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Écho #89 : En Vrac
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En vrac, une sélection UMAC sur des ouvrages ou figurines que nous vous recommandons :

1. Actarus de chez ABYstyle (il a été réédité finalement). 
Pas grand-chose à dire, il est franchement classe. Belle pose, prix relativement correct (une quarantaine d'euros) et taille sympa (un peu plus de 21 cm, socle compris).

2. Le Marvel Comics Library de chez Taschen (de la VO donc) consacré à Spider-Man. Il regroupe les 21 premières aventures du Tisseur, autrement dit plus de 700 pages (petit format, 15 x 20 cm environ), avec hardcover et bonus (dont le courrier des lecteurs et des pubs de l’époque). Pour 20 balles, difficile de ne pas le conseiller. 

3. Une nouvelle gamme de figurines chez Mattel. À bas prix, puisque moins de 15 euros pour des personnages (au visage très réussi) de 16,5 cm, accompagnés de quelques accessoires. Un prix bien moindre donc que les Hasbro (Marvel Legends) ou les McFarlane, mais avec des boîtes moins belles. Du coup, celles-ci seront hors box, hop !
Outre Batman et Flash, Robin et le Joker sont disponibles. 

4. Un ouvrage regroupant les cartes Vidal-Lablache ! Un vrai voyage dans le temps, avec des reproductions réduites, forcément, mais rappelant de lointains souvenirs. Indispensable si vous aimez les cartes et le monde d'avant (cf. cet article) !












Première rencontre entre Superman et Spider-Man
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Réédition d'un pan de l'histoire des comics avec Superman vs Spider-Man - La Bataille du Siècle.

En 1976, les deux géants que sont Marvel et DC Comics collaborent pour la première fois afin d'organiser la rencontre de deux de leurs personnages phares. La même année, Sagédition sort la première VF de cette histoire en album souple. Aujourd'hui, c'est Urban Comics qui nous livre une nouvelle version de ce récit, dans son format géant Treasury
Voyons déjà le pitch.

Alors que le Docteur Octopus et Lex Luthor se retrouvent tous les deux en prison, ils vont en profiter pour faire équipe et échafauder un plan pour se débarrasser de leurs plus grands ennemis (et faire chanter le gouvernement américain en prime, afin de récupérer un peu de pognon au passage). 
Peter Parker et Clark Kent, présents à la même conférence de presse, réagissent rapidement à l'enlèvement de Mary Jane Watson et Loïs Lane en endossant leurs costumes. Spider-Man et Superman entrent en scène, mais suite à un quiproquo, bien entendu, leur rencontre commence par... une baston.




Le scénario est de Gerry Conway, les dessins de Ross Andru. L'histoire est on ne peut plus simpliste et sacrifie à tous les poncifs du genre : malentendu poussant les héros à se taper dessus sans réfléchir (ce qui les crétinise tout de même pas mal), alliance de deux super-vilains, menace d'ampleur mondiale, les proches des héros qui sont directement impactés, etc. Mais à la rigueur, ça a son charme. Et l'on ne vient pas relire cette vieillerie pour réellement profiter d'un récit inspiré, mais plutôt pour "visiter" une pièce de musée.

Graphiquement, le style "old school" demeure agréable malgré une colorisation flashy et sans nuances. Si certaines scènes de combat deviennent encore plus spectaculaires dans ce format immense, les cases représentant des passages plus calmes n'en profitent guère, au contraire, le manque de décors (souvent remplacés par des fonds unis) supporte mal cet agrandissement. Signalons que le tout est imprimé non sur un papier blanc mais beige, ce qui donne un aspect artificiellement vieilli à l'ensemble.

Niveau adaptation, ce n'est pas très réussi, la version française comportant de nombreuses fautes. Ça commence dès la page 2 avec un "j'aurais tout vu" (c'est le futur qu'il convient d'employer ici), et ça se poursuit tout le long de l'album : "quoiqu'efficace" (l'élision est fautive) ; "boire un c"... (il convient de coller les points de suspension au c et d'ensuite seulement fermer les guillemets) ; "il s'est fabriqué un costume et masque" (où est passé l'article indéfini ?) ; "Dr. Octopus" (en français, "docteur" s'abrège Dr, sans point) ; "en-dessous" (pas de trait d'union, contrairement à "au-dessous"). Ajoutons à cela une ponctuation parfois hasardeuse, et l'on conviendra que cela commence à faire beaucoup pour si peu de texte. 

Voilà donc une BD plutôt moyenne, dotée d'une VF perfectible. Reste le format, impressionnant, qui redonne un certain lustre à ce morceau d'Histoire. 





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une rencontre culte.
  • Un format géant qui amplifie l'impact des scènes de combat.
  • Un récit très convenu.
  • Une VF médiocre.
Wolverine : Vengeance
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Hickman. Capullo. Wolverine.

Trois noms que tout lecteur de comics connaît, qu'il aime ou pas. Le projet de les rassembler semble presque un cadeau à destination des fans : "Mesdemoiselles, Mesdames, Messieurs, pour le grand retour de Greg Capullo chez Marvel, nous vous offrons une aventure de votre héros préféré rédigée par Jonathan Hickman !"

Ça a de la gueule.

D'autant que Panini, une fois n'est pas coutume, a mis les petits plats dans les grands et propose aux plus fortunés (ou chanceux) d'entre vous une édition Prestige grand format en noir et blanc, imprimée sur du papier à fort grammage, avec un dos relié en toile. En tourner les pages procure un ravissement impossible à ressentir sur n'importe quelle liseuse, quelque pratique qu'elle puisse être. La taille est imposante pour un comic book, mais on a vu plus grand déjà avec par exemple le Black, White & Blood et surtout l'édition grand format de l'Arme X.

On se retrouve face à ces grands aplats de noirs profonds, sans nuances, sur lesquels ressortent les contours des personnages, les silhouettes plus ou moins musculeuses... et ces griffes. Capullo est un vieux de la vieille et il semble avoir opté pour des griffes assez proches de celles qu'on observait à l'époque du run de Frank Miller (donc plutôt des lames), même si elles surgissent bien sur le dos de la main de Logan. La couverture choisie pour cette édition, celle de l'épisode 4 de cette mini-série qui en comprend cinq, est un choix adéquat - et l'absence de couleurs lui rend véritablement hommage (vous pourrez comparer avec la galerie de couvertures offertes en fin de volume, la version couleurs est nettement moins impressionnante).

Alors OK, l'objet-livre est réussi. Mais quid du scénario ?

Rassurez-vous si vous aviez déserté les terres marvelliennes : Hickman a écrit un one-shot hors continuité (pour ce que j'en ai compris). Certes, certains personnages connus vont en côtoyer d'autres plus obscurs, mais pour peu qu'on soit attentifs, la lecture se déroule sans trop d'accrocs. Quant à ceux qui reprochent constamment à l'auteur ses intrigues artificielles à tiroirs bourrées de références et nuisant aux interactions entre les héros, ce n'est pas vraiment le cas ici : l'histoire est totalement centrée sur Wolverine, de l'échec de sa mission à l'accomplissement de sa vengeance. Pas de prélude nébuleux, pas de plans, de codes ou de schémas.




On entre tout de suite dans le vif du sujet.

Cela commence en Terre Sauvage. Logan y passe ses vacances (on sait depuis la saga Proteus qu'il apprécie cet endroit où il peut donner libre cours à sa sauvagerie et repousser ses limites sans avoir à se préoccuper de ses proches ; voir également Wolverine : Kill Island). Mais voilà-t'y-pas que Nick Fury arrive tambour battant. Il le recrute d'office pour participer à une mission de la dernière chance : l'astéroïde M (le repaire de Magnéto) s'est écrasé sur Terre et l'impulsion électro-magnétique qui a suivi a anéanti toutes les technologies de la majeure partie de la surface de la planète. L'Amérique, l'Europe et une partie de l'Asie ont été rasées par le cataclysme. Fury regroupe les héros survivants pour se rendre sur le seul site au monde qui continue d'être alimenté par un réacteur à fusion - et qui dispose donc encore d'électricité. Sauf qu'il est aux mains de la Confrérie des Mauvais Mutants et que leur leader, le Cerveau, est loin d'être un philanthrope.

Bon gré, mal gré, Logan accepte sans se douter qu'il court à la catastrophe : le Cerveau s'est entouré de terribles adversaires, de vieilles connaissances qui vont balayer les coéquipiers du mutant griffu, les exterminant jusqu'au dernier. Fin de l'épisode.
À moins que...
À moins que, comme d'habitude, Logan revienne. Et il n'aura qu'une idée en tête, une obsession : se venger de ceux qui (lui) ont fait ça.

Cette situation, on la connaît. Rappelez-vous déjà à l'époque de leur premier assaut contre le Club des Damnés : les X-Men avaient été facilement vaincus, seul Wolverine s'en était sorti et il était revenu leur rendre la monnaie de leur pièce. Plus proche de nous, dans l'arc Ennemi d'État de Mark Millar (2008), Logan partait en croisade pour se venger de ceux qui, lui ayant fait un lavage de cerveau, l'avaient poussé à commettre des atrocités sur ses anciens partenaires.

Et ce ne sont que deux exemples parmi les nombreux récits de vengeance auxquels le Canadien nous a habitués : une lourde défaite précède un retour en grâce sanglant et meurtrier pendant lequel il ne se prive pas de laisser libre cours à la rage qui l'anime en permanence. Le scénariste a opté pour la simplicité en reprenant les mêmes codes, et en lui faisant affronter ses meilleurs ennemis (je vous en laisse la surprise, l'un d'entre eux est vraiment inattendu), en allant de plus en plus loin dans le processus. Néanmoins, Hickman oblige, Logan ne foncera pas tête baissée - disons qu'il saura préparer ses opérations et aura systématiquement un coup d'avance sur ses ennemis, trop habitués à ce qu'il n'obéisse qu'à ses instincts. Ce qui colle assez avec un individu qui jouit d'une aussi grande expérience et d'une science du combat inégalable.




Le résultat est loin d'être désagréable. Le dessin de Capullo, qui s'est un peu adouci, conserve un certain charme et convient bien à la brutalité des événements qui s'abattent sur notre héros. L'encrage en noir et blanc renforce l'aspect viril et bestial, marque davantage les traits et confère une élégance étrange au récit. Toutefois, on risque d'être un peu décontenancé sur certaines cases manquant de lisibilité, les enchaînements d'action lors des combats ne sont pas toujours très intelligibles et il faut se référer parfois aux phylactères pour comprendre de quoi il retourne. N'empêche, tourner ces pages épaisses constitue un plaisir sensoriel assez rare.

La déception viendra surtout du fait qu'on n'est jamais vraiment surpris, sauf par l'identité de certains individus : le déroulement de cette épopée vengeresse suit des rails parfaitement huilés et même la conclusion s'avère logique - et déjà vue par ailleurs. Ceux qui n'apprécient pas les scénarios enchevêtrés de Hickman seront peut-être agréablement étonnés par la relative simplicité de celui-ci, mais d'autres peuvent à raison se sentir floués, en attendant davantage.





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une édition de très grande classe.
  • Le retour d'un dessinateur incontournable.
  • Un one-shot hors continuité.
  • Wolverine unleashed !


  • La gestion des combats n'est pas toujours très intelligible.
  • Un sentiment de déjà-vu.
  • Des personnages qui peuvent surprendre ceux qui n'ont qu'une connaissance partielle des comics.
Scarlet
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Gros plan sur une série signée Bendis et intitulée Scarlet.

Scarlet est une jeune fille banale, ayant vécu une enfance et une adolescence heureuses, sans heurts. Un jour pourtant, sa vie bascule. Un simple contrôle de police qui tourne mal et la tragédie se noue. Le petit ami de Scarlet est tué, elle-même est gravement blessée...
Lorsqu'elle se réveille, elle se rend compte que les flics corrompus qui les ont agressés sont considérés comme des héros, que les médias ont déformé les faits et que tout le monde semble s'en accommoder.
Une question, lancinante, commence alors à travailler Scarlet : pourquoi ? Comment le monde en est-il arrivé là ? Comment peut-on accepter une telle injustice ? 
Mais bientôt, la jeune fille se rendra compte que l'important n'est pas de savoir pourquoi le monde est tel qu'il est, mais ce qu'elle compte faire, elle, pour ne plus être une simple spectatrice. La réponse s'impose d'elle-même... plus de compromis. À la place, une révolution !

Le fameux tandem Brian Michael Bendis, au scénario, et Alex Maleev, au dessin, est de nouveau réuni. Ils avaient fait des merveilles sur Daredevil (cf. ce dossier), avaient ensuite signé un décevant Halo, mais avec Scarlet, pas de souci, les deux compères sont en pleine forme.

Ce récit a été publié en VF en 2012 par Panini, ce qui nous permet de commencer tout de suite par leurs conneries habituelles, que l'on retrouve dès le petit texte d'introduction. Tout d'abord, un parallèle est fait avec la chanson Revolution des Beatles, ce qui est plutôt bien vu, sauf que celle-ci est mal traduite. Avec les paroles originales, l'on comprend sans peine que le chanteur souhaite changer le monde, mais sans violence. Malheureusement, dans la transposition française qui en est faite, revolution est bien traduit par "révolution" mais destruction est traduit par... "révolution" également. Du coup, ça n'a plus aucun sens, le type a l'air d'être pour la révolution, mais quand il entend le mot "révolution" (au lieu de "destruction"), il dit qu'il ne faut pas compter sur lui et ressemble du coup à une girouette. Et pour bien faire, il manque ensuite un mot dans une phrase ("la série que vous apprêtez à lire").
Y a pas à dire, ça commence fort.




Tournons-nous maintenant vers le récit proprement dit. L'ambiance se rapproche des polars de Bendis (cf. le dossier cité plus haut), avec un petit côté politique, voire sulfureux, en plus.
D'une certaine manière, l'on peut faire un parallèle avec Kill your boyfriend pour le côté rébellion et lutte armée, mais là où Morrison n'offrait que du vide, des personnages aussi stupides qu'agaçants et des meurtres gratuits, Bendis parvient à construire une histoire sensée, reposant essentiellement sur le personnage principal, parfaitement mis en scène dès les premières planches.
Le procédé utilisé par Bendis est d'ailleurs à souligner. Scarlet s'adresse en effet directement au lecteur, un peu comme dans un reportage. Cela peut décontenancer au début, mais s'avère très efficace sur le long terme, la voix de Scarlet devenant une sorte de guide dénonçant l'illusion et la facilité. L'on a un exemple concret dès les premières pages où les images, très violentes, donnent immédiatement une mauvaise impression sur le personnage, impression qui va vite s'amoindrir puis disparaître grâce à un discours posé et non dénué d'humour.

Autre technique habilement employée par les auteurs ; une série de cases, avec simplement une petite légende, permettant de résumer rapidement les grandes étapes de la vie de Scarlet. Un peu comme si elle-même faisait le point à l'aide de moments  émotionnellement chargés. C'est parfaitement réussi d'un point de vue narratif. Non seulement l'on évite ainsi une laborieuse exposition classique, mais cela renforce encore l'empathie ressentie, le lecteur ayant vraiment l'impression d'avoir un accès direct aux souvenirs de Scarlet.
Sur le fond, cette série (qui aura une suite en 2018) se révèle très intéressante également. Bendis se garde bien de balancer des généralités trop absurdes et il parvient, mine de rien, à nous amener avec délicatesse sur le terrain, glissant, du recours à la lutte armée. D'un autre côté (je ne sais si c'est volontaire de sa part, mais connaissant l'intelligence de Bendis, je pense que oui), l'auteur parvient également à montrer à quel point il est facile de manipuler une opinion avec un peu de talent et de technique. Et là je ne parle pas des médias dans le récit, mais bien de Bendis lui-même, parvenant sans aucun problème à faire ranger le lecteur du côté d'une Scarlet qui devient vite le symbole d'un espoir, d'un changement, d'un idéal que l'on voudrait noble.

Une histoire bien menée, plus complexe qu'on pourrait le penser au premier abord, et bénéficiant de jolies planches. Un comic intelligent et esthétique, à mettre entre toutes les mains.






+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Très bien écrit. Du grand Bendis.
  • Le style Maleev, toujours percutant pour peu que l'on y soit sensible.
  • Une grande maîtrise narrative et technique.
  • Une VF de merde.
Batman : Arkham Asylum
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Le chevalier de Gotham pénètre au cœur de la folie dans Arkham Asylum, réédité en 2014 par Urban Comics.

L'asile d'Arkham abrite les plus dangereux psychopathes de Gotham. Emmenés par le Joker, ces derniers vont prendre le contrôle de l'établissement et exiger que Batman vienne les rejoindre. Ne pouvant décemment pas laisser exécuter les otages, Bruce Wayne accepte et rejoint ses pires ennemis.
Le héros plonge alors dans l'antre de la démence, au sein d'un lieu impressionnant, marqué par les troubles de son fondateur. En effet, le journal d'Amadeus Arkham va progressivement livrer les secrets du médecin et de sa sinistre institution.
Pour Batman commence un périple à travers les coups, le sang et les apparences, souvent trompeuses. Et si, finalement, il finissait par douter de sa propre santé mentale ?

Voilà donc la réédition d'un graphic novel très particulier, scénarisé par Grant Morrison (We3) et dessiné par Dave McKean, connu notamment pour ses magnifiques covers de la série Sandman.
Le récit pourrait se résumer à une série de confrontations entre Batman et certains de ses vieux ennemis s'il n'était pas justement complètement transcendé par les peintures exceptionnelles de McKean. C'est le style très impressionnant de l'artiste qui va ainsi donner tout son sens et sa puissance émotionnelle à l'histoire. L'ambiance visuelle, faite de visages déformés, d'ombres inquiétantes et d'étranges symboles, est encore renforcée par l'utilisation de photos ou de textures crasseuses qui contrastent fortement avec l'aspect onirique de l'ensemble.




Une forte et malsaine tension semble émaner des planches et crée un véritable malaise chez le lecteur plongeant dans cette expérience graphique percutante et originale. Ombres, brumes, graffitis, silhouettes, cases salies ou fortement contrastées, flou et crayonnés, traces de sang et découpage anarchique font que ce tour de force peut se rapprocher un peu du travail de David Mack (sur Echo notamment), bien que ce dernier soit bien plus inventif encore.

L'ouvrage, qui ne s'inscrit pas spécialement dans la continuité de l'univers DC Comics, n'est tout de même pas si facilement abordable qu'il n'y parait. En effet, alors que Batman rencontre une vaste galerie d'adversaires (comme Harvey Dent ou le Chapelier Fou), ceux-ci ne sont parfois pas réellement nommés et il faut donc une certaine connaissance des super-vilains habituels du justicier de Gotham pour pouvoir les reconnaître et apprécier véritablement leur entrée en scène. D'ailleurs, il est dommage que la petite présentation des protagonistes, que l'on trouve à la fin, ne soit pas plus complète, les auteurs ayant privilégié une esthétique et une économie de mots qui prolonge et soutient l'ambiance du récit mais perd en valeur informative.

Arkham Asylum s'avère être un conte violent et torturé, peuplé de monstres grotesques et effrayants. Les auteurs parviennent à créer une ambiance glauque et étrange, la folie suintant littéralement de certaines planches très impressionnantes. Bien entendu, le style graphique et la thématique destinent ce récit mettant en scène le Dark Knight à un public adulte et le classent parmi les classiques, comme The Long Halloween ou Hush

Un comic sortant des sentiers battus et proposant un traitement visuel fort, qui flirte avec le surréalisme ou l'expérimental. 






+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Graphiquement hallucinant.
  • Une atmosphère sombre et moite.

  • Un style qui peut aussi rebuter par son côté fouillis et "sale".
  • Peu facile d'accès pour un lectorat ne connaissant pas bien la galerie de personnages liée à Batman.
American Vampire
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Une nouvelle race de vampires, sur toile de fond de révolution industrielle et de profonds bouleversements, voilà le point de départ de la série American Vampire.

Skinner Sweet est un hors-la-loi. Pas un desperado romantique ni un voyou au grand cœur, c'est une pourriture de la pire espèce. Froid comme un serpent, rusé comme un renard, il n'hésite pas à buter même des gosses lorsqu'il le faut. Il est ce que l'Ouest sauvage a produit de pire. Fort heureusement, l'agence Pinkerton a pu mettre un terme à sa carrière de criminel en l'appréhendant. Il ne reste plus qu'à le pendre et à oublier son regard mauvais.
Mais tout n'est pas si simple. Non seulement les complices de Sweet le font évader mais, dans la bagarre qui s'ensuit, le tueur reçoit une goutte de sang dans l'œil. Du mauvais sang. Qui changera à tout jamais sa nature.
Sweet a été contaminé par un vampire. Un vampire à l'ancienne, venu des vieilles terres d'Europe, qui craint la lumière du jour et s'habille en chochotte. La rencontre entre les buveurs de sang de la littérature et l'Amérique va faire faire un bond à l'évolution des Dentus. Car Sweet, lui, marchera au soleil et sera plus fort, plus rapide... "larger than life", à l'image de ce continent où tout est possible.
45 ans plus tard, en 1920, deux jeunes filles débarquent à Hollywood, attirées par les lumières d'un cinéma naissant qui, déjà, crée de fausses idoles. Elles vont vite découvrir que l'Ouest n'a rien perdu de sa sauvagerie. Celle-ci a simplement... changé de forme.

Vertigo (cf. ce dossier et la partie dédiée à l'encyclopédie Vertigo) est un label en général synonyme de qualité. Ici encore, la règle est respectée. C'est à Scott Snyder (Clear, Swamp Thing, Absolute Batman) que l'on doit le concept et le scénario de American Vampire. Stephen King, qui a participé à l'écriture, nous dévoile dans la préface que, d'abord contacté pour trouver un slogan promotionnel, il a fini par prendre le train en marche et écrire les origines de Sweet, ce qui constitue donc, contrairement aux adaptations issues de ses romans (La Tour Sombre, Le Fléau), sa première création directe pour un comic. 




Les dessins sont l'œuvre de Rafael "hot dog, jumping frog" Albuquerque (heu, désolé pour le surnom inventé, c'est une petite vanne musicale, pas sûr que quelqu'un la comprenne). L'aspect visuel est en tout cas plutôt enthousiasmant, avec de jolis aplats, de vraies "gueules", un certain dynamisme pendant les scènes d'action et des plans souvent efficaces.
Pour l'intrigue, l'on peut être tenté de se dire qu'une histoire de vampires, c'est loin d'être original. C'est pourtant mal connaître les auteurs qui, avec leur "Dracula made in Wild West", nous parlent presque plus de leur pays que des amateurs d'hémoglobine. Car la thématique au centre de ce long récit de 10 tomes, publiés par Urban Comics en VF, est bien au sens large l'Amérique, mais aussi l'illusion, les rêves brisés et même la cruauté des mirages hollywoodiens.
La métaphore peut même aller plus loin et rejoindre l'Histoire, en faisant un parallèle entre ces nouveaux vampires, dont les parents sont européens mais qui, confrontés à l'âpreté de ces terres nouvelles et hostiles, deviendront plus féroces que leurs pères, et l'évolution des États-Unis, fondés par les fils du vieux continent qui dépasseront en tout (en bien souvent, en mal parfois) les lointains cousins italiens, français, allemands ou irlandais. Même nos rapport si complexes, teintés d'envie, d'admiration et de craintes, avec nos amis d'outre-Atlantique peuvent se retrouver au sein de ce récit, à la fois divertissant et profond.

Vengeance, amour, violence, monstruosité et héroïsme, autant de thèmes finalement au cœur de vies que, bien à l'abri de notre confort actuel, nous avons choisi d'oublier ou de romancer. Les vampires de Snyder ne sont pas romantiques. Ils ne boivent pas du True Blood dans un bar, ils ne sont pas non plus l'attraction du lycée local avec leurs tronches de cake, "pâles" et "mystérieuses". Eux, ils mordent, ils arrachent, ils tuent. Non parce qu'ils sont des vampires, mais parce que c'est ce que fait chaque être vivant. Et si vous n'êtes pas obligé de sentir le sang frais au fond de votre palais, soyez certain que c'est parce que quelqu'un, quelque part, mord et tue à votre place. Pour que vous puissiez avoir de la viande sous cellophane au Leclerc du coin et oublier que, vous aussi, n'êtes qu'un prédateur qui s'enivre de civilisation et rêve qu'il pourra un jour vivre sans tuer. Ce qui est impossible. Et pour les vampires, et pour nous.

Une excellente utilisation du mythe vampirique et une belle évocation d'une Amérique aussi dure que fascinante, le tout agrémenté d'un recul sur soi d'autant plus impressionnant qu'il fait très souvent défaut aux auteurs français.






+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une thématique riche, qui revisite avec intelligence le mythe du vampire.
  • Un style graphique convenant parfaitement à l'ambiance violente et sauvage de la série.
  • Des personnages crédibles et bien campés.
  • Une intégrale dont certaines volumes ne sont plus trouvables en neuf.
Superman : Ennemis publics
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Virgul l'a déjà mentionné ici même, mais répétons-le : les éditions spéciales FNAC de grands récits DC Comics publiés chez Urban sont toujours d'excellents rapports qualité-prix. Pour moins de 5 €, il s'agit d'une occasion en or de découvrir, ou redécouvrir, quelques-uns des arcs majeurs concernant certains des plus grands héros de la Terre. Justement, la dernière vague de ces éditions spéciales se consacrait à Superman, avec des titres-phares comme l'incontournable Kingdom Come, mais aussi Brainiac ou Lost.

Celui qui nous intéresse aujourd'hui reprend les 6 premiers épisodes de la série Batman/Superman de 2003, avec Jeph Loeb à la manœuvre. Un vieux routier du monde super-héroïque, qui connaît l'univers des méta-humains Marvel comme DC sur le bout des doigts. Après Batman : Un long Halloween, Batman : Silence, Spider-Man : Blue, c'est lui qui chapeaute désormais les publications de Marvel. Urban en a confié la traduction à Edmond Tourriol, qui y effectue un boulot sérieux. La couverture souple peut frustrer les amateurs d'albums plus cossus, mais le papier est de bonne qualité et elle s'avère, à l'usage, plutôt solide avec un rendu mat du plus bel effet. Le format est quant à lui légèrement inférieur aux éditions Deluxe déjà sorties, mais ça reste un peu plus grand qu'un fascicule.

À ce prix-là, ne cherchons pas trop de bonus éditoriaux : trois couvertures viennent compléter l'album qui fait tout de même 152 pages ! Cela dit, pour ceux qui ne suivent pas l'univers DC de près, le contexte peut un peu décontenancer : Superman n'a guère changé, Batman non plus et leurs origines, connues désormais d'une bonne partie des lecteurs même profanes, sont demeurées les mêmes. D'ailleurs, pour lancer la série, Loeb se fend d'un rappel de ces origines sur un pertinent montage parallèle entre les deux événements fondateurs de la légende qu'ils incarnent : l'exil forcé de Krypton pour l'un, l'assassinat sous ses yeux de ses parents pour l'autre.




Les comics sont revenus dessus des dizaines de fois, avant que les films prennent le relais. Ces traumatismes déterminants dans leur existence sont désormais des éléments permanents de la culture populaire : tout le monde sait que Batman est ce qu'il est depuis qu'un criminel a braqué puis tué ses parents dans une ruelle obscure alors qu'il n'était qu'un enfant. Tout le monde sait que Superman était un bébé extraterrestre survivant de l'explosion de sa planète natale, auquel le soleil de notre système confère d'incroyables pouvoirs divins. Leur appartenance à la Justice League of America est en revanche moins universellement connue, et, pour le coup, les protagonistes qui vont intervenir dans cette histoire peuvent poser quelques problèmes de compréhension.

Pour faire simple, indiquons d'abord que les États-Unis sont dorénavant dirigés par Lex Luthor, devenu président dans un arc précédent (également disponible dans cette collection à bas prix d'ailleurs). Luthor, la Némésis de Superman, dont la fortune a systématiquement été utilisée pour accéder au pouvoir et se débarrasser de l'Homme d'acier, dans une obsession malsaine qui a été longuement développée dans la série Smallville (dont Jeph Loeb a été producteur et consultant pendant quatre saisons, avant de participer à la production de Lost puis de Heroes). Comment un tel criminel est-il parvenu légalement au sommet de l'État, c'est une autre histoire, mais de nombreuses réflexions de Kal-El nous montrent qu'il n'a pas du tout digéré cet événement tragique. D'autant que, à l'instar de Norman Osborn après Secret Invasion chez Marvel, il dispose à présent d'une mainmise affolante sur les équipes officielles de super-héros : seules les barrières fragiles du droit et de la Constitution l'empêchent d'être de facto le maître du monde.




Et voilà qu'un événement cosmique d'ampleur va lui servir de prétexte pour passer à la vitesse supérieure - et se débarrasser, le plus légalement du monde, de Superman. Un astéroïde radioactif fonce vers la Terre, et aucun moyen dont dispose l'humanité ne semble en mesure de l'arrêter : Luthor affirme alors, "de source sûre", que Superman est à l'origine de ce futur cataclysme car l'astéroïde est un morceau de Krypton et qu'il est manipulé par le fils de celle-ci. Peu importe que la population gobe cette assertion, c'est suffisant pour lancer un mandat d'arrêt contre l'homme à la cape. Or, il se trouve que Superman est actuellement en train de collaborer avec Batman à la recherche de Metallo, qui leur mène la vie dure à tous les deux...

Loeb mène son récit à marche forcée. En dehors de certaines pauses narratives s'appuyant sur des souvenirs parallèles ou des réflexions de l'un des héros sur l'autre - soulignant leur complémentarité, leur respect et leur admiration mutuels - l'histoire se déroule tambour battant. Superman se prend une peignée par Metallo avant de le retrouver dans un cimetière en compagnie du Dark Knight : c'est en réchappant de justesse à cette nouvelle confrontation que notre duo tombe d'abord sur une version visiteur du futur qui s'en prend directement à eux, avant de découvrir qu'ils sont en état d'arrestation. Évidemment, Batman ne lâchera pas son compagnon d'armes, mais qu'en est-il des méta-humains chargés de les interpeller ? Pour la plupart, ce sont d'anciens partenaires, qui connaissent les valeurs morales et les exploits de Superman : à qui ira leur loyauté ?




C'est sur cette question éthique que vont s'appuyer en partie nos deux héros, habitués aux stratagèmes, aux leurres et aux fausses pistes, ayant sauvé le monde plus souvent qu'à leur tour. Les batailles qui s'ensuivent, pour brutales et titanesques qu'elles s'annoncent, seront également brèves et, parfois, frustrantes. D'autant que le trait de McGuinness, bien que dynamique, manque de clarté dans les mouvements, et certaines cases s'avèrent quasi-illisibles. On frise même le grotesque dans la description de certains personnages secondaires, alors qu'on avait encore du mal à digérer l'exagération des caractéristiques physiques des principaux (mâchoires carrées, muscles hyper saillants, poses de diva). L'intérêt vient malgré tout des interactions jouissives entre Batou et Supes, faites de quelques légers traits d'humour bien placés et de réflexions bien senties.

Les alliances succèdent alors aux mésalliances, les masques tombent mais le compte à rebours fatal étant lancé, les minutes sont comptées, et Luthor dévoilera la facette obscure de sa psyché en voyant sa cible lui résister. Les dernières pages verront des sacrifices, des dilemmes moraux et des révélations stupéfiantes qui changeront le regard de certains sur leur propre passé. Tout cela fait beaucoup pour un arc qui aurait pu se contenter d'une chasse à l'homme à la Wolverine : Ennemi d'Étatdoublée à la rigueur d'une menace d'apocalypse façon Armageddon (le film de Michael Bay). La densité des informations qui pleuvent littéralement dans le dernier chapitre nuit à la fluidité du script, mais elle permet d'expliquer les trémulations dans la psychologie des protagonistes. Un peu le même syndrome qui plombait les films du DCEU, Batman vs Superman et surtout Justice League.

Cela étant dit, on avale allègrement les plus de 150 pages avec parfois un petit sourire entre deux situations déjà vues, mais maîtrisées avec l'indéniable savoir-faire de Loeb, même si on finit par s'embrouiller avec un élément de la résolution, qui arrive comme un cheveu sur la soupe. Les dessins feront sans doute tiquer mais ils confèrent un certain élan au scénario, tout en sacrifiant les visages et les silhouettes de quelques personnages. Visuellement, ça passera ou ça cassera suivant les préférences de chacun.

Reste la dernière page. Sans chercher à spoiler, une question se pose pour tous les anciens lecteurs : est-elle volontairement calquée sur la fin de l'un des épisodes les plus célèbres des X-Men (le premier combat contre le Club des Damnés, avec la victoire quasi-totale de ces derniers, donc juste après l'arc Proteus - ceux qui savent comprendront) ? Tout y est, du cadrage aux postures. Hommage maladroit ou plagiat grossier, ça augure d'une suite bien m'as-tu-vu.






+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un excellent rapport qualité-prix.
  • Deux artistes reconnus qui s'associent sur deux des plus grands super-héros de la Terre.
  • Une histoire enlevée.
  • Des confrontations dantesques.

  • Rien de nouveau dans le déroulement du script, qui ronronne.
  • Le trait de McGuinness, bien que dynamique, propose des portraits de personnages à la limite du grotesque.
  • Un récit peut-être trop ambitieux, qui cherche à couvrir tout le spectre DC sur six chapitres.