Entretien avec... Kanyll !
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Nous recevons aujourd’hui, pour ce nouvel entretien UMAC, le talentueux Kanyll, un artiste très complet qui est auteur, compositeur, interprète et même réalisateur de clip ! 


Virgul : Kanyll, merci de nous accorder un peu de ton temps. On commence tout de suite par une petite présentation pour nos lecteurs qui n’ont pas la chance de te connaître, tu as commencé quand et comment ?

Kanyll : J’ai commencé la musique en 2006, à l’époque j’avais 17 ans, avec ma mère on avait pas mal de problèmes financiers et pas de domicile, nous étions hébergés chez une personne de la famille, le temps de se remettre d’aplomb. Avec un ami on écoutait beaucoup de rap, de freestyles en tout genre, et puis pour délirer, on s’est dit pourquoi pas acheter un petit micro bas de gamme à 10 euros et un logiciel d’enregistrement gratuit pour tester. On a fait nos premiers tests et tout cela est vite devenu pour moi une passion proche de l’obsession. Je me suis au même moment lancé dans la composition, à cette époque ce n’était pas aussi facile qu’aujourd’hui de trouver des prods sur youtube par exemple, et à partir de là commence mon parcours artistique personnel.


— Tu as mis en privé certains titres, un peu anciens, peux-tu nous dire pourquoi et si tu comptes les republier un jour (j'avoue avoir un faible pour Je me suis encore fait coller, fun et nostalgique à la fois).

— Beaucoup de mes anciens morceaux n’ont pas eu, ou très peu, de traitement audio dû à mon manque d’expérience à ce moment-là. Sans ce traitement les morceaux sont difficilement appréciables, avec un son agressif et désagréable pour l’oreille. J’ai pour projet et déjà commencé de retaper et réenregistrer certains titres pour les remettre au goût du jour et les publier sur les plateformes de streaming, mais uniquement les titres solo n’ayant plus de rapport avec les personnes en featuring.


— Dans Mouton Noir, tu dis « c’est pas de la trap mais ça kick », c’est vrai que tu n’es pas dans les codes du rap actuel, certains titres sont même très rock (comme La Bagarre, un hit, dont on retient tout de suite la mélodie, ou même Mouton Noir, presque hard rock au niveau de la prod). Comment définirais-tu ton style, bien à part, et quelles sont tes sources d’inspiration ?

— Je n’ai jamais réussi à mettre un nom sur mon style musical. Étant justement un mouton noir, je fais souvent tout à l’opposé des tendances, j’ai toujours mélangé tous les styles en fonction de mes goûts, mais pour être plus généraliste, je dirais pop. Depuis tout petit, les morceaux qui m’ont toujours fait rêver étaient ceux des années 80 : Michael Jackson, Queen, la BO des films d'action, etc. Je pourrais en citer beaucoup, tout ce qui était pop, rock, funk, disco, de ces années-là, mais le rap était bien plus accessible sans réel besoin de compétences ou de talent de chant. Après de nombreux tests décevants, j’ai mis des années avant de parvenir à composer, écrire et pouvoir chantonner le genre de musiques que j’ai toujours voulu faire.


— Est-ce que l’on pourrait dire que tu as un style assez positif et lumineux finalement ? Loin des clichés par exemple de voyous dealant et affrontant la police. Même dans La Bagarre, tu parles de « braco », mais de manière très décalée et très « jouée », en mettant en scène une bande de potes qui prépare un coup depuis dix ans. C’est très « cinématographique » dans l’idée. 

— J’ai toujours eu ce juste milieu entre passé sombre compliqué, très personnel, et ce coté soleil et humour en même temps. Dans la vie, je suis plutôt un clown qui vanne beaucoup, mais je traîne aussi beaucoup de fardeaux dans mon sac à dos. J’ai habité 20 ans dans des quartiers, j’ai dealé pendant des années comme tout le monde autour de moi pour remplir le frigo quand j'étais mineur, je ne pouvais pas travailler mais je n’ai jamais voulu mettre cette partie de ma vie en musique de manière glorieuse, c’était plutôt du négatif pour moi, pas de quoi en être fier, même s’il y avait de bons moments, j’ai vécu et vu tellement de choses dont je ne peux pas parler et où je ne me sentais pas du tout à ma place…


— Au niveau des textes, tu as souvent des punchlines un peu décalées, avec beaucoup d’humour, ce qui ne t’empêche pas d’asséner parfois des aphorismes pas dégueulasses (du genre « avant de tailler, passe le balai devant ton palier » ; « tu compteras les secondes, avant que le tonnerre te gronde, tu auras tellement d’ennemis, que tu accuseras même ton ombre » ou encore le très lourd « me dis pas que tu vois pas le mal, ça commence comme Montana, ça finit comme Palmade ». En termes d’écriture, as-tu un modèle ? Est-ce que tu lis beaucoup, et si oui quel genre de bouquins ?

— J’ai plus d’une fois tenté de lire mais j’ai beaucoup trop de passions qui prennent du temps et j’ai fait le choix de la musique en général. Je n’ai pas de modèle pour l’écriture, mais j’ai toujours essayé de m’appliquer dans mes textes, quel que soit le thème. Aujourd’hui, j’ai tellement rappé ma vie que j’ai plutôt tendance à écrire sur des thèmes plus légers, pour tenter de toucher tout le monde. Ça tient aussi à la manière dont on consomme la musique aujourd'hui, plus le texte est compliqué, moins le titre est écouté. L’ambiance générale du morceau est bien plus important de nos jours.




— La qualité des clips que tu produis est assez folle, que ce soit les décors, la photographie, les effets, tout cela est très léché. Tu as une équipe avec toi ou tu as appris sur le tas ?

— J’ai commencé, très peu de temps après m’être lancé dans la musique, à faire de la vidéo tout simplement parce que je n’avais pas les moyens de payer pour un clip. J’ai donc acheté un petit camescope et je me suis entrainé. J’ai tout appris seul, aujourd’hui je suis vidéaste en micro-entreprise, j'ai accès à beaucoup de matériel haut de gamme. Je réalise toutes sortes de vidéos pour des clients : clips, mariages, réseaux sociaux, etc. Et je suis capable de gérer toute la chaîne artistique seul : écriture, composition, chant, enregistrement et arrangements, vidéo. Beaucoup de mes amis m’ont demandé comment j'avais fait pour apprendre tout ça. Depuis 20 ans, j’ai tout simplement stoppé tout ce qui passait pour moi après la musique : boîte de nuit, soirées, traîner dehors, les jeux vidéo, etc.


— Quels sont tes futurs projets ? Un album en préparation ? 

— Pas vraiment de projets précis mais plutôt sortir chaque morceau un après l’autre. On ne consomme plus la musique comme avant, où l’on prenait le temps d’écouter chaque morceau, chaque album. Je ne vois plus vraiment d’intérêt à sortir un album, sauf pour les plus grandes stars, suivies par des millions de personnes.


— Où peut-on écouter et acheter tes titres ?

— Mes titres sont sur toutes les plates formes de streaming comme spotify, apple music, sinon mes clips sont sur youtube.


— Est-ce que tu aurais un souvenir de lecture t’ayant marqué étant jeune ? Une BD, peut-être ?

— Plus jeune, j’ai lu les Chair de poule, Astérix et bien sûr Dragon Ball, qui a bercé mon enfance.


— Merci Kanyll d’avoir accepté de nous parler de ton parcours. La tradition veut que l’on termine nos entretiens par cette question : si tu avais un super-pouvoir, ce serait lequel et pourquoi ?

— J’ai toujours voulu répondre « immortel » à cette question (rire), mais en y réfléchissant avec plus de maturité, je me dis que je n’ai pas envie de finir seul pour l’éternité (rire), donc ce serait de pouvoir remonter le temps, je recommencerais absolument toute ma vie différemment. 


Et voilà les matous, nous espérons vous avoir donné envie de découvrir ce que fait cet artiste, original et autodidacte, n'hésitez pas à jeter un œil (et surtout une oreille, voire les deux) sur ses pages, vous découvrirez des sons punchy, très mélodiques, entre pop rock et rap, le tout mis en images dans d'excellents clips. Miaw !