Hulk : période David & Keown
Publié le
9.8.19
Par
Vance
Le début des années 1990 a constitué un tournant décisif dans la série Hulk : approchant les trente ans d’existence du personnage (célébrés en 1992 aux alentours du numéro 400 de The Incredible Hulk), il lui fallait se renouveler tout en conservant les qualités qui avaient contribué à sa durée, qualités soulignées par le travail extraordinaire du scénariste Peter David, désormais indissociable du titre et dont l’un des arcs avait engendré le remarquable Point Zéro. Ce renouvellement s’est opéré suivant trois axes, deux scénaristiques et le troisième artistique.
Une nouvelle évolution de la personnalité de Hulk

Au cours d'une ultime session mouvementée, en quête de l'élément ayant engendré cette dichotomie, il parvient à faire fusionner les entités psychiques, les faisant ainsi coexister : Banner ressort sous une apparence différente, un géant ultra-musclé, sûr de lui, voire goguenard mais doté à la fois de la puissance de Hulk et de l'intelligence du physicien. Ce que Samson considère comme une réussite majeure (et sans doute inespérée) n'est cependant pas du goût de Betty qui ne retrouve pas dans cet être le mari chétif et craintif qu'elle aimait. Ce nouvel individu est trop grand, trop beau, trop imposant et surtout trop confiant, tout ce que n'était manifestement pas l'homme qu'elle avait épousé. Banner, mortifié, cherche alors une solution à un problème qu'il ne comprend pas. Il n'aura dès lors de cesse, et malgré tous les adversaires qu'il va immanquablement affronter, de tenter de reconquérir sa femme en lui prouvant que ce qu'elle voit, c'est bien lui, le vrai Banner, la fusion de tous les alter ego dissidents, enfin débarrassé de cette culpabilité et de ces doutes qui le rongeaient depuis un traumatisme infantile. Il passera à la postérité sous le doux sobriquet de "Professor Hulk".
Ce nouveau Hulk se cherche toutefois encore un équilibre, tant dans ses relations que dans ses affrontements ; moins bestial, moins brutal, il se laisse souvent surprendre tout en ayant théoriquement une puissance équivalente à celle que le Titan vert possédait. Cependant, son intelligence supérieure lui permet de s'en sortir différemment, de ne pas tout miser sur une escalade de force pure. C'est particulièrement visible dans la mission en Israël avec le sort d'un garçon censé devenir un dictateur de la trempe d'Hitler : Banner a beau essayer de se justifier, il reste considéré par certains de ses pairs super-héros comme une bête destructrice, un léviathan sans âme. Toutefois, à présent qu'il laisse libre cours à ses émotions, on constate qu'il perd souvent patience et déchaîne sa puissance en oubliant de tenir compte de son environnement.
L’irruption du Panthéon

De son côté, troublée par le nouveau Banner, Betty va être prise en mains par Marlo, l'ex-petite amie de Joe Fixit, une adorable jeune femme un peu délurée et voyant la vie du bon côté, qui compte bien décoincer cette fille de militaire, tandis que l'inamovible Rick Jones servira de trait d'union entre Hulk et les femmes. Ce ne sera pas chose aisée pour madame Banner d'accepter la main tendue de celle qui, après tout, a couché avec son mari, mais la joie de vivre et l'énergie communicative de Marlo auront vite raison de ses réticences et lui permettront d'enfin s'accomplir en tant que femme, de s'intégrer dans le monde civil et y trouver son compte, d'exister en dehors de la double ombre pesante de Hulk et du Général Ross. Un axe dans lequel David va exceller, lui qui a toujours su magnifiquement développer les seconds rôles, déchaînant davantage son sens critique et son humour acidulé : Betty, se libérant, devient une femme fort séduisante et l'on se réjouira des dialogues plein de sous-entendus entre Marlo et elle.
L’arrivée du dessinateur Dale Keown
Après l'épisode McFarlane, la série se cherchait une identité graphique. L'arrivée de Dale Keown apporte incontestablement un vent de fraîcheur dans les histoires imaginées par Peter David qui puisera dans son trait fin et ses esquisses dynamiques davantage de ressources pour un humour plus présent, parfois caustique et désabusé (Banner constate que son lourd passé destructeur a laissé de nombreuses traces), parfois très "geek" et référencé, avec de nombreux clins d’œil à la pop culture et notamment au cinéma d'action. Voir Hulk sortir des répliques tirées de Terminator est l'un de ces petits plaisirs que l'on n'espérait plus. Ce que la série gagne en dynamisme et en clarté, elle le perd un peu en densité et en noirceur (par rapport à la période précédente avec notamment les conspirations du Leader). L'encrage clair de Mark Farmer ajoute encore à ce contraste avec le récent passé de Hulk : les visages sont à présent agréables tout en demeurant très expressifs, Betty est désormais d'une grande beauté évanescente (et Marlo définitivement un canon), les silhouettes plus sylphides. On remarquera que Keown privilégie un tantinet la tête de ses personnages, un soupçon plus volumineuse que chez d'autres dessinateurs, conférant aux protagonistes un côté un brin enfantin.
L'apparence de Hulk elle-même est esthétiquement réussie : malgré sa mâchoire carrée et en dépit des 2,30 m de muscles, il n'a plus ce côté animal, voire prognathe, des origines.
Les scripts de David semblent préparer la série à un nouveau basculement et optent pour une légèreté inhabituelle, mais ils proposent aussi des histoires plutôt mouvementées, dont deux épisodes directement liés à la saga Infinity Gauntlet.
Une période faste pour Hulk et pleine de possibilités mais
qui sera brève, malheureusement (de 1991 à 1992, donc accessible par le biais des deux Intégrales consacrées à ces années-là), Keown quittant le giron de Marvel pour aller développer sa propre série chez Image comics.
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