Alyson Ford #1 - Le Temple du Jaguar
Par

De l'aventure, de l'exotisme, un message écologique, de l'amitié, des liens familiaux, du fantastique...
Tout ça dans une BD à destination de la jeunesse.
Les ingrédients sont bons... mais que vaut le cocktail ? 


Alyson Ford est une jeune fille de onze ans surdouée : elle parle plusieurs langues, maîtrise la capoeira, connaît des techniques de survie... Son auteur la définit comme une "Spirou au féminin", ce qui explique peut-être la rousseur de la chevelure léonine de l'enfant.
Turbulente et excessive, elle grimpe aux arbres de son école anglaise, se bagarre avec les garçons qui l'embêtent et a la sensibilité exacerbée propre à son âge... 
Elle va bientôt recevoir une lettre de ses parents, explorateurs de leur état : ces derniers sont depuis plusieurs semaines à la recherche du grand-père disparu d'Alyson.
Dans cette lettre, ils avouent être en danger et demandent à Alyson... de venir les aider... au Brésil... dans la forêt amazonienne ! Oui, ces parents sont de dangereux malades inconscients, on est bien d'accord !
Mais si nous réagissons ainsi, c'est parce que Vents d'Ouest ne renseigne nulle part sur l'album un élément pourtant crucial : c'est une BD à destination des jeunes ! Et c'est bien ainsi que nous allons nous efforcer de la lire, sans quoi il nous faudrait être extrêmement sévère avec son scénario.
Arrivée au point de rencontre brésilien déterminé dans la lettre de ses parents, la gamine y est accueillie par un allié dont sa Nanny (sa nourrice, en somme) lui avait parlé mais dont on ignorait jusque-là l'identité. Et cet allié n'est autre que... Spip ! Non, je rigole, Alyson baptisera cet allié Flèche, mais c'est bel et bien un écureuil. 
Ah ça, je vous avais prévenu : avec une grille de lecture "BD jeunesse", ça peut passer... mais sans ça, à la première lecture, je me suis inquiété pour la santé physique à venir de la petite et pour la santé mentale du reste de la famille ! Un écureuil pour seul bodyguard avant de s'enfoncer dans la jungle, ça me semblait un peu léger.
Mais Alyson va se trouver deux autres alliés en les personnes de Paolo, taxi à scooter ayant sensiblement le même âge qu'elle, et sa copine Dorothy qui est... une sorte de belette, je crois. Du coup, moi, à ce stade-là, je suis hyper rassuré pour Aly : avec des compagnons pareils, elle ne risque plus rien.
En réalité, Alyson aura heureusement des alliés autrement plus efficaces sur place car, au fil de l'aventure, elle renouera avec la nature et les animaux qui l'abritent, comprendra le lien intime qu'elle a avec Flèche, et rencontrera des indigènes amicaux... et heureusement parce qu'elle va être confrontée à un méchant du genre "salaud de la pire espèce", le genre de type bien archétypal qui exploite hommes, femmes et enfants, pollue, détruit tout sur son passage et n'oublie pas de faire ça dans un costume d'un blanc impeccable même après avoir crapahuté une journée entière en pleine forêt vierge. 
On va arrêter là, inutile de vous gâcher la lecture en en disant trop... parlons maintenant de la BD et non plus de son scénario.

Allez, Alyson, tu ne vas pas faire ta chochotte : qu'est-ce que c'est qu'une jungle infestée de dangers mortels quand on a onze ans comme toi, hein ?

Au scénario, on trouve Joris Chamblain (l'auteur des hautement recommandables Carnets de Cerise qui sont des sortes de petits bonbons bédéistiques que ma fille aime encore feuilleter malgré ses seize ans... mais bon, vous vous en moquez, de ça !). Il avoue avoir toujours porté en lui ce projet de petite héroïne aventurière, forte et indépendante. On veut bien le croire : la personnalité d'Alyson est ce qui me semble le mieux écrit dans l'album. Le reste, par contre est d'un grande naïveté... mais pour un jeune lectorat, ça me semble plutôt un bon point. 
On sent à plein nez des sources d'inspiration cinématographiques absolument évidentes : Indiana Jones, évidemment (Harrison Ford ayant bien entendu inspiré le nom de l'héroïne) mais aussi, à mon sens, La Momie (d'ailleurs, la maman d'Alysson s'appelle O'Connell... comme Richard O'Connell, le héros dudit film). Trésor, temple perdu, mystères fantastiques, ésotérisme... on a quasiment le package complet des films d'aventure façon eighties. 
C'est à destination de la jeunesse mais ça bouge : il y a des armes à feu, Alyson est confrontée à des balles et des grenades, elle se bagarre, elle prend connaissance de l'exploitation d'humains, de dangers écologiques... Alors pourquoi trouver ça naïf ? Eh bien parce que le traitement est proche d'une histoire que se raconterait un enfant, multipliant les prouesses du héros et les effets façon deus ex machina pour surmonter des obstacles pourtant hypertrophiés en regard des capacités du personnage central.
Et puis, aussi, parce que l'on sent que la trilogie (car oui, il y aura au moins trois tomes) se dirige vers ça, il y a évidemment un message écologique qui imprègne tout le récit et l'on sent venir des notions comme le lien entre hommes, nature et mythes ancestraux... Je serais presque prêt à parier qu'on va voir arriver par la suite des forces mystiques, voire même des allusions à des mythes tels que le yéti, l'Atlantide ou le monstre du Loch Ness (dont l'existence est par ailleurs déjà sous-entendue ici). Et c'est sympa. C'est très "Indiana Jones"... mais très naïf, à mon sens. Une sorte de fourre-tout animiste, "on est tous fils de Gaïa, mangeons des graines en chantant Kumbaya", attachant mais vraiment, vraiment, vraiment tous publics.
L'auteur quitte ici le côté intimiste de ses autres albums pour s'ouvrir désormais sur des aventures plus amples, dans de plus grands décors. C'est peut-être pour ça que je trouve ça un peu léger à l'heure actuelle. Ce n'est pas son premier livre mais c'est sa première aventure et, en ce sens, il s'en sort pas mal... Là où je trouve le projet le plus intéressant, pour ma part, c'est qu'il trimballe des références que son jeune lectorat n'aura sans doute pas. Et je suis assez amusé par l'idée que des gamins d'aujourd'hui deviennent un jour cinéphiles et regardent des Indiana Jones... en se diant "Mais... ça ressemble à Alyson Ford !" et non l'inverse.


Au dessin, nous trouvons Olivier Frasier (Les Tuniques bleues, Femmes en résistance) qui est capable du meilleur comme du moins bon... dans le même album. Il m'est difficile de parler du dessin de cet album car il lui arrive d'être inconstant. 

Frasier peut nous faire des cases d'une grande joliesse, où l'on a juste envie de se laisser emporter dans la poésie que Chamblain sait distiller. On touche à la communion scénariste-dessinateur et c'est vraiment agréable. Mais il peut aussi rater une pose, appuyer bien trop quelques traits par rapport au reste de la case (comme ci-contre) et nous sortir instantanément de la douceur de cette aventure en nous forçant à sortir de l'histoire et à nous interroger sur les raisons de cet écueil. Pour exemple, la case ci-dessus... La pauvre Alyson semble ne pas y avoir été dessinée par le même dessinateur que le reste de l'album.

Les premières planches sont vraiment jolies et les cases "à défauts" (à mes yeux) sont plus nombreuses vers la fin. Faut-il y voir de la précipitation dans les derniers temps de la création ? Je l'ignore. Mais c'est regrettable.
Parfois, il semble aussi trop compter sur la mise en couleurs pour donner vie à son dessin. Je pense par exemple aux pierres du temple qui se limitent à trop peu de lignes et ne gagnent en crédibilité que grâce à un apport d'ombres et lumières minimalistes mais efficaces.
Je ne peux dire que ça ne me plaît pas... mais par contre, l'album aurait gagné à ressembler tout entier à sa couverture qui, elle, est vraiment très belle !

Comme toujours chez Vents d'Ouest, l'objet est beau ... À tel point que je trouve presque la couverture trompeuse. L'illustration, avec son turquoise organique troué par la rousseur de l'héroïne, de son écureuil et du jaguar est du plus bel effet. Et ce logo orange glacé en relief est une petite merveille de logo ! On voit la couverture et on entend le générique d'Indy : "Taaa-tadadaaa-tadadaaa...". Mais dans l'album, parfois, le souffle retombe un peu. Rien de dramatique. Mais un peu...


Alyson Ford est à mon sens aussi maladroit que son héroïne est adroite mais aussi bourré de bonnes intentions qu'elle...
Je ne doute toutefois pas qu'un jeune lecteur y trouverait bien plus d'intérêt que le daron que je suis !
Et je pressens néanmoins une montée en intérêt pour cette série. Ne me demandez pas pourquoi mais je sens que ces bases encore un peu légères pourraient soutenir deux tomes plus intéressants, au vu des enjeux sur lesquels se clôt celui-ci.

Oui, il l'a bien formée... Assez pour que la suite soit pleine de promesses.

+ Les points positifs - Les points négatifs
  • L'héroïne est sympathique et bien écrite.
  • Une certaine douceur règne malgré l'action.
  • Certaines cases sont très jolies et la couverture l'est plus encore.
  • L'histoire doit être intéressante pour un public jeune moins habitué aux récits d'aventures.
  • La famille de cette gosse est totalement inconsciente, ma parole ! Non, je ne m'en remets pas !
  • Le dessin est parfois inconstant.
  • Le scénario enfile les poncifs mais pour un lecteur peu habitué aux récits d'aventure, ça ne doit pas être bien gênant.
  • Pour de jeunes lecteurs... pour les adultes, c'est un album un peu plus dispensable. 
Les Dragons de la frontière 1/2 - La piste de Santa Fe
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Un western qui n'en est pas un ; des dragons qui n'en sont pas ; une épouse qui n'en est pas une et même un indien qui n'en est pas un... aujourd'hui, on aborde Les dragons de la frontière de Gil et Harriet ! Une BD qui...
qui en est une. Si, quand même !


Tout débute en novembre 1778 au Nouveau-Mexique...
Un siècle avant la période sur laquelle se concentre généralement le western, donc, et pas vraiment à l'endroit de prédilection des aventures de cowboys que nous connaissons.
D'ailleurs, nul cowboy ici ; nous allons rencontrer des dragons ! Eh non, ceux-ci ne crachent pas du feu (quoique, vu le mezcal qu'ils s'envoient comme du petit lait, on pourrait imaginer que ça leur arrive). Les dragons de ce récit appartiennent au bien connu corps de cavalerie espagnol qui fut chargé de conquérir puis de sécuriser le Mexique. Couverts d'un lourd équipement de cuir les protégeant relativement efficacement des flèches indiennes et armés de lances et boucliers (regardez la couverture ci-contre, après tout, je ne vais pas tout vous expliquer !), ils étaient en quelque sorte les "chevaliers" de cette époque des guerres d'indépendance américaines. 

Alors qu'un convoi arpente la longue piste nord-américaine reliant Mexico à San Juan Pueblo sous la protection de quelques dragons, nous faisons connaissance avec quelques-uns d'entre eux.
Commençons par le sergent Beitia El Chato, réputé pour sa dureté envers ses hommes. Cette dureté s'avèrera bien nécessaire pour les former à la rudesse de ce qui peut les attendre en ces territoires hostiles. C'est que cette piste est un rien moins accueillante qu'un chemin de grande randonnée : entre l'aridité des lieux, les crotales et les apaches, on a davantage là une carte détaillant les occasions de s'offrir une mort douloureuse qu'une liste d'étapes cosy où déguster une boisson rafraîchissante.
Vient ensuite le jeune cadet Miguel De Sasoeta, neveu d'un lieutenant-colonel de la cavalerie... cela ne lui accordera aucunement les faveurs de son sergent puisque ce dernier s'est précisément vu chargé par le lieutenant-colonel de jauger ce que peut bien valoir Miguel sous la fournaise du soleil mexicain et dans le feu de l'action.
Miguel, dans la fougue de sa jeunesse, va s'éprendre d'une passagère du convoi qui n'est pourtant en rien disponible puisqu'il s'agit de sœur Madeleine, une ursuline de la Nouvelle-Orléans... oui, le gars s'entiche d'une nonne. Un dadais, je vous dis ! Mais ce dadais a de la fougue et de l'astuce à revendre, ce qui va lui être bien utile par la suite.
Notons encore un autre personnage qui a mon affection : Cascabel ("sonnette", en espagnol), ainsi nommé pour l'étrange fétichisme qui l'anime. Le jeune dragon collectionne en effet les sonnettes de crotale afin que leur bruit fasse diversion lors des combats au corps à corps. Il est accompagné de Xika, petit animal que j'identifie comme une belette, qui traque les serpents pour lui.

Une troupe d'Apaches de la tribu des Mescaleros croise bientôt leur chemin et, suivant le plan de pacification du territoire édicté par le vice-roi, les dragons laissent pour ces indiens quelques litres de leur pire eau-de-vie. Maintenir les indigènes dans la dépendance alcoolique pour les contrôler fut en effet une technique couramment employée à l'époque. 
Mais le chef des Mescaleros n'est pas idiot et a bien compris la manœuvre. Faisant mine de s'emparer de l'alcool et de commencer à s'enivrer, ses hommes préparent en réalité une attaque du convoi à la prochaine halte.
Lors de cette attaque trop furtive pour les dragons, qui étaient en train de se remettre de leur chevauchée, les Apaches emportent sœur Madeleine afin que leur chef puisse en faire sa nouvelle épouse.
Vous devinez la suite : impulsif et faisant fi des commandements de son supérieur, Miguel va partir à leur poursuite pour sauver la pauvre nonne. Son sergent, inquiet à l'idée de ne pas pouvoir ramener le neveu du lieutenant-colonel à son tonton, se voit contraint de partir à sa poursuite avec quelques hommes.

La suite de la BD narrera les affrontements entre ces Espagnols et les Apaches, la découverte des mœurs de ces derniers (y compris leur habitude de kidnapper des espagnols pour les rééduquer et en faire des Apaches) et les tentatives de sauvetage de la pauvre Madeleine dont le chef indien aimerait ne faire qu'une bouchée (haha !)... ce qui est sans compter sur les Comanches du chef Cuerno Verde qui vont bientôt attaquer les Apaches et s'emparer à leur tour de la pauvrette qui, décidément, passe une sale journée !
Nos amis espagnols parviendront-ils à la sauver ? Il faudra attendre la fin de ce diptyque pour le savoir, malheureusement...


Vous l'aurez compris, nous avons ici un récit d'aventures. Il a la grande qualité de n'être pas manichéen. La vie au Nouveau-Mexique est rude et sauvage en ces temps-là et c'est tout ce que la BD tente de vous faire comprendre. Même si elle est focalisée autour des dragons et de leur tentative de sauvetage, elle ne diabolise pas les Apaches ; son auteur, Gregorio Muro Harriet (La sueur du soleil), narre juste une histoire crédible (dont j'ignore si elle est oui ou non inspirée de faits historiques) impliquant de bons gars et des salauds des deux côtés...

Niveau dessin, c'est Ivan Gil qui s'y colle. Après ses aventures napoléoniennes (La bataille, Bérézina), ce dernier nous prouve qu'il est tout aussi capable d'illustrer d'autres lieux et une autre époque.
Son trait est toujours aussi sûr, ses anatomies humaines aussi correctes et ses chevaux aussi bien faits (et ça, c'est une horreur à dessiner, les canassons !).

Le traitement graphique est d'un grand classicisme mais ce n'est en rien une tare. Un découpage en strips horizontaux très sage et une mise en scène des cases très académiques offrent à cette BD un aspect relativement intemporel.

Certes, on a ici une mise en couleurs des plus classiques, aucun effet de lumière, aucun dégradé de folie... Certes, ça me change des partis pris esthétiques audacieux des dernières BD que j'ai chroniquées ici... Certes... Mais c'est avec ce genre de mise en couleurs que j'ai rencontré la bande dessinée. C'est l'école européenne : efficace et sans fioritures. Et croyez-le ou non, ça fait plaisir de revoir ça de temps à autre.
Alors bien sûr, je n'aurais pas été contre des effets d'ombre et de lumière plus recherchés, par exemple, quand un soleil se couche sur ces très beaux paysages que Gil parvient très bien à restituer... mais ça ne suffit pas à entraver le plaisir de la lecture. Sans être réaliste, la palette de Garluk Aguirre, le coloriste, est néanmoins assez étendue et, objectivement, elle fait le travail.

Glénat nous offre ici un album intéressant, instructif, dynamique et soigné.
Si vous êtes de ces bédéphiles "à l'ancienne" ou si vous aimez la BD historique ; si l'histoire américaine antérieure aux pistoleros et aux shérifs vous intéresse ou si vous êtes simplement fan d'un des deux papas de ce projet, n'hésitez aucunement à l'acheter. 

Pour ma part, j'avoue avoir pris du plaisir à en apprendre davantage sur ces "dragons" que je ne connaissais que de nom. Cette BD ne sera pas mon coup de cœur de l'année mais elle est parvenue à créer chez moi l'impatience d'en connaître la suite. C'est déjà une preuve évidente de son efficacité, non ?



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Le choix de cette période de l'histoire des USA est original et intéressant.
  • L'histoire, quoique très abordable, se lit avec plaisir et réserve son lot de surprises, d'enseignements et de rebondissements.
  • Plusieurs personnages sont attachants en raison de leur personnalité typée.
  • Le dessin est soigné.
  • Le traitement graphique global est d'un tel classicisme qu'on pourrait lui reprocher un petit manque d'audace.
  • La coloration oscille entre désuète et intemporelle... du coup, j'aurais pu aussi bien en faire une qualité, aux yeux de certains lecteurs.
  • Une histoire un rien plus complexe m'aurait sans doute embarqué davantage ; mais là, je chicane...
Participez à un projet spatial !
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On vous en avait déjà parlé lors de cet entretien avec Indiana Fraise, le projet consistant à envoyer Michel (la saucisse) dans l'espace est lancé !

Indiana et son ami Seb ont fait un long live hier pour présenter tout ça et inaugurer leur page leetchi, qui leur permettra de réunir un peu d'argent pour financer cette nouvelle péripétie de l'intrépide et valeureux Michel.

Tout cela a l'air un peu... étrange, mais c'est bien plus passionnant et fun qu'il n'y paraît au premier abord. Il s'agit d'envoyer un ballon à 35 km d'altitude, le tout filmé, puis de le récupérer lorsqu'il reviendra sur Terre, sa chute étant freinée par un parachute. L'engin embarque deux caméras, deux GPS et divers capteurs (altitude, température, etc.).

Tout cela est fait dans les règles de l'art, avec autorisation officielle et assurance. Forcément, ça a un coût (l'hélium, qui n'est pas donné, représente à lui seul une grosse dépense). Aussi, même si les deux compères financent évidemment une grande partie du projet, une petite aide serait bienvenue. À l'heure où j'écris ces lignes, ils ont déjà réuni 270 euros (sur un objectif de 1200).

Nous leur souhaitons bien entendu toute la réussite possible pour cette aventure spatiale vers l'infini... et au-delà !




Pourquoi il faut interdire les polars, la SF et l'heroic fantasy
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Pépé le Putois, personnage de dessin animé en quête perpétuelle d'amour, vient de tomber sous les balles des SJW. [1]

En effet, ce putois, caricature en VO d'un... Français, est accusé par les grands penseurs de notre siècle de perpétuer la "culture du viol". Oui, le viol est une culture maintenant. La Warner Bros, pressée de plaire à une minorité de demeurés, a baissé son froc et supprimé le personnage de son dernier film. 
Ce n'est bien entendu pas la première fois que des dessins animés, romans, BD ou films sont attaqués de la sorte (cf. cet article, où déjà l'on apprenait que le Club des Cinq, les Schtroumpfs, Astérix, Indiana Jones ou Crocodile Dundee étaient des œuvres "sexistes" ; ou encore cet article, revenant sur une pratique instaurant un véritable encadrement pour les romanciers, afin qu'il leur soit interdit d'aborder des sujets "qui ne les concernent pas"), aussi, on va aborder cette fois le problème différemment.

Admettons que ce pauvre putois imaginaire soit le chantre de la "culture du viol", tout ceci en prenant l'hypothèse, déjà fumeuse, qu'une telle "culture" puisse exister, ce qui voudrait dire que les criminels perpétrant des viols constituent un groupe social à part possédant des caractéristiques (langage, coutumes, croyances...) communes. C'est très con comme hypothèse, mais OK, admettons.
Que signifie exactement, pour le citoyen lambda et pour les auteurs, le fait d'interdire la représentation d'un tel personnage de fiction ?

Eh bien, tout d'abord, cela implique que le fait de voir un putois imaginaire harceler d'autres personnages imaginaires pourrait avoir une influence sur votre comportement. Car, c'est bien connu, quand on voit Le Silence des Agneaux (très bon film de Jonathan Demme), on a envie d'aller dépecer des gens dans la rue.
Imaginez l'extrême niaiserie de l'hypothèse. Si les gens étaient aussi facilement influençables, cela voudrait dire que la moindre fiction pourrait potentiellement être la source d'une hécatombe. Or, malheureusement, les salauds et autres détraqués n'ont pas besoin d'être incités pour passer à l'acte. Même s'ils s'inspirent parfois éventuellement d'une fiction (pour leur accoutrement par exemple), ce n'est évidemment pas un récit ou un personnage qui est en cause ou qui est l'élément déclencheur. Quelqu'un qui en vient à mettre de côté l'empathie, la compassion et la justice pour violer un autre être humain ne le fait pas parce qu'il a vu un dessin animé comique mais bien parce qu'il a déjà une représentation malsaine de la société et un Surmoi [2] atrophié. 
L'art, dans son acceptation la plus large, n'y est évidemment pour rien. Ce n'est pas l'art qui transmet un patrimoine génétique, ce n'est pas l'art qui éduque, ce n'est pas l'art qui échoue à dissuader, ce n'est pas l'art qui fait d'un innocent un dangereux prédateur. Et c'est pourtant ce que les excités du moment tentent de nous vendre : la représentation fictive d'un personnage causerait, directement ou indirectement, des viols...

C'est d'une absurdité sans nom, mais là encore, admettons que ce soit vrai.
Pourquoi alors s'arrêter à Pépé le Putois ??
Nous sommes tous en danger, il est temps d'agir !
Il me semble même que les personnages qui tuent dans les fictions sont bien plus dangereux que l'autre mustélidé ! Puisque la représentation d'un harceleur conduit au harcèlement dans la réalité, alors il faut logiquement en déduire que la représentation d'un criminel conduit au crime. Il faut rapidement interdire les polars, qui font l'apologie de la culture du meurtre ! Évidemment, même chose pour les romans ou films d'épouvante. Et il serait temps de demander des comptes à Harlan Coben, Stephen King, Wes Craven ou Quentin Tarantino, ces salauds qui propagent les pires saloperies depuis des années, dans l'indifférence la plus totale.

Bien entendu, difficile, si l'on condamne les récits mettant en scène quelques meurtres, de ne pas se retourner contre les romans ou films de guerre, qui sont une ode à la sauvagerie. L'heroic fantasy, n'en parlons même pas ! Tolkien, Moorcock, Martin ou Abercrombie ne se contentent pas de représenter la violence, ils la glorifient et rendent les pires massacres épiques. À la poubelle donc !
Les westerns, ben c'est encore pire, là on peut aussi leur accoler l'étiquette "raciste" en prime. Hop, interdits. 
On a déjà vu (cf. article cité plus haut) que la littérature pour enfants ne valait pas mieux, exit donc les Martine ou Club des Cinq, ces brûlots misogynes et réacs. Impossible de continuer également à produire des comics ou films de super-héros, qui sont eux aussi trop violents et offrent en prime une représentation hypersexualisée et dégradante de la femme. La science-fiction, ce n'est guère mieux. Dune, culture du meurtre et de la conspiration ; La Guerre des Mondes, culture du meurtre et de l'alienophobie ; La Planète des Singes, culture du meurtre, racisme et spécisme ; Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, culture du meurtre et robophobie...

Ouf, heureusement que des génies nous ont averti, parce qu'avec toutes ces saloperies qu'on lisait ou regardait sans se douter de rien, on allait droit dans le mur !
Bon, il reste quoi du coup ? 
Ah ben, Christine Angot. Chouette.

Je n'aurais jamais cru, vraiment, qu'un jour viendrait où je serais dans l'obligation morale de défendre un putois de dessin animé. Ce monde est décidément sans limites... dommage que cet horizon, enivrant et infini, se ternisse sous l'impulsion des plus stupides et des plus sectaires.
Rien ne va aller mieux. Les dérives actuelles vont empirer. Des personnages vont être bannis, des livres et des films interdits. Dans le meilleur des cas, certaines fictions seront triturées (ça a déjà commencé avec les changements de titres) à un point tel qu'elles seront aussi méconnaissables qu'une actrice hollywoodienne accro au bistouri. Les auteurs seront harcelés. Ils le sont toujours, par tous les salopards. Un art plus terne, contrôlé par des commissaires politiques (que la fonction soit réelle ou qu'elle existe de fait), sera mis en place. 
Les fanatiques gagneront, parce que personne ne se lèvera et ne risquera sa réputation, son job, sa liberté ou sa vie pour un putois, un Tintin, un Dark Vador ou un chasseur de crocodiles.
Alors viendront les Ténèbres. Non pas la nuit, qui a ses bons côtés, permet de se ressourcer, d'offrir à un monde trépidant un moment d'accalmie, mais les véritables Ténèbres, celles qui enferment, brisent, diminuent et sanctionnent, même en plein soleil. Puis, un jour, car rien ne dure vraiment, quelqu'un, quelque part, se réveillera. En tombant sur un roman interdit de Maurice Leblanc, peut-être. En (re)découvrant Le Horla ou l'intégrale de The Shield vendue sous le manteau. En frissonnant sur du Racine ou du Koontz. En riant devant Bugs Bunny ou Wile E. Coyote. En caressant les pages d'un vieux Buck Danny, aux pages jaunies et déchirées. Peu importe la nature du déclic. Il viendra. Les gens se souviendront d'un art plus sain, plus libre, plus enivrant. Ils auront le goût de renouer avec ce dont on les a spoliés. Alors se lèveront non les plus courageux, car cela n'arrive que dans les romans, mais les plus déterminés. Les plus intransigeants. Les plus violents, car lorsque l'on est persuadé d'être dans le "juste", la notion d'excès n'existe plus. Cette fois, ces nervis seront au service d'un autre idéal, qui se réclamera lui aussi du "Bien", de la "liberté" et du "progrès". Les meilleures causes engendrent les pires excès, on le sait bien, et admettre que celle-ci sera sans doute plus sensée ne la rendra pas moins criminogène. 

L'Histoire de l'humanité est un long cycle répétitif, broyant et recrachant des os rougis par l'application des idées devenues idéaux. Il y aura donc un après. Il y a toujours un après. Un moment où on se relève, étourdi, comme après une mauvaise cuite. Mais en attendant, la chute peut être douloureuse...



Pépé le Putois
1945 - 2021






[1] SJW/wokiste : machine à indignation ayant beaucoup de temps libre et très peu de neurones. 
[2] Surmoi : instance psychologique "morale" permettant, selon Freud, de lutter efficacement contre les pulsions primaires.

Le Dernier des Dieux 1/4
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Il y a trente ans, un groupe de héros a voyagé au-delà des frontières de la création et a tué le dernier dieu vivant, sauvant le royaume de Caïn Anuun d'une armée apocalyptique. Les compagnons légendaires sont devenus les dirigeants de leur monde et ont inauguré une nouvelle ère de paix. Mais cela ne pouvait pas durer
.
 

Urban inaugure son nouveau format (voir encadré "Urban wants you !") avec trois titres-phares dont Le Dernier des Dieux fait partie.

Dans un monde entre heroic fantasy et dark fantasy, s'étendent des territoires dont les débuts sont narrés dans des récits des origines souvent contradictoires (et dont cette édition a le bon goût d'intégrer des extraits aux albums).
Toutefois, s'il est bien un point commun à toutes ces histoires, c'est l'existence de cet escalier noir, situé dans l'orient lointain et menant au-delà de la création, dans le territoire du dieu du vide !

Trente ans avant le récit qui va nous intéresser, Cain Anuun était en proie au fléau mortifère de la Pestefleur, sorte d'immonde gangrène tuant les êtres et les maintenant dans une non-vie aberrante aux allures végétales.
À cette époque, un groupe de valeureux Traquedieux de tous horizons ont gravi les marches noires et ont mis à mort Mol Uhltep, le dieu du vide.
Victorieux, ils remodelèrent ensuite tout Cain Anuun à leur image, et le plus héroïque d'entre eux, Tyr, devint le roi de tout le territoire et de toutes les races.

Malheureusement, lorsque commence cet album, la Pestefleur fait son retour, remettant en cause la version des Traquedieux et les règles régissant tout le territoire depuis trois décennies.
Quelques anciens de la première expédition assistés de nouveaux combattants vont s'unir pour tenter d'en finir enfin, une fois pour toutes.

Le Dernier des Dieux nous racontera en parallèle ces deux quêtes menées à trente ans d'écart, nous offrant combats, héroïsme et description de ce monde torturé au travers de bribes de son histoire et de ses traditions.


L'auteur de cette série n'est autre que Phillip Kennedy Johnson, connu pour avoir collaboré avec les principaux éditeurs de comics américains (DC, Marvel, Boom! studios, IDW...).
Ici, ce soldat de carrière, trompettiste et enseignant, dévoile tous ses talents et ses passions, mêlant récit de guerre, chants et documents prétendument historiques pour nous offrir un univers crédible dans sa démesure et sa sauvagerie, car ancré dans un passé rendu tangible.
Le dessinateur, lui, n'est autre que Riccardo Federeci, que son diplôme d'art a dirigé tout naturellement vers l'architecture et la physiologie pour désormais l'amener à illustrer des planches anatomiques, des bandes dessinées, des campagnes publicitaires...
Peintre et sculpteur à ses heures, il a une connaissance de l'anatomie humaine qui n'est égalée que par son sens de la mise en scène. Chargées mais toujours lisibles, ses planches et ses cases sont sublimées par la mise en couleurs de Sunny Gho qui a le bon goût de ne pas trop saturer sa palette et de ne garder les teintes criardes parfois trop présentes dans les comics que pour les effets de magie ou de pyrotechnie.
Reste à souligner l'illustration de couverture à tomber par terre de Kai Carpenter et l'on aura fait le tour de la talentueuse équipe qui signe cet ouvrage.


Aaah, Le Dernier des Dieux ! Si vous aimez les muscles, la sueur, le sang, la crasse et la violence traités de façon esthétique... euh...ben vous êtes un peu tordu, permettez-moi de vous le dire ! Mais, surtout, vous aimerez ce comic... ou cette BD... Urban veut que vous y voyiez une BD alors je ne sais trop que dire ! Vous l'aimerez encore plus si vous aimez ce qui est beau parce que, crénom d'un pectoral de Cimmérien, c'est aussi beau qu'un lens flare sur le tranchant d'une lame au soleil couchant !
Si vous aimez l'heroic fantasy, c'est tout bon ! Mais si vous aimez la high fantasy, ça pourrait aussi vous parler parce que l'univers est bien construit et l'on trouve, entre les chapitres, des pages entières de légendes, des chants, des cartes, des récits héroïques ou des poèmes posant les bases de ce monde imaginaire et lui donnant corps au point que l'on peut aisément s'imprégner de ses cultures et de la magie qui l'habitent.
Si vous étiez insensible à la beauté graphique, au souffle épique, à la cohérence et à la poésie, vous pourriez encore vous raccrocher aux thématiques développées. 
On y traite de trahisons des idéaux, de corruption (réelle comme métaphorique), d'idéalisation, de sublimation, de racisme, de la place de l'homme, de la nature de la vie, de... Pardon ? Oui, j'en fais beaucoup mais c'est vraiment très bien alors je me sens obligé d'insister un peu pour ne pas que vous puissiez me reprocher d'être passé à côté alors que... d'accord, j'ai compris : j'arrête !
Sachez juste que ce n'est pas le genre de comic qui se dévore ; il est de ceux qui se dégustent. Il est dense, exigeant et bourré d'informations. Son rythme est globalement plutôt lent mais il se précipite au venir des moments dramatiques jusqu'à parfois être trépidant dans les phases d'action. Il demande à son lecteur un minimum d'investissement pour appréhender son univers mais l'effort en vaut la peine.  


Pour les amateurs de fantasy, il est bon à savoir que Le Dernier des Dieux intègre nombre de ses codes et les utilise à sa sauce. 
On a un royaume partagé entre plusieurs races d'humanoïdes comptant entre autres, évidemment, différentes nations humaines et divers clans elfes (ici nommés Aelves et réputés végétariens... mais bon, ce sont des elfes).
La guerre et la conquête y sont omniprésentes dans les pensées et les légendes, le bestiaire y est convaincant et pas farfelu, le territoire possède sa propre carte (un impératif, dans le genre)...
Et, même si l'univers n'est pas dichotomique, il y a néanmoins une opposition entre un camp du Bien (perverti, ici, menteur et malhonnête mais néanmoins défenseur de la vie) et un camp du Mal (propagateur de corruption et de mort).
Ce mal, d'ailleurs, fait de lourds clins d'œil à des figures emblématiques des univers de fantasy. La corruption en question a des allures de corruption de Nurgle, par exemple, si certains ici connaissent l'univers de Warhammer. 


Et, comme promis, avant de passer au résumé traditionnel, parlons un peu de ce nouveau format mis en place par Urban...

+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Le dessin de Federeci est sans faille, selon moi.
  • L'histoire de Johnson est certes assez classique à l'heure actuelle mais l'univers dépeint est touffu et détaillé.
  • La qualité d'édition est au rendez-vous.
  • Très belle entrée en matière dans cette nouvelle collection Urban.
  • Rien d'important.
    À moins d'être allergique à la fantasy, cet album est un hérault tout à fait honorable du genre.