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Publié le
3.5.26
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Nolt
Retour sur le premier album de Blueberry : Fort Navajo.
C'est en 1963 que la série Blueberry est lancée dans le journal Pilote. Le premier album sera publié en 1965, chez Dargaud. Jean-Michel Charlier (cf. ce dossier consacré à l'auteur) en est le scénariste. Il est associé à Jean Giraud au dessin, qui livre des planches réalistes, au style dynamique : les visages sont expressifs, certains décors grandioses, bien que trop souvent "enfermés" dans des cases trop petites. Déjà, dès les premières pages, on sent la profonde maîtrise du duo. Mais le souffle épique vient bien de Charlier. En effet, à une époque où bien des scénaristes raisonnent encore en termes de pages, voire de strips (avec des "chutes" régulières et des scènes plus ou moins indépendantes), Charlier pense déjà ses intrigues en albums, et même en cycles (ce qu'il fera aussi sur Buck Danny par exemple). C'est celui des guerres indiennes qui débute avec ce Fort Navajo, qui introduit le lieutenant Blueberry.
Le personnage principal se veut quelque peu différent du héros traditionnel, lisse et sans défauts. Blueberry est indiscipliné, bagarreur, insolent, il triche au poker, boit quand il en a l'occasion... bref, même s'il fera également preuve de ruse, de courage et de noblesse d'âme, c'est un type rude, plutôt à l'aise dans l'Ouest sauvage. Notons qu'il a également fait la guerre de Sécession, ce qui est précisé dès le début de ses aventures, même s'il faudra attendre la série dérivée, La Jeunesse de Blueberry, pour connaître les détails de cette période traitant de la guerre civile.
Fort Navajo commence avec une scène de présentation très classique dans l'imaginaire western. Blueberry est confronté à des types quelque peu irrités par le fait qu'il triche au poker et les soulage ainsi de leurs dollars. Cela permet au lecteur de se rendre compte de l'habileté du héros lorsqu'il manie les Colt, mais aussi de son flegme et de son arrogance, signe d'une longue expérience.
Le reste de ce premier épisode de 46 planches accumule ce qui n'étaient pas encore complètement des clichés pour l'époque : le type haïssant les Amérindiens, l'officier inexpérimenté mais courageux, la guerre totale menaçant à cause des agissements de certains inconscients... mais si ces ingrédients fonctionnent encore aujourd'hui, c'est essentiellement grâce à la recette Charlier.
Il est peu de dire que l'auteur maîtrise l'art narratif à la perfection. Le découpage est intelligent, les effets bien amenés, les dialogues ciselés et intemporels (un savoir-faire perceptible également dans Tanguy et Laverdure). Sans aucun manichéisme, Charlier décrit un Ouest sauvage, âpre, dangereux, mais d'où l'honneur et l'héroïsme ne sont pas absents. Blueberry y fait figure de balise morale, malgré ses excès ou défauts, et d'exemple de débrouillardise (se sortir d'une situation épineuse grâce à une tête bien faite sera l'une des caractéristiques des héros créés par le scénariste, que ce soit Valhardi, Marc Dacier, les scouts de La Patrouille des Castors ou Éric dans Barbe Rouge).
Voilà donc une belle entrée en matière pour Blueberry, qui va par la suite devenir marshal, hors-la-loi, et rencontrer un tas de figures historiques, de Cochise (dans ce premier récit) à Wild Bill Hickok, en passant par Wyatt Earp ou encore le général Grant, devenu président des États-Unis.
Un album installant parfaitement un personnage qui deviendra mythique.
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9.3.26
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Nolt
Retour sur Les Taxis Rouges, premier album de la série Benoît Brisefer.
C'est un peu avant le lointain Noël de l'année 1960 (le 15 décembre exactement) que les lecteurs du Journal de Spirou découvrent pour la première fois le personnage de Benoît Brisefer, inventé par Peyo (Johan et Pirlouit, Les Schtroumpfs). Il s'agit d'un petit garçon, coiffé d'un béret, qui est très gentil, plutôt bon élève et serviable. Il a cependant une particularité étonnante : il est doté d'une force herculéenne qu'il ne maîtrise pas vraiment. Il cumule par exemple un nombre important de destructions en tout genre, liées à son "don". Il peut également faire des bonds impressionnants, courir à une allure effarante (qui lui permet de rattraper une voiture) et possède en prime un souffle surpuissant. L'auteur l'affuble tout de même d'un talon d'Achille, puisque lorsqu'il s'enrhume, le garçonnet perd tous ses pouvoirs.
Contrairement à Johan et Pirlouit ou aux Schtroumpfs, qui évoluent dans un monde médiéval fantastique, les aventures de Benoît prennent place dans la France des années 60. Ce premier long récit, intitulé Les Taxis Rouges, sera publié de décembre 1960 à septembre 1961, dans les numéros 1183 à 1224 du Journal de Spirou. Il sortira peu après en album chez Dupuis, dès 1962. Voyons un peu plus en détail le pitch de cette histoire.
Une nouvelle compagnie de taxis s'est installée dans la paisible bourgade de Vivejoie-la-Grande. Une compagnie moderne, qui fait de la concurrence au brave monsieur Dussiflard, ami de Benoît. Pire, les méthodes adoptées par le louche et expéditif patron de cette société, monsieur Poilonez, sont si violentes que Benoît décide d'intervenir et d'aider son vieil ami. Vieil ami qui ne tarde pas à disparaître après avoir découvert le but réel de ces taxis rouges qui ont envahi la ville...
Ce premier opus commence bien entendu par une habile présentation du personnage, de son caractère et de ses pouvoirs, ce qui permettra d'installer d'entrée de jeu quelques gags visuels réussis. Toutefois, comme à son habitude, malgré l'humour et l'ambiance légère, Peyo bâtit également une intrigue suffisamment solide pour développer un enjeu réel. Enjeu qui permettra d'ailleurs à Benoît de faire montre de son courage et de son intelligence, en plus de sa force. Le petit héros, loin de rester dans une ambiance urbaine, va même avoir l'occasion de découvrir une île lointaine.
Si Peyo signe bien entendu le scénario et l'essentiel des dessins, c'est Will (qui a travaillé aussi avec Franquin et a été directeur artistique du Journal de Spirou) qui se charge ici des décors. Graphiquement, rien à signaler de particulier, le style étant typique de la BD franco-belge de l'époque. C'est efficace sans être particulièrement impressionnant. Notons que la colorisation peut se révéler fort jolie lorsqu'elle évite les teintes trop vives, les scènes de nuit, par exemple, ayant un charme certain.
Cet album de 60 planches, qui ne manque pas d'action, s'avère globalement réussi (et sans coquilles ou gros problèmes de lettrage, ce qui est plutôt rare). Même si le style général et le jeune personnage principal le destinent clairement à un jeune public, il pourrait sans doute raviver d'agréables souvenirs dans l'esprit des plus anciens.
Une série restée un peu dans l'ombre à cause de l'énorme succès des Schtroumpfs (et dans une moindre mesure de Johan et Pirlouit), mais qui demeure l'une des plus importantes de Peyo, tant en nombre d'albums qu'en qualité (même si l'auteur se fera rapidement aider, au scénario et au dessin, sur ce titre).
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15.7.23
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Nolt
Un First Look consacré à deux flics qui passent leur temps à bousiller de la belle mécanique : Les Casseurs !
Janvier 1973. Dans un train, le romancier et scénariste André-Paul Duchâteau et le dessinateur Christian Denayer évoquent de futurs projets. Au cours de la conversation, Denayer parle de son envie de démolir parfois les somptueux véhicules qu'il lui arrive de mettre en scène. Duchâteau, déjà scénariste de la série Ric Hochet, est enthousiasmé par l'idée et avoue qu'il souhaiterait écrire une série orientée action, avec des scènes impressionnantes, à la limite de la parodie. Le concept des Casseurs était né... (source : Intégrale Les Casseurs, tome 1).
Et ces casseurs, ce sont en fait deux flics américains : Al Russel, jeune officier inexpérimenté mais dynamique et élégant, et Petrus Brockowsky, dit Brock, un vieux briscard en surpoids, proche de la retraite. Tout le long des 21 albums que compte la série, les deux coéquipiers vont donc mener des enquêtes musclées et se retrouver au volant d'engins aussi rapides que divers. Et inutile de préciser que vu leur surnom, ils n'ont pas l'habitude de faire dans le subtil et sèment la destruction sur leur passage.
La première aventure, Haute Tension, présente les personnages et donne le ton. Al et Brock vont devoir mettre hors d'état de nuire un gang opérant à bord d'une Phantom mais, surtout, ils vont devoir coopérer, ce qui est loin d'être gagné. En effet, fonctionnant sur le principe du "buddy movie", la série va énormément jouer sur les différences de caractère des deux protagonistes principaux. Brock est un dur à cuire, casse-cou, bourru, peu respectueux des procédures, alors que Russel est un playboy, "bon élève" et plus calme. Leurs rapports vont évoluer, mais ils ne s'entendent vraiment pas dans un premier temps, au point d'envisager de quitter la police pour ne plus avoir à se supporter.
Cet antagonisme va souvent être source de gags, parfois fort bien mis en scène. Dans cet album, le saut de Brock sur le train, par exemple. Ou encore Brock prenant mal le fait que son coéquipier lui apporte des fleurs, alors qu'il est hospitalisé. Il lui demandera même de les jeter à la poubelle, tout en... claquant le cul d'une infirmière. Ah, l'époque était bien différente, on pouvait représenter une scène imaginaire, même un peu osée, sans assister au défilé des pleurnicheuses de service.
Et bien entendu, outre les fusillades et poursuites, chaque aventure déborde de tôles froissées et de véhicules qui finissent à la casse. Rien que dans ce premier album, si j'ai bien compté, ce ne sont pas moins de huit voitures, quatre camions ou fourgonnettes, un bus, un train et une... cabine téléphonique [1] qui sont partiellement ou totalement détruits.
Voilà donc une bonne série franco-belge, mélangeant action bien bourrine et humour, le tout dans un contexte très "seventies". Les dessins sont efficaces et spectaculaires, les chocs et les divers dommages étant en général bien rendus. Les dialogues participent également à l'ambiance rétro, sans pour autant être surannés. La colorisation est un poil trop flashy, mais heureusement l'effet n'est pas accentué grâce au choix d'un papier mat.
Notons que la série a été rebaptisée, dans les années 80, Al et Brock afin de ne pas associer les personnages aux bandes de trous du cul qui détruisent tout dans les villes dès qu'on leur fournit un prétexte, comme un match de foot ou la neutralisation d'un criminel.
Enfin, si vous optez pour les intégrales (7 tomes, éditions Le Lombard), sachez qu'elles contiennent les habituels bonus (dessins, photos, anecdotes...). Ce n'est pas très dense, mais c'est un plus toujours appréciable, d'autant que le prix (21,50 euros le tome) situe cette intégrale parmi les plus intéressantes financièrement.
Une sorte de Shérif, fais-moi peur urbain et policier, mené par un tandem attachant.
[1] Note pour notre jeune lectorat : une cabine téléphonique est l'équivalent d'un "portable" fixe mais qui protège de la pluie et que l'on est obligé de prêter.
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30.11.22
Par
Nolt
Rappelons que le principe de cette rubrique consiste à s'intéresser au tout premier album d'une série. Cette fois, nous remontons jusqu'en 1984 avec Brouillard sur Whitehall, un récit qui introduit le personnage de Burton mais qui, nous le verrons plus loin, s'avère très particulier puisqu'il contient de multiples références à un classique de la BD franco-belge.
Mais présentons tout d'abord notre héros. Cliff Burton est un ancien du MI5 et un détective privé bossant occasionnellement pour Scotland Yard, dont il est également un ex-agent. Il est plutôt futé et athlétique et se démarque du profil classique du héros de BD policière par son look (il est roux et moustachu) et sa passion pour les fleurs.
La série, qui a pris fin en 1998, ne comporte que neuf albums. Tous sont scénarisés par Rodolphe (scénariste prolifique et romancier) et dessinés par Frederik Garcia puis Michel Durand. Le style graphique change donc radicalement à partir du quatrième album, intitulé Les Poupées de Sang.
L'ambiance générale de la série, résolument axée sur les enquêtes, va peu à peu verser dans un fantastique "light" et s'enrichir de touches d'humour fort bienvenues.
En ce qui concerne ce premier tome, il débute par une série de meurtres sordides visant les forces de l'ordre. Le Yard de Sa Majesté découvre bien vite qu'une mystérieuse et sanguinaire secte indienne se cache derrière ces exactions. Sir Scott Dickson fait alors appel à Burton pour que le moustachu file un petit coup de main. Il faut dire que l'affaire se complique quand, aux meurtres de policiers, s'ajoutent une étrange dégradation au musée Madame Tussauds ainsi qu'une menace de mort visant Lord Campbell, membre de la Chambre et délégué aux Affaires Indiennes.
L'action se déroule en 1921 et a pour cadre Londres et la campagne anglaise environnante. L'atmosphère graphique des scènes sous la pluie ou dans la pénombre est très réussie. De plus, la mise en page évite le classique "gaufrier" et se permet quelques plans larges et divers effets dynamiques. Le récit est, quant à lui, efficace et bien mené. Si l'on suit l'enquête avec plaisir, l'on peut toutefois regretter que le personnage de Burton soit à ce point transparent et banal, les quelques éléments originaux dont l'a gratifié son auteur peinant à lui insuffler une véritable personnalité.
C'est cependant dans une foule de petits détails que ce Brouillard sur Whitehall va se révéler surprenant à plus d'un titre.
Tout d'abord, la première planche de cette BD s'avère être un hommage à La Marque Jaune, d'Edgar P. Jacobs. Une info évidente, qui se trouve même sur Wikipédia. Mais les références, plus subtiles et moins immédiatement décelables, ne s'arrêtent pas là. L'ensemble de l'album semble être en effet un hommage appuyé à l'une des aventures de Tintin, en l'occurrence Les 7 Boules de Cristal. Tout d'abord dans son ambiance, inquiétante et liée à une menace exotique, mais surtout dans de nombreuses scènes faisant écho au récit d'Hergé sus-cité.
Quelques exemples : les personnages se retrouvent tous, à un moment, dans une grande et sinistre demeure, entourée d'un parc ; la décoration de cette maison est composé d'éléments exotiques ; le propriétaire de la demeure est assassiné malgré le fait qu'il soit sous protection policière ; Burton doit défoncer la porte de sa chambre pour constater ce fait ; le crime a eu lieu alors que la porte est verrouillée de l'intérieur ; un indien (amérindien dans les 7 Boules) disparaît ; les criminels s'enfuient à bord d'une conduite intérieure noire ; ils changent de véhicule pour échapper aux recherches ; le héros remarque ce fait en comparant les traces de pneus dans la boue ; le témoignage de policiers en vélo s'avère crucial, etc. Il faut encore ajouter à cela la nature des adversaires du héros (des Incas pour Tintin, des Thugs pour Cliff), le fait que ce récit soit en fait un diptyque (qui se poursuit dans L'Ombre de Victoria) et le périple dans la jungle que l'on retrouve dans le second opus.
Quelques exemples : les personnages se retrouvent tous, à un moment, dans une grande et sinistre demeure, entourée d'un parc ; la décoration de cette maison est composé d'éléments exotiques ; le propriétaire de la demeure est assassiné malgré le fait qu'il soit sous protection policière ; Burton doit défoncer la porte de sa chambre pour constater ce fait ; le crime a eu lieu alors que la porte est verrouillée de l'intérieur ; un indien (amérindien dans les 7 Boules) disparaît ; les criminels s'enfuient à bord d'une conduite intérieure noire ; ils changent de véhicule pour échapper aux recherches ; le héros remarque ce fait en comparant les traces de pneus dans la boue ; le témoignage de policiers en vélo s'avère crucial, etc. Il faut encore ajouter à cela la nature des adversaires du héros (des Incas pour Tintin, des Thugs pour Cliff), le fait que ce récit soit en fait un diptyque (qui se poursuit dans L'Ombre de Victoria) et le périple dans la jungle que l'on retrouve dans le second opus.
Il y a sans doute encore de nombreux détails communs à ces deux œuvres à répertorier, mais précisons qu'il s'agit bien de clins d'œil, et aucunement d'un plagiat, Brouillard sur Whitehall et Burton s'éloignant nettement des 7 Boules de Cristal et de Tintin sur le fond, le style graphique et la personnalité du héros (qui, lui, rencontre de séduisantes jeunes femmes par exemple). Cependant, impossible de ne pas faire le lien entre les deux histoires lorsque l'on connaît bien le récit mettant en scène la malédiction de Rascar Capac.
Au final, si vous aimez l'ambiance british, les bonnes enquêtes mâtinées de fantastique et les délicates pointes d'humour, n'hésitez pas à accompagner Cliff Burton dans ses trop rares pérégrinations. Ce détective, qui n'a sans doute pas la notoriété qu'il mérite, n'a pourtant pas à rougir face à ces homologues (cf. Ric Hochet ou encore Jérôme K. Jérôme Bloche), anciens ou plus récents.
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28.11.19
Par
Nolt
Nouveau First Look consacré cette fois aux débuts d'un duo mythique : Tanguy et Laverdure.
Les aventures des Chevaliers du Ciel débutent dans le journal Pilote, en 1959. Le premier album sera publié en 1961. Aux commandes de ce titre, Jean-Michel Charlier au scénario et Albert Uderzo aux dessins, qui sera remplacé plus tard par Jijé.
Notons qu'à l'époque, les trois grands magazines publiant de la BD disposent chacun de leur série d'aviation : Pilote accueille donc Tanguy et Laverdure, Spirou publie Buck Danny, et le journal Tintin dispose de Dan Cooper. Fait exceptionnel, Charlier a travaillé sur les trois titres (il est à l'origine – et le scénariste historique – de Buck Danny et Tanguy et Laverdure, mais il interviendra aussi sur trois tomes de Dan Cooper). On lui doit également, entre autres, la série western Blueberry ou encore Barbe-Rouge. Il fait sans conteste partie des plus grands auteurs de la BD franco-belge et bien des adultes de nos jours lui doivent leur passion des drôles d'engins qui traversent les cieux.
Après un arrêt en 1988, le titre est relancé en 2002 et compte aujourd'hui 33 albums, auxquels il faut ajouter une seconde série parallèle, baptisée Tanguy et Laverdure Classic (qui comprend 3 albums), plus un album spécial 60 ans (cf. cette news) et, bien entendu, les tomes de l'Intégrale.
Nous allons aujourd'hui nous intéresser non pas au seul premier album des Chevaliers du Ciel mais justement au premier volume de l'intégrale, ce qui permettra de faire un point sur ces rééditions.
Le premier tome de l'intégrale publiée par Dargaud contient les albums L'École des Aigles et Pour l'Honneur des Cocardes. C'est le volume le plus "léger" (120 pages, les suivants faisant entre 168 et plus de 200 pages).
En ce qui concerne l'histoire, l'on découvre ici les premiers pas de Michel Tanguy et Ernest Laverdure en tant que pilotes. Fraîchement issus de l'École de l'Air de Salon-de-Provence, les deux hommes arrivent à la base de Meknès (Maroc) pour y suivre une formation poussée sur le combat tactique. À l'époque, les héros volent encore sur Fouga Magister et Lockheed T-33. Ils ne recevront leurs Mirage III que dans l'album L'Escadrille des Cigognes (à découvrir dans le tome 2 de l'intégrale).
Outre la gestion houleuse d'un coéquipier hautain et maladroit, Tanguy et Laverdure devront faire face au détournement d'une fusée expérimentale française.
![]() |
| Ponctuation "free style" et lettrage un peu limite... le point faible d'une Intégrale pourtant magistrale. |
Dès les premières planches, les rôles sont immédiatement distribués, avec un Tanguy posé et raisonnable accompagné d'un Laverdure gaffeur et excentrique. Les gags, plutôt sympathiques, viennent agréablement entrecouper les scènes d'action, forcément nombreuses. La série flirte aussi bien avec l'espionnage que les
missions plus traditionnelles, le tout dans l'ambiance, étonnamment pas si désuète que ça, du début des années 60.L'écriture de Charlier s'avère en effet suffisamment intemporelle pour que l'on puisse prendre plaisir, de nos jours encore, à la lecture de ces péripéties parfaitement orchestrées. Uderzo, plus connu sans doute pour son travail sur Astérix, livre lui aussi une magnifique prestation dans un style réaliste et dynamique, qui parvient sans problème à retranscrire les évolutions des appareils. Les avions, tout comme les différents équipements, sont d'ailleurs parfaitement représentés.
Mais voyons maintenant les particularités de cette belle Intégrale. Tout d'abord, les bonus sont incroyablement nombreux et passionnants. Tout au long de la collection, l'on va découvrir de courts récits inédits, des documents techniques, des extraits de tapuscrit, des illustrations et des reproductions de planches (souvent propres au magazine Pilote), le tout étant parfaitement explicité et remis dans le contexte de l'époque, avec force informations et anecdotes. L'on a clairement l'impression d'une véritable valeur ajoutée à l'ensemble. Une curiosité : le roman L'avion qui tuait ses pilotes (de Charlier himself), publié initialement dans la Bibliothèque Verte (et introuvable de nos jours), est repris intégralement dans les tomes 7 et 8.
Au niveau des épisodes, là encore, un grand soin a été apporté à cette réédition. Outre une colorisation revue, l'on va disposer de l'intégralité des planches publiées dans Pilote (avec parfois donc des versions plus longues que celles des albums classiques). Tout cela est d'ailleurs parfaitement détaillé, avec tous les comparatifs et dates utiles. Le parent pauvre de cette réédition s'avère être finalement le lettrage, qui aurait bien mérité un petit coup de dépoussiérage également (il y a parfois des petits soucis de ponctuation, d'espace, voire des lettres partiellement effacées, mais globalement rien de rédhibitoire).
Alors, cette intégrale est-elle à conseiller ? Clairement oui. Trois albums (la plupart du temps) remasterisés, réalisés par deux légendes de la BD, accompagnés de documents et textes de qualité, le tout pour 20 euros, ça vaut clairement le coup.
Que l'on soit un ancien lecteur nostalgique, aujourd'hui adulte, ou un(e) jeune passionné(e) d'aviation, la magie opère encore et est même soutenue par des bonus utiles et intéressants.
Un incontournable de la bande dessinée franco-belge.
Les autres BD de la rubrique First Look :
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Publié le
1.8.17
Par
Nolt
L'on se lance sur les traces d'un chat au charisme ravageur avec le premier tome de Blacksad.
Nous avions déjà eu l'occasion d'évoquer le riche univers de Blacksad en vous présentant le jeu de rôle qui en est tiré, mais c'est cette fois du premier tome de la BD qu'il sera question.
Le scénario est de Juan Diaz Canales, les superbes dessins sont l'œuvre de Juanjo Guarnido.
Quelque part entre les Ombres, le premier album, sort en 2000 chez Dargaud. La série compte cinq tomes, le dernier étant sorti en 2013.
Ce premier opus donne le ton et nous plonge dans une ambiance de polar noir, façon années 50. Le lecteur suit John Blacksad, un privé dont l'ancienne petite amie vient d'être assassinée. Lorsque Blacksad trouve une piste, il se rend compte qu'il commence à être gênant pour certaines personnes. Même la police est priée, par un ordre venant "d'en haut", de ne plus se préoccuper de l'affaire.
Mais ce ne sont pas quelques menaces, un passage à tabac et une tentative de meurtre qui vont arrêter John, bien décidé à rendre justice à la mémoire de son amie, quoi qu'il en coûte...
Blacksad aurait pu être un classique "hardboiled" parmi tant d'autres, avec bars malfamés, filles de joie, privés taciturnes et flics pourris, si l'aspect anthropomorphique n'était pas venu donner au tout un aspect aussi original qu'enrichissant.
En effet, les animaux sont ici employés d'une manière très intelligente. Si l'on se limite parfois à la caricature
(un flic rusé sera un renard, un boxeur un gorille), l'auteur parvient aussi à donner parfois un sens plus subtil à ses choix animaliers. Ainsi, le chef de la police que l'on tente de museler est... un chien. Parfois, un contre-emploi peut aussi faire sens, par exemple les motards (dans un autre tome), représentés en moutons pour rendre compte de l'effet de groupe de ces bandes mais aussi pour prendre le contrepied de la liberté et de l'anticonformisme souvent associée aux Harley (alors qu'il s'agit aussi d'une certaine manière d'une mode).La narration est largement basée sur les pensées (sorte de voix off) du héros, ces pavés de texte retranscrivant l'état d'esprit du personnage tout en permettant quelques ellipses.
Niveau intrigue, pas vraiment de grosse surprise ou de suspense, l'enquête se révélant très simple et (un peu trop) rapide. Les morales véhiculées par la série sont également, en général, très basiques et extrêmement caricaturales : le méchant riche qui se croit au-dessus des lois, les animaux au pelage blanc, forcément racistes dans Arctic Nation, etc. Dommage qu'il n'y ait pas plus de nuances, le fric ne faisant pas forcément d'un type bien un salaud et le racisme n'étant pas à sens unique (le bar présenté dans ce tome, où les clients reptiliens n'acceptent pas les "poilus", était une bien meilleure métaphore, car bien plus universelle).
Du point de vue du travail du scénariste, sur le fond, ça reste quand même très proche du néant (enfoncer des portes ouvertes ou conforter des idées reçues n'a rien de bien valeureux ou intellectuellement intéressant).
Par contre, en ce qui concerne l'aspect graphique, c'est une tuerie. C'est tout bonnement magnifique. Les planches sont incroyablement détaillées, les décors fouillés, les visages d'une expressivité exemplaire (les tronches des hommes de main - le rhino et l'ours - pendant l'interrogatoire sont exceptionnelles), permettant d'afficher les moindres nuances d'un large panel d'expressions.
Les jeux de lumière sont sublimes et la colorisation, à l'aquarelle, magnifie le tout et permet de créer des atmosphères très différentes et retranscrivant parfaitement l'ambiance des scènes.
Bref, visuellement, c'est un sans faute.
Du polar classique mais à l'intérêt relevé par l'utilisation habile de l'anthropomorphisme et bénéficiant de dessins d'une grande qualité. Un scénario un peu plus solide et sortant des sentiers battus aurait pu faire passer Blacksad du rang de très bonne BD à celui de chef-d'œuvre.
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Publié le
29.7.17
Par
Vance
A l'heure où le personnage ressort des cartons poussiéreux de la Maison des Idées afin d'être exploité dans les nouvelles séries Marvel/Netflix, les éditions Panini ont le bon goût (oui, ça leur arrive, à moins que ce ne soit un opportunisme financier) de proposer, enfin, une adaptation française de l'Intégrale des premières aventures d'Iron Fist, cet homme au poing de fer qualifié d'"Arme vivante" qui eut bien du mal à percer à la grande époque de Bruce Lee et fit partie pendant longtemps de ces héros oubliés qu'un scénariste inspiré réinjectait régulièrement dans certains events.
Soyons honnête : Iron Fist n'est pas, et de loin, le super-héros le plus connu de l'univers Marvel et, malgré quelques artistes de renom ayant travaillé sur ses séries, il n'a pas vraiment su s'imposer auprès du public et des critiques. On ne jettera pas (immédiatement, parce que ce serait trop facile) la faute à son costume (heureusement totalement mis de côté dans l'adaptation télévisée) qui aujourd'hui n'aurait de popularité qu’auprès des fans un peu allumés du cosplay. Les trentenaires lecteurs de comics connaissent sans doute les Heroes for Hire, série assez décalée dans laquelle Iron Fist était associé à Luke Cage dans une agence spécifique sous la houlette de Misty Knight (série qui va être rebootée prochainement), mais les plus âgés se souviennent de la publication des premiers épisodes en France dans Strange et Titans. C'est justement de ceux-là qu'il est question aujourd'hui, réunis dans le premier volume de l'Intégrale Panini Iron Fist (1974-1975) et reprenant les numéros 15 à 25 de Marvel Premiere ainsi que les deux premiers numéros de la première série Iron Fist.
Inutile de détailler plus avant le volume qui répond aux cotes habituelles de l'éditeur, avec la reprise des couvertures originales dans les dernières pages ainsi que sur la jaquette et une introduction assez limitée ; le blanc des Intégrales Daredevil, le vert pomme des Intégrales Hulk ou le bleu ciel des Intégrales X-Men est ici remplacé par un vert tendance kaki assez laid. Mais qu'en est-il du contenu proprement dit, sachant que la première histoire date de 1972 ?
Il faut avouer que c'est assez déstabilisant. Comme souvent pour les anciens lecteurs, la nostalgie le dispute à la raison, et l'on aura parfois du mal à trouver les mots justes pour vilipender une œuvre à laquelle on était attaché dans sa jeunesse, quand bien même elle serait totalement dépassée, démodée ou simplement médiocre. Et franchement, l'on a bien du mal à s'enthousiasmer pour les premières
apparitions du maître des Arts martiaux
(titre qu'il dispute à Shang-Chi, personnage apparu à peu près à la même époque mais encore moins populaire).
L'intégrale ravive les mémoires et saura redonner le sourire aux vénérables anciens amateurs des aventures de ce héros vite ringardisé (non mais ce costume, c'est plus possible !). Les deux premiers épisodes construisent habilement les origines du héros tout en annonçant sa quête actuelle (la vengeance, tout simplement : Daniel Rand, riche héritier d'un immense empire financier, veut retrouver l'homme qui abandonna son père et sa mère à leur sort au cours d'une excursion en Himalaya, excursion dont il ne réchappa de justesse qu'en étant accueilli dans la mystérieuse cité de K'un-Lun, sorte de Shaolin millénaire hors du temps et de l'espace).
Roy Thomas, avec son talent habituel de conteur, propose une histoire qui tient parfaitement la route et est équilibrée, Gil Kane l'illustre avec soin et dynamisme. Si cela démarre sur des bases encourageantes, ça se gâte très vite ensuite avec une ribambelle de scénaristes bien moins compétents qui se succèdent associés à de piètres dessinateurs, lesquels ne proposent que des épisodes assez banals qui ont tout de même le mérite d'afficher des combats d'arts martiaux sur plusieurs pages, quoique rendus ridicules par l'utilisation de termes assez peu glamour que la traduction rend encore plus ridicules (coup du singe, coup de l'éléphant, coup du dragon...). C'est bien Iron Fist qui prend le pas sur son alter-ego, Danny étant ainsi mis de côté dans des aventures où notre héros se voit injustement accusé de meurtre et se retrouve chaque fois confronté à un ennemi redoutable (bizarrement, il attend toujours d'être au seuil de la défaite pour user de son poing de fer). Comme il faut lui trouver des adversaires dignes de ce nom, on lui propose des ninjas, des assassins et des vilains de la trempe de... Batroc. C'est à croire qu'il n'y avait pas grand-chose à attendre de ce super-héros atypique. On aura droit également à un monstroïde dans des épisodes qui ont achevé depuis longtemps d'intéresser le lecteur le moins exigeant.
(titre qu'il dispute à Shang-Chi, personnage apparu à peu près à la même époque mais encore moins populaire).L'intégrale ravive les mémoires et saura redonner le sourire aux vénérables anciens amateurs des aventures de ce héros vite ringardisé (non mais ce costume, c'est plus possible !). Les deux premiers épisodes construisent habilement les origines du héros tout en annonçant sa quête actuelle (la vengeance, tout simplement : Daniel Rand, riche héritier d'un immense empire financier, veut retrouver l'homme qui abandonna son père et sa mère à leur sort au cours d'une excursion en Himalaya, excursion dont il ne réchappa de justesse qu'en étant accueilli dans la mystérieuse cité de K'un-Lun, sorte de Shaolin millénaire hors du temps et de l'espace).
Roy Thomas, avec son talent habituel de conteur, propose une histoire qui tient parfaitement la route et est équilibrée, Gil Kane l'illustre avec soin et dynamisme. Si cela démarre sur des bases encourageantes, ça se gâte très vite ensuite avec une ribambelle de scénaristes bien moins compétents qui se succèdent associés à de piètres dessinateurs, lesquels ne proposent que des épisodes assez banals qui ont tout de même le mérite d'afficher des combats d'arts martiaux sur plusieurs pages, quoique rendus ridicules par l'utilisation de termes assez peu glamour que la traduction rend encore plus ridicules (coup du singe, coup de l'éléphant, coup du dragon...). C'est bien Iron Fist qui prend le pas sur son alter-ego, Danny étant ainsi mis de côté dans des aventures où notre héros se voit injustement accusé de meurtre et se retrouve chaque fois confronté à un ennemi redoutable (bizarrement, il attend toujours d'être au seuil de la défaite pour user de son poing de fer). Comme il faut lui trouver des adversaires dignes de ce nom, on lui propose des ninjas, des assassins et des vilains de la trempe de... Batroc. C'est à croire qu'il n'y avait pas grand-chose à attendre de ce super-héros atypique. On aura droit également à un monstroïde dans des épisodes qui ont achevé depuis longtemps d'intéresser le lecteur le moins exigeant.
Toutefois, avant de boire le calice jusqu'à la lie, on aura droit à une éclaircie avec l'arrivée de Chris Claremont au scénario. Si l'homme qui forgea le succès des X-Men n'est plus aujourd'hui aussi adulé, force est de reconnaître qu'il a su redonner un certain souffle et une épaisseur nécessaire aux aventures d'Iron Fist, remettant Danny Rand à la place qu'il aurait dû avoir (l'homme doit maintenant trouver son rôle dans un monde qu'il a quitté dix ans auparavant). Les deux
derniers épisodes de cette intégrale voient aussi l'arrivée de John Byrne, indissociable compagnon de route de Claremont, qui va insuffler une vision plus aiguë, un découpage plus stimulant et un point de vue plus
moderne aux pérégrinations de l'Arme vivante. Il n'a pas encore la fluidité de ses esquisses sur les équipes de mutants ou Alpha Flight, mais le bond qualitatif est incontestable. Et ça nous permet d'avoir une confrontation moins grotesque avec Iron Man !
Une intégrale alternant le bon et le totalement dépassé, frustrante par son
manque de développement d'une franchise prometteuse et une ambition visiblement limitée.
L'ouvrage se termine quand la série redevient intéressante, mais sans parvenir à accrocher le profane, ni même le fan passéiste. Dommage.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
26.7.17
Par
Nolt
Nous partons à la découverte d'un sympathique détective avec le premier tome de la série Jérôme K. Jérôme Bloche, intitulé L'Ombre qui tue.
Jérôme (dont le nom est une référence directe à l'auteur de Trois Hommes dans un Bateau) est un jeune détective, ou plutôt un aspirant détective encore en formation, passionné par les polars (qu'il traduit parfois) et les... sirènes de police du monde entier (qu'il collectionne sur cassette). Alors qu'il est en plein travaux pratiques, son professeur de criminologie et d'investigation se fait assassiner par la fameuse Ombre qui terrorise Paris depuis des mois. Avant de rendre l'âme, le professeur Maison a le temps de révéler à Jérôme que l'assassin est l'un de ses élèves.
Le jeune enquêteur va donc terminer ses études en se frottant à un cas bien réel.
C'est en 1985 que débute cette série, publiée chez Dupuis. C'est Alain Dodier qui en est le dessinateur, il se chargera par la suite également du scénario, les premiers tomes étant écrits par Pierre Makyo et Serge Le Tendre.
Cette entrée en matière pose les bases d'un univers réaliste, abordant parfois des thématiques fortes (l'esclavagisme par exemple, avec le vingt-cinquième et dernier album en date) ou des éléments historiques (l'assassinat de JFK, la deuxième guerre mondiale...). Le ton reste cependant clairement grand public, avec un personnage principal quelque peu maladroit et un humour souvent présent, que ce soit dans le texte ("encore une nuit difficile... je n'avais dormi que dix heures.") ou les situations.
Outre les enquêtes, l'on peut suivre l'évolution des personnages principaux, et notamment la relation sentimentale qui débute ici (de manière certes très platonique) entre Jérôme et Babette, une jolie hôtesse de l'air qui ne rechigne pas à aider le jeune homme dans
certaines affaires.La plus grande originalité vient probablement du traitement du personnage principal qui, bien qu'habillé comme Bogart, avec chapeau, trench-coat et clope au bec, est loin de l'image classique du privé endurci et hardboiled. Gourmand, naïf, parfois gaffeur et tête en l'air, claustrophobe, ayant peur du noir, Bloche est finalement très humain et ne doit ses succès qu'à sa persévérance, son courage et un certain flair tout de même.
Graphiquement, le style de Dodier fait des merveilles. Les décors sont souvent superbes, les scènes d'action dynamiques, les visages expressifs et différenciés, les plans parfois inventifs, comme cette scène où, alors que Jérôme s'est réfugié dans un ancien manège qu'il aimait fréquenter enfant, c'est dans les reflets d'une flaque d'eau qu'on le voit discuter avec le propriétaire (pas seulement une coquetterie visuelle puisque cela rend aussi compte de son état d'esprit à ce moment-là).
La colorisation, par Cerise, est également très réussie et parvient à créer les atmosphères adéquates.
Allez, juste pour trouver un défaut, le lettrage est plutôt correct sauf en ce qui concerne les points des "i", qui ressemblent à des accents aigus. Pas de quoi se pisser dessus, OK, m'enfin, un point, ce n'est pas un trait.
Sensible, intelligente, drôle et agréablement amère parfois, voilà une série policière originale et bien menée, à conseiller absolument.
Les autres BD de la rubrique First Look :
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Publié le
17.7.17
Par
Nolt
Guerre uchronique et avions de légende sont au cœur de ce First Look consacré à l'album ouvrant la série Wunderwaffen.
Le premier tome de Wunderwaffen, intitulé Le Pilote du Diable, sort en 2012 chez Soleil. Le scénario est écrit par Richard D. Nolane (auteur également de Space Reich dans un genre similaire), les dessins sont de Maza.
Tout commence en août 1946, alors que les alliés ont connu plusieurs revers, dont l'échec du débarquement en Normandie le 6 juin 1944. Les scientifiques et ingénieurs du Reich ont mis au point de nouvelles armes dont le niveau technologique leur donne une supériorité tactique évidente.
C'est dans ce cadre qu'évolue le capitaine Walter Murnau, pilote chevronné aux commandes d'un Lippisch P13a. Mais dans l'Allemagne nazie, remporter des combats aériens ne suffit pas toujours pour rester à l'abri des foudres d'un Führer plus paranoïaque que jamais après un attentat lui ayant coûté un bras.
C'est en premier lieu l'aspect visuel, superbe, qui frappe le lecteur. Les avions sont magnifiquement représentés, les décors sont très beaux, les personnages historiques parfaitement reconnaissables. Si le novice pourra prendre au départ les avions à réaction présentés dans ces planches pour de pures inventions, les amateurs reconnaîtront sans problèmes les engins dessinés ici. Le niveau de documentation, indispensable pour ce genre de récit, est donc bon.
Niveau intrigue, nous sommes dans du géostratégique, c'est le destin de plusieurs nations qui se joue ici, ce qui relègue les protagonistes dans un rôle parfois minimaliste. Ainsi, Murnau, le personnage principal, n'est défini que par le fait qu'il est un excellent pilote et qu'il ne porte pas Hitler dans son cœur. Un peu léger. Tous les autres personnages
secondaires "non historiques" sont complètement lisses. Dommage, un peu de chaleur humaine aurait permis d'atteindre un niveau supplémentaire de dramatisation.Certains éléments sont néanmoins parfois un peu légers question vraisemblance. Les échanges radio par exemple ne respectent pas la phraséologie ni même une vague approximation ("on arrive" comme seul échange avec la tour lors d'une approche, c'est quand même un peu light). Au niveau du réalisme de vol, là aussi une scène un peu mal foutue où un bimoteur Focke-Wulf 189 semble plonger vers le sol parce qu'il perd un moteur. Il faut savoir que même si les deux venaient à s'arrêter au même moment, l'avion continuerait de planer si le pilote le laisse descendre légèrement [1]. Le fait d'atterrir sans moteur fait d'ailleurs partie de la formation initiale d'un pilote.
Dans le domaine stratégique, si l'on comprend fort bien que l'échec du débarquement ait pu porter un sérieux coup d'arrêt aux prétentions des alliés, l'on voit mal comment la simple mort de Joukov (et d'une partie de son état-major) pourrait justifier l'effondrement du rouleau-compresseur soviétique et le rétablissement allemand à l'Est.
Cette petite insuffisance explicative mise de côté, le récit, basé sur de nombreux éléments réels, parvient à convaincre. L'on retrouve bien sûr des noms très connus (Himmler, Churchill, De Gaulle, Goebbels...) mais aussi les fameuses armes miracles développées par les Allemands (qu'elles aient été réellement utilisées au combat ou qu'elles soient restées à l'état de prototype).
Il faut dire que les progrès stupéfiants de l'Allemagne dans tous les domaines techniques sont encore aujourd'hui une source d'émerveillement tant les technologies pouvaient passer pour de la pure science-fiction pour l'époque. Premier chasseur à réaction, premier bombardier à réaction, premier hélicoptère, premier fusil d'assaut, premier équipement de visée nocturne à infrarouge, sans compter des études
sur les premiers appareils à décollage vertical, ces engins tenaient effectivement du "merveilleux" (= wunder).Quelques pages en fin d'ouvrage reviennent d'ailleurs sur ces appareils parfois si exotiques (le Messerschmitt Me 163, un enfer à faire atterrir, le Lippisch à ailes delta, à l'aspect si futuriste encore aujourd'hui, l'aile volante Horten Ho-229, l'Arado ar 234...). Ce supplément évoque également l'enjeu majeur que représentait le vol de technologie après la défaite allemande (l'opération américaine Paperclip exfiltre des centaines de scientifiques, dont Wernher von Braun, qui sera l'artisan principal du programme spatial US) mais aussi les légendes et thèses complotistes qui fleurirent après la guerre (avec un extrait, relativement bien vu, du magazine français Top Secret, un torchon publiant un ramassis de conneries, allant des théories de la Terre plate à la mise en doute de l'existence des missions lunaires ou même des satellites).
Si la série en est déjà à son onzième tome (sorti le mois dernier), il faut également reconnaître que les auteurs ont tendance à diluer énormément une histoire qui aurait gagné à être plus dense. Notons également que des éléments plus SF/fantastique donnent à la suite une atmosphère quelque peu différente (qui peut aussi s'expliquer néanmoins par les recherches occultes de Himmler).
Un contexte historique passionnant, des engins volants fascinants, de superbes planches et un côté ésotérique et mystérieux parviennent à rendre ce titre addictif et agréable malgré quelques petits défauts et un souci de rythme sur la longueur.
Vivement conseillé aux passionnés d'aviation, d'Histoire et d'uchronie.
[1] Le rapport entre la hauteur de l'appareil et la distance qu'il peut parcourir après une panne moteur totale s'appelle la finesse. Contrairement à ce que l'on pourrait instinctivement penser, la plupart des gros avions de transport civils possèdent une très bonne finesse.
Les autres BD de la rubrique First Look :
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