Jukebox Motel 1/2 - La mauvaise fortune de Thomas Shaper
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"Où les hommes renaissent au monde. Où les femmes reviennent toujours.
Où les lumières se voilent. Pour mieux rayonner ensuite."


Il faut toujours cent fois, sur le métier, remettre son ouvrage, à ce qu'on dit. Eh bien voilà une BD au scénario travaillé et retravaillé, les amis. Et pour cause !

En 2011, le compositeur/adaptateur Tom Graffin (qui travailla avec Scarlett Johansson et Lulu Gainsbourg sur l'adaptation de Bonnie & Clyde, par exemple) rencontra une scénariste pour réaliser la bande originale d'un court-métrage narrant l'histoire d'un jeune couple à la recherche du Jukebox Motel, refuge de stars des eighties oublié de tous...
Peu à peu, Tom s'impliqua dans la réécriture du scénario.

Une fois le court-métrage réalisé, l'histoire semblait encore l'habiter car il décida, lui qui avait déjà une expérience d'écriture suite à la rédaction d'une biographie familiale, de faire de cette histoire un roman qui raconterait non pas la redécouverte du Jukebox Motel mais bien sa création par le jeune Thomas Shaper... il écrivit un préquel, en somme.

C'est maintenant au tour de ce roman d'être adapté au format BD grâce à Bamboo Edition et sa collection Grand Angle.
Marie Duvoisin s'y colle niveau dessin et couleurs et c'est elle qui m'a, par son trait, convaincu de me pencher sur ce diptyque (même si seul le tome 1 est sorti à ce jour). Je suis heureux de constater à la lecture que ce que me suggérait le dessin est confirmé par l'histoire. Autant ne pas tourner plus longtemps autour du pot : je vous conseille cette lecture. Graphiquement comme narrativement, cet album est un voyage !

L'écriture est poétique et ne ménage pas ses personnages : que ce soit en bien ou en mal, la vie leur réserve des hauts et des bas permanents propres aux vies aventureuses et passionnées. Tout cela prend presque parfois des allures de rêveries mais reste néanmoins réaliste et crédible. Enfin... crédible en dehors de quelques cases hallucinées en raisons des émanations de peinture qui montent au cerveau du personnage principal. Personnage dont nous allons parler de ce pas ! 


Nous sommes en 1967. Thomas James Shaper vient de fuir le Canada et la fraiseraie familiale pour se rendre à New York. Le jeune homme, au grand désespoir de son père, fuit le destin d'agriculteur qui lui était tracé pour apprendre la peinture à Big Apple. Thomas tente de percer mais il doute de son talent... 
Peintre underground, il tente de trouver son propre style qui sera à même d'interpeler, de choquer le spectateur, pour faire parler de lui. Un soir de rage, persuadé d'être nul, il fout tout en l'air dans son atelier. C'est au matin qu'il se réveillera face à une toile qui ne nous sera pas montrée mais qui semble avoir cette fulgurance qui manque aux autres. Il émane d'elle toute sa colère de la veille. D'ailleurs, un investisseur peu commode ne s'y trompe pas et offre à Thomas une valise entière de billets en guise d'acompte pour la commande de dix toiles du même acabit. 
Abasourdi, Thomas confie la nouvelle à sa compagne, avec qui il entretient une relation amoureuse respectant leur indépendance individuelle et que la jeune femme a baptisée "indamour". Suite à leur discussion, le jeune homme est bouleversé et a besoin de recul. Il décide donc de prendre la route pour la Californie.
Dans son errance, il tombe un soir, par hasard, dans un bar de Los Angeles, sur rien moins que Johnny Cash qui, à ce moment-là, est déjà une légende vivante de la musique américaine. Les deux hommes sympathisent rapidement et se rendent compte qu'ils traversent tous deux une période de remise en question. Par bravade autant que pas envie, Thomas promet à Johnny de lui dégotter pour leur prochaine rencontre un "diable d'endroit" où il pourrait se ressourcer, loin de la folie de sa vie trépidante.


Si ce début vous intrigue, n'hésitez pas : cette BD est sans doute, alors, ce que vous attendez. Et ça se lit très bien avec un fond de Cash en guise de musique d'ambiance, voire même avec la bande originale composée pour le roman (oui, l'idée est originale) comme tapis sonore... les guitares et les voix de Lewis Evans, Juliette Armanet, Joan Grant, James Shaper (eh oui !) et Tom Graffin himself sont très plaisantes et remplissent parfaitement cet office. Un petit pincement au cœur est même à prévoir à l'écoute de One road, two roads (qui a rejoint ma playlist) si vous avez lu la BD... C'est en effet la chanson dont les paroles sont écrites par la copine de Thomas et... c'est un joli moment, voilà tout. 
 
Voilà. Vous aurez remarqué que je ne déflore pas la suite mais vous avez là tous les ingrédients de ce tome 1 : un artiste underground ayant quitté sa famille en mauvais termes qui palpe une somme folle pour une de ses toiles et qui, laissant sa copine derrière lui, part à la recherche d'un lieu où se recentrer qui pourrait non seulement lui convenir mais convenir également à Johnny Cash.
À partir de là, c'est tout ou rien : soit on a une œuvre attachante qui sent bon le sable de Californie, le goudron des routes et l'odeur résineuse des planches de ces lieux intimistes où l'on se rassemble autour d'un gars avec une guitare qui nous chantera les filles et l'amour, la vie et la mort... soit on a un machin prétentieux et grandiloquent qui veut se la jouer et qui ne reste dans l'âme que comme une fausse note qu'on s'empresse d'oublier.
Une chance : nulle fausse note ici.

Mieux que ça : la BD a même le bon goût de ne pas nous noyer sous la présence de Johnny Cash qui ne nous apparaît ici que de façon fugace et toujours au naturel, il n'écrase jamais les autres personnages de sa notoriété. Toute la BD, d'ailleurs, bénéficie de ce côté intimiste fort plaisant.

En l'état, Jukebox Motel raconte la vie d'un jeune homme fuyant la pression familiale d'un destin tout tracé dans le but de vivre de son talent et de sa passion mais que le système et les aléas de la vie vont broyer jusqu'à ce qu'il décide de se libérer de tout... mais est-ce seulement possible ? Et le veut-il vraiment ?


Reste à parler du dessin mais est-ce vraiment utile ? Vous le voyez dans les quelques aperçus ici même... C'est beau, bien colorisé, expressif... Les paysages ne sont pas en reste, les ambiances lumineuses sont bien rendues et... pfff. Inutile d'en dire davantage : tout va très bien. C'est ce que l'on peut appeler un bel objet.
Alors si vous pensez être potentiellement client de ce genre de BD, n'hésitez pas. Il y a peu de chance que quoi que ce soit puisse vous décevoir.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un scénario crédible qui respire la liberté et sur lequel souffle un vent d'aventure accessible.
  • Un dessin d'une grande maîtrise et une mise en couleurs de bon goût.
  • L'évocation d'une époque iconique des États-Unis.
  • Un album à feuilleter au rythme d'un bon blues ou d'un album de country acoustique intimiste.
  • La vie de Thomas est un terrain miné... le pauvre gars n'a pas de chance mais c'est loin d'être impossible, à ce niveau.
  • Rien d'autre. À moins que vous soyez insensible ou uniquement intéressé par la BD quand elle met en scène des boules de muscles volantes se mettant sur la tronche à grands coups de pouvoirs claqués au sol, ça ne peut que vous plaire !
Excellence #1
Par

L'Egide est une société secrète ancestrale de sorciers afrodescendants ayant pour mission de protéger des "hauts potentiels" blancs...


Oui, dit comme ça, c'est un peu déroutant. Et dans le comic aussi, en fait. Du coup, j'ai bien essayé tout au long de ma lecture de me foutre de la couleur des protagonistes, comme je le fais toujours et comme je le fais dans la vie de tous les jours, mais l'œuvre tient véritablement à ce que ce message passe... Surtout d'ailleurs en raison de toute la promo qu'il y a autour de ce titre, rappelant à l'envi que tous les créateurs et tous les héros du comic sont afro-américains, par exemple. Fort bien mais... et alors ? Ça ne me gêne en rien mais ça ne m'intéresse pas non plus vraiment... Ces créateurs sont-ils simplement talentueux ? Oui. Les héros sont-ils charismatiques ? Oui. Cool. Ils sont tous noirs ? Re-"Fort bien mais.. et alors ?".
C'est en lisant une interview que le scénariste a accordée à The Comic Lounge que j'ai compris pourquoi pas mal de choses m'échappaient tant dans la promo que dans la métaphore de notre société fournie par le comic. Voici ce qu'il y disait :
"Un élément important de Excellence est l'insistance pour que les personnes noires et brunes soient considérées à tout moment comme des êtres humains pleins, fonctionnels et vitaux, avec tout ce que cela implique. Nous devrions être autorisés à être grands, à échouer tragiquement, à être en colère aveuglément, à aimer profondément, à apprécier pleinement nos succès et à le faire sans le fardeau supplémentaire que notre statut d 'autres nous impose parfois. Perdre le poids de toujours être un exemple, même si nous l'avons accepté. Prouver que l'excellence est réelle et qu'elle ne sera pas niée, ni respectée, ni méprisée… pas pour toujours." 

Brandon Thomas, auteur de Excellence
Après lecture de cette interview et consultation de la date de parution du comic aux USA, une conclusion m'est rapidement venue à l'esprit : "Ah, okay." Le comic est paru au moment des mouvements en mémoire du décès de George Floyd, dans une ambiance très Black Lives MatterAlors, non, je ne vais pas me lancer dans une interprétation du comic en tenant compte de façon très poussée de la question raciale... je ne maîtrise pas assez le sujet des tensions interraciales aux États-Unis... je tâcherai humblement d'en rapporter le peu que j'en comprends, en toute humilité. Par contre, si je ne compte pas lancer de polémique, je me permettrai juste, avant de le traiter comme n'importe quelle autre lecture, de faire une simple remarque, légitime à mes yeux : en 2021, inversez les couleurs de peau des personnages de ce comic et vous ne parlerez plus de couleurs de peau lors de la promo... car vous n'aurez plus de promo à faire. Une caste de sorciers blancs dont la destinée serait d'aider des "non blancs" à développer leur plein potentiel sous-entendant bien que ce serait impossible sans leur aide ? Mouairf. Ça ne passerait pas, si ? 
Que l'on soit bien d'accord : je vois les couleurs de peau, je peux entendre les discours des uns et des autres se sentant défavorisés en raison de la leur... Mais, en tant que prof, je ne fais pour ma part aucune différence de traitement entre les individus, quel que soit leur sexe, quelle que soit leur couleur... Alors je vais tâcher de retranscrire dans les lignes à venir ce que je pense avoir compris de ce comic... sans trop me mouiller, toutefois. Je ne doute pas que certains trouveraient sans doute plus à y comprendre.


Spencer Dales fait partie d'une famille respectée car porteuse de façon innée d'un grand potentiel magique. Et ça, dans l'Egide, l'organisation secrète uniquement composée de personnes "de couleur" (et vous voyez, j'ai déjà du mal avec cette expression qui s'impose peu à peu... ils ne sont pas violets, ma parole... et hors de question que j'utilise "racisées"), c'est non seulement un avantage mais aussi une responsabilité. À noter que les femmes n'ont pas le droit de pratiquer la magie... même chez les membres de l'Egide, le patriarcat oppressif sévit encore ! Mais certaines femmes pratiquent quand même selon le principe répété ad nauseam du : "Ils interdisent, mais ils pardonnent." D'ailleurs, le comic installera souvent des règles présentées comme capitales que, pourtant, les personnages s'empresseront d'enfreindre un peu vite. Agaçant.

Toutefois, chez le jeune Spencer, ladite magie tarde énormément à poindre malgré un potentiel évident, ce qui frustre terriblement son père, très bien placé dans la hiérarchie de l'Egide, et qui forme un jeune homme un peu plus âgé, en parallèle de son fils : Aaron.

L'Egide est dirigée par d'invisibles autorités que Raymond, le père de Spencer, respecte autant qu'il les craint. C'est une très ancienne organisation secrète visant à la protection de la destinée de Blancs jugés méritants.

Spencer, nourrissant frustration et colère suite à son très long apprentissage magique auprès d'un père dur et exigeant, va peu à peu s'opposer autant à sa famille qu'à ce système qui lui demande obéissance sans contestation sous peine de faire perdre son statut aux siens du jour au lendemain. Un système qui, pour tout dire, est devenu inadapté et injuste au fil du temps. Un système qui n'attend qu'un jeune magicien doué, en colère et armé de sa baguette pour le faire trembler sur ses fondations... à moins que le jeune sorcier ne se trouve un allié inattendu dans les réminiscences douloureuses de son passé.

En ce qui concerne les personnages, je les trouve terriblement américains en ce qu'ils sont tous en proie à des tourments qui les torturent. Ils sont investis de pouvoirs immenses supposés faire d'eux des protecteurs surpuissants mais ils sont tous d'un nombrilisme cédant à l'autoapitoiement au point qu'on ne peut s'empêcher de se dire que, comme le livre souffre du "syndrome Nikita" (je m'expliquerai après), les personnages eux aussi sont presque obstinément nombrilistes... sauf les femmes, au fond.

L'univers est un peu futuriste et indéniablement chargé de fantastique. 
Stylistiquement, imaginez des personnages typés "street art" habillés façon streetwear se bastonnant avec des baguettes magiques dans des chorégraphies de combat plus inspirées de Dragon Ball Z que de Harry Potter, même dans les plus mauvais jours des plus douloureuses menstrues d'Hermione Granger. 
C'est joli et sympa à lire. Pas de doute là-dessus.
Excellence est dynamique, assez classe, bien dessiné et mis en couleurs... Le comic de Brandon Thomas, Khary Randolph et Emilio Lopez a indéniablement une identité graphique qui lui est propre.

Personnellement, je lui trouve deux défauts majeurs : il est verbeux et souffre du syndrome Nikita. Je m'explique...

C'est un comic bavard. Les phylactères sont nombreux et très remplis ; les messages importants se répètent souvent et sont même parfois redondants avec les images... Rien de très gênant mais ça peut rebuter parce que ça donne l'impression de vouloir se donner un air particulièrement complexe alors que, souvent, avec un choix de mots plus pertinent, la plupart des enjeux et des problématiques seraient compris bien plus rapidement.

Le syndrome Nikita (du nom de la série de 1997, je n'ai pas vu celle de 2010), c'est le nom que je donne à ces récits parlant d'une organisation secrète depuis l'intérieur avec tant de détails en tous sens qu'on en finit par en oublier qu'il existe un monde extérieur. Certes, l'organisation en question est intéressante mais elle n'existe prétendument que pour protéger des gens que... l'on ne voit jamais. C'est très "Egidocentré", comme narration et c'est dommage : il aurait été intéressant de comprendre mieux en quoi consiste cette mission pour laquelle ils donneraient leur vie parce que, en l'état, on a l'impression qu'ils servent juste de "bonne fée" à certains Blancs.

Les deux seuls exemples d'interventions extérieures (l'une, en plus, n'étant qu'une simulation et l'autre un rapport de mission échouée) montrent des magiciens intervenant de façon on ne peut plus démesurée pour influer sur la vie amoureuse de leurs filleuls.
En quoi ces Blancs à protéger sont-ils si importants ? En quoi sont-ils différents des autres, d'où leur vient ce mérite ? Pourquoi les mettre dans les bras de la bonne personne mérite-t-il de risquer à ce point sa vie à chaque instant ? Tout cela mérite-t-il l'entretien d'une société secrète plusieurs fois centenaire ? Pourquoi les magiciens noirs ont-ils interdiction de flirter avec les blanches ? En gros, ces magiciens noirs sont-ils plus que des Cupidons stylés capables de faire des boules d'énergie et des éclairs avec leurs bouts de bois ou non ?


Excellence semble être l'histoire d'un père et d'un fils se déroulant dans un univers magique, mais surtout, c'est une histoire sur la difficile gestion de la colère. Spencer chérit sa colère, la nourrit, la canalise et en use pour tenter de changer les choses. L'histoire nous est narrée par la voix off d'un Spencer un peu plus âgé qui semble laisser volontairement des détails dans l'ombre, histoire que l'on découvre à notre rythme les tenants et aboutissants de son chemin vers... vers ce qu'il est devenu et ce qu'il a fait, j'imagine.

Le titre invoque plus ou moins implicitement un concept qui m'était peu familier et que j'ai voulu creuser suite à la lecture de l'interview de l'auteur : l'excellence noire. C'est l'idée que, parce qu'une femme est noire (par exemple), elle devra toujours être plus que les autres. Elle devra toujours savoir mieux, se comporter mieux, être meilleure que ses homologues blancs. 
Une fois de plus, c'est un concept qui semble avoir pris sa place dans les médias américains... Je ne prétends ni l'approuver ni le comprendre, j'en prends note, c'est tout.

L'idée qu'un noir est soit un parangon soit une personne indigne dépend, dans le livre, des Quatre Murs, les quatre principes énoncés comme règles de vie pour l'Aegis :
1) Il est interdit de protéger et défendre les non-méritants.
2) Il est interdit de façonner une baguette magique sans agrément.
3) Il est interdit de lancer des sorts sans baguette agréée.
4) Il est interdit aux femmes de pratiquer la magie.
Chacune de ces règles correspond-elle métaphoriquement à quelque chose dans la vie réelle ? L'Aegis elle-même correspond-elle à quelque chose ? J'avoue ne pas bien piger la symbolique de l'ensemble, s'il y en a une.
En plus, les quatre fameuses règles sont visiblement faites pour être enfreintes, puisque "Ils interdisent, mais ils pardonnent".

C'est ici le tome 1. J'espère en découvrir davantage et en comprendre plus à la lecture du tome 2 lorsqu'il sortira aux éditions Delcourt comme celui-ci.
En l'état, je trouve surtout le comic beau : le dessinateur a le chic pour créer un univers, pour illustrer ce qui n'existe pas, pour restituer la coolitude et les fringues à la mode et pour dessiner ses personnages depuis des angles de vues atypiques (comme, parfois, à travers le sol, dans une contre-plongée qui ne serait possible, au cinéma, qu'avec un plancher transparent).

Mais l'histoire... je ne sais quoi en penser. J'aimerais que l'on me prenne un peu par la main et que l'on me dise si oui ou non je dois trouver un message destiné à notre époque dans la moindre case ou si je dois le lire comme un simple divertissement très vaguement militant. Je suis perplexe. C'est ce qui va expliquer ce "BOF" de Virgul, notre mascotte. Le comic vaut plus que ça. Mais, en le reposant sur mon étagère, après lecture, je me suis dit : "C'est beau. Mais je ne sais pas quoi en penser... parce que je ne pige pas ce qu'il me veut..." et je n'aime guère ça.
Par contre, si vous comprenez mieux que moi les questions raciales américaines, si vous avez envie de vous lancer un défi ou avez juste envie de lire ce comic comme un divertissement, sans réfléchir : vous ferez bien de le faire, il est très bon. Mais il m'embête !


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Le dessinateur est très bon.
  • L'auteur n'est pas en reste.
  • Il y a une vraie identité graphique.
  • Les créateurs sont tous afroaméricains
    Désolé, je me refuse à voir ça comme un argument de vente... C'est juste un fait. Ni plus, ni moins.
  • C'est inutilement bavard.
  • C'est exagérément centré sur la seule organisation secrète.
  • Les personnages sont vraiment trop sensibles.
  • Je n'arrive pas à savoir si je dois y chercher ou non une tonne de métaphores, ce qui m'oblige à dire "bof" alors que ça vaut bien mieux !
Supreme Power : Gods & Soldiers
Par


"The groundbreaking, controversial SUPREME POWER returns !"
Impossible pour tout lecteur de comics de rester insensible à cette annonce. Personnellement, je suis tombé dessus et j'ai succombé : heureusement que l'album était dans une offre promotionnelle... Mais peut-être faites-vous partie des rares individus méconnaissant la série ? Alors un point de rappel il me faudra faire.
Déjà, sachez que sur UMAC, on aime beaucoup Supreme Power. Et on adore J.M. Straczynski. L'artiste est à l'origine du relaunch de cette série Marvel de super-héros reprenant volontairement les caractéristiques de la Justice League chez DC. Le taulier vous en dira davantage dans cet article et ce dossier. Si vous avez la flemme de lire ce que Nolt vous a savamment concocté, je veux bien vous résumer l'affaire, mais c'est la dernière fois ! 



Quoi qu'il en soit, nous passerons sous silence la première tentative signée Roy Thomas & John Buscema dans les années 70 pour nous concentrer sur le projet mené par Straczynski et Gary Frank, son britannique compère sur l'excellente série Midnight Nation. En quelques épisodes, avec la maestria qui le caractérise, l'auteur dresse le portrait d'une Terre vierge de tout super-héros jusqu'à l'irruption de ce bébé de l'espace, qui va déclencher la mise en place d'un projet gouvernemental et, par effet de cascade, l'apparition de surhommes plus ou moins enclins à respecter l'ordre mondial. C'est dense, intense, parfois violent (édité dans la collection MAX, réservée à un public averti) et toujours pertinent : par exemple, bien qu'élevé par un couple d'Américains triés sur le volet, censés inculquer toutes les valeurs patriotiques à cet enfant tombé du ciel, Mark Milton (nom de code : Hypérion) est considéré par les autorités américaines à la fois comme un futur atout dans le conflit des superpuissances politiques et comme une menace contre laquelle il est nécessaire d'établir des protocoles de sécurité. Son éducation, fondée sur une succession de pieux mensonges, doit être la garante de la sauvegarde de la nation - car le scientifique en charge du projet sait dès le départ que l'humanité n'a rien à opposer à l'éventuelle fureur d'un Hypérion déchaîné. Outre ce garde-fou spirituel, on confie à un ancien soldat un cristal provenant du vaisseau qui amena Hypérion sur Terre : bingo ! Après de nombreux échecs, le cristal s'implante et confère au soldat des pouvoirs faramineux. Joe Ledger est promu, de caporal il passe à capitaine puis se fait connaître sous le pseudo de Dr Spectrum.

Évidemment, Hypérion étant loin d'être une buse, il finit par découvrir que son potentiel est si grand qu'il peut littéralement tout faire et il suffira d'une trahison et d'une révélation pour qu'il décide de s'en prendre à ses anciens garde-chiourmes. Spectrum s'en mêle et la conflagration qui en résulte dévaste une région entière. Selon le commentaire des militaires qui assistaient au duel de titans, les forces se mesureraient désormais sur l'échelle de Richter...

Cependant, le bon sens reprend ses droits et les deux surhommes vont accepter de coopérer dans un nouveau projet regroupant quelques-uns des humains améliorés qui sont apparus ces dernières années : le Squadron Supreme est désormais sur les rails...
En France, la série s'arrête à ce stade (et d'ailleurs les sites spécialisés la considèrent comme terminée) : un dernier album narre la confrontation entre l'Escadron et un potentat doté de pouvoirs de persuasion hors normes et nous promet des lendemains qui déchantent tant les tensions internes et les secrets rongent l'harmonie artificielle de l'équipe. En outre, plusieurs épisodes sortent de la continuité et se penchent sur des personnages annexes, comme Nighthawk. Et surtout, tous ne sont pas écrits par Straczynski, qui tarde à poursuivre son œuvre. 

Toujours est-il qu'en 2011, aux États-Unis, la série renaît avec une nouvelle équipe créative et on reprend la numérotation à 0 (étrange réflexe commercial des pontes de Marvel). Supreme Power #1 à 4 est confiée à la charge de Kyle Higgins et commence par un constat douloureux : la Terre est désormais orpheline d'Hypérion. Contrairement au film Man of Steel, ici le héros est devenu un paria car au cours d'une entrevue au Sénat, tout a explosé. Seul survivant, il a préféré prendre la fuite (ah, ça vous rappelle Batman vs Superman, hein ?). Comme toujours, les USA se sont relevés de cet affront et c'est désormais ce bon vieux Ledger qui est proclamé héros national, revêtu pour la circonstance d'une tenue étoilée fort à propos. Que tremblent les ennemis de l'Amérique ! Spectrum est sur tous les fronts et lui, au moins, sera toujours loyal envers le drapeau qu'il a servi de toutes ses forces.

Tout irait enfin pour le mieux si deux problèmes, susceptibles de devenir de potentielles catastrophes, ne venaient surgir aux consciences des responsables de la sécurité. Tout d'abord, Ledger manifeste des périodes d'absence : il ne répond pas aux ordres et lorsqu'il refait surface, il ne se souvient de rien de ce qu'il a fait dans l'intervalle. Le Dr Spectrum maîtrise-t-il totalement le cristal extraterrestre ou ce dernier prend-il parfois possession de lui ? À surveiller impérativement. D'autant que l'autre problème risque de venir s'additionner au premier : une équipe de reportage n'a-t-elle pas formellement identifié, loin dans le nord de la Suède, un homme vivant en couple qui pourrait être Hypérion ? Si c'est vrai, si Hypérion est sur Terre, il va falloir jouer serré : car si Spectrum perd le contrôle, seul Hypérion a la possibilité de l'arrêter. Et il sera impératif de lui mettre la main dessus avant que d'autres États n'y parviennent. D'autant que, au même moment, un individu inconnu se met à exterminer d'une simple pensée les habitants des grandes villes européennes, au nom d'Hypérion...

Higgins avance ainsi ses billes dans un contexte géopolitique tendu, tout en évitant le piège du nombre : exit l'Escadron, revenons-en aux deux plus puissants des protagonistes. Les personnages ayant été bien dégrossis par Straczynski, il continue sur des principes similaires : les héros sont en proie au doute sur leurs origines et le bien fondé de leurs actions et ceux qui tirent les ficelles, les dirigeants de l'ombre, militaires et politiciens, savent qu'ils ne feront pas le poids si leurs marionnettes venaient à se retourner contre eux. Tandis que, derrière tout cela, déjà sensible dans les premières histoires de la série, le chant du cristal, à la fois pierre d'achoppement et point de jonction entre nos deux adversaires, se fait de plus en plus entendre, celui qui promet qu'un jour, il (Hypérion) ne sera plus seul...

Les quatre épisodes ne font pas dans la dentelle et exposent les enjeux internationaux que représentent le contrôle d'Hypérion et du Dr Spectrum. Ces deux-là se sont déjà affrontés, ont collaboré aussi : que vont-ils faire à présent ? Au nom de qui ? Les autres personnages gravitant dans leur sphère (la compagne de Mark, les supérieurs de Joe) n'ont pas la même densité, la même étoffe, se contentant de reproduire des paroles ou des réactions déjà vues auparavant. Les adversaires sont plus transparents, ou cultivent un mystère opportun. 



Reste la partie graphique, et c'est là que le bât blesse - et pas qu'un peu. Manuel Garcia, s'il ne se prive pas de semer tripes et boyaux dans nombre de cases de combat, agrémentés d'énucléations et de démembrements, n'a pas la classe et l'élégance de ses prédécesseurs. Les visages sont grossiers, les silhouettes peu définies, les postures manquent de naturel ; le traitement d'Anna, la petite amie de Mark, est particulièrement calamiteux. Les cases recelant des scènes d'action peinent souvent à retranscrire la dynamique des pugilats, notamment au niveau de la profondeur, néanmoins Garcia propose quelques rares pages plus soignées, aux angles décalés (notamment de jolies plongées), qui viennent opportunément briser la routine de trop nombreuses cases en plan moyen et aux arrière-plans uniformes.
Une œuvre en demi-teinte, promettant beaucoup mais qui ne parvient pas à faire oublier l'impact et la profondeur de son géniteur.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • La suite attendue d'une excellente série.
  • Un script qui reste dans la veine de ce qui a été développé auparavant.
  • Des confrontations d'envergure, une violence non édulcorée.


  • Des dessins et encrages largement en dessous de ce qu'on attendait.
  • Une intrigue qui semble faire du surplace.
Dragon & Poisons (les deux tomes)
Par

J'ai un jour vu un gars jeter une pièce dans un puits aux souhaits... et je me suis dit :
"Je piquerais bien une tête là-dedans, histoire de choper la petite monnaie des touristes."


Eh bien, je ne suis visiblement pas le seul à y avoir pensé... Isabelle Bauthian a eu la même idée, mais en mieux. En carrément vachement méchamment foutrement sacrement mieux !

Mais avant d'aller plus loin dans cette chronique, il me faut vous narrer un étrange épisode de ma vie. J'étais sur le point d'entamer mon travail de décorticage de bande dessinée lorsque mon épouse vint me voir dans le bureau et vit "Bauthian" écrit sur la couverture de la BD. S'ensuivit cette réaction on ne peut plus irréaliste et pourtant réelle (dans ma vie étrange) où ma femme s'enflamma parce qu'elle reconnut le nom de la dame apparemment perpétuellement en colère qui signait des coups de gueule mémorables dans Lanfeust Mag. Mais comment se souvenait-elle de ça, elle ? Il faut dire qu'elle était encore plus dingue de ces magazines que moi... elle lisait même l'ours en fin de magazine. C'est que les cintrés du Studio Gotferdom glissaient des gags jusque là-dedans, aussi !
Toujours est-il que Madame GriZZly (si vous lui dites que je l'ai appelée comme ça, je vous suicide par pendaison avec votre grand intestin) avait raison (ça non plus, vous ne le lui dites pas, vu que c'est une femme... elles ne doivent jamais savoir que ça peut arriver, c'est la règle numéro 24 de "Vie de couple et vérité, le grand mensonge" aux éditions Tanksadur).

Alors en l'honneur des bons moments de rigolade et de réflexion que nous offrit Isabelle Bauthian, je me préparais à me lancer dans cette chronique lorsque... par les gonades de Galahad ! Mais ce n'est pas là que j'avais lu ce nom à la cloison de séparation... euh... non, attendez. Au paravent ! Ce n'est pas là que j'avais lu ce nom auparavant !
En effet, j'ai déjà chroniqué en ces pages un ouvrage signé de ce nom, un petit livre très malin et intéressant : L'esprit critique ! Mais c'est super pratique, ça ! Ça veut dire que je n'aurai pas à causer durant des plombes de la scénariste, vu que je l'ai déjà fait avant.

Euh, oui : je viens de pondre deux paragraphes entiers pour dire que je n'aurai pas à les écrire...
Mais oh, ça va bien, hein ! On occupe ses soirées comme on peut : j'ai un max de temps libre, peu d'amis, pas assez d'argent pour m'en acheter et pas assez de courage pour faire l'effort de m'en faire. Alors lâchez-moi l'argenterie, merci bien !

Venons-en à la présentation de la dessinatrice : Rebecca Morse. Eh bien, voilà une artiste qui a énormément de chance d'avoir un talent dingue qui me permettra de me concentrer sur autre chose que les trouzaines de jeux de mots pourris qui me viennent à l'esprit à la lecture de son patronyme. Je vais me promettre de ne pas en faire un seul, tiens... par respect. Et parce que j'aime m'infliger des souffrances, aussi : ça me rappelle le catéchisme !
Rebecca Morse, donc (hèhè !), est diplômée en option Animation de l'école Emile Cohl (l'école Cohl... et Robert Hue, il a un lycée à son nom ? Le bahut Hue). 
Après avoir développé des concept arts pour le monde vidéoludique, elle rencontre Isabelle Bauthian (mais où ai-je déjà vu ce nom ?) avec qui elle signera Yessica Voyance et les quatre tomes (on en veut davantage, sans déconner, c'était juste génial !) de la série Alyssa, série adorée par toute la famille chez moi (ma propre fille se reconnaît pas mal en l'héroïne, d'ailleurs) et également signée, donc, de cette Isabelle Machin, là... Et dire que je ne parvenais pas à me souvenir d'où j'avais vu ce nom. Mais partout, pauvre vieux plantigrade sénile ! Rigoureusement partout dans ta bédéthèque !

Pour le reste, elle illustra ponctuellement les pages de feu Lanfeust Mag (je vous ai déjà dit qu'on aimait bien le Lan... oui, je crois, oui), bossa sur des storyboards pour la pub et, selon le dossier de presse, se chargea d'un webcomic sur Deviantart... tout en assumant apparemment avec fierté ses tendances geek (ah, une femme selon mon cœur) et féministes (ah, une femme...) ainsi que son amour de la fantasy un peu ringarde.

Pardon ? "Ringarde" ? Mais pourquoi alors n'en fait-elle pas ? Parce que non, alors là non : on n'a pas avec Dragon & Poisons ce que l'on pourrait qualifier de fantasy ringarde ! On a de la light fantasy rigolote, bien écrite, illustrée avec talent, porteuse de messages, tantôt drôle, tantôt tragique, maniant les rouages d'un univers original et d'un voyage dans le temps crédible malgré le côté casse-gueule de l'exercice ! C'est bien simple : cette BD, je vais l'offrir autour de moi à tous mes amis... mouais... ça ne va pas me coûter bien cher...

On pourrait aussi parler de la mise en couleurs parce qu'elle envoie elle aussi du pâté de foi persillé ! Aurélie F. Kaori est une coloriste qui comprend ce qu'elle fait et qui le fait si bien qu'elle en vient à ajouter une dimension à la BD, un supplément d'âme et de lisibilité. Avec ses teintes vives jamais criardes sans raison, ses ombres crédibles, ses éclairages atmosphériques, elle fait partie de ces professionnels dont je ne comprends pas l'absence en couverture. Moi qui suis peintre sur figurines, elle m'a clairement donné tout du long une tonne d'idées de schémas de couleurs pour mes pièces. 

Allez, penchons-nous sur ce diptyque, alors. Je vous préviens : vous n'êtes pas à l'abri de lire quelques adjectifs qualificatifs mélioratifs... Mais je comprends que ça puisse vous embarrasser, autant d'amour. Alors, pour ceux qui s'attendent à ce que je boude mon plaisir par masochisme, j'accepte de chicaner par moments et de faire preuve d'un rien de mauvaise foi. Mais juste pour le jeu, hein, parce que, soyez prévenus : j'adore ces deux albums !


Pourquoi cette illustration ? Eh bien parce que le premier album commence lestement en nous montrant Natch se livrant à des jeux coquins (oui, bon, vous trouverez le vrai terme vous-même, hein : elle est avec trois mecs). En quoi est-ce pertinent de vous parler de ça de suite et non de l'univers original créé pour abriter le récit ? Eh bien parce que ça annonce bien la couleur : tout ici sera à considérer selon les deux faces de la pièce, rien ne sera jamais complet sans son autre facette.

Nous avons un dessin très caricatural et rondouillard mais bourré de détails réalistes illustrant une histoire de fantasy comique et légère mais pour adultes aussi bien sensuellement que narrativement.
Nous avons une histoire au présent bénéficiant d'une longue ellipse pour nous présenter sans transition son tragique futur plusieurs années plus tard mais aussi un retour en arrière permettant potentiellement de corriger les erreurs du passé.
Nous avons une idée de base simple en apparence mais utilisée de façon assez futée pour se complexifier sans jamais perdre le lecteur.

Le tome 1 nous narre le triangle amoureux conflictuel entre Greyson (un guerrier sans peur), Nevo (un médecin roublard) et Natch (une ingénieure avec une forte personnalité). Nevo est un des nombreux amants de Natch mais c'est Greyson qui aime sincèrement cette dernière en secret. 
Leur aventure se déroule à Pâmoison où, depuis la création de la ville, les habitants doivent composer avec un environnement où quasiment tout est empoisonné et où leurs esprits aventureux les amènent sans cesse à se mettre en scène et à théâtraliser leurs existence... au point que nombre de grandiloquents duels aux armes enduites de poison éclatent constamment aux quatre coins de la cité. 
Aux abords de la cité se situe un puits aux souhaits dans lequel les crédules balancent des pièces d'or... mais un puits, ça n'a pas la capacité d'exhausser des souhaits. Par contre, au fond du puits, au bout d'une caverne recelant mille dangers toxiques et parfois dentus, sommeille un dragon sur un lit de pièces balancées par les crédules. Un dragon qui, lui, est une créature magique parfaitement apte à réaliser vos vœux les plus fous. Le plan de Natch est d'aller voir ce reptile et de lui dérober son trésor. Mais c'est sans compter sur la rouerie de Nevo qui lui vole ses plans, son prototype d'arme et, équipé de poisons et d'antidotes, se lance à l'aventure au fond du puits avec son farouche comparse.
Au fond du puits, les choses, évidemment, ne se passent pas bien. Pas bien du tout !
À la suite de ces événements, la BD nous offre une longue ellipse et nous retrouvons un Nevo cardiaque et alcoolique, endeuillé et en proie à des ennuis terribles. Il lui faudra, à l'aide d'un renfort inattendu, redescendre dans ce puits et affronter ce dragon afin de lui demander une faveur lui offrant une chance de réparer ses erreurs (je me fais flou mais le scénario est trop bon pour que je vous en gâche la découverte en trois lignes).

Le tome 2, lui, usera de la magie du dragon pour nous narrer le passé de nos personnages et nous montrer en quoi l'intervention de ce Nevo du futur et de son acolyte vont avoir un impact sur le passé. 
Les destins de ce trio vont-ils changer ? Atteindront-ils le bonheur, la richesse et l'amour ? Découvriront-ils qui est ce criminel qui précipitera Nevo dans la dépression et le deuil, par ses actes futurs ?

J'ai bien conscience que, résumée de la sorte, l'histoire est un peu plus obscure mais je ne veux pas la dévoiler davantage tant elle fut pour moi un plaisir de lecture. Soyez-moi reconnaissants de ne pas vous gâcher l'aventure, au moins, bande de petits ingrats !

Puisque j'avais promis un soupçon de mauvaise foi, je relaierai un argument que j'ai lu ailleurs à propos de ce diptyque... En effet, le titre Dragon & Poisons, dont j'ignore s'il a ou non été choisi pour faire référence à un jeu de rôles mondialement connu, ne rend guère hommage à l'ouvrage, même si, effectivement, sans ces deux ingrédients, l'histoire ne saurait exister. Alors au fond : pourquoi pas ce titre. Il est efficace dans sa simplicité et assez évocateur. Le fait que la BD ait bien plus que ça à offrir n'est après tout qu'une bonne nouvelle, après coup.
Je pourrais aussi piocher dans le même article de la concurrence pour prétendre que les couvertures ne font rien pour attirer le lecteur parce qu'elles donnent une impression de farce... la critique allait jusqu'à dire qu'elles n'étaient pas très esthétiques et trompaient le lectorat sur la nature de ces bouquins. Eh bien c'est plus encore du remplissage que mes deux premiers paragraphe vous causant de mon épouse ! Parce que ces couvertures montrent bien l'un des aspects de ces bandes dessinées : elles sont bel et bien comiques. Mais en effet, elles ne se limitent pas à ça. Une fois de plus, le fait que la BD ait bien plus que ça à offrir n'est après tout qu'une bonne nouvelle, après coup. L'auteur de cette critique n'aime pas les bonnes surprises ou quoi ?

Quant au dernier reproche que j'ai pu lire au sujet de Dragon & Poisons, il sonnait comme un avertissement. En gros, il faudrait se méfier des couvertures comiques et du dessin caricatural alors que le contenu ne serait pas destiné aux enfants.
Et là, je m'insurge. Parce que j'en ai marre que l'on limite les œuvres pour enfants à des niaiseries. Nos gosses méritent qu'on ne les prenne pas pour des imbéciles profonds ! 
Enfant, j'ai lu des Astérix que je lis encore avec plaisir aujourd'hui malgré le fait qu'une majorité des subtilités me passaient au-dessus de la tête.
Enfant, j'ai lu Le grand pouvoir du Chninkel que je considère encore comme un chef-d'œuvre à l'heure actuelle en n'étant nullement choqué par le coït entre Jo'n et Gw'el ou même par la tentative de viol que subit cette dernière avant de s'échapper... parce que je n'y pigeais pas grand-chose mais Van Hamme et Rosinski avaient assez de talent pour faire comprendre au gamin que j'étais qu'il y avait de la passion entre les deux Chninkels et que Gw'el venait d'éviter de subir un sort atroce.
Enfant, j'ai lu Pierre Tombal en me demandant parfois ce que je regardais... mais au fil des relectures, ça a développé mon humour noir. À l'heure actuelle, je m'en relis parfois un avec le même souvenir ému de ma naïveté passée que quand je feuillette les Idées noires de Franquin et que je me souviens de l'océan de perplexité dans lequel sa première lecture, quand j'étais gosse, m'avait plongé.
Enfant, j'ai lu le Peter Pan de Loisel et ça n'a pas "ruiné mon enfance" en me montrant le machiavélisme dont une fée peut être capable, ni "traumatisé" quand j'ai pigé ce qu'y faisait Jack the Ripper.
Enfant, j'ai lu des tas d'albums qui m'étaient destinés ou non et qui n'ont jamais rien fait d'autre que m'aider à comprendre l'existence et ce qui m'entourait ; à m'éveiller au monde, aux choses de la vie, à des questionnements dont je pouvais à peine percevoir les enjeux et les implications...

C'est de la bande dessinée. Précisément le média parfait, par la distanciation qu'il amène entre nous et lui, avec ses images statiques en 2D, pour amener l'enfant à comprendre des tas de choses sans pour autant le perturber parce que l'identification, l'implication sera toujours un peu moindre que celle des produits culturels impliquant des images en mouvements (films, séries, dessins animés, jeux vidéo...). 

Les enfants ont droit à de la qualité ; ne les prenons pas pour moins esthètes que nous l'étions, au risque qu'ils le deviennent !
Les enfants ont droit à de la complexité ; ne les prenons pas pour plus bêtes que nous l'étions, de peur qu'ils le deviennent !
Et oui : les enfants ont droit à un peu de cul suggéré et à de la violence esthétisée ; ne les croyons pas plus prudes que nous l'étions, ils le sont beaucoup moins (principalement en raison de leur contact avec les médias cités plus haut). Ils pourraient jouer à The WitcherBayonetta ou GTA et pas regarder la case ci-dessus ? Sans déconner ? Ils jouent à des jeux dont un paramètre de programmation se nomme le breast bounce mais seraient inaptes à regarder une case statique où l'on voit un décolleté ? Allons, allons, restons sérieux !

Du coup, voici venir ma façon de penser : ces deux albums sont destinés à tous les humains en âge de lire. Point. Toute violence y est édulcorée grâce à l'humour et l'esthétisation, toute sexualité y est pondérée parce qu'elle est suggérée et non explicite. Si l'histoire peut laisser perplexe les plus jeunes à la première lecture, ils la reliront autant de fois que nécessaire pour comprendre et ça ne leur fera pas de mal.


Ce sont deux bons et beaux albums. Je suis heureux de les avoir en ma possession, heureux que la collection Drakoo ait vu le jour chez Bamboo, heureux de pouvoir un peu contribuer à ce qu'elle gagne encore en lisibilité, heureux qu'Arleston soit à sa tête et, jusque-là, heureux de ce que j'ai pu lire qui sortait de chez eux ! J'avais déjà aimé Les Artilleuses mais Dragon & Poisons me parle davantage encore... peut-être parce que Les Artilleuses n'est pas encore fini, c'est possible.
C'est pas beau, ça, un GriZZly heureux ?
Pour peu, vous me verriez presque sourire. Mais non, il en faut un peu plus... "Rebecca Morse"... Hèhè... ouais, okay, là, je me fais sourire tout seul en imaginant tout ce que je n'ai pas écrit sur ce patronyme rigolo. C'est pas du jeu ! En plus, il se fait très tard et je suis claqué... À cette heure là, je rirais du bruit d'un verre qui fait "pok". Hèhè... "Pok.". Hèhèhè !


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • C'est beau.
  • C'est bien écrit.
  • C'est drôle mais émouvant.
  • C'est malin.
  • Les personnages sont attachants.
  • L'univers empoisonné est original.
  • C'est de l'enfant spirituel de Lanfeust Mag en plein !
  • C'est un diptyque présentant une bonne histoire complète.
  • C'est bien et puis c'est tout, quoi !

  • Peut-être le choix du titre... pas le plus inspiré de tous les temps... Mais "ratatouille" est un mot ridicule et ça n'empêche pas que ça peut être délicieux !
  • Ben non, rien de sérieux à part ça.
Les Artilleuses : Le Vol de la Sigillaire & Le Portrait de l'Antiquaire
Par

Si rien n'explose, c'est qu'elles se sont trompées quelque part !


Ainsi sont annoncées Les Artilleuses, trois sympathiques voleuses à la gâchette facile qui sévissent en 1911 dans un Paris parallèle qui est presque le nôtre... mais pas vraiment.

En effet, ce triptyque de bandes dessinées se situe dans l'univers très plaisant des romans Le Paris des Merveilles de Pierre Pevel
Imaginez le Paris d'Arsène Lupin mais dans lequel vivent des enchanteurs, des fées, des gnomes et autres créatures fantastiques en raison de la découverte de l'Outremonde, le fameux monde des fées.

Si l'univers vous intéresse, les trois romans et l'anthologie de contes situés dans Le Paris des Merveilles et écrit par Pierre Pevel sont édités par Bragelonne. Les romans nous plongent bien davantage dans les méandres de cet univers et, personnellement, j'envisage cette BD comme un bonus, une sorte de spin-off... 
Et si je déclare ça d'entrée, c'est pour contrer dès le début de cette chronique un argument que j'ai lu parfois dans des articles traitant des Artilleuses, le fameux "il nous manque beaucoup de repères pour appréhender cet univers". 
Primo, non. On a bien assez de repères pour avoir accès à la parcelle de l'univers utile à la BD.
Secundo, non. On n'est pas obligé de se limiter à cette BD si l'univers nous plaît ; il y a quatre bouquins qui vont avec. Parce que je me mets à la place de l'auteur : répéter en BD ce que j'aurais déjà écrit en romans, ça me gaverait pas mal !

Je rassure donc les fidèles de UMAC : si ces BD vous tentent et que vous avez lu ce commentaire dans d'autres critiques, il ne faut surtout pas que ça vous bloque ; c'est une critique idiote rédigée par des gens qui reprocheraient sans doute à chaque épisode de la série Doctor Who de ne pas parler de Gallifrey ou à chaque livre de Terry Pratchett de ne pas rappeler la topographie du Disque-Monde.

Pour le moment, ce futur triptyque compte déjà deux tomes et j'attends avec grand intérêt la conclusion de toute cette pétaradante aventure.

Dans les grandes lignes et en essayant de ne pas trop dévoiler l'intrigue, disons que les Artilleuses sont trois voleuses professionnelles très portées sur les armes à feu et les gros moteurs, et qui, pour leur dernier contrat, volent une mystérieuse relique (la Sigillaire) dans une banque en faisant preuve d'une subtilité n'ayant rien à envier à une famille d'éléphants aveugles et obèses dans un magasin de porcelaines miniatures.
Cela va leur valoir d'être poursuivies par les Brigades du Tigre (logique), les services secrets du Kaiser (déjà plus étrange) et une autre faction dont on ne sait pas encore grand-chose. Autant dire que ça chauffe pour nos trois jeunes flingueuses !

Ces deux tomes relatent tout autant la fuite des filles que leur enquête pour savoir pourquoi leur commanditaire a été abattu, pourquoi on leur tire dessus à tout bout de champ et pourquoi cette relique est si importante... Sachant que la façon d'enquêter des Artilleuses est à peu de choses près aussi délicate que leur façon de fracturer un coffre de banque (à la dynamite, en l'occurrence), vous imaginez bien que l'on a là des BD qui, pour bien scénarisées qu'elles soient, ne manquent jamais une occasion de glisser une scène d'action, des punchlines et des postures tantôt classieuses, tantôt sexy de nos héroïnes.

Ça déborde de fraîcheur et il est difficile de ne pas s'attacher à ces charmantes ennemies publiques tant leurs caractères exsudent le charisme, la sympathie et le charme par tous les pores.
Allez, lançons-nous dans une rapide présentation de ces demoiselles.

Lady Audrey Remington
est un être calme, posé et réfléchi.

Apparemment issue de la haute société anglaise, c'est cette grande blonde qui dirige le trio et veille à la planification de leurs opérations... même si les deux autres n'ont pas précisément des caractères propres à faciliter l'exécution méticuleuse d'un plan quelconque, malheureusement.
Audrey est, qui plus est, une magicienne assez impressionnante mais, dans cet univers, la magie s'épuise. Elle ne fait donc que rarement usage de cette capacité, ce qui est plutôt une bonne chose pour la qualité de l'histoire, ça évite le coup du deux ex machina toutes les deux pages.
Plus guindée que ses deux complices, elle est l'atout élégance du groupe. De ses armes de prédilection aux postures que le dessinateur lui attribue, tout chez elle rappelle inévitablement ses origines aristocratiques. 
Un peu éclipsée par ses comparses dans le premier tome, on la découvre davantage dans le deuxième où elle occupe un nombre de cases bien plus conséquent. Les autres filles la voient comme un leader fiable et incontesté mais sans pour autant faire montre à son égard d'une excessive déférence. 

Miss Kathryn Winchester a ce qu'il est bon d'appeler un caractère bien trempé.

Dans ses tenues affriolantes à faire fantasmer toutes les cosplayeuses steampunk amatrices de fanfreluches, de crinolines et de bustiers pigeonnants, l'Américaine de la bande est portée sur les canons longs et le tabac.
Sexy en diable, la belle rousse porte sur l'épaule gauche un tatouage magique de salamandre baptisé Humphrey et qui prend parfois vie à sa demande, faisant de temps à autre office de "coccinelle de Gotlib" dans certaines cases.
Des trois, c'est de loin la conductrice la plus experte et la meilleure gâchette : tout dans la précision. Ce qui offre un contraste remarquable avec la fougue de son comportement.
Sans doute aussi allumeuse qu'allumée, elle n'est pas de celles qui se plient facilement à un plan établi et semble très bien s'épanouir dans l'improvisation.
En gros, dans les Spice Girls, ce serait Geri Halliwell... Oui, j'assume mes références de vieux, na !

Mam'zelle Louison Gatling est sensible, enjouée et encore un peu enfantine.

Jeune fée de Paris (ce qui lui vaut d'ailleurs de dépérir lorsqu'elle s'éloigne de la capitale, comme le fait une fée des rivières loin de son ru), la jeune femme est l'atout sympathie de la bande mais cache (à peine), derrière son joli minois et sa dégaine effrontée de titi parisien, une passion immodérée et déraisonnable pour Iphigénie, alias Fifi... sa mitrailleuse préférée ! Elle considère ce jouet comme étant la clé de la plupart des problèmes qui pourraient entraver leur cavale. 
La souriante brunette est espiègle et sa jeunesse comme sa fragilité apparente font d'elle la mascotte qui cimente le trio.
Toujours prête à s'enivrer, à fêter, à chanter et à se réjouir, tout semble l'amuser (ou presque). Elle est l'atout humoristique majeur de la BD.
Et c'est encore dans la bonne humeur qu'elle manie avec un plaisir évident toutes sortes d'explosifs, se réjouissant lorsqu'une explosion peut, ne serait-ce que temporairement, les sortir d'un mauvais pas.


Pour être totalement complet, il me faut vous parler du travail d'Etienne Willem au dessin.
Je ne connaissais ce talentueux Liégeois qu'à travers sa collaboration avec Jack Manini pour La fille de l'exposition universelle. La rédaction de cet article m'a révélé l'existence d'une production bien plus importante, notamment aux éditions Paquet. Il va falloir que je me penche sur tout ça.
Car oui, j'aime ce genre de trait. C'est frais et précis ; épuré quand il le faut mais détaillé jusqu'à l'obsession quand c'est utile. Un trait européen sans concession particulière faite à un autre genre, dans la plus pure tradition de ce que l'on considère ici comme la belle BD belge. On sent dans son dessin efficace aux tracés parfaits l'habitude de bosser sur des œuvres d'animation autant qu'une vraie expertise dans cette prise de tête qu'est la conception d'un bon storyboard (toutes les planches, des plus basiques aux plus complexes sont d'une lisibilité parfaite).
J'espère sincèrement que ce projet lui donnera plus encore de visibilité... car si j'aime me rassasier de comics, de mangas et de bandes dessinées européennes mélangeant les influences, je ne saurais oublier sans me trahir que ce sont des dessinateurs comme Willem dont j'ai recopié les dessins jusqu'à l'épuisement lorsque j'étais ado. Ce sont eux qui ont fait de moi le curieux du neuvième art que je suis.
Et je ne peux qu'être ravi qu'il en existe encore pour sortir des bandes dessinées terriblement actuelles mais néanmoins toujours connectées avec mon passé de lecteur.

En plus, pour ne rien gâcher, malgré l'ambiance que certains pourraient apparenter à du steampunk (même si ça ne me semble pas en être), la coloriste Tania Wenisch a le bon goût de ne pas tomber dans les couleurs désaturées ou les tons sépia dans lesquels on enferme bien trop souvent ce genre. La mise en couleur est comme le dessin : de bon goût, bien dosée et optant pour une lisibilité absolue. On comprend en un clin d'œil la profondeur de champ, la période de la journée, la saison, l'effet de telle ou telle source lumineuse, l'importance de tel ou tel protagoniste dans une case. Sans oublier d'être jolie, cette colorisation est avant tout efficace et intelligente.  


Alors, du coup, qu'est-ce qu'on peut en penser, de ce projet ?

Eh bien je dirais que mettre un gars comme Christophe Arleston (je parlais déjà de lui dans la chronique du dernier Trolls de Troy) à la tête d'une collection dédiée aux mondes de l'imaginaire est une excellente idée. Lorsque le directeur des éditions Bamboo, Olivier Sulpice, a signé pour la création de la collection Drakoo, il voulait apparemment enrichir son catalogue d'œuvres atypiques flirtant avec la fantasy, la science-fiction et le fantastique... Qui de mieux pour ce faire, en francophonie, que le papa de Lanfeust, Les Forêts d'Opale, Les Naufragés d'Ytaq, Ekhö Monde Miroir, Les Feux d'Askel, Le Chant d'Excalibur, Les Maîtres Cartographes, Moréa et bien d'autres encore ?

Je ne vais pas vous mentir : je ne suis pas objectif. Christophe Arleston est pour moi ce que Raoul Cauvin est aux bédéphiles un peu plus âgés que moi.
À ce propos, total respect à ce grand Monsieur, et à la dignité et au courage dont il fait preuve actuellement ; je le remercie pour les centaines d'heures de plaisir qu'il m'a procurées et pour les kilos de papiers dont il fut l'auteur et qui garniront les étagères de ma bédéthèque jusqu'à mon propre départ. Depuis Les Tuniques bleues et L'agent 212 quand j'étais tout petit jusqu'au Pierre Tombal de mon adolescence, en passant par Boule et Bill, Cédric, C.R.S. = Détresse, Cupidon, Les Psy et quantité d'autres séries, Raoul Cauvin est sans doute encore maintenant l'auteur le plus représenté dans la pièce ou je range méthodiquement mes trésors.
Mais si Cauvin a bercé mon enfance grâce aux livres que j'empruntais de-ci de -à et que j'ai achetés depuis, c'est Arleston et sa bande de dessinateurs fous du Lanfeust Mag qui m'ont lancé dans l'achat compulsif parfois déraisonnable de bandes dessinées.

Et c'est cet esprit-là, que je croyais perdu avec la triste disparition du Mag, que je retrouve dans la collection Drakoo. Des auteurs avec une vraie plume (souvent des romanciers) servis par des dessinateurs semblant sélectionnés exprès pour eux avec le plus grand soin pour fournir des univers difficilement comparables à aucun autre. 
Drakoo est une respiration, pour un gars comme moi. Un bol d'air frais. Un élixir de jouvence.
On me replonge enfin dans le genre de planches que j'ai dévorées tout au long des 225 numéros de Lanfeust Mag (je sais, il en existe 227, mais mon libraire au fin fond de la cambrousse belge en a loupé deux, à l'époque... et du coup, moi aussi... rien ne sert de raviver ce traumatisme, ne soyez pas cruels !).
Ce n'est pas compliqué, si je n'avais pas été aussi maladivement peu sûr de moi, je crois que je leur aurais envoyé des manuscrits par paquets de douze, à l'époque... J'aurais rêvé être édité chez eux. Mais on ne réécrit pas sa vie... Alors, faute d'avoir osé, j'ai embrassé une toute autre carrière et me contente, de loin, de continuer à lire et, modestement, de donner mon humble avis.
Vous avez chialé, j'espère. Non ? Parce que c'est le maximum que je puisse faire, question pathos !

J'ignore comment j'ai bien pu faire pour passer à côté de cette nouvelle collection pendant plus d'un an... sans doute est-ce dû à la conjonction "mégavirus mortel de la mort fatale qui tue" et "j'habite un trou paumé de la campagne belgicaine". Mais désormais, vous me verrez régulièrement aborder des bandes dessinées Drakoo en ces pages parce que, en me faisant plaisir, je compte bien vous embarquer avec moi à leur découverte ! Et on va s'éclater parce que... si rien n'explose, c'est qu'on s'est trompés quelque part !


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • C'est fun, joli, intéressant et énergique.
  • Les dessins façon "BD belge traditionnelle" ne peuvent que me plaire.
  • Les personnages sont terriblement sympathiques, voire attachants.
  • L'intrigue n'est pas simpliste sans pour autant être complexe et ne souffre d'aucune lenteur.

  • Honnêtement, pas grand-chose. Je pense que cette BD est très exactement ce qu'elle est supposée être et ce à quoi elle devait ressembler, n'en déplaisent au critiques avançant que "il nous manque beaucoup de repères pour appréhender cet univers". Ouais, c'est ça... on n'en doute pas, va, qu'il te manque pas mal de repères !