La Bulle "progressiste" ou l'absurde imposé par la dégradation du langage
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Vous l’avez peut-être constaté, j’ai souvent réagi à des attaques d’extrémistes (les fameux SJW [1]) portant sur la fiction et la liberté des auteurs. Mais jusqu’à présent, nous nous sommes penchés sur des cas précis et des symptômes, peut-être n’est-il pas inutile de comprendre ce qui est à l’œuvre dans la société actuelle et ce que l’avenir nous réserve.

Commençons par définir un peu ce à quoi l’on va s’intéresser. Il s’agit de l’ensemble du mouvement censé être "progressiste" et regroupant, par "intersectionnalité", néo-féministes en guerre contre le "mâle blanc cisgenre", vegans pensant que les bouchers sont à l’origine d’un terrible holocauste, défenseurs du révisionnisme qui consiste à faire payer à des innocents les exactions supposées (ou réelles, peu importe) de leurs ancêtres, anti-racistes déclarant que le racisme est à sens unique [2], ou encore chantres de l’écriture inclusive. Tous ces gens ont en général un point commun, assez étrange pour des soi-disant "humanistes" prônant la "tolérance" : ils ne peuvent jamais accepter d’entendre un propos contraire au leur. Ils ne débattent pas, ils utilisent la violence et l’intimidation pour imposer leurs doctrines.
Deux choses leur sont insupportables : l’irruption du réel dans leur monde fantasmé et névrotique, et la fiction lorsqu’ils ne la contrôlent pas et ne l’aseptisent pas. Si nous avions vu jusqu’à maintenant les attaques contre les auteurs (cf. cet article) et les œuvres (cf. cet article également), nous allons cette fois tenter de comprendre pourquoi ces gens sont terrorisés à la fois par le réel et l’imaginaire.

Dans le monde réel, lorsqu'il veut défendre une idée, un être intellectuellement construit et cohérent va développer des arguments, démontrables, basés sur des faits, vérifiables. Jusque-là, ça semble simple et logique. Par exemple, si j’affirme que la Terre est ronde et que l’Homme est déjà allé sur la Lune, je sais que j’ai des outils pour le démontrer. Si quelqu’un vient me dire que la Terre est au contraire plate et que les Américains ont en fait orchestré une imposture pour monter de toutes pièces une fausse escapade lunaire, je ne vais pas pour autant avoir les genoux qui tremblent ou tenter de faire taire mon opposant. Pourquoi ? Parce que je suis serein, je sais que j’ai sous le coude de quoi défendre ma théorie. Mais quand ta théorie, c’est 2 + 2 = 5, c’est déjà beaucoup moins évident de l’emporter face à quelqu’un qui a des bases en mathématiques. Le seul moyen de le contrer est alors de déplacer le combat. Il ne s’agit plus de l’emporter par la force de l’argument mais de discréditer l’adversaire, en général en le traitant de "fasciste", un mot devenu fourre-tout qui désigne à peu près tous ceux qui refusent d’employer le prêt-à-penser des SJW. Si vous réfléchissez par vous-même, vous êtes perçu comme un salopard. Pour trouver grâce aux yeux de ces gens-là, il faut embrasser leurs convictions comme on entre en religion : sans jamais rien remettre en question et sur la base de la seule foi. Rien n’est à démontrer car rien n’est démontrable.

Prenons un exemple, déjà traité ici : le Club des Cinq de Blyton. Le cas est intéressant car, non seulement l’œuvre est écrite par une femme (si le sexe d’un individu gêne le raisonnement des SJW, il n’est subitement plus pris en compte), dans les années 30 (les faits ne sont jamais contextualisés, ce qui est pourtant à la base d’une analyse sérieuse, qu’elle soit historique, littéraire ou même judiciaire), mais vous allez voir que, quelle que soit la manière dont l'écrivain construit son personnage, il est perçu comme sexiste.
Ainsi, la journaliste qui à l’époque rédigeait l’article sur Slate (un nid à débiles) condamnait le personnage d’Annie, parce que la jeune fille est féminine, timide, douce, gentille, etc. Trop caricatural, selon elle (une femme ne peut donc pas être... féminine ?). Par contre, Claudine, qui a un caractère affirmé, est courageuse, sûre d’elle, là, ça ne va pas non plus. C’est sexiste parce que c’est… trop caricatural. Il est là le 2 + 2 = 5.
Quand un comportement est perçu comme sexiste et que son exact inverse est perçu comme sexiste également, ce ne sont pas les auteurs qui sont tous systématiquement des affreux défenseurs du patriarcat, c’est la grille de lecture qui est fausse.

Il est évidemment impossible de démontrer par un raisonnement et une rhétorique classiques que Blyton est sexiste (puisque c’est faux). Il est donc nécessaire, pour que le faux devienne vrai et que le haut devienne le bas, que tous ceux qui prétendent le contraire ne soient plus audibles. En les accusant d'être d’odieux réactionnaires, ou plus sûrement des fascistes, les SJW pensent ainsi les mettre sur la touche (ils y parviennent parfois) et en être débarrassé. Leur comportement, à ce sujet, est d’ailleurs assez révélateur. Les meutes de justiciers du net, quand ils sentent l’odeur du sang, tentent courageusement de discréditer l’individu qui n’est pas de leur avis auprès de son cercle professionnel ou amical. Ils le dénoncent à son employeur, son ancienne école, etc. (cf. cet article). Ils ne veulent pas une sanction pour un acte qui devrait être jugé de manière équitable, avec un droit à être défendu et une présomption d’innocence, ils veulent la fin, physique, de l’adversaire. Eh oui, imaginez bien que, s’ils le privent de travail, ce n’est pas pour lui offrir une allocation derrière, c’est pour qu’il perde revenus, dignité, contacts et, si possible, la vie.
La méthode est abjecte mais, de nos jours, efficace.

Alors, là, si vous avez une capacité de raisonnement normale, vous devriez me dire "mais, il est impossible que toute une population en vienne à penser que tous les hommes blancs sont des racistes misogynes, que tous les auteurs doivent être sous tutelle d’experts littéraires (de commissaires politiques dirait-on dans l’ex-URSS), que les gens qui font commerce de viande ou en mangent sont des génocidaires en puissance"…
En gros, c’est impossible que tout le monde en vienne à penser que 2 + 2 = 5 parce que c’est juste trop gros et trop con. 
C’est ce que je pensais aussi à une époque encore pas si lointaine. Mais détrompez-vous.
Bien entendu, une telle construction d’un monde totalement fantasmé, névrotique et tyrannique ne s’impose pas en deux semaines, ni en deux ans. Il y a des étapes à suivre et à franchir. Il faut normaliser l’impensable et pour cela affaiblir la langue par exemple. Car moins l’on peut décrire une idée, la formaliser, moins l’on est apte à la penser. Et moins elle survit.

Je vais prendre un exemple très terre-à-terre, vérifiable et indiscutable, ce qui fait donc de moi, dans la grille de lecture SJW, un fasciste. Nous allons comparer un texte issu de la musique populaire des années 80 avec un texte issu du courant populaire récent. 
En 1984, c’est Besoin de rien, envie de toi qui est premier au Top 50 (ce qui fera bien chier les responsables de Canal + de l’époque d'ailleurs). Voilà les paroles :

Regarde
Le jour se lève
Dans la tendresse
Sur la ville
Tu me fais vivre
Comme dans un rêve
Tout ce que j'aime
Besoin de rien, envie de toi
Comme jamais envie de personne
Tu vois le jour
C'est à l'amour qu'il ressemble…

Restons-en là et analysons un peu. C’est très nunuche, ça ne casse pas trois pattes à un bobo, m’enfin, grammaticalement, c’est correct et, surtout, c’est intelligible et basé sur un code commun. 
Prenons maintenant un grand succès populaire récent, qui est tout autant méprisé par les intellectuels qu'a pu l'être la chanson de Peter & Sloane. Un titre d’Aya Nakamura tiens, Djadja par exemple. Attention, choisir un tel titre, c’est faire preuve d’honnêteté intellectuelle, ne croyez pas que j’aille piocher celui-ci parce qu’il est mal écrit (j'aurais pu en prendre un autre, Pookie par exemple), je choisis ce titre parce qu'il est indubitablement populaire (plus de 700 millions de vues pour ce seul titre sur youtube, sans compter les plateformes de téléchargement). Si, comme moi, vous n’écoutez pas cette chanteuse, vous faites partie d’une minorité. Le courant populaire principal en France, c’est elle qui le représente. Voilà le texte :

Aya Nakamura, oh yeah
Hello papi, mais qué pasa 
J'entends des bails atroces sur moi
À c'qu'il paraît, j'te cours après 
Mais ça va pas, mais t'es taré, oh ouais
Mais comment ça, le monde est tipeu
Tu croyais quoi, qu'on s'verrait plus jamais
J'pourrais t'afficher mais c'est pas mon délire
D'après les rumeurs, tu m'as eu dans ton lit
Oh Djadja (oh Djadja)
Y a pas moyen Djadja (y a pas moyen Djadja)
J'suis pas ta catin Djadja, genre, en catchana baby, tu dead ça

34 ans séparent ces deux textes populaires. Vous avez vu la différence ? Or, si des millions de gens écoutent ça, c’est parce qu’ils se reconnaissent dans ce langage (qui n’est plus du tout du français mais une sorte de patois aux diverses influences) et le comprennent. Et quand on emploie couramment ce genre de constructions linguistiques, c’est que l’on est prêt à accepter que 2 + 2 = 5. Parce que votre éducation et votre langage ont un effet concret sur votre manière de penser ou d’appréhender le monde ainsi que sur votre bagage intellectuel. Si vous n’écoutez que ce genre de trucs, vous n’êtes pas armé intellectuellement. Ce serait pareil d’ailleurs si vous ne lisiez que des BD, ce n’est pas suffisant. Chacun a bien entendu ses préférences et ses centres d’intérêt, mais un esprit sain et combatif se construit dans la diversité : il faut un peu d’Histoire, de sociologie, de physique, de romans, d’essais, bref des sources différentes et des domaines complexes et nuancés, pour muscler un cerveau.
On est ce que l’on écoute, ce qu’on lit, ce que l'on absorbe.

Alors, est-ce que, pour autant, la simplification du langage populaire va nécessairement engendrer le basculement de toute la population vers les inepties qualifiées de "progressistes" ? Bah, non, mais pour imposer un changement de société, il n’est pas nécessaire d’avoir une majorité de la population derrière soi. Quelques centaines de fanatiques, protégés par quelques milliers de nervis, suffisent. Et les nervis, ils sont à l’œuvre depuis fort longtemps.
C’est d’ailleurs assez paradoxal car l’insulte préférée des SJW, censée discréditer un individu, résume en réalité assez bien l’organisation de leurs factions armées. Ces voyous cagoulés qui détruisent les champs de certains agriculteurs, explosent les vitrines des bouchers ou attaquent des processions catholiques pacifiques, composées de femmes et d’enfants, sont le pendant moderne de la Sturmabteilung, ou SA. L’uniforme en moins, certes, mais il convient de constater que la même méthode, servant le même but, est mise en œuvre par ces nervis : imposer par la violence de la rue la doctrine de leurs maîtres. Attention tout de même, les précédents n'ont pas bénéficié d'une énorme reconnaissance une fois le régime hitlérien établi.

Violence dans les rues, prêt-à-penser destiné à la plèbe, les plus futés voient déjà un schéma se dessiner. Et pour que ce schéma devienne le nouveau fondement de notre société, il est nécessaire d'en passer par l’annihilation de la raison. Pourquoi croyez-vous que les SJW en viennent à craindre autant la fiction que le réel ? Parce que la fiction, la bonne, prépare à réfléchir par soi-même et à questionner ce qui est imposé comme des évidences. Pour que la réalité tordue et créée de toutes pièces du camp du "progrès" perdure, pour que la bulle fantasmée n'éclate pas, il faut que ses promoteurs puissent nier le réel et contrôler la fiction, donc il est nécessaire de mettre les auteurs sous tutelle (d’où les "experts littéraires"). La pensée est progressivement remplacée par des idées reçues, des phrases toutes faites, des lieux communs... et le réflexe pavlovien se substitue alors à la réflexion.

Prenons un exemple très simple que tout le monde a déjà entendu.
Seriez-vous d’accord pour dire qu’une femme devrait percevoir le même salaire qu’un homme à poste égal ? La réponse attendue à cette question est "oui". La mienne serait "ça dépend". 
Ça veut dire quoi "poste égal" ? Est-ce que les deux ont la même ancienneté ? Même si on fait la même chose, on n’est pas payé identiquement si l’on a 20 ans de boîte ou si l’on est arrivé il y a trois semaines. Poste égal, ça veut dire dans la même entreprise ? La même ville ? On n’est pas payé identiquement à Paris qu’en province par exemple. Est-ce que les compétences réelles sont prises en compte ? Et quelles sont-elles ces compétences ? Est-ce que l’on tient compte de l’assiduité, des résultats, du comportement avec les clients ? Et même au-delà de ça, est-ce que la différence s'explique parce qu’une augmentation a été refusée ou parce qu’elle n’a pas été demandée ? 
C’est un sujet complexe qui n’admet pas la généralisation. On ne peut pas répondre parce que l’on n’a aucune donnée et qu'elles seront différentes pour chaque cas. Dans l’absolu, une femme ne doit pas souffrir de son statut de femme. Ça, c'est évident, mais c'est tout ce qui est évident. Et rien dans la loi ou la société actuelle ne privilégie les hommes. S’il reste des disparités, elles existent d'ailleurs aussi entre hommes. 
Pour comprendre ça, il faut du temps, il faut du vocabulaire, de l’expérience, de la mise en perspective, bref, ce n’est pas un sujet qui se règle à coups de slogans indéboulonnables. Et pourtant, c’est le seul programme des SJW : donner du prêt-à-penser (des éléments de langage diraient les politiciens) à un maximum de gens, pour certains persuadés qu’ils œuvrent pour le bien commun et défendent une "noble" cause, alors qu'ils servent un épouvantable obscurantisme et une négation de l'intelligence.

Je vais vous faire une révélation. Si quelqu’un simplifie un sujet avant de vous demander votre avis dessus, ce n’est jamais pour votre bien ou pour vous épargner de la peine. C’est pour vous manipuler. Et la manipulation, ça marche. Il n’y a qu’à compter le nombre de crétins décérébrés, incapables de construire un raisonnement, qui pullulent dans les médias ou sur le net. Ces gens ne fonctionnent qu’à coups de récitations et de psittacisme. Regardez une interview d’Alice Coffin par exemple, on a mal pour elle lorsqu’elle tombe sur une journaliste un peu armée intellectuellement et qui n’est pas dévouée "à la cause" (ceci dit, ses écrits sont édifiants aussi, surtout parce qu’elle avoue son incapacité à être un homme, ce dont elle dit avoir toujours rêvé, et son échec à employer les codes de la féminité, ce qui explique son aigreur et sa haine). 

Criant de réalisme...
Mais revenons à la langue. Dans un débat, lorsque vous vous exprimez, vous tentez d’être intelligible afin de convaincre ou confondre votre opposant. Si vous employez le discrédit, une carte "joker" ou un jargon abscons pour éviter de vous frotter aux arguments, c’est de la malhonnêteté. Si votre raisonnement n’est plus accessible à l’autre, alors que vous l’imposez (en plus de manière violente), est-ce vraiment un "progrès" ? Est-ce démocratique ? Est-ce juste ? 
Si vous avez l’électricité à tous les étages, vous connaissez la réponse.
Non, on n’est pas coupable par défaut ou par hérédité. Non, on n’est pas automatiquement misogyne si l'on est un homme. Non, les mots n’ont pas le sens que chacun leur donne, il s’agit d’un code commun, modifié uniquement (et très lentement) par l’usage littéraire, sinon la communication est rompue. Non, Napoléon n’était pas fasciste, pas plus que les Romains ou les Spartiates. Non, le harcèlement de rue n’est pas majoritairement le fait de quarantenaires blancs, comme une odieuse affiche a tenté de le faire croire il y a peu [3]. Cela, c'est une torsion du réel à des buts propagandistes, donc politiques. 

Mais prenons encore un exemple concret de torsion des mots et de leur sens. Connaissez-vous les micro-agressions ? C’est un truc inventé par les LGBT (désolé, je ne me suis pas tenu au courant des lettres qu’il faut ajouter chaque semaine) pour dénoncer les saloperies imaginaires que leur font subir les hétéros. Par exemple, j’ai vu il y a quelque temps, dans un reportage, une femme, habillée en femme, ayant un visage de femme, qui rentrait dans une boutique. Là, la vendeuse lui dit "bonjour madame", et l’autre de se confier à la caméra sur son traumatisme, parce qu’elle ne se sent pas femme… Heu, machine, je vais t’expliquer un truc.
Les traumatismes psychologiques, ça existe. Par exemple, un mec qui a fait deux tournées en Afghanistan et qui a vu son pote se faire découper en deux par une mine, avec les boyaux qui lui giclent à la gueule, ça, c’est traumatisant. On ne s’en remet pas en deux mois ou même deux ans.
"Bonjour madame", même si tu penses être un mec, un nénuphar ou une girafe, ça ne te donne pas le droit d’être dans la même salle d’attente que le vétéran évoqué plus haut. Parce que t’as pas besoin d’un psy pour ça, démerde-toi, connasse ! Si tu ne peux pas gérer un "bonjour", je t’assure que tu vas avoir des putains de surprises dans la vie. Parce que tu n’as aucune idée de ce que signifie "agression".

C’est là qu’on lâche l’autre pintade et que l’on revient à notre propos. Si les mots sont éviscérés, vidés de leur sens, de leur substance, alors cela a deux conséquences. D’une part, il y a rupture de la communication (mais, c’est évidemment volontaire, rappelez-vous que le but du SJW n’est pas de débattre mais d’imposer une doctrine en discréditant ceux qui n’y font pas allégeance), d’autre part, tout se vaut. Et si tout se vaut, alors… 2 + 2 = 5 est correct, au moins autant que 2 + 2 = 4.

Je vais en rester là. Pour ceux qui ne sont pas tout à fait convaincus, je vous encourage à vous documenter, à écouter attentivement les discours des uns et des autres, à prendre du recul, à réfléchir, analyser. Tous les exemples que j’ai pris sont réels. 
Pour ceux qui ont la même analyse de la situation et la pensent dramatique… bah, oui. Je suis désolé, je n’ai aucun remède à proposer. Il fallait se réveiller il y a bien longtemps, le train est passé, il ne reviendra plus. Cette bulle épouvantable, niant le raisonnement, les faits et la logique, est en passe de remplacer, partout, le réel, le débat et la réflexion. Dans l’art, à l’école, dans les médias, en politique politicienne…
Dans tout ce qu’un génie comme Orwell avait théorisé et prévu, j’avoue que j’avais parfaitement vu venir l’avènement de la novlangue (donc, l’appauvrissement, concerté ou non, de la langue, et par ricochet l'impossibilité de penser le monde) et celui de l’impermanence des faits (ce qui est bon aujourd’hui sera "inbon" demain et imposé comme inbon de tout temps, sans considération pour la réalité historique et la méthodologie des historiens). Par contre, le 2 + 2 = 5, je dois admettre que je ne le comprenais pas et, du coup, ne le pensais pas possible. Aujourd’hui que j’en ai saisi le sens, je suis à la fois satisfait, parce que j’aime me coucher moins bête que la veille, et triste, parce que le monde que nous allons laisser à nos enfants est inique, stupide et terrifiant.

Savez-vous seulement quelle différence il y a entre un psychotique et un névrosé ? Un psychotique, c'est quelqu'un qui croit dur comme fer que 2 et 2 font 5, et qui en est pleinement satisfait. Un névrosé, c'est quelqu'un qui sait pertinemment que 2 et 2 font 4, et ça le rend malade. 
Pierre Desproges 



[1] SJW : individu ayant très peu de neurones et beaucoup de temps libre.
[2] Dans les années 80, ne pas être raciste consistait à ne pas mal considérer quelqu'un sur le seul fait de ses origines. C'est ce que je défends et considère comme juste : peu importe ce que les gens SONT, c'est ce qu'ils FONT qui détermine leur niveau de respectabilité. De nos jours, la race n'est plus mise de côté mais au centre de la doctrine soi-disant "anti-raciste", qui est de fait racialiste, raciste et inique. De plus, la doctrine "progressiste" venue tout droit des États-Unis impose de penser le racisme uniquement comme une agression ou injustice du Blanc envers une autre ethnie. Même si le Blanc est massacré du fait de sa couleur, il ne peut, selon cette doctrine, être victime de racisme (cf. par exemple le cas de Channon Christian et Christopher Newsom, des Blancs américains, violés, torturés, abattus et dépecés par un gang, sans que les médias ne s'en émeuvent ou que la justice ne qualifie les faits de "crimes de haine").
[3] Cela peut arriver, bien entendu. Statistiquement, il doit bien exister aussi des écureuils dont le poil tire sur le vert. Mais quand on illustre un article parlant de l'écureuil, en général, on a la bienséance et l'honnêteté de le représenter avec un pelage roux ou brun. Torsion du réel, toujours... Et, pour en revenir à cette affiche, cela ne serait nullement "stigmatisant", car elle viserait alors les racailles, autrement dit des membres de gangs, des voyous, et non l'ensemble des gens qui habitent en banlieue, quels que soient leur âge ou leur tenue. Quand vous êtes honnête et digne, rien ne vous pousse à vous identifier aux mafieux ou aux cons. Si mon voisin frappait sa femme, je ne me sentirais pas pour autant "géographiquement solidaire". Avant de gueuler sur une généralisation, demandez-vous pourquoi votre premier réflexe est de vous y associer. Si vous êtes innocent, correct et respectable, rien ne peut changer cela.