donner un effet de crescendo qui, bien souvent, rend le récit absurde.
La petite anecdote en sus
À l'origine, c'était Lino Ventura et Jacques Villeret qui étaient pressentis pour incarner Campana et Perrin, mais Ventura n'aurait apparemment pas été d'accord sur le choix de son collègue. Quand Depardieu est arrivé sur le projet, il a émis le souhait d'interpréter... Perrin. Veber ayant refusé, l'acteur s'est montré particulièrement insupportable durant le tournage. Enfin, selon la légende, parce qu'en réalité, Depardieu, aussi talentueux qu'il soit, c'est le genre à être chiant tout le temps, de base. Un type qui te pète dessus et qui trouve ça drôle, ça donne plus envie de lui mettre un coup de pied au cul qu'un César entre les mains.
Perrin, s'adressant à Campana, puis à un type qui l'a traité d'abruti, puis de nouveau à Campana, sous la plume de Francis Veber.
— Il m'a traité d'abruti, c'est une affaire entre lui et moi, je vous demande de ne pas intervenir. Vous m'avez traité d'abruti ?
— Oui.
— Je pratique les arts martiaux : judo, aïkido, karaté. La première chose qu'on nous apprend, c'est le contrôle. Un type me traite d'abruti, je ne cogne pas, je le regarde et je m'en vais.
— Et ben tire-toi alors.
— Hmf. Vous avez de la chance. Allez, prenez ce chariot et filez. Hmf... vous avez de la chance.
— Gros connard.
— Haha... vous avez de la chance...
— Pédé.
— Ffffiouuu. Je suis arrivé à un contrôle total, en route ! Pardonnez-moi cette démonstration de force, mais j'ai horreur qu'on me marche sur les pieds.
— Il m'a traité d'abruti, c'est une affaire entre lui et moi, je vous demande de ne pas intervenir. Vous m'avez traité d'abruti ?
— Oui.
— Je pratique les arts martiaux : judo, aïkido, karaté. La première chose qu'on nous apprend, c'est le contrôle. Un type me traite d'abruti, je ne cogne pas, je le regarde et je m'en vais.
— Et ben tire-toi alors.
— Hmf. Vous avez de la chance. Allez, prenez ce chariot et filez. Hmf... vous avez de la chance.
— Gros connard.
— Haha... vous avez de la chance...
— Pédé.
— Ffffiouuu. Je suis arrivé à un contrôle total, en route ! Pardonnez-moi cette démonstration de force, mais j'ai horreur qu'on me marche sur les pieds.
Publié le
3.8.20
Par
Virgul
Eh bien, voilà, après les
Parenthèses de Virgul, j’obtiens enfin ma deuxième rubrique bien à moi !
Qui s’appelle… Un Chat dans le
Culte. Cherchez pas, c’est de l’humour à la Nolt. M’enfin, ça a l’avantage d’annoncer
à peu près la couleur. Quant à l'illustration ci-contre, où je figure en compagnie de Mouf, eh bien... on a tenté de reproduire l'une des scènes culte d'une comédie encore plus culte. Et ça s'est bien passé. Enfin, pour moi en tout cas. Mouf, lui, a un peu ronchonné. Ce qu'ils peuvent être pénibles ces écureuils ! Bref, je vais donc vous parler d’œuvres assez anciennes, et,
ensemble, nous allons tenter de découvrir pourquoi elles ont marqué les
esprits.
Et on commence avec un petit
chef-d’œuvre, en apparence tout simple, mais sur lequel il y a pas mal de
choses à dire.
Garde à vue
Ce film de Claude Miller sort
en 1981. Il va à l’époque décrocher notamment le César du meilleur scénario et,
40 ans après, l’on peut constater qu’il n’a rien perdu de ses qualités. Et
pourtant, il n’y a ici aucune action frénétique, aucun effet spécial, pas de
fusillades, de poursuites, juste deux types discutant autour d’une table.
Par contre, en ce qui concerne
les types, on a rassemblé le gratin. Dans les deux rôles principaux, l’immense
Lino Ventura et un Michel Serrault impeccable, qui ne cabotine pas. Ou pas trop disons. Aux
dialogues, Michel Audiard, rien que ça ! Et pour orchestrer le tout, un
Claude Miller qui signe sans doute ici son film le plus intemporel, si ce n’est
le plus abouti.
Ça raconte quoi ?
L’histoire est relativement
simple. Le soir de la Saint Sylvestre, un flic convoque dans son bureau un
notaire, vaguement soupçonné d’avoir violé et tué une ou même plusieurs petites
filles. L’inspecteur Gallien (Ventura) va s’attaquer à un notable en apparence
banal mais, au fond, roublard et fuyant. Car Maître Martinaud (Serrault) a
beaucoup de choses à cacher.
Ça fonctionne comment ?
D’un point de vue pratique, le
film est d’une grande sobriété. Un décor unique (si l’on excepte de rares
flashbacks à l’ambiance onirique), très peu de personnages (à part les deux protagonistes principaux, l’on peut noter
surtout l’inspecteur Belmont, magnifiquement interprété par Guy Marchand), et
une question simple et lancinante : tient-on le coupable ?
Outre les dialogues, percutants et bénéficiant d'un humour fort bienvenu, désamorçant parfois certaines scènes très lourdes, le film joue sur un équilibre parfaitement dosé et une identification précaire, le spectateur étant tour à tour invité à se ranger du côté du flic qui cherche à arrêter un effroyable meurtrier,
puis incité à se mettre à la place d'un innocent sur qui pèsent d'épouvantables soupçons.
puis incité à se mettre à la place d'un innocent sur qui pèsent d'épouvantables soupçons.
C'est ce duel, non-manichéen, cette joute verbale de haute volée, faisant pencher la balance tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, qui fascine et séduit. Impossible, une fois que l'on a vu le début de cet échange, de ne pas aller jusqu'au bout. Pour savoir, enfin, et être délivré de cette garde à vue où, finalement, le spectateur lui-même est enfermé.
Pourquoi c'est encore bon aujourd'hui ?
Simple : tout dans ce film est intemporel. OK, ça tape encore à la machine, OK, les téléphones sont vieillots, mais ce sont là des détails insignifiants. Même les tenues, finalement (un costume, un smoking...) traversent les époques sans grands changements.
Et surtout, les thématiques (la volonté de coincer un prédateur d'un côté, le sentiment d'être injustement accusé de l'autre) fonctionnent à la fois sur le fond et sur la forme. Tout cela est très habile, et Martinaud va passer, tout au long de sa garde à vue, par des états qui vont générer des émotions très différentes chez le spectateur. Et un questionnement légitime. On VEUT savoir ce qu'il en est vraiment. Et le final est d'ailleurs magistral d'amertume et d'humanisme, tant le dernier cri de l'un des protagonistes va être poussé, en réalité, comme un appel à l'aide visant son "adversaire".
La petite anecdote en sus
La petite fille qui joue le rôle de Camille dans ce film, et qui a à l'époque 8 ans, est en réalité Elsa Lunghini, qui va faire une entrée fracassante dans le domaine musical quelques années plus tard, d'abord en interprétant la chanson T'en va pas, issue de la bande originale du film La Femme de ma Vie (1986), puis en sortant un album en 1988, contenant des titres comme Jour de Neige, Jamais nous, Un roman d'amitié, Quelque chose dans mon cœur ou encore À la même heure dans deux ans.
Belmont et Martinaud, sous la plume de Michel Audiard.
— En haut de l'escalier, il y a un couloir.
— Oui..
— Un long couloir.
— 15 mètres.
— Possible.
— Certain.
— Trois chambres, si je me souviens bien. Deux grandes et une petite.
— La chambre des enfants, la chambre d'amis et la nôtre. La chambre des enfants est restée vide, la chambre d'amis est devenue la chambre de ma femme, et la nôtre est devenue la mienne.
— En haut de l'escalier, il y a un couloir.
— Oui..
— Un long couloir.
— 15 mètres.
— Possible.
— Certain.
— Trois chambres, si je me souviens bien. Deux grandes et une petite.
— La chambre des enfants, la chambre d'amis et la nôtre. La chambre des enfants est restée vide, la chambre d'amis est devenue la chambre de ma femme, et la nôtre est devenue la mienne.




















