Chroniques des Classiques : Trois Hommes dans un Bateau
Publié le
3.1.26
Par
Nolt
Avec Trois Hommes dans un Bateau (sans parler du chien !), c'est sur un véritable classique de l'humour anglais que nous revenons aujourd'hui.
Ce roman, atypique et addictif, paru en 1889, sera le plus grand succès populaire de son auteur, Jerome Klapka Jerome. Dans les vingt premières années suivant sa publication, le livre se vendra à 220 000 exemplaires rien qu'en Angleterre. Et il en circulera environ un million de copies pirates, ce qui est phénoménal. Même l'éditeur de Jerome s'étonnera du volume de ventes énorme. Ce qui ne sera pas le cas des critiques, qui considèrent à l'époque que Jerome fait de la littérature destinée aux "basses classes". Des propos ahurissants de bêtise quand on voit la qualité de la prose de l'auteur. Et la finesse de ses diatribes.
Mais commençons par le début : de quoi ça parle ?
Comme le titre l'indique, il s'agit d'un périple entamé par trois amis qui souhaitent se refaire une santé en canotant sur la Tamise. Voilà George, Harris, l'auteur et son chien, le fox-terrier Montmorency, embarqués pour une croisière improvisée et pleine de digressions saugrenues. Entre les maladresses des trois compères, leur mauvaise foi et les anecdotes qu'ils arrangent à leur convenance, le voyage va se révéler aussi drôle qu'imprévisible.
Bien entendu, ce canotage entre Oxford et Londres est surtout prétexte à des situations issues du quotidien mais rendues amusantes pour certaines, désopilantes pour d'autres, grâce au style habile de l'auteur et aux propos très pince-sans-rire du narrateur. En fait, l'on est typiquement sur de l'humour anglais pur style (qui n'a rien à voir avec l'absurde, on est ici dans un registre bien différent). En gros, c'est le décalage entre le sérieux des propos rapportés et la réalité évidente qui va apporter la drôlerie (et la critique de certains travers de l'époque).
Le narrateur va ainsi décrire un simple plantage de clou, qui devient une opération familiale catastrophique ; il va s'étonner de ne jamais rencontrer à terre une seule personne ayant le mal de mer et supposer que ces gens, rongés par la honte, se dissimulent dans on ne sait quel refuge ; il va deviser sur les fromages et leur tendance à l'agressivité olfactive ; il se moquera des prévisions météo et de leur prétendue exactitude ; décrira avec une exagération à peine contenue la désorganisation de la gare de Waterloo ; ou encore mettra en évidence le fait qu'il faut nourrir une certaine sociopathie pour se lancer dans l'apprentissage de la cornemuse.
Les sujets sont donc banals (cuisiner, préparer des bagages ou encore installer une tente) mais c'est leur traitement qui leur donne un relief comique exceptionnel. Même si certains passages sont moins réussis, pour peu que l'on soit sensible à ce genre d'humour "à froid", cette lecture garantit plusieurs fous rires, ce qui n'est tout de même pas si courant en littérature.
L'ouvrage est toujours disponible en poche à un prix modique et n'a jamais cessé d'être réédité en France, que ce soit chez Gallimard dans sa collection Folio Junior ou chez Flammarion. Le texte étant libre de droit, comme toujours, privilégiez des versions proposées par de véritables maisons d'édition si vous voulez un texte soigné et une mise en page correcte.
Un anti-dépresseur littéraire, à relire régulièrement.
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