Contes de Noël du Journal Spirou
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Gros plan sur un album rempli de nostalgie et de personnages célèbres : Contes de Noël du Journal Spirou.

C'est en 2020 que Dupuis sort ce lourd recueil de 240 pages, consacrées aux contes de Noël publiés dans le célèbre journal, entre 1955 et 1969. L'on retrouve donc au sommaire des bandes dessinées, des contes illustrés ou encore des illustrations, le tout concocté par une flopée d'auteurs et dessinateurs (une trentaine en tout), comprenant notamment Peyo, Jijé, Franquin, Cauvin, Morris, Tillieux, Salvérius ou encore Bara

Ce sont essentiellement ici de brefs récits qui sont compilés, tous tournant autour de la thématique des fêtes de Noël. Les histoires sont souvent naïves voire banales mais elles fleurent bon une époque où morale et éducation avaient encore un sens (même si tout n'était évidemment pas parfait, difficile de condamner en bloc un temps où le futur faisait encore rêver et où, par exemple, notre pays était encore souverain et non aux mains des technocrates européistes et des scélérats qui justifient des "crimepensée"). Il faut dire que, à travers ces scènes, souvent humoristiques, c'est clairement à un voyage dans le passé que l'on est convié. Or les fenêtres de ce genre, sur une tout autre époque, sont souvent aussi féériques que douloureusement émouvantes. Il est donc possible de constater une légère humidité des yeux de temps à autre. À moins que vous ayez le cœur aussi dur qu'un menhir breton et les yeux étanches d'un vieux boucanier insensible que même les pires tempêtes laissent sec et nonchalant.

Reprenons. Si certains styles et personnages sont clairement datés (citons notamment Bara et son Kéké le perroquet), beaucoup se révèlent au contraire intemporels. Les lecteurs retrouveront avec plaisir des noms aussi connus et ancrés dans la culture populaire que Spirou et Fantasio (cf. cette Parenthèse de Virgul pour découvrir "l'album maudit" de Spirou), Gaston Lagaffe, Boule et Bill, les Tuniques Bleues (cf. cet article pour revenir sur l'album hommage leur étant consacré), Gil Jourdan, les Schtroumpfs (voir cette Intégrale Dupuis récente), Poussy ou encore Johan et Pirlouit. Lucky Luke et Buck Danny font même de brèves apparitions. Autant dire que nous avons là un casting de luxe, accompagné de quelques seconds couteaux sympathiques.  

La plupart des contes, peu développés, sont simplistes mais dégagent une innocence touchante. Certaines illustrations, quant à elles, sont proprement magnifiques et peuvent s'admirer longuement. La colorisation, que l'on pouvait craindre quelque peu criarde au regard de l'époque, est parfois au contraire fort jolie (citons par exemple le très beau Nuits Blanches dans la Forêt, de Hausman). Même certaines planches en bichromie (utilisant uniquement le noir et le rouge ou le noir et le bleu, certaines couleurs intermédiaires étant obtenues en jouant sur les pourcentages de ces deux teintes) ont un charme indéniable, preuve que de la limite technique ou financière peuvent surgir, parfois, un peu de beauté et de poésie. La contrainte n'est pas toujours synonyme de résultats médiocres, elle peut aussi permettre d'inventer et de créer autrement. Une évidence qu'il est bon de rappeler à une époque où les outils mis à disposition des auteurs n'ont jamais été aussi performants et impressionnants : c'est avant tout le savoir-faire humain qui compte, que l'on utilise un simple crayon ou une IA, un outil demeure... un outil. 

Bref, un coup d'œil dans le passé, plein de douceur et de belles surprises.
L'ouvrage est encore disponible en neuf.

 









+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Des auteurs mythiques.
  • Et des personnages légendaires (ou moins connus).
  • De magnifiques illustrations.
  • Une atmosphère douce et nostalgique.

  • Le prix, 49 euros tout de même.
  • Certains récits datés.