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Entretien avec... Alex (La Fuite en Vidéo)
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UMAC : Bonjour Alex, bienvenue sur UMAC et merci de nous accorder un peu de ton temps ! Tu es le créateur de la chaîne youtube La Fuite en Vidéo, qui propose des critiques de films, séries et documentaires, mais aussi des vidéos plus spécialisées, sur ton propre parcours. Pourrais-tu pour commencer tenter de te définir ? Tu es vidéaste, musicien, mais tout cela semble un poil réducteur pour qualifier ton univers.

Alex :
Me définir c’est délicat ! J’ai l’impression de tanguer entre deux facettes de ma personnalité depuis l’enfance. Un fataliste mi-désabusé mi-amusé, sauvé par la lecture de Cioran à l’adolescence. Un gamin passionné par les arts comme moyen de voler des instants de bonheur et de fuir une facette désolante du monde et de sa réalité. Après avoir brillamment raté mon Bac, je suis devenu publicitaire, sans conviction, mais parce que je n’étais pas mauvais. À côté je publiais des poèmes dans des revues littéraires comme Digraphe (Flammarion). Plus tard j’ai commencé à faire de la musique, à sortir des albums et je n’ai plus arrêté. Mais comme pour l’écriture, je me suis un peu mis des bâtons dans les roues moi-même en dépit parfois de réelles opportunités. Je ne sais toujours pas vraiment pourquoi j’ai fait ça… bref ! Il y a quelques années, au tout début du confinement, j’ai ouvert une chaîne YouTube sur un coup de tête pour m’amuser dans le but de partager ma passion de ce que la société décrit comme futile et est pour moi vital : l’artistique, de la musique à la littérature, et surtout le cinéma. Je pensais me lasser au bout de trois mois et finalement quelque chose d’un peu magique s’est produit avec les gens et je suis toujours là.

— Tu as un style disons très personnel, un peu à contre-courant de ce qui se fait sur youtube. Tu ne quémandes pas de likes ou de partages, tu fais des vidéos parfois très longues, en plan fixe. Et j’avoue que ça fait du bien de voir parfois des gens comme toi qui privilégient le contenu à la forme et aux modes. Tu as par exemple maintenant une petite tradition, après ta vidéo principale, publiée normalement chaque dimanche, tu feuillettes et commentes un magazine des années 80. Pour moi, qui suis de 72, forcément, les années 80, ça me parle ! Comment en viens-tu à ce genre d’idées, plutôt novatrices à mon sens ?

— Sincèrement je pense que mes idées à la con viennent spontanément au gré de mes réflexions et que là où un vidéaste YouTube qui veut « percer » s’interdirait de faire quoi que ce soit qui nuise au développement de sa chaîne, moi je m’en fiche total et je fonce. Je vais feuilleter un vieux mag et me dire « tiens ça pourrait être sympa de le faire en vidéo pour partager ça ! ». Je me dis que si ça me plaît à moi, ça plaira forcément à quelques autres et je me lance. J’ai conscience que je ne fais rien de ce qu’il faut faire pour réussir sur les réseaux mais je préfère donner de bons moments à 500 personnes que de me forcer à ne pas être moi-même pour en séduire 10 000 avec des vidéos que je n’aimerais pas regarder.

— Tu es un grand collectionneur, on peut le voir à ton décor dans ton bureau et aux objets et figurines que tu présentes régulièrement (voir les photos qui illustrent cet entretien). C’est parfois un peu difficile d’expliquer le rapport affectif que l’on peut avoir à certains objets (surtout quand ça a tendance à envahir des pièces entières, je connais ça aussi !), comment tu définirais ça ? Est-ce que, une fois l’objet possédé, il a autant de valeur à tes yeux ou est-ce une quête perpétuelle ?

— J’ai toujours été fétichiste des objets liés à mes passions et à chaque période de ma vie où j’en ai eu les moyens, j’ai acheté des conneries (jouets ou figurines, livres, disques, posters, revues…). Je ne me vois pas comme un collectionneur car pour moi ça implique une forme de rigueur que je n’ai jamais eue, mais je comprends qu’on me perçoive ainsi vu le nombre de petits objets à la con qui m’entourent ! Pour moi c’est en grande partie l’enfant que je suis en partie resté qui s’exprime. Ma joie est totalement infantile quand j’ai enfin un jouet ou objet que j’ai énormément désiré. C’est régressif. Par exemple je n’ai aucune idée de la valeur de beaucoup de mes trucs. Ma femme s’inquiète parfois niveau assurance en cas d’incendie ou autre. Je la comprends mais j’aime mes jouets pour les sentiments qu’ils provoquent en moi, pas pour leur valeur financière. Par exemple je ne revends jamais ce que j’ai acquis. Je l’ai fait par le passé dans des moments difficiles parce que je n’avais pas le choix mais c’était pour payer une facture, pas pour faire un bénéfice sur le dos d’autres passionnés. J’adore aussi l’accumulation. Je trouve ça… réconfortant ? Des gens qui voient mon bureau sont parfois choqués et me disent que c’est surchargé et étouffant tous ces objets et affiches, que la pièce ne respire pas. Mais moi c’est dans les espaces épurés et vides que je me sens oppressé étrangement !

— Si tu avais un objet ou une figurine mythique à nous présenter, ce serait lequel ?

— Mythique, pour moi ce serait sans doute un des jouets, en métal et plastique, Popy lié à Goldorak, San Ku Kaï ou Ulysse 31. Ou la poupée Actarus de Ceji Arbois. Parce que quand je les observe aujourd’hui, ça me renvoie directement au sentiment d’émerveillement parfaitement disproportionné que j’éprouvais enfant pour eux.

— Tu as posté des vidéos, passionnantes, sur ton parcours en tant que musicien, sur ta relation amicale avec Serge Gainsbourg, sur un voyage épique aux États-Unis quand tu étais jeune, sur tes expériences paranormales dans une maison bien flippante, sur ton travail dans la pub, sur ta passion pour Michael Jackson (on y reviendra)… as-tu encore d’autres sujets de ce genre en tête ? 

— Hélas non ! J’ai vraiment fait le tour ! Enfin, pas tout à fait. Il y a une période de ma vie où j’aurais énormément à dire mais je ne peux pas parce que c’est trop glauque et je ne vois pas quel plaisir on pourrait éprouver à m’écouter raconter les nombreux moments horribles de mon enfance. J’y fais parfois rapidement référence dans mes vidéos quand je trouve que c’est utile mais sans entrer dans les détails. J’ai tout relaté par écrit il y a trois ans. Parce que l’écrit, c’est très différent. Je me dit qu’un jour peut-être je rebosserai un peu ce récit autobiographique de mon enfance et le partagerai. On verra bien.

— J’ai évoqué rapidement Michael Jackson, il s’agit d’un artiste que tu aimes beaucoup et que tu connais très bien, pour avoir lu moult ouvrages à son sujet. J’avoue que, à force de t’entendre en parler, avec autant de passion, j’ai eu envie de voir le biopic qui lui a été récemment consacré. Mais en réalité, la grosse révélation, pour des gens comme moi qui ne sont pas fans, c’est que cet immense artiste était certes naïf, bizarre peut-être, mais certainement pas apparemment un pédophile comme les médias ont voulu le faire croire. Pourrais-tu nous en dire plus sur ce sujet très clairement méconnu par le grand public ? Y a-t-il eu des condamnations, des preuves, ou au contraire a-t-on des témoignages sérieux l’innocentant ? Ce n’est pas « fun » comme sujet, mais si ça peut permettre de rendre justice à un innocent, ça vaut le coup d’être abordé. 

— Le défi c’est de te répondre sans que ça fasse trente pages haha ! Disons que dans les faits, cet homme a payé pour son étrangeté indiscutable et son comportement factuellement « anormal ». Je suis le premier à concevoir qu’il est déstabilisant et peut-être même déplaisant pour des adultes d’en voir un autre passer son temps libre entouré d’enfants avec lesquels il se comporte lui-même comme un enfant. Michael a dit très tôt (avant Thriller) qu’il n’était heureux qu’en compagnie d’animaux et d’enfants parce qu’ils avaient en commun de le considérer pour l’humain qu’il était et non pour ce qu’il représentait financièrement ou en termes de popularité. Il y a longtemps Phil Collins a répondu à un journaliste : « Quand les gosses voient MJ, ils voient un être humain. Quand les adultes le voient, ils ne voient que sa fortune. » Ce n’est pas si simple mais ça résume pas mal de choses tout de même. Les tabloïds ont beaucoup menti et continuent encore. Et des escrocs ont vu la cible parfaite pour tenter des extorsions de fonds. Je ne suis pas dans le déni et si un seul accusateur sérieux était apparu, réclamant justice et non pas un gros chèque, ça aurait tout changé, mais même le FBI qui a cherché durant dix ans n’en a trouvé aucun.


Un aperçu du fantastique bureau d'Alex.


— Tu es un grand fan du metal des années 80, notamment la tendance « glam ». Pourrais-tu nous donner trois albums incontournables ou méconnus mais qui méritent le détour ?

— Je vais vraiment parler pour mes goûts personnels hein ! Je dirai l’album Under Lock And Key de Dokken, l’album Night Songs de Cinderella et l’album Invasion Of Your Privacy de Ratt. Il y en a plein d’autres mais bon, je joue le jeux !

— Tu es aussi un lecteur boulimique apparemment (un des derniers vu l’état de l’édition), tu apprécies beaucoup Stephen King notamment. Que penses-tu de ses derniers romans ? Et surtout, que penses-tu du gars derrière l’auteur, notamment quand il colporte des propos mensongers sur un père de famille (Charlie Kirk) qui se fait assassiner pour ses idées ? C’est un peu sulfureux, mais je dois dire que le Géant du Maine m’a beaucoup choqué.

— Je dois énormément à Stephen King dont les romans m’ont incroyablement marqué dans les années 80. Hélas à partir de la fin des années 90, j’ai cessé de lire chacun de ses livres systématiquement comme je le faisais avant car je trouve que le niveau a chuté et ça me parle infiniment moins qu’avant. Sa plume est selon moi moins inspirée et acérée. Pour ce qui est de ses diatribes politiques sur les réseaux sociaux, je trouve ça pathétique et assez triste en fait. Il croit sans doute pouvoir influencer son lectorat en étant si virulent. Les artistes qui cherchent à endoctriner leur public sur leurs visions politiques, j’ai toujours trouvé ça irrespectueux et parfaitement déplaisant. C’est aussi déclarer qu’on méprise humainement une partie de ses « fans ». Bref…

— Tu es tout de même un peu étiqueté « spécialiste » ciné, pourrais-tu conseiller trois films, récents ou non, méconnus mais à voir absolument ? (si tu n’en trouves pas de spécialement méconnus, tu as le droit aussi de citer des classiques que tu aimes particulièrement).

Rent-a-Pal de Jon Stevenson sorti en 2020 reste un de mes plus gros coups de cœur de ces dernières années. Plus récent, Heel (également connu sous le titre Good Boy) de Jan Komasa, sorti fin 2025, qui est juste remarquable d’intelligence. Et il faut absolument voir Obsession qui vient de sortir et sera sans aucun doute un de mes films préférés de 2026.

—  On a pour point commun d’avoir tous deux vécu dans le « monde d’avant », un monde certes imparfait mais qui avait encore du sens et des valeurs nobles à défendre. Que penses-tu des dérives wokistes actuelles, qui imprègnent autant le cinéma que les médias ou le milieu politique ? 

— Je suis extrêmement fataliste. Comme mon idole Bret Easton Ellis l’a si bien exprimé dans son essai White, j’observe un genre de glissement résolument catastrophique vers un monde où la résilience n’est plus une qualité mais une tare. Un monde où au lieu de s’endurcir et se battre, on se victimise jusqu’au délire sur tout et n’importe quoi à même de nous contrarier. Je vois aussi chez une partie de la jeune génération un révisionnisme radical décomplexé avec une couche de mauvaise foi assumée. Je sais que je passe souvent pour un vieux con réac, mais là on a atteint un seuil où il devient compliqué de faire autrement. Quelle chance j’ai eu d’être un enfant des années 70 puis un ado des années 80. Je n’en avais pas conscience mais bon sang, pour rien au monde je ne voudrais être plus jeune !

— Tu as eu une enfance difficile, une adolescence agitée, qu’est-ce qui fait que, au final, tu es devenu une bonne personne, instruite, calme, créative, et pas une racaille ivre de haine ? C’est quoi l’ancre qui arrime du bon côté quand tu dois faire face à des situations aussi dures, surtout si jeune ?

— C’est une question qu’on m’a très souvent posé dans ma vie dès lors que les gens apprenaient ce que j’ai vécu, mais la vérité c’est que je l’ignore. Je crois que ce n’est tout simplement pas ma nature. J’ai pourtant vraiment eu toutes les excuses et aussi les opportunités pour très mal tourner humainement. À chaque fois j’ai refusé de prendre ces chemins-là parce que ce n’était pas moi. J’en suis heureux mais c’est vrai que c’est assez miraculeux !

— Le fait de poster des vidéos régulièrement et d’avoir une communauté change forcément un peu le rapport avec les gens, comment est-ce que tu gères ça ?

— La chaîne a fait énormément de bien au misanthrope qui a toujours sommeillé en moi. J’ai toujours été très sélectif dans mes relations d’amitié. Trop. Avec tous ces échanges humains, ces connexions avec des personnes parfois très différentes, je me suis adouci et je pense sincèrement que je n’ai jamais autant respecté et apprécié les autres. Bon il y a des limites et des exceptions, évidemment !

— Y a-t-il un film ou une série que tu attends avec impatience ? Quelle série récente t’as le plus marqué ? On a beaucoup apprécié par exemple Plur1bus sur UMAC, tu en as pensé quoi ?

— J’ai bien aimé l’ambiance hypnotique et contemplative de Plur1bus mais ça n’a pas été un coup de cœur comme pour énormément de gens autour de moi, j’avoue. Moins noble que Plur1bus, mais j’ai beaucoup aimé la seconde saison de la série Ted, dans un genre… impertinent. Et j’ai adoré la première saison de Dexter Resurrection. Sinon, un film que j’attends avec impatience, c’est le I Play Rocky de Peter Farelly, qui relate le combat du très jeune Sylvester Stallone avec son scénario.  

— À la fin de chaque entretien, on a l’habitude de poser cette question : si tu devais avoir un super-pouvoir, ce serait lequel et pourquoi ? Mais on va un peu l’étoffer. Quel pouvoir, pourquoi, OK, mais il faut savoir aussi qu’une bande-son se déclenche dès que tu utilises ce pouvoir (ou qui t’accompagne tout le temps si c’est un truc qui dure dans le temps, comme la super-force, contrairement à l’invisibilité par exemple, qui est ponctuelle). Tu choisis quoi comme bande-son ?

— Depuis gamin où on se pose forcément cette question les uns aux autres en cours de récré, j’ai toujours hésité entre deux pouvoirs… Voler bien sûr, qui est sans doute le plus cité sur la planète. De jour ça ne m’intéresse pas mais je sais que chaque nuit, je passerais mon temps dans le ciel à virevolter en observant les lumières en bas, à slalomer sans but entre les nuages juste pour le plaisir. J’observerais les avions et les quelques ovnis que je croiserais. Ca ne servirait à rien du tout mais ça me ferait un bien fou, je serais trop heureux. En bande-son me vient spontanément en tête le morceau Living Waters de Philip Glass, composé pour le documentaire animalier Anima Mundi mais réutilisé ensuite dans le film The Truman Show.


Films, musique, produits dérivés, les sujets abordés dans La Fuite en Vidéo sont nombreux,
et Alex s'y montre passionnant, humble et drôle ! Inutile de vous dire qu'on vous conseille ses JDV.

Metropolis
Par



Nous embarquons aujourd'hui pour Metropolis, cité uchronique et mystérieuse. 

La Première Guerre mondiale n'est jamais survenue. Au lieu de s'entretuer, Français et Allemands ont édifié une immense ville dans l'Interland, symbole de la réconciliation. La mégapole n'est cependant pas exempte de crimes. Après un attentat particulièrement meurtrier, l'inspecteur Faune découvre des cadavres dans les sous-sols de la ville. De "vieilles choses mortes", déshumanisées et abandonnées. 
Pour mener à bien cette enquête, Faune va devoir faire équipe avec le commissaire Lohmann, sous la supervision du docteur Freud. Un psychiatre ne sera en effet pas de trop car, outre le fait que les deux flics ont eu des problèmes psychologiques par le passé, d'étranges événements commencent à survenir dans Metropolis : la statue d'un soldat remplace celle d'un philosophe, des livres étranges apparaissent dans les librairies... quelque chose est en train de modifier l'Histoire.

Romancier, auteur de nouvelles et d'essais, Serge Lehman avait déjà fait montre de ses talents de scénariste avec La Brigade Chimérique, œuvre qui se penchait sur les super-héros européens et commentait leur quasi absence dans notre culture. Cette fois, l'auteur reprend le concept de Metropolis mais, au lieu d'en faire un nid de surhumains, il la présente comme le lien entre deux nations ennemies ayant grandement contribué à façonner l'Europe moderne.
Metropolis, littéralement "ville mère", devient ainsi un élément central du récit. Elle vit, parle, cache des secrets dans ses entrailles tout en pointant ses tours vers le ciel... 
Avec Lehman, comme souvent, il faut s'attendre à ce que tout fasse sens (le type étant l'un des meilleurs et des plus brillants scénaristes français). L'inspecteur Faune, par exemple, est ainsi lié à la cité de manière presque charnelle, la ville étant présentée comme sa "grande mère". 
Mais tout ne se limite évidemment pas aux ruelles et aux immeubles...




Après une première touche de fantastique, l'on plonge dans un thriller sombre, aux références nombreuses et aux non-dits subtils. Churchill, Freud, Fritz Lang ou Briand sont de la partie, ancrant l'intrigue dans un passé fragile, malmené et habilement revisité. 
Techniquement, Lehman fait preuve d'une rare virtuosité dans la narration. Les personnages principaux prennent peu à peu de l'envergure alors que des pans de leur passé sont dévoilés. L'exploit est triple puisqu'il faut dans le même temps installer l'intrigue policière, donner de l'épaisseur aux protagonistes et rendre crédible et intelligible une utopie hors du temps, uniquement rattachée à nous par quelques noms célèbres.

Graphiquement, le travail de Stéphane De Caneva est tout simplement exemplaire, tant pour ses plans spectaculaires sur la ville que dans la manière de traiter les personnages, avec une touche rétro qui ne verse jamais dans le "vieillot". La colorisation, de Dimitris Martinos, est également pour beaucoup dans la réussite de cette ambiance visuelle.
Le premier tome a été publié en 2014 chez Delcourt, qui a ressorti l'intégrale des quatre tomes en 2024 (toujours disponible pour environ 35 euros). 

Démesurée, multigenre, addictive, cette BD bénéficie de la maîtrise d'un auteur qui a les moyens, intellectuels et techniques, de son ambition, ce qui n'est finalement pas si courant que ça.
À posséder absolument.






BONUS

Entretien avec Serge Lehman (publié à l'origine dans le magazine Geek d'octobre 2010, à l'occasion de la sortie de La Brigade Chimérique)

Nolt
: Serge Lehman, vous êtes le co-auteur de La Brigade Chimérique, comment est né cet ambitieux projet ?
Lehman : D’une question que je me suis posée enfant en découvrant les comics US : pourquoi n’y a-t-il pas de super-héros en France et, plus largement, en Europe ? C’est idiot, évidemment, mais je n’ai jamais réussi à passer outre, jamais réussi à me contenter de « c’est comme ça, c’est un truc purement américain ». À la fin des années 90, quand j’ai découvert que la vieille SF française de l’entre-deux-guerres contenaient des dizaines de super-héros potentiels, je me la suis posée à nouveau et j’ai fini par écrire une histoire pour y répondre.

— La série mélange personnages réels, comme Irène Joliot-Curie, et des héros de fiction, comme le Nyctalope ou le Passe-Muraille, sur quelles bases s'est effectué ce casting assez exceptionnel ?
— Pour les personnages de fiction, on a reproduit ce qu’on pense être le processus créatif originel des comics, cette simplification/amplification qui a permis de passer de héros bigger than life comme Doc Savage ou The Shadow aux vrais surhommes : Superman et Batman. Le Nyctalope est une création du feuilletonniste Jean de la Hire, qui date d’avant la Première Guerre mondiale. Il est riche, il voit la nuit et possède un cœur artificiel, il fréquente le grand monde ce qui garantit sa mobilité, il dirige une organisation anti-criminelle, etc. À la fin d’un de ses romans, la Hire écrit en substance : « le Nyctalope, c’est la France. » Bon, on ne peut pas être plus clair. On a puisé dans ce vivier-là. Parce qu’on ne fait pas de distinction a priori entre haute et basse culture, on s’est aussi intéressés à l’autre bord de l’échiquier littéraire, en détournant Gregor Samsa, le héros de La Métamorphose, pour en faire un super-héros maudit : « le Cafard ». Ou l’horrible vieillard de Papini, Gog. Tout ça est assez infantile, je le reconnais, mais aussi très amusant. Pour les personnages réels, d’une certaine manière, c’était plus facile. Dans les années 30, le radium était vraiment la « matière miracle » dans l’imaginaire, une préfiguration de la kryptonite, alors, les Curie, Rotblat, les premiers chercheurs atomistes, c’était évident. Quant à Breton et aux surréalistes, dissidents ou non, ils ont eux-mêmes avoué leur passion pour les feuilletons – pour Fantômas en particulier. Ça coulait de source.

— Avec d'aussi nombreux précédents, il n'était pas facile de présenter des super-héros sans tomber dans le déjà-vu, pourtant, l'on dépasse complètement le cadre du simple hommage, avec des personnages qui n'ont rien à envier à leurs cousins américains et s'imposent avec une identité propre. Qu'est-ce qui les différencie, sur le fond, des super-héros les plus connus de Marvel ou DC ?

— Ils sont de leur temps : racistes, antisémites, nationalistes, pleins de morgue impériale… Ils adhèrent au mauvais système de valeurs, on ne peut que les détester. Le problème, c’est qu’il suffit de les voir à l’œuvre pour les aimer aussi. Pour se demander comment on a pu vivre un demi-siècle sans eux. Une culture digne de ce nom ne peut pas se passer de super-héros. Si elle n’en produit pas, elle vit par procuration à travers ceux des autres.

— Vous abordez dans ce récit des domaines aussi sérieux que la physique quantique ou la psychanalyse, la science en général est-elle pour vous une source d'inspiration ?
— Une source d’histoires et une source poétique, oui.

— Le concept de surhomme est très différemment interprété par le Dr Mabuse et Nous Autres. Cet aspect politique, presque philosophique même, était-il présent dès le départ ?
— Ça fait partie du projet. C’est parce que le concept de surhomme est fondamentalement ambigu, y compris et surtout chez Nietzsche, qu’il peut être tiré dans tous les sens, du saint catholique à la « bête blonde » nazie en passant par les super-héros classiques ou, aujourd’hui, le posthumain qui récupère une bonne partie de tous ces fantasmes. Dans le corpus idéologique des nazis, le surhomme est une structure. On ne pouvait pas parler des années 30 sans prendre en compte toutes ces choses.

— Les références, notamment à la littérature d'avant-guerre, sont incroyablement nombreuses. Est-ce là le résultat d'une passion ancienne pour ce genre de récits ? Les précisions que vous apportez sur votre site ont dû demander un travail de documentation colossal !

— Oui et non. La Brigade a demandé dix ans de maturation mais pour l’essentiel, j’ai lu les livres, vu les films, admiré la peinture et accumulé la documentation par plaisir ou curiosité intellectuelle, sans savoir vraiment ce que j’en ferais. Pendant un moment, j’ai essayé de construire un roman uchronique inspiré de Fritz Lang, Metropolis. Des bribes de ce projet se retrouvent dans la BD. Mais je me suis aussi servi du même matériel pour faire une longue nouvelle intitulée Superscience, une anthologie sur la vieille science-fiction française chez Omnibus et bientôt un essai pour Gallimard. Disons que j’ai passé une décennie à rêvasser sur l’entre-deux-guerres.

— Au final, la Grande-Bretagne mise à part, qu'est-ce qui explique selon vous que le genre super-héroïque n'ait pas réellement connu de succès en Europe ? À quoi pourrait-on attribuer ce que vous appelez ce "manque" dans notre imaginaire ?
— Il faut nuancer les formulations : les histoires de super-héros ont toujours eu du succès en Europe, même après la guerre. Simplement, elles n’étaient plus produites ici, il a fallu les importer. Superficiellement, on pourrait croire que c’est un cas d’idiosyncrasie : les super-héros seraient une spécificité américaine, comme les cow-boys disons… Mais dès qu’on regarde en profondeur, on s’aperçoit que ce n’est pas le cas, que des personnages-sources comme le Nyctalope, Félifax, Fantômas et d’autres pullulaient dans la fiction européenne de la première moitié du XXe siècle. Donc : il y a eu des super-héros européens. Et puis, un jour, ils ont disparu. Comment et pourquoi ? C’est ce qu’on raconte dans La Brigade. Disons pour faire simple qu’après le nazisme, la catégorie du surhomme est devenue impensable pour les créateurs du continent. Elle a littéralement cessé d’exister. Le vrai héros européen d’après-guerre, ce n’est pas le surhomme mais celui qui l’affronte : le résistant. Le Nyctalope de la Hire fournit un bon exemple de cette inversion : sa dernière aventure se déroule pendant l’occupation et il est clairement du côté des Allemands. Bref, nous n’avons plus de surhommes ici parce qu’ils se sont discrédités au moment critique, parce qu’ils ont choisi le mauvais camp, parce qu’ils nous ont trahis. L’exception anglaise s’explique d’elle-même dans cette optique et fournit un cadre de lecture général : créer des super-héros est un privilège de vainqueur.

— Vous êtes l'auteur de romans et de nombreuses nouvelles, est-ce que La Brigade Chimérique, dans un avenir plus ou moins proche, pourrait se décliner autrement qu'en bande dessinée ?
— Je ne sais pas.

— Vous rappelez volontiers que vous êtes un ancien lecteur de la revue Strange, est-ce que vous suivez encore régulièrement certaines séries américaines ?
— Pas le mainstream mais des auteurs en particulier. Moore, Ellis, Mignola… Je ne suis pas très original.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une ambiance rétro sans codes narratifs éculés.
  • Une vraie tension qui s'installe avec pourtant fort peu de complaisance envers le sordide et le gore.
  • Une Metropolis fascinante.
  • Le savoureux mélange entre polar, thriller psychologique, uchronie et fantastique.
  • Des planches élégantes et efficaces.
  • Rien de particulier à signaler.
Entretien avec... Kanyll !
Par




Nous recevons aujourd’hui, pour ce nouvel entretien UMAC, le talentueux Kanyll, un artiste très complet qui est auteur, compositeur, interprète et même réalisateur de clip ! 


Virgul : Kanyll, merci de nous accorder un peu de ton temps. On commence tout de suite par une petite présentation pour nos lecteurs qui n’ont pas la chance de te connaître, tu as commencé quand et comment ?

Kanyll : J’ai commencé la musique en 2006, à l’époque j’avais 17 ans, avec ma mère on avait pas mal de problèmes financiers et pas de domicile, nous étions hébergés chez une personne de la famille, le temps de se remettre d’aplomb. Avec un ami on écoutait beaucoup de rap, de freestyles en tout genre, et puis pour délirer, on s’est dit pourquoi pas acheter un petit micro bas de gamme à 10 euros et un logiciel d’enregistrement gratuit pour tester. On a fait nos premiers tests et tout cela est vite devenu pour moi une passion proche de l’obsession. Je me suis au même moment lancé dans la composition, à cette époque ce n’était pas aussi facile qu’aujourd’hui de trouver des prods sur youtube par exemple, et à partir de là commence mon parcours artistique personnel.


— Tu as mis en privé certains titres, un peu anciens, peux-tu nous dire pourquoi et si tu comptes les republier un jour (j'avoue avoir un faible pour Je me suis encore fait coller, fun et nostalgique à la fois).

— Beaucoup de mes anciens morceaux n’ont pas eu, ou très peu, de traitement audio dû à mon manque d’expérience à ce moment-là. Sans ce traitement les morceaux sont difficilement appréciables, avec un son agressif et désagréable pour l’oreille. J’ai pour projet et déjà commencé de retaper et réenregistrer certains titres pour les remettre au goût du jour et les publier sur les plateformes de streaming, mais uniquement les titres solo n’ayant plus de rapport avec les personnes en featuring.


— Dans Mouton Noir, tu dis « c’est pas de la trap mais ça kick », c’est vrai que tu n’es pas dans les codes du rap actuel, certains titres sont même très rock (comme La Bagarre, un hit, dont on retient tout de suite la mélodie, ou même Mouton Noir, presque hard rock au niveau de la prod). Comment définirais-tu ton style, bien à part, et quelles sont tes sources d’inspiration ?

— Je n’ai jamais réussi à mettre un nom sur mon style musical. Étant justement un mouton noir, je fais souvent tout à l’opposé des tendances, j’ai toujours mélangé tous les styles en fonction de mes goûts, mais pour être plus généraliste, je dirais pop. Depuis tout petit, les morceaux qui m’ont toujours fait rêver étaient ceux des années 80 : Michael Jackson, Queen, la BO des films d'action, etc. Je pourrais en citer beaucoup, tout ce qui était pop, rock, funk, disco, de ces années-là, mais le rap était bien plus accessible sans réel besoin de compétences ou de talent de chant. Après de nombreux tests décevants, j’ai mis des années avant de parvenir à composer, écrire et pouvoir chantonner le genre de musiques que j’ai toujours voulu faire.


— Est-ce que l’on pourrait dire que tu as un style assez positif et lumineux finalement ? Loin des clichés par exemple de voyous dealant et affrontant la police. Même dans La Bagarre, tu parles de « braco », mais de manière très décalée et très « jouée », en mettant en scène une bande de potes qui prépare un coup depuis dix ans. C’est très « cinématographique » dans l’idée. 

— J’ai toujours eu ce juste milieu entre passé sombre compliqué, très personnel, et ce coté soleil et humour en même temps. Dans la vie, je suis plutôt un clown qui vanne beaucoup, mais je traîne aussi beaucoup de fardeaux dans mon sac à dos. J’ai habité 20 ans dans des quartiers, j’ai dealé pendant des années comme tout le monde autour de moi pour remplir le frigo quand j'étais mineur, je ne pouvais pas travailler mais je n’ai jamais voulu mettre cette partie de ma vie en musique de manière glorieuse, c’était plutôt du négatif pour moi, pas de quoi en être fier, même s’il y avait de bons moments, j’ai vécu et vu tellement de choses dont je ne peux pas parler et où je ne me sentais pas du tout à ma place…


— Au niveau des textes, tu as souvent des punchlines un peu décalées, avec beaucoup d’humour, ce qui ne t’empêche pas d’asséner parfois des aphorismes pas dégueulasses (du genre « avant de tailler, passe le balai devant ton palier » ; « tu compteras les secondes, avant que le tonnerre te gronde, tu auras tellement d’ennemis, que tu accuseras même ton ombre » ou encore le très lourd « me dis pas que tu vois pas le mal, ça commence comme Montana, ça finit comme Palmade ». En termes d’écriture, as-tu un modèle ? Est-ce que tu lis beaucoup, et si oui quel genre de bouquins ?

— J’ai plus d’une fois tenté de lire mais j’ai beaucoup trop de passions qui prennent du temps et j’ai fait le choix de la musique en général. Je n’ai pas de modèle pour l’écriture, mais j’ai toujours essayé de m’appliquer dans mes textes, quel que soit le thème. Aujourd’hui, j’ai tellement rappé ma vie que j’ai plutôt tendance à écrire sur des thèmes plus légers, pour tenter de toucher tout le monde. Ça tient aussi à la manière dont on consomme la musique aujourd'hui, plus le texte est compliqué, moins le titre est écouté. L’ambiance générale du morceau est bien plus important de nos jours.




— La qualité des clips que tu produis est assez folle, que ce soit les décors, la photographie, les effets, tout cela est très léché. Tu as une équipe avec toi ou tu as appris sur le tas ?

— J’ai commencé, très peu de temps après m’être lancé dans la musique, à faire de la vidéo tout simplement parce que je n’avais pas les moyens de payer pour un clip. J’ai donc acheté un petit camescope et je me suis entrainé. J’ai tout appris seul, aujourd’hui je suis vidéaste en micro-entreprise, j'ai accès à beaucoup de matériel haut de gamme. Je réalise toutes sortes de vidéos pour des clients : clips, mariages, réseaux sociaux, etc. Et je suis capable de gérer toute la chaîne artistique seul : écriture, composition, chant, enregistrement et arrangements, vidéo. Beaucoup de mes amis m’ont demandé comment j'avais fait pour apprendre tout ça. Depuis 20 ans, j’ai tout simplement stoppé tout ce qui passait pour moi après la musique : boîte de nuit, soirées, traîner dehors, les jeux vidéo, etc.


— Quels sont tes futurs projets ? Un album en préparation ? 

— Pas vraiment de projets précis mais plutôt sortir chaque morceau un après l’autre. On ne consomme plus la musique comme avant, où l’on prenait le temps d’écouter chaque morceau, chaque album. Je ne vois plus vraiment d’intérêt à sortir un album, sauf pour les plus grandes stars, suivies par des millions de personnes.


— Où peut-on écouter et acheter tes titres ?

— Mes titres sont sur toutes les plates formes de streaming comme spotify, apple music, sinon mes clips sont sur youtube.


— Est-ce que tu aurais un souvenir de lecture t’ayant marqué étant jeune ? Une BD, peut-être ?

— Plus jeune, j’ai lu les Chair de poule, Astérix et bien sûr Dragon Ball, qui a bercé mon enfance.


— Merci Kanyll d’avoir accepté de nous parler de ton parcours. La tradition veut que l’on termine nos entretiens par cette question : si tu avais un super-pouvoir, ce serait lequel et pourquoi ?

— J’ai toujours voulu répondre « immortel » à cette question (rire), mais en y réfléchissant avec plus de maturité, je me dis que je n’ai pas envie de finir seul pour l’éternité (rire), donc ce serait de pouvoir remonter le temps, je recommencerais absolument toute ma vie différemment. 


Et voilà les matous, nous espérons vous avoir donné envie de découvrir ce que fait cet artiste, original et autodidacte, n'hésitez pas à jeter un œil (et surtout une oreille, voire les deux) sur ses pages, vous découvrirez des sons punchy, très mélodiques, entre pop rock et rap, le tout mis en images dans d'excellents clips. Miaw !




Noctule. h Rétrospective
Par



On allie aujourd’hui les domaines littéraires et musicaux avec un ouvrage passionnant et hors du commun : Noctule. h - Rétrospective !
Et qui de mieux placé que son auteur pour nous en parler ?


Virgul : Manu, merci de venir nous parler de ton livre qui porte sur ton aventure musicale, au sein de différents groupes. Qu’est-ce qui t’a donné envie de raconter ton parcours ?
Emmanuel Bonnet : Merci à toi pour l’invitation, c’est très sympa, d’autant que j’adore UMAC.
Pour répondre à ta question, disons simplement qu’à la base c’est une démarche très égocentrée, voire même un peu égoïste, qui a donné naissance à ce livre. En 2022 après la crise Covid, je me suis plus ou moins retrouvé sans groupe. Les autres membres de Logical Tears n’avaient plus du tout d’intérêt ou d’envie pour cette formation et ils me l’ont bien fait comprendre. J’ai donc été plus ou moins forcé de mettre un frein à mes activités musicales. Mais étant un infatigable créatif, je me suis vite retrouvé en manque, si l’on peut dire ça comme ça. Alors je me suis demandé quel type de projet je pourrais réaliser seul sans devoir dépendre des autres. Et comme c’était aussi l’année de mes 50 ans, j’ai décidé de réaliser ce livre un peu comme un challenge. C’est une grande première pour moi, étant dyslexique, mon rapport à l’écriture a toujours été un peu compliqué. Et ça me donnait aussi une forme de réponse créative à une éventuelle crise de la cinquantaine. (rires)
Après pas mal de réflexions, d’encouragements et de conseils de mon ami Cyril Durr, que vous connaissez bien chez UMAC, je me suis finalement lancé et le résultat me plaît bien pour une première expérience littéraire.

- Le livre regorge d’illustrations et d’anecdotes, parfois drôles, parfois émouvantes, on a vraiment l’impression d’être immergé dans ce monde un peu "underground" qui est le tien. En fait, on se rend compte qu’il n’est pas nécessaire d’être spécialiste d’un style musical en particulier pour se passionner pour tes péripéties. Est-ce que tu souhaitais dès le départ, justement, que ce soit très accessible et pas seulement un ouvrage destiné aux musiciens et aux fans ?
- Oui totalement, je ne voulais pas que ça soit quelque chose de trop hermétique et barbant pour le profane. Je ne suis absolument pas connu comme musicien en dehors de quelques fans ou amis, alors il fallait vraiment élargir le propos. C’est certain que les gens qui ont suivi depuis longtemps Noctule Sorix et Logical Tears, mes deux groupes, auront certainement plaisir à découvrir leurs genèses, mais ce n’était pas mon but premier. Je voulais juste proposer une sorte de parcours de vie au travers d’anecdotes et de souvenirs vécus. Montrer qu’on peut toujours se dépasser et arriver à ses buts, aussi modestes soient-ils, malgré les embuches et les accidents de la vie. La musique c’est effectivement le fil rouge de cet ouvrage, mais je pense qu’il parle davantage de persévérance et de motivation personnelle. J’ai essayé de le rendre drôle et captivant, même si certains passages sont un peu plus personnels ou tragiques. Je pense sincèrement qu’on n’est pas obligé d’aimer la musique pour apprécier cet ouvrage, il se lit bien sans être un spécialiste de la Cold Wave. (rires) Un ami qui vit en Suisse et qui l’a déjà lu m’a dit récemment : "Ça se lit super facilement, c’est drôle, prenant et mine de rien, c’est aussi le reflet d’une certaine époque." Ce qui m’a beaucoup touché.

- La forme de ce livre est très soignée, avec un vrai travail sur les différentes typos, la mise en page, les illustrations, est-ce que ton expérience dans la BD t’a poussé à en faire aussi un "bel objet" ?
Oui probablement. J’ai un regard très graphique sur les choses de par ma formation artistique et mon travail de coloriste de bande dessinée. Je lis aussi beaucoup de biographies de musiciens, d’acteurs ou d’artistes et je trouve que les maisons d’édition, même si elles effectuent souvent un travail correct sur la couverture, se contentent d’avoir une approche très classique sur la mise en page. Un livre c’est avant tout un objet et c’est dommage quand le sujet du livre touche à un domaine artistique de se satisfaire d’une mise en page banale ou trop simple. Les deux ouvrages qui m’ont réellement inspiré pour la forme de mon livre sont la biographie de Marilyn Manson, Mémoires de l’enfer, et celle de Travis Barker, Can I Say. Ils ont tous les deux une mise en page très graphique qui retranscrit bien la personnalité de leurs auteurs. Je voulais retrouver ça dans mon ouvrage. Apporter une mise en page un peu graphique et rock’n roll qui retranscrive ce côté "underground" de ma vie. J’ai mis du temps à trouver quelque chose qui reflète ma personnalité, un style qui soit personnel mais quand même facilement lisible et vraiment pas indigeste.

- La couverture pourrait aussi bien être celle d’un comic en fait.
Oui c’est vrai. Je l’ai conçue avec le dessinateur Daniel Gattone, avec qui justement j’ai réalisé plusieurs comics. Je trouvais ça drôle d’avoir une couverture totalement dessinée pour une biographie, et puis ça montre également une autre facette de mon travail. J’en suis vraiment content, Daniel a fait un super travail sur l’illustration. Je l’en remercie grandement.

- Tu es donc compositeur, bassiste, on sait maintenant que tu es également coloriste, aujourd’hui écrivain, quel est finalement le domaine créatif qui te permet de t’épanouir le plus ?
- Je crois que j’ai besoin de tous ces domaines pour pouvoir m’épanouir pleinement. Je travaille par phases, parfois plus en musique, parfois plus en images. J’ai toujours été autant attiré par le son que par l’image, mais si je dois être complètement honnête, je pense que mon amour premier restera quand même la musique. C’est réellement dans la composition musicale que je suis le plus à l’aise. L’écriture c’est vraiment tout nouveau pour moi et comme je te l’ai dit, j’ai un rapport un peu particulier à l’écrit. Étant dyslexique, j’ai vraiment une confiance toute relative quand j’écris. Et comme on m’a pas mal brimé durant mes études, c’est difficile d'être à l'aise dans ce que je fais à l’écrit. Mais j’avoue que j’ai adoré écrire ce livre et j’y ai même trouvé du plaisir lors des séances d’écriture.

- Et justement, maintenant que ce premier pas dans l’écriture est franchi, est-ce que tu envisages d’autres projets, de fiction par exemple ?
- Eh bien figure-toi que oui ! J’ai un projet qui me tient à cœur sur l’écriture d’une grosse nouvelle dans un univers Heroic Fantasy que j’aimerais bien finaliser. Elle sera illustrée par Daniel Gattone comme il a pu le faire pour le recueil de nouvelles de Cyril Durr, Jour de Neige, paru chez 2T2N. Mais là, le procédé est inversé. Daniel a déjà réalisé les illustrations et c’est moi qui trouve un récit autour de ses dessins. J’ai déjà écrit la première partie, mais ça me demandera encore un peu de temps pour finaliser le texte. Et le temps c’est malheureusement ce qui me fait le plus défaut dans la finalisation de mes projets.

- Un dernier mot pour nos lecteurs ?
Je tiens déjà à remercier toute l’équipe d’UMAC pour cet entretien bien sympathique.
Et souhaiter à vos lecteurs qu’ils restent passionnés aussi bien en musique, qu’en BD ou en littérature. C’est cette culture pop qui nous fait vibrer et change réellement le monde en quelque chose de positif.




Prix : 32 €
Éditeur : 2T2N 
Distributeur : BoD
Langue ‏ : ‎ Français
Broché ‏ : ‎ 480 pages
ISBN-10 ‏ : ‎ 2322523658
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2322523658
Poids de l'article ‏ : ‎ 1 Kilogramme
Dimensions ‏ : ‎ 15,5 x 3,1 x 22 cm











Entretien avec... Tanngrisnir !
Par



Ambiance scandinave et médiévale aujourd'hui, puisque nous avons le plaisir de recevoir les membres de l'association Tanngrisnir, qui vont nous faire découvrir leur passion et nous entraîner dans le monde des Vikings !

 Tout d’abord merci de nous accorder un peu de votre temps, pouvez-vous commencer par présenter votre association ?
— Basée à Saulnes, Tanngrisnir est une association (loi 1901) de reconstitution historique ayant pour but de promouvoir la connaissance de l’ère viking (793-1066) à travers la pratique artisanale, le combat et la vie communautaire, mais aussi la musique, les rites et traditions…
An 980 : le clan Tanngrisnir, Varègues marchands, guerriers et Hommes libres, sillonne les routes de l’Est en quête de richesse et de gloire...

— Qu’est-ce qui vous a attiré plus particulièrement dans cette culture ?

— Je pense que beaucoup d’entre nous sont déjà des passionnés d’histoire. Le fait d’avoir une certaine liberté dans le groupe y fait beaucoup aussi. Concrètement, il n’y a pas de limite dans le sens ou chaque membre est libre de proposer ce qu’il lui plaît du moment qu’il a fait des recherches pour le justifier historiquement.
L’artisanat est tellement vaste qu’il y a énormément de domaines à couvrir : forge, travail du bois, du cuir, poterie, musique, pêche, cuisine… la liste est longue. Bon nombre d’entre nous ont été emballés par le côté sportif du combat.
De manière générale, en creusant un peu le sujet des vikings, on remarque vite qu’il y a énormément de clichés qui ne sont pas du tout représentatifs, c’est l'un des buts de l’association de casser ces idées reçues et transmettre nos connaissances.

— J’ai eu la chance d’assister à quelques combats impressionnants lors du Fensch Viking Festival, à Florange. J’imagine que cela nécessite une grosse préparation, quel entraînement suivez-vous exactement ?
— Le combat demande une condition physique et mentale. Nous nous retrouvons tous les dimanches après-midi pour les entraînements et en profitons également pour échanger sur notre passion.
Le côté fraternel des membres de la troupe se ressent d’autant plus sur le chant de bataille. Un lien de frères d’armes se crée. Et le fait d'être soudés est une force, cela permet de se dépasser.

— Les armes sont émoussées et vous disposez bien entendu de protections, mais dans le feu de l’action, arrive-t-il parfois de prendre un "mauvais coup" ?
— En effet, il faut prendre conscience que c’est un sport de combat. Comme un boxeur qui a les oreilles déformées, le nez cassé… les mauvais coups peuvent être de la partie, mais l’une des premières choses à maîtriser lors de l’entraînement est justement la maîtrise de sa force et de ses coups.

— Vous participez je crois à des manifestations dans toute l’Europe, auriez-vous un souvenir marquant à partager ?
— Pour en citer deux, un souvenir particulièrement marquant est notre première participation au festival viking de Wolin en Pologne : un village entier reconstruit en bord de mer, de l’artisanat historique, des échoppes à ne plus savoir où regarder, une sortie en bateau, et une bataille monstrueuse avec près de 800 combattants !
Le second est notre victoire dans la catégorie Bridge-Fight lors du festival de Rocroi (dans les Ardennes) où les meilleures équipes européennes se sont retrouvées pour sans doute le plus grand rassemblement de France. Nous remettrons notre titre en jeu en 2024.

— Lors des manifestations, vous établissez un campement, vous faites du feu, etc. Est-ce que vous essayez de pousser la reconstitution jusque dans les plus petits détails ?  Par exemple, quel serait le repas type d’un viking ?
— Pour une reconstitution de qualité, chaque détail compte, le but est justement de maîtriser et de faire attention à tous. Une bougie, un godet, la structure d’une table, les coutures des vêtements, cela doit être fait main, il faut faire attention à la matière… tout doit être historique.
Nous adaptons les repas à notre région, tous comme le faisaient les vikings. Quelques exemples : une potée aux légumes, du poisson fumé sur une planche accompagné de galettes cuites au feu de bois. Les bêtes étaient plus importantes vivantes ; la chèvre pour le lait, les poules pour les œufs, la vache était le tracteur du paysan à l’époque…

— D’un point de vue plus pragmatique, combien coûte environ une tenue complète, disons dans la version la plus simple (sans les armes ou éventuelles protections spécifiques) ?

— Il faut différencier la tenue civile et la tenue de combat. Le budget peut vite exploser. Une tenue civile simple peut aller de quelques centaines d’euros selon la qualité jusqu’à plusieurs milliers.
Une tenue civile de paysan peut être de 300 euros environ, une tenue de marchand peut aller rapidement jusqu'à 1400/1500 euros. Pour une tenue de combat il faut compter 400 euros minimum mais cela peut également dépasser les 1000 euros. Nous mettons un point d’honneur à ce que les choses soit faites à la main dans la mesure du possible, et l’artisanat et la main-d’œuvre ont un coût !

— Les membres de votre groupe paraissent très soudés, on sent une forme de bienveillance, d’amour fraternel presque entre vous (que l’on ne retrouve pas forcément dans d’autres pratiques, sportives notamment), est-ce dû au fait de pratiquer une activité un peu hors normes ?
— Il y a un lien très fort entre nous, nous nous considérons comme une famille, et personne ne doit être mis à l’écart. De là à savoir si c’est dû a notre activité, c’est difficile à dire mais possiblement. Nous fonctionnons comme a l’époque avec un système de "Thing".
Le thing, terme dérivé du vieux norrois þing, se réfère aux anciennes assemblées qui se tenaient dans les pays d'Europe du Nord. On a décrit les things comme le berceau viking de la démocratie car leur naissance constituait la première tentative d'introduire un système représentatif permettant de régler les différends sur une place publique neutre, de façon non-violente, plutôt que par des querelles sanglantes. C’est tout naturellement que nous avons donc repris ce terme pour nous rassembler et aborder les sujets qui le nécessitent, tout en laissant les nouveaux membres prendre leur place dans la troupe.

— En parlant des liens qui vous unissent, votre association est-elle ouverte à tous ? Y a-t-il un rite d’initiation, des conditions particulières ?
— Toute personne le souhaitant est bien sûr la bienvenue pour venir découvrir notre passion et en discuter. Nous accueillons régulièrement des personnes qui s’intéressent à nos activités. Pour tester le combat, se renseigner… Mais il faut garder en tête que l’aspect financier est significatif et cela freine beaucoup de monde. Pour participer à des évènements, une tenue civile est obligatoire. Chaque nouveau membre se fois assigné un parrain pour aider, répondre aux questions et ne pas faire d’achat non historique et inutile.

— Vous devez sans doute avoir vu la série Vikings, qu’en pensez-vous ? Est-elle selon vous représentative du mode de vie de l’époque ?

— C’est un bon divertissement mais ce n’est en rien une référence historique, autant en termes de tenue que d’histoire. Un viking est avant tous un marchand opportuniste. Les guerres et les massacres sont une infime partie de leur histoire.


— J’imagine qu’il n’est pas toujours facile de trouver des détails précis justement sur les habitudes de l’époque, les vêtements, les outils, les armes… quelles sont vos principales sources d’information ? Auriez-vous par exemple un ouvrage à conseiller ?
— Dans les grande lignes, l’association représente à l’origine une caravane marchande fondée entre Gotland, une île suédoise, et Birka, à la fin du Xe siècle. Cette caravane a connu son heure de gloire sur la route commerciale de la Volga (passant par Kiev, Gnezdovo, Byzance et allant jusqu’à Bagdad). Des cultures plus tardives ou trop éloignées sont donc à exclure.
Le but est de représenter de manière immersive la culture scandinave à la fin du Xe siècle, ses us et coutumes, son artisanat, son mode de vie, l’organisation de la société… Cela astreint les membres à un certain niveau d’authenticité dans leurs propositions de reconstitutions. La cohérence du costume est donc importante et permet de situer l’échelle sociale de celui-ci en s’appuyant sur des recherches personnelles, des sources archéologiques, iconographiques, historiques, des livres, certains éléments dans les musées…
Chaque personne se dirigera vers des ouvrages différents selon ses recherches. Un bon exemple : une personne souhaitant représenter un personnage du port commercial de Birka trouvera énormément d'informations dans le Birka Die Gräber de Holger Arbman.

— Il y a des enfants parmi vous, j’imagine que pour eux, ça doit être extraordinaire d’avoir un papa et une maman vikings, et d’être plongés dans une reconstitution grandeur nature. Ils sont aussi passionnés que vous ?
— Nous sommes depuis plusieurs années dans la reconstitution, et certains d’entre eux ont grandi parmi nous depuis leur plus jeune âge, dans la nature, coupés des écrans, certains présentent même des activités ou échangent avec le public. La relève est bien présente !

— Diriez-vous que votre pratique a également une dimension philosophique ? Est-ce par exemple comparable spirituellement à la « Voie » des budo japonais, en ce sens que la « gestuelle », la technique, outre l’aspect martial, constitue aussi un support pour grandir l’individu et trouver une certaine forme d’aboutissement, d’éveil ?
— Excellente question qui mériterait peut-être un échange de vive voix. Je pense qu’un aspect spirituel est déjà lié à notre pratique, dans le sens où nous allions la mythologie nordique à nos actes et représentations. Un certain respect pour la nature, les forces de chacun, l’honneur, le soutien… etc.
Peut-être y a-t-il une dimension philosophique dans tout ça. Une ligne de conduite, un respect du feu qui nous nourrit, du bois, du fer, des choses rares à l’époque et que l'on ne prend plus en compte de nos jours. Notre activité tend à transmettre ces choses-là.

— Si vous deviez corriger une idée reçue sur les Vikings et leur mode de vie, quelle serait-elle ?
— Il y en a tellement…
Le viking n’est pas une civilisation mais un mode de vie, c’est un marchand avant d’être un guerrier.
Le casque à cornes est apparu avec les opéras de Wagner et n’a jamais existé avant.
La corne à boire est à proscrire des tenues historiques.
La femme avait un rôle extrêmement important dans la famille et était très bien traité. Elle avait même le droit de divorce.
Le therme "drakkar" n’existe qu’en France, c’est une erreur de traduction qui est entrée dans la langue française par accident. Le Langskip est le nom utilisé pour un navire de guerre, mais plusieurs noms existe en fonction de la taille et de l’utilité du navire.

— 
J’ai vu sur votre page facebook qu’il vous arrivait apparemment de naviguer sur des navires d'époque. Alors ça, c’est juste fou ! Quel est le plus long trajet que vous ayez effectué ? Avez-vous construit vous-même ces navires ?

— Il nous est arrivé à deux reprises de faire des sorties en bateau. La première sur le Dreknor, une reproduction faite à l’identique d’un navire exposé au musée d’Oseberg (24 m de long) par une association située à Carentan (Normandie). Une sortie en mer de près de trois heures. La seconde à Wolin en Pologne, bateau plus petit mais une immersion des plus fortes. Une expérience extraordinaire pour nous tous.

— Certains d’entre vous parlent-ils le vieux norrois ? Utilisez-vous certains termes de cette langue lors des combats par exemple ?

— Nous n’avons personne qui parle le vieux norrois malheureusement, mais nous avons une personne qui écrit couramment en runes. Les ordres donnés pour les formations et déplacements sont en islandais, qui est la langue la plus proche du vieux norrois. Nous faisons également des cérémonies comme Yule, Litha, des mariages… tout cela est très immersif.

— Le Xe siècle et la culture viking constituent un vaste domaine, particulièrement riche et qui semble susciter de plus en plus l’intérêt du grand public. Serait-il envisageable, avec l’aide de la Région, de quelques communes peut-être, d’établir un village viking permanent, un peu sur le modèle du village des « Vieux Métiers », dans la Meuse ? Y seriez-vous favorables ?
— Járnfjall : Sans doute le projet le plus ambitieux de l’association. "Járn" signifie le fer, "fjall" peut se traduire par montagne, ce qui nous fait donc "La montagne de fer". C’est le nom choisi pour notre projet de village, en Lorraine, région lourdement marquée dans son histoire par ses mines, la sidérurgie et toutes les activités tournant autour du minerai de fer. Un travail sur plusieurs années et qui demande beaucoup d’organisation et de motivation. 

 Savez-vous déjà quel est le prochain festival où l’on pourra vous découvrir ? (En Moselle ou ailleurs)
— Nous arrivons en fin de saison, nous serons présents au marché de l’histoire de Compiègne les 19 et 20 novembre prochains. Il faudra attendre l’année prochaine pour la reprise des festivals et prestations publiques de l’association. Nous faisons également des rassemblements privés pour une immersion totale et sans public, pour vivre notre passion à fond.

— Nous terminons toujours nos entretiens par cette question traditionnelle : si vous pouviez avoir un super-pouvoir, quel serait-il ?
— Pour rester dans le thème, je pense qu’on dira voyager dans le temps !




Entretien "Knives and Steels"
Par


Nous recevons aujourd’hui Jean-Philippe, créateur de la chaîne Knives and Steels, consacrée au couteau sous toutes ses formes, qu’il soit destiné au bushcraft, à la survie, à la randonnée, la pêche et bien d’autres activités encore.


UMAC : Jean Philippe, tu as donc une chaîne youtube consacrée au vaste domaine de la coutellerie, depuis quand existe-t-elle et comment t’es venue cette idée ?
Jean-Philippe : Bonjour, la première vidéo a été publiée le 7 mars 2021, il y a donc environ 9 mois. Je réalise des vidéos depuis 2011, d'abord en tant que simple amateur, puis je me suis lancé à mon compte. Entre les réalisations de vidéos pour des clients, j'ai continué à en réaliser par passion dans divers domaines tels que la pêche, la randonnée, les paysages. J'ai toujours apprécié les loisirs de pleine nature et donc je me suis équipé pour randonner, camper, observer. J'ai aussi toujours possédé au moins deux ou trois couteaux et, depuis quelques années, cet outil m'a de plus en plus intéressé. Je ne suis pas collectionneur, mais je m'intéresse aux différents types de couteaux. Comme j'aime me promener seul dans la nature et que j'y réalise souvent des vidéos, je n'avais pas forcément toujours  de sujet à filmer, comme des animaux, et je me suis dit que ça pouvait être intéressant de mettre en scène un couteau avec quelques techniques de coupe. C'est comme ça que j'ai réalisé une première vidéo de couteau il y a environ 3 ans, puis j'ai réalisé des vidéos sur d'autres thèmes. Je continuais cependant à m'intéresser aux couteaux et j'ai vu qu'il existait sur ce sujet des chaînes YouTube mais presque toutes présentaient les couteaux de la même manière, couteau sur un coin de table avec commentaires en direct et sans forcément proposer de documentaires. Alors je me suis dit que ça pourrait être intéressant de présenter l'univers des couteaux au grand public de manière informative et esthétique, avec de belles vidéos mettant en valeur les couteaux dans différents environnements, différentes ambiances et aussi avec des animations graphiques. Et puis comme j'aime m'informer, cette chaîne est l'occasion de toujours continuer à en apprendre sur le sujet.

— Tu proposes notamment des sujets thématiques mais aussi des présentations très soignées de différents modèles, combien de temps faut-il pour réaliser ce genre de vidéos ?
— Il faut savoir que dans le domaine de la vidéo il y a d'infinies possibilités (rythme du montage, variété des plans, choix des musiques, titrages, animations graphiques, etc...). On peut réaliser une vidéo en prise directe sans changement de plan et ça ne prend donc pas beaucoup de temps pour produire une vidéo dans ce format. Pour ma part j'essaie de proposer une bonne diversité de plans sous différents angles, dans différentes situations, et il me faut au moins déjà 3 ou 4  heures pour filmer les multiples scènes. Je traite ensuite les images (colorimétrie, contraste, stabilisation de certains plans...). Ça me prend aussi au moins 3 ou 4 heures . Reste ensuite à effectuer le montage, sélectionner les séquences, choisir une musique, rédiger un texte, enregistrer une voix off, insérer des titres, créer des animations. Tout cela prend en moyenne deux jours de plus. Donc pour une simple réalisation de présentation de couteau, il faut y consacrer au moins une vingtaine d'heures de travail. Pour la réalisation d'un documentaire comme ceux que j'ai faits sur les aciers de coutellerie, il faut compter environ 10 jours de travail. Ça fait beaucoup de boulot mais quand on à l'habitude de bosser en tant que professionnel, on ne peut pas se résoudre à faire des vidéos « à l'arrache » même si c'est « seulement » pour YouTube. Et puis j'ai espoir que ces vidéos deviennent en quelque sorte une référence dans ce domaine.

— Quels sont les éléments qui font un « bon » couteau ?
— Il y a deux grands types de couteaux. Les couteaux à lame fixe et les couteaux pliants. Le principal élément à prendre en compte est la qualité de l'acier qui forme la lame. Il existe aussi deux grands types d'aciers. Les aciers dit « carbone » sensibles à l'oxydation, donc à la rouille, et les aciers inoxydables. Il y a plus d'une centaine d'aciers de coutellerie dont une vingtaine très répandus. Ces aciers ont des propriétés différentes sur le plan de leur résistance à l'oxydation, leur solidité, leur conservation du tranchant et leur facilité d'affûtage. Enfin il faut aussi prendre en compte la qualité des matériaux qui composent le manche (matériaux synthétiques tels que résines, plastiques, fibre de carbone, métaux comme l'aluminium, le titane et enfin le bois...). La qualité de fabrication et de finition est aussi importante.



— Existe-t-il encore de nos jours des évolutions technologiques qui améliorent ou révolutionnent le domaine du couteau ?
— On peut dire que si les chinois ont longtemps été sous-traitants, il existe désormais de nombreuses marques chinoises qui proposent des modèles de couteaux pliants d'un excellent rapport qualité/prix et qui innovent beaucoup en sortant d'innombrables modèles chaque année. On va dire que les principales innovations se font sur les formes de lames, le design. Il y a aussi quelques innovations dans le domaine des aciers avec l'apport d'éléments dans leur composition qui améliore résistance et conservation du tranchant, mais ce sont souvent des aciers très chers. On peut dire qu'actuellement il y a une impressionnante diversité de couteaux, des modèles pour tous les goûts à tous les prix, qu'ils soient industriels, ou fabriqués par des artisans. Le couteau, à lame fixe à base de fer, a finalement peu changé depuis sa création il y a environ 3000 ans. La fonction reste la même mais les designs ont évolué. Les couteaux pliants offrent une multitude de systèmes d'ouverture et de verrouillage de la lame. C'est surtout du côté des couteaux de poche qu'il y a donc des innovations techniques.

— L’un des éléments les plus importants demeure bien entendu la lame et sa composition. Y a-t-il des aciers recommandés pour des usages spécifiques ?
— Il y a les aciers inox pour les couteaux  régulièrement au contact de l'eau, et les aciers dits « carbone » plutôt employés pour les couteaux de survie. Ces derniers sont moins chers, bien tranchants et faciles à affûter, mais ils nécessitent un peu plus d'entretien. Un des aciers les plus courants pour les couteaux de survie est le 1095. Les aciers inox les plus utilisés sont le 14C28N, le 12C27, le 440C. Enfin il existe des aciers très haut de gamme qui conservent longtemps leur tranchant comme par exemple les aciers inox appelés CPM-S35VN et le M390. Mais le mieux est de regarder les vidéos que j'ai réalisées si vous souhaitez bien comprendre ce sujet.

— Le marché est très vaste, avec des couteaux à plus de 200 euros, voire plus, d’autres à moins de 20… sur quoi se fait cette différence de prix ? Existe-t-il du matériel de bonne qualité abordable ?
— La différence de prix s'explique en grande partie par le type d'acier dont est formée la lame et les matériaux du manche. Par exemple, un couteau pliant composé d'un acier haut de gamme, et d'un manche en fibre de carbone ou titane, coûtera selon les marques entre 120 et plus de 300 euros.
Mais il existe de très bons couteaux pour moins de 60 euros. La qualité de fabrication est excellente et les aciers sont de bonne qualité. Par exemple on trouve des couteaux de poche en acier D2 ou 14C28N pour environ 60 euros avec plaquettes de manche en G10 (une sorte de résine très résistante) qui sont vraiment parfaits (beaux et performants). Par contre vous aurez l'embarras du choix car il existe des centaines de modèles...

— D’un point de vue légal, le port du couteau est interdit, le transport autorisé pour « raison légitime », tout cela est un peu flou, non ?
— En fait, il faut retenir qu'il ne faut pas porter de couteau dans les lieux publics, en ville, dans les magasins, dans les transports en commun, lors de manifestations ou événements. Si vous exercez une activité dans la nature qui justifie le port d'un couteau, alors en principe vous n'aurez pas de problème, et plus votre couteau sera petit, plus il sera toléré car moins assimilable à une arme.



— À la fois outil polyvalent et arme, l’usage du couteau est très démocratisé mais on a l’impression que malgré tout, mis à part les spécialistes, peu de gens connaissent véritablement bien ce domaine. Existe-t-il des idées reçues ou des légendes farfelues à ce sujet que tu voudrais dénoncer ou que tu trouves amusantes ?
— En fait le couteau est un outil ambivalent, c'est l'outil ancestral pratique utilisé à travers les âges mais qui au fil de l'histoire a aussi permis à certains hommes de commettre des crimes. C'est un objet qui peut permettre de survivre mais aussi d'ôter la vie. On a donc forcément un rapport particulier au couteau. On l'aime car il est utile, mais on l'appréhende aussi car on peut se blesser avec. On remarque que le couteau est très présent dans les films ou séries d'aventure, c'est à la fois un outil et une arme symbolique. Et c'est un des objets les plus utilisés que tout adulte possède au moins dans sa cuisine.  

— Quelles sont les bases pour entretenir correctement un couteau ?
— Le meilleur moyen d'entretenir son couteau est d'en faire un usage approprié. Ne pas taper la lame sur de la roche par exemple, s'il est susceptible de rouiller, alors le sécher après utilisation avant de le ranger dans son étui. Il faut quand cela est nécessaire l'aiguiser pour que le tranchant redevienne efficace, et pour les aciers qui rouillent très facilement, on peut un peu graisser la lame. Je dirais aussi qu'il faut faire attention de ne pas se blesser avec car ça m'arrive encore et c'est bien aussi d'entretenir l'usage de ses doigts...

— Si tu avais un ou deux modèles à conseiller, en couteaux pliants et à lame fixe, quels seraient-ils ?
— Celui qui veut s'acheter un premier couteau de camp à lame fixe pourra commencer par un Mora Companion version lame carbone ou inox (acier 12C27), car pour une quinzaine d'euros c'est un très bon couteau, fiable. Celui qui veut mettre le prix dans un bon couteau à lame fixe peut regarder les modèles de la marque italienne Lionsteel. Mais si je devais conseiller un petit couteau à lame fixe, c'est celui que je viens de m'offrir pour le présenter prochainement sur la chaîne. Il s'agît du Brisa Trapper 95 version émouture scandinave en acier N690Co, un très bon acier inox. Le manche est en micarta et il est livré avec un bel étui en cuir pour 115 euros. Ça peut déjà paraître cher mais dites-vous qu'un couteau de qualité se conserve à vie contrairement à une paire de chaussures de sport...
Pour les couteaux pliants, les meilleurs rapports qualité/prix sont les modèles de marques chinoises comme Civivi, Kizer, Ruike, Bestech, Real Steel... On ne peut pas trouver mieux pour une soixantaine d'euros. Je conseillerai le Ruike Hussar P121 pour découvrir le plaisir d'utiliser un couteau pliant avec ouverture flipper et verrouillage de la lame par liner lock. Il ne coûte que 38 euros et il est top.

— Nous terminons toujours les entretiens sur UMAC avec la question traditionnelle : si tu pouvais choisir un super-pouvoir, quel serait-il et pourquoi ?
— Je pense que j'aimerais pouvoir me téléporter instantanément à n'importe quel endroit. Simplement parce que je suis fasciné par la diversité et la beauté des paysages de notre planète.