Lucky Boy - Coquin de sort
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If I slowly turn the wheel / Diving down into the sea / Would you come back rescue me ?
I'd be a Lucky Boy, I'd be a Lucky Boy (Lucky Boy de Shaka Ponk)


Vous êtes le dernier homme sur Terre.
L'ultime espoir de l'espèce humaine repose en vos glorieuses gonades.
En tant qu'unique représentant de la masculinité, il est de votre devoir de partager avec les rares survivantes vos précieuses semences dans de fougueuses et salvatrices étreintes afin de repeupler le Monde après une guerre proprement apocalyptique... enfin, plutôt salement apocalyptique, du coup !

Vos partenaires promises dans cette tâche héroïque ne sont autres que sept plantureuses jeunes scientifiques aussi brillantes qu'attirantes. Votre devoir, à n'en pas douter, va sans nul doute en être rendu bien moins pénible.

C'est donc avec fierté et enthousiasme que vous allez entreprendre de charmer ces demoiselles afin d'offrir à l'Humanité un nouveau départ.
Mais, à votre plus grand dam, ces dernières ne voient en vous qu'un vieillard pervers et libidineux... 

Déception, désarroi et désappointement fleurissent en votre petit cœur de puceau octogénaire. Pourquoi tant de haine ? Pourquoi ce rejet ? Pourquoi ne vous souvenez-vous même pas de votre nom ? Que s'est-il passé sur cette Terre pour que vous ne soyez plus que huit humains à sa surface ? Et... euh... qui est cet autre homme ? Jeune, lui. Séduisant, lui. Visiblement attirant, lui. Et... comment les filles osent-elles s'amouracher de lui ? C'est vous le dernier homme sur Terre ! C'est votre harem à vous ! C'est... c'est pôs juste !

Mais la mémoire va vous revenir, oui. Et tout va rentrer dans l'ordre. Vous allez régler son compte à ce petit nouveau. Vous allez reprendre votre place et vous pardonnerez à vos promises leurs infidélités. Vous oublierez leurs mesquineries et leur champ de force répulsif. Vous allez enfin pouvoir, avec dignité et élégance, vous consacrer à ce qui n'aurait jamais dû cesser d'être votre noble objectif... leurs nichooooooons !


Initialement, j'ai voulu chroniquer cet album en le prenant de cette façon : au premier degré. Comme une simple farce coquine futuriste. Mais à y réfléchir un peu plus longtemps que d'autres (oui, j'ai une fois de plus lu des chroniques sur d'autres pages avant de rédiger celle-ci et il n'y avait apparemment pas de promo sur la pertinence cette semaine), je dois bien me résoudre à y voir plus que cela.

Le nombre de thèmes abordés ou survolés, déjà, est assez impressionnant. L'on y trouve bien entendu les rapports hommes-femmes dans tout ce qu'ils peuvent avoir de complexe, d'amusant, de conflictuel, d'injuste et de... ludique. Mais ce n'est pas tout, loin s'en faut.

Bien évidemment, ces sept filles surdouées et brillantes vivant en autarcie et n'envisageant les deux seuls hommes qu'elles connaissent que comme un prédateur sexuel pour l'un et un reproducteur potentiel pour l'autre, sont déjà un marqueur de notre époque.
Nous vivons en cette période étrange post #metoo où les hommes hétéros doivent composer avec ces deux caricatures auxquelles on peut avoir tôt fait de les résumer s'ils n'y prennent garde : le pervers et le digne d'être père. Entre le vieux saligaud et le jeune niais, ces demoiselles jettent leur dévolu sur Candide et fuient les avances du clone de Tortue Géniale. On les comprend. Mais la seconde partie de la BD amène un flashback en forme de pied de nez : en chaque vieil obsédé ne subsiste-t-il pas un jeune homme timide et frustré que le temps a soumis à son diktat et qui se demande ce qui a bien pu se passer ?

La BD interroge aussi à sa façon le rapport des femmes à leur corps : sans nul homme à séduire aux alentours, elles n'en affichent pas moins des tenues mettant leur féminité en valeur. Cela rappelle de façon simple mais à mon sens pertinente ce que nombre de gros bourrins ont du mal à se mettre dans le crâne : une femme peut être sexy parce que ça lui plaît, ça ne veut pas dire que c'est open bar ! Oui, une femme peut se faire belle pour être belle, sans nécessairement avoir la moindre volonté de séduire quiconque. Nombre de scènes rappellent cela plus ou moins subtilement et c'est bienvenu, selon moi.

La BD peut aussi, bien entendu, ouvrir sur une réflexion sur le rapport qu'ont les jeunes femmes actuelles avec les études scientifiques. Ceux parmi vous qui travaillent dans l'enseignement savent pertinemment que c'est un thème d'actualité depuis quelques années. Voir dans un livre aussi léger sept filles spécialisées en diverses matières scientifiques sans pour autant oublier d'être terriblement femmes n'est pas anodin et cela va là aussi dans le bon sens.

Outre cela, Lucky Boy est bourré de références aux mangas comme à la SF plus classique et rien que la chasse aux allusions à ses modèles peut être un motif pour une deuxième lecture ludique de l'album.

Non, vraiment, cette BD a plus à offrir que l'histoire d'un vieux pervers en quête de dépucelage et n'en retenir que ça serait vraiment dommage. Certes, l'histoire de ce loser de petit vieux à qui l'excitation provoque des hémorragies nasales éjaculatoires dignes de Maître Muten Roshi pourrait n'être qu'une énième coquinerie bédéistique. Mais il y a, selon moi, davantage à voir dans ce tome paru aux éditions Ankama. Alors si c'est coquin, marrant et plutôt malin... c'est déjà pas mal, non ? 



D'un point de vue purement objectif, maintenant, cette BD est l'œuvre de Bill Presing. Le gars est loin d'être étranger au dessin : il a étudié l'illustration de bande dessinée mais a bien vite travaillé sur des émissions et des dessins animés pour le web comme The Gotham Girls pour le site Internet de Warner Bros. et The Venture Bros. pour Cartoon Network. Il a aussi été storyboarder pour Pixar et a bossé sur Ratatouille et Là-haut...  
Ça explique pas mal de choses : le sens du mouvement et du découpage, l'aspect mignonnet, cette capacité à faire du "grand public" malgré une thématique pas mal en-dessous de la ceinture, les couleurs vibrantes, l'alternance entre humour et émotion... Monsieur n'a pas travaillé pour Disney sans y apprendre des recettes qui marchent !

Du coup, cet album est joli et, malgré son apparente légèreté, il n'oublie pas d'être malin à maintes reprises... Ne peut-on pas dire ça de la majorité des films d'animation produits par la firme à la lampe de bureau ?

Les plus collectionneurs d'entre vous apprécieront, en plus, l'ex-libris offert avec cette première édition et que je me permets d'utiliser ci-contre pour illustrer mon article de façon, ma foi, assez plaisante.
Ce n'est pas la BD de l'année, de fait. Mais elle est bien plus intelligente que ce que d'aucuns voudraient laisser entendre. La lire me fit passer un bon moment. Mais y réfléchir un peu ensuite me plut tout autant.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • C'est joli, ces couleurs.
  • C'est rondouillard à souhait, ce dessin.
  • C'est comique, cette histoire.
  • C'est aussi un peu intelligent, par moments.
  • J'avoue que si le dessin avait pu être encore un peu plus éloigné du tracé typique des storyboards, cela m'aurait plu davantage... mais ça lui confère une personnalité.
  • L'introduction de la BD est terriblement "premier degré" et assez longue. Cela n'aide guère à prendre l'ensemble au sérieux alors que, pourtant, il y a matière à réflexion dans cette bande dessinée.
Le nouveau Maiden sort le 3 septembre !
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Après un premier single (accompagné d'un fort joli clip) dévoilé récemment, Iron Maiden vient d'annoncer la sortie de leur 17e album studio pour la rentrée.

Ce nouvel opus s'intitulera Senjutsu et contiendra 10 titres :

01.  Senjutsu (Smith/Harris) 8:20
02.  Stratego (Gers/Harris) 4:59
03.  The Writing On The Wall (Smith/Dickinson) 6:13
04.  Lost In A Lost World (Harris) 9:31
05.  Days Of Future Past (Smith/Dickinson) 4:03
06.  The Time Machine (Gers/Harris) 7:09
07.  Darkest Hour (Smith/Dickinson) 7:20
08.  Death Of The Celts (Harris) 10:20
09.  The Parchment (Harris) 12:39
10.  Hell On Earth (Harris) 11:19

Les pré-commandes seront possibles dès demain, dans de nombreux formats (standard 2 CD Digipak ; Deluxe 2 CD Book Format ; Deluxe heavyweight 180G Triple Black Vinyl ; Special Edition Triple Silver & Black Marble Vinyl ; Super Deluxe Boxset featuring CD, Blu-Ray and Exclusive Memorabilia...).

Inutile de préciser que certains, à la rédac, sont un peu impatients.


Free Country, un crossover Vertigo par Neil Gaiman
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L'idée du crossover, voyant les héros de plusieurs séries entremêler leurs destins le temps d'un événement (souvent spectaculaire), est un fantasme de lecteur que les éditeurs ont parfois réussi à concrétiser (cf. Civil War chez Marvel ou Crisis on Infinite Earths chez DC). Cependant, trop souvent, rattrapés par des impératifs éditoriaux spécieux, le résultat n'est pas à la hauteur des enjeux soulevés au départ (UMAC l'a beaucoup évoqué, vous pouvez vous reporter par exemple à cet article sur la présentation de Civil War II). Reste que le fan, malgré l'immanquable statu quo qui conclut presque systématiquement ces événements, répond toujours présent lorsqu'on lui vante la possibilité de voir combattre ou enquêter ensemble (voire l'un contre l'autre) ses personnages préférés. D'ailleurs, les sociétés précitées ne s'y sont pas trompées puisque leur politique au cinéma (et dans le monde du jeu vidéo) est essentiellement fondée là-dessus : les différents films Avengers ont été des cartons d'audience, et DC fait ce qu'il peut pour tenter d'égaliser le score, quitte à sortir plusieurs versions de son Justice League (cf. l'article sur la bande-annonce du Snyder's cut) complètement foiré.
Les autres éditeurs du genre ne sont pas en reste. Image comics avait fait de même par exemple avec ses publications sous le label Wildstorm, comme le très bon Divine Right de Jim Lee. Sauf Vertigo. Une maison à part, ouvertement destinée à des lecteurs adultes, avec une philosophie se voulant divergente. Neil Gaiman lui-même, dans la préface de l'album qui nous intéresse aujourd'hui, l'expliquait fort bien :


Donc, en dehors d'une série sur Animal Man (il a oublié Swamp Thing du coup), Vertigo ne versait pas dans le genre super-héroïque, ni dans les crossovers. Sauf une fois. Alors qu'est-ce qui leur a pris ?
Là encore, l'auteur de Sandman et 1602 (cf. cet autre article) explique la démarche : c'était une nuit de pleine lune... Non, en fait, c'était dans un hôtel à la campagne, lors d'un séminaire rassemblant les scénaristes de la maison d'édition, en 1992. L'un d'eux se demandait s'il y avait un point commun entre toutes ces histoires si différentes qui faisaient la fierté de la société... et il s'avéra que le seul point commun était la présence d'enfants. D'enfants plus ou moins extraordinaires : Charles et Edwin, les deux "Dead Boys Detectives" de Sandman ; Maxine, la fille d'Animal Man ; Dorothy Spinner, membre de la Doom Patrol ; Tefé, présente dans Swamp Thing (cf. cet article sur la nouvelle série); Suzy, qui apparaît dans Black Orchid ; et enfin Tim Hunter, révélé dans les Books of Magic.

Le contexte, l'ambiance, la frustration : quoi que ce fut, l'occasion fit le larron et nos auteurs à l'imagination enfiévrée conçurent un récit entremêlant ces enfants, fortement inspiré de l'œuvre de Robert Browning. Gaiman engendra un début et une fin, bien aidé par Jamie Delano & Alisa Kwitney, laissant la possibilité aux autres auteurs de naviguer entre les deux pôles de l'histoire à leur manière. Une fois que ce fut fait, les éditeurs sortirent l'ensemble sous la forme d'Annuals. L'histoire aurait pu s'arrêter ici.

Sauf que le rendu n'était pas à la hauteur de ce qu'ils attendaient : il y avait bien un début, une fin, mais le reste se perdait dans des récits fragmentés trop solidement implantés dans leur propre série. Cela n'empêcha pas les artistes de dormir et ils reprirent leurs projets comme si de rien n'était, laissant les lecteurs avec une histoire inaboutie mais pleine de potentiel. C'est sans doute ce qui poussa quelques années plus tard Shelly Bond, alors éditrice, de relancer le projet dans le but d'en sortir un album complet. Récupérant  les deux annuals sur The Children's Crusade (partie 1 et 2), elle demanda à Toby Litt & Peter Gross de réécrire la partie intermédiaire de manière à ce qu'elle puisse s'incorporer plus harmonieusement entre le début et la fin. Le projet débuta en 2013 et fut finalement imprimé sous le titre : Free Country, a Tale of the Children's Crusade.

L'histoire débute à Flaxdown, petite bourgade anglaise. Une nuit, tous les enfants de la ville disparurent mystérieusement. Cela fit la une des journaux, le monde entier s'y intéressa, on évoqua des conspirations, des enlèvements de masse : 40 enfants envolés et pas le moindre début de piste ! Puis le soufflé retomba et le monde se préoccupa d'autres drames. Sauf Avril : pas convaincue par les explications, elle décida de mener son enquête pour retrouver son frère, qui faisait partie des disparus. Un petit flyer attira son attention : une agence de détectives toute récente. Certes, les investigateurs semblaient bien jeunes, mais elle n'avait qu'eux et ils n'avaient pas l'air d'être chers. Ce qu'elle ne savait pas alors, c'est que ces deux enfants étaient... des fantômes. Au lieu de s'amuser à hanter les vivants, Charles et Edwin avaient décidé de jouer aux détectives. Et c'était leur première affaire. 



Remontant le fil des indices très ténus qu'ils dénichèrent (une marelle tracée au sol, une toupie, une comptine écrite sur un miroir), ils en vinrent à découvrir l'existence de Free Country, un endroit hors du temps et du monde où les enfants vivent éternellement sans subir la souffrance infligée par les adultes. Il allait leur falloir trouver ensuite comment s'y rendre, comment libérer le petit frère d'Avril et le ramener mais aussi comment empêcher que d'autres enfants soient ravis de la même manière : ce faisant, ils allaient rencontrer des personnages extraordinaires et mettre le doigt sur un projet d'ampleur universelle...
Comme à son habitude, Neil Gaiman renforce son intrigue par des sources historiques et y mêle son savoir-faire, son imagination et un certain humour bienveillant, même lorsqu'il s'agit d'évoquer les actes les plus cruels. Ainsi, outre de nombreuses comptines populaires, il nous narre par le menu le sort (véridique) de la Croisade des Enfants de 1212, ou nous raconte une version du Joueur de Flûte de Hamelin. On y croise une fille-arbre, une autre qui commande aux animaux, une troisième qui peut générer des doubles vivants, un lapin qui parle, un cheval volant... Et derrière l'enquête balbutiante de nos apprentis détectives, derrière le projet du Haut Conseil de Free Country de libérer tous les enfants du monde de l'oppression des adultes, un sinistre complot se dessine : les mensonges et trahisons vont alors mettre à mal l'équilibre même de cet univers enchanteur et seul le pouvoir incommensurable d'un des enfants a la capacité de tout réguler. Enfin, pour les amateurs de Stephen King, il y a même une Tour Sombre...

Les trois parties divisées en de nombreux petits chapitres se suivent sans déplaisir. Le premier Acte, illustré par un Chris Bachalo méconnaissable, est bourré de facéties et de petits détails qui peuvent un peu frustrer tant on aimerait que l'enquête avance plus vite : les dialogues pullulent en bons mots et réflexions acerbes, et les deux garçons fantômes ont ce style désuet qui les met délicieusement en porte-à-faux. En parallèle, les récits historiques abondent en scènes sombres, voire sordides, parfaitement encrées par Mike Barreiro. La seconde partie, qui nous montre plus précisément Free Country, est à la fois plus lumineuse et plus baroque, l'enquête des Dead Boys n'étant plus vue qu'en filigrane tandis que certains "enfants de pouvoir" sont ciblés. C'est parfois drôle, parfois épique ou poétique, avec un encrage approprié aux contes de fées. La multiplication des personnages (ceux qui dirigent Free Country et leurs futures cibles) et des points de vue nuit à la lecture mais propose quelques beaux moments. Le troisième acte précipite le tout en se débarrassant un peu vite de quelques héros pour se focaliser sur quelques-uns, et sur la machination des traîtres : les masques vont tomber et nos héros révéler enfin leurs aptitudes. 

Histoire pour adultes mettant en scène des enfants particuliers, pointant du doigt leurs forces et leurs fragilités, l'album est un objet singulier construit en collage, dense et riche mais aussi chamarré et disparate, manquant parfois de consistance tout en ayant un fond solide et des intrigues puissantes. On sent beaucoup d'amour de la part des artistes qui ont collaboré pour leur progéniture de papier, beaucoup de tendresse pour ce projet, beaucoup de sensibilité sur des sujets délicats, parfois juste esquissés (la maltraitance, les abus sexuels) parfois exposés en pleine lumière (l'esclavage). En procédant par petites touches pleines d'humour et de mélancolie, Gaiman et ses acolytes ont pondu une œuvre sincère et maladroite qui sait faire sourire et interpeller. 


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un bel album au casting artistique impressionnant.
  • Un joyeux fourre-tout de genres mêlant la fantasy, le policier, le conte pour enfants et l'initiation.
  • Neil Gaiman sait parfaitement enrichir son propos en s'appuyant sur des sources historiques (la Croisade des Enfants) et culturelles (les comptines populaires, le monde de Faërie).
  • Un moyen habile de mettre en présence la galerie chamarrée de personnages édités par Vertigo.


  • Une intrigue qui se délite dans la seconde partie.
  • Des personnages mystérieux sur lesquels on manque souvent de matière.
  • Certaines références échapperont forcément aux profanes.
Rewind : Back in Black
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Les amis, on vous avait préparé le terrain avec m'sieur Lemmy, cette fois, on passe carrément à un album mythique, fondamental, iconique et légendaire... LE Back in Black d'AC/DC !

Si vous n'êtes pas fan d'AC/DC, mieux, si vous avez l'impression de ne rien savoir du groupe des frères Young, en fait, vous connaissez au moins quatre titres de cette formation musicale. Et ces quatre titres sont tous issus du même album, qui a pour nom... Back in Black. On croirait presque un énième retour de Parker à son costume noir, mais non, il s'agit bien d'un album de rock, à l'influence énorme. 

Ce sixième album du groupe AC/DC (des initiales qui signifient courant alternatif/courant continu) sort en 1980. C'est cependant une première pour le chanteur, Brian Johnson, qui remplace alors Bon Scott, décédé de manière très... rock n'rollèsque (après une petite session musicale avec le groupe Trust, Bon picole au point de tomber dans un coma éthylique et mourra dans une R5, dans laquelle il est abandonné par un abruti, sur Overhill Road, à Dulwich). 

L'album va devenir non seulement une référence pour la scène metal, mais aussi pour le monde de la musique en général, puisqu'il est le deuxième album le plus vendu au monde (plus de 50 millions d'exemplaires) après Thriller, de Michael Jackson.
Des riffs puissants et sourds de Hells Bells à la mélodie survitaminée de Shoot to Thrill, en passant par le très démonstratif et imposant Back in Black, jusqu'au mythique You shook me all night long, impossible de ne pas avoir déjà entendu au moins une fois ces briques fondatrices du rock dans son acceptation la plus large et la plus lourde. Car, bien entendu, même si les membres du groupe revendiquent un son "simplement" rock, leur musique va clairement défricher une terre encore vierge et montrer la voie à bien des légendes actuelles. 

Et ce succès est malgré tout un peu... paradoxal. La même année sort le premier album du groupe fondé par Steve Harris : Iron Maiden. Difficile, de nos jours, de minimiser cet apport à ce qui deviendra la New Wave of British Heavy Metal, et pourtant, à part les fans, qui peut fredonner Running Free, Charlotte the Harlot ou Phantom of the Opera
Voilà sans doute la différence fondamentale entre un AC/DC déjà mature en 1980, et qui se concentre sur les stéréotypes véhiculés par le rock (sexe, drogues et... rock), et un Maiden balbutiant, qui va par la suite explorer des thématiques riches et variées, mises en valeur par des compositions musicales plus complexes. 

Mais le metal, comme toute construction que l'on souhaite voir durer sur le très long terme, a aussi besoin de fondations solides et basiques, avant de se lancer dans quelque chose de plus subtil. Car, bien avant de devenir des clichés, certains thèmes, même simplistes en apparence, doivent être suffisamment traités et explorés. 
Nous ne sommes, après tout, qu'au tout début des années 80, qui n'ont encore aucun parfum propre. On sent encore l'influence, quelque peu psychédélique, des Eagles, du Creedence Clearwater Revival, des Velvet Underground ou encore du Jefferson Airplane. Pour passer le cap du rock expérimental ou progressif et prendre ce virage radical vers le "hard", il faut de nouvelles inspirations, une nouvelle manière de penser la musique, un nouvel élan. 

Ce virage essentiel, d'autres groupes vont bien entendu aider à le négocier, de Deep Purple à Blue Öyster Cult en passant par Judas Priest ou Motörhead, mais aucun ne pourra s'enorgueillir d'un impact aussi durable et massif que celui atteint par le Back in Black d'AC/DC, qui gravera ses notes dans le subconscient de toute une populace, bien au-delà des simples fans de rock.
Plus récemment, c'est d'ailleurs AC/DC et ses titres les plus mythiques qui donneront leur identité musicale aux films Iron Man, avec Robert Downey Junior (apparemment fan du groupe et amateur de metal en général). Et si Marvel fait confiance aux titres du légendaire AC/DC pour la bande originale de ses films, c'est sans doute que, plus de 40 ans après, ils sont toujours aussi efficaces et incontournables. En tout cas, si vous avez ne serait-ce qu'une légère sensibilité rock, impossible de ne pas ressentir ce frisson particulier lorsque les premières notes se font entendre et que, imperceptiblement, l'horizon au loin semble plus vaste, plus lumineux, tandis que vous vous sentez plus grand, plus fort, porté par une adrénaline électrique et habité par un lyrisme conquérant, comme seul ce genre de musique, débridée, entière, massive et couillue, peut en produire...

Nous sommes un groupe de rock. Nous sommes bruyants, sensationnels et étranges.
Angus Young





Chronique des classiques : Abattoir 5
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Kurt Vonnegut a une place à part dans la littérature de science-fiction - voire dans la littérature en général.  Mais pour une fois, avant de vous assommer de faits et de dates, je vais d'abord tenter de vous décrire le cheminement particulier qui m'a conduit à me frotter à ce monument qu'est Abattoir 5. Un cheminement qui passe, étrangement, par Footloose.

C'est la vie.

D'abord, c'est l'auteur qui a attiré mon attention. Un nom pareil, avec cette consonnance singulière, ces "v" et ces "u", ça marque incontestablement l'esprit. Ce pourrait être le nom d'un méchant de James Bond, ou le pseudo d'un acteur porno. Mais lorsque j'en vins à m'adonner (et ce fut très tôt) aux infinis délices de la lecture de science-fiction, Vonnegut fit partie de la liste des auteurs que j'avais mémorisés afin de pouvoir dire, un jour : "J'ai fait le tour des plus grands écrivains du genre." Les guides de lecture, anthologies, revues spécialisées et jusqu'à mon fidèle "Science-fictionnaire" (Stan Barets, collection Présence du Futur, édition Denoël 1994) parcourus maintes fois, jusqu'à être appris par cœur, abondaient en patronymes aux accents quasi-mystiques, aux noms de plume évocateurs qui claquaient comme des promesses de plongées cosmiques et de vertiges transcendantaux : Algernon Blackwood, Ben Bova, Algis Budrys, Orson Scott Card, Lester Del Rey, Gordon Dickson, Damon Knight, Tanith Lee, Vonda McIntyre, Fred Saberhagen, Vargo Statten, Alfred Van Vogt... jusqu'à un Stephan Wul (un auteur français à redécouvrir). Des noms qui auraient pu être des alter-egos de super-héros (il y a même un Spider Robinson (La Danse des étoiles, 1977) ! Sans avoir lu ne serait-ce qu'une nouvelle de Vonnegut, je savais néanmoins qu'il faisait partie d'une liste d'auteurs sûrs, c'est à dire incontournables pour qui cherchait à embrasser le paysage vaste et mouvant de la science-fiction.

C'est la vie.

Pourtant, Vonnegut ne se considère pas vraiment comme un écrivain de genre. Cet auteur new-yorkais, profondément marqué par son expérience pendant la Seconde Guerre mondiale, a utilisé la littérature pour exorciser ses démons, à tel point que nombre de ses personnages coexistent dans ses différents textes, créant une œuvre personnelle au ton unique, ironique et amer, par laquelle il espère réveiller quelques consciences. Ce sont les fans de certains de ses romans qui en ont fait une référence dans la SF. Il ne pouvait ainsi pas échapper à son destin.


C'est la vie.

Avec le temps, ma bibliothèque balbutiante se trouva dotée d'exemplaires de certaines des œuvres du dit Vonnegut : ce fut d'abord, Le Berceau du chat puis Le Pianiste déchaîné et enfin Abattoir 5. Toutefois, en dehors de la juste satisfaction de les avoir en ma possession, soigneusement rangés sur leur étagère dédiée, leur lecture fut maintes fois différée. Allez savoir pourquoi... même moi, à présent, avec le recul, j'ai du mal à le comprendre.

C'est la vie.


C'est là qu'intervint Kevin Bacon. À tout le moins son personnage de Ren dans Footloose. Ben oui, Footloose, quoi ! On ne reviendra pas sur sa bande originale efficace (impossible de rester de marbre devant le générique ultra-accrocheur) ni sur la coupe de cheveux d'un Kevin monté sur ressorts (on est bien loin de sa performance glaciale dans Mystic River) mais, en dehors d'un bon moment de détente revendiqué par des jeunes avides de liberté dans une bourgade administrée par des coincés du cul, voilà-t'y-pas que Vonnegut parvient à poindre le bout de sa couverture ? De mémoire, il s'agissait d'une scène du début, lorsque Ren et sa mère sont accueillis par quelques habitants de la communauté où ils s'installent. Un couple s'offusquait car un enseignant local avait voulu présenter Abattoir 5, ouvrage qu'ils considéraient choquant. Or Ren répondait bravement qu'il s'agissait d'un classique et ne comprenait pas leur consternation, ce qui le catalogua instantanément comme "rebelle"... et donc dangereux.

C'est la vie.

Enfin, beaucoup plus tard, alors que je faisais mes premiers pas dans la blogosphère et jubilais de pouvoir partager mes références science-fictionnesques, l'on m'a non seulement évoqué le livre, mais également le film qui en a été tiré en 1972 : réalisé par George Roy Hill (le metteur en scène de L'Arnaque et Butch Cassidy & le Kid, excusez du peu !), il décrocha même le Prix du Jury à Cannes, ainsi que le prix Hugo des longs métrages. Fait assez rare pour être souligné, Vonnegut a d'ailleurs fait savoir qu'il remerciait le cinéaste et les producteurs pour cette adaptation "sans défaut" de son livre majeur.

C'est la vie. 


Il en existe même un roman graphique. Ben voyons !

C'est la vie. 

Ainsi, si je n'ai pas eu l'heur de visionner le film (cela ne saurait tarder), j'ai pu profiter de mon challenge personnel en cours et de mes dernières résolutions pour réparer une terrible omission dans ma culture livresque. Et bien m'en a pris.

D'abord parce que ce chef-d'œuvre annoncé mérite incontestablement son statut : doté d'une écriture incisive autant qu'intuitive, parfois déroutante dans sa manière de se décaler du narrateur, de l'intégrer tout en racontant ce qu'il a vécu, le récit non linéaire des tribulations de Billy Pilgrim a de quoi autant réjouir que terrifier. Car Vonnegut, profondément marqué par les atrocités insensées de la guerre et l'épisode du bombardement de Dresde (aussi meurtrier qu'inutile) auquel il a pris part - et survécu miraculeusement - se livre devant nous à une forme de catharsis décomplexée lui permettant de pointer du doigt certaines des incongruités de la civilisation, et notamment les limites du rêve américain, démystifiant bon nombre de standards et de valeurs que la bienséance - ou Hollywood - avaient placées au panthéon. Le roman n'est pas d'un abord aisé du fait que son personnage principal est, de son propre aveu, libéré des cours du temps : enlevé par des extraterrestres (les Tralfamadoriens, qui voient dans les Terriens de curieuses bêtes de foire), il a acquis grâce à eux cette faculté de pouvoir vivre tous les instants de son existence simultanément et dans l'ordre qu'il désire. Ainsi, alors qu'il marche dans une colonne de prisonniers emmenés de force vers des abattoirs pour y passer la nuit, il est aussi dans une bulle de verre en train de s'accoupler avec une star du cinéma aussi sexy que peu farouche, sous les yeux investigateurs d'extraterrestres amusés, et il est également dans son magasin d'optique, ou dans un hôpital militaire. Pourquoi se rendre esclave du flux temporel et vivre les événements les uns derrière les autres quand on a la possibilité de sauter de l'un à l'autre ? Cette sorte de fugue chronolytique rappelle un peu la narration particulière qu'utilisait Alan Moore lorsqu'il décrivait dans Watchmen la pensée du Dr Manhattan capable ainsi d'anticiper les futurs qu'il a déjà vécus. Une forme singulière de voyage dans le temps, un peu comme si on parcourait le livre de ses souvenirs mais pas dans l'ordre chronologique. Si tant est que le sujet vous intéresse, vous savez qu'UMAC en a fait un de ses centres d'intérêt (cf. cet article).

Avec un ton volontairement satirique, ponctué de ses désormais célèbres sentences "C'est la vie" [imparfaitement traduites de "And so it goes." qui apparaît plus de cent fois dans le livre], permettant de mieux faire ressortir certaines des atrocités auxquelles Billy (et, partant, l'auteur lui-même) a assisté, Vonnegut nous procure une histoire sans héros où des individus parfois chanceux, parfois malins, tentent de se jouer d'un destin bien cruel et parviennent inopinément, l'espace d'un instant de félicité, à exister.

Indispensable et salvateur.


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un monument incomparable de la SF.
  • Un classique vanté même dans Footloose !
  • Un récit au ton léger mais capable d'énoncer quelques vérités qui fâchent.
  • Des épisodes réels narrés par le menu, et glaçants de vérité.


  • Une traduction désuète, notamment dans les noms propres.