Intégrale Johan et Pirlouit
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Retour sur la brève mais intense saga Johan et Pirlouit.

Si Peyo est très connu pour sa mythique série des Schtroumpfs, le talentueux auteur belge a également créé d'autres bandes dessinées haut de gamme mais quelque peu occultées par le sidérant succès des petits lutins bleus. Parmi celles-ci, l'on peut citer Benoît Brisefer (dont nous parlerons prochainement plus en détail), Poussy mais surtout Johan et Pirlouit, titre dans lequel apparaîtront d'ailleurs pour la première fois les fameux Schtroumpfs.
C'est en 1952 que Peyo lance cette nouvelle série, dans le Journal de Spirou. Elle met en scène Johan, un jeune page, courageux et intelligent, et Pirlouit, un nain (qui n'arrivera cependant que dans la troisième aventure), plutôt gaffeur et colérique. 

La série repose pour beaucoup sur cette complémentarité, classique mais toujours très efficace. Johan et Pirlouit forment à la fois un duo comique mais aussi et surtout un binôme d'aventuriers, confrontés à diverses menaces. Car si les gags ne manquent pas, l'auteur n'oublie pas de placer un enjeu véritable dans ses intrigues. Il va ainsi publier 13 albums, de 1954 à 1970. Notons que de 1994 à 2001, quatre autres albums seront réalisés par Yvan Delporte, Thierry Culliford, Luc Parthoens au scénario, et Alain Maury au dessin. 
L'intégralité de ces récits, plus divers bonus et histoires courtes, sont proposés dans une intégrale Dupuis en quatre tomes, plus un tome 5 édité par Le Lombard, qui reprend les quatre albums évoqués ci-dessus. 




D'un point de vue visuel, la série adopte un style franco-belge très classique, non réaliste, avec les traditionnels personnages "à gros nez". Cela n'empêche pas un grand soin apporté aux scènes de combat ou à certains décors. En ce qui concerne les scénarios, l'on peut être surpris par leur grande efficacité, encore aujourd'hui. Les dialogues sont bien écrits, les gags (même visuels) très souvent drôles, et globalement, même si ces histoires visent un public enfantin, elles sont de suffisamment bonne qualité pour distraire agréablement les adultes. Précisons que les récits varient de 44 à 60 planches, ce dernier format permettant évidemment les meilleurs développements, que ce soit pour le fil principal ou les personnages secondaires. 

L'univers ingénu et naïf développé par Peyo ne doit pas faire oublier la grande maîtrise dont il saura faire preuve, tant à l'écriture qu'à la mise en page (même s'il sera régulièrement aidé, notamment au niveau des décors). Loin d'être datés, ses dialogues ont le charme du monde d'avant, où même les adolescents les plus turbulents s'exprimaient dans un français qui dérouterait aujourd'hui bien des adultes (c'est le cas aussi dans Benoît Brisefer, alors que le cadre n'est plus médiéval mais bien moderne). L'humour de Peyo s'avère également étonnamment percutant, encore aujourd'hui. Sans doute parce qu'il est le plus souvent porté par un effet graphique parfaitement calibré et un excellent sens narratif. 




Bien entendu, les albums n'ont pas tous forcément le même intérêt. Les premiers souffrent d'un style graphique encore vert, avec des personnages qui n'ont pas encore trouvé leur forme finale. Mais rapidement, une fois le duo installé, Pierre Culliford (le vrai nom de Peyo) va aligner des planches de plus en plus abouties. 
Dans les récits marquants, l'on peut citer La Flûte à six trous, histoire qui verra naître les Schtroumpfs et qui sera justement reprise en album par la suite sous le titre La Flûte à six Schtroumpfs, un récit haletant dans lequel s'entremêlent magie et complot. Le Serment des Vikings, qui voit Johan et Pirlouit venir en aide à un jeune garçon enlevé par une bande de brutes, est également une belle réussite, parvenant à équilibrer aventure, combats et gags. Enfin, La Guerre des 7 Fontaines figure également parmi les nombreuses aventures plaisantes et habilement construites. Ici, tout commence par la visite gentiment effrayante d'un château hanté et la découverte d'un fantôme très particulier. 

Avec son duo attachant, ses personnages secondaires hauts en couleur, ses intrigues classiques mais bien ficelées, ses dialogues de qualité et son humour plein de bonhommie, cette série, qui ne compte pourtant que 17 albums, a réussi à se hisser au rang des grands classiques intemporels de la BD franco-belge. Loin d'être datée, elle s'avère encore divertissante et possède un charme exceptionnel qui en fait l'une des grandes réussites de Peyo. Nul doute qu'elle sera un jour relancée, reste à souhaiter que ce soit par des auteurs ayant au moins autant de savoir-faire et de rigueur que le grand Culliford. 

Très conseillé, surtout si l'on apprécie le médiéval fantastique et le franco-belge à l'ancienne. 
   




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un duo fonctionnant parfaitement.
  • L'humour, efficace la plupart du temps.
  • La qualité du texte.
  • Le format 60 planches.
  • Le côté très complet de l'intégrale, qui regroupe aussi les histoires courtes du duo.


  • Le prix des différents tomes de l'intégrale Dupuis, de 38 à 42 euros, alors que le tome édité par Le Lombard (et qui comprend 4 albums) est à 28 euros !