Publié le
29.2.24
Par
Virgul
La bonne affaire du moment, si vous aimez le duckuniverse : un lot à moins de 9 euros (disponible notamment dans les Super U) contenant deux Mickey Parade Géant Hors-Série Collector.
Les deux ouvrages de plus de 200 pages chacun constituent en fait des guides de Donaldville et Mickeyville. Le lecteur aura ainsi droit à une visite, quartier par quartier, de tous les endroits intéressants (lieux culturels, quartier financier, quartier chic, bons plans shopping, vie nocturne, lieux malfamés ou encore les sites naturels des environs).
Chaque partie comprend un topo sur les bâtiments notables, des illustrations, une notation ou encore le temps de visite de chaque lieu. On retrouve également moult plans détaillés, comme la maison de Donald, le coffre de l'oncle Picsou ou le repaire de Fantomiald !
Une histoire, plus en moins en rapport avec chaque quartier, complète le tout.
En plus des deux livres, une belle carte recto verso est fournie (38 x 27 cm), histoire de pouvoir se balader dans les rues de Donaldville et Mickeyville.
Un petit coffret cartonné est également présent pour ranger tout ça. Pour un prix modique, voilà un contenu original et très sympa.
Publié le
20.2.24
Par
Nolt
Tex Willer est un personnage peu connu en France. Il est originaire d'Italie, où il se classe numéro un dans les fameux "fumetti" (des périodiques petit format et bon marché), juste devant Dylan Dog, dont nous vous avions déjà parlé.
Depuis 1948, le cow-boy solitaire, ranger du Texas mais vadrouillant bien au-delà de ses frontières, accumule les péripéties. En France, le héros connaît une carrière éditoriale mouvementée. D'abord publié par les éditions Lug dans Tex puis Rodéo, il passera ensuite chez Semic qui sortira quelques albums grand format. Les éditions Erko prennent le relai un court instant avant de passer la main à Clair de Lune. Tout cela sous des formats différents et sans suivre parfois l'ordre chronologique. Depuis 2019, la série est publiée par Fordis dans deux collections : Les Aventures de Tex et La Jeunesse de Tex Willer. Mais c'est encore à un autre éditeur que l'on s'intéresse aujourd'hui puisque l'album dont il est question ici, Montana, est sorti en 2018 aux éditions du Lombard afin de célébrer les 70 ans du personnage.
Autant le dire, avec des publications aussi chaotiques, difficile de faire exister le héros dans les librairies françaises. Du coup, un album grand format, en couleurs, publié par un éditeur réputé, constitue une exposition de choix pour notre brave Tex et ses colts fumants. Voyons tout de suite ce que ça donne.
Tex se rend dans le Montana suite à un appel à l'aide de l'un de ses amis. En chemin, il tombe sur un massacre d'amérindiens. Les hommes du cruel Tyrrell ont fait main basse, de la manière forte, sur des fourrures dont ils font commerce. Pas question, pour Tex, de laisser de tels crimes impunis. Et ça tombe bien puisque le fameux Tyrrell est en relation avec l'ami à qui Tex vient rendre visite.
Le scénario est de Gianfranco Manfredi, les dessins de Giulio de Vita et la colorisation de Matteo Vattani.
Commençons par l'intrigue, très basique et sans grande surprise. Mais c'est un peu le genre qui veut ça. Tex est en effet le héros d'un feuilleton fleuve qui brasse les poncifs du western en se basant sur l'action, les fusillades et les règlements de compte. Le héros est d'ailleurs un cliché à lui seul, sans aspérités ni défauts. Il est fort, courageux, honnête, bon tireur, bref, l'image même du justicier sans peur et sans reproche mais un peu fade. Inutile donc d'aller chercher dans ce récit de l'humour, un drame bien construit ou une quelconque réflexion. C'est du basique et rien de plus.
C'est donc essentiellement dans les dessins qu'il faut chercher l'intérêt de cet album. Et il faut avouer qu'ils sont réussis. Grandes étendues sauvages, montagnes enneigées, ranch isolé ou saloon crasseux, tout est fort joliment représenté, avec des couleurs magnifiant le tout. Reste que ces 46 planches, malgré de grandes et belles cases, sont aussi vite lues qu'oubliées. Il manque un brin de fantaisie et d'originalité, voire carrément un véritable souffle épique, pour que l'on s'intéresse au destin de personnages sans âme, menacés par un méchant sans panache.
Un tel album anniversaire aurait mérité un scénario bien plus ambitieux et mieux écrit. Ce qui convient dans un périodique bas de gamme, en noir et blanc, passe beaucoup moins dans un format plus "luxueux" et classique. On atteint donc rapidement les limites du cow-boy transalpin, notamment à cause d'une narration bien trop datée et terne pour générer une quelconque émotion.
Dommage que l'hommage ne soit pas à la hauteur de cette légende du far west et de sa longévité.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
16.2.24
Par
Nolt
Sauver quelqu'un du suicide peut parfois vous attirer quelques ennuis. C'est ce que l'on va voir avec le 28e tome de JKJB : Et pour le pire.
Nous avions déjà consacré un First Look au premier tome de l'excellente série Jérôme K. Jérôme Bloche, de Dodier. Le jeune détective comptant désormais 28 enquêtes à son actif, nous allons cette fois nous pencher sur la dernière en date, sortie en 2022.
On le sait, si Bloche se balade en solex, ce n'est pas par choix mais parce qu'il échoue, très régulièrement, à obtenir son permis de conduire. Mais cette fois, il y croit ! Il a mis toutes les chances de son côté, il est concentré, sûr de lui... c'était hélas sans compter une inconnue, en tenue de mariée, qui menace de sauter du haut d'un pont. Jérôme l'aperçoit et, évidemment, prend tous les risques pour lui venir en aide.
Un permis refusé et une cheville foulée plus tard, Jérôme se retrouve à l'hôpital où il fait la connaissance de Rebecca, la jeune femme qu'il vient de sauver. Celle-ci vient d'apprendre que son futur mari la trompait et qu'il a même un enfant ! N'écoutant que sa gentillesse, Jérôme propose à Rebecca de l'héberger quelques jours. Ce qui va précipiter une suite d'événements particulièrement catastrophiques pour le naïf détective privé.
Plus qu'une enquête à proprement parler, l'auteur développe ici un aspect plutôt intime de la vie du héros. L'introduction, basée sur un énième examen du permis de conduire, est d'ailleurs fort drôle et constitue une excellente entrée en matière. La thématique de l'intrusion, de la manipulation et du harcèlement est assez intéressante également, d'autant qu'elle prend le contre-pied du discours ambiant (et oui, croire les gens sur parole, ce n'est pas toujours une bonne chose), avec une femme particulièrement dangereuse et véritablement "toxique", au sens propre du terme.
L'intrigue est assez évidente d'emblée. Il n'y a pas vraiment de rebondissements, de suspense ou de retournements de situation. Comme souvent avec cette série, c'est le charisme du personnage principal, ainsi que l'atmosphère générale, qui vont primer sur le côté enquête et faire tout le charme de l'album.
Les décors sont toujours aussi détaillés, la colorisation de Cerise, très douce et tout en élégants aplats, venant magnifier le tout.
Surtout, le format 70 planches (déjà adopté dans le tome précédent) permet à l'auteur de prendre son temps (notamment pour l'introduction évoquée plus haut) et de développer suffisamment les différentes scènes, les réactions des personnages ou leurs échanges. Ce soin apporté à la narration est d'autant plus important que ces récits réalistes, parfois drôles, parfois amers, traitant toujours de faits (de société, historiques...) intéressants, nécessitent de prendre un minimum de temps (et de cases) pour mettre en valeur une ambiance, un sentiment, une réflexion.
S'il fallait vraiment trouver un bémol (en étant vraiment tatillon), citons le lettrage venant censurer certains gros mots (en gribouillant le "d" de "merde" par exemple). On ne voit pas bien l'intérêt d'une telle pratique. D'une part, cette série n'est pas spécialement destinée à de jeunes enfants, d'autre part, on devine très bien le mot, et enfin, les grossièretés font partie intégrante des dialogues et sont parfois nécessaires pour rendre compte, le plus justement possible, d'une émotion (colère, surprise...) ou du niveau d'éducation d'un personnage. Mais bon, il s'agit là d'ergoter plus que de formuler un véritable reproche important.
Voilà donc un album dans la lignée des JKJB, avec de l'humour, une certaine douceur dans la gravité et des planches au charme indéniable.
De la très bonne BD !
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
14.2.24
Par
Nolt
Lors de sa sortie en 2016, nous vous avions succinctement présenté un album spécial des Tuniques Bleues, composé d'histoires courtes réalisées par différents auteurs. Cet article clôturant notre triptyque consacré à la série (cf. Tuniques Bleues : La Transition et Tuniques Bleues : La "Relève" ?), voilà l'occasion de revenir plus en détail sur cet hommage rendu à un classique de la BD.
Autant le dire, cet album spécial de 120 pages s'avère globalement très bon. Les ambiances et les styles graphiques sont très différents (comme vous pourrez en juger avec les illustrations de cet article) mais (pratiquement) tous les auteurs parviennent à saisir l'essence des personnages, à rendre un hommage subtil à leurs auteurs et à présenter un récit bref mais qui tient la route.
Certaines histoires, tout comme les albums de la série, sont basées sur des éléments historiques réels, d'autres font références à d'anciennes aventures du duo Chesterfield/Blutch. Le ton est parfois humoristique (avec des gags plutôt réussis), parfois carrément émouvant. Même si l'on retrouve la condamnation de principe de la guerre, c'est cette fois bien plus réussi que dans le désastreux tome 66.
On commence avec Tireur au Flanc (Gloris/Bodart), un récit qui se tient et qui est surtout visuellement très léché. Vient ensuite Les Bleus en font des caisses (Sti/Goulet). Là, on est carrément dans la caricature, les gros nez (pourquoi rouges ?) et les gags bien appuyés. Une introduction correcte disons, pour ces deux "apéritifs".
On poursuit avec La Victoire du Corned-Beef, par Manuera (déjà coauteur et dessinateur de l'excellent tome 65). Toujours de fort belles couleurs signées Sedyas. Très joli sur la forme sans être fantastique sur le fond. La Cicatrice de Collin (scénario, dessin et couleurs) permet de rentrer réellement dans le "plat de résistance", avec une histoire émouvante portée par un style graphique aussi beau qu'efficace.
Les Mots Bleus (Dutto) constitue une sorte de parenthèse à la fois cartoony et nostalgique, revenant sur certains personnages rencontrés dans le passé par Chesterfield et Blutch. Le final est futé et poignant.
Le Garçon au Tambour (De Jongh), bien que plus prévisible et "facile", reste dans le registre de l'émotion et atteint néanmoins sa cible. Dix Tonnes de Bois et d'Acier (Lapière/Pau) est probablement le récit qui se rapproche le plus d'une aventure classique (mais condensée) des Tuniques Bleues. Arrive ensuite Notre Cousin Américain (Schwartz), une charge anti-raciste caricaturale et lourdingue qui ne sera pas sauvée par un élément historique employée d'une manière très partiale et fausse (il n'est évidemment pas question de justifier le racisme, les gens se doivent d'être jugés sur ce qu'ils font, pas ce qu'ils sont, ce qui est délicat ici, c'est une caricature du Sud et de ses représentants, voire même des raisons menant à la guerre, qui est aussi fausse qu'enfantine... la propagande fait parfois bien des dégâts que les historiens ne rattraperont pas).
On continue avec Des Bleus et des Dalton (Clarke). Histoire assez faiblarde, plombée par une mise en scène approximative, mais qui est quelque peu récupérée par une conclusion humoristico-historique originale. Des Bleus en Rose et Blanc (Lapuss'/Baba) est clairement oubliable et bien trop long pour le peu de contenu. Un des deux gros ratés de l'album (avec le récit final).
Arrivent ensuite la farandole des "desserts", avec en premier lieu La Dernière Balle (Chamblain/Frasier). Probablement l'approche la plus réaliste et désespérée. Là encore, on est dans du viscéral, avec une référence aux classiques du western en prime. On enchaine avec The End by Richard Badhead and Benn McZid (Zidrou/Maltaite). Un récit un peu tiède, même si le final chaleureux apporte une note optimiste et lumineuse.
Et enfin, le putain de "café". Blue Futur, par Blutch (pas le caporal, l'autre). Une seule page, dégueulasse, avec des dessins à chier et un propos qui se veut sans doute amer mais qui ne parvient qu'à être vulgaire. La grosse fausse note de l'ouvrage. Ben, c'est du Blutch quoi...
Et le pire, c'est que Dupuis a confié la couverture de l'album (d'une mocheté sans nom) à ce gars. Je n'ai jamais compris l'avalanche de prix et l'engouement pour ce type. Et ce ne sont pas les quelques cases qu'il a signées ici qui me convaincront de son "talent".
Au final, voilà un album plutôt réussi, avec des références bien vues, des gags honnêtes et quelques moments qui contractent le bide et humidifient les yeux. Les rares ratés sont anecdotiques en comparaison de la qualité générale. Quant aux styles graphiques, fort différents, ils permettent de rendre compte des diverses approches que peuvent inspirer les Tuniques Bleues.
Un voyage agréable, drôle, émouvant, parfois amer, en compagnie de personnages devenus mythiques.
Publié le
12.2.24
Par
Nolt
Retour sur l'album Irish Melody.
Comme nous l'avions vu dans l'article précédent, L'Envoyé Spécial n'était qu'une parenthèse dans la série. Le véritable relai est passé avec l'arrivée du scénariste Kris sur le tome 66, intitulé Irish Melody. Lambil reste au dessin, donc à ce niveau-là, pas de surprise. Par contre, en ce qui concerne l'intrigue, là, la surprise est de mise, mais elle n'est pas franchement bonne.
Le récit est en effet d'une extrême simplicité, voire d'un dénuement total. Chesterfield rencontre les membres d'une brigade irlandaise, venus se battre en Amérique. Suite à une discussion animée et bien arrosée, le sergent se persuade qu'il a lui-même des origines irlandaises, ce qui l'amène à rejoindre ces sympathiques soldats d'outre-Atlantique. Blutch, tout seul, s'ennuie un peu et se retrouve embrigadé lui aussi dans un régiment irlandais, mais du côté confédéré.
Si l'album précédent souffrait du format 44 planches et aurait mérité une bonne vingtaine de pages de plus, celui-ci s'avère presque trop long tellement il est vide. Il n'y a aucun enjeu, les scène de combat sont ternes, les gags inexistants (ou bien alors ils tombent à plat), bref, un album qui figure sans problème parmi les pires de la série. L'introduction était pourtant agréable et bien amenée, mais tout ce qui suit n'est qu'un pénible alignement de poncifs et de moments ennuyeux au possible. À tel point qu'il n'y a pratiquement rien à dire sur cet album. L'histoire n'est pas mauvaise, elle est quasiment inexistante. On tourne les pages en se demandant où l'auteur peut bien vouloir en venir, jusqu'au moment où l'on se rend compte qu'il n'ira en fait nulle part.
Le tout est enrobé dans une énième condamnation de principe de la guerre, dans un style aussi maladroit que naïf. La conclusion dégouline de mièvrerie et frise le ridicule. "Aucune guerre ne mérite que l'on tue son frère." Eh ben... ça philosophe sévère. Que l'on condamne les conflits armés en général, déjà, cela part d'un positionnement très simpliste, on se doute bien que la guerre, ce n'est pas rigolo, mais si on le fait, autant essayer d'être un peu original ou percutant. Il était possible de faire passer le message de bien des manières pourtant.
Il n'y a aucun effet ici. Le propos n'est jamais soutenu par des dialogues bien écrits, une habile mise en scène ou un brin d'émotion. C'est le niveau zéro du conteur. Même la mort d'un personnage, très mal amenée, ne génère rien. Et tout ça pour enfoncer des portes déjà largement ouvertes. "La guerre, c'est mal ; la pluie, ça mouille ; quand la soupe est trop chaude, on se brûle...", putain, si tu n'as rien à dire à ce point-là, au moins, essaie de soigner la forme ! On dirait le premier jet hésitant d'un gamin de cinq ans. Mais qui valide ça chez Dupuis ? La femme de ménage ? Le type se serait ramené avec sa liste de courses en guise de scénario, ça aurait probablement été meilleur.
Inutile de dire que cette relève, après le départ de Cauvin, s'avère particulièrement décevante. Et il ne s'agit pas d'être exigeant ou nostalgique, le tome 65, scénarisé par Munuera et Beka, était tout bonnement excellent, preuve que l'on peut tout à fait reprendre le flambeau de belle manière avec un peu de savoir-faire. Mais là, c'est simplement indigent.
Un album totalement dispensable.
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