Ghost in the Shell, perfect edition
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Alors que se profilait la sortie (redoutée par beaucoup mais néanmoins attendue) de la version live de l'anime de Mamoru Oshii, les éditions Glénat ont choisi opportunément de présenter aux lecteurs le premier tome de l'édition perfect du manga original, The Ghost in the Shell, de Masamune Shirow, l'œuvre de base dans laquelle ont puisé les réalisateurs des films et séries d'animation qui nous ont tant régalé. En attendant le tome 2 (Man-Machine Interface) qui devrait paraître le mois prochain, intéressons-nous donc à ce texte et ces cases qui ont fasciné de si nombreux artistes et séduit ou intrigué de si nombreux lecteurs.

Masamune Shirow est un auteur assez particulier qui n'hésite jamais, dans ses œuvres, à insérer des réflexions digressives sur un élément du récit, la trame qu'il a choisie de développer, l'ambiance pour laquelle il a opté ou, surtout, sur le contexte technologique, scientifique et politique qu'il a abordé. Ses planches (davantage dans Ghost in the shell que dans Appleseed) foisonnent de petits détails graphiques ou d'interventions personnelles sous la forme de notes de bas de page (voire en marge), allant de commentaires sur ses choix scénaristiques à des propos sur l'évolution de la société, l'impact du progrès technologique et des considérations sur les croyances, la stratégie militaire ou la sociologie. Cette édition spécifique reprend d'ailleurs un avertissement de l'auteur qui encourage les lecteurs à laisser ces intermèdes de côté afin de privilégier le récit, et à y revenir une fois l'histoire achevée (chose dont j'avoue être malheureusement incapable, ce qui nuit un peu au confort de lecture en dilatant artificiellement certaines séquences - même amer constat pour ceux qui choisissent de lire les annexes du Seigneur des Anneaux à chaque renvoi). On peut également être un peu perturbé par le rythme décousu, l'alternance entre les moments graves, les séquences d'action (violente et effrénée) et ces blagues potaches décalées à l'humour typiquement nippon conférant à l'ensemble un ton kaléidoscopique propre aux publications orientales, dépassant les codes des genres établis.

Cela mis à part, Ghost in the shell s'avère être une série d'anticipation particulièrement pointue, d'une effarante modernité alors même qu'elle a été rédigée en un temps (premiers chapitres parus à l'aube des années 1990) où l'informatique en était encore à ses balbutiements. On y suit les enquêtes (souvent à la limite de la légalité) dans un futur pas très lointain des membres de la Section 9 anticriminalité qui a maille à partir avec des terroristes informatiques, des gangs mafieux mais aussi de sérieux accrochages avec les autres Sections au service de l'état. De considérables pressions politiques ou diplomatiques viennent régulièrement perturber la bonne marche de leur équipe dirigée par Aramaki, un vieux de la vieille qui en a vu bien d'autres et ne s'en laisse guère compter (il sait qu'il a l'attention des dirigeants mais refuse d'abuser de ses passe-droits). Mais le leader opérationnel est incontestablement Motoko Kusanagi, promue Major, une femme au corps cybernétique à l'apparence jeune mais doté des dernières innovations technologiques, dont le fameux camouflage thermo-optique. Elle mène son équipe d'une main de fer mais tous la respectent, à commencer par son coéquipier fidèle, Batou, grand gaillard prêt à tout pour elle. Dans cet univers cyberpunk méticuleusement développé, l'extrême curiosité de Shirow permet au récit de demeurer pertinent lorsqu'il évoque les nanomachines ou les vastes réseaux de données, cette infosphère encore conceptuelle que de grands noms de la SF ont développé ultérieurement (voir ainsi Hypérion de Dan Simmons ou l'Aube de la nuit de Peter F. Hamilton).
L'ensemble interpelle par son savoir-faire et sa densité narrative et l'on s'aperçoit avec le recul de l'extrême richesse du manga : les deux magnifiques animes de Mamoru Oshii n'ont en effet exploité que deux de ses nombreuses trames (dont celle du "Puppet Master") en en accentuant la gravité tout en ralentissant le tempo. La série Stand Alone Complex est du coup plus proche de l'esprit du manga en réinjectant également les impayables tachikomas, ces robots ultra-agiles et multi-tâches dotés d'une intelligence artificielle particulièrement développée.

Les personnages ont également un traitement parfois différent de celui visible sur les écrans : Batou est ici le comique de service, solide mais filou, Kusanagi voit sa vie privée et sa personnalité davantage dévoilées (elle a de nombreuses copines et un petit ami également membre d'une organisation gouvernementale) : le major, nettement plus érotisé (et notamment dans la vingtaine de pages colorisées), marque les esprits par son caractère très dur, ses prises de position souvent contestables et ses réparties cinglantes qui détonnent pour ceux qui sont habitués à son spleen et à sa farouche détermination dans les deux films d'Oshii. Togusa (l'ex-flic désormais incorporé à la Section 9)  ne présente en revanche que très peu de différences avec sa version animée, peut-être aussi parce qu'il est le seul de la section 9,  avec le chef Aramaki, doté d'un corps humain, quoique partiellement "boosté" - les autres étant tous des cyborgs.

Un manga incontestablement visionnaire et brillant.

+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un incontournable du genre cyberpunk.
  • Un univers maintes fois adapté qui a servi de source d'inspiration à de nombreux cinéastes ou créateurs de jeux vidéo.
  • Une édition très riche, plus respectueuse des interventions de l'auteur.
  • Un personnage totalement charismatique et doté d'un charme incontestable.

  • Une densité narrative qui nuit parfois à l'intelligibilité du récit.
  • Certaines cases débordent de détails et font parfois "fouillis".
  • Il faut se plier au fameux "sens de lecture respecté" mais la lisibilité est moins évidente que pour d'autres mangas.
UMAC's Digest #37
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Les sélections UMAC dans l'actu de la pop culture





-- DÉJÀ-VU --

Déception pour la mini-série Symmetry, disponible en un tome chez Panini Comics depuis avril dernier. 
Malgré la couverture prometteuse et le pitch alléchant, cette histoire futuriste propose tout ce qu'il y a de plus convenu et prévisible dans le monde de la science-fiction. La violence et la maladie ont disparu de la civilisation grâce aux robots (en gros) et cette nouvelle société est peuplée d'êtres asexués ; tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Suit un évènement qui va remettre en question le « héros » de cette bande dessinée écrite par Matt Hawkins et élégamment dessinée par Raffaele Ienco. Problème, impossible de s'attacher à qui que ce soit ni d'être réellement surpris par le déroulement de l'histoire tant tout a déjà été vu, que ce soit en comics, films ou jeux vidéo. 
Un pâle reflet symétrique en somme. On zappe.
#cen'estpasChrisPinesurlacover





-- FIN FRUSTRANTE --

Le vingtième et dernier tome du manga Billy Bat, la géniale série de Naoki Urasawa, est en vente chez Pika depuis début mai. 
L'auteur et dessinateur des indispensables Monster20th Century Boys et Pluto est toujours aidé par son acolyte Takashi Nagasaki au scénario pour cette conclusion (qui reste clairement la moins bonne de ses quatre œuvres phares). Difficile de résumer toute l'histoire de cette fresque jonglant entre les époques et empruntant aussi bien au récit dramatique, fantastique que complotiste. Seule certitude : la fin déçoit après la première lecture. 
On retrouve quelques personnages principaux qui ont fait le sel de la série, comme Kevin Goodman et Kevin Yamagata, les dessinateurs de l'autre série Billy Bat (nom de la chauve-souris détective héroïne d'une BD éponyme à l'énorme succès — à mi chemin entre Mickey Mouse et Batman — au cœur du manga). Depuis l'ellipse opérée après la disparition de Yamagata, la dense aventure (et sa myriade de protagonistes) était devenue un peu plus linéaire, moins compliquée à suivre, mais demeurait toujours obscure et l'ensemble s'avérait un chouilla moins palpitant. Cet ultime tome ne livre pas les réponses attendues mais nul doute qu'une relecture complète des vingt ouvrages permettra de mieux cerner l'ensemble et recomposer un puzzle globalement passionnant et très original, à défaut d'avoir été toujours plausible. 
#restequandmêmemieuxquelesproductionsactuelles





-- INCONTOURNABLE --

L'exposition L'Art de DC Comics - L'aube des super-héros se tient au Musée Art Ludique à Paris jusqu'au 10 septembre prochain. Elle propose des centaines de planches de comics (noir et blanc majoritairement mais certaines en couleur), des dessins de recherches et visuels pour les films DC ou encore des accessoires et costumes. 
Amoureux des comics et/ou des adaptations cinéma (des Superman de Richard Donner aux opus plus récents du DCEU en passant par les classiques de Burton et Nolan), cette exposition est indispensable ! Comptez deux bonnes heures pour tout admirer, lire et même écouter grâce à un audio-guide gratuitement mis à disposition. Thomas en parle un peu plus longuement sur son site et dévoile plusieurs photos alléchantes (ici). Attention, la boutique est peu fournie et les enfants risquent par contre de s'ennuyer un petit peu…
#pleinlesyeux





-- DÉDICACES --

Michel Koeniguer, dont on vous avait déjà parlé lors de la chronique consacrée au très bon Bomb Road, sera en dédicace le samedi 20 mai, de 15h00 (voire un peu avant) à 19h00, à la librairie Hisler BD de Metz.
L'auteur a à son actif des polars musclés, comme Brooklyn 62nd, et des récits de guerre faisant la part belle aux engins volants, magnifiquement représentés, comme dans Misty Mission, dont le tome 2 vient de sortir. N'hésitez pas à découvrir ses ouvrages, aux éditions Paquet. Et à aller rencontrer le bonhomme, au demeurant fort sympathique !
#AcesHigh





-- REVENANTS ENCOMBRANTS --

SyFy a diffusé récemment Odd Thomas contre les créatures de l'ombre, adaptation de la célèbre série de romans de Dean Koontz (cf. ce petit bilan sur l'auteur). Rappelons que le dénommé Odd est un jeune homme ayant le don de voir les morts. Ces derniers ne peuvent pas parler, mais ils se débrouillent en général pour lui filer quelques indications sur leurs meurtriers par exemple.
Nous avions déjà eu droit à une adaptation en manga (cf. cet article), pas trop mal, mais le film de Stephen Sommers s'en sort finalement bien mieux. Acteurs plutôt sympathiques (la jolie Addison Timlin en tête), narration au rythme soutenu, effets corrects et une bonne dose d'humour font de ce long métrage un honnête (bien qu'un peu naïf) et plaisant divertissement, parfois juste un poil trop prévisible.
Si vous l'avez raté, surveillez la grille des programmes, ça devrait être rediffusé assez rapidement et ça mérite d'être vu. Par contre, contrairement à ce que pourrait faire penser l'image ci-dessous, ne vous attendez pas à être terrorisé, ça reste très soft (et grand public).
Notons que Odd Thomas est également sorti directement en vidéo à l'époque, tout comme Predestination et Defendor que l'on ne saurait que trop conseiller. 
#AttentionAuxBodachs





-- BASTON INFINIE --

Marvel vs Capcom : Infinite, sixième opus de la franchise, est annoncé pour septembre 2017 sur PS4, PC et Xbox One.
Le célèbre jeu de combat semble avoir pris un virage plus grand public, avec un gameplay plus accessible et une ambiance visuelle apparemment plus proche des films Marvel que des comics. Le système de jeu proposera une nouveauté : l'utilisation des Gemmes de l'Infini qui permettront de booster les pouvoirs des personnages.
Niveau casting, l'on peut citer Iron Man, Captain America, Thor, Hulk, Ultron, Rocket Raccoon, Hawkeye, Captain Marvel, Megaman, Ryu, Morrigan Aensland, Chun-Li, Strider Hiryu ou encore Chris Redfield.
Le jeu sera disponible en trois versions : standard, deluxe (avec un pack de personnages supplémentaires) et collector. Cette dernière version contiendra, en plus du pack, un diorama composé de quatre figurines (qui ont l'air sublimes) et d'un coffret avec les fameuses gemmes (illuminées en plus). Vous pouvez jeter un œil à l'ensemble sur l'image ci-dessous. En ce qui concerne le prix, cette version collector devrait taper dans les 200 euros. Alors oui, ça fait mal au cul, mais faut avouer que ça a de la gueule.  
#MMA



Collector #6 : Harley Quinn [Variant Play Arts Kai n°12]
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Aujourd'hui on passe en revue une superbe figurine de Harley Quinn, éditée par Square Enix, qui s'est fait une spécialisation du genre avec la luxueuse gamme « Play Arts Kai » [1].


Initialement, Square Enix proposait des figurines issues de sa célèbre franchise Final Fantasy. L'éditeur s'est tourné vers les super-héros de comics avec les personnages des jeux vidéo de la saga Arkham par exemple. Fort de son succès, malgré des prix très élevés (de 80 à 150€ la statuette en moyenne), Square Enix a développé des thématiques autour des univers Marvel et DC Comics, en plus d'autres licences de jeux vidéo (Metal Gear Solid, Tomb Raider, Halo, Hitman…).

La collection « DC Comics Variant Play Arts » est une réinterprétation des personnages phares de la Distinguée Concurrence dans un style un peu « manga ». Les traits, détaillés, empruntent davantage à la fantaisie des bandes dessinées du japon qu'au réalisme pur et dur de certains comic books. Mais, évidemment, la différence se situe surtout côté costumes et looks. Ainsi, les vêtements imposent un certain dynamisme et des exagérations élégantes et originales.

La treizième figurine de cette collection est donc Harley Quinn (la douzième étant le Joker, à découvrir tout en bas de l'article). Ci-dessous, quelques photos du déballage de la boîte et des descriptions de cette jolie statuette d'environ 25 cm de haut, livrée avec un petit socle pour la tenir debout, deux mains changeables et l'énorme marteau de la muse du Clown du Crime. D'autres objets ou armes auraient été les bienvenus…
Cette figurine coûtait 89,99€ mais est épuisée depuis plus d'un an et ne sera a priori par rééditée. On trouve des caractéristiques plus poussée sur la page Square Enix (l'occasion de découvrir plusieurs poses et des photos plus professionnelles et retouchées). Cet objet collector est encore trouvable à des prix similaires sur eBay par exemple, mais attention à certains marchands qui poussent le vice en demandant près de 150 voire 200€ !



Le recto (gauche) de la boîte, illustrée avec un dessin conceptuel de la figurine, et le verso (droite) avec une photo de pied (sans le socle de soutien). On notera les nombreuses informations écrites en japonais et quelques mentions en anglais, français et allemands, vantant notamment plus de vingt points d'articulation.



La boîte s'ouvre avec une autre très belle illustration et la fameuse figurine dans son emballage de protection à droite. Deux ronds de scratch permettent d'ouvrir/fermer la boîte, qui reste un bel objet également à conserver.


Il faut ensuite extraire l'emballage de protection en plastique dur (qui contient la figurine) par le haut de la boîte en carton (retenue par des languettes adhésives transparentes). La figurine est elle-même entourée d'un autre emballage en carton, qui s'ouvre de chaque côté et propose les éléments qui constituent le socle de soutien.


La figurine est peinte à la main et on est admiratif devant les finitions et le souci du détail apporté à l'objet. Elle est un peu trop sexuée et dépourvue d'un costume amovible (seule les « renforts textiles » au niveau de la ceinture peuvent se rapprocher ou s'écarter des cuisses). On opte pour un changement de mains, d'une facilité déconcertante, pour préférer celles qui tiennent le marteau, plutôt imposant.


Le socle, en plastique transparent (Square Enix en vend en fer pour la "modique" somme de 39,99€, un beau foutage de gueule), est relativement simple à construire. Des instructions sont fournis sur la manche droite du carton qui le contenait. On déplore une sorte de clé, peu pratique tout de même, pour tourner les vis, et un arc pour entourer le corps en trop (le plus gros est donc inutile, chaque boîte doit sans doute contenir les deux pour standardiser tous les modèles en choisissant celui qui convient pour la figurine qui sera avec). Les plus exigeants pourront passer un peu de papier de verre pour enlever les petits bouts de plastique dur conservés lors de l'enlèvement des pièces.


Une fois sur son socle, la figurine prend évidemment une autre dimension ! Un régal pour les yeux. :-)


 L'arc du socle autour du corps reste relativement discret, permettant d'apprécier l'ensemble de l'objet sans la contrainte visuelle et technique que peut engendrer ce genre de support.


Et Harley peut donc rejoindre le Joker ! Lui-même (le numéro douze de la collection) avec une allure très éloignée des comics, et de toute beauté.


[1] Le site officiel de la boutique regorge d'une tonne d'objets de collection. Des promotions sont appliquées tout au long de l'année de manière un peu aléatoire (sans doute sur les moins bien vendus), par tranche de deux à trois semaines. Les frais de port sont offerts dès 29,99€, autant dire qu'ils sont gratuits si vous achetez une figurine !
On trouve des revendeurs provenant de Chine sur eBay qui proposent — apparemment — les mêmes figurines mais sans les boîtes pour un prix divisé par trois en moyenne ! Nous en avons commandé une pour vérifier s'il s'agit des mêmes ou si c'est une arnaque, à suivre dans le prochain Collector.

Atom - La culture manga
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Fin janvier 2017, plus d’une décennie après l’arrêt de l’excellente petite revue Le Virus Manga centrée sur la bande dessinée nippone, l’élégant Atom - sobrement sous-titré : la culture manga - atterrit dans les kiosques français. Ce magazine dont le second opus vient de paraitre se positionne sur ce créneau désaffecté, avec une formule dédiée aux manga et à leurs auteurs : exit les produits dérivés, les animés. Le contenu va plus loin qu’un amas de bêtes résumés et avis de chroniqueurs peu inspirés ou intéressés. Ce trimestriel qui se veut exigeant fait la part belle aux interviews, longues, fouillées, propose quelques articles de fond et fournit une modeste sélection des derniers titres sortis dans le commerce.

Atom apparait comme le rejeton des chroniques manga qui ont fleuri dans Mad Movies, le magazine dédié au cinéma principalement SFFF dont Fausto Fasulo est le rédacteur en chef. Le petit malin réunit dans cette nouvelle équipe ses potes, des plumes connues telles Marius Chapuis (Libération), Stéphane Du Mesnildot (les Cahiers du cinéma), Laurent Duroche (Mad Movies), Aurélien Estager (traducteur), Xavier Guilbert (du9.org), les artistes Nicolas De Crécy et Romain Slocombe... À la différence d’une revue comme Otomo, Atom ne vise pas les « nostalgeek » ni ne présente une énième introduction à la culture japonaise (autant lire Planète Japon). Atom propose de (re)découvrir des auteurs possédant un discours, une patte, au travers d’entretiens, de notes et de bibliographie. Il cible les amoureux et les curieux de mangakas et de titres lorgnant, entre autres, du côté de l’underground, du patrimoine, du mature, du gore, du délire, éclectiques, moins connus, moins vendeurs, alors que ces mêmes titres peuvent cartonner au Japon voire sont estampillés « snob » par chez nous. Des œuvres loin des licences ultras commerciales qui remplissent déjà les pages des magazines de japanimations présents sur le marché depuis des décennies. La collection WTF ?! des éditions Akata (et dont Mad Movies est partenaire ) et l’éditeur le Lézard Noir ont une place de choix.

Les entretiens permettent aussi de cerner la société nippone, le système éditorial, et apportent des réflexions autour des travaux des différents artistes. N’importe quel aspirant dessinateur de BD, influencé ou pas par les Japonais, peut se repaitre de pistes intéressantes pour y trouver des idées et questionner son propre ouvrage. Plusieurs interviews accordent une attention particulière sur le tabou de ce que l’on peut montrer ou non, de ce que l’on met en scène, les idées que l’on fait passer et pourquoi. Elles se penchent aussi sur la manière de travailler et brossent un rapide bilan du parcours des auteurs. Le mélange de mangakas ayant déjà une longue production et des petits nouveaux jette un pont générationnel passionnant sur la vision de leur métier et de leur monde. Dans le second numéro, la découverte et les réflexions de Dominique Veret autour d’Hiroshi Hirata, une double page sans langue de bois, évoquent la puissance d’un homme, un dessinateur proche du bushi [1] dont le charisme impose le respect tant dans son graphisme, ses histoires que dans sa présence elle-même.
Atom se pare de beaux atours : sous une douce couverture mate, un dos carré collé et 132 pages pour 9,90 € en France métropolitaine. La maquette sobre sur fond blanc s’avère agréable à parcourir, les textes aérés et des illustrations plein format permettent de profiter des graphismes variés des auteurs. La présence raisonnable des encarts publicitaires ne gâche en rien la lecture. Reste que le papier est un poil trop transparent, les notes dans les articles se retrouvent toutes à la fin et demande au lecteur une petite gymnastique de va-et-vient pouvant couper le fil de la lecture des plus tatillons.
Pour peu que l’on passe au-dessus de quelques textes jargonnant et prenant les lecteurs de haut, des avis négatifs sans arguments, la variété des plumes s’avère plaisante. Des pages denses en informations, dans lesquelles des références à d’autres mangas, films, livres, documentaires, philosophes, sociologues, mériteraient l’ajout d’une note pour les plus curieux, ceux qui ont soif de découvertes… Bien sûr, internet existe, mais pourquoi ne pas inclure l'info en marge des textes ? Il manque aussi quelques sources, en particulier pour les citations.
Atom par son ambition affichée doit tout de même faire attention à ne pas tomber dans le travers d’une intellectualisation à outrance et ne pas faire l’impasse sur certains mangas populaires en francophonie. Populaire n’est pas toujours synonyme de médiocrité.
Les critiques des mangas sont courtes, flottant dans l'espace de la page et souvent, ne présentent en rien les mangas. Elles se concentrent sur des points annexes comme le parcours de l'auteur ou les personnages...

Sur ces deux premiers numéros [2], aucune femme. Ce n’est pourtant pas ce qui manque dans les titres japonais ou traduits en français. La bande dessinée nippone propose dès la fin des années 40 des mangakas féminins qui se soucient en premier lieu des préoccupations d’un lectorat de jeunes filles avant de s’étendre dans tous les genres et tous les styles comme leurs homologues masculins.
Pourtant, en France, de trop rares et très bonnes artistes sont traduites : Rumiko Takahashi, Rei Shimizu, Moto Hagio, Yumi Tamura, Natsume Ono, Miyako Maki, Yoshimi Yoshida... il suffit de creuser. Effectivement, leurs titres sont moins connus, moins vendeurs pour la plupart autant par les sujets traités que par le graphisme souvent particulier et au contenu plus romantique, torturé, psychologique… Ces mangas souffrent d’un syndrome auprès du public : féminin, équivalent de péjoratif. Néanmoins, la revue 10000 images, le manga au féminin, proposait de revenir sur une grande partie de cette production avec intelligence.
Atom se penche sur la richesse de la bande dessinée nippone, débarrassée des clichés que l’on nous ressert jusqu’à l’écœurement avec des œuvres à l’intérêt plus que discutables, même pour du pur divertissement, et qui remplissent des linéaires dissimulant des perles que seuls les plus curieux déterrent. Une partie du lectorat se complaît aussi dans des récits similaires, ne regarde que du côté des titres ayant eu une adaptation animée, vidéo-ludique ou la puissance marketing d’un rouleau compresseur, avec toujours le même genre de graphismes qui tendent vers l’uniformisation… Ce magazine lui fournit les outils pour effectuer un premier pas.

Malgré ses  imperfections, Atom est un trimestriel haut de gamme tant sur le fond que sur la forme : prix encore abordable, textes intéressants (en excluant le jargon pompeux et parfois cette sensation de mépris pour des mangakas et les lecteurs à la Culture différente des rédacteurs...), choix des illustrations… N’importe quel amateur de bande dessinée au sens large peut y découvrir des auteurs, des mangas et bien plus. Ce serait dommage de bouder son plaisir, si pour le troisième volet, les défauts sont gommés. Il ne reste plus qu’à espérer qu’il ne périclite pas d’ici quelques années à la manière d’un Kaboom, pourtant un excellent magazine dédié au neuvième art ou Otomo, qui semble déjà enterré après une unique sortie.

Atom annonce déjà sur sa page Facebook les mangakas qui rempliront le sommaire de son troisième numéro : Ryoichi Ikegami, Buichi Terasawa, Jirô Taniguchi, Kengo Hanazawa, Suehiro Maruo... pour le moment, uniquement des hommes...


[1] Guerrier japonais proche de la noblesse, à cheval, pourvu d'un arc. Le bushi n'est pas un samouraï.
[2] Le sommaire du premier numéro se consacre à Inio Asano, Shôzô Oshimi, Minetarô Michizuki, Kazuo Kamimura, Toshio Saeki, Satoshi Kon, Shigeru Mizuki, Eldo Yoshimizu, Rei Mikamoto, Shôhei Sasaki... Dans le second : Kazuo Umezzz, Hiroshi Hirata, Usamaru Furuya, Hideki Arai ou encore Atsushi Kaneko.

+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Uniquement dédié au manga
  • Soin du fond et de la forme
  • Longues interviews

  • Un peu jargonnant
  • Absence de dessinatrices dans les deux premiers numéros
  • Des chroniques encore assez creuses 
Dossier Tintin
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Mise en ligne aujourd'hui de notre grand dossier consacré à Tintin !

Au sommaire :
- les intégrales
- ouvrages consacrés au mythe à posséder absolument (et à éviter)
- la tintinophilie alternative
- les polémiques
- étude de cases
- Haddock : contrepoint essentiel
- classement subjectif des albums

Tout cela est accessible dans la section dossier du site ou en cliquant sur l'image ci-dessous.

Bonne lecture !