Publié le
10.4.20
Par
GriZZly
Me voici donc, moi qui ne crois en rien à part en l'inexistence de ce en quoi l'on croit, condamné à émettre une fois de plus un avis sur une œuvre traitant de... religion ! Par pitié, faites que cela cesse, donnez-moi une grosse comédie débile qui tache !
Après Samson qui se mettait au défi de faire de ce personnage biblique un héros de film d'aventures et Good Omens qui se riait de la religion avec talent, me voici face à une adaptation d'un roman d'Anne Rice (la maman de Interview with a vampire) qui sort elle aussi chez Saje... Il s'agit donc de The young Messiah (Le jeune Messie), réalisé par Cyrus Nowrasteh.
Anne Rice a écrit plusieurs livres d'inspiration biblique, et ce film est la transposition au cinéma de Christ the Lord : Out of Egypt, publié en 2005. Sans trop de surprise, ça ne parle pas de Lestat.
Ma formation de professeur de morale laïque m'a permis de me frotter aux différents livres saints et je me suis donc farci la Bible... mais le Nouveau Testament m'a, je dois l'avouer, donné envie de rédiger le mien dans la précipitation. Autant l'Ancien m'avait intéressé, autant la vie de Jésus contée dans le Nouveau avait sur moi les effets d'un somnifère pour pachyderme.
Du coup, j'aurais dû roupiller devant ce film, comme de juste.
Mais non. Parce que, bon sang de bois d'un nerf de bœuf à clou, même si les passages les plus religieux m'ont évidemment fait lever les yeux aux ciel (et pas pour prier Dieu, je le crains), ce film est un vrai film. Et plutôt bon, en plus. Dans son traitement comme dans son message...
Allez, on le décortique (mais en vitesse, pas comme pour Samson... parce que j'ai une vie, aussi !).
C'est apocryphe
Le personnage central de ce film est un gars vaguement connu de par le vaste monde : un certain Jésus de Nazareth. Et l'on va ici narrer son enfance. Ce qui est impossible, en réalité, selon les croyants. Pourquoi ? Tout simplement parce que la Bible ne la raconte pas. On ne parle de bribes de cette période de sa vie que dans des évangiles apocryphes, c'est-à-dire des textes se présentant comme inspirés de Dieu mais ne faisant pas partie du canon biblique juif ou chrétien.
| Un premier miracle qui en énervera plus d'un ! |
Le jeune Jésus est alors impliqué dans la mort d'un enfant qu'il ressuscitera grâce à ce qui ressemble encore alors à de la magie.
C'est à ce moment que Joseph voit en rêves la mort d'Hérode le Grand, celui qui avait fait massacrer tous les nouveau-nés de Bethléem pour se débarrasser du rival qui venait de naître (oui, de Jésus, donc !). Le tyran ayant reçu son C4, toute la Sainte Famille décide donc de démarrer la deuxième partie du film qui consiste en leur voyage de retour vers la Galilée.
Mais Hérode Antipas, le fils du premier Hérode, est tout aussi à la ramasse que Papounet (il a carrément des hallucinations) et lui aussi compte bien retrouver cet enfant de la prophétie que les Juifs appellent leur roi. Non mais oh, ce morveux veut son trône, il ferait beau voir qu'il le laisse survivre !
Revenu à Nazareth après un périple plus agité qu'un canette d'Orangina (incluant la guérison miraculeuse de son oncle dans les eaux du Jourdain), Jésus veut absolument se rendre avec ses parents au Temple de Jérusalem.
Le film en profite pour restituer un des rares événements de la petite jeunesse de Jésus narré dans la Bible : quand Jésus surprend les docteurs du Temple par son érudition et sa sagesse (Saint Luc Chapitre 2, Versets 41-20... merci Google !).
Au fil du film, l'on voit un centurion romain aux ordres d'Hérode Antipas rechercher Jésus, et la menace qu'il représente est d'autant plus pesante que ce personnage, Severus, est incarné par un Sean Bean (Ned Stark dans Game of Thrones, Boromir dans Lord of the Rings...) défendant ce rôle avec intensité et authenticité. Ce personnage est supposé avoir pris part au massacre des innocents à Bethléem, lorsque Hérode a fait tuer les bébés de moins de deux ans en espérant que Jésus serait dans le lot.
| Sévérus influencé par le démon... |
Lors d'un face à face entre Severus et le jeune Jésus, Bean offre un jeu sobre et impeccable qui m'a forcé à me dire : "Mon gars, respect ! Je n'avais pas envie de voir ce film, je n'avais pas envie de te voir dans ce film... pourtant, non seulement ce film est beau et bien foutu mais toi, tu es un putain d'acteur que je n'avais jamais vu aussi convaincant !"
À noter encore la présence d'un démon tentateur tout à fait dispensable sous les traits du très reconnaissable Rory Keenan (Donal dans Peaky Blinders, Léopold Ier de Hasbourg dans Versailles). Honnêtement, il ne sert pas à grand-chose dans l'histoire, si ce n'est à disculper certains humains se retournant contre Jésus, puisque influencés par ledit démon.
On aborde aussi deux passages emblématiques du Nouveau Testament.
Il y a l'ange Gabriel qui annonce à Marie qu'elle va tomber en cloque et que ce sera un gamin nommé Jésus qui sera du coup non seulement le fils de Dieu mais aussi le fils de l'Homme. Aucune mention n'est faite de la virginité de Marie... sans doute parce que le film vise initialement un public de protestants...
Mais on y voit aussi la naissance dans la crèche avec les Rois Mages et tout le toutim...
Chez nous, on appelle ça du fan service !
| Ça va ? On la sent bien, l'oppression romaine, là ? |
Mais le film fait pire : il fait faire des miracles à l'enfant Jésus. La Bible stipule pourtant bien que son premier miracle est la multiplication de pains lors des noces de Cana... Mais non, Anne Rice n'en a rien à secouer. Des pains ? C'est pas un boulanger ! Allez, à 7 ans, il ressuscite un oiseau puis un gamin, soigne un homme et invente la mobylette (je voulais voir si vous étiez attentifs).
D'ailleurs, ça vaut au film ses rares mauvaises critiques... il y aura toujours des demeurés pour crier au blasphème parce qu'on a osé maltraiter un peu le matériau original... Mais ça va, quoi ! Ils n'ont jamais vu Highlander 2, ces mecs !
L'objet de cinéma...
![]() |
| C'est joli. Voilà, simplement... |
Les paysages italiens servant de décors ont été très bien choisis et figurent à merveille la Galilée, la photographie est très belle, le CinemaScope est très bien exploité par le réalisateur qui sait ce qu'il fait et use des moindres points de force de ce format large avec expertise.
À la fois très ancré dans l'ambiance "Nouveau Testament" et contant pourtant une histoire inédite, ce film est à la fois familier et divertissant.
Le son et l'image du BluRay étaient irréprochables et la galette contient un making-of peu intéressant, si ce n'est pour les commentaires de Chris Columbus (qui avait par exemple réalisé Maman, j'ai raté l'avion, avec un gamin nettement moins talentueux que celui-ci), ici producteur.
Thème, message et tout ça...
Avec ce film, vous aurez un film efficace sur les liens familiaux. Joseph, en père adoptif conscient du fardeau que représente la tâche d'élever un Messie, est certes intéressant mais c'est la comédienne incarnant Marie qui est touchante de vraisemblance.
Mais avec ce film, vous aurez aussi une lecture intelligente de l'enfance d'un Jésus très humain qui découvre lentement qui il est et d'où lui viennent ses dons... Parfois, le geek au fond de moi avait presque envie de sourire : En fait, gamin, tu es un mutant... viens avec moi, je m'appelle Xavier. Mais tu peux m'appeler Professeur X... Tu peux me dire "Lève-toi et marche", steuplé ?
Les dialogues, parfois un peu trop religieux pour moi (tu m'étonnes !) sont pourtant bien écrits, globalement, voire assez fins... certaines répliques me reviennent même, comme le "Tes questions d’enfant appellent des réponses d’adulte et tu es encore trop jeune pour cela" de Joseph... c'est tellement mieux tourné que "Tu pigeras quand tu seras grand".
On a donc affaire, avec ce film, à un travail réalisé avec amour et sans doute avec pas mal de foi.
On a des décors bien choisis.
On a des comédiens talentueux.
On a une histoire inspirante, à défaut d'être trépidante...
Mince, quoi ! Le gamin se serait appelé autrement et il ne se baserait pas sur un bouquin ayant donné naissance à un dogme que je combats, je crois que je l'aimerais bien !
Pas le choix, du coup.
Bien obligé de rester quand même objectif : ce film est vraiment pas mal.
Voilà.
Et ça me fait mal de l'admettre !
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
|
|
|
Publié le
8.4.20
Par
Virgul
Vous pouvez même le trouver en version PDF sur le site des Éditions Nestiveqnen.
(bien entendu, la version papier est toujours disponible en librairie, mais c'est sans doute moins facile de se la procurer pendant cette période de confinement)
Plutôt que de vous faire un résumé de l'intrigue, nous vous proposons de découvrir ce récit au travers de différentes critiques, notamment cet article sur SciFi Universe ou encore cette vidéo de Culture Herogeek.
N'hésitez pas à vous plonger dans cette histoire qui traite la thématique des super-pouvoirs de manière réaliste et dévoile les nombreuses dérives d'un monde peuplé de surhumains aux défauts finalement... très humains.
"Une narration qui fait immédiatement penser aux meilleurs romans de Stephen King."
Lanfeust Mag 208 (mai 2017)
Publié le
6.4.20
Par
Vance
Lorsque l’on aborde le domaine de la science-fiction, quel que soit son support d’expression, le nom d’Arthur C. Clarke fait partie de ceux qui finiront par être cités. Ce Britannique né en 1917, scientifique émérite et père de la théorie des satellites géostationnaires, est entré au Panthéon de la SF à peu près en même temps qu’Isaac Asimov [cf. cet article], avec lequel il partage bien des talents, des thèmes similaires et de nombreuses récompenses littéraires.
Cependant, malgré l’impact et la portée de ses principaux romans (Les Enfants d’Icare, La Cité & les Astres, Rendez-vous avec Rama) et de ses brillantes nouvelles (il faut absolument lire les recueils français Avant l’Eden et L’Étoile), c’est avec un petit récit artificiellement développé plus tard en roman que sa notoriété supplanta celle de ses confrères écrivains : La Sentinelle, qui servira de base au scénario de l’insurpassable chef-d’œuvre qu’est le film 2001, l’Odyssée de l’espace. Ce n'est pourtant pas le texte qui nous intéresse pour l'heure car, si la nouvelle est habile, et porte en germe la prédilection de l'auteur pour décrire le destin d'une humanité à la dérive nécessitant l'intervention divine de races supérieures, le roman, lui, demeure relativement maladroit, un peu déséquilibré, et traduit assez mal les indiscutables qualités de Clarke ([pour en savoir plus, lisez cet article]. Préférons-lui une œuvre précoce, d'une richesse et d'une densité qui inspirent encore aujourd'hui l'admiration de ses pairs.
Avec La Cité & les Astres, Clarke confirme son goût pour les récits messianiques, les visions d'avenir d'ampleur cosmique et une certaine forme d'espoir en l'humain qui ne s'accomplira qu'avec l'aide d'autres civilisations, d'autres peuples ou entités plus expérimentées, plus sages ou plus entreprenantes. C'était patent dans 2001 ou Les Enfants d'Icare, ça l'est encore ici avec ce récit un peu languissant mais d'une délicieuse élégance nous dépeignant Diaspar, dernière cité humaine, refuge de millions de Terriens vivant sous globe auprès de machines millénaires leur fournissant tout ce dont ils ont besoin, créant nourriture, vêtements et meubles à partir de banques mémorielles, leur permettant même de vivre éternellement en renouvelant cycliquement leurs enveloppes corporelles.
Une forme de cité qui rêve mais sans
les substances chères à Moorcock, une cité radieuse ressassant une histoire à la fois glorieuse et tragique : les Hommes ont jadis conquis les
étoiles, arpenté l'Univers, ont été confronté à la race des Envahisseurs qui
les ont forcé à ne plus quitter le périmètre de leur planète natale.
Et des
milliers de siècles se sont écoulés dans cette optique, les humains se
contentant de tout le luxe et les loisirs offerts par la toute-puissante
Calculatrice centrale : dehors, c'est l'extérieur hostile, les déserts battus
par les vents, l'immensité aride et vide. Dehors, ce n'est pas pour eux. Ça ne
l'est plus. Et la simple évocation de l'extérieur suscite chez les citoyens de
Diaspar une terrible peur atavique. Mais pourquoi aller chercher ailleurs ce
qui se trouve forcément dans les banques mémorielles infinies de Diaspar ? La
moindre œuvre artistique, la moindre réalisation technologique peut être
reproduite à l'infinie. Tout est à portée de mains. Tout... sauf pour Alvin.
Alvin est différent. Cela ne se voit pas au premier abord : comme tous ses concitoyens, Alvin est "né" avec un corps de jeune adulte sans aucun défaut, on lui a attribué des parents censés l'élever dans la philosophie de vie propre à Diaspar et un tuteur un peu plus sage capable de répondre à toutes ses questions et de l'orienter adroitement vers une maturité responsable. Sauf que, justement, Alvin ne réagit pas comme les autres. Il en pose des questions, et s'intéresse furieusement à ce qui terrorise ses pairs : l'Ailleurs, l'aventure, l'inconnu. Pourquoi ne peut-on sortir de Diaspar ? Que s'est-il passé jadis qui a poussé les Terriens à vivre sous cloche ? Qu'est-ce qui provoque cet irrépressible effroi à la moindre évocation de l'extérieur ? Alvin s'aperçoit qu'il s'ennuie à Diaspar, malgré les inépuisables richesses que la cité peut offrir. Il veut plus, il veut autre chose. Et il lui faudra l'aide du Bouffon, autre citoyen marginal connaissant les arcanes de la cité mieux que personne, pour comprendre certains des mystères qui lui sont demeurés cachés et lui ouvrir un chemin vers l'Inconnu. Alors Alvin, armé de ses seules témérité et curiosité, s'aventurera là où aucun humain n'est allé depuis des millénaires, redécouvrant les voies oubliées, d'autres cités et, par-delà, le chemin des étoiles...
Roman touffu, brillant, hautement symbolique, porté par une forme d'optimisme raisonnable qui reconnaît les faiblesses de l'espèce tout en lui accordant des possibilités glorieuses et presque infinies, La Cité & les Astres pourrait constituer le creuset de tous les rêves de l'écrivain. On est là devant le roman d'un espoir lointain qui réparera les erreurs du passé et proposera de nouvelles opportunités à l'espèce humaine, si tant est qu'elle soit capable de tirer les leçons de ses désillusions et ses défaites. En situant le temps de l'action dans un très lointain avenir, Clarke parvient ainsi à éviter le piège des récits d'anticipation qui se voient démodés par les progrès technologiques et l'on sent les gros efforts de réflexion et d'analyse qui ont contribué à élaborer cet univers profondément cohérent, à la fois futuriste et directement assimilable. Tout ce qui a trait au progrès se voit traité, de la génétique aux moyens de transport et de communication, des simulations ludiques aux pouvoirs télépathiques, des banques de données aux convertisseurs de matière. Un citoyen de Diaspar n'a ainsi nul besoin de posséder quoi que ce soit puisque tout est à sa portée : il peut à sa guise meubler son appartement de n'importe quel pièce créée et répertoriée auparavant, l'orner de n'importe quelle oeuvre d'art enregistrée. Il n'a nul besoin de se déplacer puisque les réunions se font naturellement par visioconférence mais il peut tout à fait se rendre en personne en n'importe quel point de la cité grâce à ces voies mouvantes rappelant furieusement les "tapis roulants express" des Cavernes d'acier d'Isaac Asimov. Et s'il s'ennuie, il peut s'adonner aux sagas, ces aventures virtuelles permettant à leurs participants de se faire un peu peur et énormément plaisir.
Néanmoins, malgré l'intensité de ses visions, les
personnages du roman demeurent trop ternes pour qu'on s'y identifie naturellement :
certes, Alvin a tout du jeune initié à qui s'offre l'aventure des origines,
mais il manque autant de charisme que de substance. Ses regrets, ses tergiversations, ses questions existentielles finissent par agacer, et il n'a pas les épaules ni même le destin d'un Luke Skywalker. Certes, il ouvre une nouvelle ère en créant des brèches dans la civilisation, en s'aventurant là où personne n'osait aller, mais il demeure moins messie que pionnier. Les quelques humains qui
traversent son existence manquent également souvent de ces traits de caractère
et de ces descriptions enflammées qui pourraient engendrer chez le lecteur
davantage de passion. En revanche, les paysages et les créatures que décrit
Clarke ouvrent notre champ des possibles et demeurent, encore aujourd'hui,
assez stupéfiants, tels ce système stellaire entièrement artificiel dont les astres ont été agencés géométriquement, ce protoplasme conscient guidé par un robot tout-puissant ou cette entité
sentiente annihilant le temps et l'espace.
Moins enflammé et passionnant que Les Enfants d'Icare, ce roman n'en demeure pas moins un texte d'une grande beauté, terriblement moderne et teinté de mélancolie et d'espoir.
Un petit mot sur l'édition qui m'est tombée entre les mains : il s'agit d'un exemplaire numéroté du fameux Club du Livre d'Anticipation que les amateurs de SF chérissent, publié aux éditions Opta en 1969. La traduction est très satisfaisante, je n'ai détecté qu'une seule coquille (une faute d'accord) et surtout la qualité du papier est fabuleuse. Ceux qui ont la chance d'avoir un exemplaire dans leur bibliothèque devraient le conserver précieusement.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
|
|
|
Publié le
4.4.20
Par
Nolt
![]() |
| Bloq... heu... confinés ! |
On va aujourd’hui évoquer une littérature bien particulière : celle qui concerne les prédicateurs et autres charlatans.
Il n’a pas fallu très longtemps pour que les événements actuels engendrent théories du complot et références tendancieuses à des écrits fantaisistes. Après une vidéo où un type pensait avoir fait la découverte du siècle en lisant des documents se rapportant à un coronavirus (c’est une famille de virus, il en existe plusieurs, certains étaient donc déjà bien connus avant la pandémie actuelle), l’on a pu voir aussi circuler un extrait d’un livre (La fin des Temps, c’est bien, c’est pas trop alarmiste comme titre) de Sylvia Browne, une "médium" qui aurait "prédit" la pandémie actuelle dès 2008.
On va s’intéresser à l’extrait en question avant de voir, de manière plus générale, comme opèrent les vendeurs de vide et les margoulins.
Voilà le fameux passage (je laisse les fautes) : Vers 2020, une maladie ressemblant à une forme grave de pneumonie se répandra à travers le monde, s'attaquant aux poumons et aux bronches et résistant à tous les traitements connus. Encore plus stupéfiante que la maladie elle-même sera sa soudaine disparition et sa réapparition 10 ans plus tard, avant de disparaître pour de bon aussi rapidement qu'elle était apparue.
![]() |
| Photo circulant sur différents réseaux sociaux. |
Si on survole rapidement, ça a l’air pas mal. C’est d’ailleurs là toute la subtilité de l’affaire : ça "a l’air" vrai.
Mais ça ne résiste pas à une analyse, même succincte.
1. "Vers 2020" n’est pas une date valable. Là, ça tombe juste, mais 2018 ou 2022, c’est aussi "vers" 2020. Et encore, j’applique ici une tolérance subjective de plus ou moins deux ans, mais si l’on change d’échelle temporelle, 2005 ou 2028, en comparaison de 1412, c’est aussi "vers" 2020.
2. Le covid-19 n’est pas une maladie "grave". Là, je sais que certains vont bondir, donc une explication s’impose. Évidemment que pour ceux qui en meurent, c’est grave (on peut difficilement faire plus grave même), mais à l’échelle de la planète, un virus dont au moins 80 % des gens guérissent naturellement, sans traitement, et qui n’a qu’un taux de létalité de 2 à 4 %, ça n’a rien d’un golgoth qui va éradiquer la moitié de l’humanité. En fait, ce qui est dangereux à l’heure actuelle, c’est l’impréparation criminelle (et je pèse mes mots) qu’ont entretenue les autorités en délabrant le système hospitalier (ne même pas avoir de réserve de masques, c’est tout de même un manque de prévoyance effarant). Et c’est surtout dangereux parce que trop de gens sont malades en même temps, du coup, les capacités du système hospitalier sont dépassées. Donc, oui, la situation est grave, mais elle est grave à cause de l’impéritie du système politique et du comportement stupide de certains, pas à cause de la "puissance" du virus.
Encore une fois, cela n'empêche pas des cas individuels graves, même nombreux. Mais la maladie en elle-même ne constitue pas une menace énorme, surtout en comparaison des fléaux qu'on a pu connaître et que l'on connaît encore.
3. Il est faux que le covid-19 soit "résistant à tous les traitements connus", des tests très encourageants permettent de penser qu’un antipaludique bien connu permet de le combattre efficacement.
4. Dire qu’une maladie "apparaîtra et disparaîtra de manière soudaine" n’a rien de "stupéfiant", c’est le lot de bien des épidémies. Si je vous dis qu’après la pluie viendra le beau temps, c’est absolument vrai, mais ce n’est pas pour autant une prédiction due à mes facultés de médium.
5. On peut voir que ce passage est un petit paragraphe situé à la page 217 d’un ouvrage qui en comporte 284. Il y a donc, dans ce seul livre, plusieurs centaines de prédictions. Si l’on compte tous les ouvrages publiés chaque année par les charlatans du monde entier, cela donne des centaines de milliers, voire des millions, de prédictions. Statistiquement, il est impossible de ne pas tomber à peu près "juste" de temps en temps. C’est la loi des grands nombres. Si vous jouez au loto, vous avez très peu de chances de gagner, vos chances de remporter le gros lot sont même négligeables. Mais, comme des millions de personnes jouent, plusieurs fois par semaine, il y a régulièrement des gagnants. Contrairement à ce que l’on pourrait penser intuitivement, un événement qui a peu de chance de se produire n’est pas forcément rare.
![]() |
| Un chemin très emprunté n'est pas forcément sans embûches. Le nombre de personnes abusées n'est pas une preuve de la validité d'une assertion. |
Ainsi, cette prédiction, très vague, dont les affirmations essentielles sont fausses, n’a rien d’exceptionnel. D’autant que l’on se concentre ici sur une prédiction qui semble "relativement" rentrer dans les cases, alors qu’on laisse de côté toutes celles qui ont lamentablement fini dans la vaste poubelle des escroqueries ésotériques.
Parfois, certaines personnes se font avoir en toute bonne foi, et peuvent même être persuadées d’avoir un "don". Mais la plupart du temps, il s’agit bien de charlatans qui mettent en œuvre des techniques connues et relativement efficaces.
Dans ces techniques, l’on peut citer par exemple le shotgunning, une méthode qui consiste en fait à ratisser large (vous avez plus de chance d’atteindre une cible en tirant à la chevrotine plutôt qu’avec une balle unique).
Ces prédictions vagues et très "souples" au niveau de l’interprétation produisent ce que l’on appelle un effet barnum (ou effet Forer, du nom du psychologue Bertram Forer). C’est ce qui se passe par exemple avec les margoulins qui font semblant de lire votre avenir (ou de vous renseigner sur votre passé, votre personnalité) à l’aide d’un support quelconque. Plus la description est vague, plus vous avez l’impression qu’elle vous concerne. Si je vous dis par exemple "vous avez été violé par votre père quand vous étiez jeune, et cela génère encore des troubles qui vous gênent dans vos relations sociales ou même professionnelles", c’est bien trop précis, peu de gens seront concernés. Si je dis "vous avez souffert étant jeune, et vous avez l’impression d’être parfois incompris", c’est une description qui va convenir à la plupart des gens. La souffrance est universelle (bien que ce soit à différents degrés, tout le monde souffre) et à peu près tout le monde se pense supérieur à ce que les autres lui renvoient comme image.
Cet effet fonctionne aussi au niveau des prédictions. Plus elle est vague (surtout si elle donne une impression de précision au premier abord), plus elle pourra convenir à une situation donnée.
Prenons les plus célèbres des prédictions : les fameuses Centuries de Nostradamus. Régulièrement, l’on nous dit que cet... astrologue... a prévu la Deuxième Guerre mondiale, le 11 septembre, ou je ne sais quel événement historique… mais il existe tellement de traductions et d’interprétations de ses nombreux vers que l’on pourrait bien, si on le souhaitait, les faire prédire la couleur de la prochaine paire de Nike ou la fin de Game of Thrones.
Il s’agit d’un charabia abscons, écrit en plusieurs langues (français médiéval, latin, grec, provençal…), édité de manière chaotique, et traduit et interprété selon les besoins du moment. Une interprétation a posteriori n’est pas une prédiction. Le but d’une prédiction, c’est de donner une description claire et précise de l’événement avant qu’il ne se produise. Dans le cas des quatrains de Nostradamus, des "experts" tentent de tordre la réalité pour la faire correspondre aux écrits. C’est très différent. Quand il n’y a pas en plus, parfois, des inventions pures et simples, comme ce quatrain censé décrire les attentats du 11 septembre, qui a énormément circulé sur le net, mais qui n’est en fait qu’un assemblage maladroit de divers strophes.
J’ignore en réalité si l’on pourra un jour prédire l’avenir. Je ne sais même pas si c’est souhaitable. Par contre, je sais qu’à l’heure actuelle, personne, jamais, n’a réussi à faire une prédiction claire et précise d’un événement vérifié. Si c’était le cas, je vous assure que cette personne serait connue. Et riche.
Si vous vous intéressez à ce genre d’ouvrages, c’est votre droit et ça n’a rien de grave, tant que vous réalisez que ce que l’on vous présente comme des prédictions repose en fait sur des tours de passe-passe. On peut se laisser abuser volontairement, on le fait tout le temps en fiction par exemple, mais il serait dommage de laisser à des charlatans avérés le pouvoir de définir vos croyances, vos espoirs, votre réalité. Car le jour où le château de cartes s’effondrera, il révélera une plaie si béante que la blessure risque de ne jamais se refermer convenablement. Si maintenant, au contraire, vous accordez de l’intérêt à ces gens en toute connaissance de cause, avec une curiosité mêlée de bon sens et un certain recul, c’est alors de l’ordre du hobby et ça ne peut guère vous faire de mal.
En cette période difficile peut-être plus que jamais, l’on a le droit de rêver, de se tromper, de s’emballer… mais il est peut-être nécessaire de rappeler, de temps en temps, qu’il vaut mieux ne pas faire d’une idée un idéal, d’un auteur un gourou, et d’une élucubration l’un des piliers de notre système de pensée.
Publié le
24.3.20
Par
GriZZly
"Je n'ai pas peur de mourir comme un homme, les armes à la main ;
mais je n'aimerais pas être tué sans armes, comme un chien."
Billy The Kid
mais je n'aimerais pas être tué sans armes, comme un chien."
Billy The Kid
Lors de la chronique sur le premier tome (ici), j'avais regretté que la série Western Legends ne commence pas par l'épisode sur le Kid... eh bien, à la lecture de cet album, je ne le regrette plus.
Bien qu'honnête, le tome sur William Henry Bonney (alias Billy The Kid) me semble moins fort et porteur que son prédécesseur consacré à Wyatt Earp.
La faute n'en revient pas au dessin (de Lucio Leoni et Emanuela Negrin) qui, même s'il me plaît un peu moins que celui de Lorusso dans le tome 1 (ce n'est ici qu'un point de vue subjectif), reste très maîtrisé et offre même, pour sortir un peu des cases autrement très conventionnelles, quelques panoramiques vraiment jolis et mis en couleur, comme pour le tome 1, par Najan.
Ce qui cloche, à mon sens, ce n'est même pas le scénario (de Christope Bec) qui est clair et bien découpé... mais malheureusement focalisé sur un épisode célèbre de la vie de Billy the Kid : la "Lincoln County War".
La "Lincoln County War" est une guerre de territoire entre des factions rivales, qui s'est passée en 1878 au Nouveau Mexique.
Si ce qui n'est au fond qu'une querelle entre propriétaires terriens locaux devint célèbre, c'est à cause de la participation d'un certain nombre de pointures légendaires du six coup comme, précisément, Billy The Kid, les deux shérifs William Brady et Pat Garrett, le rancher John Chisum et les hommes d'affaires Alexander McSween et Lawrence Murphy. Avouez que le casting n'est pas dégueulasse et leur trognes sont bien restituées dans la BD qu'édite Soleil.
Cette querelle oppose deux bandes rivales... qui ne vont pas se défier dans un concours de danse, façon quadrille endiablé.
Un premier groupe, le plus ancien, rassemble Murphy et son associé James Dolan, qui avaient un monopole sur l'épicerie à travers le magasin de Murphy. Bien vite,
Le second groupe est lui composé de nouveaux arrivants dans le comté, le britannique John Tunstall et son associé McSween et John Chisum. En 1876, ils eurent l'idée saugrenue d'ouvrir un magasin concurrençant Murphy et Dolan...
Mais Murphy et Dolan avaient de leur côté le shérif du comté, William Brady, et le gang de Jesse Evans.
Qu'à cela ne tienne ! Tunstall et McSween avaient aussi leur propre détachement pour les défendre : les Regulators (dans les rangs desquels on trouvait le Kid, terriblement reconnaissant envers cette espèce de famille qui l'avait recueilli, lui, l'orphelin) !
Le conflit fit plus d'une centaine de morts parmi les hommes de main... Et si Billy The Kid s'y lança dans une tuerie sanglante qui allait bien vite l'installer à la tête des Regulators, c'est pour venger la mort de Tunstall, assassiné par les hommes de Brady.
Et c'est un peu le souci de ce tome, ce me semble... le choix de cet épisode de la vie du Kid est certes bien plus évident que celui choisi pour évoquer Wyatt Earp dans le tome 1, mais toute l'histoire se résume, en fin de compte, à quelques gunfights et au siège de la maison d'Alexander McSween.
C'est intéressant, bien narré et les personnages (même secondaires) sont relativement bien caractérisés. Le format 72 pages permet en effet de faire suffisamment connaissance avec eux pour comprendre les relations interpersonnelles entre les protagonistes.
Mais au final, c'est bien ce qui est raconté qui joue un mauvais tour au livre. Ça se résume à une sorte de "Qui restera debout jusqu'à la fin de l'album ?" certes bien réalisé mais narrativement un peu pauvre.
Subsiste alors la présentation du Kid. Ayant été traumatisé par la mort prématurée de sa mère, il s'est vite construit une réputation de dur à cuir à la gâchette sûre et facile. L'album retranscrit plutôt bien sa progression au sein des Regulators et l'on sent qu'il inspire à ses alliés un mélange de respect pour sa valeur et de crainte pour son instabilité. Lancé dans une vendetta, le jeune homme semble inarrêtable et, au vu de sa courte biographie, il devait en effet avoir cette réputation.
Un album plaisant, au final. Mais qui m'a moins convaincu que le premier.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
|
|




















