Publié le
1.3.20
Par
Vance
Grand classique du genre post-apocalyptique, Le Monde vert de Brian Aldiss se démarque par sa vision radicale du futur de l'humanité et de notre planète,
qui annonce avec une certaine élégance bienveillante les tensions actuelles
liées au réchauffement climatique.À l'image de Walter M. Miller ou de Kurt Vonnegut, l'auteur britannique est devenu écrivain juste après avoir servi pendant la Seconde Guerre mondiale, et ses récits enlevés et visionnaires sont entrés dans le panthéon des grandes œuvres de la SF (Aldiss est lauréat de trois prix Hugo, un prix Nebula et du prix du Meilleur auteur de SF à la convention de 1976). Son roman Croisière sans escale développant astucieusement le thème des arches stellaires est un modèle du genre, où son écriture imagée et pertinente fait merveille.
Dans Le Monde vert, et contrairement à Quinzinzili (qui se
déroulait juste après le cataclysme) ou même à Un cantique pour Leibowitz
(quelques siècles plus tard), Aldiss choisit de nous présenter une Terre
complètement transformée des milliers d'années après notre ère. Alors que le
soleil se meurt et que la température augmente inexorablement, notre planète
a cessé sa rotation et présente la même face aux feux de l'astre du jour ; une
face entièrement couverte de végétation, la Nature ayant repris ses droits et
écrasé toute autre forme de vie, au point que les animaux sont devenus très
rares et survivent comme ils peuvent, tandis que les végétaux ont développé des
systèmes de défense et de consommation ingénieux, voire mirifiques, comme ces
travertoises, sortes de gigantesques araignées végétales ayant tissé des toiles
jusqu'à la Lune ! Dans ce monde implacablement vert dont chaque branche, chaque
feuille, chaque recoin regorge de vie et dissimule un danger, qu'est devenue
l'Humanité ? Elle existe pourtant. Quelques tribus de petits humains
arboricoles se sont adaptées, vivant au jour le jour, ayant perdu la mémoire
des ancêtres, la moindre notion de technologie et disposant d'un langage
simplifié, adapté à des pensées peu profondes. D'espèce dominante, l'homme est
devenu une proie insignifiante, vivant dans l'instant, n'ayant aucune incidence sur un milieu régulé par les arbres et les plantes mutantes, certaines capables de se déplacer,
voire de voler ; un milieu où le sol à la végétation trop dense ou la cime des
arbres, trop exposée, s'avèrent interdits à ces petits humains à l'espérance
de vie bien faible. Pourtant, un petit groupe défiera les lois de son
environnement et tentera l'impossible : fuir ce monde hostile pour un autre où
l'Humanité pourrait recommencer à prospérer. Peut-être avec l'aide de ces
champignons étranges, ayant évolué pour conserver la mémoire de chaque être
vivant sur lequel ils se développent ? Ou de ces autres humains ayant muté au
point de posséder des ailes ?
Construit comme un survival, Le Monde vert nous met aux
trousses des rescapés d'un petit groupe forcé de se séparer suite à la mort de plusieurs de ses membres : d'un côté Gren, un jeune mâle ambitieux et plein de
fougue, de l'autre Lily-Yo, la matriarche, prête à céder sa place et à
"retourner au vert" dans l'espoir d'une vie meilleure dans l'au-delà.
Leurs tribulations animeront un récit empli de péripéties où les dangers
pullulent sous des formes inouïes. Brian Aldiss propose un roman d'une densité
rare dont les trouvailles peuvent facilement perdre le lecteur, d'autant que
les héros manquent étrangement de charisme et d'empathie - peut-être parce
qu'ils sont également trop éloignés de nous ?Cet univers incroyable, extrêmement spectaculaire dans sa présentation, est peuplé de myriades de créatures végétales nées d'un cerveau très imaginatif, au point que les repères manquent souvent pour tenter de visualiser le déroulement des événements. Heureusement, çà et là, quelques vestiges dévoyés de notre pauvre civilisation condamnée referont surface, de même que quelques rares descendants d'espèces animales déviantes. Il n'en reste pas moins que le récit s'avère souvent cruel et que les perspectives sont bien minces pour ces aventuriers de l'impossible auxquels il ne reste, après tout, que l'espoir d'un avenir illusoire dans un hypothétique ailleurs.
La traduction de Michel Deutsch est efficace et même admirable,
tant les néologismes sont légion. L'édition française de 1962 reste honnête,
même si quelques coquilles se dévoilent dans la seconde moitié (essentiellement
des erreurs de grammaire grossières).
Un roman perturbant, jusqu'auboutiste et fascinant.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
28.2.20
Par
Vance
Dans un volume plus épais que ceux de la même collection (environ 40 pages
de plus que La Fin de l'Infini ou La Révélation de l'Infini), Jim Starlin reprend avec une joie manifeste les personnages et les thèmes
qui l'avaient amené à écrire ses sagas liées à Infinity Gauntlet.Du coup, les sceptiques peuvent légitimement estimer qu'il ne s'agit que d'une nouvelle version fondée sur les mêmes structures narratives, les mêmes retournements et les mêmes enjeux. Soyons honnêtes : il n'y a pas grand-chose de neuf. Mais ce déferlement d'adversaires tentant de mettre la main sur le pouvoir absolu ou d'empêcher un autre de le maîtriser (ce qui revient au même) possède quelque chose de jouissif qui entraîne aisément le lecteur familier des conflagrations cosmiques.
L'histoire qui nous est narrée ici est antérieure aux volumes précédemment cités, il y est même fait une brève allusion dans La Révélation de l'Infini où l'on apprend qu'en tentant de s'opposer à l'avènement d'un certain Akhenaton, Thanos a tout simplement annihilé l'univers. Voyons voir comment il a pu en arriver là, le bougre ayant la fâcheuse manie d'ébranler le tissu de la réalité chaque fois qu'il est contrarié.
Comme toujours, dans un premier temps, Thanos observe le cosmos et plus particulièrement le moindre événement susceptible d'en altérer la structure. Ce faisant, il rumine également ses précédents échecs tant dans sa conquête du pouvoir ultime que ses tentatives de séduire la Mort, préparant plusieurs coups d'avance pour parer à la moindre éventualité ; c'est ce qui lui permet d'être légèrement avantagé lorsque la menace Akhenaton se manifeste : l'ex-pharaon qui avait bouleversé l'Egypte antique (tentant d'imposer une religion monothéiste au cours de la XVIIIème dynastie, soit 13 siècles avant notre ère) revient sur Terre réclamer ce qui lui revient de droit (à savoir l'empire qu'il dirigeait de fait 4 millénaires auparavant), armé d'un pouvoir si gigantesque qu'il fait pâlir les entités régissant notre réalité. Sa volonté est toute-puissante et il impose sa loi sans que rien ne puisse s'y opposer, nanti d'une puissance inconcevable.
Les gouvernements terrestres ne peuvent que se plier à ses desiderata, et les super-héros ne trouvent aucune parade. Et c'est toujours aussi stupéfiant de voir des cadors comme Éternité ou Galactus totalement désarmés devant ce nouveau super-être alors qu'un Docteur Fatalis, pourtant plusieurs crans en dessous dans l'échelle cosmique, mais doté d'une ambition et d'une volonté inébranlables, parvient aisément à s'emparer de certains des secrets du Pharaon mégalo. Les lecteurs du second volet de La Guerre de l'infini se souviendront qu'il était également sur le point de s'emparer de la source du pouvoir du Magus (bien aidé par Kang) alors même que Thanos et Éternité étaient réduits à l'impuissance. Rien de bien nouveau, je vous l'ai dit.
Et, du coup, c'est encore sur notre bonne vieille planète que va se jouer le destin de l'univers !
Revoilà les super-héros terriens tentant de barrer la route à un despote sidéral capable de terrasser tous les Célestes d'un seul coup. Sans la maestria visuelle et la légère folie métaphysique de Starlin, ce serait apocalyptiquement niais, mais notre auteur visionnaire parvient à faire basculer le ridicule dans le grandiose.
Contrairement à la première Saga de l'Infini, alors que les combats avaient autant d'ampleur (et étaient perdus d'avance), on ne s'y attarde guère ici : malgré toute leur volonté, leur agressivité et leur légitimité, que peuvent franchement nos champions trop humains face à un danger de ce calibre ? Honnêtement, rien, à part mourir dignement. Jim Starlin se complaît ainsi dans ces fantastiques réunions de héros en pleine page (parfois en double-page), comme autant de collections d'individus extraordinaires épinglés sur la toile de l'existence. Des individus qui constatent bien vite que leur sort est d'être implacablement balayés, et Thanos lui-même n'est en mesure que de retarder (un tout petit peu) l'échéance. Sauf qu'il a en lui quelque chose de supérieur à toutes les créatures, une personnalité farouche qui en a fait, et plus souvent qu'à son tour, le point nodal des bouleversements cosmiques, pierre angulaire tout autant que pierre d'achoppement. Et c'est cette volonté seule qui fera pencher la résolution du conflit vers l'inespéré, l'impossible.
Et vous n'en êtes qu'à la première moitié de l'album, qui prendra ensuite un peu plus de temps pour narrer le destin de cet être unique, lequel, plusieurs fois, a tenu dans sa main de quoi éradiquer toute existence. Grandeur et décadence en accéléré, plus dure sera la chute... Par son énième coup de poker, Thanos se retrouve à l'épicentre des possibles, point de convergence des dimensions. Son irascibilité l'a sauvé et a sans doute sauvé le monde, mais sera peut-être aussi sa perte.
L'épilogue permet ensuite à Starlin de
s'appesantir sur des considérations plus eschatologiques, voire ontologiques,
sans doute un peu fumeuses, avec des monologues abscons visant à orienter le
récit vers une vision personnelle du destin de Thanos, laquelle sera ensuite
développée dans une seconde saga dans laquelle Adam Warlock, sorte de double
lumineux de Thanos, aura à prendre sa part.
Un album qui donne plus d'ampleur aux récits suscités et renforce, si besoin était, l'essence de cet être singulier, capable de tout et davantage.
Rien de bien nouveau, mais des ouvertures intéressantes et des moments de grandeur fascinants.
Rien de bien nouveau, mais des ouvertures intéressantes et des moments de grandeur fascinants.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
26.2.20
Par
Vance
En 1960, l'ancien ingénieur radio de l'US Air Force Walter M. Miller écrivit Un cantique pour Leibowitz. Ce fut le seul roman qu'il publia de son vivant, succédant à une série de nouvelles de SF qui lui valurent la reconnaissance de la profession. Peu après, il cessa d'écrire pendant plus de trente ans, vécut en reclus avant de se suicider alors qu'il travaillait à la suite de son roman.
Tout autant qu'Abattoir 5 pour Kurt Vonnegut, Un cantique pour Leibowitz lui a directement été inspiré par un événement survenu au cours de la Seconde Guerre mondiale auquel il avait participé : le bombardement de l'abbaye de Monte Cassino. Ce traumatisme, il tenta sans doute de l'exorciser autant qu'il le put, jusqu'à ce qu'il parvienne à produire ce roman, récompensé par le prix Hugo en 1961 et unanimement considéré comme un des meilleurs ouvrages sur le thème post-apocalyptique. Il faut croire que la glorieuse stupidité des
hommes a de quoi fournir au monde suffisamment d'éléments pour créer des œuvres d'une richesse et d'une densité inégalables (outre Vonnegut, on peut aussi citer Isaac Asimov et son superbe Les Dieux eux-mêmes).
Ce roman est construit en trois étapes, trois âges suivant une
conflagration nucléaire qui n'a laissé aux survivants qu'amertume rémanente et déserts
vitrifiés. Alors qu'un ordre monastique, s'opposant à une violente vague d'autodafés, a décidé de préserver quelques lambeaux de culture prédiluvienne
(l’Apocalypse atomique étant considéré comme un Déluge de Flammes accompagné du
démon Retombées) afin que la civilisation nouvelle puisse apprendre de ses erreurs passées,
espérant qu'elle ne les répéterait pas, l'Histoire des hommes se met, irrésistiblement, à balbutier. Mais au lieu de nous proposer une vue d'ensemble de générations destinées à reproduire les mêmes errances ayant conduit à ce quasi-anéantissement, Miller choisit un point de vue particulier et c'est donc blottis dans une petite
abbaye des déserts de l'Utah que nous assistons à cette lente résurgence de
l'Humanité. C'est là qu'un jeune novice fait la connaissance d'un étrange ermite et découvre des objets enfouis sous des ruines, objets datant manifestement d'avant le Déluge de Flammes. Malgré l'opposition d'une partie de ses supérieurs ecclésiastiques, il va se donner pour tâche de recopier par le menu les textes incompréhensibles qu'il a mis au jour, afin de poursuivre l'œuvre de Leibowitz, ce visionnaire dont la confrérie tente d'obtenir la canonisation.
On disait que Dieu, pour mettre à l'épreuve l'humanité devenue aussi orgueilleuse qu'au
temps de Noé, avait ordonné aux sages de l'époque, [...] de construire de grandes machines de guerre, [...] des armes d'une telle puissance qu'elles contenaient le feu même de l'Enfer. Et Dieu avait permis que ces mages plaçassent ces armes entre les mains des princes, en leur disant : "Nous n'avons construit cela pour vous que parce que les ennemis ont eux aussi de telles machines et pour qu'ils sachent que vous les avez et qu'ils aient peur de frapper. [...]
Mais les princes, ne tenant aucun compte des paroles des sages, pensèrent tous : "Si je frappe assez vite, et en secret, je détruirai les ennemis dans leur sommeil, personne ne m'attaquera en retour et la Terre sera à moi."
Car telle était la folie des princes. Et ce fut le Déluge de Flammes…
Suivant un cycle déjà connu par tous les amateurs d'Histoire, le monde autour de l'abbaye évoluera peu à peu, passant des Temps sombres (similaires au Moyen-Age
post-romain) à une Renaissance scientifique propice aux révolutions culturelles, avant l'avènement d'une ère moderne dotée d'une
technologie encore supérieure à celle du XXème siècle (des colonies existent
même sur d'autres planètes). Chaque partie du roman s'achève sur une image similaire, une forme de point d'orgue récurrent illustrant à merveille l'amertume baignant le récit. Car malgré les beaux discours, les promesses, les
prophètes, les sages et les poètes, l'Homme finira par s'anéantir dans un cycle
sans fin d'où n'émergera qu'un espoir, encore plus infime qu’autrefois.
Les hommes doivent s’embourber dans l’erreur avant de la distinguer de la vérité... à condition de ne pas accepter l’erreur avec avidité parce qu’elle a meilleur goût.
![]() |
| Carte de l'Amérique du Nord à l'époque du roman. |
Bien moins pessimiste que Quinzinzinzili de Régis Messac, le texte de Walter M. Miller propose une solution qui,
quoique fondée sur des arguments solides, s’avérera vouée à l'échec tout en avançant
quelques possibilités de changements opportuns. Malgré des personnages décrits
par le menu, parfois pittoresques, souvent humbles ou glorieux, il s'agit avant tout d'un roman
sans véritable héros, se voulant écrasé par une forme de destin implacable, doté
d'une écriture agréable, enrichie de nombreuses citations latines tirées des
canons catholiques et non dénué d'un certain humour teinté d'amertume.Son écriture élégante et sensible sait souligner le long labeur des hommes de science et des hommes de foi, s'attachant à d'infimes petits détails qui nous permettent d'évoluer aisément dans ce monde aux repères faussés. Perturbant lors de son changement d'époques, cruel dans sa gestion des personnages principaux, le livre procure des sensations inhabituelles mais sait merveilleusement délivrer certains messages d'une pertinence troublante.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
24.2.20
Par
Virgul
Jessica Drew fait son retour en force chez Marvel !
La Maison des Idées vient de dévoiler le trailer de la nouvelle série (de comics) Spider-Woman.
Aux commandes, Karla Pacheco au scénario et Pere Pérez au dessin.
Bon, niveau infos, on ne peut pas dire qu'on apprenne grand-chose avec cette bande annonce. En gros, Jessica traverse une mauvaise passe, elle accepte un job qu'elle aurait mieux fait d'éviter, et... elle va avoir des ennuis, forcément.
La scénariste, le dessinateur et le responsable éditorial s'envoient des fleurs, ils nous disent à quel point ils sont contents de bosser ensemble, blabla, ils sont impatient que ça sorte (c'est pour bientôt : le 18 mars), et Pacheco nous précise qu'elle a essayé d'emmener le perso dans une toute nouvelle direction tout en conservant l'essence du personnage (histoire de contenter tout le monde), bref, une promo super-calibrée et tiédasse dont on retiendra surtout deux éléments : un nouveau costume pour Spider-Woman et le nom du premier ennemi d'envergure qu'elle va affronter (Octavia Vermis).
On vous laisse découvrir le style graphique (bien différent de celui des covers, signées Jung-Geun Yoon) avec le trailer ci-dessous.
Espérons que les nouvelles aventures de ce membre important de la "Spider Family" soient à la hauteur de son parcours et du potentiel du personnage !
Publié le
22.2.20
Par
Virgul
Invisible Man, réalisé par Leigh Whannell, est un thriller fantastique qui (tout comme le Hollow Man de Verhoeven) prend le parti de montrer le côté terrifiant d'un tel "pouvoir".
Tout commence alors que Cecilia Kass parvient à échapper à son tyrannique et richissime compagnon, un peu scientifique fou sur les bords (une sorte de Reed Richards version dark). Le si sympathique gaillard se suicide alors et laisse à son ex une petite fortune, à une condition : elle ne doit pas être déclarée mentalement inapte.
Or, des événements très étranges commencent à se produire dans l'entourage de la jeune femme. Bientôt, elle se rend compte que le savant, pas si mort que ça, a trouvé le moyen de devenir invisible et qu'il est bien décidé à se venger d'elle.
Une nouvelle adaptation du roman de H.G. Wells (publié en 1897), à découvrir dans les salles le 26 février.
Par contre, attention, la bande-annonce ci-dessous dévoile quasiment l'intégralité de l'intrigue, une "mode" de plus en plus courante.




















