West Legends 2/6 - Billy The Kid
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"Je n'ai pas peur de mourir comme un homme, les armes à la main ;
mais je n'aimerais pas être tué sans armes, comme un chien."
Billy The Kid

Lors de la chronique sur le premier tome (ici), j'avais regretté que la série Western Legends ne commence pas par l'épisode sur le Kid... eh bien, à la lecture de cet album, je ne le regrette plus.
Bien qu'honnête, le tome sur William Henry Bonney (alias Billy The Kid) me semble moins fort et porteur que son prédécesseur consacré à Wyatt Earp.
La faute n'en revient pas au dessin (de Lucio Leoni et Emanuela Negrin) qui, même s'il me plaît un peu moins que celui de Lorusso dans le tome 1 (ce n'est ici qu'un point de vue subjectif), reste très maîtrisé et offre même, pour sortir un peu des cases autrement très conventionnelles, quelques panoramiques vraiment jolis et mis en couleur, comme pour le tome 1, par Najan.
Ce qui cloche, à mon sens, ce n'est même pas le scénario (de Christope Bec) qui est clair et bien découpé... mais malheureusement focalisé sur un épisode célèbre de la vie de Billy the Kid : la "Lincoln County War".
Les couvertures de cette collection sont très soignées et bénéficient,
comme c'est désormais habituel chez cet éditeur,
d'un pelliculage mat pour l'arrière plan
et d'un vernis sélectif sur le personnage principal.

La "Lincoln County War" est une guerre de territoire entre des factions rivales, qui s'est passée en 1878 au Nouveau Mexique.
Si ce qui n'est au fond qu'une querelle entre propriétaires terriens locaux devint célèbre, c'est à cause de la participation d'un certain nombre de pointures légendaires du six coup comme, précisément, Billy The Kid, les deux shérifs William Brady et Pat Garrett, le rancher John Chisum et les hommes d'affaires Alexander McSween et Lawrence Murphy. Avouez que le casting n'est pas dégueulasse et leur trognes sont bien restituées dans la BD qu'édite Soleil.
Cette querelle oppose deux bandes rivales... qui ne vont pas se défier dans un concours de danse, façon quadrille endiablé.
Un premier groupe, le plus ancien, rassemble Murphy et son associé James Dolan, qui avaient un monopole sur l'épicerie à travers le magasin de Murphy. Bien vite,
Le second groupe est lui composé de nouveaux arrivants dans le comté, le britannique John Tunstall et son associé McSween et John Chisum. En 1876, ils eurent l'idée saugrenue d'ouvrir un magasin concurrençant Murphy et Dolan...
Mais Murphy et Dolan avaient de leur côté le shérif du comté, William Brady, et le gang de Jesse Evans.
Qu'à cela ne tienne ! Tunstall et McSween avaient aussi leur propre détachement
pour les défendre : les Regulators (dans les rangs desquels on trouvait le Kid, terriblement reconnaissant envers cette espèce de famille qui l'avait recueilli, lui, l'orphelin) !
Le conflit fit plus d'une centaine de morts parmi les hommes de main... Et si Billy The Kid s'y lança dans une tuerie sanglante qui allait bien vite l'installer à la tête des Regulators, c'est pour venger la mort de Tunstall, assassiné par les hommes de Brady.


Et c'est un peu le souci de ce tome, ce me semble... le choix de cet épisode de la vie du Kid est certes bien plus évident que celui choisi pour évoquer Wyatt Earp dans le tome 1, mais toute l'histoire se résume, en fin de compte, à quelques gunfights et au siège de la maison d'Alexander McSween.

C'est intéressant, bien narré et les personnages (même secondaires) sont relativement bien caractérisés. Le format 72 pages permet en effet de faire suffisamment connaissance avec eux pour comprendre les relations interpersonnelles entre les protagonistes.
Mais au final, c'est bien ce qui est raconté qui joue un mauvais tour au livre. Ça se résume à une sorte de "Qui restera debout jusqu'à la fin de l'album ?" certes bien réalisé mais narrativement un peu pauvre.
Subsiste alors la présentation du Kid. Ayant été traumatisé par la mort prématurée de sa mère, il s'est vite construit une réputation de dur à cuir à la gâchette sûre et facile. L'album retranscrit plutôt bien sa progression au sein des Regulators et l'on sent qu'il inspire à ses alliés un mélange de respect pour sa valeur et de crainte pour son instabilité. Lancé dans une vendetta, le jeune homme semble inarrêtable et, au vu de sa courte biographie, il devait en effet avoir cette réputation.

Un album plaisant, au final. Mais qui m'a moins convaincu que le premier.




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une collection qui continue à sembler "luxueuse" avec une charte graphique un peu sépia vraiment élégante.
  • Une thématique de collection originale.
  • Une qualité de dessin assez évidente.
  • Une narration rythmée et claire malgré le nombre de protagonistes.
  • Un épisode certes marquant de l'ouest américain par le défilé de grandes figures qui y participèrent mais un peu limité, narrativement.
  • Un tome un rien en deçà du précédent.
Cold Pursuit
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Un film d'action, surtout avec Liam Neeson, qui ne se prend pas au sérieux et s'offre même le luxe d'être drôle... on prend !

Cold Pursuit, ou Sang Froid en français, est un remake d'un film norvégien. Sorti l'année dernière, il est réalisé par Hans Petter Moland qui reprend ici, plan par plan, le film original qu'il avait déjà mis en scène : Kraftidioten (Refroidis en VF). Les seules différences proviennent donc du lieu, le Colorado au lieu de la Norvège (le remake a en réalité été tourné au Canada), et des acteurs (Tom Bateman, excellent dans son rôle de trou du cul psychopathe, rejoignant Neeson au casting).

En ce qui concerne l'intrigue, tout commence lorsque le fils de Nels Coxman fait apparemment une overdose. Alors qu'il ne se droguait pas, ce qui est quand même rare. Le gentil papa, conducteur de chasse-neige, découvre qu'il a en fait été assassiné sur ordre de Viking, un baron de la drogue local.
Nels se met alors à remonter la piste et à dessouder tant bien que mal les hommes de main du fameux Viking. Mais ce dernier, croyant à une traîtrise d'une bande d'amérindiens avec qui il est en affaires, déclenche alors une guerre des gangs...

Alors, petit conseil mon Liam : quand on en est à scier la crosse et le canon d'une carabine pour améliorer l'aspect
"encombrement", je pense qu'on peut se permettre de virer la lunette, surtout pour une utilisation à bout portant.

Je sais bien que ça a l'air d'être du Neeson très classique, à base de "je me venge en butant tout le monde", mais pour une fois, c'est tout de même bien plus plaisant que ça. L'on est en fait ici à mi-chemin entre un (bon) Guy Ritchie et un film des frères Coen [1]. Les personnages sont haut en couleur, les dialogues bien écrits, les situations souvent drôles malgré leur violence, et le tout dans un cadre fort joli.
Notons aussi un Neeson un peu moins "larger than life", même si, pour un conducteur de chasse-neige, il s'avère plutôt doué dans le dézingage de voyous.

Tout en fait est particulièrement savoureux et soigné, jusqu'à des détails comme le décompte particuliers des (nombreux) morts. Ou la manière dont le casting est cité par ordre de "disparition", dans le générique final. Le seul bémol que l'on peut relever reste sans doute cette obligation d'en passer par un casting US et le (pseudo) Colorado pour faire connaître l'œuvre originale qui se suffisait pourtant largement à elle-même. On ne peut s'empêcher de penser que Cold Pursuit n'est finalement, malgré ses qualités, qu'une version plus commerciale et expurgée des petites aspérités qui faisaient pourtant en partie le charme du récit original.

En bref, Cold Pursuit est un bon film, mais aussi une belle pub pour Kraftidioten.


[1] L'affiche US du film norvégien (renommé In order of Disappearance) évoquait, elle, un Death Wish mêlé de Fargo, mais en plus drôle et... sanglant. Fargo, sans aucun problème, mais on est tout de même très loin, sur le fond et la forme, d'un Death Wish, que ce soit version Bronson ou Willis.





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • L'humour et le second degré.
  • Le cadre.
  • Les personnages.
  • Un copié/collé un peu inutile d'un (déjà) très bon film.
Revenge
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Brutal, gore, parfois inventif mais certainement pas sans défauts, Revenge rentre dans la catégorie des rares films français de genre qui ne sont ni des polars ni des comédies.

À la base, l'histoire est très simple : une nana, trois brutes bas de plafond, une propriété isolée, des hormones non-contrôlées... et un gros dérapage. Le titre à lui seul résume parfaitement ce long métrage de Coralie Fargeat. En gros, c'est du Death Wish mais sans l'environnement urbain et la moustache de Charles Bronson. Ce qui est par contre étonnant, c'est que là où certains voyaient dans la vengeance du vieux Charlie une horrible ode au fascisme (les bien-pensants ont tendance à pardonner bien peu aux victimes), certains journalistes croient reconnaître dans Revenge un brûlot féministe engagé et moderne.
Franchement, je ne pense pas qu'il y ait une autre volonté ici que celle de divertir. Ce n'est pas parce que la réalisatrice et le personnage principal sont des femmes que tout devient forcément "féministe" pour autant. Enfin, il faut l'espérer. [1]

Voyons un peu, pour commencer, les défauts de ce film. Le plus grand provient sans doute de l'écriture. Toute subtilité est sacrifiée sur l'autel de l'esthétisme. Les personnages déjà, caricaturaux au possible. Ils sont très souvent involontairement drôles, à commencer par Stan, qui regarde la nana de son pote comme si c'était un gâteau au chocolat après un mois de disette (non mais, vraiment, il faut voir ça, c'est tellement exagéré que l'effet tombe complètement à plat). Au niveau de sa psychologie, ce n'est guère mieux, puisqu'il se montre au départ particulièrement sadique (la "conversation" dans la chambre est assez flippante, et réussie pour le coup) pour finalement se comporter ensuite comme un benêt fragile et amorphe. Jen, le personnage principal, n'est guère mieux lotie. De bimbo décérébrée et allumeuse, elle passe en mode Rambo avec un manque de logique déconcertant.


La vraisemblance n'est pas la priorité non plus de Coralie Fargeat, qui signe ici également le scénario. La chute de Jen, du haut d'une falaise, aurait par exemple dû suffire à lui faire passer l'arme à gauche. Là en plus, elle s'empale sur la branche d'un arbre mort (j'espère vraiment que ce n'est pas une pseudo-métaphore phallique...), ce qui ne va nullement l'empêcher, malgré une blessure qui devrait s'avérer mortelle, de gambader joyeusement pour assouvir son désir de vengeance (la manière dont elle se "libère" est en plus totalement ridicule).
Bref, tout cela est très maladroit, presque enfantin... et pourtant, ce n'est pas si grave, du moins si l'on prend ce film pour ce qu'il est : un divertissement violent et purement jouissif qui ne s'embarrasse d'aucun message et bâtit peu à peu une course-poursuite pêchue à la forme léchée.

On en arrive tout doucement aux qualités. Fargeat, plus que les dialogues (pratiquement inexistants), le fond ou une quelconque intrigue, s'est attachée à soigner la photographie, le rythme, les images choc et les émotions. Dans le genre glauque et impactant, les gros plans de fourmis par exemple, pratiquement assommées par des gouttes de sang qui ressemblent à de terrifiants projectiles tombés du ciel, contribuent à installer un malaise durable. Ces changements d'échelle, loin d'être anodins, renforcent, malgré la distanciation apparente, la dureté des scènes ou le sentiment de menace diffuse.
Le grand final est également l'un des points forts du film tant il se révèle original, angoissant et sanglant jusqu'à l'absurde. Cette longue partie de cache-cache mortelle, à travers des couloirs qui se teintent peu à peu du sang des participants, vaut à elle seul le détour.

Au final, on passe un bon moment, on est surpris, dégoûté parfois (mais c'est volontaire) et l'on se dit qu'avec une écriture un peu plus rigoureuse et inspirée, l'on aurait pu avoir là un chef-d'œuvre au lieu d'une curiosité acidulée mais terriblement superficielle.
À voir tout de même.




[1] Une explication ne devrait pas s'imposer, mais de nos jours... elle s'impose. Ce que je veux dire par là, c'est qu'une condamnation du viol (même aussi peu évidente, car je rappelle que l'on est, dans ce film, plus dans l'action que la réflexion) est purement logique et va de soi. Pour tous. Ça n'a rien de "féministe" d'être contre le viol. C'est juste du bon sens. Au même titre que ne pas cramer une forêt n'a rien "d'écolo", c'est normal. Encore une fois, les gens se jugent sur ce qu'ils FONT, pas ce qu'ils SONT. Le sexe, la couleur de peau, l'origine, la religion ou je ne sais quoi encore n'obligent aucunement à se comporter comme une merde. La condamnation de maltraitances ou de crimes n'a donc rien à voir avec un quelconque mouvement politique ou une tendance, cela concerne tout être humain suffisamment évolué. Et puis soyons honnête, si c'est là l'expression du féminisme actuel, Aliens était alors bien plus (involontairement) engagé, et de manière ô combien plus inspirée, dans les années 80.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une forme esthétique et soignée.
  • Des idées de mise en scène originales et efficaces.
  • Un final barré, inventif et prenant.
  • Des personnages à la psychologie inexistante ou posant des problèmes de cohérence.
  • Des invraisemblances énormes.
  • Un effet comique involontaire par manque de subtilité.
Doggy Bags - Saison 2, tome 15
Par

ATTENTION, LA SORTIE DE CE NUMÉRO DE DOGGYBAGS EST REPORTÉE EN RAISON DES CONDITIONS ACTUELLES QUELQUE PEU PARTICULIÈRES. VOYEZ CECI COMME UNE AVANT-PREMIÈRE.
Quand même marrant, cette collection ne craint pas les zombie mais doit reculer devant un virus...
La fiction est décidément plus sympa que le monde réel.

Maintenant que Jean-Kévin lui-même sait ce qu'est DoggyBags (vu qu'il a lu ma précédente bafouille sur le sujet ici, voire même le formidable article du génial Nolt ), il n'est plus guère utile de revenir sur la description de ce qui se veut une série d'anthologie de bandes dessinées fantastico-comico-trasho-réalistico-critico-gores.
Pour faire court, c'est toujours chez Ankama et dirigé par Run (Mutafukaz), sous le label 619 (celui qui a imaginé entendre "Booyaka, Booyaka !" a toute ma sympathie mais doit soigner son addiction aux mecs musclés et masqués parce que c'est chelou).


Doggybags, c'est 3 histoires en BD parfois rassemblées sous un thème particulier, une ou plusieurs nouvelles, quelques articles sur des sujets particuliers et des fausses pubs bien marrantes.
Ce coup-ci, le thème est incontestablement le racisme aux U.S.A. et ce n'est pas la couverture du volume qui viendra me contredire en se permettant d'afficher Jean-Kévin dans sa tenue de fantôme supposée rappeler les confédérés tombés durant la Guerre de Sécession. D'ailleurs, deux histoires sur trois dans ce tome impliqueront d'une façon ou d'une autre le K.K.K. (Kentucky Krying Kitchen... si, je t'assure, Jean-Kévin !). D'ailleurs, les gars, c'est de l'arnaque, cette couv' du recueil qui reprend celle de la dernière histoire. Comment j'illustre le tome et l'histoire séparément, moi ?
Bon, ben... Comme illustration du tome, je vous file ce carton de tir livré en fin de recueil. C'est pour moi, ça me fait plaisir.

Parlons vite de ce qui n'est pas bédéistique.
L'édito nous offre un avis de Run pas inintéressant sur certains aspects de la société américaine actuelle. Bien qu'amoureux des States, le gars n'en est pas moins critique et tape sans doute assez juste sur certains points. Dommage, d'ailleurs. On aimerait qu'il ait tort...
La nouvelle intitulée L’œil de l'Amérique me prouve une fois de plus que toutes mes chroniques sont liées puisqu'elle parle elle aussi des quatre cavaliers de l'Apocalypse, comme la mini-série Good Omens dont je parlais ici il y a quelques jours à peine. Bien barrée elle aussi, la nouvelle nous met en présence de ce que l'auteur (Tanguy Mandias) estime être les "Totems de l'Amérique"... Je vous laisse apprécier par vous-même à la lecture.
Restent ensuite les articles sur le K.K.K.,celui sur les mass shooting et un dernier sur les théories du complot. Comme toujours, ça tient du cabinet des curiosités en enfilant anecdotes marquantes, faits sanglants, détails intrigants et prises de position assumées.
Viennent enfin les fausses publicités qui sont toujours aussi drôles pour peu qu'on soit doté d'un humour qui ne s'encombre pas de bienséance.
Mais venons-en aux nouvelles graphiques et à quelques mises au point/poings et règlements de compte personnels avec une certaines faune infestant les "rézosocio" !


Première histoire : MANHUNT (de Peter Klobcar)


Cette première histoire est la seule des trois à faire dans le fantastique et elle joue malheureusement sur un ressort connu qui fut même déjà utilisé dans d'autres numéros de DoggyBags (oui, j'avoue m'être offert l'intégralité de cette collection... tout ne se vaut pas mais il y a du très bon !).
Ici, le vernis US semble avoir un peu été appliqué sans grande conviction. L'histoire pourrait fonctionner dans un paquet d'autres environnements et les cagoules du K.K.K. ne semblent être que des masques supposés protéger l'identité des salauds de l'histoire, rien de plus.
D'accord, ça oppose deux gros beaufs blancs comme des culs d'albinos et épais comme des parpaings (de bons gros rednecks comme la Nouvelle-Orléans semble en produire parfois) à un jeune cuistot noir qui a eu le malheur de croire pouvoir jouer impunément à yin et yang avec une blondinette du coin... mais c'est un prétexte au fantastique, pas autre chose.
Reste le dessin qui, lui, m'a convaincu : ce noir et blanc luisant de l'humidité des bayous, ces corps noueux et tordus sous l'effort, ces cases torturées au gré de la narration dans une mise en page tantôt nerveuse tantôt traditionnelle... l'aspect graphique est très maîtrisé.

Oh, j'ai quand même une remarque pour Jean-Kévin que je vois se trémousser sous l'effet d'une rage mal contenue dans sa chaise de gamer low cost depuis un paragraphe... Oui, mon petit Jean-Kev', j'ai écrit "cuistot noir" parce que c'est bien ainsi que DoggyBags qualifie son personnage. Libre à toi de l'affubler de termes plus politiquement corrects à tes yeux comme "afro-américain", "racisé", "afro-descendant" ou je ne sais quel autre sobriquet. Mais, tout comme te qualifier de "individu à l'intellect modeste" ne fera pas de toi un génie, tes circonvolutions ne feront pas de Sydney (ledit personnage) un caucasien. Alors, tu gères comme tu veux ton rapport à son taux de mélanine mais, en ce qui me concerne, comme sa couleur ne me gêne en rien, j'ose la mentionner ; ce que tu sembles avoir du mal à faire... C'est qui le raciste, mon Jean-Kévin ? À bon entendeur, salut !



Deuxième histoire : Conspi racism" (de Run et Ludo Chesnot)


De loin la meilleure des trois, cette deuxième histoire débute sur un meurtre de masse perpétré par un suprémaciste blanc à l'encontre des fidèles noirs d'une église américaine.
Ce n'est pourtant ni de cela ni de l'enquête que traitera cette nouvelle mais bien de la façon dont certains médias américains, sous couvert d'une liberté d'expression absolue, vont couvrir cet événement en interprétant la moindre incohérence, la moindre zone d'ombre, la moindre faille dans l'enquête comme autant de preuves que l'État, à travers les médias traditionnels, leur ment, complote, voire même monte de toutes pièces de faux faits divers pour soutenir telle ou telle obscure machination.
Cette histoire s'attaque aux fake news.
Et là où elle est bien foutue, c'est qu'elle montre à quel point, pour quiconque veut douter, il est possible de douter de tout, même quand on lui met le nez dans la vérité jusqu'aux oreilles. Dans un pays où la foi est la norme, la mauvaise foi semble parfois tout autant répandue. Cette histoire présente les théoriciens du complot comme une menace sans fin alimentant leurs fantasmes de la réalité la plus brute comme des mensonges les plus délirants avec le même appétit. En notre ère de surinformation, nous n'avons pas fini d'y être confrontés.

Alors, deuxième (et pas second) message à Jean-Kévin : l'esprit critique, ce n'est pas seulement douter de la version officielle mais aussi douter de ceux qui doutent de la version officielle. À bon entendeur, salut derechef !



Troisième histoire : HÉRITAGE (de Run et Gasparutto)


Comme ne le chanta jamais (à tort) Nana Mouskouri :
"J'ai reçu la haine en héritage
Un matin au pays des carnages
La folie, le génocide voyagent
Bien au-delà du temps
Bien par-dessus les corps des gens.
J'en ai lu j'en ai tourné des pages
Lisant des histoires de saccages
Avant qu'un flic ne me mette en cage
C'est un beau cadeau, la haine en héritage."
Voilà encore une référence qui échappera à Jean-Kévin mais c'est plus économique d'écrire des bouquins sur ce qu'il sait que sur ce qu'il ignore !
Cette troisième histoire nous ancre là bel et bien dans les activités du K.K.K. et traite assez intelligemment mais avec la rudesse propre à Run du cycle apparemment malaisé à rompre de la haine et de la violence. Une histoire n'épargnant aucun camp. Une histoire mettant dos à dos bourreaux d'hier et victimes de demain, victimes d'hier et bourreaux de demain... Divertissant et glaçant à la fois malgré la morsure des flammes.
Parce que oui, Jean-Kévin... dernière leçon : nulle violence jamais n'est légitime. Elle abîme tout autant son auteur que sa victime et si certaines sont parfois inévitables, elles n'en restent pas moins regrettables.
Alors la concurrence victimaire à laquelle tu adores t'adonner en essayant de déterminer qui de ceux-ci ou ceux-là ont le plus souffert dans l'Histoire est juste d'une insensibilité abjecte. Des gens, des communautés, des peuples ont souffert. Tout peuple a un jour été victime d'un autre, esclave d'un autre ou bourreau d'un autre... l'important n'est plus de savoir qui a fait quoi mais de savoir ce qui fut fait. Pour enfin cesser de répéter les mêmes horreurs. Tu sais ce que je dis aux bons entendeurs, hein !



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Le concept de cette série d'anthologie.
  • Le ton général de DoggyBags.
  • La qualité graphique globale.
  • La pertinence de Conspi racism.

  • Une première nouvelle narrativement en-deçà des autres.
Quand l'image transcende les mots...
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Et si pour une fois, on se passait de mots ?

Un comic, une BD en général, c’est une histoire contée en employant deux manières très différentes de développer une narration. L’écrit d’une part, essentiellement à travers les dialogues (du moins pour la partie émergée de l’iceberg), le dessin ensuite, aussi évocateur qu’il peut être parfois décevant.
Le texte, les idées, la technique qui les sous-tendent, nous en avons parlé (cf. ce dossier) et en reparlerons. Voyons plutôt aujourd'hui quelques images qui se passent de mots.
Il s'agit ici de s'attarder sur ce que nous considérons parfois un peu trop vite comme négligeable ou allant de soi. Cet article n'est cependant pas une démonstration, il se veut être une cadence différente, un ralentissement propice à l'observation des détails. Une forme d'hommage, aussi, à ces gens talentueux qui sont si mal considérés par certains arpenteurs de galeries ou pisse-copies.

Il existe plusieurs temps dans la lecture d’une image. Certaines étapes sont liées aux individus, d'autres ont un caractère plus général. Dans les exemples qui suivent, nous allons essayer de déterminer les phases essentielles dans la perception.
Commençons avec l'exemple ci-dessous.



- Dans un premier temps, certains éléments "sautent aux yeux". Le gant rouge et quadrillé renseigne sur le personnage principal (cet "indice" prend à lui seul un bon tiers de l'image), la série de photos renvoie au familier photomaton.
- Un deuxième temps est nécessaire pour comprendre la volonté de l’artiste. L’originalité narrative réside ici dans le fait de proposer, à travers une série de photos, un enchaînement permettant de raconter quelque chose.
- Le troisième temps permet au lecteur de synthétiser les éléments "fulgurants" ou "évidents", censés le placer en terrain connu, et les éléments narratifs, censés engendrer une émotion ou, au moins, permettre une compréhension implicite et presque inconsciente du déroulement de l’action. En gros, le dessin révèle, à ce stade, une Araña (cf. cette Parenthèse de Virgul si vous ignorez qui est cette jeune fille) bien excitée de rencontrer Spidey. Elle le bouscule un peu sur la première photo, histoire que l’on voit bien qu’elle est là, elle lui saute dessus sur la deuxième, parce qu’elle adore ce mec, il la repousse ensuite, d’une manière si cavalière que l’on imagine qu’elle a dû être très chiante.
- Le quatrième stade est un stade "froid", dans le sens où, à chacune des phases précédentes, il y avait une réaction à chaud et une adhésion plus qu’une analyse. Bien des gens vont en rester à cette première impression concernant cette scène, drôle et éloquente, d’un Spidey rabrouant une Araña. Si l’on revient sur l’image, l’on peut cependant noter que les photos sont tenues par des mains bien différentes et que, donc, Anya et Peter, malgré des différences liées à l’âge, sont proches l’un de l’autre puisqu’ils en viennent à tenir, conjointement, un si petit objet. Ils sont donc mis en situation de recul par rapport à leurs propres réactions. L’imagination du lecteur est alors sollicitée pour compléter ce qui n’apparaît pas à l’image (les personnages sont-ils amusés ? énervés ? surpris ? pourquoi sont-ils si proches ?).

Sans écrire un seul mot, le dessinateur vient donc ici de faire passer plus qu’un message. C’est une histoire, petite sans doute mais importante, qui se raconte là sans l’éternel besoin du Verbe. Mieux encore, s’il avait fallu transposer les mêmes sentiments de manière écrite, cela aurait nécessité des choix, des mots, des prises de position, des éclairages qui auraient marqué certains esprits, sans doute, mais qui en auraient laissé d’autres indifférents.
La perception visuelle serait donc plus douce et universel que les mots, directs et violents ? C’est à voir. Les images peuvent faire mal parfois.


Prenons un autre exemple. Que raconte ce dessin ?


Contrairement à la première image, celle-ci est "unique", elle semble ne proposer qu’une lecture, qu’un seul sens, sans aucune histoire. Mieux, elle correspond à certains standards que l’on pense obligatoires pour un certain type de personnages.
Voyons cela de plus près.

- Le premier stade est évident : flingue et crâne donnent souvent le Punisher. L’identification est faite, rapide et précise.
- Un deuxième temps permet de comprendre la violence de la scène, cet homme est prêt à faire usage de son arme. Il est déterminé, effrayant presque tant il semble "nous" viser en fait.
- Le troisième temps permet, là encore, d’associer divers éléments et d’amalgamer volonté de l’artiste et perception du lecteur. C’est un moment à la fois instinctif et fusionnel, bien qu’il puisse être très différent selon les lecteurs (chaque "rencontre" étant différente).
C’est à la fois violent, flou et évident. L’on peut adhérer ou être, au contraire, indigné.
- Le quatrième temps permet encore de revenir, à froid, sur ce qui n’est pas saisi par l’instinct. Il existe, dans cette image, un triangle que l’on ne voit pas forcément au premier abord. Les yeux de Castle sont entièrement dans l’ombre (l’éclairage de la scène ne justifie pas vraiment de telles ténèbres). Ils renvoient non seulement aux canons juxtaposés, dont les bouches jumelles sont également dans le noir, mais aussi aux yeux de mort du symbole sur le t-shirt. Ici, l’on peut donc penser que ce qui tue est, de manière égale (selon l’artiste en tout cas), les armes, les individus et les convictions (symbolisées ici par le crâne).

Faut-il parfois donner un "excès" de sens aux images comme je viens de le faire concernant cette cover du Punisher ? Le procédé n’a rien de honteux, il est pratiqué dans la littérature en général et les auteurs, s’ils sont un peu honnêtes, seront les premiers à vous dire qu’ils découvrent parfois du sens là où ils ne pensaient pas en avoir mis.
L'art se doit d’ailleurs d’être fécond, plein de sueur et de symboles. De dangers même.
Picasso lui-même, qui n'a pas dit que des conneries, prétendait que l'art se devait d'être dangereux. Et que s'il était "chaste", ce n'était alors pas de l'art.


Notre troisième exemple est plus tiré par les cheveux. Et, paradoxalement, c’est celui qui est probablement le mieux construit. Oublions, pour ceux qui connaissent les personnages, ce que l’on sait et regardons ce que l’on voit.


- Les personnages semblent sans âge, le décor urbain.
- Les personnages sont empreints d’une gravité étrange, le décor est bancal, pire, il semble se dissoudre vers le bas. Un malaise naît.
- Suivant les sensibilités, l’on peut être séduit ou peu enthousiasmé. Le manque de repères iconiques évidents se fait sentir, en bien ou en mal.
- Le quatrième temps, celui de la réflexion et de la digestion, est de nouveau le plus intéressant. Sur les quatre personnages, trois surplombent la scène. Ce sont toutes des femmes. La première a une posture sexy-christique, la deuxième a un regard si brillant qu’il en devient aveuglant (l’aveuglement de la Justice ?), la troisième est la plus "abordable", elle nous regarde et semble nous toiser gravement. Que représentent ces icônes ? Le sacrifice, l’illumination, le courage ? Peut-être. Reste encore à expliquer un intrus, masculin et peu évident, en bas de l’illustration.
Notons qu'il est le seul à regarder vers le bas (le premier des personnages féminins a les yeux fermés). Et que ces lunettes, avec les petites croix, peuvent faire penser à des résidus de cornes coupées. C'est également le seul à être dans l'action (il se précipite vers quelque chose) et non dans une posture figée.
Si vous connaissez un peu les Runaways, vous pouvez tirer vos propres conclusions et donner un surplus de sens à cette composition qui raconte bien une histoire alors qu'elle est pourtant unique (il n'y a pas ici de "séquence", cf. cet article) et qu'elle n'utilise aucun texte.

Rien n’est innocent. N’importe qui, maniant un peu les symboles, vous le dira. Les mots peuvent parfois s’analyser plus facilement, du moins en apparence, que les dessins. Ils semblent finis, évidents, sans mystère ou arrière-goût.  Ils laissent pourtant, la plupart du temps, la trace de leurs imperfections ou de leurs nombreuses nuances dans les esprits.
Les dessins procèdent de la même logique et du même assemblage habile.
Ils peuvent être violents, émouvants, moches, sublimes, majestueux… parfois merdiques et irritants.
Mais ils sont une manière de conter, une façon de se foutre à poil devant tout le monde en gardant, parfois, le meilleur pour les yeux les plus patients. Des épisodes entiers de comics bien connus ont été parfois, volontairement, privés de dialogues. Pour montrer quoi ? Que les dessinateurs étaient des conteurs ? C’est bien là une évidence.
Il y a, dans le maniement du crayon, une noblesse qui renvoie au maniement de la plume. Il y a sans doute même dans les traits quelque chose qui échappera toujours aux mots. Et, dans ce mariage improbable, il y a notre regard. Perdu. Ébloui. Triste ou enjoué.
Mots et dessins ont tous des sens cachés, une part d’ombre, une résonance inconsciente. Et si le dessin n’est pas forcément toujours plus évident que le texte (il possède aussi, dans sa plus haute forme, ses subtilités), il garde tout de même une universalité que le langage courant n’a pas : nous ne parlons pas tous anglais, ou allemand ou arabe ou japonais, mais nous reconnaissons tous un sourire ou des larmes. Le dessin devient ainsi le support d'une sorte d’espéranto qui aurait "réussi", un medium idéal pour franchir les barrières linguistiques et permettre une narration peut-être plus... accessible ?

Prenons cette fois le dessin ouvrant cet article. J'ai un peu triché car il contenait du texte que j'ai supprimé. Ceci dit, il n'était pas très important. La scène, elle, est connue au moins des fans du Tisseur qui ont pu voir, à plusieurs reprises, Peter et Mary Jane se tenant ainsi au-dessus de New York.
Même si l'on se serait aisément passé de la posture rappelant un certain couple qui va tragiquement se séparer dans les eaux froides de l'Atlantique, le symbole semble ici évident : notre amour est au-dessus de tout.
Il y a cependant un choix important qui fait également sens ici : le fait que les personnages soient de dos. Alors, bien sûr, s'ils étaient de face, pour représenter la ville à leurs pieds, cela changerait la perspective et les rendrait trop petits (New York serait alors au premier plan, ce serait la ville qui les dominerait). Mais au-delà de ça, il faut noter que cette vue de dos embarque le lecteur et le plonge, dans une position dont on ne sait si elle est amicale ou voyeuriste, au cœur même de l'émotion dégagée par la scène. Il ne s'agit plus d'assister aux actions des personnages mais bien de partager leur vision, leurs sentiments.
Combien de mots aurait-il fallu pour décrire une telle scène et faire naître un sentiment d'identification ? Ici, par la magie des crayons, tout est dit instantanément.

Beaucoup de gens, tout en vouant une vénération à la peinture par exemple, méprisent encore de nos jours la bande dessinée. Ils la considèrent au mieux comme une forme d'art mineur, au pire comme un divertissement pour demeurés. Et pourtant, elle a beaucoup à offrir. Oh, bien entendu, il existe des BD mal foutues et inintéressantes, aucune forme d'art ne produit uniquement que des chef-d’œuvres, mais il existe tellement de dessins, issus de la pop culture, qui font sens et portent en eux une émotion fondamentale et indéniable qu'ils renvoient, aujourd'hui, les snobs et les sectaires au vide et à l'iniquité de leur jugement préfabriqué.

Je termine avec un dessin (en deux temps) qui m'a ému aux larmes le jour où je l'ai découvert.
Ce qu'il raconte est si évident que je ne vous ferai pas l'affront de vous l'expliquer. Je vais juste me contenter de dire qu'il est l'œuvre de Puna-Nezuki. Et juste avant, on va se savourer une petite citation de Manet (pour info, c'est le type qui a réalisé la toile ci-contre... à l'âge de 26 ans, et il a été pas mal critiqué par un tas de connards à son époque, et pour être franc, j'aime assez les gens qui ont tendance à crisper les trous du cul).
En réalité, il n'y a aucune différence fondamentale entre les artistes classiques et ceux qui, de nos jours, nous émeuvent avec des Tortues, le Tisseur ou Batman. Ils maîtrisent les mêmes techniques et ont au final le même but : asséner des émotions complexes dans un silence aussi élégant qu'étourdissant.

Qui donc a dit que le dessin est l’écriture de la forme ? La vérité est que l’art doit être l’écriture de la vie.
Edouard Manet.