La Parenthèse de Virgul #49
Publié le
19.1.26
Par
Virgul
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| (voir encadré à la fin de l'article) |
Tout d'abord, je vous souhaite une excellente année 2026, pleine de bonheur et de pognon (parce que ça compte aussi). Pour cette première Parenthèse de l'année, on va se moquer un peu de certains dessinateurs qui se sont peut-être trompés de carrière. Mais comme on ne va pas non plus rester sur une note négative avec uniquement des ratages, je vous ai concocté un petit (un grand en fait) encadré consacré à une BD à l'aspect merdique mais qui n'est pas si nulle qu'on pourrait le croire.
Miaw !
Dessins bâclés et dégueulasseries visuelles
Parfois, ce qui se retrouve dans le commerce mériterait d'être quelque peu retravaillé. Et on ne parle pas de trucs amateurs auto-édités, mais bien de grosses maisons d'édition, comme Marvel, et même de dessinateurs très connus. Il n'est pas question de comparer des styles, dont la valeur esthétique est par nature subjective, mais bien des erreurs coupables ou même parfois une absence de travail.
On commence par le bien connu John Romita Jr et ses gribouillages sur la série Avengers, en 2011. C'est tout de même le lancement d'un titre majeur de l'éditeur. Les dessins sont-ils au niveau ? Pas vraiment.
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| Ici, un Steve Rogers qui a l'air bien jeune... |
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| ... mais à quelques cases de distance, il semble s'être pris 20 ans dans la gueule. |
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| Une Carol Danvers au charme... heu... aléatoire. |
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| Notons le même Rogers, qui ressemble à Spock, et un Beast, ou un Wolvie, je ne sais pas, absolument affreux en arrière-plan. |
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| Oh, le joli dessin fait à la règle. C'est bien, c'est propre. Ça a bien dû lui prendre 5 minutes une belle illustration comme ça. |
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| Ici c'est encore mieux, Romita arrête de dessiner, et c'est le coloriste qui fait tout. |
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| Ah, on a peut-être trouvé une piste pour cacher la misère : mettre tous les personnages de dos. Quand il ne dessine pas les visages, c'est vrai que Romita est finalement très bon. |
Bon, si Romita faisait sa feignasse sur les dessins ci-dessus, là on tombe dans l'involontairement drôle avec les personnages dessinés à l'époque par Paul Azaceta et Matthew Southworth dans un Spider-Man Hors-Série sorti en France en 2011 également. Très belle prestation du duo, comme nous allons le voir.
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| Là on a Peter Parker et Betty Brant. Fallait le savoir, hein ? Mais qu'est-ce qu'il a sur le front l'autre ahuri ? |
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| Un magnifique Spidey, très bien proportionné (il n'est pas en train de se transformer et n'a rien de spécial, il est censé être "normal" là). |
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| Ah c'est impressionnant les effets spéciaux quand on les maîtrise ! Ou l'Homme Sable dessiné par un enfant de 5 ans. |
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| Ici, c'est ce bon vieux Harry Osborn. Très joli boulot sur le visage. Notons également, en case 1, un bébé à tête de toast. |
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| De bien beaux visages, dans un style très heu... approximatif ? |
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| Là encore, postures et visages ne sont pas au top. |
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| Une Spider-Woman qui a déjà été plus jolie. Heureusement qu'elle porte un demi-masque qui limite les dégâts. |
Et on ne pouvait pas terminer sans ce petzouille de Mike Allred et ses personnages tout raides et aux proportions étranges. Ici des extraits de Fantastic Four et Silver Surfer.
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| Allez, c'est un balai dans le cul pour tout le monde. Miss Hulk a l'air surprise quand même... |
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| Bon, il paraît que la bonne longueur pour les jambes, c'est quand les pieds touchent par terre. |
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| Un coup de... de poing, de la Chose. Difficile de dire si c'est un bras que l'on voit. Précisons que la case n'est pas coupée, le "dessin" est en entier. |
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| Une des pires poses du Tisseur. On dirait qu'il est assis sur une chaise invisible. Du Allred dans toute sa splendeur. |
Si votre dessineux préféré s'est fait un peu malmener dans cette Parenthèse, ben... faites avec, ça ne va pas vous tuer. Ou allez chialer chez votre mémé. Ceci dit, parfois, des dessins moches, ou pas très réussis disons, peuvent avoir un intérêt. Et même être employés intelligemment. Cette Parenthèse ne serait pas complète sans une sorte d'antithèse montrant une BD affreuse sur le plan visuel mais malgré tout particulièrement travaillée et réussie.
Allez, les matous, on vous laisse avec l'encadré (plutôt surprenant) ci-dessous.
Ronronnez bien !
Un exemple de dessins bien moches mais assumés : Geogres Clooney, une histoire vrai (volontairement sans "e").
L'humour ne plaira pas à tout le monde, les dessins encore moins, mais la BD s'avère cohérente, couillue, drôle et étonnamment bien construite. Une vraie bouffée d'air frais.
L'auteur, Philippe Valette, a tout d'abord publié les deux premières parties de son histoire sur son blog. L'ensemble, avec les parties 3 & 4, a ensuite été édité chez Delcourt, dans la collection Tapas.
Lorsque l'on se lance dans cette étrange lecture, la première réaction qui vient est de se dire que l'on est devant une merde intersidérale : c'est moche, le lettrage est dégueulasse, c'est blindé de fautes. Du coup, quand on se met à rire, c'est la stupéfaction !
"Mince, ce truc me fait marrer ! Mais j'ai dix ans ou quoi ?"
Peu à peu, le mépris et la stupéfaction font place à une curiosité sincère. Et plus l'on rentre dans cet univers débile, plus la réaction est viscérale. C'est tout ou rien, très probablement, soit l'on est allergique, soit l'on se dit que, derrière une apparence bâclée, il y a peut-être là quelque chose de non seulement frais et original mais aussi profondément maîtrisé.
L'intrigue est aussi barrée que le reste. Un super-héros trouve une merde chez lui et se demande qui a bien pu oser ainsi lui larguer une crotte dans le salon. Bien que préoccupé, il ne tarde pas à se lancer sur la piste d'un braqueur, qui ressemble furieusement à une Tortue Ninja.
On assiste également à un long détour par le Domac, le héros étant particulièrement friand de cheeseburgers. Il y rencontre alors le commissaire et ses hommes et a quelques soucis avec la serveuse, qui lui occasionne une émotion ayant une conséquence physique difficilement conciliable avec le port d'un costume moulant.
Bien que tout soit fait pour faire penser à une BD d'ado attardé, ne sachant même pas dessiner, Georges Clooney se révèle finalement assez subtil. Ou disons, au moins, osé.
Il fallait tout d'abord assumer ce graphisme simpliste, possédant tout de même ses qualités. Certains plans (comme ceux dans l'intérieur des véhicules, où l'on voit le personnage en contre-plongée, à partir des pédales de la voiture) sont aussi inattendus qu'efficaces et permettent de rompre totalement avec cette fausse impression d'amateurisme laissée par les dessins. Certaines postures également ne sont pas seulement "mal dessinées" mais servent le propos (comme lorsque le héros, surpris, fait un bond avec les membres en arrondis, comme si tout son corps exprimait un "o" d'étonnement).
Les dialogues sont souvent très drôles, non pas tellement à cause des propos tenus (l'humour très "pipi-caca-bite" ne vole pas très haut) mais grâce à un réel sens du rythme et de la rupture. Il faut tout de même admettre que certains échanges sont à mourir de rire, comme lorsque l'un des flics doit appeler le héros en se faisant passer pour une fille en chaleur.
Pour ce qui est de la dégradation volontaire du texte, dans 99 % des cas, ce n'est pas une bonne idée (cf. cet article). Ici cependant, cela fait sens et convient au style de la BD. Je dirais même que ça participe autant à son humour qu'à son aspect visuel global.
Enfin, narrativement, c'est tout simplement brillant. Que cela soit volontaire ou purement instinctif, l'auteur met dans son histoire suffisamment de technique pour emballer le lecteur. Attention cependant, si Valette a avoué dans certaines interviews qu'il avait improvisé l'essentiel du récit et que les fautes avaient été laissées volontairement mais n'étaient pas prévues au départ, il serait dangereux de croire que n'importe quelle connerie, dessinée sur un bout de table, peut être qualifiée d'œuvre artistique ou simplement même de récit.
Si l'on prend le parti de vous parler de cette BD, c'est non seulement parce qu'elle est drôle (ce qui n'est pas si courant) mais c'est aussi parce que son apparence est intéressante et cache tout de même de réelles fondations techniques. Et ce "squelette" technique, qui soutient l'ensemble, peut être voulu ou être indépendant de l'auteur, mais il ne peut être absent. Ne faites donc pas l'erreur de penser que quelques feutres et deux ou trois insultes peuvent bâtir une BD ou même une histoire. Pour que cela fonctionne, il faut la présence de ces mécanismes invisibles qui rendent le tout efficace.
Par exemple, toute la scène se situant dans la voiture des flics, dans la deuxième partie, fonctionne grâce à des effets techniques précis. On voit d'abord des plans larges, avec une seule phrase par case et même une case sans dialogue entre les différents échanges. Cela donne une impression de langueur (en adéquation avec l'état d'esprit du commissaire), de temps qui passe lentement. Puis, on passe à un plan rapproché, montrant qu'il se passe quelque chose, que le commissaire n'est plus dans ses pensées mais rentre dans son domaine d'action. Enfin, on le voit en contre-plongée, il vient de prendre une décision, il paraît immense, puissant. Retour à un plan large et des échanges courts pour le temps de la réflexion et le gag qui l'accompagne. De la même manière, quand les deux flics (le commissaire et Michel) sont sur le banc, alors que le commissaire se confie, c'est l'incroyable longueur de la scène et la monotonie des plans qui permettent la rupture qui conclut ce moment (avec le passage des autres personnages en bagnole et le geste du "petit frère").
Et l'on pourrait continuer comme ça longtemps. Mais on ne va pas tout décortiquer, l'idée est simplement de montrer que, même avec une apparence pourrie, une histoire qui fonctionne est une histoire qui fait appel à un minimum de technique, qu'elle soit ou non consciente.
























