Publié le
13.11.23
Par
Nolt
Nous avons souvent souligné, sur UMAC, la qualité du run de J.M. Straczynski sur la série Amazing Spider-Man (cf. ce dossier). Nous allons aujourd'hui revenir en détail sur cette période fantastique à plus d'un titre et vous donner quelques conseils d'achat pour reconstituer cette énorme saga.
Peter Parker... un type banal, bien que très intelligent et particulièrement brillant en science, qui, suite à un incident impliquant une araignée radioactive, va mettre de côté sa vie privée et revêtir le costume d'un super-héros. Un jeune homme qui va aussi commettre une terrible erreur qui le hantera et lui inculquera, de la pire des manières, le sens des responsabilités. Ce qui lui permettra, au mépris de sa propre sécurité, de venir en aide aux innocents. Ce pitch, nous le connaissons tous. Il concerne un Peter Parker encore lycéen et qui va rapidement arriver à la fac. C'est la période Stan Lee, les débuts du Tisseur et de la série Amazing Spider-Man.
Mais qu'est-il arrivé ensuite ? Eh bien, notre brave Spidey a connu bien des aventures et a affronté de nombreux ennemis. Sous la plume de scénaristes très différents, ayant chacun leur style, leurs ambitions mais aussi leurs limites, le personnage va évoluer, murir, accumuler les épreuves et les épisodes.
L'époque qui nous intéresse particulièrement ici se déroule d'avril 2001 à décembre 2007. Pendant près de sept ans, J.M. Straczynscki va prendre en main le destin du Tisseur. Et il va réaliser un run mythique en faisant évoluer le personnage de manière significative tout en conservant son ADN, ce qui constitue un exploit inégalé à ce jour.
Mais commençons par le début...
Straczynski débarque sur Amazing Spider-Man (v. 2) #30. À l'époque, la série a connu un relaunch (une remise à zéro de la numérotation) pour attirer de nouveaux lecteurs, elle reviendra à la numérotation d'origine pour le numéro #500 (correspondant à l'épisode (v. 2) #59). L'auteur va immédiatement entamer un travail de fond modifiant le sens de l'engagement de Peter. En effet, sans pour autant toucher aux origines que l'on connaît déjà, Straczynski va superposer une dimension mystique aux événements accidentels qui ont permis à Peter d'acquérir ses pouvoirs. Ainsi naissent la Société de l'Araignée, le personnage d'Ezekiel ou encore la jeune super-héroïne Araña (qui deviendra la nouvelle Spider-Girl).
Très vite, le Tisseur devra faire face à l'un de ses ennemis les plus effrayants : le terrible Morlun (cf. l'affrontement numéro #4 de notre Anthologie des Combats Marvel).
Mais le scénariste va voir ses plans être bouleversés quelques mois seulement après son arrivée. Les attentats du 11 septembre 2001 viennent en effet changer la donne. L'Amérique est sous le choc et Marvel ne peut pas passer ce traumatisme sous silence. C'est ainsi que, dans le numéro #36, Straczynski va livrer un récit aussi poignant que mesuré. Sans réel recul sur les événements, il va mettre en scène le Tisseur, ses alliés, ses ennemis même, venant au secours des victimes des attentats. Il va insister sur le rôle des véritables héros (les pompiers, policiers et secouristes) et livrer un discours ferme mais humaniste, soulignant notamment le fait que les terroristes sont définis par leurs actes et certainement pas leur race ou leur religion.
Le choc passé, l'auteur s'attaque à un tabou : le fait que la Tante May ignore tout des activités de son neveu. Puisqu'elle semble indéboulonnable, autant la faire évoluer. Tout a déjà été dit sur le fait qu'elle ne pourrait pas "supporter" la vérité (alors qu'elle est bien plus en forme que dans les années 60, cf. cette Parenthèse de Virgul), donc autant voir ce que donnerait une telle révélation.
Straczynski va se révéler particulièrement habile, en décrivant une réaction inattendue et fort bien écrite, dans un épisode entièrement "silencieux". Cela, mine de rien, permet enfin à la série d'exploiter de nouveaux ressorts.
L'auteur va également oser toucher au mythe "Gwen Stacy" dans l'arc Sins Past, sans doute l'un des plus décriés. Faisant fi de l'image de pureté absolue véhiculée par l'ancienne petite amie de Peter, Straczynski va raconter un pan choquant de son passé, lui prêtant une liaison (et bien plus !) avec l'un des pires ennemis de Spider-Man. On peut penser qu'il va trop loin, que c'est peu crédible au regard de ce que l'on sait du caractère de Gwen, mais au moins, il a le mérite de secouer le sempiternel statu quo.
Revenons un instant sur les fondamentaux du personnage et la profession de Parker (sujet déjà abordé ici). Contrairement aux périodes qui suivront, où Parker aura l'air de stagner ou régresser, ou alors au contraire lorsqu'il obtiendra des moyens quasiment illimités (en devenant un chef d'entreprise ayant accès à des technologies assez folles), Peter est ici un simple professeur. Il a donc un vrai boulot (il n'est pas sans-le-sou, ce qui le crétiniserait) mais il n'a pas non plus des ressources illimitées (ce qui nuirait aux fameux fondamentaux, l'ADN du personnage en quelque sorte, qui impliquent que l'activité super-héroïque de Parker nuise à sa vie professionnelle et amoureuse). Le job est donc à ce moment-là idéal, d'autant qu'il permet aussi des pistes de scénario intéressantes.
Toute cette longue partie est disponible, en VO, dans cinq tomes Best Of. Pourquoi opter pour la VO ? Eh bien, pour une raison simple : Panini. L'éditeur en charge de la VF a totalement saboté les séries dont il a la charge en livrant des traductions scandaleuses (cf. ce dossier ; même si la tendance est à l'amélioration, la majorité des traducteurs ne sont toujours pas au niveau et continuent d'accumuler fautes de français, confusion dans les personnages, contre-sens et erreurs en tout genre). Il n'est donc pas possible d'apprécier totalement cette saga en français à l'heure actuelle. Sans parler des multiples collections différentes, regroupant imparfaitement quelques pans de la saga.
Évidemment, tous les lecteurs ne parlent pas forcément l'anglais. Deux cas se présentent : soit vous avez un niveau moyen en anglais, auquel cas vous pouvez vous lancer. Non seulement les textes n'ont rien d'ardus (c'est de l'anglais basique et courant), mais en plus, le fait que ce soit une BD vous donnera un contexte qui vous aidera grandement ; soit, dans le deuxième cas, vous ne comprenez rien à cette langue, et là... eh bien c'est le moment d'apprendre. Et quoi de mieux que des comics pour vous lancer ? Ce sera bien plus agréable que n'importe quelle méthode du commerce et, avec internet, vous n'aurez aucun mal à trouver la signification d'un terme qui vous échappe. Grâce à l'impéritie de Panini, vous allez apprendre une langue vivante et boostez vos connaissances ! L'incompétence a parfois son utilité.
Évidemment, tous les lecteurs ne parlent pas forcément l'anglais. Deux cas se présentent : soit vous avez un niveau moyen en anglais, auquel cas vous pouvez vous lancer. Non seulement les textes n'ont rien d'ardus (c'est de l'anglais basique et courant), mais en plus, le fait que ce soit une BD vous donnera un contexte qui vous aidera grandement ; soit, dans le deuxième cas, vous ne comprenez rien à cette langue, et là... eh bien c'est le moment d'apprendre. Et quoi de mieux que des comics pour vous lancer ? Ce sera bien plus agréable que n'importe quelle méthode du commerce et, avec internet, vous n'aurez aucun mal à trouver la signification d'un terme qui vous échappe. Grâce à l'impéritie de Panini, vous allez apprendre une langue vivante et boostez vos connaissances ! L'incompétence a parfois son utilité.
Ces cinq tomes (voir photo ci-dessus) couvrent une grande partie du run de Straczynski mais, malheureusement, pas la totalité. Il va donc falloir compléter avec quatre TPB (des ouvrages moins épais et moins onéreux, enfin, normalement, nous y reviendrons plus loin). Ceux-ci couvrent quatre périodes/arcs narratifs.
On commence par The Other (un crossover se déroulant à l'époque dans toutes les séries du Tisseur, Straczynski n'est donc pas le seul à la manœuvre). Le récit se veut ambitieux, avec de nouveau un énorme affrontement impliquant Morlun mais, surtout, une évolution des pouvoirs de Spidey. Ce dernier devient plus puissant, il obtient des dards au niveau des poignets, la capacité de voir dans le noir et celle de tirer des informations des vibrations de sa toile. Tout cela ne sera pratiquement jamais exploité par la suite, mais sur le coup, cela paraît vraiment "upgrader" le héros tout en restant cohérent avec le côté mystique de son destin.
On enchaîne avec la période Civil War, une saga riche et passionnante au sein de laquelle, là encore, Spidey va énormément évoluer. Il obtient tout d'abord un nouveau costume, bardé de technologies, grâce à Tony Stark (de nouvelles capacités atténuées par le fait que Peter ne sait pas encore parfaitement se servir de ce nouvel équipement). Surtout, il va faire le choix de dévoiler publiquement son identité (ce qui n'est pas ce que la loi, le superhuman registration act, prévoit, rappelons-le), ce qui va permettre de développer de nouvelles directions au niveau des récits. Et ce qui aboutira notamment à Back in Black.
Cet arc, plus sombre comme son nom l'indique, voit Peter affronter les conséquences de ses choix, et il aurait même pu donner une fin digne de ce nom à la fameuse Tantine... malheureusement, la volonté de Marvel est tout autre, les pontes s'entêtant à exiger un surplace narratif qu'ils estiment impossible à dépasser. Cela va donner lieu au point final du run de Straczynski : la poignante mais épouvantable saga One More Day (là encore un crossover).
Pendant un temps, Straczynski menace de retirer son nom de ces épisodes. Il faut bien comprendre à quel point l'attitude de Marvel est stupide et contre-productive. Alors qu'il dispose d'un des meilleurs auteurs de comics, alors que le type vient de passer des années à patiemment moderniser un personnage qu'il aime, à le faire évoluer pour redonner de l'intérêt à la série tout en conservant ses fondamentaux, l'éditeur décide de balancer tout le travail accompli aux orties pour imposer un reboot dégueulasse qui viole la continuité et désespère les lecteurs. Parker revient, dans Brand New Day, dans un état proche de celui qui était le sien dans les années 60, alors qu'il était adolescent. Il est célibataire, sans emploi et en colocation...
Le gâchis est tel qu'il n'est pas mesurable. Straczynski aura donc été l'auteur qui aura fait le plus progresser le mythe Spider-Man, en écrivant des arcs figurant parmi les plus impressionnants et émouvants du titre, mais il sera donc aussi celui qui enterrera, contraint et forcé, toutes ces avancées.
Toute cette longue et chaotique partie est disponible donc en TPB. Vous constaterez que la photo (ci-dessus) présentant ces ouvrages ne contient que trois comics (The Other, Civil War et One More Day). Ce qui va nous permettre d'aborder un point crucial : le prix de ces livres.
En effet, je n'ai jamais réussi à trouver le Back in Black à un prix raisonnable. Il est aujourd'hui proposé à des tarifs délirants (70 euros, 90, 160 et même 380 !). Un tel TPB vaut en réalité entre 20 et 30 euros, à tout casser. Et les Best Of présentés plus haut valent entre 30 et 50 euros. PAS PLUS.
Déjà, même quand un livre n'est plus disponible en neuf, son prix ne décolle pas pour autant. La règle, c'est que l'occasion, c'est logiquement moins cher que le neuf. Vous allez me dire que l'offre et la demande peuvent faire monter les prix. Certes, mais ici, ces prix sont gonflés artificiellement. Expliquons-nous : quand Marvel publie un livre, c'est pour le vendre au maximum. Si l'éditeur estime (ou sait, dans le cadre d'une série régulière) qu'un ouvrage se vendra en moyenne à 100 000 exemplaires, il va en tirer au moins 100 000 (et probablement un peu plus). Aucune raison de laisser des dollars se perdre volontairement. Mais, malheureusement, certains margoulins organisent cette limitation de l'offre en achetant 50, 100 ou 200 exemplaires d'un même titre (ce sont des gens qui ne vivent que de ça, voire même des boutiques) pour les revendre ensuite trois fois ou dix fois le prix. Il s'agit donc d'une arnaque. Ces escrocs ne doivent pas être "nourris". Ce sont des parasites, qui ne fournissent aucun travail et profitent des auteurs et des passionnés. Ce n'est pas parce que l'on est collectionneur que l'on doit devenir un pigeon. Soyez donc prudents et faites preuve de discernement et de patience, ce n'est pas parce qu'un titre est proposé entre 70 et 380 euros que l'acheter 70 euros devient une bonne affaire pour autant.
Voilà, nous avons fait le tour de ce long run et des ouvrages qui contiennent ces épisodes fabuleux, écrits par un Straczynski au top de son savoir-faire. Ce sont des gens comme lui qui donnent leurs lettres de noblesse à la bande dessinée et qui forgent des bataillons de lecteurs acharnés et d'auteurs éclairés. Le fait qu'il ait pu, dans un cadre aussi strict et limité que celui imposé par Marvel, apporter autant d'innovations et de moments forts en dit long sur son talent et sa maîtrise d'un art véritablement magique lorsqu'il est pratiqué par de tels virtuoses.
Publié le
9.11.23
Par
Virgul
Là-haut, là-haut
Très loin dans l'espaceuuu
Entre la Terre et Vénus
Le ciel garde encore la trace
Du prince Actaruuus...
Si ça ne vous dit rien, deux possibilités : vous êtes trop jeunes et vous avez probablement raté d'autres trucs cool, comme les années 80, les Malabar bigoût et la possibilité de dire quelque chose sans que des blaireaux incultes viennent pleurnicher sous prétexte qu'ils sont choqués, ou alors vos parents étaient trop pauvres pour avoir la télévision en 1978. Pas de honte à avoir, ça coûtait quand même cher à l'époque une télé. Pis bon, tu n'avais qu'à réduire ta consommation d'Ovolmatine et de choco BN, ça aurait peut-être permis à tes darons de s'offrir un petit loisir de temps en temps au lieu de se tuer au travail pour nourrir leur sale mioche ingrat ! Euh... je m'emballe, pardon.
Mais, revenons-en au sujet de cet Écho : Goldorak !
Mais, revenons-en au sujet de cet Écho : Goldorak !
Bon, ce n'est pas une nouveauté, mais c'est toujours disponible et comme personne n'avait traité du sujet sur UMAC, il fallait bien que je m'y colle, nom d'un matou ! À ce propos, si vous voulez en savoir plus sur la suite récente de Goldorak, c'est par ici. Je vous conseille aussi ma Parenthèse numéro 4, sur le même sujet.
Premier bon point : cette intégrale en DVD bénéficie d'épisodes remasterisés et, surtout, non censurés. Ouais, à l'époque, on censurait déjà et les traducteurs se torchaient allègrement le cul avec le "respect de l'œuvre", qui ne fut inventé que des années plus tard par Jean Ronchon (dont le fils, Kevin Ronchon, a lancé la mode des mangas en VF imprimés dans le sens de lecture japonais... ah ben, il n'y a pas eu que des génies chez les Ronchon).
Deuxième bon point : c'est bien présenté, même au niveau du sommaire, et joliment illustré (voir les photos illustrant cet Écho).
Troisième bon point (et bonne surprise) : le coffret (ou les coffrets plutôt, puisqu'il y en a six) contiennent aussi deux carnets de croquis présentant vaisseaux et personnages. Pas indispensable, certes, mais un petit plus qui fait plaisir et montre le soin qui a été apporté à cette édition.
La série en elle-même est clairement datée, bien entendu, notamment au niveau de la narration, parfois très rapide et "bourrine". Mais, et c'est un grand "mais", elle offre aussi des moments d'émotion intenses, des personnages non-manichéens (une rareté pour l'époque) et de superbes compositions musicales. Bref, ça reste une œuvre mythique et bien fichue. Et au prix de 70 euros pour plus de 30 heures de dessin animé, vu la qualité de l'emballage, on n'a pas l'impression d'être volé.
À réserver cependant plutôt aux nostalgiques, même si la série a encore son charme.
Publié le
9.11.23
Par
Virgul
Tout d'abord, précisons que l'on parle bien ici des livres et non des sons & lumières de Jackson avec les Hobbits pleurnichards. Non, on est bien là au cœur du mythe, avec une nouvelle traduction (basée sur des indications de l'auteur et les notes retrouvées et publiées par son fils) et des illustrations de Tolkien en personne.
Alors, commençons par le positif : c'est un objet magnifique. Entre la couverture, sang et or (sur un gros fond noir quand même), la jaquette d'un gris élégant, les inscriptions en elfique sur la tranche des pages, aucun doute, ça a vraiment de la gueule.
Outre les illustrations (et schémas) de Tolkien (on nous en annonce 30, je n'ai pas été vérifier, mais disons que ça fait très léger pour un tel pavé), deux cartes à part sont présentes, histoire que le lecteur puisse suivre les pérégrinations des héros. Pour ce qui est des dessins, ne vous attendez pas à en prendre plein la vue. Ils ont certes leur charme, mais certains sont relativement petits et Tolkien est tout de même meilleur romancier que dessinateur. On a déjà vu mieux donc, mais ça a son intérêt puisque l'on bénéficie de la vision de l'auteur.
Quelques réserves toutefois. Tout d'abord, la jaquette qui entoure l'ouvrage. Elle est jolie, et même agréable au toucher, mais contrairement à une couverture souple, une jaquette s'avère forcément très fragile et très emmerdante lors de la manipulation du livre. Donc, pas forcément une bonne idée (à moins de décider de ne pas le lire...). Mais surtout, c'est le prix qui est délirant. La version originale est vendue à 60 euros, la version française vous coûtera par contre... 89 euros ! Wow, 50 % de plus, c'est incompréhensible. C'est d'ailleurs ce prix qui constitue le gros frein à l'achat de cette version plutôt soignée et prometteuse.
Notons également des choix de traduction assez désagréables (cf. cet article) et injustifiés. On est vraiment ici dans du changement idiot, pour simplement annoncer une nouvelle traduction (qui n'a aucun intérêt).
Un classique de la littérature, dans un écrin certes joli mais qui vous coûtera la peau du cul.
À vous de voir (mais de toute façon, au rythme où ça part, ça devrait être bientôt en rupture de stock partout... et malheureusement, ça ne veut pas dire forcément que de plus en plus de gens lisent, mais plus probablement que les spéculateurs sont de plus en plus nombreux).
Publié le
6.11.23
Par
Virgul
Aujourd'hui, on vous parle de BD franco-belge et d'engins volants. Aucun rapport avec la rommelbootzennaat donc, mais je tenais absolument à placer ce mot dans l'intro. On peut être un chat et rester attaché à ses racines mosellanes...
Quand les périodiques BD avaient leurs propres aviateurs
Buck Danny, Dan Cooper et Tanguy et Laverdure figurent parmi les classiques de la BD franco-belge. Respectivement publiés dès 1947, 1954 et 1959, ces héros sont nés il y a bien longtemps à cause d'une guerre qui ne se déroulait pourtant pas dans les cieux mais dans les kiosques.
En effet, le domaine aérien étant à la fois fascinant et propice aux exploits spectaculaires, le journal Spirou fut le premier à lancer une série consacrée aux pilotes (Buck Danny), puis vint le tour du journal Tintin (avec Dan Cooper) et, enfin, du journal Pilote (avec Tanguy et Laverdure).
C'est peu de dire que les trois séries connurent un réel succès, allant jusqu'à l'adaptation en série TV (Les Chevaliers du Ciel, composée de 3 saisons regroupant 39 épisodes de 26 minutes) pour Tanguy et Laverdure. Si le canadien Dan Cooper aura une carrière plus courte (malgré divers hors-série et rééditions) qui s'arrête en 1992 avec la publication du 41e album, les aventures de l'américain Buck Danny et des français Tanguy et Laverdure continuent encore de nos jours.
En ce qui concerne Tanguy et Laverdure (cf. cet article pour lire la chronique consacrée à leurs premières aventures), les aviateurs font une pause en 1988, après 25 albums. Puis la série est relancée en 2002, ce qui lui permet d'atteindre aujourd'hui les 36 albums, auxquels il faut ajouter 5 albums appartenant également à une gamme "classic".
Les trois séries furent toutes relativement réalistes (malgré des débuts plus SF pour Dan Cooper), avec notamment un certain souci du détail au niveau des appareils, des équipements ou encore de la phraséologie. Bien entendu, les héros connaissant une carrière se déroulant sur plusieurs décennies, certaines aberrations temporelles apparaîtront mais seront résolues de manière naturelles par les lecteurs pratiquant la double-pensée (cf. cet article), soit un processus de réduction de la dissonance cognitive appliqué à la fiction. En gros, on conserve les infos sur le caractère d'un personnage mais on "oublie", lorsqu'il est aux commandes d'un F-14 dans les années 80, qu'il pilotait de vieux Grumman durant la guerre du Pacifique.
Certains de ces pilotes vont d'ailleurs se croiser. Si un album spécial (La Rencontre - 16 pages) est sorti en 2016 pour conter une aventure rassemblant Buck Danny, Sonny Tuckson, Jerry Tumbler, Michel Tanguy et Ernest Laverdure dans le cadre d'un exercice de l'OTAN, en fait, des rencontres plus furtives avaient déjà eu lieu auparavant.
Buck Danny apparaît pour la première fois aux côtés de Tanguy dans l'album L'Escadrille des Cigognes. Plus tard, c'est au tour des pilotes français d'apparaître dans un récit de Buck Danny (dans le diptyque formé par Les Anges Bleus et Le Pilote au Masque de Cuir). Rencontres facilitées par le fait qu'à l'époque, les deux séries étaient écrites par Jean-Michel Charlier.
Chaque série sera rééditée en Intégrale (au moins pour les albums "historiques"), certains tomes proposant divers bonus comme de courts récits inédits ou même, pour Tanguy et Laverdure, un roman publié à l'époque (1971) au sein de la Bibliothèque Verte (L'Avion qui tuait ses Pilotes, qui sera adapté en BD en 2017).
On termine avec une petite sélection de couvertures sympathiques qui vous donneront peut-être envie de décoller en compagnie de ces figures mythiques ! Miaw !
Publié le
4.11.23
Par
Nolt
Tout comme je l'avais fait pour L'Ombre de Doreckam et Le Sang des Héros, je vous propose de découvrir un petit "making-of" concernant Jour de Neige (cf. cette page pour en savoir plus sur ce recueil).
1. Quand les idées font leur chemin…
Jour de Neige part d'une idée très banale. Un jour, après des années d'écriture, et alors que j'avais déjà publié mon premier roman et fini d'écrire le deuxième, je me suis demandé si j'avais écrit assez de bonnes nouvelles pour publier un recueil. Attention, je n'avais pas dans l'idée de publier un recueil, je voulais juste savoir si c'était possible, dans l'absolu. Mais les idées restent rarement cantonnées à leur domaine d'origine. Elles enflent, elles progressent, elles cheminent, jusqu'à revenir sous une autre forme, insistante et lancinante.
Au final, j'ai considéré ce jour-là, un jour où j'étais loin de penser que ce projet se concrétiserait, que j'avais environ une vingtaine de textes que je jugeais suffisamment solides et intéressants pour constituer un recueil. Après un écrémage et une deuxième sélection plus sévère, quinze nouvelles finiront pas donner Jour de Neige...
2. Une préface prestigieuse
J'avoue qu'avoir pu obtenir une préface de Maître Roland Habersetzer demeure pour moi une grande fierté. Là encore, l'idée qui a abouti à ça est tortueuse et a cheminé longuement. J'admire depuis longtemps le travail et le courage de ce grand monsieur, devenu l'un des plus grands spécialistes au monde des arts martiaux. J'ai eu l'occasion de le rencontrer (virtuellement) alors que je travaillais encore dans la presse écrite. Ce qui n'était au départ qu'une simple interview s'est transformé en correspondance, relativement régulière. Depuis, j'ai de nouveau posé moult questions à ce "Monsieur Miyagi du réel" (cf. ce long entretien pour UMAC), et il avait également eu la gentillesse de relayer, sur son site, Blessures de Lame, un conte martial que j'avais écrit il y a bien des années. Il n'en a pas fallu plus pour que j'aie l'idée de lui demander de préfacer le recueil où ce même texte allait prendre place. Après avoir lu l'ensemble des récits, il a accepté et a écrit une préface fantastique, dans laquelle il évoque le "bunkai" des récits. Et je crois effectivement que toute bonne histoire devrait avoir son bunkai... être divertissante avant tout, mais posséder une richesse interne permettant à ceux qui veulent s'aventurer entre les lignes d'aller un peu plus loin et de trouver matière à réflexion. Je remercie encore Maître Habersetzer pour ces mots sans doute trop élogieux mais qui me vont droit au cœur.
3. L’aventure 2T2N
Pour Jour de Neige, je n'ai pas procédé comme d'habitude. Tous mes autres livres (romans et BD) ont été publiés à compte d'éditeur, donc d'une manière "standard" pour un écrivain professionnel. Là, je savais très bien qu'un recueil de nouvelles n'allait nullement intéresser un éditeur classique, pour la bonne raison que ça ne se vend pas (cf. aussi le point #9 à ce sujet). Il faut nuancer un peu. Un recueil de nouvelles de Stephen King ou de Lovecraft, ça va se vendre. Ces auteurs ont une telle aura que même ce qui est habituellement invendable se vend tout de même. Mais pour un écrivain méconnu, ce n'est évidemment pas la même compote. Je n'ai donc pas perdu mon temps avec la filière classique et je me suis simplement adressé à un ami, Emmanuel Bonnet, fondateur avec Daniel Gattone du label 2T2N. Les deux compères publient en général du comic old school, ce qui n'avait évidemment pas grand rapport avec mon recueil et le genre de textes qu'il contient. Mais, un soir, alors que nous échangions au téléphone, Manu et moi, à propos de la bande originale de L'Ombre de Doreckam (cf. cet article pour en savoir plus), il m'a annoncé qu'il allait sortir un livre sur son parcours musical (aussi drôle qu'émouvant parfois, un putain de bon bouquin pour qui aime plonger dans l'envers du décor et suivre les aléas d'un groupe). Oui parce que le gaillard, en plus d'être coloriste et auteur, est aussi compositeur et bassiste. Bref, je me dis "tiens, si le label s'ouvre à des livres autobiographiques et musicaux, pourquoi pas un recueil de nouvelles ?". Une fois les nouvelles lues, non seulement Manu a accepté de se lancer dans ce projet, mais il m'a même proposé un truc assez inattendu : que chaque texte soit illustré par Daniel ! Évidemment, j'ai accepté et signé des deux mains (le magnifique résultat est en partie visible sur cette page).
4. Deux nouvelles liées à Doreckam
L'Ombre de Doreckam, mon deuxième roman à ce jour, en plus d'être un thriller fantastique se déroulant en Moselle, pose également quelques bases d'une sorte de multivers (doté de sa cosmogonie, ses mythes, ses mondes...) dans lequel se déroule toutes mes histoires. Certaines sont donc reliées par des "ponts" (des points communs évidents) et d'autres par de plus discrètes passerelles (une référence, un terme particulier, un personnage). Dans Jour de Neige, deux textes sont spécifiquement liés à L'Ombre de Doreckam : Les Remparts de Doreckam (dont l'action se situe donc dans la même ville) et La Chose qui fit trembler d'effroi un Vampire (qui se déroule dans une autre ville mosellane imaginaire mais très inspirée également d'un lieu réel). Certaines nouvelles du recueil sont également reliées par ce genre de passerelles, évidentes ou discrètes. De plus, la nouvelle Plus léger que l'air, plus lourd que les larmes présente également de nombreux éléments importants de ce "multivers".
5. Parmi les textes non retenus…
Passer d'une première sélection de vingt textes pour en retenir les meilleurs n'a pas été évident. Certains ont vite été écartés car je les trouvais datés ou trop proches de nouvelles déjà retenues. Pour d'autres, ce fut plus compliqué. Celui qui a été éliminé en dernier s'intitulait "Girls and Ammunitions". C'était une histoire de mafieux et d'auteurs, mélangeant cynisme et scènes censées être drôles. Mais ce texte était assez proche, au moins dans l'esprit, à la fois de Meusienne Rhapsodie (sans être aussi efficace et percutant) et de Quatre Saisons (en étant moins drôle). Du coup, le but n'étant pas d'avoir le plus de textes possibles mais seulement les meilleurs, je l'ai remisé dans le Grand Tiroir Cosmique des histoires destinées à n'être point lues.
6. Le cadeau d’Alain Absire
J'ai abordé le sujet dans la postface du recueil, mais je me devais de développer un peu cette anecdote. Quand je me suis lancé dans l'écriture, je savais que ce que j'écrivais tenait la route, mais j'avais besoin d'être validé. De me l'entendre dire. J'avais besoin que l'on m'autorise à écrire, en quelque sorte. J'ai donc envoyé des nouvelles aux magazines qui en publiaient (seulement deux à l'époque, j'en parle plus en détail dans les points 7 et 8). Les deux nouvelles ont été retenues et publiées. Je me suis alors tourné vers les concours. Et des concours, il y en avait plein (je suppose que c'est toujours le cas) mais peu d'intéressants. En fait, je me fichais bien des concours dont le jury n'était composé que de lecteurs. J'avais besoin de l'avis, aiguisé et tranché, de professionnels de l'édition. J'ai donc dégoté cinq concours qui me paraissaient sérieux, et dont le jury comprenait au moins un éditeur ou auteur professionnel. Mes textes ont été primés dans quatre d'entre eux (liste exhaustive ici pour ceux que ça intéresse). Mais le déclic est venu à la buvette. C'est toujours un bon coin les buvettes. Mais commençons par le début. En 2008, je suis contacté par une dame qui m'explique que je suis lauréat d'un des prix Vedrarias et qu'elle compte sur ma présence (ça se passe en région parisienne). En fait, suite à un quiproquo, je pense que l'organisation me paie l'hôtel (sinon, je n'y serais jamais allé). Il se trouve que non, mais... au final, ça valait le déplacement quand même. Lors de la cérémonie, je reçois le deuxième prix. Il m'est remis par le président du jury (chaque membre du jury choisit en fait le texte qu'il veut le plus "défendre"). Je suis content, je bredouille quelques mots, puis je file à la buvette pour me mettre une race. Ouais, en matière d'écrivain, je ne suis pas du tout genre "parisien snobinard", perso, je serais plutôt dans le style "paysan assoiffé". Donc, je picole un vin blanc qui est loin d'être ma boisson favorite, mais bon, on fait avec, quand ledit président, alias Alain Absire, vient de lui-même me dire quelques mots. Je n'avais même pas tenté de l'approcher car il était entouré d'une cour d'auteurs-courtisans qui virevoltaient autour de lui. Je n'avais nullement l'envie de me frayer un chemin à travers ça. Et pour dire quoi ? Quémander quel conseil ? Quel passe-droit ? De toute façon, je n'avais rien à faire éditer à l'époque. Donc, je reste à la buvette. Et Alain Absire (qui m'impressionne quand même hein, le gars est l'auteur d'une foultitude de romans, c'est le président de la Société des Gens de Lettres, et lui, en matière de prix, il a "juste" obtenu le Femina, donc l'un des plus gros prix professionnels français) vient jusqu'à moi et me sort une phrase dont je me souviendrai toute ma vie. Il me dit "putain, mais tu as terminé la dernière bouteille ?"... non, je plaisante. Il n'a pas dit ça. Il a dit : "C'est bien ce que vous faites, il faut continuer."
Eh bien ça, ça a été le déclic. Je l'avais enfin, ma "validation".
7. Première publication…
Blessures de Lame, l'une des nouvelles présentes dans ce recueil, a été ma première publication en tant qu'auteur. Elle a été publiée en 2006 dans le magazine Khimaira (qui n'existe plus aujourd'hui, en tout cas pas dans sa version papier). Je n'ai pas touché un centime pour ça, mais à ce moment-là, j'étais déjà bien content de voir mon histoire figurer dans un magazine. Quand on n'a encore rien prouvé, difficile d'être très exigeant en matière de pognon de toute façon.
8. … et première rémunération en tant qu'auteur !
Mes premiers euros en tant qu'auteur me vinrent peu de temps après du magazine Lanfeust Mag, dans lequel fut publiée la nouvelle Jeu d'Auteur, qui ne figure pas dans le recueil Jour de Neige. Elle faisait pourtant partie des vingt textes présélectionnés, mais aussi des premiers que j'ai écartés. Pourquoi ? Difficile à dire... ce n'est pas mauvais en soi, l'histoire aborde la thématique de l'écriture, avec un ton un peu humoristique et un cadre fantastique, mais ça reste bien trop terne, fade et, au final, peu ambitieux. C'est juste un texte "honnête" mais bien trop "vert" pour figurer dans un recueil.
Pour l'anecdote, j'avais touché 200 euros je crois pour cette publication. C'est peu mais j'en étais très fier.
Pour l'anecdote, j'avais touché 200 euros je crois pour cette publication. C'est peu mais j'en étais très fier.
9. Les recueils de nouvelles ne se vendent pas
Oui, les recueils de nouvelles, les recueils de poésie, les autobiographies, tous ces trucs-là (sauf rares exceptions) ne se vendent pas. Déjà un roman, ça se vend peu. Un roman d'un auteur inconnu (qui ne passe pas à la télé, donc), ça se vend encore moins. Et toute personne bossant dans l'édition sait que les recueils de nouvelles d'auteurs inconnus, c'est un truc qui va rester à tout jamais dans les rayons du libraire inconscient qui a eu la faiblesse de commander un tel ouvrage. Et pourtant, c'est une généralité. Et une généralité, ça admet des exceptions. Ainsi, par exemple, à mon grand étonnement, Jour de Neige a été bien plus vendu, lors de ma dernière séance de dédicace (chez Tome 5 à Thionville), que mes deux romans. Et les chiffres de vente jusqu'ici (j'ai une meilleure vision sur les ventes avec ce livre que lorsque je publie des romans chez des éditeurs traditionnels, sans rentrer dans les détails, j'ai des retours mensuels au lieu de bilans annuels) sont loin d'être mauvais. En tout cas, loin d'être mauvais pour un recueil de nouvelles. Écrit par un inconnu. Ouais, ça reste relatif quoi.
10. De l’ordre des textes
Je termine par un truc tout bête mais qui n'est pas forcément évident pour le lecteur : l'ordre des textes au sein du recueil. Certains s'en doutent certainement, mais l'ordre des histoires n'a pas été choisi au hasard. Pour un tas de raisons d'ailleurs. D'abord parce qu'il existe des références internes à ce recueil qui ne prennent sens que si on lit les histoires qu'il contient dans un certain ordre. Ensuite parce que, en tant qu'auteur, je sais ce que je veux vous faire ressentir avec ces textes. Je sais où je veux vous emmener. Et c'est plus facile si je m'aide d'un texte pour accentuer les effets d'un autre. Ou vous offrir une pause surprenante. Le début est important aussi, bien sûr. Tout comme le texte final.
Imaginez un spectacle, un opéra, conçu du début à la fin pour vous faire vivre une expérience particulière, avec des crescendo et des temporisations, des scènes tragiques et des moments drôles, des paragraphes légers et d'autres plus profonds et introspectifs. Là, c'est un peu pareil, ça a l'air d'un assemblage de trucs indépendants, mais ça a été travaillé comme un tout, cohérent et réfléchi.
J'en profite donc pour vous donner ce conseil, qui vaut pour tous les recueils : ne piochez jamais "au hasard" dans un recueil. Faites confiance à l'auteur. Il vous a dessiné un chemin idéal à travers les histoires qu'il est le seul à parfaitement connaître. Considérez-le comme un guide bienveillant. Il est normal de ne pas apprécier tous les écrivains, mais ceux qui vous ont bouleversés ou divertis méritent votre confiance. Laissez-les décider du chemin.
Vous verrez, le voyage n'en sera que plus fantastique...
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