Green Lantern : Origine Secrète
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Retour aux sources avec Green Lantern : Secret Origin.

Le jeune Hal Jordan est fasciné par le vol et les exploits de son pilote de père. Quand malheureusement ce dernier perd la vie dans un crash, sa mère lui fait promettre de se tenir à l'écart des terrains d'aviation. Une promesse que l'enfant ne réussira pas à tenir.
À sa majorité, il s'engage dans l'armée de l'air.
Très vite, il s'avère être un excellent pilote mais sa témérité et son côté tête brûlée lui valent des ennuis avec sa hiérarchie. Hal ne connait pas la peur mais manque encore de sagesse...
Sa vie bascule après le crash d'un vaisseau extraterrestre, non loin de la base où il travaille. Il devient l'héritier d'un anneau à la puissance phénoménale. Ce bien lui est légué par Abin Sur, officier du Corps des Green Lantern. C'est sur Oa, planète d'origine des Gardiens et du Corps, que Hal va s'entraîner et découvrir ce que l'on attend de lui.
Plus tard, sur Terre, il fait la rencontre de Sinestro, le plus grand des Green Lantern. Ensemble, ils combattront une menace ancienne mais feront aussi de sulfureuses découvertes sur l'origine du Corps. Surtout, avant de trouver la sérénité, Hal devra également faire face à ses vieux démons et à un lourd conflit familial.

Panini a lancé en août 2011 une collection, intitulée Best Comics, qui reprend des sagas complètes de différents personnages, issus de DC Comics ou Marvel. Pratiquement, l'on a donc six ou sept épisodes à petit prix (9,95 euros), dans un format un peu plus grand que celui des 100% Marvel par exemple.
Les ouvrages sont dotés d'une couverture souple et d'un papier identique à celui des Monster récents (il n'est donc pas glacé mais se révèle d'une qualité tout à fait honnête).
L'on peut retrouver, au sein de cette gamme, des personnages comme Spider-Man (version Ultimate) ou encore Captain America, mais c'est à Green Lantern que nous allons nous intéresser aujourd'hui. L'ouvrage est bien épais puisqu'il regroupe les épisodes #29 à #35 de Green Lantern (v. 4). Ce récit a été également réédité par Urban Comics, dans le tome #0 de la collection Geoff Johns présente Green Lantern.
Le scénario est de Geoff Johns (Batman : Terre Un, Aquaman, Shazam, Superman...), les dessins de Ivan Reis.


Comme son titre l'indique, l'arc dont il est question revisite les origines du célèbre Hal Jordan, ce qui constitue un point d'entrée idéal dans l'univers des Green Lantern (cf. également notre grand dossier sur les Lantern Corps), d'autant que nombre d'éléments ou concepts importants sont présentés (les Gardiens, le fonctionnement des anneaux, celui du Corps, il est même déjà fait allusion à la prophétie qui donnera lieu plus tard à l'évènement Blackest Night).

Graphiquement, Reis fait du très bon boulot et s'en sort aussi bien avec les épiques scènes cosmiques que lors des moments plus intimistes. Au niveau de l'intrigue, Johns montre également sa parfaite maîtrise du sujet. Les sept chapitres se lisent avec un plaisir égal et exposent parfaitement la mythologie de l'univers dépeint tout en bâtissant une histoire humaine et profonde, qui est loin de n'être qu'une succession de combats.

La phase d'entraînement sur Oa, la rencontre avec Sinestro ou le combat contre Atrocitus sont autant de moments d'anthologie mais l'auteur parvient tout de même à laisser une place non négligeable à l'émotion et à des aspects plus humains, comme la force du lien qui unit Hal à son père, même par delà la mort (la scène où il le fait apparaître grâce à l'anneau est simplement magnifique), ou encore le passif douloureux entre lui et ses frères.
Un bel et idéal équilibre en quelque sorte.

Pour peu que l'on aime l'espace et le vert, il n'y a aucune raison de se priver de ce très bon récit.
Signalons tout de même que les covers originales sont absentes, mais bon, pas de quoi en chier une lanterne...

Une belle histoire, accessible et aussi bien écrite que dessinée.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un récit habilement construit.
  • Informatif et accessible.
  • De fort belles planches.
  • Petit prix.

  • Plus disponible en neuf, mais encore trouvable d'occasion à un prix raisonnable.
Superman & Batman vs Aliens & Predator
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Gros casting pour cette confrontation Superman & Batman vs Aliens & Predator.

Une équipe de vulcanologues disparaît brutalement lors d'une expédition ayant pour but le Viejo Abuelo, au Pérou. Clark Kent est alors prié de se rendre sur place afin de voir de quoi il retourne. Là, il ne tarde pas à tomber sur Batman. Ce dernier a suivi une piste, depuis Gotham, qui devrait le mener à de dangereux Predators.
En effet, toute une colonie de ces habiles chasseurs semble s'être établie sur terre voici plusieurs millénaires. Enfouis dans les profondeurs de cavernes proches du volcan, personne n'a jamais jusqu'alors remarqué leur présence. Pour corser encore l'affaire, les Predators ont amené avec eux quelques Aliens afin de perpétuer leurs rites d'initiation à la chasse.
Alors que le volcan se réveille et que l'IDT (Initiative de Défense Terrestre) souhaite raser la zone à coups de missiles nucléaires, Superman et Batman vont devoir mener ce qui ressemble fort à une opération de secours pour venir en aide à deux des plus dangereuses espèces de l'univers !

Voilà un album de 120 pages, publié en France en 2010 chez Soleil. Difficile d'additionner plus de franchises que sur ce titre à l'aspect tout de même très tape-à-l'œil. Pourtant, la rencontre aiguise forcément la curiosité. Elle est mise en scène par Mark Schultz et dessinée par Ariel Olivetti (qui a notamment œuvré sur Cable ou Punisher War Journal).
Graphiquement, c'est plutôt joli même si l'on peut regretter un aspect un peu trop "lisse" et froid, ainsi que des décors parfois franchement minimalistes. Mais bon, certaines scènes en pleine page font quand même leur petit effet.


Le récit par contre est très basique et ne s'embarrasse pas de personnages fouillés ou de véritable tension dramatique. Les deux héros ne semblent jamais réellement en danger, et les sales bestioles passent finalement plus pour des espèces en voie de disparition qu'il faudrait protéger que pour une menace ultime. Ou alors ça vient du fait que Sigourney et Schwarzy étaient de gros nullards, parce que eux, ils ont un peu plus galéré quand même.
Il y a bien une tentative moralisatrice à la fin, où le concept de "no kill" est mis en avant et récompensé, m'enfin, même Batman semble plutôt ronchonner pour la forme et demeure anormalement conciliant.

On l'aura compris, il s'agit là d'une rencontre soignée esthétiquement mais à l'ambition narrative réduite, voire nulle.
Une telle rencontre, mélangeant des personnages issus d'univers si différents, est toujours amusante (et presque maintenant une coutume, cf. Batman vs Predator ou Green Lantern vs Aliens), mais il est regrettable que le scénario ne soit pas plus soigné.
Ce crossover aurait pu devenir mythique avec un peu de profondeur ou même d'humour. Au lieu de cela, le scénariste se contente du strict minimum avec ce récit orienté baston mais qui propose des combats bien trop gentillets, un comble vu les capacités des bestioles présentes.

Si l'on ne s'ennuie pas réellement, il sera toutefois difficile d'être durablement marqué par cette accumulation de licences, certes excitante sur le papier mais décevante au final. Batman et Supes méritaient mieux pour cette confrontation que l'on aurait voulu épique.
À réserver aux plus curieux.




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Quelques jolies scènes.
  • Une rencontre au fort potentiel.
  • Un scénario plat et sans ambition.
La Parenthèse de Virgul #25
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Salut les Matous ! Pour cette nouvelle Parenthèse, je vais vous parler d'une jolie fille, de problèmes de jalousie et de griffes en adamantium, ce qui peut s'avérer parfois être un mélange... dangereux !

Cohabitation Difficile
Nous sommes en 2005 et Marvel Knights : Spider-Man est l'une des séries consacrées au Tisseur. Mark Millar et Terry Dodson viennent de céder la place sur le titre à Reginald Hudlin et Billy Tan.
À cette époque, Spidey fait partie des New Avengers (cf. cet article). Il vient d'ailleurs, suite à l'incendie de son appartement, d'emménager dans la tour des Vengeurs avec sa femme, Mary Jane, et sa tante May.
Ce qui semble être une bonne idée sur le moment va cependant causer quelques tensions, notamment avec un certain mutant caractériel.

En effet, alors que Peter rentre dans sa nouvelle demeure, il surprend d'abord sa tantine en train de fricoter avec Jarvis (une habitude chez lui, cf. la Parenthèse #24 ou encore la scène #69 de notre Bêtisier), ce qui semble le troubler. Puis, alors qu'il cherche Mary Jane, il la surprend en pleine conversation avec Wolverine, ce dernier semblant très intéressé par la jolie rousse.
Il n'en faut pas plus pour que Peter s'énerve un peu et se plaigne que les Avengers se mettent à "draguer comme s'ils étaient dans un bar pour célibataires". Logan incite Peter à se calmer rapidement, Peter, lui, le traite de hérisson... et Mary Jane parvient finalement à calmer le jeu. MJ confiera d'ailleurs à Peter, après le départ de Wolvie, qu'elle n'est aucunement attirée par les nains poilus.
Fin de l'acte I.

Plus tard, l'on retrouve les Avengers au complet pour une séance d'entraînement. Wolvie, toujours remonté contre Peter, en profite pour l'attaquer de manière musclée. Spidey va entoiler le mutant qui, une fois libéré, pète carrément les plombs et, sous le regard effaré de Spider-Woman, lui plante ses griffes acérées dans le bide !
Une scène choc qui clôt l'épisode et trouve sa conclusion dans le numéro #14 de la série.
Peter, d'abord abasourdi que Wolvie ait pu le blesser ainsi (le mutant considérant, lui, que ce n'est qu'une égratignure), réagit en se ruant sur lui. Captain America essaie de les raisonner, mais c'est Iron Man qui finalement ceinture Peter. Et alors que ce dernier parvient à échapper à l'emprise de Tony Stark, et qu'il tente de nouveau de botter les fesses de son collègue, Peter finit par s'évanouir. Parce qu'il a... perdu trop de sang !
Cap et Luke Cage passent tous les deux un savon à Wolvie, qui réplique en disant que si Peter veut jouer dans la cour des grands, il doit s'habituer à ce genre de choses. 

Finalement, malgré les entailles physiques et la blessure d'ego, ce pauvre Peter va se remettre et parviendra même à plaisanter un peu lorsque Mary Jane découvrira son état. Il lui dira en effet de ne pas s'inquiéter car les Avengers disposent d'une bonne mutuelle santé.
Bref, une belle tranche de vie d'encapés, comme on les aime. Le genre de "frictions" qui rend en tout cas le groupe vivant et passionnant.
Pour l'anecdote, cette histoire a été publiée par Panini dans le Spider-Man #73, comic qui fut le premier à être chroniqué par Nolt (voir l'article), sur un UMAC qui venait à peine de naître, le 2 février 2006.
Miaw !

Wolvie en train de se faire une brochette d'araignée...


Conséquences de l'entraînement du jour : gros pansement et petite déprime.

Ultra
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Aventures amoureuses, ton décalé et super-pouvoirs sont au menu de Ultra.

Pearl Penalosa est une employée de l'agence Heroïne Inc. et partage son temps entre la lutte contre la criminalité et la gestion de son image. Car dans le monde hyper médiatisé de Spring City, la façon dont sont perçus les Capes compte presque autant, sinon plus, que leurs actes. Malgré sa réussite, la célèbre Ultra n'est cependant pas totalement heureuse. Sa vie sentimentale, notamment, est un véritable échec. Il y a bien eu quelques super-héros dans son lit, mais Pearl rêve essentiellement d'un type normal. Qu'elle tenterait de ne pas estropier pendant leurs ébats.
Et si le déclic venait d'une diseuse de bonne aventure ? Certaines prédictions peuvent ébranler les plus invulnérables des filles...

Ce titre, publié par Image Comics à l'origine, a été adapté en VF en 2005 chez Delcourt. Tout comme dans leur excellente série Girls, les frères Luna mettent en scène une belle galerie de personnages originaux et attachants, mais le côté thriller/épouvante laisse ici place à une très agréable comédie de mœurs puisqu'ils se penchent cette fois sur les problèmes sentimentaux de leur héroïne

Le scénario et les crayonnés sont signés Joshua Luna, les dessins et la colorisation sont l'œuvre du frangin, Jonathan Luna. Graphiquement, l'on va retrouver les mêmes qualités et défauts qui étaient déjà présents dans Girls : colorisation très douce et agréable, visages trop semblables et affublés parfois de moustaches ou cheveux ressemblant à des postiches.
Mais c'est évidemment l'histoire et l'originalité de son traitement qui constituent le réel intérêt de ce comic. Les Luna y abordent, avec humour, les difficultés relationnelles entre hommes et femmes (l'aspect super-héroïque n'étant pas vraiment essentiel ici) et en profitent même pour égratigner au passage quelques institutions, comme les médias et leurs "pouvoirs" démesurés.


La quatrième de couverture cite la série Sex in the city comme référence (je suppose que c'est une coquille et qu'il s'agit bien de Sex AND the city). S'il y a bien le point commun des sorties et papotages entre filles, les Luna apportent en plus une tendresse et une fragilité particulières qui ne sont pas vraiment présentes dans la série précitée. Et surtout les dialogues sont bien mieux écrits.
L'action n'est tout de même pas totalement absente de cette mini-série. On se surprend même parfois à avoir franchement peur pour certains personnages. Les chapitres sont entrecoupés de nombreux articles, de couvertures de magazines ainsi que de pubs mettant en scène les héros, des éléments qui semblent, finalement, totalement logiques (comment la presse et l'industrie pourraient-elles passer à côté de l'impact des surhumains s'ils existaient ?) et permettent de crédibiliser l'univers dépeint.

Vie privée, obligations professionnelles et aléas purement héroïques s'imbriquent en tout cas parfaitement dans ce petit cocktail s'avérant aussi piquant qu'il peut être doux à l'occasion.
Au final, voilà un livre qui conviendra autant aux habitués des Masques qu'aux lecteurs cherchant à s'éloigner des sentiers battus, notamment grâce à une écriture et une colorisation de qualité qui rattrapent largement les petits défauts des trognes.
L'ouvrage contient les covers originales et un petit sketchbook. Précisons qu'il se trouve encore facilement à un prix raisonnable (moins de 20 euros).

Vivement conseillé.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un traitement original des Encapés.
  • Une héroïne charismatique.
  • Un univers crédible, soutenu par de nombreux éléments réalistes.
  • Une jolie colorisation.
  • Une écriture qui évite de tomber dans la nunucherie.
  • Les visages, trop artificiels et semblables. 
The Wendy Project
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Soyons franc et sans détour, n'y allons pas par quatre chemins, allons droit au but et sans louvoyer parce que noyer le poisson ou tourner autour du pot est une perte de temps absolument indigne d'un site sérieux comme le nôtre et que, dans notre mission culturelle, nous ne pouvons en aucun cas... pardon ? Ah, oui, je m'y mets...
Autant être franc : j'ignore totalement si The Wendy Project, sorti le 24 mai 2019 chez Ankama (dans un joli format 16 x 24 cm), est une bande dessinée qui pourrait intéresser notre lectorat (et je suis d'ailleurs curieux de tout retour à ce sujet en commentaire sur la page facebook UMAC). Disons que sa présence ici est surtout légitimée par sa dessinatrice qui a déjà travaillé sur ArchieLa Guêpe et Howard le canard...

Cette BD a cependant d'emblée titillé ma curiosité et il y a une raison évidente à cela : en chaque geek survit une part d'enfance qui refuse de mourir ; je ne fais pas exception à la règle. Par conséquent, dès qu'une histoire fait allusion d'une façon ou d'une autre à cet éternel enfant qu'est Peter Pan, le gamin en moi (qu'on va appeler Ticon pour simplifier les choses) ne peut s'empêcher de crier : " Peter Pan, gn'est Peter Pan ! Gn'aime bien Peter Pan ! Gne veux voir Peter Pan !"... Oui, il est pénible : je vous avais prévenu que c'était l'enfant en moi, non ?
Eh bien la partie adulte de mon cerveau trouve elle aussi Ticon un peu "broie-gonades" et elle fait alors comme tout parent moderne qui ne se respecte pas : elle cède aux caprices du monstre pour qu'il la boucle.

J'ai donc lu The Wendy Project pour faire taire Ticon. Et, étonnamment, ça a très bien fonctionné. Ticon a fermé son claque-merde (si Audiard l'écrit, je ne vois pas ce qui m'en empêcherait !), abattu en plein rêve par un accablant sentiment de trahison.
Et en plus, au-delà de la satisfaction de voir Ticon bouder en ravalant sa morve, la partie adulte de mon cerveau s'est surprise à apprécier cette bande dessinée pour des raisons auxquelles elle s'attendait un peu au vu de la couverture, mais que le contenu parvint à ne pas trahir.
En effet, nous avons là une couverture à la fois assez honnête et assez mensongère pour ne pas trop renseigner le lecteur sur le contenu. Sur ladite couv', le "Wendy" du titre associé à l'illustration composite montrant une sirène, le crochet du capitaine bien connu, le navire et d'autres points de repères nous orientent d'emblée vers la conclusion évidente qu'on va avoir droit à une relecture du mythe de Peter Pan... Mais le fait que tout cela soit circonscrit à l'intérieur du profil stylisé de celle que l'on suppose être Wendy peut déjà nous renseigner sur le fait que Neverland risque bien d'être ici plus imaginaire ou symbolique que jamais.
Ce qui explique qu'on a perdu Ticon en route, lui qui rêvait de voir Peter "se bagarrer cont' le Cap'taine Crochet avec sa dague et que le Cap'tain il a son crochet et que même que le Capt'ain, eh ben, il va perdre vu que les grands, ben c'est trop nul !".
Ici, Neverland est juste esquissé et n'occupe que quelques pages rapidement tournées ; le monde imaginaire n'est que prétexte à parler d'autre chose : le deuil chez les grands adolescents...
Ambiance ! Ticon est en position latérale de sécurité.

Dans The Wendy Project, Jane Osborn (actrice et scénariste de profession) narre l'histoire touchante d'une grande sœur ayant un accident de voiture alors qu'elle véhiculait ses deux petits frères. L'un d'eux, le plus jeune, disparaît corps et biens dans les eaux sombres où l'automobile s'est jetée. Toutefois, selon Wendy, il n'est pas mort ; elle dit l'avoir vu s'envoler, emmené dans les airs par un étrange personnage qu'elle identifie comme étant Peter Pan.

Voilà les faits. ils sont exposés en trois planches. Les trois premières des 93 que compte cet album.
Parce que ces faits ne sont pas ce qui importe le plus. Ce qui importe, c'est ce deuil et la façon dont Wendy et son autre frère vont l'encaisser. Lui s'enferme dans le mutisme et elle dans ce refus impliquant le peuple de Neverland.
A-t-elle raison et lisons-nous une bande dessinée fantastique ? A-t-elle tort et lisons-nous le récit d'un déni ? Là est tout l'intérêt de cet ouvrage qui explore les pensées de Wendy mises à plat... puisque l'on comprend vite que cette BD que nous avons entre les mains est supposée être le carnet dans lequel la psy enjoint Wendy à dessiner ce qui la hante.

La situation dégénère, la cellule familiale se délite autant que l'état mental de la jeune fille. La vie reprend autour d'elle mais elle, elle se cramponne à une voix qu'elle entend, la voix de son frère lui demandant de la rejoindre... une fois de plus, appel vers Neverland ou pulsion suicidaire ?

C'est intelligent, bourré de références à l'univers créé par J. M. Barrie ainsi qu'à sa mise en image la plus populaire (celle de Disney) et suffisamment mature pour se permettre des procédés comme cette mise en abyme élégante de livre qui raconte sa propre écriture.

En ce qui concerne le dessin, le trait de Veronica Fish a achevé Ticon : "C'est pas beau, y'a même pas d'la couleur tout partout puis c'est même pas dessiné partout pareil !". Normal. Une fois de plus, c'est supposé être dessiné par Wendy. Et le trait, la mise en page, la mise en couleurs... tout retranscrit les préoccupations et les états d'âme de la jeune fille.

Le contour des cases est tracé à main levée et parfois même absent ; le dessin est un crayonné tantôt appliqué, tantôt nerveux, voire bâclé quand l'urgence de narrer les faits se fait plus pressante ; les couleurs ne sont présentes que lorsque l'imaginaire entre en jeu...

The Wendy Project est une œuvre touchante sur le deuil et la culpabilité du survivant. Un thème sérieux s'il en est !

C'est un album paru aux éditions Ankama dans leur collection Étincelles qui se spécialise dans les ouvrages à mi-chemin entre la bande dessinée et le roman graphique (prix indicatif : 14,90€). Initialement, il était paru aux USA sous forme de quatre fascicules chez Emet Comics. 

En soi, ce n'est vraiment pas le genre de bande dessinée qui devrait m'accrocher tellement, lorsque je pense à Peter Pan, ce qui s'impose à moi comme récit idéal est plutôt le genre d'œuvre qui réconcilie l'adulte que je suis devenu avec Ticon, comme le magnifique Peter Pan de Régis Loisel (éditions Vents d'Ouest... ne pas l'avoir lu est un délit, sachez-le). Mais ce petit livre a un charme bien à lui et assez de densité pour appeler à une relecture attentive une fois que l'on a compris ses codes. Une relecture qui sera étonnamment plus lente que la première tant on finit par se prendre au jeu des références et au compte des indices de la présence du fantastique que la dessinatrice a glissé dans ses cases.

Si pour vous l'adolescence est une période compliquée dont l'imaginaire aide parfois à s'évader.
Si vous appréciez le métalangage.
Si vous aimez les allégories.
Si, parfois, un trait simpliste vous est agréable quand il se fait le complice de la narration...
Alors The Wendy Project ne pourra que vous plaire.





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une narration intelligente soutenue par un dessin approprié.
  • Un thème sérieux traité avec suffisamment de légèreté pour ne pas plomber la lecture par trop de pathos.
  • Une bande dessinée qui ne vous prend pas pour un imbécile.
  • Un format élégant et très agréable à la prise en main.
  • Un ouvrage capable de mettre Ticon en boule au pied de son lit ; c'est appréciable.

  • Le dessin, à n'en pas douter, déplaira à certains de nos lecteurs par sa simplicité pourtant porteuse de sens...
  • Le thème pourrait sans doute lui aussi en rebuter plus d'un mais il est bien traité et loin d'être indigeste.