Le Fléau en comics
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Retour sur l'adaptation de The Stand (Le Fléau), le roman de Stephen King, par Marvel.

Commençons par résumer le début de ce récit aussi épique que passionnant.
Alors qu'une arme bactériologique mortelle et extrêmement contagieuse contamine l'ensemble d'une base de l'armée américaine, Charlie Campion parvient à échapper au confinement avec sa famille. Il traverse plusieurs États et aboutit à la station-essence de Bill Hapscomb, dans la petite ville de Arnette, au Texas. 
L'homme, en tentant de protéger les siens, vient de condamner l'humanité.
Une pandémie d'une violence exceptionnelle s'abat sur le monde. Seules quelques personnes semblent naturellement immunisées. Et dans le lot, de braves types, une poignée de salauds, quelques lâches... bref, un condensé de ce que le genre humain fait de meilleur et de pire. Ils vont se trouver, s'allier et bientôt, ils s'affronteront. Car, dans l'ombre, rôde une menace bien pire que la grippe. Une menace qui a toujours été là et ne disparaîtra jamais.

Cette adaptation se déclinait à la base, en version originale, en six arcs de cinq épisodes. Dans un premier temps, Delcourt opta pour un format européen mais surtout pour un découpage très étrange, comprenant deux épisodes et demi par tome (le tout en 12 albums). Couper un épisode en deux, ce n'était pas vraiment l'idée du siècle. Heureusement, l'éditeur a entrepris de republier le tout, cette fois en six tomes respectant le découpage originel. Le sixième et dernier tome de cette intégrale paraîtra le 31 mai alors que la sortie du cinquième est imminente (le 12 avril). 
Mais revenons sur l'adaptation en elle-même.



Le scénario est de Roberto Aguirre-Sacasa, les dessins de Mike Perkins et la colorisation de Laura Martin. Si vous connaissez le roman originel, pas de surprise, l'auteur en suit scrupuleusement les grandes lignes (ce qui est ici tout à fait possible contrairement à La Tour Sombre, également publié chez Marvel et beaucoup plus complexe à décliner en BD).
Graphiquement, le style est réaliste, léché, très détaillé. Les couleurs et jeux de lumière sont fort beaux, tout est fait pour faciliter l'immersion et en mettre plein la vue. L'on se surprend plus d'une fois à s'attarder sur les décors, que ce soit une petite maison de campagne, une station-essence ou une simple cuisine.

Le côté effrayant et inéluctable de ce fléau est parfaitement retranscrit (sans pour autant trop verser dans le gore) mais, bien entendu, ce comic ne vous dispense pas, si ce n'est déjà fait, de lire le roman. Parce que la plume du Maître dépassera toujours en intensité les plus belles des images mais aussi parce que, évidemment, l'histoire et les personnages y sont beaucoup plus développés. Et puis, c'est l'un des romans dont on vous conseille vivement la lecture avant d'entamer l'incontournable et sublime saga de La Tour Sombre.
Mais que ce soit en roman ou en BD, ce voyage mouvementée en compagnie du brave Stu Redman, de la star du rock Larry Underwood ou de la belle Frannie vous réserve de sacrés bons moments. Et quelques frissons, bien entendu, puisque vous y ferez également connaissance avec Randall Flagg, l'Homme en Noir, qui va former son propre groupe dans un Las Vegas ravagé.
Tant qu'à faire, vous pouvez aussi jeter un œil à l'adaptation en téléfilms (4 x 90 mn), datant du début des années 90. Pas sans défauts, mais quelques bonnes scènes tout de même, dont une intro inoubliable sur le Don't Fear the Reaper des Blue Öyster Cult !

Bref, une bonne saga, plutôt bien adaptée en comics et disposant enfin de tomes respectant la logique narrative de l'œuvre originale.
On conseille !




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Fidèle, dans l'esprit et l'essentiel du déroulement de l'intrigue, au roman.
  • Un style graphique réaliste et convenant bien à l'ambiance du récit.
  • Des personnages attachants.
  • Comme toujours avec King, de nombreux chocs émotionnels.
  • Randall Flagg !
  • Un découpage VF enfin logique. 


  • Moins complet et détaillé, évidemment, que le roman.
  • Une centaine d'euros à débourser si vous voulez acquérir cette nouvelle intégrale. Le prix est raisonnable au vu du nombre de tomes et de leur pagination, mais on aurait aimé bénéficier directement de cette version, sans passer par un format bâtard et absurde.
Clear
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"Des instants riches de promesses. Pas au sens abstrait ou poétique, mais de véritables promesses que l'on se fait
à soi-même, à ses enfants, en jurant que l'on va s'améliorer, qu'on fera tout pour rendre le monde meilleur.
C'est d'eux qu'il faut s'éloigner à la voile. Le rivage où demeure notre sensibilité débile.
Les mauvais moments, les échecs ?  Je les préfère mille fois, putain !"


Vous aimez acheter un comic et vous dire que vous tenez en mains une bonne histoire complète, originale, cohérente et bien illustrée ? Vous aimez l'anticipation et les héros durs à cuire au passé douloureux ? Vous aimez que votre récit soit saupoudré de questionnements sur le progrès et de réflexions philosophiques, autant que de scènes d'action et de poses charismatiques ?
Vous avez frappé à la bonne porte.

Avec Clear, Scott Snyder (American Vampire, Batman : La Cour des Hiboux, A.D. After Death...) nous fait entrevoir un avenir proche dans lequel les USA ont perdu la guerre contre la Chine et la Russie. Humiliés, ils se sont alors réfugiés en masse dans l'implantation de puces cérébrales altérant leur perception personnelle de la réalité. 
Baptisée "voile", cette technologie offre à son porteur une sorte de skin qui s'applique sur la superstructure inchangée de l'environnement. Ainsi, par exemple, percevrez-vous toujours les immeubles, vous n'en percuterez aucun... mais vous pourrez décider de leur donner l'apparence de châteaux médiévaux si vous investissez dans le voile "fantasy". Le Hollywood de l'âge d'or, les dessins animés, le western, le porno... tout est dérivé en voiles qui permettent d'échapper à la bien trop morne réalité. 
Vous personnalisez votre environnement de travail numérique sous Windows, Linux ou Android ? Eh bien le voile fait de même... avec votre environnement de vie réel !
On est bien entendu dans de l'anticipation pure et dure à la Black Mirror ; une sorte de fable noire nous mettant le nez dans les travers de nos modes de vie gavés de numérique.

Dans cet univers, quelques rares individus ont choisi le mode clear : sans aucun skin. Ils s'obstinent à regarder en face la laideur d'un monde terne dont la perception a été abandonnée par l'espèce humaine.

Sam Dunes est l'un d'eux : un ancien flic devenu, comme dans tout polar qui se respecte, détective privé ascendant dépressif. Son job consiste essentiellement à traquer les voiles illégaux, comme ceux permettant à des maris lassés de leur épouse de lui donner l'apparence d'une autre femme.
La vie de Sam et ses convictions vont basculer le jour où il se mettra en tête d'enquêter sur la mort de son ex-femme... un travail qui risque bien de remettre en cause la thèse officielle du suicide et les fondements même de cette société de l'illusion.

Au dessin, un Francis Manapul (Darkness, Tomb Raider, Witchblade, Flash...) déchaîné nous offre des cases au découpage sage mais à la mise en scène spectaculaire. Le dessin fait preuve d'une maîtrise indéniable, les personnages sont d'une grande justesse dans leur expressivité, la mise en couleurs est accrocheuse et sent bon les néons cyberpunks. Avec une telle patte graphique, l'album a une identité qui lui est propre, qui colle au thème et à laquelle nous avons adhéré d'emblée. En tant que lecteur, on n'a jamais l'impression de scruter un monde entièrement esthétique. Le cadre est utilisé pour nous informer sur les thèmes et sur le récit, et non l'inverse. Ce n'est pas du vomi néo-punk prémâché ; c'est l'univers de Clear

Tout cela, c'est bien joli... l'objet est une réussite. Mais qu'en est-il de la réflexion proposée par l'auteur ?
Jamais niaise, jamais alambiquée, elle a le bon goût d'être distillée tout au long de l'épisode au fil de révélations sur le passé du pays, du personnage central et de son ex.


Scott Snyder
 est un authentique narrateur, pas simplement un scénariste : il connaît les rouages et les ficelles du métier, il sait raconter une histoire à travers ses événements mais se targue aussi d'alimenter progressivement grâce à eux la réflexion du lecteur pour, peu à peu, faire naître en lui la teneur du message qu'il a à dispenser, lui donnant ainsi l'impression, par appropriation, de l'avoir conçu lui-même.
Certes, le message de Clear est relativement convenu et attendu mais il est délivré de façon percutante et habile.

En cette période de fascination mêlée de crainte pour les intelligences artificielles (dont l'appellation semble être une insulte pour tout être réellement doté d'intelligence), Snyder et Manapul démontrent par l'exemple que la création reste une affaire d'hommes là où la machine n'est capable que de plagiats, aussi complexes soient-ils.
En ce sens, Snyder livre une leçon de construction avec le bon nombre d'entrelacements narratifs, la bonne dose de sous-entendus, la distillation au compte-gouttes de révélations, l'illustration par les événements des arguments du sous-texte... comme un défi lancé à la platitude mécanique des écrits de ChatGPT devant lesquels seul peut s'extasier un créateur de vide comme Eiichirō Oda (le mangaka derrière One Piece a en effet demandé à ChatGPT d'écrire la suite des aventures redondantes de son personnage Luffy et de son équipage, parce qu'il a conscience de tourner en rond comme une chèvre accrochée à un piquet... et il a bel et bien validé une des propositions banales au possible qui lui fut faite par le bidule).
Manapul, quant à lui, regarde MidJourney bien en face et lui dit de bien aller niquer sa carte-mère en pondant des planches pleines de trouvailles et en mettant son talent au service des idées de son auteur comme, ci-contre, l'idée géniale de l'arme qui projette des munitions répondant un peu à la même technologie que les voiles : elles font voir des éclats de skins un peu partout, comme une mosaïque d'univers. Rien de plus perturbant lors d'une course-poursuite ! Une idée juste parfaite puisqu'elle sert autant l'action que la réflexion sur le message tout en rappelant lors d'une phase frénétique le sujet principal de l'intrigue.

Comme tout récit d'anticipation, il vaut pour l'avertissement dont il est porteur.
Comme tout polar, il vaut pour son atmosphère pesante.
Comme toute fable noire, elle vaut pour sa morale.
Comme tout comic one shot digne de ce nom, il vaut pour la liberté de sa forme et de son propos.
Comme tout divertissement de qualité, il ne s'abstient pas de nous faire réfléchir en nous divertissant.

Au final, vous aurez donc compris qu'il s'agit là d'un ouvrage hautement recommandable.
Nous nous risquerons même à dire qu'il est de ceux qui peuvent parvenir à fédérer autour de lui bien plus que les amateurs de dystopies et les fans de comics.

Il pourrait servir aisément de base de réflexion sur le progrès et les nouvelles technologies dans certaines classes peuplées de chérubins biberonnés à Tik-Tok et Instagram dont les filtres ne sont en fait que des voiles de poche... en attendant, peut-être, la version en implant.
D'ailleurs, l'idée d'une exploitation pédagogique n'est pas sotte... je vous laisse, je vais préparer une leçon.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Tout y est maîtrisé, de l'écriture à la mise en couleurs, en passant par le dessin. Et le tout forme une œuvre cohérente et poussant à la réflexion sur nombre de sujets contemporains en matière de progrès scientifique.
  • Amélie Nothomb écrit toujours des romans... 
    Rien à voir ? Certes. Mais on m'a demandé de trouver un truc négatif !
La Parenthèse de Virgul #42
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Hello les Matous !
On se retrouve pour une Parenthèse orientée castagne, mais axée plus précisément sur le vocabulaire lié à la baston.
Car, oui, on peut réorganiser la dentition de son prochain tout en enrichissant sa culture générale.
Miaw !


Du Nom des Gnons
Un auteur, un traducteur ou un relecteur n'est pas forcément un expert dans tous les domaines. Or, ces gens doivent aborder des univers et champs lexicaux très différents, allant de la médecine à l'aviation, en passant par l'astronomie, les armes médiévales ou la cuisine. Mais tous ne font pas les recherches nécessaires pour éviter de propager des bourdes et erreurs en tout genre.
Le domaine du combat à mains nues est bien entendu aussi technique que le reste, et l'on voit régulièrement, dans les BD, romans ou séries TV, des erreurs assez navrantes. Nous allons donc revenir sur les bases du vocabulaire martial, en illustrant notre propos avec quelques erreurs relevées dans des comics publiés par Panini. Ouais, l'avantage avec eux, c'est que lorsque tu as besoin de conneries, tu ouvres n'importe lequel des bouquins qu'ils ont sortis et tu as l'embarras du choix question énormités. C'est un peu leur marque de fabrique. Mais nous allons surtout profiter de l'occasion pour tenter de donner des définitions simples des coups basiques que l'on va retrouver dans un grand nombre de confrontations.

Uppercut : Il s'agit d'un coup "remontant", donné de bas en haut. Basiquement, en boxe anglaise, il s'agit par exemple de se faufiler dans la "cheminée" (sorte d'étroit conduit formé par les avant-bras de l'adversaire lorsqu'il est en garde haute) pour l'atteindre au menton et, si ça passe, lui offrir une petite sieste instantanée. Or, chez Panini, "uppercut" est toujours employé comme synonyme de "coup". Ce qui est bien entendu un abus de langage. L'erreur vient bien de la traduction française puisque, comme le montrent les exemples ci-dessus et ci-dessous, il n'est jamais question d'uppercut dans la version originale (mais plutôt de coups, ou "blow"). Dans la première scène, Captain America envoie un direct à un type au sol, dans le deuxième exemple, Wolverine se prend un crochet mal fichu, qui finit le bras tendu (ou un direct un peu bizarre, donné du côté). Mais dans tous les cas, aucun uppercut là-dedans, que ce soit dans le texte original ou ce qui est dessiné.

Direct : C'est un coup rectiligne, qui peut être donné du bras avant (jab) ou arrière (cross). Chez un combattant droitier, les jabs seront donc donnés du gauche, le cross étant donné du côté "fort" (ce sont évidemment les coups les plus puissants).

Crochet : Rien de bien compliqué ici, il s'agit d'un coup de poing circulaire qui arrive sur le côté du visage ou du torse de l'adversaire. À ne pas confondre avec le swing, qui ressemble parfois un peu à un crochet, dans le feu de l'action, mais qui n'engage pas la même surface de frappe et n'est pas basé sur la même biomécanique. Mais on ne va pas rentrer dans des notions trop complexes, ce n'est pas le but.

Atemi : Synonyme de "coup" en karate-do. Il ne s'agit donc pas forcément d'un coup donné avec le tranchant de la main (shuto), mais de n'importe quelle technique de percussion.

Il existe bien entendu un tas de variations de ces coups basiques (notamment dans les arts martiaux) et de surfaces de frappe différentes, mais en général, sauf cas exceptionnel (roman ou BD très technique et basé sur un art martial particulier), ces termes suffisent à couvrir l'essentiel des actions. Le pire consiste à employer un mot que l'on entend souvent mais que l'on ne connaît pas et dont on ne vérifie pas le sens. Non seulement c'est agaçant pour les puristes, mais ça induit également les non-initiés dans l'erreur, ce qui n'est clairement pas le but.

Bref, la prochaine fois que vous distribuerez une salade de phalanges à un malfaisant, au moins, vous saurez quel terme employer quand il faudra faire votre déclaration à la gendarmerie ou raconter votre exploit à votre dulcinée. 
En attendant, ne croyez ni les excités qui se ruent dans l'action pour de mauvaises raisons, ni les partisans de la posture attentiste qui veulent faire de vous des victimes soumises. La violence doit être contrôlée, quand elle vient de soi mais aussi quand elle provient des autres. Et ceci en y mettant le nécessaire, pas moins, et le suffisant, pas plus. Ce qu'un grand monsieur comme Roland Habersetzer appelle, dans son style Tengu : Ne pas combattre, ne pas subir.
Et si vous trouvez cela contradictoire, c'est que l'essentiel vous échappe...

Miaw ! 


Un uppercut imaginaire s'est glissé dans la VF.


Step Back in Time #9
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Neuvième partie de nos voyages dans le passé de la pop culture avec un film culte, un jeu vidéo bourrin mais très bien fichu et un roman à l'humour anglais ultra-efficace. Enjoy !


-- CINÉMA : voyage pénible & rédemption --



Neal Page, un responsable marketing, plutôt sûr de lui et un brin snob, doit rentrer chez lui, à Chicago, pour les fêtes de Thanksgiving. Rien de bien compliqué a priori, sauf que son vol est annulé et qu'il se retrouve alors, de manière bien involontaire, obligé de faire équipe avec Del Griffith, un VRP sympathique mais bavard, gaffeur et (un peu trop) enthousiaste. 

Voilà un road trip comique dont s'inspirera très fortement, bien des années plus tard, Date Limite (avec Robert Downey Jr). On flirte aussi un peu du côté de Midnight Run, sans l'aspect polar. 
Même après plusieurs décennies, ce film de John Hughes (sorti en 1987) n'a pas trop mal vieilli. Les gags fonctionnent encore (certains sont plus réussis que d'autres... évidemment) et l'ensemble garde un côté touchant et naïf qui n'a rien de désagréable. Car au final, cette histoire se révèle tout de même assez profonde.

En effet, si l'on prend plaisir à voir Neal réagir (de plus en plus mal) aux multiples idioties de son compagnon de voyage, une fois dépassé l'aspect comique, l'on se retrouve devant une petite tragédie, mettant en scène un type paumé, seul, en souffrance, entretenant le souvenir d'un amour perdu. Et devant la rédemption d'un homme, certainement pas mauvais, mais un peu trop prompt à juger et verser dans l'égocentrisme. 
La scène où Neal, enfin sur le point de rentrer chez lui, se rend compte de la solitude (maladroitement masquée) de Del, ce qui le pousse à revenir sur ses pas, dégouline certes de bons sentiments mais n'en reste pas moins profondément émouvante. Et si vous ne versez pas une petite larmichette à ce moment-là, alors vous êtes un robot dénué d'émotion !

Pour l'anecdote, notons que le titre français, pour une fois, est bien meilleur que le titre original, Un ticket pour deux étant bien plus inspiré que Planes, Trains and Automobiles.

Du feel good à l'ancienne, permettant de retrouver l'excellent Steve Martin
À découvrir si ce n'est déjà fait !


-- AMSTRAD : flingues, tanks et joie de dézinguer son prochain --



Nous restons en 1987. L'ère des PC n'est pas encore advenue. Les gamers, que l'on n'a pas encore affublés de ce nom pour leur faire croire qu'ils font partie d'une "communauté", passent leur temps sur des bécanes rustiques, du genre Commodore ou Amstrad. Et malgré le manque de puissance et des graphismes pixelisés, l'on découvre parfois des petits bijoux de programmation... des jeux sur lesquels l'on va passer des heures et ruiner sa scolarité (non, je déconne, il n'y avait déjà rien à apprendre à l'école à l'époque).

Ikari Warriors
fait partie de ces excellents jeux qui vont durablement rentrer dans le Top 10 du catalogue de l'Amstrad. Il s'agit d'un "run and gun" à scrolling vertical (dans le style Commando, mais en plus fun et plus facile), dans lequel on incarne un soldat dont le but est de rejoindre le village d'Ikari afin de libérer un officier qui a eu le bon goût de tomber aux mains de l'ennemi.

Le jeu regorge de bonnes idées, et en premier lieu, il propose un très bon mode collaboratif : les joueurs vont alors pouvoir flinguer de la vermine communiste simultanément, ce qui rend l'épopée plus facile (pour peu que votre collègue ne soit pas trop empoté). Les ennemis sont coriaces et disposent de tanks, bunkers, mines, grenades et hélicoptères. De quoi largement freiner votre progression donc. Autre élément fort bienvenu changeant radicalement le gameplay : il est possible de prendre les commandes des tanks que l'on trouve sur son chemin. Dans ce cas-là, non seulement les balles ne vous font plus rien, mais vous pouvez aussi écraser joyeusement la chair à canon adverse !

Bref, un jeu suffisamment long, à la difficulté bien dosée, proposant un mode coopératif, une gestion des munitions et un changement de gameplay grâce aux chars, voilà qui était tout de même énorme pour l'époque.


-- ROMAN : un Anglais dans le Vieux Sud -- 



Lorsque l'on évoque William Boyd, il est de bon ton de conseiller Un anglais sous les tropiques, qui est pourtant loin d'être son meilleur roman. C'est donc Stars and Bars, ou La Croix et la Bannière en français, dont on va parler ici.
Henderson Dores est un anglais, timide et complexé, expatrié à New York. Il est venu chercher en Amérique ce qui lui manque : la confiance en soi, le succès, une nouvelle personnalité presque. Malheureusement, délocaliser ses problèmes n'a jamais constitué une solution pour les résoudre.
Cependant, lorsque Henderson est chargé par son employeur d'aller expertiser une collection de tableaux dans le vieux Sud, non loin d'Atlanta, tout semble aller pour le mieux. Le brave anglais y voit une occasion de réussir un beau coup. Sauf qu'il doit voyager avec une horripilante adolescente et que les premières gaffes vont s'accumuler dès son arrivée.

Voilà une excellente histoire, qui peut éventuellement causer de véritables crises de rire. Boyd maltraite ce pauvre Henderson de toutes les manières possibles, le confrontant à des situations pour le moins tendues et inhabituelles. Impossible de ne pas se retrouver un peu dans certaines de ses attitudes, gauches et ridicules. Impossible également de ne pas le prendre en sympathie quand il doit faire face à une ribambelle d'excentriques ou de chieurs qui lui pourrissent la vie. Et question Sudistes un peu bizarres, Henderson va faire le plein de rencontres déstabilisantes. 

La fin est peut-être un poil "too much", mais le cheminement était si agréable que l'on ne regrette aucune des pages tournées. À conseiller absolument, surtout si vous aimez l'humour anglais très froid et pince-sans-rire (un peu à la manière de Trois Hommes dans un Bateau).

Une excellente lecture et une comédie très bien écrite.



Voilà pour aujourd'hui, mais si vous n'avez pas encore découvert nos SBiT précédents, c'est le moment !


Aniston et les wokistes
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Jennifer Aniston a dit récemment qu’une génération entière de gamins était "offensée" par Friends et qu’écrire des comédies était plus difficile de nos jours, notamment à cause de la frilosité qui n’épargne pas l’industrie du divertissement.
Ça mérite quelques précisions.

Déjà, non, il ne s’agit pas d’une "génération entière" mais des plus cons et des plus braillards.
Avant internet, les plus évaporés finissaient dans un bar de village, à radoter leurs inepties à qui voulait bien les écouter. On a tous connu un Neness le picoleux, pas avare sur le pinard et les théories vaseuses sur l’Histoire, la politique ou la dernière série populaire. Mais auparavant, tout le monde s’en fichait de Neness, on se doutait bien qu’il n’avait pas la lumière à tous les étages. Il n’avait même probablement pas d’étages du tout. Aujourd’hui, le problème, c’est qu’internet a relié entre eux les Neness de chaque village. Et quand ils sont regroupés, ils font du bruit.
Certains estiment que la Terre est plate, d’autres que l’on doit brûler des livres parce qu’ils ne sont pas "inclusifs" (jamais vu une théorie se réclamant autant de l’inclusivité exclure autant de choses et de gens), d’autres que les vaccins servent à implanter des nanocapteurs permettant de contrôler les gens par le biais de la 5G, d’autres que Friends (ou n’importe quoi) est une infâme bouse fasciste.
Le problème ne vient pas d’eux.
Les Neness font du Neness, on ne peut pas le leur reprocher.

Le problème vient de nous. De notre capacité à les écouter alors qu’il faudrait les ignorer.
Quand je dis "nous", je ne parle pas des citoyens lambda mais des décideurs, des éditeurs, des producteurs, de ces gens tremblant à l’idée d’une vindicte, non populaire, mais imbécile et scélérate. 
Le politiquement correct, le wokisme, la cancel culture, toutes ces saloperies importées des États-Unis, n’ont un pouvoir de nuisance que si on les prend en compte. 
5000 abrutis qui gueulent en même temps, ça fait beaucoup de bruit, surtout quand des millions de gens raisonnables restent silencieux. Mais ça reste une frange négligeable de la population. Et quand bien même serait-elle moins négligeable qu’elle n’en serait pas moins inique et criminogène. 
On ne peut pas prendre en compte l’avis des plus cons.
Ce n’est pas possible en médecine, dans le domaine technologique, en architecture, en géopolitique… et ce n’est pas plus recommandé dans le domaine de l’art et de la fiction. D’autant que tout, selon ces gens trop fragiles et trop désœuvrés, pose problème : Avatar, Tintin, Astérix, Lucky Luke, l'œuvre entière de Tolkien, le Club des Cinq, Crocodile Dundee, Blanche Neige, Retour vers le Futur, Les Goonies, SOS Fantômes, Petit Ours Brun, Les Schtroumpfs, Il était une fois l'Homme, Pomme d'Api, Martine, Bob Morane, l'œuvre entière de Jules Verne… et ce ne sont que quelques exemples de tout ce qui est déjà condamné pour sexisme, spécisme, racisme ou homophobie. 

La grille de lecture est si délirante qu’elle permet de condamner tout et son contraire, pour la même raison. On est en pleine double pensée orwellienne ! Par exemple, Enid Blyton, l’auteur du Club des Cinq (une femme pourtant), est jugée sexiste parce que Annie (Anne en VO) est considérée comme étant trop féminine (elle est jolie, timide, gentille, discrète…) mais aussi parce que Claude (George en VO) ne l’est pas assez (elle est courageuse, décidée, indépendante et a un fort caractère). Donc, mettre en scène un personnage féminin, quelle que soit la manière dont on le fait, est "sexiste". Et ne pas employer de personnages féminins le serait bien entendu tout autant. C’est du 100 % perdant.

L’on voit bien ici que ce  "camp de la tolérance et de l’inclusivité" est en fait un ramassis d'extrémistes barbares, souhaitant tout censurer et contrôler. Il suffit d’ailleurs que vous ayez une opinion quelque peu divergente de la leur pour que vous soyez aussitôt, à leurs yeux, exclu de la société. Paradoxe du camp du "bien", qui se permet les pires saloperies et exactions en s’auto-octroyant une immunité assez folle. Même l’Inquisition n’allait pas aussi loin.
Mais encore une fois, ces gens ont le pouvoir que nous sommes prêts à leur céder. Pour ma part, ça veut dire qu’il n’en ont aucun. En tant que lecteur, je ne souhaite pas que les fictions que je lis puissent être censurées au préalable par des commissaires politiques d’opérette. Et en tant qu’auteur, mon devoir est de les envoyer se faire solidement enculer.

Ne vous excusez pas pour avoir aimé une œuvre. Ne reniez pas votre plaisir, le passé et les auteurs talentueux qui vous ont fait vibrer. Ne tremblez pas devant ceux qui passent leur vie à gesticuler et à trépigner. Ne suivez pas ces commerciaux, prêts à tout brader, à modifier jusqu'au titre des romans, pour s'acheter un certificat de bienpensance, ridicule et sans valeur. Ne courbez pas l'échine quand l'honneur et le bon sens commandent de bomber le torse. Ne bradez pas notre Imaginaire et notre liberté.
Et si un demeuré vient pleurnicher sur votre épaule parce qu’il a été offensé par un livre ou un film, faites en sorte de lui apporter la seule réponse possible : fais avec !