Publié le
7.8.21
Par
Nolt
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| Ce que l'on met en lumière n'a pas toujours un bel aspect, mais est-ce vraiment la faute des lampes ? |
Petit billet d'humeur un peu spécial sur un sujet que beaucoup évoquent mais que peu maîtrisent : les erreurs des éditeurs et leur éventuelle "paninisation".
Assez régulièrement, des amis me font remonter des posts et des captures issus de gens qui sont tout contents d'exhiber une coquille qu'ils ont dénichée dans un quelconque ouvrage, croyant ainsi prouver l'impéritie de telle ou telle maison d'édition. Bien souvent, dans les comics en particulier, le réflexe de certains est de sortir une ânerie, du genre "ah, vous voyez, il n'y a pas que Panini qui se plante !" ou "tiens, tel éditeur se paninise".
Revenons déjà sur quelques évidences. Car, malheureusement, nous vivons à une époque où les évidences ont perdu leur qualité première et doivent être expliquées, lentement de préférence, aux béotiens. Des erreurs, tout le monde en fait. Il est rarissime par exemple de ne pas trouver au moins une ou deux coquilles dans un roman, qu'il soit publié par Albin Michel, Gallimard, Bragelonne ou Robert Laffont. Alors, c'est certes dommage, mais ce n'est pas grave. Parce que sur un volume de 500 000 caractères, laisser passer deux ou trois conneries, cela ne prouve en rien la nullité de l'auteur ou le manque d'implication et de travail de l'éditeur.
Surtout, ce qui est important, c'est le rapport entre les fautes et le volume de texte. Vous comprenez bien que deux fautes dans un roman, même court, et cinquante fautes dans une BD, ce n'est pas la même chose. Or, Panini, à une époque, c'était plusieurs centaines de fautes par ouvrage. Ça a l'air délirant (en tout cas, vous devriez trouver ça délirant), mais c'est rigoureusement exact.
Il m'est arrivé de travailler sur des recueils, qui bien entendu avaient déjà été commercialisés auparavant, qui contenaient 400, 500, 600 voire plus de 700 erreurs grossières (pour un ouvrage de 180 à 220 planches). Et attention, car ces chiffres rendent en fait compte des modifications apportées. Or, un "s" ajouté ou une virgule en plus, c'est une modification, mais réécrire entièrement trois ou quatre phrases dans un pavé de texte, c'est également "une seule" modification. Je vous laisse imaginer le résultat final : ce n'est plus du tout le même texte. [0]
Je précise bien entendu qu'il ne s'agit pas de remanier une phrase pour le plaisir de donner du travail aux lettreurs. Il s'agit toujours d'inepties qu'il faut impérativement corriger. Car même si Panini s'est grandement amélioré ces dernières années (vu qu'on partait de zéro, ce n'est pas un exploit non plus), je rappelle qu'à une époque, Panini, c'était ça : Le désastre Panini. Et cet article est loin, très loin, d'être exhaustif.
Donc, non, tout ne se vaut pas (ceux qui vous font croire ça sont des ignorants ou nourrissent un objectif peu avouable, cf. cet article par exemple), et non, Urban ou Delcourt ne sont pas en voie de "paninisation", ils ont même une marge gigantesque avant d'en arriver là. Ça ne veut pas dire que tout ce qu'ils font est bien, ça veut dire que ce n'est pas du tout le même résultat ou la même échelle en termes de "plantage".
Ayez donc toujours du recul lorsque quelqu'un, frissonnant de bonheur à l'idée d'avoir trouvé matière à polémique, affirme démontrer, par un ou deux exemples isolés, le manque de professionnalisme de dizaines de personnes. C'est très couillon (et même insultant) comme procédé. Encore une fois, les erreurs n'ont de sens que si elles sont nombreuses, répétées (parfois même non corrigées au fil des éditions) et qu'elles viennent saturer et dénaturer une œuvre.
Ceux qui pensent avoir découvert l'envie d'uriner parce qu'ils se retrouvent par hasard seuls dans une pissotière ne démontrent en réalité rien de ce qu'ils affirment, si ce n'est leur naïveté et leur ignorance.
Abordons maintenant un sujet connexe. Parmi les lecteurs d'UMAC, certains pensent que je suis "anti-Panini". Les mêmes d'ailleurs qui pensent que j'ai "retourné ma veste" quand je loue, de bonne foi, l'une de leurs rares réussites (comme la réédition en Marvel Select de House of M par exemple, bien meilleure que le Deluxe, pourtant plus cher). En fait, je sais que c'est difficile à comprendre, mais Panini, je m'en fous un peu, je juge (enfin, jugeais, ce n'est plus trop le cas aujourd'hui) ce qu'ils publient, en montrant des exemples, en argumentant, et... c'est tout. Ils ne m'ont rien fait, hein. Ils ne sont pas venus violer mon chat pendant la nuit. Pourquoi je leur en voudrais ? De plus, à chaque fois que j'ai pu m'entretenir avec certains de leurs traducteurs, je les ai toujours trouvés sympathiques et ouverts (d'autant qu'ils m'ont toujours confirmé, en off, ce que je dénonçais dans mes articles).
Je vais prendre un exemple anecdotique mais illustrant parfaitement l'idée pour que tout le monde comprenne bien. À une époque, pour diverses raisons, j'écoutais régulièrement l'émission de Ruquier, sur France Inter (c'est vieux, ça doit remonter facilement à 25 ans). Il était entouré d'une bande de chroniqueurs insupportables, des bobos parisiens incultes, véhiculant des idées reçues à tour de bras. Et leur job consistait notamment à critiquer les programmes télévisuels. Donc, forcément, ils conchiaient régulièrement TF1 (à cause de Dorothée, des séries américaines...). Ils considéraient vraiment cette chaîne comme une "télé poubelle" (c'est risible de nos jours, TF1 paraissait bien soft et familial en comparaison de la télé-réalité). Et un jour, voilà que l'un des programmes de la chaîne à l'heur de leur plaire. Il me semble que c'était l'adaptation du Comte de Monte Cristo, avec Depardieu. Là, la bande est survoltée, au bord de l'orgasme collectif. Tout le monde s'extasie devant la mini-série. Puis arrive le tour d'Yvan Le Bolloc'h (un acteur et musicien). Il balance comme tout le monde son petit compliment et termine par un édifiant "dommage que ce soit sur TF1".
Et ça, ça veut tout dire.
Pour eux, que TF1 fasse "de la merde" (selon leurs critères), ce n'était pas du tout un problème, au contraire. Mais cela devenait gênant si TF1 se mettait à diffuser une fiction qui leur plaisait, parce que cela allait à l'encontre de leur représentation faussée et manichéenne du monde (en gros, "le secteur privé, c'est des gros cons, le secteur public, c'est des génies", ce qui est quand même simpliste et loin d'être vérifié).
Je n'ai, pour ma part, jamais eu cette approche à l'égard de Panini, que je pense sincèrement ne pas être voué à demeurer dans la médiocrité. Personne n'a rien à y gagner, ni les lecteurs, ni les auteurs, ni les libraires, ni même les autres éditeurs. Ce n'est jamais bon qu'un acteur éditorial important (et qu'on le veuille ou non, Panini conserve une place non négligeable dans le secteur comics) renvoie une image aussi désastreuse. D'autant qu'ils ont les moyens techniques et financiers de faire du bon boulot. C'est le côté "recrutement" qui semble parfois très... étrange.
Prenons l'exemple de la pauvre Coulomb (encore une fois, n'hésitez pas à lire cet article pour bien comprendre de quoi on parle). Voilà quelqu'un qui ne parle pas anglais (pas couramment en tout cas), qui ne sait pas du tout écrire le français correctement, qui emploie en plus un argot désuet et inadapté, et pourtant, elle est bombardée "traductrice". Mais comment est-ce possible ? D'autant qu'elle n'a pas traduit deux ou trois comics à la va-vite hein, elle a plombé des centaines d'ouvrages, elle a bousillé des collections entières (les Intégrales notamment, illisibles). Dans l'indifférence générale. Parce qu'à l'époque, au contraire de maintenant où le premier couillon venu croit avoir mis à jour une infernale hérésie sous prétexte qu'il relève une vague erreur, peu de gens se sont offusqués du manque de sérieux de Panini, pas même le fameux magazine qui n'existe plus aujourd'hui et qui était pourtant intégralement consacré aux comics. Paraît, selon le rédacteur en chef, que leur "ligne éditoriale" les empêchait d'aborder ce point. C'est bien pratique la "ligne éditoriale" quand elle permet de s'asseoir sur le devoir d'information et d'impartialité de la presse, tout en conservant de bonnes relations avec l'éditeur qui détenait, à l'époque, un monopole de fait.
Après ça vient mendier et chialer sur le net, et des cons lui font des dons... heurk. Enfin, chacun fait avec sa conscience et ses couilles (ou leur absence).
Revenons à nos moutons. Ou à nos chèvres. Actuellement, Panini a bien entendu un meilleur niveau, mais les versions françaises restent souvent lourdes et approximatives, certains traducteurs peinant (sans que l'on comprenne pourquoi) à s'écarter de la version originale, même quand leur transposition "mot à mot" s'avère inélégante ou fautive. Et je ne parle même pas de certains rédacteurs, signant des éditos à l'intérêt discutable et à la forme anarchique (apparemment, ne pas savoir écrire n'est plus un frein lorsque l'on envisage une carrière littéraire).
Je crains toutefois que la situation ne fasse qu'empirer. Je constate tous les jours les tares importantes de certains traducteurs ou relecteurs (que j'évalue parfois dans un cadre professionnel). Et c'est assez inquiétant. Évidemment, il s'agit d'une généralité, il existe donc heureusement des exceptions, mais elles sont rarissimes. La plupart des jeunes qui arrivent sur le marché de l'édition de nos jours (malgré pourtant l'obtention de diplômes spécialisés dans les métiers du livre) n'ont même pas un niveau scolaire (alors que leur travail requiert un niveau littéraire) [1]. L'effondrement qualitatif de ces dernières années est tout aussi spectaculaire que logique, l'école étant devenue un immense champ de ruines (une simple garderie de luxe, qui coûte des milliards), elle ne peut remplir ses missions (simplement instruire ou même préparer à une vie professionnelle). Ceux qui s'en sortent sont les autodidactes, qui lisent beaucoup. Et comme peu de gens lisent de nos jours... les bons éléments sont donc mécaniquement rares. Et sans bons éléments à recruter, difficile de redresser la barre.
Voilà, encore une fois, l'état des lieux est assez sinistre, mais il arrive rarement que l'on déniche un remède salvateur si l'on minimise le diagnostic. Nous sommes à l'aube d'un règne sombre, où chaque secteur de la société se délite peu à peu. L'ensemble de l'édition n'y échappe pas. Quant à la niche comics, qui a toujours été le "parent pauvre" (pour ne pas dire "le rejeton attardé") de la "grande famille du Livre" [2], elle surnage grâce à de nombreux viandards et quelques virtuoses qui, malheureusement, se comptent sur les doigts d'une main.
[0] Ce qui explique pourquoi certains traducteurs nuls deviennent subitement corrects chez un autre éditeur : quelqu'un a réécrit tout le bordel.
[1] Pour expliquer en quelques mots, un "niveau scolaire", c'est savoir écrire sans faire de fautes, donc en gros, maîtriser la grammaire. Un "niveau littéraire", c'est être capable d'écrire un texte en tenant compte du contexte, en y apportant des nuances subtiles, en jouant même sur certains effets, sur sa mélodie, sa métrique, etc. Donc, maîtriser l'art de l'écriture.
[2] Cette niche "bénéficie" en outre d'analystes fameux. On m'a mis sous le nez, il y a quelque temps, un article stupide qui prétendait analyser l'état du marché dans le secteur comics (analyser la quantité, c'est pratique, ça permet de ne pas se faire d'ennemis... la qualité, c'est autre chose). Or, ces "experts" avaient eu l'idée brillante de soustraire les meilleures ventes du secteur, pour ensuite en venir à une conclusion mythique : "Si on enlève les meilleures ventes, le marché ne se porte pas si bien que ça, en fait, il stagne, voire il régresse."
Wow. Ah ben, on est en route pour le prix Nobel d'économie là.
Évidemment que si l'on enlève les meilleures ventes, les chiffres ne sont pas bons. Mais qui fait ça ? Pour quelle raison ? C'est pareil dans tous les secteurs, si on prend l'automobile et que l'on enlève les deux ou trois modèles qui se vendent le plus, ben... ça modifie carrément les résultats.
Là, les champions mettaient à l'écart The Walking Dead et je ne sais plus quoi. Mais des best-sellers, il y en aura toujours, demain, quelque chose prendra la place de la série de Kirkman, tout comme en romans d'autres succès prendront la place des livres de Martin ou de ceux de Rowling. Les "meilleures" ventes font partie des ventes, on ne peut pas les soustraire de l'analyse globale.
L'auteur du même article se demandait ensuite comment "aller chercher" un public qui ne lit pas encore de comics, et évoquait des comics publiés au format franco-belge. C'est bien une idée de commercial à la con ça, tiens. T'aimes pas les gaufres, mais si au lieu d'un emballage en plastique, on te met un emballage en carton, tu vas acheter des gaufres ? Mais... si c'est le cas, tu es d'une connerie insondable mon pauvre ami !
D'ailleurs, le lectorat comics est déjà à son maximum, surtout lorsque l'on voit l'offre actuelle, totalement démentielle, sur le marché. Il faut bien se rendre compte que les gens ne lisent pas, dans leur immense majorité. Et ceux qui lisent, lisent très peu. Les acheteurs compulsifs et les collectionneurs constituent un marché de niche qui n'est pas extensible à l'infini, certains éditeurs ont pu le constater de manière violente. Même aux États-Unis, les ventes ont drastiquement baissé en quelques décennies. Or, en France, l'on publie de plus en plus de comics (pas encore l'intégralité de tout ce qui se fait aux States, mais quand même une part très importante), sans tenir compte du fait que le marché français ne pourra jamais absorber ça, quel que soit "l'emballage". D'autant que chaque comic est en concurrence en réalité avec les comics du mois, mais aussi ceux de l'année précédente (qui ne disparaissent pas des librairies), et même avec les manga, les BD franco-belges et les œuvres dématérialisées.
Les légions de lecteurs censées venir sauver le marché n'existent pas. Elles ne viendront jamais récupérer in extremis la situation. En fait, il y a gros à parier que le marché du livre connaisse, dans les années à venir, un "réajustement" violent, aucun secteur ne pouvant survivre éternellement en proposant une offre supérieure à ce point à la demande.
Publié le
4.8.21
Par
Nolt
Pour une fois, voilà un produit dérivé qui ne vous ruinera pas (et qui ne vous obligera pas à acquérir moult boosters).
Il s'agit d'un jeu basé sur le principe de Love Letter, dont il reprend en gros la mécanique. Par contre, ici, ce sont les héros de la Maison des Idées qui sont mis en scène, et plus spécifiquement Thanos et sa clique (Proxima Midnight, Corvus Glaive...), qui devront affronter une large équipe d'Avengers (Thor, Iron Man, Captain America, Hulk...).
En tout, le matériel de jeu comprend 36 cartes, 1 livret de règles, 2 curseurs, 9 pions "pouvoir" et un joli sac en velours pour ranger tout ça. Les parties durent 15 à 20 minutes et rassemblent de 2 à 6 joueurs (le jeu à deux est possible, mais il est conseillé d'être plutôt 3, voire 4).
Le but du jeu est de réduire les points de vie de l'adversaire (Thanos ou l'équipe des héros) à zéro. Thanos peut également l'emporter en réunissant les 6 Gemmes de l'Infini et en claquant des doigts.
Les cartes sont joliment illustrées, leurs effets sont décrits sur la carte elle-même (prendre un pion pouvoir, combattre, regarder des cartes du deck de pioche...). Les personnages de même valeur ont tous le même effet (pas de différence entre Thor, Hulk et Cap par exemple).
Pas mal de héros connus dans le deck "avengers" : en plus de ceux déjà cités, l'on retrouvera, entre autres, Spider-Man, Captain Marvel, Vision ou encore la Sorcière Rouge.
La mécanique est fort simple, tout le monde a une "main" de 1 carte, sauf le joueur qui incarne Thanos, qui en a 2. Thanos commence, puis chacun joue à tour de rôle, en piochant une carte. Il existe une forme de coopération entre joueurs, certains effets, s'ils sont bien joués, permettant des sortes de "combos" (un joueur peut faire en sorte que son allié voit une carte de la main de Thanos, ce qui permet, une fois le tour de l'allié en question venu, de pouvoir vaincre plus facilement une carte de l'adversaire).
Les combats sont d'une simplicité extrême puisqu'il suffit de comparer la valeur des cartes (celle-ci pouvant être modifié par les pions pouvoir, liés au joueur et non à une carte en particulier).
Tout cela reste très basique (on est plus sur du Uno que du Magic si vous voyez ce que je veux dire) mais assez amusant. Et le principe de la quête de Thanos est un plus sympathique, d'autant que les pierres disposent d'effets puissants. Ne vous attendez cependant pas à une refonte du jeu (comme l'on avait pu le voir avec le Risk Game of Thrones, apportant une réelle profondeur à ce classique trop simpliste).
Notons que, contrairement au Love Letter original, il n'y a pas d'éliminations de joueurs, tout le monde reste donc en lice jusqu'à la fin de la partie. Par contre, l'on retrouvera les déclinaisons de certaines cartes bien connues, comme le Baron, le Garde ou la Princesse.
Pour 15 euros (l'on peut parfois tomber sur des promos qui le propose aux alentours de 11 euros), voilà un jeu simple mais plaisant et addictif, exploitant plutôt bien l'un des pans de l'univers Marvel.
À tenter.
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3.8.21
Par
Vance
Belle accroche, forcément exagérée, et qui attirera immanquablement le badaud. Mais qu'en est-il exactement ?
Qu'on aime (ou pas) le rock, qu'on aime (ou pas) l'Amérique, ce journal de bord en forme de road-trip est vraiment passionnant, notamment grâce aux réactions à chaud, au témoignage en temps réel d’un pur rocker anglais au pays où tout prend des proportions inimaginables. Ensuite, car il constitue également le remarquable (et très vivant) portrait d’un groupe refusant de suivre la mode tout en décrivant de l’intérieur, avec une fascinante causticité objective, un mode de vie américain idéalisé et survendu. Enfin car il se présente aussi, peut-être même avant tout, comme une réflexion désespérée sur les contraintes et les à-côtés méconnus du show business.
Nous voici donc à parcourir, sous la plume de Ian Hunter, un ouvrage aux centres d’intérêt multiples. Son style, franc, parfois cynique, fait alterner les souvenirs cocasses, les situations sordides, les lendemains douloureux et les dialogues parfois surréalistes : c’est que la faune que fréquentent les Mott est celle des roadies empressés et des groupies allumées, mais aussi des managers plus ou moins honnêtes ainsi que, bien entendu, des artistes de la scène rock dans son extension la plus large.
Avec les monstres sacrés, Ian se montre d'ailleurs plutôt respectueux, jamais outrancier alors qu’il dispose d’une mine d’anecdotes qui pourraient leur nuire. Mais non, il parle avec une touchante humilité de ces dieux vivants qu’il estime avoir eu l’insigne honneur de côtoyer (Bowie, bien sûr, qui a remis le groupe sur les rails en produisant All the Young dudes et les expédiant en tournée, Dylan ou encore les Stones – il faut absolument lire la manière dont Ian a réussi à entrer chez Elvis Presley au nez et à la barbe des gardiens !) mais aussi et surtout de ses pairs, tous ces chanteurs et musicos dont la carrière et la trajectoire croisent la sienne, de Keith Moon à Bryan Ferry en passant par les membres de Fleetwood Mac ou Jethro Tull. Jamais condescendant ou bêtement jaloux, il loue leurs qualités, d’abord musicales et parfois humaines, même quand il se fait battre froid, préférant à la rancœur pourtant légitime vanter la voix exceptionnelle de celui-ci ou le slide de celui-là.
Son ton en revanche se fait nettement plus âpre lorsqu’il s’agit de ceux qui vivent à leur dépens : ces organisateurs malhonnêtes qui ne proposent pas le minimum nécessaire pour répéter dans de bonnes conditions (et faire la sacro-sainte balance) et sont incapables de déterminer par avance l’ordre de passage des groupes, ces fans éméchés qui viennent systématiquement au mauvais moment et ne cherchent qu’à vivre un peu dans l’aura de leurs idoles.
C’est que, grâce à Hunter, on se retrouve carrément en plein dans ce monde enténébré, fait de paillettes et de gloire éphémère mais aussi de fêtes arrosées et de rencontres psychédéliques. Le rythme de vie d’un rocker en tournée nous éclate en pleine tronche, et le revers de la médaille est souvent amer, voire pénible – mais s’efface lorsque le concert a été une réussite totale. Hunter et ses potes (dont le guitariste Mick Ralphs, qui trouvera la renommée avec Bad Company) passent leur temps dans les boutiques de prêteurs sur gages, à rechercher "la" bonne affaire, une guitare Gibson ou Fender en bon état, voire une Martin (quelle déception lorsque, après une visite de la fabrique de ces guitares mythiques, on ne leur en propose aucune !). Ils ingurgitent régulièrement des calmants pour pouvoir dormir dans les transports (les lignes intérieures sont rarement confortables, et il leur arrive de voyager dans les Greyhounds, ces autocars argentés sillonnant les États-Unis), boivent et fument trop - mais sont conscients de leurs excès, commencent chaque jour un nouveau régime éphémère, connaissent tous les trucs pour se débarrasser en douceur de groupies trop entreprenantes (c’est que, voyez-vous, ils sont maqués et cherchent à éviter les tentations quotidiennes) mais surtout ne vivent et respirent que pour le Rock. Davantage que le nombre de spectateurs ou l’argent récolté, c’est la qualité de leur prestation scénique (et, surtout, de leur son) qui les intéresse : un concert foiré, voire annulé, va les miner plusieurs jours et leur faire appréhender le prochain ; un show triomphal ne les fera redescendre sur terre que de très longues heures après, leur laissant des souvenirs inoubliables.
Tout au long de ce périple de cinq semaines éprouvantes (la météo hivernale déroutera leur avion plus d’une fois), l’auteur nous trace un portrait inhabituel des States, fustigeant par exemple les hôteliers anglais pour leurs prestations au regard de ce que propose le plus petit établissement américain, s’émerveillant du décorum lié aux services culinaires comme de l’immensité des paysages survolés, pestant contre l’attitude de ces bourgeoises trop fardées pour être honnêtes et s’indignant sur la condition des Noirs et des Indiens. On voit à quel point ce Britannique pur jus (qui a épousé... une New-Yorkaise) aime l’Amérique, tout en détestant les Américains. Et combien il aime la musique.
Un livre jubilatoire, ludique et enrichissant.
Édité en France en 2011 par les éditions Rue Fromentin avec une traduction de Frédéric Collay & Anne-Laure Paulmont, une préface de Philippe Manœuvre ainsi qu'une postface de Philippe Garnier.
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Publié le
2.8.21
Par
Nolt
La quatrième et ultime saison de l'excellent Atypical venant de sortir sur Netflix, c'est l'occasion de vous présenter un peu cette série.
Sam Gardner est un jeune lycéen (enfin, l'équivalent du lycée aux États-Unis quoi) qui a la particularité d'être autiste de haut niveau. En gros, il est extrêmement intelligent mais souffre de difficultés relationnelles. Dis comme ça, ça n'a l'air de rien, mais en réalité, cela peut vite devenir un enfer. Par exemple, Sam a du mal à comprendre les plaisanteries, les intentions réelles des gens, le second degré ou certains sentiments. Il a un comportement routinier et obsessionnel qui, pour lui, est une forme de sécurité, de havre de paix rassurant dans un monde incompréhensible. Ses réactions sont souvent décalées, voire violentes et inappropriées.
Sam a toutefois la chance de vivre au sein d'une famille aimante. Sa sœur, Casey, le charrie souvent, mais jamais elle ne laisserait quiconque s'en prendre à lui. Son père, Doug, bien que parfois dépassé par l'autisme de son fils, ferait tout pour se rapprocher de lui. Enfin, sa mère, Elsa, est très protectrice et se fait beaucoup de souci pour lui.
Tout commence, dans la saison 1, quand Sam décide qu'il est temps pour lui d'avoir... une petite amie. Aidé par sa psy (et des conseils trouvés sur le net), il va se mettre en quête de l'âme sœur, ce qui ne sera pas sans conséquences sur ses proches.
La thématique est pour le moins originale et fort bien traitée. L'autisme (du moins, une forme d'autisme) est décrit avec une certaine exactitude (cela reste une fiction) et une grande délicatesse. L'écriture est efficace et donne lieu à des épisodes souvent fort drôles et non dénués de tendresse.
Le casting est lui aussi une grande réussite. Les acteurs sont parfaits, Keir Gilchrist en tête. Son jeu, la plupart du temps tout en retenue, convient parfaitement au personnage. Évidemment, il a fallu que des trous du cul créent une polémique (encore !) de toutes pièces en se plaignant que le rôle n'ait pas été confié à un véritable autiste. Quand des personnages historiques blancs sont incarnés par des acteurs noirs, ça ne leur pose pas de problème, mais un autiste doit être selon eux interprété par un autiste... et de toute façon, si un autiste avait été choisi pour le rôle, ces cons-là auraient quand même trouvé un problème (l'exploitation dudit autiste, l'humour "dégradant" des scènes, etc.). Quand on est une usine à pleurnicheries, ben, on produit de la pleurniche. C'est dans l'ordre des choses.
Ne croyez surtout pas que la série soit stupidement moralisatrice ou qu'elle sombre dans le larmoyant. La plupart des scènes sont très drôles, la scénariste, Robia Rashid, parvenant à jouer sur le décalage du comportement de Sam sans pourtant jamais minimiser ou tourner en dérision ses échecs, ses espoirs ou la souffrance de ses proches. L'écriture est en cela d'une intelligence remarquable.
Évidemment, certains lui ont reproché de décrire un autisme trop "stéréotypé". Comme si les stéréotypes n'étaient pas basés sur une vérité et des faits suffisamment répétitifs pour finir justement en stéréotype. Mais c'est vrai que la vérité et la logique, les SJW s'en cognent. À ce point-là, ça en devient même ridicule. Ce qui est inquiétant, c'est que cette "chasse aux auteurs", teintée de l'hypocrisie et du puritanisme typiquement américains, est importée chez nous et fait déjà de lourds dégâts (cf. les œuvres qualifiées de "sexistes", comme le Club des Cinq ou Crocodile Dundee, les commissaires politiques que l'on tente d'imposer aux auteurs, ou les jugements à l'emporte-pièce de la part de bécasses décérébrées).
Bien sûr, tout ne tourne pas toujours autour de Sam. Les autres protagonistes, notamment Elsa, interprétée par Jennifer Jason Leigh, ou Doug, incarné par Michael Rapaport (parfait lui aussi dans son rôle de brave père, un peu à la ramasse), ont leur parcours propre, mâtiné d'échecs et de regrets. Là encore, la scénariste parvient à trouver le ton juste, en ne faisant pas de ces parents des saints, ou des bourrins, mais de véritables êtres humains, voulant bien faire mais devant composer avec leurs failles et leurs incertitudes.
La série va ainsi aborder le thème attendu de la normalité, mais aussi offrir de beaux moments d'émotion pure, de fragilité, d'amour même, et tout cela sans jamais sombrer dans le sentimentalisme. Respect !
Bref, voilà une série à la fois divertissante, très drôle et bigrement intelligente.
À voir absolument.
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Publié le
2.8.21
Par
GriZZly
Il vous faudra lire plus de 90 pages de la BD Le Serment de l'Acier avant que l'on vous explique le choix de ce titre... Heureusement, la lecture en est agréable !
C'est en effet un diptyque que nous proposent une fois de plus les éditions Bamboo (collection Drakoo) et, comme pour Monsieur Vadim, j'avais oublié de vous en parler à la sortie du tome 1. Rattrapons de ce pas cette erreur !
Dans cette BD de fantasy (Drakoo oblige), l'on suivra deux enquêtes menées par deux femmes fortes et concernant deux affaires semblant initialement n'avoir aucun rapport entre elles.
Estèla, jeune auxiliaire de la garde de Torrède, est bien aidée dans ses enquêtes par une sorte de pouvoir médiumnique assez limité.
Elle va devoir enquêter sur l'assassinat de Gassan Queyrel, un ancien héros de guerre occupant la charge de Faucon du Prince, tout en surveillant de près l'autre Faucon du Prince, potentiellement lui aussi menacé.
Elle va devoir enquêter sur l'assassinat de Gassan Queyrel, un ancien héros de guerre occupant la charge de Faucon du Prince, tout en surveillant de près l'autre Faucon du Prince, potentiellement lui aussi menacé.
La jeune femme est un limier hors pair qui fait la fierté de son père adoptif. Ses soupçons porteront rapidement sur un archer sylvestre, tant les flèches employées et l'expertise nécessaire à réussir le tir qui fit taire Gassan lui semblent caractéristiques de ces hommes des bois.
Aelis, quant à elle, fait partie du gratin troupier onarque et est chargée de remplir une mission très haut-delà des limites de Torrède puisqu'elle va devoir retrouver la trace d'un scribe disparu qui était parti recueillir diverses connaissances aux frontières du territoire pour le compte de la grande bibliothèque. Cette guerrière accomplie intégrera pour le temps du voyage la caravane d'un accueillant clan Romani, profitant de la protection de ce convoi marchand.
Aelis, quant à elle, fait partie du gratin troupier onarque et est chargée de remplir une mission très haut-delà des limites de Torrède puisqu'elle va devoir retrouver la trace d'un scribe disparu qui était parti recueillir diverses connaissances aux frontières du territoire pour le compte de la grande bibliothèque. Cette guerrière accomplie intégrera pour le temps du voyage la caravane d'un accueillant clan Romani, profitant de la protection de ce convoi marchand.
Un assassinat en ville, une disparition loin de la ville... ces deux enquêtes très différentes menées par deux personnages très différents finiront évidemment par converger, bien entendu.
J'ai nourri quelques craintes à la sortie du tome 1, il me faut l'avouer... mais elles furent en grand partie dissipées lors de la lecture du tome 2. C'est que, même si j'ironisais en début d'article sur le fait qu'il s'agissait d'un énième diptyque, je n'ai malgré tout pas encore l'habitude de traiter ces sorties comme telles. Or, lorsque l'on ne tient que le tome 1 en mains, force est de constater que l'on est abreuvé d'un nombre de renseignements très conséquent qui pourrait en refroidir plus d'un.
On apprend bien entendu à connaître cet univers original mais on apprend aussi son histoire proche, marquée par une guerre civile entre Onarques, Romanis et Sylvestres d'un côté, et Lithis et Aquilins de l'autre... guerre civile impliquant ses alliances mais aussi ses mésententes entre alliés...
Les cinq peuples en question ont évidemment des modes de vie, des us et des coutumes différents et l'on nous en dépeint les plus grandes lignes.
La focale étant mise sur Torrède, on apprend à y connaître sa classe dirigeante, certaines de ses traditions, certains de ses quartiers...
Vous voyez ce que je veux dire ? C'est une BD mais ça a le lore d'un roman de fantasy. Ce qui, à mon sens, est une qualité : j'aime quand un auteur se creuse la tête pour donner de la personnalité et de la cohérence à son univers. Surtout quand, comme ici, la narration parvient à nous amener tous ces renseignements de façon relativement fluide et naturelle... mais forcément, ça nous donne un tome 1 qui se fait parfois assez bavard. Et je craignais que les enquêtes ne s'étalent sur les deux tomes que dans le but de nous présenter de plus en plus d'éléments dudit univers.
Le tome 2 m'a rassuré : il n'amène quasiment plus aucun élément de background mais fait la place belle à une action se nourrissant de tout ce que le premier nous avait appris en se permettant même de se jouer de nous qui, naïfs, nous reposons sur la description très généraliste et forcément caricaturale que l'on nous avait livrée.
On apprend bien entendu à connaître cet univers original mais on apprend aussi son histoire proche, marquée par une guerre civile entre Onarques, Romanis et Sylvestres d'un côté, et Lithis et Aquilins de l'autre... guerre civile impliquant ses alliances mais aussi ses mésententes entre alliés...
Les cinq peuples en question ont évidemment des modes de vie, des us et des coutumes différents et l'on nous en dépeint les plus grandes lignes.
La focale étant mise sur Torrède, on apprend à y connaître sa classe dirigeante, certaines de ses traditions, certains de ses quartiers...
Vous voyez ce que je veux dire ? C'est une BD mais ça a le lore d'un roman de fantasy. Ce qui, à mon sens, est une qualité : j'aime quand un auteur se creuse la tête pour donner de la personnalité et de la cohérence à son univers. Surtout quand, comme ici, la narration parvient à nous amener tous ces renseignements de façon relativement fluide et naturelle... mais forcément, ça nous donne un tome 1 qui se fait parfois assez bavard. Et je craignais que les enquêtes ne s'étalent sur les deux tomes que dans le but de nous présenter de plus en plus d'éléments dudit univers.
Le tome 2 m'a rassuré : il n'amène quasiment plus aucun élément de background mais fait la place belle à une action se nourrissant de tout ce que le premier nous avait appris en se permettant même de se jouer de nous qui, naïfs, nous reposons sur la description très généraliste et forcément caricaturale que l'on nous avait livrée.
Le serment de l'acier devient alors une BD de fantasy à l'univers séduisant et bien construit dont le début assez informatif nourrit une seconde partie qui finit en apothéose. J'en viens même à me demander s'il n'aurait pas été judicieux de tenter une sortie simultanée de ces deux albums (en coffret ou en un gros volume unique).
Plus que bien d'autres diptyque, celui-ci a un rythme qui impose sa lecture continue et souffre d'une lecture épisodique.
Elisa Ferrari nous livre ici un joli dessin semi-réaliste mis en valeur par les couleurs vives (parfois trop) d'Axel Gonzalbo. Une fois de plus, vous retrouverez dans la collection Drakoo la fameuse patte "à la Lanfeust" dont je vous parle depuis que je traite de leurs albums ici-même, et je ne puis que m'en réjouir.
Attention, toutefois : si le dessin d'Elisa Ferrari m'est sympathique, il n'a en rien la qualité d'exécution et le souci du détail de celui de notre amie Livia Pastore, par exemple, pour la comparer à l'une de ses compatriotes italiennes. C'est propre et bien dessiné mais c'est un trait relativement générique. On sent une certaine personnalité de l'artiste mais rien qui rende sa patte reconnaissable entre mille.
Un joli dessin au service de son histoire, en somme. D'un autre côté, puisque l'histoire tient la route, ça nous donne un ensemble on ne peut plus satisfaisant !
Je ne puis, malgré tout, que reprocher les traits parfois bâclés de certaines silhouettes en arrière-plan, voire même ceux des personnages principaux lorsqu'ils sont en petit dans la case (comme ci-contre)... Il en est qui dessineraient cette case sur un format plus grand avant de la rétrécir et de l'intégrer à leur planche afin que tout y soit dessiné avec le même niveau de qualité. Ici, on n'a pas poussé le vice jusqu'à ce niveau de perfectionnisme. Ce qu'avait fait, par exemple, Rebecca Morse, dans les excellents Dragon & Poisons parus dans la même collection (avec un trait plus caricatural, je sais, je sais).
Allez, je vais encore me faire un peu critique mais... le découpage des planches m'a parfois un rien déplu : zapper d'un lieu géographique à l'autre en fin de page, par exemple, me semble maladroit. Il aurait sans doute été plus avisé de construire le récit de façon à ce que l'on change de lieu en changeant de planche... C'est accessoire, bien entendu. Mais ça fait partie, pour le détraqué que je suis, de ces détails qui font la différence entre une bonne BD (ce qu'est assurément Le Serment de l'Acier) et une BD mémorable.
Allez, je vais encore me faire un peu critique mais... le découpage des planches m'a parfois un rien déplu : zapper d'un lieu géographique à l'autre en fin de page, par exemple, me semble maladroit. Il aurait sans doute été plus avisé de construire le récit de façon à ce que l'on change de lieu en changeant de planche... C'est accessoire, bien entendu. Mais ça fait partie, pour le détraqué que je suis, de ces détails qui font la différence entre une bonne BD (ce qu'est assurément Le Serment de l'Acier) et une BD mémorable.
Un des thèmes traités est précisément l'un de ceux qui m'ont toujours intrigué lorsque l'on parle de conflits armés : comment cela se passe-t-il lorsque, du jour au lendemain, l'armistice sonne la fin de la guerre ? Comment l'ennemi d'hier redevient-il juste un voisin ? Combien de temps deux peuples ennemis mettent-ils pour retrouver des rapports apaisés ? Accepte-t-on facilement les premiers gestes d'humanité venant de celui que l'on avait, il y a peu, ordre de tuer ?
En cela, la BD apporte plusieurs réponses selon les cas, prouvant qu'il y a sans doute autant de réactions possibles à ces événements que d'individus et de sensibilités.
On n'est pas dans le manichéisme mièvre et ça, c'est très bien ! La fantasy a trop souvent tendance à opposer des gentils aux méchants. Ici, aucune dichotomie de ce genre... parce que l'auteur est soucieux de rendre son histoire crédible et que, dans la vie (que ce soit dans le monde réel ou dans n'importe quelle fiction potable), personne n'incarne le bien absolu et personne n'est le mal incarné !
Et si je dois reconnaître une qualité à ces deux albums, c'est indéniablement ce sentiment agréable de n'être jamais pris pour un con. Et c'est une constante appréciable chez Drakoo : ça aborde souvent des thématiques intéressantes et ça se paie le plus souvent le luxe de les envisager selon un angle peu couru.
Tout cela tient évidemment à quelques évidences dont j'ai déjà parlé : Arleston à la tête de la collection, ça aide ; des auteurs de romans en guise de scénaristes, ça aide aussi... mais même ici où l'histoire est issue d'un cerveau d'auteur de BD, il n'est pas question de tomber dans la fantasy anodine juste pour produire des pages à vendre. Non... il y a de l'originalité dans les angles d'attaque, il y a de l'intelligence dans la construction et le dévoilement du récit, il y a des messages qui passent et qui sont loin d'être naïfs... C'est de la fantasy, ça vous divertit mais ce n'est pas que ça. Cela accompagne aussi certaines de vos réflexions sur le monde et, immanquablement, vous sortez de ces BD en étant conscient de ce petit supplément d'âme.
Bamboo est à féliciter pour la ligne éditoriale de Drakoo et de Grand Angle... Moi qui ne connaissais d'eux que quelques albums rigolos sans grande prétention jusqu'à l'année dernière, je suis bien obligé de constater que c'est désormais avec une confiance toujours grandissante que j'empoigne ce qu'ils éditent.
Du coup, Le serment de l'acier est à mes yeux une BD qu'on lit avec avec plaisir et dont aucun amateur de ce genre de récit ne saurait regretter l'achat.
Même si elle ne déclenche pas chez moi un enthousiasme suffisant pour que je la recommande à tout prix, elle plaira indubitablement à l'énorme majorité de ses acquéreurs.
Même si elle ne déclenche pas chez moi un enthousiasme suffisant pour que je la recommande à tout prix, elle plaira indubitablement à l'énorme majorité de ses acquéreurs.
Comme d'habitude, Drakoo tente des trucs avec ses couvertures, et celle du tome 2 (qui ne présente qu'un décor désolé, comme vous pouvez le constater en haut d'article) ne doit pas vous refroidir : ce n'est pas une couverture, c'est un intercalaire entre la partie 1 et la partie 2 d'un gros volume de 100 pages arborant l'image du tome 1 en guise de couverture. Voilà... Lisez les deux tomes d'un coup, je vous dis : ne vous posez pas de question, si ça vous tente !
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