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Iron Maiden : Burning Ambition
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Cinquante ans ! Un demi-siècle d'existence pour ce groupe qui s'est frayé une place au panthéon du rock dans les années 80 avant une période trouble qui aurait pu les voir disparaître comme tant d'autres, mais de laquelle ils sont revenus plus forts jusqu'à atteindre de nouveaux sommets. Iron Maiden est désormais une légende qui remue encore les foules, remplit encore des stades et suscite l'admiration sans bornes de ses fans comme le respect de ses concurrents.

Il fallait bien un film pour entretenir le mythe et transmettre le flambeau à de nouvelles générations qui s'avèrent encore sensibles à sa musique (il suffit de regarder les vidéos qui pullulent en montrant les premières écoutes de gamins, enchantés par ce qu'ils entendent). Si les années 90 avaient été synonyme de fin de carrière pour bon nombre d'artistes de la même génération et évoluant dans le même registre (le public nord-américain se détournant progressivement du hard-rock et du heavy metal pour le grunge et d'autres genres plus agressifs), elles n'ont pas pour autant signé leur arrêt de mort - et le documentaire permet de nous montrer leur chemin de croix avant une quasi-résurrection presque miraculeuse.

Mais revenons au commencement. Le documentaire de Malcolm Venville s'ouvre sur une petite animation suivie d'images d'un concert et d'une voix off qui souligne ce qui sera le leitmotiv du métrage : les fans. C'est pour eux, pour cette famille qui dépasse les frontières et transcende les barrières sociales, religieuses ou politiques, que les membres ont accompli ce parcours dantesque, ponctué de records de dates en tournée. Un parcours qui les a propulsés au sommet après des débuts dans des petits clubs londoniens sous l'impulsion d'un Steve Harris déjà persuadé de tenir quelque chose qui fera date.
D'où "l'ambition" du titre, qu'on croirait tirée de Macbeth.

Il faut reconnaître au film un bon paquet de qualités. Si l'on est profane, on assistera à un portrait très complet évitant le piège de l'hagiographie et n'hésitant pas à évoquer les moments les plus douloureux de l'histoire du groupe : le choix de se séparer de leur premier chanteur, Paul Di'Anno, dont le comportement et les excès nuisaient au projet du leader de Iron Maiden ; les tensions entre Steve et le chanteur Bruce Dickinson, son départ houleux puis son retour inespéré ; l'épuisement consécutif aux tournées à répétition (qui s'étendaient parfois sur plus d'un an) ; les maladies (un cancer de la gorge, un AVC) et la pression du public...


Steve Harris & Paul Di'Anno


Le vrai fan n'apprendra sans doute pas grand-chose. D'autant que (et contrairement à ce qui est affirmé dans une des bandes-annonces) les membres du groupe sont déjà intervenus dans des films précédents : un documentaire en deux parties au début des années 2000 ainsi que le film Flight 666 narrant la tournée Somewhere back in Time World Tour de 2008 (23 concerts en 45 jours à bord du Ed Force One, un Boeing 757 piloté par Bruce Dickinson himself !).

Comme quoi, le rock mène à tout et même aux commandes d'un avion de ligne (quand on sait qu'un des guitaristes avait tenté sa chance en Suisse comme horloger et que Steve Harris a commencé comme éboueur...).


La formation considérée comme "classique" à partir de 1981 : Adrian Smith, Dave Murray, Clive Burr, Steve Harris & Bruce Dickinson qui fait des tractions


À l'instar de tous les biopics musicaux sortis récemment, des choix drastiques ont été effectués, et le puriste pourra sans doute tiquer en n'entendant pas parler des tout premiers membres du groupe, quand Iron Maiden, entre 1975 et 1979, hantait les petits clubs de la capitale britannique et commençait à accumuler une petite légion d'admirateurs qui entretenaient le bouche à oreille jusqu'à la sortie de leur premier album éponyme : exit donc Dennis Stratton (guitare) ou Doug Sampson (batterie) - mais il faut reconnaître qu'ils apparaissent bien à la fin dans un bandeau récapitulant tous ceux qui ont fait partie de l'aventure et les trois qui ont perdu la vie depuis.

La force du documentaire réside surtout dans la passion qui anime les témoignages de tous ces admirateurs :

  • des anonymes venant du Liban, du Kosovo, d'Argentine ou du Brésil (où la communauté est sans doute la plus bruyante et fidèle), de Pologne, chacun avec sa petite anecdote (comme celui qui était aux premiers rangs lorsque Dickinson s'est blessé sur scène à l'arcade sourcilière) ;
  • des célébrités du monde musical : Tom Morello (Rage against the Machine), Gene Simmons (Kiss) ou Lars Ulrich (Metallica) ;
  • Javier Bardem (l'acteur espagnol qui a joué notamment dans Dune ou Skyfall), sans doute le plus investi dans ces témoignages, pardonnant tous les excès du groupe, expliquant la portée, l'influence, le lyrisme et l'importance de leurs morceaux avec une flamme dans le regard et des vibratos dans la voix qui ne peuvent que convaincre les indécis.



L'autre atout réside dans les interventions vocales des Irons eux-mêmes : les voix de Steve, Bruce, des trois guitaristes (Adrian Smith, Jannick Gers & Dave Murray), des batteurs (Clive Burr puis Nicko McBrain), des chanteurs (Paul Di'Anno, Bruce et Blaze Bayley) mais aussi de leur producteur fétiche, Rod Smallwood, qui fera de la formation le groupe phare de la New Wave of British Heavy Metal. Chaque fois qu'on les entend, c'est en voix off avec un bandeau qui les nomme tandis qu'on visionne des images d'archives (les premières vidéos sont de piètre qualité). Impossible de rester insensible à leur concert en Pologne, avec les policiers qui délimitaient tout mais qui ont fini par leur demander des autographes, et cette soirée où ils ont fini par jouer du Deep Purple à un mariage (vidéo à l'appui).

Le documentaire se focalise essentiellement sur les tournées, qui ont forgé le groupe : les premiers albums sont mentionnés jusqu'à Number of the Beast (1982) qui voit Iron Maiden se stabiliser et construire une formation durable, laquelle sert encore de référence pour les critiques musicaux. Les suivants seront évoqués brièvement mais le film s'attarde plutôt sur la décennie prodigieuse des années 80 avec ces séries de concerts dans tous les continents dont un premier point culminant en 1985 (le World Slavery Tour et ce concert à Rio devant plus de 250 000 spectateurs). Avant d'entrer dans le dur : les tournées se succèdent, les spectateurs suivent mais pas la volonté ou la santé des artistes.


Steve Harris et son jeu de basse "galopant" caractéristique


Les années 90 ne sont donc pas éludées, ce qui est une bonne chose : on y voit Iron Maiden en tournée aux USA dans des salles ridiculement petites par rapport à ce qu'ils ont connu. Mais le reste du monde continue d'affluer en masse à leurs concerts. Leur musique évolue également mais demeure fidèle à certains principes : des paroles recherchées, des thèmes surprenants souvent liés à l'Histoire, une forme de lyrisme dans les compositions, la basse échevelée de Harris et les solos de guitare qui se complètent en parfaite harmonie.

Puis c'est le retour en grâce. Avec beaucoup d'opportunisme (ce n'est pas mentionné dans le film mais les Maiden ont fini par céder aux sirènes du merchandising), le groupe se relance encore par des albums millimétrés et des tournées pharaoniques. On n'oublie pas non plus de parler d'Eddie, la mascotte dont Lars Ulrich vante l'impact incroyable, à nul autre pareil - avec sans doute une pointe de jalousie. Eddie présent dès les premières affiches, qui est devenu autant ambassadeur que signature (au même titre que la police d'écriture du nom du groupe). Eddie qui est pour les musiciens, à la personnalité souvent très introvertie, un moyen d'extérioriser leurs fantasmes. Un dossier spécial lui est d'ailleurs consacré par Nolt sur notre site.




Enfin, un passage raconte le malaise provoqué suite à des incidents malheureux (un assassinat perpétré par un individu qui écoutait leurs chansons, vous imaginez l'amalgame). Dickinson aura les mots qu'il faut pour démonter tous les argumentaires fallacieux ("musique sataniste", "propos déviants", "moralement scandaleux").

Moins de deux heures pour présenter cinquante ans de carrière : mission accomplie. Beau boulot et Up the Irons !





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un documentaire assez complet n'épargnant pas les moments difficiles du groupe.
  • L'essentiel est fondé sur des témoignages vocaux des membres du groupe et des fans du monde entier.
  • Les images reprennent des vidéos de concerts et quelques photos d'archives.
  • La passion qui anime les admirateurs est communicative.


  • On évoque peu les albums et la partie composition.
  • Certains membres ne sont pas mentionnés directement (mais affichés en fin de métrage quand même).

La Traque
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Terrible, glaçant, inéluctable, La Traque nous mène au bout de ce que la nature humaine peut révéler de pire.

Nous sommes en Normandie. Ils sont sept. Sept connaissances se retrouvant pour une partie de chasse. Tous sont des notables, comme Mansart, gendre d'un sénateur qui brigue lui-même un mandat ; Sutter, un riche propriétaire terrien ; Rollin, un notaire ; Chamond, un assureur ; Nimier, un ancien officier. À ce groupe s'ajoute les frères Danville, des ferrailleurs qui rendent bien des services. Ces derniers vont croiser la route d'Helen, une universitaire qui compte s'installer dans la région et explore les lieux. La rencontre se passe mal. Très mal.
Entre les chasseurs, tous liés par de petites combines et des "coups de main" plus ou moins légaux, s'installe alors une complicité de fait. Cet étrange lien qui unit ceux qui, de compromis en compromis, de petits renoncements en grosses entorses à la morale, finissent par patauger dans le purin de l'âme. 
Tous vont traquer Helen. Car après ce qu'il s'est passé, il ne serait pas prudent de la laisser parler aux gendarmes. Il faut s'arranger, lui proposer un marché. Elle acceptera, n'est-ce pas ? Et si elle refuse, eh bien, il faudra se montrer persuasif.

Voilà un film plutôt méconnu, datant de 1975 et réalisé par Serge Leroy. Qu'il soit à ce point passé sous les radars, voire qu'il ne soit pas devenu une référence, est plus qu'étonnant, car il développe une thématique percutante, qui pousse à s'interroger sur le premier prédateur pour l'Homme, autrement dit l'Homme lui-même. Et il bénéficie en outre d'un casting on ne peut plus prestigieux. En plus des stars de l'époque, Jean-Pierre Marielle et Michel Constantin, l'on va retrouver une brochette d'acteurs certes de "seconds rôles", mais plutôt talentueux, comme Michael Lonsdale, Jean-Luc Bideau, Paul Crochet (dont le visage vous rappellera aussitôt quelque chose si son nom ne vous dit rien) ou encore un jeune Philippe Léotard




À l'époque de sa sortie, le film choque. Il faut dire que la petite bourgeoisie provinciale y est dépeinte d'une manière noire et acide, que certaines scènes sont violentes (nous y reviendrons), et que la métaphore de la chasse contribue à dénoncer, sans nuances, le comportement de certains "mâles". Voilà d'ailleurs qui devrait faire réfléchir les donneurs de leçons évaporés, qui du haut de leur inculture crasse pensent qu'ils ont tout inventé et qu'avant 2010, la violence envers les femmes était "tolérée", ce qui est factuellement faux. Le comportement néfaste non pas "des hommes" mais de certains abrutis criminels était bel et bien dénoncé, jusque dans des films grand public, et ce dès les années 70 (et bien avant en réalité).
Si La Traque a pu choquer, c'est probablement sans doute aussi par son manque de "morale" et de "happy end". Mais voilà, cette histoire se veut réaliste, et dans la réalité, contrairement à ce que l'on veut vous faire croire, ce ne sont pas les gentils qui gagnent à la fin, juste les plus forts qui décident de qui porte l'étiquette "gentil".

Revenons sur la violence, notamment la différence entre ce qui est montré à l'écran et ce qui est perçu. La scène de viol, dans ce film, est d'une retenue assez rare. Rien à voir par exemple avec Les Accusés (1988), où le personnage interprété par Jodie Foster se faisait violer dans un bar. Rien à voir non plus avec la complaisance de Gaspard Noé, dans son film Irréversible (2002), qui montrait pendant 10 minutes un viol ultra-réaliste. Ici, tout se déroule en gros plan, sur... les visages. Soulignons d'ailleurs à cette occasion la performance phénoménale de Mimsy Farmer, qui interprète cette jeune anglaise. L'actrice a assez peu de texte au final, et l'essentiel de son jeu va passer dans son expression et ses regards. 
En réalité, si la scène de viol a pu choquer certains spectateurs, c'est bien le final, où l'actrice aux abois pousse littéralement des cris de bête ("Heeeeelp ! Heeeeelp !"), qui glace le sang et retourne l'estomac.

Si la réalisation s'avère plutôt plate, la beauté des décors, le jeu des acteurs, la profondeur du sujet et l'intelligence de son traitement vont faire de ce film un véritable "moment", intense et dérangeant, de cinéma. La mécanique est aussi précise qu'impossible à freiner, chaque protagoniste étant tenu par ses liens, sa réputation, ses principes imbéciles. Pire encore, si les Danville sont présentés (et perçus) comme particulièrement cons et dangereux dès leur apparition (la scène de la "course-poursuite", en voiture), ils finissent par s'humaniser par la suite, ce qui rend leurs agissements peut-être encore plus abjects. Le scénariste, André-Georges Brunelin (dont le film le plus connu doit être La Légion saute sur Kolwesi), réalise un tour de force en dépeignant, sans complaisance, les petits arrangements et les dérives de gens qui ne sont ni des monstres ni des psychopathes mais, au contraire, des gens supposément "bien". Le personnage de Lonsdale aura d'ailleurs cette phrase, lourde de sens et terrifiante : "Nous ne sommes pas des gens facilement soupçonnables."




Le film est-il pour autant sans défauts ? Non, loin de là. Outre la réalisation, quelque peu terne (même si certains plans sont particulièrement forts), l'on peut relever diverses facilités ou invraisemblances, comme le fait que les frangins Danville ne font rien à une femme qui semble apprécier leur compagnie (et leurs "mains au cul"), mais qu'ils se jettent sur une touriste, alors qu'elle est aussi sexy qu'une factrice en doudoune et qu'un témoin direct assiste à la scène. Ce n'est pas en soi impossible, c'est juste difficile à croire (surtout quand on voit leur revirement par la suite, passant de débiles légers à des types à peu près normaux et doués de raison, voire d'empathie). L'attitude de Nimier, qui lui n'est tenu par rien et agit par "principe" et solidarité de groupe, est également peu crédible, un peu comme si les auteurs avaient juste voulu se "payer" un militaire. Or, l'honneur n'était pas un vain mot dans l'armée, au moins à cette époque. Ce qui ne veut pas dire qu'aucun militaire n'était un salaud, mais encore faut-il, au niveau de l'écriture, justifier des décisions pour le moins aussi graves qu'étonnantes. 
Enfin, même si l'on ne doute pas que cela ait pu avoir lieu parfois, la légèreté avec laquelle le groupe picole tout en se proposant de manipuler et utiliser des armes ne représente clairement pas l'attitude habituelle des chasseurs ou des tireurs en général. 

Globalement, le film demeure pourtant une réussite. Malgré la "patine" de l'âge, l'on suit ce récit, surprenant et sulfureux, avec intérêt. L'absence presque totale de musique, pour une fois, ne rallonge pas les scènes, en engendrant un effet de "temps suspendu", mais leur donne un aspect brut et inquiétant, presque documentaire. Le final, à l'amertume infecte, demeure un modèle de conclusion coup de poing, à la fois viscérale et sensée. 
Ce long-métrage exceptionnel, malgré une édition DVD et même blu ray, se trouve difficilement (ou à des prix prohibitifs). Et bien plus problématique, il n'est jamais diffusé à la télévision, même dans les profondeurs des box. Allez savoir pourquoi...  

Un film choc, ambitieux et intelligent, servi par des acteurs de premier plan. 
À voir absolument.





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un sujet lourd, traité avec intelligence.
  • Un casting cinq étoiles.
  • La performance de Miss Farmer.
  • Le final, aussi terrible qu'impactant.
  • Quelques facilités ou légères invraisemblances, mais rien toutefois de véritablement gênant. 
Reboot de la franchise Fantômas
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Le personnage de Fantômas revient enfin sur les écrans à l'été 2026 !

La date de sortie est donc fixée au mois de juin et la première bande-annonce devrait arriver dans quelques jours. Le nouveau Fantômas, avec Jean Reno dans le rôle du terrible criminel et Michaël Youn dans le rôle du commissaire Juve, sera bien une comédie, dans la lignée des films d'André Hunebelle.

Michaël Youn, emballé par le projet, nous livre ses impressions : "Depuis Le Jardinier, où j'ai pu montrer que je pouvais tout jouer, même face aux meilleurs, j'avais envie de relever un défi encore plus grand. J'ai beaucoup de respect pour le travail de Louis de Funès, mais je crois que je vais apporter au rôle de Juve une modernité, une fraîcheur, qui vont surprendre le public. Je suis très content de pouvoir réinventer cette grande saga aux côtés de Jean, qui est fabuleux en Fantômas. C'est le retour, je crois, de la comédie populaire ambitieuse et de qualité."

Aux commandes de ce premier Fantômas, Pierre Gautier, plutôt un habitué des films d'auteur, puisqu'il a notamment réalisé L'aspect abscons du paraître en province ainsi que Le Dindon et la Bécasse. Il nous explique les raisons d'un tel virage artistique :

— Bonjour Pierre, on ne t'attendait pas sur un tel projet, pourquoi ce choix audacieux ?
— Mon dernier long-métrage a fait moins de 2500 entrées, ce qui est somme toute un demi-échec. C'est pas avec ça que je vais payer les opérations de changement de sexe de mes enfants, Campanule et Galinette. Donc, je me lance dans tout autre chose. Les bouseux veulent du gras, du lourd, du Youn qui pète, ben je vais leur en donner.
— Ah... heu, et Jean Reno ? Comment l'as-tu convaincu de reprendre le rôle de Fantômas ? Cela a été facile ?
— Très facile à partir du moment où je lui ai promis qu'il n'aurait pas trop de texte et qu'il serait doublé par une IA en post-prod pour les mots de plus de deux syllabes.
— D'accord, heu, vous voulez sans doute dire qu'il parvient à faire passer beaucoup de choses dans ses silences ? Par ses regards, sa gravité ?
— Je veux surtout dire qu'il n'est jamais aussi bon que quand il ferme sa gueule.
— OK, heu, merci Pierre. 

Eh bien gageons que cette comédie bourrée de facéties n'engendrera pas la mélancolie ! 



Step Back in Time #10
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Voyage dans le passé de la pop culture, partie 10 ! Au sommaire : de la BD franco-belge quelque peu méconnue, un aventurier de l'espace et des vampires. Enjoy !


-- BD : balades en taxi et histoires courtes --


On commence par s'arrêter dans les années 90 avec Taxi Girl, une bande dessinée créée à l'époque par Laudec et Raoul Cauvin (l'un des "papas" des célèbres Tuniques Bleues). Prépubliée dans le Journal de Spirou, la série connaîtra deux albums édités par Dupuis : Vous êtes libre ? en 1994 et Vous aimez les bêtes ? deux ans plus tard. 
Comme le titre l'indique clairement, les auteurs nous invitent à suivre une jeune femme, Pearl, qui exerce la profession de chauffeur de taxi. Et c'est bien de cela qu'il s'agit : le quotidien d'un chauffeur de taxi, ce qui va sérieusement limiter les possibilités, d'autant que les récits vont de une ou deux pages à cinq ou six, autrement dit, pas de quoi réellement développer une intrigue.

Très vite, la série tourne en rond malgré sa brièveté. Les resquilleurs qui partent sans payer, le mec un peu bourré ou l'agresseur déjoué par Cannelle, le chien de l'héroïne, constituent l'essentiel des archétypes déclinés ici. Tout cela n'est, la plupart du temps, pas très inspiré malgré quelques gags originaux qui font leur petit effet (comme le cactus de Noël) et de rares détours hors de Paris (dont une rencontre animée avec un... taureau).
Graphiquement, certains reprochent parfois à la série son aspect réaliste, mais ce n'est là qu'une question d'inclination personnelle, des personnages "à gros nez" ne rendraient pas ces récits meilleurs. Et justement, c'est même le côté semi-réaliste des planches qui donne au titre ce charme particulier qui permet tout de même de passer un moment sympa. 

Pas le plus grand succès de Cauvin, forcément, et un concept trop étriqué pour réellement permettre une déclinaison variée, mais une petite curiosité tout de même qui réserve quelques (trop rares) surprises. 
Les deux albums se trouvent encore d'occasion à des prix tout à fait modiques.



-- SÉRIE TV/BD : kitsch et aventures spatiales --


Cap maintenant sur la fin des années 70 et le tout début des années 80 avec Buck Rogers ! Avec seulement 2 saisons (et 37 épisodes), la série n'a pas forcément eu un impact aussi important que certains classiques (pour comparaison, la série originelle Star Trek comprenait 79 épisodes), mais les jeunes téléspectateurs français de l'époque (sortie au cinéma du pilote en 1979, puis première diffusion en 1983 sur TF1) ont découvert avec ravissement cet univers futuriste, aujourd'hui très kitsch par certains aspects (des costumes en passant par certains personnages, comme le... vampire de l'espace et son monosourcil ridicule). 
À la base, tout vient d'un comic américain, publié dès 1929 dans la presse US (Buck Rogers est d'ailleurs considéré comme le premier strip de SF). C'est Philip Francis Nowlan qui crée le personnage dans une nouvelle, puis va l'adapter en BD avec Dick Calkins aux crayons. Pendant plusieurs décennies, le héros verra ses péripéties être couchées sur papier avant de faire un bond vers le petit écran.

L'histoire est assez originale puisque ce vieux Buck est à la base un astronaute qui, en 1987, part pour une mission de routine qui va suffisamment mal tourner pour le propulser 500 ans plus tard, dans un monde peuplé d'avancées fantastiques mais aussi de menaces en tout genre. Le charme de la série TV doit beaucoup à son casting, avec un charismatique Gil Gerard dans le rôle titre et une superbe et charmante Erin Gray campant le colonel Wilma Deering (un duo rappelant, par certains côtés, celui de Mission Casse-Cou, dans un tout autre registre). L'intégrale est disponible en version américaine avec des sous-titres français. 

En France aussi, Buck Rogers va se décliner en BD. N'oublions pas que nous sommes en plein phénomène Star Wars et que les sagas spatiales, encore peu nombreuses, fascinent et attirent les jeunes lecteurs. C'est dès 1980 que Buck Rogers et la Princesse Ardala va être publié par les éditions Deux Coqs d'Or dans leur collection "Télé Librairie". Il s'agit d'un album assez luxueux (hardcover, papier glacé) de 64 planches, qui décrit l'arrivée de Buck au XXVe siècle et contient une aventure complète, plutôt spectaculaire. La colorisation, bien flashy, peine à donner du cachet aux décors, mais dans le moment, tout le monde s'en fiche, moi le premier, et l'on tourne les pages avec fébrilité, totalement conquis par l'intrépide Buck. Cette BD peut encore se trouver relativement facilement et sans se ruiner.

Toujours en 1980 et chez le même éditeur, c'est cette fois un récit illustré (donc pas une BD, mais bien du texte avec des illustrations d'ambiance) qui sort sous le titre Buck Rogers - Le Héros du XXVe siècle. Bien avant cela, en 1977, c'est un recueil de strips en noir et blanc qui était sorti en VF chez Pierre Horay Éditions. Là, l'ambiance est radicalement différente, l'on découvre un Buck dont l'aspect physique est très loin de celui de la série TV ou même des comics. Le personnage est plus chétif, les décors dépouillés et de lourds pavés de texte viennent appesantir l'ensemble, qui demeure tout de même intéressant mais plus sur le plan historique que celui du pur divertissement. 

Bref, un héros au charme certain et au potentiel énorme, qu'il est étonnant de ne pas voir plus exploité de nos jours.



-- CINÉMA : humour & épouvante --


Notre machine à remonter le temps nous dépose maintenant en 1968. Nous nous dirigeons vers un cinéma en compagnie de jeunes gens s'exprimant dans un français parfait, aux nuances riches. Les dames portent des ensembles élégants et sont souriantes. Le temps est agréable en cette soirée d'avril. L'affiche, au fronton du bâtiment, annonce en lettres de sang Le Bal des Vampires. Il s'agit d'un film de Roman Polanski, avec la magnifique Sharon Tate dans l'un des rôles principaux. L'excitation gagne le petit groupe, pressé de rejoindre la salle obscure...

Ce classique, intitulé The Fearless Vampire Killers en version originale, est disponible pour une dizaine d'euros en DVD. Le long-métrage mélange comédie et frissons avec une réussite certaine et dure 1h48. L'histoire se veut relativement simple : le professeur Abronsius, un vieil original persuadé de l'existence des vampires, et son assistant, le jeune Alfred, écument la Transylvanie à la recherche de malfaisants aux dents longues. Alors qu'ils font étape dans une petite auberge, la jeune Sarah, qui ne laisse pas Alfred indifférent, a la mauvaise idée de se faire enlever. Le duo décide donc de la récupérer et se met en route pour le château du Comte Von Krolock où se prépare un bal pour le moins... singulier.

Certes il s'agit ici d'une parodie mais l'on est bien loin du burlesque à la Hot Shots ou dans le goût des séries Y a-t-il (un flic, un pilote...). L'on est ici dans le subtil et, même si les auteurs se moquent des vampires, ils les respectent suffisamment pour ne pas totalement les déposséder de leur aura maléfique et de leur aspect inquiétant.
Les décors et les costumes sont également soignés et contribuent largement à l'ambiance inquiétante qui se dégage du film. Bien sûr, celui-ci a quelque peu vieilli, mais la patine obtenue ne nuit nullement au récit et renforce même la beauté envoûtante de sa photographie. Entre les scènes sous la neige, celles se déroulant au château ou dans l'auberge, l'on ne peut s'empêcher de ressentir une fascination et une angoisse que peu de parodies parviennent à générer. Ce mélange fort bien dosé entre dérision et menace latente est sans doute au cœur de la réussite de ce long-métrage vieux de près de 60 ans mais toujours efficace. 

Une bonne occasion de revoir la regrettée Sharon Tate et de s'encanailler avec des vampires qui ont le bon goût, malgré leur second degré, de ne jamais verser dans la bouffonnerie.     



À bientôt les amis pour un prochain bond dans le passé de la Pop Culture !


Signes Extérieurs de Richesse
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Retour sur une comédie française des années 80, qui ressort bientôt en DVD et Blu Ray : Signes Extérieurs de Richesse.

Tout va pour le mieux pour Jean-Jacques Lestrade, patron d'une florissante clinique vétérinaire à Paris. L'homme mène grand train, entre dîners mondains et parcours de golf, jusqu'à la tuile ultime, le pépin qu'il n'avait pas vu venir : un contrôle fiscal. Béatrice Flamand, terne et timide fonctionnaire, débarque ainsi dans la vie du vétérinaire que ses amis ont déjà mis en garde : un contrôle fiscal, c'est l'enfer, il est possible même de ne jamais s'en remettre ! Sur les conseils de son grand ami Jérôme Bouvier, "expert en comptabilité", Jean-Jacques va tout faire pour mener en bateau la consciencieuse Béatrice...

Voilà un classique de la comédie des années 80 qui sort le 17 février en DVD et Blu Ray chez Rimini Éditions. Réalisé par Jacques Monnet, le film réunit Claude Brasseur et Josiane Balasko dans les rôles principaux, accompagnés de l'excellent Jean-Pierre Marielle (magique dans son rôle de demi-margoulin), Roland Giraud ou encore Charlotte de Turckheim.




Cette comédie sentimentale, bien qu'ancienne, n'a rien perdu de son efficacité. La romance est un brin naïve mais reste sympathique. L'ensemble est rythmé et parsemé de gags, souvent efficaces, le tout étant porté par des acteurs au top de leur forme. Certaines scènes sont même mythiques, que ce soit la confusion entre nouveaux et anciens francs, le fameux "je ne t'ai jamais dit que j'étais expert-comptable" ou encore la réponse automatique du gamin du "comptable" quand quelqu'un sonne à la porte. Quant aux personnages, ils sont moins caricaturaux que ce que l'on pourrait penser : entre l'inspectrice que tout le monde redoute mais qui s'avère timide et gentille, et le docteur, tombeur au final pas si insensible que ça, l'écriture s'avère plutôt inspirée. 

Voilà de quoi passer un bon moment, avec un divertissement agréable et une ambiance à la fois nostalgique et "feel good". Le film est accompagné d'une interview de Balasko (8 mn) en guise de supplément. Notons que cette sortie s'effectue dans le cadre d'une collection consacrée à Josiane Balasko, dans laquelle on peut retrouver aussi Les Keufs, Les hommes préfèrent les grosses, Sac de nœuds, Ma vie est un enfer et Nuit d'ivresse

Vivement conseillé si vous aimez ce genre de comédie à l'ancienne. 





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un excellent casting.
  • L'humour.
  • Des personnages attachants.
  • Marielle, exceptionnel.
  • Le tout demeure assez prévisible tout de même.
L'Amour Ouf (et pourquoi c'est bien plus minable que fou)
Par


L’Amour Ouf est un film… fou sur bien des plans. À la fois très bon et… épouvantable.
On revient sur un des hits 2024 du cinéma français.

Dans les années 80, Jacqueline, alias Jackie, scolarisée et plutôt intelligente, rencontre Clotaire, un ado, comme elle, mais qui a quitté l'école et passe son temps à zoner avec ses potes (et accessoirement à se foutre de la gueule des gamins qui, eux, sont encore au lycée). Parce qu'à cet âge, les filles semblent irrépressiblement attirées par les pires profils, elle va tomber amoureuse dudit Clotaire. Ce dernier, de bastons en mauvais coups, finit par s'attirer des ennuis en volant non plus des commerçants mais des mafieux. Il se fait choper mais a "la chance" de se faire offrir aussi un "job". De petit délinquant ne respectant rien ni personne, il parvient au statut de vrai criminel, participant à des casses.
Et ce qui devait arriver arrive : un braquage se passe mal, il y a un mort, et Clotaire part en taule pour 10 ans.

Bon, déjà, on sait que c'est un film de science-fiction, parce que pour qu'une racaille se prenne douze ans de taule et en fasse dix, ou c'est de la SF ou ça ne se passe pas en France. Bref, pendant ce temps-là, Jackie rencontre un mec normal, un brave type qui a un boulot, l'aime, se comporte normalement. Mais voilà les années passent, Clotaire ressort et, lui, il n'a pas oublié Jackie...

Alors, même si je n'aime pas du tout Poelvoorde, Chabat et cette clique, il faut reconnaître que ça joue bien. François Civil est bon aussi, reste juste Adèle Exarchopoulos, qui comme d'habitude nous inflige son regard de poisson mort, sa diction approximative et son visage inexpressif (il ne suffit pas d'être en larmes pour être émouvant). Comment se fait-il que cette fille, incarnation de la fadeur, soit à ce point suremployée partout ? Enfin, soyons honnête, sur la forme, ce film de Gilles Lellouche est très bon. On ne s'ennuie pas malgré les 2h40, il y a des scènes magnifiques, de bons dialogues, une musique au top et une réalisation vraiment efficace voire inspirée. Mais ce que ça raconte... putain.
Parce que, OK, c'est un bon film, on se laisse prendre au jeu, les personnages génèrent une énorme empathie (bravo d'ailleurs à Mallory Wanecque et Malik Frikah, excellents dans les rôles de Jackie et Clotaire jeunes, qu'ils doivent d'ailleurs installer pour que le film tienne la route), mais quand on réfléchit un peu au fond, en prenant du recul, c'est assez glaçant. Un peu comme si tu n'étais pas assez habillé sous une fine mais retorse pluie de novembre.


Parce que, ça raconte quoi, en fait ? Une jeune fille tombe amoureuse d'un vrai connard, qui ne fait que des conneries. Il va en taule pour un crime qu'il n'a "pas commis", mais bon, il a tout fait pour. Et quand il ressort, il justifie presque les dix années passées en prison. Elle va tout laisser tomber pour lui, dans une crise d'immaturité assez exceptionnelle, qui justifie donc le titre. L'amour peut être fou au point que l'on fasse n'importe quoi. Hmm... pourquoi pas. 
Mais par contre, la romance est tout de même très basique. On s'aime, on est séparés injustement, mais on se retrouve et on s'aime encore. Ça ne met pas trois balles dans le dos d'un ministre "suicidé". Ou ça ne casse pas trois pattes à un canard, pour être plus classique. 
L'intrigue "policière", ou mafieuse disons, est encore plus maladroite, puisqu'elle n'a pas réellement de fin. Ou plutôt, elle se conclut par une pirouette aussi agaçante qu'irréaliste. 
Mais nous n'en sommes pas encore arrivés au pire, au sous-texte, au "message", qu'il soit volontaire ou inconscient.

Car ce qui est vraiment nauséabond dans ce film, c'est finalement ce qu'il défend, avec une pugnacité scélérate : les racailles ultra-violentes et en rupture totale avec la société sont de gentilles personnes qui ont droit à l'amour et sont meilleures que les citoyens honnêtes. Vous ne l'avez pas perçu comme ça ? Vous avez été particulièrement inattentif alors. Voyons cela en détail.
1. Le père de Clotaire, un type honnête, qui a un boulot difficile, comme la plupart de nos pères à l'époque, est présenté comme trop dur et, au final, comme un loser.
2. Si Jackie et Clotaire s'entendent bien et tombent amoureux, c'est parce que Jackie tient tête à Clotaire, en le défiant. Clotaire va la respecter et être attiré par elle parce qu'elle ne se "laisse pas faire". Et Jackie, soi-disant contre la violence, va être fascinée par ce type justement parce qu'il incarne une rupture totale avec les valeurs raisonnées et raisonnables de la société. 
3. Clotaire est montré comme une victime d'une erreur judiciaire alors qu'en réalité, c'est son comportement criminel bien réel qui le mène à cette condamnation. Et personne ne lui a demandé de se taire pour protéger des voyous qu'il connaît à peine.
4. Une fois dehors, Clotaire va commettre des crimes bien plus nombreux, sans être cette fois condamné, comme si son comportement était "justifié".
5. Le mari de Jackie, pourtant gentil, est montré comme violent dans une scène atroce où, anéanti par la souffrance, il tente d'abuser de sa propre épouse. Qui le massacre avec un combiné téléphonique. 
6. Le père de Jackie finit par admettre, quand elle quitte un type normal pour un repris de justice ultra-violent et criminel, qu'elle "a raison" !! 
7. La scène finale, abjecte, montre un responsable de secteur, dans un magasin, se faire menacer par les deux couillons. Alors, effectivement, le responsable en question n'est pas du tout sympa, mais ici, le trait est forcé pour que les deux racailles (car Jackie est bien devenue cela) soient perçues comme légitimes lorsque Jackie menace et soumet son chef.

L'Amour Ouf
n'est pas un grand film pour une raison essentielle : il ne tient pas un second visionnage ou un début de réflexion sur son propos. Oui, c'est bien foutu, on se prend d'affection pour Jackie et Clotaire, on peut se laisser porter, le cerveau éteint, par cette pseudo-romance, en laissant les auteurs (Gilles Lellouche, Ahmed Hamidi, Audrey Diwan) nous mettre leur vision du monde décadente et amorale dans la caboche, en souriant et bouffant du pop-corn. Parce que c'est "joli" et divertissant.
Mais si l'on est encore un peu capable de comprendre ce qui est dit et montré, si l'on pense que réfléchir sur une histoire et sa morale est essentiel, si l'on refuse de laisser la merde être camouflée par les paillettes et quelques tours de passe-passe, alors, ce film n'est non seulement pas "grand", mais il n'est pas non plus "bon" au sens le plus strict du terme. Parce qu'il est complaisant avec ce qu'il y a de pire dans l'humanité et la société. Et ce n'est pas une question de violence. On nous dit, à la fin, que Clotaire renonce à la violence par amour pour Jackie. Déjà, c'est une bien mauvaise raison. Il se range parce qu'il ne veut pas perdre la femme qu'il aime, pas parce qu'il réprouve ses anciennes méthodes. Ensuite, Jackie prend la relève d'une manière très vicieuse, en menaçant son chef (en gros, elle lui dit que son mec a fait dix ans de prison, et que s'il ne s'en prend pas à lui, c'est parce qu'elle le tient en laisse). 
Où est la morale là-dedans ? La violence, elle, n'est pas un absolu. Elle dépend du contexte. On peut être très violent pour sauver un enfant par exemple. Donc, être "contre" la violence, comme Jackie semble l'être (ou plutôt le dire, car en réalité, elle joue bien de la menace), est stupide. Par contre, la morale, elle, ne peut se négocier selon le contexte. Clotaire est un criminel, et Jackie ne l'aime que pour ça (rien dans ce qu'il est, fait ou dit ne laisse supposer le contraire). C'est pour cela que, malgré les effets réussis, les plans inspirés et les musiques sympas, L'Amour Ouf laisse un arrière-goût de pourri dans la bouche.
Parce que ce qui fonde cet amour, et par extension tout le film, c'est un culte voué aux pires saloperies.

Déroutant. Parce que très bon si l'on en reste à l'écume du récit, mais profondément puant si l'on fait l'effort de comprendre ce qui est dit. 

Le Titanic pour les pauvres et les bas de plafond. Ou comment mettre de la pseudo-romance dans une scène stupide et dangereuse.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une réalisation efficace.
  • Un habillage musical inspiré.
  • La performance indéniable de Mallory Wanecque et Malik Frikah.
  • Un sous-texte infect et pro-criminels.
  • Une sous-intrigue policière qui n'est pas réellement aboutie.
  • Une romance vraiment conne sur le fond et basée sur ce que l'on peut imaginer de pire.
  • Adèle Exarchopoulos, toujours aussi terne. La pire imposture actuelle du cinéma français.
Frankenstein
Par



Disponible depuis hier sur Netflix, le Frankenstein de Guillermo Del Toro est-il à la hauteur du célèbre roman ?

S'attaquer à un classique de la littérature tel que le roman de Mary Shelley, publié en 1818, est toujours relativement complexe. Outre les multiples références à la créature de Victor Frankenstein dont notre culture est aujourd'hui parsemée, ce qui a contribué à flouter quelque peu la profondeur du récit originel et fausser notre idée du monstre qui y est mis en scène, le réalisateur doit également s'attaquer à un roman à la fois précurseur et émouvant, bien plus humaniste que véritablement horrifique. Autant dire un véritable défi qui est pourtant relevé de belle manière.

Del Toro reprend dans son adaptation le principe, employé par Shelley, des récits multiples, imbriqués les uns dans les autres. L'on découvre tout d'abord une expédition polaire dont les membres vont porter secours à un inconnu, très mal en point. C'est alors l'occasion pour Victor Frankenstein de livrer son terrible récit, débutant par une enfance difficile, assombrie par la présence d'un père tyrannique et par la disparition de sa mère. Puis, c'est la créature elle-même qui pourra, après divers accès de rage, délivrer son histoire. Si des changements mineurs et bien compréhensibles sont apportés au contenu du roman, son essence par contre en est très largement respectée.




C'est bien une tragédie poignante que le réalisateur met en scène, en montrant une créature innocente, perdue, malmenée, qui va peu à peu prendre conscience de son peu enviable état et éprouver une sombre colère. S'il y a bien quelques menus défauts dans ce film, que ce soit une ou deux longueurs ou un casting pas toujours pertinent (Mia Goth, par exemple, qui n'a nullement le charisme et la qualité de jeu pour incarner cet idéal féminin dont tout le monde s'éprend), il faut reconnaître qu'il possède également d'immenses qualités, à commencer par la photographie somptueuse et des décors très réussis, bien qu'un peu artificiels. C'est beau, c'est vaste, c'est détaillé, l'immersion est totale. 

Cette adaptation parvient également à rendre compte de la richesse du récit originel, avec une approche dans un premier temps très gothique et flirtant avec l'épouvante pure, puis un basculement vers le conte philosophique. Les scènes intenses et bouleversantes sont nombreuses, essentiellement lorsque la créature découvre la nature et ses animaux, un début d'amitié avec un gentil vieillard, ou la cruauté des humains. Le propos peut paraître quelque peu naïf (c'est après tout celui d'une jeune fille de 19 ans vivant au début du XIXe siècle) mais sa sincérité et la beauté de la mise en scène lui permettent d'échapper à la mièvrerie. 

Un conte tragique, à la noire poésie, qui rend honneur au mythe fondé par Shelley. 





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Visuellement somptueux.
  • Fidèle à l'esprit du roman.
  • Poignant et profond.
  • Le côté violent et horrifique du début, très réussi.

  • Une horrible pintade sans âme dans le rôle féminin principal.
  • Un long métrage de 2h30 qui aurait sans doute gagné à être légèrement resserré.
A House of Shit
Par

Allô, Kathryn ? Il n'y a que trois pages de scénario dans ce que j'ai reçu. C'est normal pour un film de presque deux heures ?
Comment ? Tu m'expliqueras sur le tournage ? On va se marrer ? Ah, OK, ben du moment que j'ai mon chèque, moi, tu sais...


C'est le mois où décidément les réalisateurs repoussent les limites de la médiocrité. Un bel exemple avec A House of Dynamite.

Bon, on va dévoiler l'entièreté du film, mais au bout de 10 minutes, vous avez de toute façon l'intégralité de l'histoire. Ce n'est pas une blague ou une exagération, c'est vrai. Et au bout de 30 minutes, vous avez même la totalité des dialogues. Comment est-ce possible dans un film de 1h52, vous demandez-vous ? Ben on va voir ça, agrippez-vous bien à votre chaise, ça peut surprendre.
Alors, voilà le pitch : un missile nucléaire visant leur territoire est détecté par les forces militaires des États-Unis. Que ce soit dans la salle de crise de la Maison Blanche ou au QG du commandement stratégique de la défense, la tension s'installe. 
Voilà, vous avez toute l'histoire, à 100 %. Le pitch, c'est la totalité du récit. Première fois qu'on voit un truc pareil...

Ce "film" est réalisé par Kathryn Bigelow, qui tout de même n'a pas fait que de la merde jusqu'ici. On lui doit notamment Point Break, Strange Days, Démineurs, Le Poids de l'Eau, Zero Dark Thirty ou encore Aux Frontières de l'Aube. Des œuvres qui pour certaines avaient des défauts mais qui avaient pour point commun de toutes tenir la route.
Ici, ce n'est pas la même compote.

Pourtant, la première demi-heure est vraiment bien fichue. C'est tendu, efficace, on ressent le stress des personnages, le côté terrifiant de la situation, bref, ça part très bien. Et tout s'arrête sur un fondu au noir qui marque la fin de la première partie (et en réalité du film), alors que le président américain va prendre une décision cruciale (riposter ou non). Et là, on repart sur la même histoire, d'un point de vue légèrement différent. Bien entendu, rien de bien nouveau, ça s'est déjà vu, dans Jackie Brown par exemple. Sauf que, dans ce Tarantino, la scène qui est reprise trois fois dure 4 ou 5 minutes, pas 30. Et le spectateur n'est pas suspendu à un énorme cliffhanger. Toute la tension retombe donc peu à peu, puisque l'on a déjà assisté à tous les événements (les missiles anti-missiles qui ne fonctionnent pas, l'annonce de la ville qui est visée, etc.). Puis nouveau fondu au noir et troisième partie, qui raconte encore une fois strictement la même chose (sauf que là, on a une conversation en plus, dont on se fout totalement, entre le président et sa femme).

Bigelow a réussi l'exploit de faire un film de près de deux heures avec un court-métrage mal écrit de 30 minutes. Et on n'est pas au bout de nos peines. Car non seulement, l'on n'aura jamais la décision du président, on ne sait pas qui est l'ennemi qui a tiré ce missile, mais on n'assiste pas non plus à la scène spectaculaire que tout le monde attend (la destruction de Chicago). Le film n'a pas de fin. D'ailleurs, quand arrive le générique (un abominable tunnel de plus de 11 minutes), l'on est tellement décontenancé qu'on se dit qu'il doit y avoir une scène finale à venir, de quelques minutes, histoire d'avoir une quelconque conclusion. Bah non. C'est fini, il n'y avait rien à voir, vous avez perdu deux heures de votre temps. 

Les critiques presse concernant cette arnaque cinématographique sont incompréhensibles (ou alors, les mecs étaient allés voir Kaamelott 2, et ils étaient tellement soulagés de voir un début réellement bien monté qu'ils ont abandonné tout sens critique). On nous dit que c'est "rusé" et "maîtrisé", mais c'est quoi la "ruse" ? Raconter trois fois la putain de même chose ? Certains sortent que c'est "palpitant", oui, les 30 premières minutes, mais ensuite ? En quoi ce serait "palpitant" de voir trois fois de suite la même chose, alors que la réalisatrice laisse l'essentiel en suspension ? 
Et le pire, c'est que ces escrocs de journaleux s'extasient comme les blaireaux qu'ils sont sur le "message politique" du bazar. Ah, il y avait un "message" ? Lequel ? "Les missiles, ça fait peur" ? "C'est complexe de prendre une décision dans ces cas-là" ? Non mais, on s'adresse vraiment à des demeurés là.
Il y avait matière, bien entendu, à un discours politique, mais encore faut-il avoir l'intelligence d'en pondre un. Peut-être est-ce dû à l'âge, mais Bigelow n'affiche ici qu'un encéphalogramme désespérément plat. 

Au final, voilà un court-métrage banal, sans aucun conclusion ni aucun message sous-jacent, qui est présenté avec un sérieux et une prétention insupportables. Une absurdité parfaitement calibrée pour tous les ahuris qui pensent voir de l'intelligence dès qu'ils ont affaire à quelque chose d'incompréhensible et de plus con qu'eux. 

Si vous voulez voir un truc dans le genre, en mille fois mieux écrit et réalisé, il existe un téléfilm américain en deux parties (2 x 100 minutes), sorti en 1982 et intitulé La Troisième Guerre Mondiale (avec, entre autres, David Soul et Rock Hudson). Non seulement le récit est mieux structuré, la tension bien plus intense, mais il contient un vrai message politique et un final bien pensé et particulièrement impactant. 

Putain, je sais qu'on leur sert souvent de la soupe, mais là ça passera jamais. Ou alors, il nous faut le soutien de journalistes français.
Vu les merdes qu'ils se tapent, il y a moyen qu'on les embrouille.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Les premières trente minutes, tendues et intéressantes.


  • Il y a des limites au foutage de gueule.
  • Pas d'intrigue réelle, pas de conclusion, pas de personnage véritablement développé, pas de message (encore moins politique) et même pas une ou deux scènes spectaculaires ou émouvantes. De la branlette pour bobo décérébré.