Publié le
3.1.16
Par
Nolt
— Bonjour, je viens vous voir
comme je sais que vous ne faites rien…
— Heu, attendez, je ne fais
pas « rien », je travaille chez moi.
— Je sais, vous êtes…
saltimbanque, c’est ça ?
— Non, je ne suis pas
« saltimbanque », ni diseuse de bonne aventure, mais auteur.
— Oui, enfin, vous êtes plus
souvent là que votre pauvre femme en tout cas…
— Comment ça ma
« pauvre » fe…
— Mes toilettes sont bouchées.
— Qu’est-ce que vous voulez
que ça me fasse ?
— Non mais comme vous êtes un
bonhomme, je pensais que…
— Que j’allais me transformer
en plombier et mettre les mains dans votre merde ?
— Vous ne savez pas
faire ?
— Évidemment que je ne sais
pas faire ! Et même si je savais, j’en ai carrément pas envie.
— Qu’est-ce qu’on va faire alors ?
— Mais, il n’y a pas de
« on », moi je vais retourner dorm... enfin... bosser, au propre, et vous, vous allez
appeler un plombier, ça se fait vous savez.
— Pfff… artiste va !
Résolution #007 – entretenir
des relations de bon voisinage : failed
Publié le
1.1.16
Par
Nolt
dans notre monde et
demeurent encore une source d’inspiration véritable pour un grand nombre d’artistes.
There’s a moon over Bourbon Street tonight,
I see faces as they pass beneath the pale
lamplight
I’ve no choice but to follow that call
The bright lights, the people and the moon and
all…
Quand, en 1985, Sting chante
cette ballade ténébreuse et mélancolique, l’image du vampire a déjà changé. Il n’est plus le monstre froid et épouvantable qui doit
être combattu mais devient une victime romantique d’une malédiction parfois
contrôlable. Il n’est plus forcément l’ennemi mais devient le personnage
central du récit, un homme damné, perdu, qui souffre lui-même avant d’être
instrument de souffrance.
Pourtant, nous partions de
loin…
Le Dracula de Stoker, roman
épistolaire publié en 1897, pose déjà les bases dont se serviront, bien des
décennies plus tard, des auteurs plus fleur bleue. Ce Dracula fondateur (bien
que les vampires, ou des créatures y ressemblant, soient déjà présents bien
avant lui dans les contes populaires) émerge à une époque cruciale et aussi
sombre qu’excitante.
![]() |
| Bouh, j'ai été mordu par une chochotte ! |
Le Dracula stokerien reste
néanmoins un monstre, une chose abjecte qui inspire répulsion et terreur. Mais
le vampire est trop riche comme concept pour en rester au rôle de simple goule
ou créature de la nuit.
Déjà, dans les années 60,
Polanski joue avec la créature et la peur qu’elle inspire dans Le Bal des
Vampires, en mélangeant frissons coquins et sourire moqueur.
C’est pourtant sans doute Anne
Rice – et son succès populaire dans les années 80 – qui va donner au mythe une
approche à la fois nouvelle et tendancieuse. Le vampire devient très sensuel
(voire carrément efféminé) et prisonnier d’un désespoir et d’un questionnement
métaphysique qui le pousse à renier sa condition et se mettre en danger (Louis,
qui refuse de tuer des humains et se fait interviewer, Lestat, qui finit par
écrire des chansons révélant au monde l’existence des vampires).
Le vampire, prisonnier de sa
condition, devient non plus un objet de crainte mais d’apitoiement. Il n’est
plus monstre mais victime et même, sous le régime ricien, victime
pleurnicheuse.
A la même époque, certains
tentent d’accommoder le vampire à la fois à la sauce moderne au niveau de la
narration et à des époques historiques auxquelles il n’est pas habitué. C’est
le cas de Kathryn Bigelow, dans Near Dark,
un film d’action mélangeant codes du western et aura des dentus confédérés. C’est
aussi original que réussi mais le film est un échec commercial. Le vampire
comme « ennemi » basique ne marche plus. On lui a donné une âme, il se doit
d’être maintenant habité, contrarié, humanisé…
Ainsi, le Dracula de Coppola,
en 1992, parait aller à contre-courant en revenant aux bases gothiques et
romantiques du mythe, comme si une piqûre de rappel
était de temps en temps
nécessaire.
était de temps en temps
nécessaire.
Stephen King lui-même va également
utiliser le mythe de manière très classique dans Salem, puis de manière plus anecdotique dans le cycle de La Tour Sombre, sans pour autant en donner une
approche nouvelle.
L’on peut passer rapidement
sur les Blade ou Underworld, plus films d’action que récits s’attaquant véritablement
au mythe, pour en venir aux gentils vampires, véritable évolution cette fois,
bien que très contestée.
Twilight et Vampire Diaries
ont réussi à ringardiser la bestiole. Le pire, c’est que les films ou cette
série ne sont pas si mauvais que ça, l’on peut très bien s’y laisser prendre,
mais une fois une saison ou un long-métrage passé, il faut tout oublier, comme
un pet honteux que l’on a balancé au moment crucial dans un diner de famille,
ou constater que tout cela n’a que très peu de rapport avec le vampirisme et
bien plus avec le soap opera et les séries à la Beverly Hills (Beverly Hills
avec de longues canines disons). La vision ricienne atteint ici son apogée et ses limites.
Même True Blood, faussement
sulfureuse, s’avère rapidement très nunuche dans son fonctionnement (et est encore bien pire dans son adaptation en comics). L’on est
loin par exemple du vampire irlandais de Preacher, bénéficiant de l’approche
intelligente, complexe et dérangeante d’un Garth Ennis.
Le vampire impitoyable et
inquiétant, voire dégueulasse, est devenu « cool », sexy et sympa
dans l’imagerie populaire. Il faut s’immiscer dans la BD pour en voir parfois
une interprétation plus cradingue, effrayante ou simplement originale : American Vampire, Bite Club, Ouvert la Nuit ou encore Turf offrent des visions assez rock n’roll des
créatures de la
nuit. Alors que dans le même temps, l’adaptation en roman
graphique de Dracula est un bide total à la fadeur aussi triste que prévisible,
les scénaristes n’osant rien et, surtout, ne racontant rien.
nuit. Alors que dans le même temps, l’adaptation en roman
graphique de Dracula est un bide total à la fadeur aussi triste que prévisible,
les scénaristes n’osant rien et, surtout, ne racontant rien.
Le cinéma, quant à lui,
continue de tenter de décliner le monstre dans des situations diverses. En
inversant les rôles dans Daybreakers par exemple, où le vampire devient l’espèce
dominante, bien que menacée par la raréfaction de l'humain. A l’opposé, le Lesbian Vampire Killers de Claydon donne dans la parodie
potache et sexy, carrément débile ou franchement culte selon les goûts (Virgul, lui, a adoré et craqué pour Myanna Buring, ce chat est un obsédé mais il a un goût certain).
Plus récemment, le vampire
devient même une sorte de super-héros dans Dracula Untold. Le terrible Vlad
l’empaleur, dont les origines sont révélées, fait ici office de noble
protecteur de son pays et de sa famille en combattant l’envahisseur turc. Le
vampire n’effraie plus, au contraire, l’on s’en remet à lui contre les menaces
extérieures !
Outre le parcours chaotique du
mythe dans la fiction, il est amusant de constater que pratiquement tout ce qui
fait la légende du vampire, en tout cas tout ce qu’on lui attribue, est réel et
explicable.
Bien des maladies ou carences temporaires peuvent bien sûr être soulagées par des transfusions mais il existe aussi une sorte d’allergie
à la lumière, la protoporphyrie érythropoïétique, qui provoque des douleurs
intenses après une exposition.
Plus fou encore, l’on peut
aussi expliquer l’absence de reflet dans les miroirs par un trouble mental
relevant de l’hallucination négative. Dans de très rares cas, un sujet (et la
puissance de l’inconscient est ici fascinante) peut
ne plus distinguer sa
propre image.
ne plus distinguer sa
propre image.
Mais l’essentiel ne tient pas
dans les faiblesses du vampire, ses variations littéraires ou ses réactions
scientifiquement explicables.
Le vampire, avant la prochaine
révolution qui ébranlera faussement son territoire, reste un gentleman du
crime, un tueur tout excusé, car n’obéissant qu’à des règles de survie, un type
souvent instruit et fascinant, car ancien et expérimenté, un aristocrate
véritable, car au-dessus de la mêlée.
Il marche parfois au grand
jour et en vient à ne plus craindre les crucifix et l’ail, comme s’il évoluait,
lui aussi, et cherchait à nous dire que les vieux grigris ne fonctionnent qu’un
temps.
Il est partout et nulle part,
s’infiltre dans nos habitudes, surfe sur nos idées reçues et pose une main
glacée sur le bord du lit ces nuits où l’on sait pertinemment que quelque chose
est présent dans la pièce…
Plus encore qu’un monstre, il
est aussi l’éternité, celui qui tient la mort en échec et en devient maudit.
Mais à l’inverse du zombie, qui se dégrade et perd intelligence et personnalité,
le vampire partage encore bien des habitudes avec nous. Il peut être sans pitié
ou faire preuve de mansuétude, il peut encore aimer et bien sûr haïr, il échappe à la loi des hommes mais il dépend
d’eux et de leur sang. Il est un monstre mais un monstre séduisant, complexe,
contradictoire, dont les pouvoirs font envie.
C’est peut-être cela qui fait
sa plus grande particularité. Peu de gens souhaitent devenir un tueur en série
psychopathe, une créature de Frankenstein rapiécée ou un alien gluant, mais
certains sont tentés par le vampire, ce qui en dit certainement plus long sur
l’Homme, et ce qu’il est prêt à endurer pour échapper à son destin de fourmi,
que sur cet être maléfique légendaire.
Sélections UMAC - Le meilleur du Vampire :
1 - au cinéma
2 - en littérature
3 - en comics
4 - en manga
5 - évolution du mythe (vous êtes ici)
Publié le
1.1.16
Par
Nolt
On commence 2016 en vous souhaitant bien entendu une très bonne année et en vous présentant la série Alix Senator !
Tout le monde ou presque connaît Alix, une bande dessinée, de style "ligne claire", créée en 1948 par Jacques Martin (non, ce n'est pas le mec de la télé) et qui continue sa route actuellement avec de nouveaux auteurs à la barre (cf. UMAC's Digest #5). Ces récits mettent en scène un jeune Gaulois intrépide, adopté par un romain, qui vit de nombreuses aventures à Rome mais aussi en Gaule, en Afrique ou encore en Asie mineure.
Alors que la série mère n'est plus aussi excitante qu'à l'époque de Martin, un spin-off voit le jour en 2012, sous le titre Alix Senator.
Le personnage principal a cette fois une cinquantaine d'année, il est devenu sénateur et a un fils. Sous l'impulsion de la scénariste Valérie Mangin, cette nouvelle série va prendre une orientation un peu différente. Bien qu'il y ait toujours de l'action en son sein, l'aspect aventure est ici parfois mis de côté au profit d'une approche plus politique, où complots, enquêtes et trahisons s'entremêlent.
Le premier tome, Les Aigles de Sang, est assez exemplaire de ce point de vue, puisque tout commence avec une mort aussi brutale qu'étrange : le Grand Pontife, dernier rival d'Auguste, vient de rendre
l'âme après avoir été attaqué par un aigle. Beaucoup voient dans cet assaut venu du ciel la volonté de Jupiter. Cependant, quelque temps après, c'est cette fois Agrippa qui succombe à un nouvel assaut.Auguste charge alors Alix d'enquêter sur ce qui pourrait bien être des crimes.
Le ton est réaliste, la série bien documentée, le mélange entre personnages historiques et fictifs fonctionne très bien. L'ambiance, résolument mature, tient aussi beaucoup aux forts beaux dessins de Thierry Démarez, qui signe aussi la colorisation. Décors et personnages sont soignés, même si certains visages ont parfois tendance à se ressembler. L'artiste est également plus doué pour les scènes statiques que l'action, certains combats ou personnages en mouvement se révélant parfois étrangement figés.
Cette première intrigue, parfois un peu prévisible (difficile de ne pas trouver le coupable dès le début), se poursuit en réalité dans
les tomes suivants (Le Dernier Pharaon et La Conjuration des Rapaces) et prend de la consistance, le troisième album qui marque la fin d'un premier arc narratif étant sans doute le plus abouti.Un quatrième album, Les Démons de Sparte, est sorti récemment (cf. UMAC's Digest #13).
Pour les anciens lecteurs, qui ont connu Alix dans leur enfance, le retrouver ainsi en sénateur aux cheveux blancs devrait être un réel plaisir. L'idée de le faire évoluer ainsi, dans un cadre plus politique, est en tout cas très bonne. Les nouveaux lecteurs, passionnés par l'Antiquité et Rome, devraient, eux, trouver dans cette série un style plus moderne, notamment au niveau graphique, que celui de la collection originale.
Pas sans menus défauts mais clairement intéressant, d'autant que l'ensemble s'améliore au fil des épisodes.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
|
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Publié le
31.12.15
Par
Tacgnol
Si les Japonais possèdent leurs propres créatures folkloriques apparentées à nos vampires occidentaux [1], ce sont ces derniers qui sont le plus traités dans leurs bandes dessinées. Revisitée avec plus ou moins de bonheur, du vampire sympathique au monstre le plus abject, une pléthore de titres est disponible depuis des années en version française et anglaise [2]. Voici une modeste sélection de quelques œuvres sanguinolentes :
Hellsing, de HIRANO Kohta
Complet en 10 tomes, disponible chez Dark Horse Manga et chez Tonkam.
Le récit débute en Angleterre.
Inconnue du grand public, la fondation secrète protestante Hellsing – rattachée à la couronne – emploie un Nosferatu presque invulnérable, Alucard, contre diverses goules, vampires et autres morts-vivants qui sèment la pagaille. Elle est dirigée par la descendante de Abraham Van Hellsing (oui, avec le nom orthographié ainsi), Integra. Alucard, personnage classieux, fascinant et non dénué d’un humour particulier, est un très vieux vampire masochiste dompté par la famille Hellsing qui prend plaisir à se faire déchiqueter avant de pulvériser ses opposants. Au fur et à mesure des missions musclées, Alucard, sa maitresse Integra, ainsi que Victoria Seras, une policière devenue vampire contre son gré, se trouvent confrontés au Vatican et à ses prêtes fanatiques appartenant à la division catholique Iscariote. À force de creuser les affaires obscures, ils tombent sur un groupe de nazis et approchent les origines du mythe de Vlad l’empaleur.
Inconnue du grand public, la fondation secrète protestante Hellsing – rattachée à la couronne – emploie un Nosferatu presque invulnérable, Alucard, contre diverses goules, vampires et autres morts-vivants qui sèment la pagaille. Elle est dirigée par la descendante de Abraham Van Hellsing (oui, avec le nom orthographié ainsi), Integra. Alucard, personnage classieux, fascinant et non dénué d’un humour particulier, est un très vieux vampire masochiste dompté par la famille Hellsing qui prend plaisir à se faire déchiqueter avant de pulvériser ses opposants. Au fur et à mesure des missions musclées, Alucard, sa maitresse Integra, ainsi que Victoria Seras, une policière devenue vampire contre son gré, se trouvent confrontés au Vatican et à ses prêtes fanatiques appartenant à la division catholique Iscariote. À force de creuser les affaires obscures, ils tombent sur un groupe de nazis et approchent les origines du mythe de Vlad l’empaleur.
Hellsing est un manga où l’action la plus violente et sanguinolente
se dispute à l’humour noir. On ressent les influences du cinéma bis,
Hirano Kohta jouant avec la figure du vampire, des zombies et des nazis
dans un joyeux cocktail détonnant. Les personnages charismatiques
rivalisent de magnifiques poses assorties de tirades dithyrambiques. Le
coup de crayon de l’auteur s’améliore très rapidement et offre de très
belles planches.
On accroche ou non.
Les lamentations de l’agneau, de TOUME Kei
Complet en 7 volumes aux éditions Akata/Delcourt, et chez Tokyopop.
Kazuna est un lycéen qui vit dans une famille d’accueil, des amis de son père depuis qu’ils ont été séparés suite à la mort de sa mère. Après un malaise en présence d’une camarade de classe – Yo – pour qui il éprouve des sentiments, Kazuna retourne voir la demeure familiale. Il découvre que sa grande sœur Chizuna est encore en vie, mais que son géniteur est décédé. Elle lui apprend qu’il est atteint d’une maladie orpheline qui se transmet de génération en génération et dont elle souffre également. Cette maladie provoque une forme d’anémie vicieuse et des répercussions psychologiques (pulsions suicidaires, envie d’égorger pour étancher son besoin d’hémoglobine…). Kazuna décide alors de quitter son foyer d’adoption pour vivre auprès de Chizuna. Pour lui, il n’y a plus d’avenir… Qui côtoierait un tueur en devenir ?
Sur un rythme lancinant, Toume Kei tisse des relations complexes et tendues entre les différents personnages. Elle explore leurs sentiments, leur souffrance et les expose avec justesse. Malgré le cadre lycéen, le propos est des plus matures. Le graphisme soigné et particulier sied aux ambiances mélancoliques de la série.
Vampires, de TEZUKA Osamu
Complet en 3 volumes, parus aux éditions Azuka
Ce récit se scinde en deux parties qui se répondent.
Dans la première, Toppei quitte son village natal – où les habitants peuvent se muter en animal – pour la ville où il se fait embaucher dans les studios Mushi Production. Ce jeune homme possède des mœurs étranges (comme celle de collectionner les photos de poteaux électriques) qui intriguent ces collègues de bureau, ainsi que son employeur, Tezuka lui-même. Il découvre que Toppei se métamorphose en loup, et que les personnes douées de cette faculté de transformation sont nommées des vampires. Détenteur de son secret, Tezuka essaie d’en savoir plus. Par malchance, ils tomberont sur Rock, qui les fera chanter afin de commettre des méfaits et d’assouvir ses ambitions. Au fur et à mesure, Toppei, Tezuka et le jeune Chippei apprennent que les villageois, disséminés un peu partout, préparent une révolution : ils veulent être reconnus comme un peuple singulier à part entière. La seconde partie, inachevée, s’intéresse à un félin qui peut se métamorphoser en humain...
Vampires s’interroge sur la part démoniaque qui sommeille en nous, à la transformation physique et psychique. Des thèmes qui se retrouvent dans les vampires occidentaux, lorsqu’ils passent de créatures humaines repoussantes à un (ou plusieurs) familier (chauve-souris, loup...).
Ces trois volumes n’ont pas de conclusion, le manga ayant été stoppé lors de sa parution au Japon.
Une curiosité qui montre que Tezuka Osamu avait l’art de broder des histoires en utilisant des éléments épars.
Une curiosité qui montre que Tezuka Osamu avait l’art de broder des histoires en utilisant des éléments épars.
Vampire, de MARUO Suehiro
Complet en deux volumes, Le lézard noir.
Mori est un jeune collégien transformé en vampire par une vieille diseuse de bonne aventure qui vit sous le métro aérien tokyoïte. Surnommée la femme chameau, elle est devenue une créature suceuse de sang dans le Japon de l’après-guerre après avoir été tuée de manière abominable. Elle apprend au garçon comment maitriser ses nouvelles facultés, en échange, il lui ramène des nourrissons. Mori continue de fréquenter le collège, mais son comportement envers les autres élèves a changé. Sa soif de sang va en grandissant et le torture. Des visons l’assaillent. Un de ses camarades, Henmi, est fasciné par d’atroces crimes nocturnes. Ces cadavres de femmes mutilés le font fantasmer… tel le doigt coupé qu’il ramasse et avec lequel il se caresse le pénis. Luna, une élève, est quant à elle répugnée par les mœurs dévoyées et perverses de ses amies qui vendent leurs culottes aux hommes, et même leurs corps à de vieux lubriques. Un jour, elle se fait violer par un clown vicieux et développe un comportement étrange : elle devient fascinée par le mythe du vampire…
Maruo Suehiro, l’un des grands du manga underground, tisse les destins funestes de ces jeunes personnages qui se vautrent dans la luxure, la dépravation et le sadisme. Le vampire est montré sous son aspect le plus pervers où le sang et la sexualité se mêlent. L’auteur amène une réflexion sur la société et la place des humains marginaux dans celle-ci. Il questionne les changements qui s’opèrent lors de la puberté et le développement de pulsions liés à la dualité entre l’Éros et le Thanatos. L’horreur et le malsain suintent des pages, Maruo Suehiro n’hésite pas à pousser très loin les représentations dérangeantes. Les insectes remplissent les cases de leur présence grouillantes, les corps prennent des poses maniérées. Une douce nostalgie apparait dans la description faite de Tokyo.
Avec ces ambiances glauques dignes des plus grands films expressionnistes allemands, son graphisme écrasant de beauté macabre et une mise en scène recherchée, Vampire s’impose comme une bande dessinée atypique et passionnante. Cependant, ce chef-d’œuvre fascinant est à ne pas mettre entre toutes les mains.
Avec ces ambiances glauques dignes des plus grands films expressionnistes allemands, son graphisme écrasant de beauté macabre et une mise en scène recherchée, Vampire s’impose comme une bande dessinée atypique et passionnante. Cependant, ce chef-d’œuvre fascinant est à ne pas mettre entre toutes les mains.
[1] Avec, entre autres : Nukekubi, Rokurokubi, voir même Chat-vampire de Nabeshima !
[2] Liste non exhaustive (avec du bon et du moins bon) en français : Le baiser du sang, Black rose Alice, Blood +, Blood + A, Blood + Yakoujoshi, Blood alone, Blood Lad, Blood Parade, Blood - the last vampire, Bloody Cross, Bloody kiss, Crimson cross, Dark Crimson, Don Dracula, Dahlia le vampire, Dance in the vampire bund, Dance in the vampire bund 2 — Scarlet order, Dive in the Vampire Bund, Father's vampire, Higanjima, Honey Blood, Karin — Chibi Vampire, Midnight Secretary, Nyanpire, Patissier & Vampire, Princess Nightmare, Princess Vampire Miyu, Pure blood boyfriend — He’s my only vampire, Rosario + Vampire, Shi Ki, Strike the blood, Trinity Blood, Vampire (de TAKAHASHI Yuki), Vampire chronicles — La légende du roi déchu, Vampire Doll, Vampire Host, Vampire hunter D, Vampire knight, Vampire Queen Bee, Vassalord…
Publié le
30.12.15
Par
Vance
Ce qui s’annonce sera grandiose, ou ne sera pas.Ainsi s'achevait l'article que j'avais rédigé sur la première étape de cette longue et passionnante route que constitue la lecture du Grand Œuvre de Stephen King, lecture que j'ai interrompue à dessein et sur les conseils de Nolt afin de lire trois des romans du maître qui m'apporteraient des éléments de connaissance sinon nécessaires, du moins importants afin de mieux intégrer les références qui parsèment la saga.
J'avais vraiment adoré le Pistolero même, ou peut-être à cause, des imperfections d'un style mal dégrossi que l'auteur regrettait à cor et à cris dans sa préface largement postérieure. Il y avait dans ces poses solennelles un incontestable souffle épique, une forme de majesté presque surannée qui me parlait et laissait augurer de grandes choses.
Avec les Trois Cartes, j'ai eu la très nette impression que Stephen King avait décidé de surprendre les attentes des amateurs de la première heure, un peu comme s'il voulait les prendre à rebrousse-poil. Après un duel statique aux confins du monde, qui concluait le récit d'une poursuite implacable entre le dernier pistolero d'un univers à l'agonie et une forme d'incarnation du Mal absolu, on s'attendait à du spectaculaire, du faramineux : de ces récits qui bâtissent les légendes. Pensez-vous : notre satané écrivain va s'évertuer à démanteler le mythe qu'il avait patiemment élaboré, à quasiment le saboter avant de nous laisser mariner, amers et orphelins, emplis de rage et de frustration.
Pour mieux nous prendre par la main et reconstruire son épopée, sur une autre dynamique, avec d'autres ambitions.
C'était incontestablement osé. Cela aurait pu ne pas être payant. Néanmoins, le potentiel de la saga entrevue est tel que le jeu devait en valoir la chandelle.
L'édition que j'ai eue entre les mains (ça me fait penser que lorsque je regarde les ouvrages dont je dispose, j'ai un peu mal au cœur en voyant à quel point ils sont dissemblables ; il fut un temps où mon besoin irrépressible de constituer une belle bibliothèque m'aurait poussé à acquérir des exemplaires issus d'une même collection) datait de 2011, une version poche de chez J'Ai Lu, donc dérivée de la nouvelle version revue et corrigée en 2004 afin de mieux se fondre dans l'esprit de la continuité. Elle débute par une rapide présentation du premier tome, une table des illustrations (il y en a 10) et des matières (avec déjà une énorme coquille, ce qui n'augure rien de bon) et un prologue qui nous précipite à nouveau dans le monde déliquescent du Pistolero, quelque temps après sa confrontation avec l'Homme en Noir. Il est seul, un peu désemparé et un premier danger improbable le guette...
Ce prologue m'a choqué. Voilà que notre héros, cette réplique tendancieuse du Clint Eastwood éclaboussant de son mutisme les chefs-d'œuvre de Sergio Leone, se retrouve très rapidement diminué et presque impotent. Si vite ! Si tôt ! D'une manière tellement dérisoire, face à des créatures si ridicules qu'on se retrouve perdu, sans repère. Car c'est difficile de perdre un héros, un symbole de force imperturbable, l'axe autour duquel gravite notre monde imaginaire. Avec le Pistolero, Roland de Gilead était venu à nous et s'était placidement imposé comme tel, bras armé d'une Justice immanente, figure tutélaire issue des plus vieux fantasmes de garçons enjoués : ni beau, ni parfait, mais magnétique, impressionnant, doté de suffisamment d'impact sur la réalité pour forcer notre admiration. Par la façon dont il avait suscité celle du petit Jake, qui fut un temps son compagnon, le lecteur développait sa propre forme de reconnaissance, son propre culte pour ce chevalier moderne aux méthodes expéditives.
Or, si mettre à terre un héros permet justement de lui permettre de révéler toute sa volonté dans la difficulté à remonter en selle, le diminuer aussi radicalement c'est carrément poignarder le cœur de ses admirateurs. Toutefois, toutefois, s'il perd incontestablement en charisme, ne va-t-il pas ressortir grandi (quoique forcément transformé) de cette épreuve ? Le héros ne se résume pas, il est vrai, qu'à des pouvoirs hors du commun et une bonne gueule : il n'est pas une star du cinéma, mais une icône transcendante. Amoindri physiquement, Roland était condamné à lutter pour sa survie avant de lutter pour prolonger sa quête. Lutter misérablement, ramper, s'avilir même. Au point d'envisager l'inenvisageable, de percevoir l'échec, d'être noyé sous le doute.
Les Trois Cartes, c'est le récit de ce combat et de sa quête, l'un interpénétrant l'autre. Trois Cartes de tarot tirées par l'Homme en Noir : trois portes donnant sur notre monde, notre Terre (mais pas toujours notre époque), cette Terre d'où venait déjà Jake, l'enfant qu'il a sacrifié à la poursuite de sa Némésis. Et trois compagnons d'infortune, trois personnages destinés à jouer un rôle majeur dans le destin de Roland, à le seconder, l'assister... ou pas.
En intriquant plus profondément et plus explicitement ces univers parallèles entrevus dans le premier tome, King se revendique d'une SF plus classique tout en continuant à y plaquer une structure particulière, une narration collant aux individus, riche en dialogues et surtout en pensées exprimées. La recherche de la Tour sombre demeure comme le But ultime mais s'avère désormais plus éloigné, plus confus car Roland doit d'abord vivre, et ses heures sont comptées. Il le sait, et ce qui subsiste en lui du pistolero lui permet d'anticiper, d'exercer une certaine clairvoyance sur chacun des événements auquel il assiste, de sélectionner l'attitude nécessaire pour entrevoir l'espoir d'un avantage à tirer. On s'amuse ainsi du premier chapitre, narrant la rencontre avec Eddie, jeune camé revenant à New York après un trafic de drogue ayant mal tourné. L'irruption de Roland dans les pensées (puis, radicalement, dans son existence même) d'Eddie est source de quiproquos drôlissimes et engendre bon nombre de situations tendues. On sent tout de suite que l'heure n'est plus aux divagations métaphysiques, mais à l'action - et dans l'urgence.
Le second chapitre est plus grave aussi, nous présentant un personnage encore plus improbable puisque souffrant d'un grave problème mental et d'une déficience physique. Sera-t-il ami ou ennemi ? Ou les deux ?
Quelle forme de sadisme est-ce là de nous présenter des justiciers perclus d'autant de handicaps ? Mais voilà que se profile déjà la troisième carte/porte, la Mort - et les enjeux se précipitent. Des enjeux plus proches de nous et de Roland que cette mythique Tour qui n'existe peut-être pas, mais qui pourraient contribuer à stabiliser sa psyché commençant à sérieusement dérailler, et à donner un sens plus concret à ses actions.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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