La Légende de Drizzt
Par


Petite promenade aujourd'hui en Outreterre à la rencontre des Elfes Noirs grâce à La légende de Drizzt !

Nous sommes en Outreterre. Là où la lumière du jour ne pénètre jamais, sous la surface, s'étend la magnifique cité de Menzoberranzan, le domaine des Drows, les Elfes Noirs. Cette société matriarcale est violente, sans pitié. De nombreuses Maisons s'y affrontent pour gagner un peu de pouvoir et les faveurs de Lolth, la déesse araignée.
C'est dans ce monde sombre que naît Drizzt. C'est le troisième fils de la Maison Do'Urden. Celui qui était destiné à être sacrifié avant que l'un de ses frères aînés ne se fasse finalement assassiner, apaisant à sa place le sanglant appétit de Lolth. Drizzt va être élevé par l'une de ses sœurs avant de commencer son entraînement de guerrier auprès du maître d'armes. Il va apprendre à manier l'épée mais surtout, il va découvrir les réalités de la vie d'un Drow. Les meurtres, les trahisons, l'absence totale de compassion.
Mais Drizzt est différent. Il souhaite autre chose comme quotidien que les cris et la mort. Il rêve de justice, d'amour, de paix. Autant de choses qui n'existent pas dans Menzoberranzan.
Alors que déjà sa Maison est en danger, parviendra-t-il à conserver un code de conduite qui pourrait bien causer sa perte ?

Nous voici donc en pleine heroic fantasy puisque l'action de cette série se déroule dans les fameux Royaumes Oubliés, un monde créé à l'origine pour le jeu de rôle Donjons & Dragons. Cet univers ayant eu un certain succès, il a donné lieu a une série de romans, dont la saga de Drizzt écrite par R. A. Salvatore. C'est cette épopée qui fut adapté en comics et publiée en France par Milady, de 2009 à 2011. Les 7 tomes de la série seront d'ailleurs suivis d'un guide et d'un hors-série (Neverwinter Tales, sorti en VF en 2013).




Voyons déjà un peu le scénario. Celui-ci est écrit par Andrew Dabb qui fait, ma foi, un boulot plutôt correct (il faut dire qu'il dispose d'un bon matériau de départ, mais le changement de support demande tout de même un certain savoir-faire). Contrairement à la série World of Warcraft qui sombrait dans les stéréotypes les plus éculés, le monde décrit ici est à la fois riche et original. La société drow et ses luttes internes se révèlent vite fascinantes. On va apprendre par exemple que la loi des elfes noirs est ainsi faite qu'elle considère un crime comme non existant s'il n'y a aucun témoin pour s'en plaindre. Il est donc interdit de massacrer une autre Maison, sauf si on le fait suffisamment bien pour qu'aucun survivant ne vienne ronchonner devant le Conseil Régnant. 
La vie des Drows est ainsi imprégnée de trahisons, menaces et autres complots. Le fait que les mâles soient considérés comme du menu fretin permet également de s'éloigner un peu de l'imagerie classique du gros baroudeur musclé admiré par tous, et même si au final le personnage principal reste un homme, les Matrones tiennent un rôle politique et social essentiel.

Pour ce qui est de la partie dessin, c'est franchement réussi. C'est là l'œuvre de Tim Seeley (sur les premiers tomes) qui, malgré quelques facilités au niveau des décors, parvient à mettre en scène de fort élégants elfes à la peau noire et aux cheveux blancs. La colorisation, dans laquelle dominent le bleu et le violet, est également plutôt belle et installe une ambiance sombre mais très esthétique. Par la suite, ce seront Val Semeiks, Todd Lockwood et Agustin Padilla qui se succéderont aux crayons jusqu'au hors-série.

Le premier tome publié à l'époque par les éditions Bragelonne sous leur label Milady s'intitule Terre Natale et se passe presque exclusivement dans Menzoberranzan. Il contient également une préface de Salvatore, une petite galerie d'illustrations et un extrait du roman Mercenaires, du même Salvatore. Le tout pour moins de 10 euros, ce qui, pour 132 planches, était un prix tout à fait correct. Ces BD sont encore trouvables d'occasion à des prix modiques. 

Une adaptation soignée possédant une véritable identité visuelle et permettant facilement aux novices de rentrer dans l'univers de Forgotten Realms.


Les images 1, 3 et 5 sont issues du hors-série, illustré par Agustin Padilla.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un univers riche et fascinant.
  • Un personnage principal complexe et charismatique.
  • Une saga épique qui réserve de bons moments et quelques surprises.

  • Sur certains tomes, le dessin peut sembler inégal et manquer d'ambition concernant les décors notamment.
Plur1bus
Par




La plateforme Apple TV frappe fort avec un véritable chef-d'œuvre : Pluribus.

Carol Sturka
est une romancière à succès, empêtrée dans l'écriture d'une série fleuve qui lui rapporte dollars et fans, mais finalement assez peu de satisfaction personnelle. Un soir, après une énième séance de dédicace, elle est témoin d'un événement étrange. Les gens semblent pris de malaises, ils s'écroulent ou se figent et se mettent à trembler. Dans un premier temps, Carol tente de trouver de l'aide, mais elle doit bientôt se rendre à l'évidence : en un claquement de doigt, l'humanité a... changé.
En effet, il n'y a plus d'individualités mais une sorte de fonctionnement de ruche : la population mondiale est unie, dans la joie et la concorde, et fonctionne comme un "tout". Seule Carol semble immunisée à ce qu'elle considère comme une horreur. Peu à peu, elle va en apprendre plus sur le fonctionnement de ces gens, pacifiques en apparence mais effrayants. 

Voilà, inutile d'en dire plus, mieux vaut vous laisser le plaisir de la découverte et passer directement à l'analyse critique de cette série. Tout d'abord, évacuons un point crucial : bien que les notes soient, légitimement, en majorité très bonnes, j'ai vu des réactions hallucinantes, du genre "c'est mou", "c'est trop lent", "il ne se passe rien", etc. Alors, je veux bien que ça puisse ne pas convenir à tout le monde, mais si vous en êtes à trouver que cette histoire est trop lente ou n'a pas de contenu, le problème, c'est vous, pas le scénario ou la réalisation. Il faut croire que des années de conneries "surcutées" de débiles sauce Squeezie ou de greluches prépubères sur TikTok ont fait des dégâts sur certains cerveaux. Ce n'est pas parce qu'une narration installe un rythme lent qu'elle est ennuyeuse ou qu'il ne se passe "rien", au contraire, cela permet de s'attarder sur bien des détails. 




En premier lieu, il faut reconnaître l'extraordinaire performance de Rhea Seehorn, qui joue le rôle de Carol. Elle n'a a priori pas un charisme affolant, mais plus les épisodes défilent, plus elle parvient à rendre son personnage attachant et à en dévoiler les nombreuses et complexes facettes. Certaines scènes, où elle réagit par exemple alors qu'elle est au téléphone, sont d'une force incroyable grâce au jeu subtil de la comédienne. 
La réalisation est également très efficace, avec de nombreux plans soignés et inventifs, et une photographie souvent somptueuse. Même les décors, tour à tour vides et gigantesques ou foisonnant de présences "mécaniques", participent à l'ambiance générale.

Et bien entendu, il faut revenir sur la qualité immense de l'écriture (la série est attribuée à Vince Gilligan, mais comme souvent avec les séries modernes, elle est écrite par une équipe de scénaristes). L'intrigue est originale mais surtout, elle réserve bien des surprises, ce qui n'est pas si courant. Même dans des séries de qualité, combien de fois peut-on deviner la trame générale et voir venir une réaction, un rebondissement ? Ici, difficile de prédire une décision, l'issue d'un dialogue ou la prochaine péripétie (une petite exception dans la jungle, avec les fameux arbres à épines, mais elle ne fait que confirmer la tendance inverse).
La thématique, sur la préservation de l'individualité, voire de l'individualisme, est parfaitement traitée, laissant le spectateur mener sa propre réflexion sans les habituels gros coups de boutoir censés le mettre dans la "bonne" direction. Les personnages (car Carol n'est pas la seule à être restée "normale") sont tous crédibles et bien campés. Les méchants ne le sont pas tant que ça, les gentils font des dégâts, bref, les auteurs réussissent l'exploit d'éviter le manichéisme, d'être réalistes, tout en apportant des touches régulières d'humour (même dans l'utilisation d'un drone par exemple) et une profondeur qui émeut sans virer à la nunucherie.   
Et on peut même préciser que c'est une des rares séries qui dispose d'un casting racial varié sans pour autant verser dans le wokisme et ses aberrations. Tout est ici justifié et bien amené, même l'héroïne, lesbienne, ne nous casse pas les couilles avec sa sexualité ou de pseudo-revendications et a le bon goût de ne pas avoir les cheveux bleus et des tonnes de ferraille dans la gueule.

Ces neuf épisodes se regardent avec un plaisir évident tant tout est beau, bien fichu, intelligent et divertissant. On attend la suite en trépignant d'impatience.     





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Original et bien écrit.
  • La performance admirable de l'actrice principale.
  • Des plans soignés et fort jolis.
  • Un rythme certes peu courant mais qui convient au propos.

  • Le premier épisode, qui est peut-être le moins réussi alors que c'est celui qui contient le plus "d'action".
Les X-Women par Manara
Par


Lorsque l'un des maîtres de la bande dessinée érotique débarque chez Marvel, cela donne chez Panini X-Men : Jeunes Filles en Fuite. Ou X-Women en VO.

Milo Manara
est connu dans le monde entier pour ses représentations sensuelles de jeunes demoiselles dénudées. Et forcément, lorsqu'il s'empare des héros de la Maison des Idées, ce n'est pas pour dessiner Wolvie ou Colossus, mais Marvel Girl, Psylocke, Emma Frost, Malicia, Kitty Pryde et Tornade. Les mutantes, déjà plutôt sexy en général, vont donc être mises en scène de manière très suggestive.
Poses aguichantes, regards langoureux, vêtements très courts (oui, plus courts que d'habitude (sisi, c'est possible)), tout est bon pour charger les miss en sex appeal. Les jupes se relèvent bien malencontreusement (ce vent alors !), les filles s'enlacent (quand la copine tombe, il faut bien la rattraper non ? et si Ororo et Kitty se retrouvent au bout d'une liane dans une sorte de 69 improvisé, ce n'est que le fruit du hasard et de l'attraction terrestre), bref, on est dans le gentiment coquin.

Le scénario, ou plutôt le semblant d'histoire, est écrit par Chris Claremont. Les filles sont en vacances en Grèce où elles batifolent dans l'eau et vont le soir en boîte pour jouer à qui portera la robe la plus courte, lorsqu'elles sont attaquées et que l'une d'elles est enlevée. Les voilà parties sur les traces des ravisseurs, ce qui les mènera à Madripoor et dans les mers du Sud, où elles rencontreront une tribu légendaire qui n'aime pas trop les fringues non plus. Le tout sur fond de complot international visant à faire s'affronter la Chine et l'Inde.




Rien de passionnant, c'est même assez poussif. Il est d'ailleurs regrettable, tant qu'à faire, que Claremont n'ait pas joué la carte du scénario alternatif et inattendu (basé sur l'humour ou simplement les relations entre les personnages par exemple) plutôt que de nous servir une intrigue prétexte et mal fichue à base, encore une fois, de "il faut sauver le monde".
D'autant qu'ici, l'intérêt est visiblement ailleurs.

D'un point de vue plus pratique, la VF se présentait à l'époque en grand format, avec hardcover, et contenait une petite bafouille de Quesada en intro. Pour l'anecdote, il trouve l'équipe de Panini "fabuleuse"... il n'a sûrement jamais rencontré la branche française.
Un bon point cependant pour cette édition grâce à la présence d'un petit topo permettant de présenter rapidement les personnages. L'ouvrage se termine sur une petite postface de Nick Lowe.

Voilà une curiosité qui se lit vite et vaut surtout pour la présence de Manara.
Dommage que, contrairement à ce qui est annoncé en quatrième de couverture, l'artiste n'ait pas bénéficié d'un scénario sur mesure et plus adapté aux "circonstances".
Du Manara bien lisse.





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Ben... Manara sur des héros Marvel, c'est quand même rare.
  • Le style Manara, totalement aseptisé.
  • Un scénario poussif, déjà vu mille fois et ne se prêtant pas du tout à l'exercice.
  • Faussement sulfureux mais trop sexy pour les plus prudes, ou comment décevoir tout le monde avec un projet bancal.

Écho #80 : Petite Histoire de la Désinformation
Par


Un livre époustouflant de Vladimir Volkoff, connu à l’époque des grandes heures de la Bibliothèque Verte sous le pseudonyme « Lieutenant X » (c’est lui qui écrira la très bonne série jeunesse Langelot).

L’écrivain, doué et consciencieux, est auteur également de romans pour adultes mais aussi d’essais passionnants sur la démocratie ou, comme ici, la désinformation (différente de la propagande ou de l’intoxication).

L’ouvrage est d’une qualité et d'une modernité inouïes. Grâce au style fluide et agréable de Volkoff, il se lit comme un (bon) roman et aborde une foultitude de situations, de l’antiquité à nos jours. Surtout, dans l’époque agitée que nous vivons, il permet de prendre un recul salutaire sur certaines pratiques scélérates et pourtant efficaces (les exemples issus d’un dictionnaire des synonymes Larousse de 1977 sont sidérants tant l’orientation politique des auteurs transparait à chaque ligne, même chose pour les manuels scolaires).

Plus qu’un livre, Petite histoire de la désinformation est un indispensable outil d’éveil et de défense face à des médias toujours plus présents et de moins en moins impartiaux et face à un ennemi intérieur qui tient tous les rouages ou presque de la société (administration, école, justice, associations, milieu artistique subventionné, presse mainstream…). Du cheval de Troie à la guerre de Bosnie, en passant par l'affaire Pathé durant la guerre froide, l'auteur aligne les exemples avant d'aborder des points plus techniques (conception et pratique de la désinformation, accessoires verbaux et sensoriels, caisses de résonnance...). Et tout cela était déjà efficace avant internet, l'IA et les photos et vidéos créées de toutes pièces. Imaginez de nos jours...

Il est des auteurs qui divertissent, d’autres qui instruisent, Volkoff fait les deux et s’offre ici le luxe de donner à ses lecteurs des armes politiques dont beaucoup rêveraient de les dépouiller.

Indispensable et très satisfaisant si vous êtes doté d'un cerveau en ordre de marche.



Chroniques des Classiques : Trois Hommes dans un Bateau
Par


Avec Trois Hommes dans un Bateau (sans parler du chien !), c'est sur un véritable classique de l'humour anglais que nous revenons aujourd'hui.

Ce roman, atypique et addictif, paru en 1889, sera le plus grand succès populaire de son auteur, Jerome Klapka Jerome. Dans les vingt premières années suivant sa publication, le livre se vendra à 220 000 exemplaires rien qu'en Angleterre. Et il en circulera environ un million de copies pirates, ce qui est phénoménal. Même l'éditeur de Jerome s'étonnera du volume de ventes énorme. Ce qui ne sera pas le cas des critiques, qui considèrent à l'époque que Jerome fait de la littérature destinée aux "basses classes". Des propos ahurissants de bêtise quand on voit la qualité de la prose de l'auteur. Et la finesse de ses diatribes.

Mais commençons par le début : de quoi ça parle ?
Comme le titre l'indique, il s'agit d'un périple entamé par trois amis qui souhaitent se refaire une santé en canotant sur la Tamise. Voilà George, Harris, l'auteur et son chien, le fox-terrier Montmorency, embarqués pour une croisière improvisée et pleine de digressions saugrenues. Entre les maladresses des trois compères, leur mauvaise foi et les anecdotes qu'ils arrangent à leur convenance, le voyage va se révéler aussi drôle qu'imprévisible.

Bien entendu, ce canotage entre Oxford et Londres est surtout prétexte à des situations issues du quotidien mais rendues amusantes pour certaines, désopilantes pour d'autres, grâce au style habile de l'auteur et aux propos très pince-sans-rire du narrateur. En fait, l'on est typiquement sur de l'humour anglais pur style (qui n'a rien à voir avec l'absurde, on est ici dans un registre bien différent). En gros, c'est le décalage entre le sérieux des propos rapportés et la réalité évidente qui va apporter la drôlerie (et la critique de certains travers de l'époque). 

Le narrateur va ainsi décrire un simple plantage de clou, qui devient une opération familiale catastrophique ; il va s'étonner de ne jamais rencontrer à terre une seule personne ayant le mal de mer et supposer que ces gens, rongés par la honte, se dissimulent dans on ne sait quel refuge ; il va deviser sur les fromages et leur tendance à l'agressivité olfactive ; il se moquera des prévisions météo et de leur prétendue exactitude ; décrira avec une exagération à peine contenue la désorganisation de la gare de Waterloo ; ou encore mettra en évidence le fait qu'il faut nourrir une certaine sociopathie pour se lancer dans l'apprentissage de la cornemuse.
Les sujets sont donc banals (cuisiner, préparer des bagages ou encore installer une tente) mais c'est leur traitement qui leur donne un relief comique exceptionnel. Même si certains passages sont moins réussis, pour peu que l'on soit sensible à ce genre d'humour "à froid", cette lecture garantit plusieurs fous rires, ce qui n'est tout de même pas si courant en littérature.

L'ouvrage est toujours disponible en poche à un prix modique et n'a jamais cessé d'être réédité en France, que ce soit chez Gallimard dans sa collection Folio Junior ou chez Flammarion. Le texte étant libre de droit, comme toujours, privilégiez des versions proposées par de véritables maisons d'édition si vous voulez un texte soigné et une mise en page correcte.

Un anti-dépresseur littéraire, à relire régulièrement.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • L'humour, efficace et subtil.
  • Le style de l'auteur et la qualité de la traduction de Déodat Serval.
  • La variété des thèmes et situations abordés. 

  • Quelques scènes moins réussies, mais l'ensemble demeure de haute tenue.