L'Amour Ouf (et pourquoi c'est bien plus minable que fou)
Publié le
31.1.26
Par
Nolt
L’Amour Ouf est un film… fou sur bien des plans. À la fois très bon et… épouvantable.
On revient sur un des hits 2024 du cinéma français.
Dans les années 80, Jacqueline, alias Jackie, scolarisée et plutôt intelligente, rencontre Clotaire, un ado, comme elle, mais qui a quitté l'école et passe son temps à zoner avec ses potes (et accessoirement à se foutre de la gueule des gamins qui, eux, sont encore au lycée). Parce qu'à cet âge, les filles semblent irrépressiblement attirées par les pires profils, elle va tomber amoureuse dudit Clotaire. Ce dernier, de bastons en mauvais coups, finit par s'attirer des ennuis en volant non plus des commerçants mais des mafieux. Il se fait choper mais a "la chance" de se faire offrir aussi un "job". De petit délinquant ne respectant rien ni personne, il parvient au statut de vrai criminel, participant à des casses.
Et ce qui devait arriver arrive : un braquage se passe mal, il y a un mort, et Clotaire part en taule pour 10 ans.
Bon, déjà, on sait que c'est un film de science-fiction, parce que pour qu'une racaille se prenne douze ans de taule et en fasse dix, ou c'est de la SF ou ça ne se passe pas en France. Bref, pendant ce temps-là, Jackie rencontre un mec normal, un brave type qui a un boulot, l'aime, se comporte normalement. Mais voilà les années passent, Clotaire ressort et, lui, il n'a pas oublié Jackie...
Alors, même si je n'aime pas du tout Poelvoorde, Chabat et cette clique, il faut reconnaître que ça joue bien. François Civil est bon aussi, reste juste Adèle Exarchopoulos, qui comme d'habitude nous inflige son regard de poisson mort, sa diction approximative et son visage inexpressif (il ne suffit pas d'être en larmes pour être émouvant). Comment se fait-il que cette fille, incarnation de la fadeur, soit à ce point suremployée partout ? Enfin, soyons honnête, sur la forme, ce film de Gilles Lellouche est très bon. On ne s'ennuie pas malgré les 2h40, il y a des scènes magnifiques, de bons dialogues, une musique au top et une réalisation vraiment efficace voire inspirée. Mais ce que ça raconte... putain.
Parce que, OK, c'est un bon film, on se laisse prendre au jeu, les personnages génèrent une énorme empathie (bravo d'ailleurs à Mallory Wanecque et Malik Frikah, excellents dans les rôles de Jackie et Clotaire jeunes, qu'ils doivent d'ailleurs installer pour que le film tienne la route), mais quand on réfléchit un peu au fond, en prenant du recul, c'est assez glaçant. Un peu comme si tu n'étais pas assez habillé sous une fine mais retorse pluie de novembre.
Parce que, ça raconte quoi, en fait ? Une jeune fille tombe amoureuse d'un vrai connard, qui ne fait que des conneries. Il va en taule pour un crime qu'il n'a "pas commis", mais bon, il a tout fait pour. Et quand il ressort, il justifie presque les dix années passées en prison. Elle va tout laisser tomber pour lui, dans une crise d'immaturité assez exceptionnelle, qui justifie donc le titre. L'amour peut être fou au point que l'on fasse n'importe quoi. Hmm... pourquoi pas.
Mais par contre, la romance est tout de même très basique. On s'aime, on est séparés injustement, mais on se retrouve et on s'aime encore. Ça ne met pas trois balles dans le dos d'un ministre "suicidé". Ou ça ne casse pas trois pattes à un canard, pour être plus classique.
L'intrigue "policière", ou mafieuse disons, est encore plus maladroite, puisqu'elle n'a pas réellement de fin. Ou plutôt, elle se conclut par une pirouette aussi agaçante qu'irréaliste.
Mais nous n'en sommes pas encore arrivés au pire, au sous-texte, au "message", qu'il soit volontaire ou inconscient.
Car ce qui est vraiment nauséabond dans ce film, c'est finalement ce qu'il défend, avec une pugnacité scélérate : les racailles ultra-violentes et en rupture totale avec la société sont de gentilles personnes qui ont droit à l'amour et sont meilleures que les citoyens honnêtes. Vous ne l'avez pas perçu comme ça ? Vous avez été particulièrement inattentif alors. Voyons cela en détail.
1. Le père de Clotaire, un type honnête, qui a un boulot difficile, comme la plupart de nos pères à l'époque, est présenté comme trop dur et, au final, comme un loser.
2. Si Jackie et Clotaire s'entendent bien et tombent amoureux, c'est parce que Jackie tient tête à Clotaire, en le défiant. Clotaire va la respecter et être attiré par elle parce qu'elle ne se "laisse pas faire". Et Jackie, soi-disant contre la violence, va être fascinée par ce type justement parce qu'il incarne une rupture totale avec les valeurs raisonnées et raisonnables de la société.
3. Clotaire est montré comme une victime d'une erreur judiciaire alors qu'en réalité, c'est son comportement criminel bien réel qui le mène à cette condamnation. Et personne ne lui a demandé de se taire pour protéger des voyous qu'il connaît à peine.
4. Une fois dehors, Clotaire va commettre des crimes bien plus nombreux, sans être cette fois condamné, comme si son comportement était "justifié".
5. Le mari de Jackie, pourtant gentil, est montré comme violent dans une scène atroce où, anéanti par la souffrance, il tente d'abuser de sa propre épouse. Qui le massacre avec un combiné téléphonique.
6. Le père de Jackie finit par admettre, quand elle quitte un type normal pour un repris de justice ultra-violent et criminel, qu'elle "a raison" !!
7. La scène finale, abjecte, montre un responsable de secteur, dans un magasin, se faire menacer par les deux couillons. Alors, effectivement, le responsable en question n'est pas du tout sympa, mais ici, le trait est forcé pour que les deux racailles (car Jackie est bien devenue cela) soient perçues comme légitimes lorsque Jackie menace et soumet son chef.
L'Amour Ouf n'est pas un grand film pour une raison essentielle : il ne tient pas un second visionnage ou un début de réflexion sur son propos. Oui, c'est bien foutu, on se prend d'affection pour Jackie et Clotaire, on peut se laisser porter, le cerveau éteint, par cette pseudo-romance, en laissant les auteurs (Gilles Lellouche, Ahmed Hamidi, Audrey Diwan) nous mettre leur vision du monde décadente et amorale dans la caboche, en souriant et bouffant du pop-corn. Parce que c'est "joli" et divertissant.
Mais si l'on est encore un peu capable de comprendre ce qui est dit et montré, si l'on pense que réfléchir sur une histoire et sa morale est essentiel, si l'on refuse de laisser la merde être camouflée par les paillettes et quelques tours de passe-passe, alors, ce film n'est non seulement pas "grand", mais il n'est pas non plus "bon" au sens le plus strict du terme. Parce qu'il est complaisant avec ce qu'il y a de pire dans l'humanité et la société. Et ce n'est pas une question de violence. On nous dit, à la fin, que Clotaire renonce à la violence par amour pour Jackie. Déjà, c'est une bien mauvaise raison. Il se range parce qu'il ne veut pas perdre la femme qu'il aime, pas parce qu'il réprouve ses anciennes méthodes. Ensuite, Jackie prend la relève d'une manière très vicieuse, en menaçant son chef (en gros, elle lui dit que son mec a fait dix ans de prison, et que s'il ne s'en prend pas à lui, c'est parce qu'elle le tient en laisse).
Où est la morale là-dedans ? La violence, elle, n'est pas un absolu. Elle dépend du contexte. On peut être très violent pour sauver un enfant par exemple. Donc, être "contre" la violence, comme Jackie semble l'être (ou plutôt le dire, car en réalité, elle joue bien de la menace), est stupide. Par contre, la morale, elle, ne peut se négocier selon le contexte. Clotaire est un criminel, et Jackie ne l'aime que pour ça (rien dans ce qu'il est, fait ou dit ne laisse supposer le contraire). C'est pour cela que, malgré les effets réussis, les plans inspirés et les musiques sympas, L'Amour Ouf laisse un arrière-goût de pourri dans la bouche.
Parce que ce qui fonde cet amour, et par extension tout le film, c'est un culte voué aux pires saloperies.
Déroutant. Parce que très bon si l'on en reste à l'écume du récit, mais profondément puant si l'on fait l'effort de comprendre ce qui est dit.
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