La Parenthèse de Virgul #42
Par



Hello les Matous !
On se retrouve pour une Parenthèse orientée castagne, mais axée plus précisément sur le vocabulaire lié à la baston.
Car, oui, on peut réorganiser la dentition de son prochain tout en enrichissant sa culture générale.
Miaw !


Du Nom des Gnons
Un auteur, un traducteur ou un relecteur n'est pas forcément un expert dans tous les domaines. Or, ces gens doivent aborder des univers et champs lexicaux très différents, allant de la médecine à l'aviation, en passant par l'astronomie, les armes médiévales ou la cuisine. Mais tous ne font pas les recherches nécessaires pour éviter de propager des bourdes et erreurs en tout genre.
Le domaine du combat à mains nues est bien entendu aussi technique que le reste, et l'on voit régulièrement, dans les BD, romans ou séries TV, des erreurs assez navrantes. Nous allons donc revenir sur les bases du vocabulaire martial, en illustrant notre propos avec quelques erreurs relevées dans des comics publiés par Panini. Ouais, l'avantage avec eux, c'est que lorsque tu as besoin de conneries, tu ouvres n'importe lequel des bouquins qu'ils ont sortis et tu as l'embarras du choix question énormités. C'est un peu leur marque de fabrique. Mais nous allons surtout profiter de l'occasion pour tenter de donner des définitions simples des coups basiques que l'on va retrouver dans un grand nombre de confrontations.

Uppercut : Il s'agit d'un coup "remontant", donné de bas en haut. Basiquement, en boxe anglaise, il s'agit par exemple de se faufiler dans la "cheminée" (sorte d'étroit conduit formé par les avant-bras de l'adversaire lorsqu'il est en garde haute) pour l'atteindre au menton et, si ça passe, lui offrir une petite sieste instantanée. Or, chez Panini, "uppercut" est toujours employé comme synonyme de "coup". Ce qui est bien entendu un abus de langage. L'erreur vient bien de la traduction française puisque, comme le montrent les exemples ci-dessus et ci-dessous, il n'est jamais question d'uppercut dans la version originale (mais plutôt de coups, ou "blow"). Dans la première scène, Captain America envoie un direct à un type au sol, dans le deuxième exemple, Wolverine se prend un crochet mal fichu, qui finit le bras tendu (ou un direct un peu bizarre, donné du côté). Mais dans tous les cas, aucun uppercut là-dedans, que ce soit dans le texte original ou ce qui est dessiné.

Direct : C'est un coup rectiligne, qui peut être donné du bras avant (jab) ou arrière (cross). Chez un combattant droitier, les jabs seront donc donnés du gauche, le cross étant donné du côté "fort" (ce sont évidemment les coups les plus puissants).

Crochet : Rien de bien compliqué ici, il s'agit d'un coup de poing circulaire qui arrive sur le côté du visage ou du torse de l'adversaire. À ne pas confondre avec le swing, qui ressemble parfois un peu à un crochet, dans le feu de l'action, mais qui n'engage pas la même surface de frappe et n'est pas basé sur la même biomécanique. Mais on ne va pas rentrer dans des notions trop complexes, ce n'est pas le but.

Atemi : Synonyme de "coup" en karate-do. Il ne s'agit donc pas forcément d'un coup donné avec le tranchant de la main (shuto), mais de n'importe quelle technique de percussion.

Il existe bien entendu un tas de variations de ces coups basiques (notamment dans les arts martiaux) et de surfaces de frappe différentes, mais en général, sauf cas exceptionnel (roman ou BD très technique et basé sur un art martial particulier), ces termes suffisent à couvrir l'essentiel des actions. Le pire consiste à employer un mot que l'on entend souvent mais que l'on ne connaît pas et dont on ne vérifie pas le sens. Non seulement c'est agaçant pour les puristes, mais ça induit également les non-initiés dans l'erreur, ce qui n'est clairement pas le but.

Bref, la prochaine fois que vous distribuerez une salade de phalanges à un malfaisant, au moins, vous saurez quel terme employer quand il faudra faire votre déclaration à la gendarmerie ou raconter votre exploit à votre dulcinée. 
En attendant, ne croyez ni les excités qui se ruent dans l'action pour de mauvaises raisons, ni les partisans de la posture attentiste qui veulent faire de vous des victimes soumises. La violence doit être contrôlée, quand elle vient de soi mais aussi quand elle provient des autres. Et ceci en y mettant le nécessaire, pas moins, et le suffisant, pas plus. Ce qu'un grand monsieur comme Roland Habersetzer appelle, dans son style Tengu : Ne pas combattre, ne pas subir.
Et si vous trouvez cela contradictoire, c'est que l'essentiel vous échappe...

Miaw ! 


Un uppercut imaginaire s'est glissé dans la VF.


Step Back in Time #9
Par



Neuvième partie de nos voyages dans le passé de la pop culture avec un film culte, un jeu vidéo bourrin mais très bien fichu et un roman à l'humour anglais ultra-efficace. Enjoy !


-- CINÉMA : voyage pénible & rédemption --



Neal Page, un responsable marketing, plutôt sûr de lui et un brin snob, doit rentrer chez lui, à Chicago, pour les fêtes de Thanksgiving. Rien de bien compliqué a priori, sauf que son vol est annulé et qu'il se retrouve alors, de manière bien involontaire, obligé de faire équipe avec Del Griffith, un VRP sympathique mais bavard, gaffeur et (un peu trop) enthousiaste. 

Voilà un road trip comique dont s'inspirera très fortement, bien des années plus tard, Date Limite (avec Robert Downey Jr). On flirte aussi un peu du côté de Midnight Run, sans l'aspect polar. 
Même après plusieurs décennies, ce film de John Hughes (sorti en 1987) n'a pas trop mal vieilli. Les gags fonctionnent encore (certains sont plus réussis que d'autres... évidemment) et l'ensemble garde un côté touchant et naïf qui n'a rien de désagréable. Car au final, cette histoire se révèle tout de même assez profonde.

En effet, si l'on prend plaisir à voir Neal réagir (de plus en plus mal) aux multiples idioties de son compagnon de voyage, une fois dépassé l'aspect comique, l'on se retrouve devant une petite tragédie, mettant en scène un type paumé, seul, en souffrance, entretenant le souvenir d'un amour perdu. Et devant la rédemption d'un homme, certainement pas mauvais, mais un peu trop prompt à juger et verser dans l'égocentrisme. 
La scène où Neal, enfin sur le point de rentrer chez lui, se rend compte de la solitude (maladroitement masquée) de Del, ce qui le pousse à revenir sur ses pas, dégouline certes de bons sentiments mais n'en reste pas moins profondément émouvante. Et si vous ne versez pas une petite larmichette à ce moment-là, alors vous êtes un robot dénué d'émotion !

Pour l'anecdote, notons que le titre français, pour une fois, est bien meilleur que le titre original, Un ticket pour deux étant bien plus inspiré que Planes, Trains and Automobiles.

Du feel good à l'ancienne, permettant de retrouver l'excellent Steve Martin. 
À découvrir si ce n'est déjà fait !


-- AMSTRAD : flingues, tanks et joie de dézinguer son prochain --



Nous restons en 1987. L'ère des PC n'est pas encore advenue. Les gamers, que l'on n'a pas encore affublés de ce nom pour leur faire croire qu'ils font partie d'une "communauté", passent leur temps sur des bécanes rustiques, du genre Commodore ou Amstrad. Et malgré le manque de puissance et des graphismes pixelisés, l'on découvre parfois des petits bijoux de programmation... des jeux sur lesquels l'on va passer des heures et ruiner sa scolarité (non, je déconne, il n'y avait déjà rien à apprendre à l'école à l'époque).

Ikari Warriors
fait partie de ces excellents jeux qui vont durablement rentrer dans le Top 10 du catalogue de l'Amstrad. Il s'agit d'un "run and gun" à scrolling vertical (dans le style Commando, mais en plus fun et plus facile), dans lequel on incarne un soldat dont le but est de rejoindre le village d'Ikari afin de libérer un officier qui a eu le bon goût de tomber aux mains de l'ennemi.

Le jeu regorge de bonnes idées, et en premier lieu, il propose un très bon mode collaboratif : les joueurs vont alors pouvoir flinguer de la vermine communiste simultanément, ce qui rend l'épopée plus facile (pour peu que votre collègue ne soit pas trop empoté). Les ennemis sont coriaces et disposent de tanks, bunkers, mines, grenades et hélicoptères. De quoi largement freiner votre progression donc. Autre élément fort bienvenu changeant radicalement le gameplay : il est possible de prendre les commandes des tanks que l'on trouve sur son chemin. Dans ce cas-là, non seulement les balles ne vous font plus rien, mais vous pouvez aussi écraser joyeusement la chair à canon adverse !

Bref, un jeu suffisamment long, à la difficulté bien dosée, proposant un mode coopératif, une gestion des munitions et un changement de gameplay grâce aux chars, voilà qui était tout de même énorme pour l'époque.


-- ROMAN : un Anglais dans le Vieux Sud -- 



Lorsque l'on évoque William Boyd, il est de bon ton de conseiller Un anglais sous les tropiques, qui est pourtant loin d'être son meilleur roman. C'est donc Stars and Bars, ou La Croix et la Bannière en français, dont on va parler ici.
Henderson Dores est un anglais, timide et complexé, expatrié à New York. Il est venu chercher en Amérique ce qui lui manque : la confiance en soi, le succès, une nouvelle personnalité presque. Malheureusement, délocaliser ses problèmes n'a jamais constitué une solution pour les résoudre.
Cependant, lorsque Henderson est chargé par son employeur d'aller expertiser une collection de tableaux dans le vieux Sud, non loin d'Atlanta, tout semble aller pour le mieux. Le brave anglais y voit une occasion de réussir un beau coup. Sauf qu'il doit voyager avec une horripilante adolescente et que les premières gaffes vont s'accumuler dès son arrivée.

Voilà une excellente histoire, qui peut éventuellement causer de véritables crises de rire. Boyd maltraite ce pauvre Henderson de toutes les manières possibles, le confrontant à des situations pour le moins tendues et inhabituelles. Impossible de ne pas se retrouver un peu dans certaines de ses attitudes, gauches et ridicules. Impossible également de ne pas le prendre en sympathie quand il doit faire face à une ribambelle d'excentriques ou de chieurs qui lui pourrissent la vie. Et question Sudistes un peu bizarres, Henderson va faire le plein de rencontres déstabilisantes. 

La fin est peut-être un poil "too much", mais le cheminement était si agréable que l'on ne regrette aucune des pages tournées. À conseiller absolument, surtout si vous aimez l'humour anglais très froid et pince-sans-rire (un peu à la manière de Trois Hommes dans un Bateau).

Une excellente lecture et une comédie très bien écrite.



Voilà pour aujourd'hui, mais si vous n'avez pas encore découvert nos SBiT précédents, c'est le moment !


Aniston et les wokistes
Par



Jennifer Aniston a dit récemment qu’une génération entière de gamins était "offensée" par Friends et qu’écrire des comédies était plus difficile de nos jours, notamment à cause de la frilosité qui n’épargne pas l’industrie du divertissement.
Ça mérite quelques précisions.

Déjà, non, il ne s’agit pas d’une "génération entière" mais des plus cons et des plus braillards.
Avant internet, les plus évaporés finissaient dans un bar de village, à radoter leurs inepties à qui voulait bien les écouter. On a tous connu un Neness le picoleux, pas avare sur le pinard et les théories vaseuses sur l’Histoire, la politique ou la dernière série populaire. Mais auparavant, tout le monde s’en fichait de Neness, on se doutait bien qu’il n’avait pas la lumière à tous les étages. Il n’avait même probablement pas d’étages du tout. Aujourd’hui, le problème, c’est qu’internet a relié entre eux les Neness de chaque village. Et quand ils sont regroupés, ils font du bruit.
Certains estiment que la Terre est plate, d’autres que l’on doit brûler des livres parce qu’ils ne sont pas "inclusifs" (jamais vu une théorie se réclamant autant de l’inclusivité exclure autant de choses et de gens), d’autres que les vaccins servent à implanter des nanocapteurs permettant de contrôler les gens par le biais de la 5G, d’autres que Friends (ou n’importe quoi) est une infâme bouse fasciste.
Le problème ne vient pas d’eux.
Les Neness font du Neness, on ne peut pas le leur reprocher.

Le problème vient de nous. De notre capacité à les écouter alors qu’il faudrait les ignorer.
Quand je dis "nous", je ne parle pas des citoyens lambda mais des décideurs, des éditeurs, des producteurs, de ces gens tremblant à l’idée d’une vindicte, non populaire, mais imbécile et scélérate. 
Le politiquement correct, le wokisme, la cancel culture, toutes ces saloperies importées des États-Unis, n’ont un pouvoir de nuisance que si on les prend en compte. 
5000 abrutis qui gueulent en même temps, ça fait beaucoup de bruit, surtout quand des millions de gens raisonnables restent silencieux. Mais ça reste une frange négligeable de la population. Et quand bien même serait-elle moins négligeable qu’elle n’en serait pas moins inique et criminogène. 
On ne peut pas prendre en compte l’avis des plus cons.
Ce n’est pas possible en médecine, dans le domaine technologique, en architecture, en géopolitique… et ce n’est pas plus recommandé dans le domaine de l’art et de la fiction. D’autant que tout, selon ces gens trop fragiles et trop désœuvrés, pose problème : Avatar, Tintin, Astérix, Lucky Luke, l'œuvre entière de Tolkien, le Club des Cinq, Crocodile Dundee, Blanche Neige, Retour vers le Futur, Les Goonies, SOS Fantômes, Petit Ours Brun, Les Schtroumpfs, Il était une fois l'Homme, Pomme d'Api, Martine, Bob Morane, l'œuvre entière de Jules Verne… et ce ne sont que quelques exemples de tout ce qui est déjà condamné pour sexisme, spécisme, racisme ou homophobie. 

La grille de lecture est si délirante qu’elle permet de condamner tout et son contraire, pour la même raison. On est en pleine double pensée orwellienne ! Par exemple, Enid Blyton, l’auteur du Club des Cinq (une femme pourtant), est jugée sexiste parce que Annie (Anne en VO) est considérée comme étant trop féminine (elle est jolie, timide, gentille, discrète…) mais aussi parce que Claude (George en VO) ne l’est pas assez (elle est courageuse, décidée, indépendante et a un fort caractère). Donc, mettre en scène un personnage féminin, quelle que soit la manière dont on le fait, est "sexiste". Et ne pas employer de personnages féminins le serait bien entendu tout autant. C’est du 100 % perdant.

L’on voit bien ici que ce  "camp de la tolérance et de l’inclusivité" est en fait un ramassis d'extrémistes barbares, souhaitant tout censurer et contrôler. Il suffit d’ailleurs que vous ayez une opinion quelque peu divergente de la leur pour que vous soyez aussitôt, à leurs yeux, exclu de la société. Paradoxe du camp du "bien", qui se permet les pires saloperies et exactions en s’auto-octroyant une immunité assez folle. Même l’Inquisition n’allait pas aussi loin.
Mais encore une fois, ces gens ont le pouvoir que nous sommes prêts à leur céder. Pour ma part, ça veut dire qu’il n’en ont aucun. En tant que lecteur, je ne souhaite pas que les fictions que je lis puissent être censurées au préalable par des commissaires politiques d’opérette. Et en tant qu’auteur, mon devoir est de les envoyer se faire solidement enculer.

Ne vous excusez pas pour avoir aimé une œuvre. Ne reniez pas votre plaisir, le passé et les auteurs talentueux qui vous ont fait vibrer. Ne tremblez pas devant ceux qui passent leur vie à gesticuler et à trépigner. Ne suivez pas ces commerciaux, prêts à tout brader, à modifier jusqu'au titre des romans, pour s'acheter un certificat de bienpensance, ridicule et sans valeur. Ne courbez pas l'échine quand l'honneur et le bon sens commandent de bomber le torse. Ne bradez pas notre Imaginaire et notre liberté.
Et si un demeuré vient pleurnicher sur votre épaule parce qu’il a été offensé par un livre ou un film, faites en sorte de lui apporter la seule réponse possible : fais avec !


Batman : One Bad Day - Le Sphinx / Batman : One Bad Day - Double-Face
Par

Se voulant héritiers du Killing Joke d'Alan Moore, huit comics explorent
le concept du fameux "one bad day". Que valent les deux premiers ?


Succéder à Killing Joke ou ne serait-ce même que s'en revendiquer est une prétention ambitieuse tant Alan Moore a marqué les esprits avec cette idée défendue par le Joker qu'une seule mauvaise journée (mais alors très mauvaise, hein ; une journée bien, bien, bien pourrie que vécut l'inspecteur Gordon, en l'occurrence, pour mémoire) peut faire basculer le plus intègre et honnête des hommes dans la folie meurtrière. 
Certains scénaristes sont sans nul doute capables d'user de ce concept et d'en tirer un récit original nous plongeant dans la psyché de l'un des criminels emblématiques de Gotham, histoire de nous narrer à la fois son basculement dans le crime et un changement supplémentaire dans son comportement l'amenant à bien plus encore de vilénie. Ne doutons pas que de tels auteurs existent... mais ne nous berçons pas d'illusions : dans l'écurie DC, tous ne sont pas à la hauteur de ce challenge. 

Dans One Bad Day - Le Sphinx, c'est à Tom King que l'on a confié la tâche de succéder à cette histoire emblématique. Autant dire que le bonhomme s'en sort brillamment et s'offre même le luxe de tisser entre ces deux récits une connexion découlant de la complicité entre les deux criminels que sont le Sphinx et le Joker. 

C'est propre, intéressant, sombre et, surtout... cela se termine sur la démonstration parfaite du one bad day et sur un changement drastique de paradigme avec une remise en question capitale de notre Chevalier Masqué. Il faut dire que Nygma est de loin le criminel le plus intelligent de tout le batverse... 

Comment Batman pourrait-il stopper un être de cet acabit si le super méchant au modus operandi prévisible se décidait enfin à user de toutes ses facultés intellectuelles en se débarrassant de cette fâcheuse habitude de laisser derrière lui des indices flagrants de sa culpabilité ? Sans ces petits cailloux blancs aidant le meilleur détective du Monde à freiner l'ascension criminelle du Sphinx, sans les énigmes et autres jeux offrant toujours à Batman une possibilité de victoire, serait-il seulement possible de contrer le génie criminel d'Edward Nygma sans remettre en cause les fondements mêmes de sa propre mission ?

Au cours d'un récit quasi contemplatif et d'une froideur implacable, Tom King nous livre un album sur ce thème n'oubliant pas d'également nous servir une explication psychologique bien amenée à la fascination du Sphinx pour les jeux de l'esprit. Incontestablement un album qui fait honneur à son modèle et qui pourrait faire date dans la mythologie du Chevalier Noir.


Malheureusement, dans One Bad Day - Double-Face, le pauvre Harvey Dent et sa schizophrénie, pourtant prometteuse au vu du concept, sont laissés entre les doigts gourds de Mariko Tamaki. Autant dire que ça ne va pas être la même limonade et que celle-ci risque de saturer d'amertume même les papilles les plus endurcies. C'est à notre Mariko que l'on doit, par exemple, l'assez niaise et girly Supergirl de Supergirl : Being Super ou, au registre du pire, la très controversée fille obèse et gothique de Starfire dans I am not Starfire (bon dieu non, tu ne l'es pas ; on ne croit même pas au fait que tu sois sa fille). 

Comme elle l'a déjà prouvé maintes fois auparavant, en dehors de ses combats militants de prédilection (essentiellement axés autour d'une sorte de féminisme intersectionnel que nous nous garderons bien de vouloir définir ici), Tamaki a toutes les peines du monde à écrire quoi que ce soit d'un tant soit peu intéressant... Démonstration en est faite une fois de plus ici avec une histoire d'un classicisme et d'une platitude dramatiques dans laquelle la Bat Family est baladée par un plan de Dent pourtant cousu de fil blanc et que le lecteur devine dès les premières pages. 

Quid des origines du mal qui torture Double-Face ? Ce sera à peine abordé. Dent franchira-t-il un nouveau pallier dans sa démence ? Oui, comme on le devine dès la quinzième planche du volume. Et exactement de la façon dont on le devine. La vision des choses de Batman s'en verra-t-elle bouleversée ? Eh bien, à peine : disons que, malgré leur vieille amitié, il adoptera enfin l'image d'Harvey Dent que nombre de protagonistes du Batverse ont déjà de lui depuis des décennies... wouah ! Révolutionnaire ! Ça ferait une fan fiction correcte avec son lot d'enquêtes infructueuses et de bastons... mais on a ici affaire à un récit officiel dans lequel l'auteur (on n'a pas le droit de féminiser ce mot, sinon la foudre s'abat sur nous de la main de notre rédac-chef) [1] a du mal à se dépatouiller. Elle va même jusqu'à pousser Batgirl/Spoiler à demander à Batman une entrevue sur un des toits de la ville tant elle "n'arrive pas à avoir une conversation sérieuse dans une Batcave"... Sans doute la petite Mariko se sent-elle terriblement subversive en dénonçant ainsi le virilisme patriarcal de notre héros qui ose posséder des repaires outrancièrement bien équipés pour combattre le crime. Sans doute. Sans doute est-ce pour ça que seules Spoiler et Cassandra Cain assistent Batou dans cette affaire, décrochant aussi la plupart des actions décisives. Sans doute. 

Mais tout ça ne fait pas une histoire. Enfin... pas une bonne. L'on s'ennuie pas mal à tourner les pages de ce tome et sa sortie suivant de très près celle du Tom King, il est impossible pour Tamaki de ne pas souffrir grandement de la comparaison. 


En ce qui concerne la patte graphique, notons deux très belles et efficaces illustrations de couverture, représentant le visage des antagonistes donnant leur nom à chaque album.

Celle du Sphinx est en adéquation avec le dessin des planches de Mitch Gerads. 
Le Sphinx se voit gratifié d'une approche visuelle réaliste faisant penser aux plus crus des albums de DC, à ceux dont on sait dès leur ouverture que l'on est à mille lieux du Batman ridicule des années disco. Le tout y est baigné d'un vert omniprésent suggérant l'emprise du Sphinx sur toutes choses en cette corrompue cité de Gotham. C'est plus une œuvre qu'un ouvrage. Écriture et mise en images s'allient dans une volonté unique de crédibiliser la menace totale qu'incarne un Edward Nygma en roues libres. Implacable. 

La couverture de Double-Face, elle, est tout simplement mensongère. Malgré quelques planches louables et quelques cases iconiques, le contenu ne sera jamais à la hauteur de cette illustration parfaite de la schizophrénie de Dent qu'offre la première de couverture. Cela manque de précision, de charisme, d'identité... Javier Fernandez offre un travail qualitativement supérieur au travail scénaristique de Tamaki mais ne parvient jamais à en faire oublier l'indigence. 


Au final, c'est la crainte qui domine : cette idée d'appliquer le "one bad day" à divers super méchants est indéniablement excellente, et Tom King parvient à le prouver, mais ne serait-il pas le seul à pouvoir le faire avec brio ? L'avenir nous le dira... 
Pour l'instant, voilà une collection qui a elle aussi deux visages... et l'un des deux n'est pas bien joli. 
Dans les mois à venir, Urban va nous livrer les traductions des autres livres, à savoir ceux consacrés au Pingouin, à Mr. Freeze, Catwoman, Bane, Gueule d'Argile et Ra's Al Ghul... Comptez sur nous pour garder un œil sur ces parutions.
Alors, certes, nous voilà curieux... mais sommes-nous pleinement rassurés, Batou ?


[1] C'est normal, il n'y a rien à féminiser. C'est le genre grammatical du nom dont il est question, pas le sexe de la personne concernée. C'est pour cela que l'on dit "une" recrue, "une" andouille, "une" star, "une" sentinelle, même pour un homme. Et personne n'a l'idée de pleurnicher pour "masculiniser" ces noms. Les "féministes" (version woke, c'est-à-dire des gens avec trop de temps libre et pas assez de neurones) qui projettent leurs névroses dans une grammaire dont ils ignorent tout feraient bien de se trouver des causes plus valables à défendre. Signé : le rédac-chef en question.




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une exploitation ambitieuse d'un concept intéressant, appliqué à huit opposants emblématiques de Batman.
  • Un tome consacré au Sphinx qui pourrait faire date... si son appartenance à cette collection One Bad Day ne l'amène pas à côtoyer trop de tomes bien plus anecdotiques (l'avenir nous le dira).
 
  • Un concept qui risque peut-être d'avoir du mal à s'appliquer à autant d'antagonistes sans amener une impression de redondance.
  • Un tome consacré à Double-Face qui peine à offrir le minimum syndical... 
Boîte des Irréductibles #3 : Astérix chez les Helvètes
Par




On poursuit le tour d'horizon de la collection Hachette avec Astérix chez les Helvètes !

À Condate, le gouverneur Gracchus Garovirus passe du bon temps, occupé qu'il est à festoyer sans fin,  organiser des orgies et détourner l'argent des impôts qu'il est censé envoyer à Rome. Quand un contrôleur, Malosinus, vient mettre le nez dans ses affaires, Garovirus a la bonne idée de l'empoisonner. Mais Malosinus connaissant un certain druide gaulois, il l'appelle à l'aide. C'est ainsi que Panoramix débarque à Condate, accompagné bien entendu d'Astérix et Obélix.
Pour sauver Malosinus, Panoramix doit préparer une potion qui requiert une étoile d'argent (en fait, une edelweiss), fleur rare qui ne pousse qu'en Helvétie. Il n'en faut pas plus pour que les deux compères se lancent dans une nouvelle quête...
Une course-poursuite s'engage alors entre les soldats romains à la solde de Garovirus et les Gaulois, bien décidés à ramener la fameuse fleur à leur druide. 

Voilà encore une aventure très bien écrite (dont le début est assez complexe, toute proportion gardée) qui permet aux deux héros de découvrir un nouveau pays, l'Helvétie, prétexte à une longue suite de gags anachroniques en rapport avec la Suisse (avec les passages obligés que sont les banques, la propreté et la précision suisse des... sabliers). 
L'enjeu est clairement posé, les péripéties bien présentes et le récit s'avère rythmé et agréable. Du tout bon donc pour ce seizième album consacré aux Gaulois et publié à l'origine en 1970.




Comme toujours, l'album propose de nombreux bonus revenant sur le contexte de l'époque, les sources d'inspiration des auteurs, mais aussi la gastronomie à Rome ou même un bestiaire des animaux qu'Uderzo met en scène. Le tout est abondamment illustré et accompagné de documents inédits.
En ce qui concerne la figurine, c'est cette fois le pirate Barbe Rouge que nous pouvons découvrir. Le petit livret accompagnant l'album lui est donc consacré. Première apparition, évolution graphique du personnage, parallèle avec les pirates (bien plus sérieux) de Charlier et Hubinon sont au sommaire. Le livret se penche également sur l'album Astérix Gladiateur, avec de nombreux extraits et diverses informations intéressantes concernant par exemple les citations latines ou encore les versions étrangères des albums. Les chapitres finaux sont centrés sur la vie privée de Goscinny et Uderzo.

Là encore, c'est un sans faute, avec une aventure trépidante que l'on redécouvre en grand format, des tonnes d'articles permettant de faire un tour très complet du sujet, et une figurine de qualité. 
On attend la suite avec impatience, par Toutatis !

Si vous avez raté le début, courez vite consulter ces articles revenant sur les boîtes 1 et 2.
Et pour les abonnements, c'est par ici !




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un récit efficace et rythmé.
  • Des bonus nombreux et variés.
  • La figurine.
  • RAS.