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Pop Science #4 : La Gravité
Par
La Gravité

— Hey Virgul ! Alors, ça farte ?
— Miaaaaw ! Tu m’as réveillé en sursaut prof ! Et en plus, à cause de toi, j’ai chu.
— Tu as chaud ?
— Non, chu.
— Le personnage de Beyblade ?
— Mais non enfin, chu ! J’ai chu. De mon hamac. Koff, koff…
— Ah, du verbe choir.
— Koff, oui… argh…
— Tu t’étouffes, maintenant ?
— Non, koff… je dois déglutir une pelote de poils que j’ai débloquée grâce à toi. Enfin, à cause de la chute que tu as provoquée.
— Désolé, je n’ai pas fait exprès... Pour me faire pardonner, tu veux que je te donne deux ou trois explications ?
— Au point où j’en suis, je suppose que c’est râpé pour ma sieste de toute façon.
— Alors tout d'abord, il faut que je te dise que si tu avais été un éléphant ou une souris...
— Une souris ? Moi ? Ne sois pas insultant s’il te plait, je suis de la noble race des félins.
— C’est une supposition, ne te formalise pas.
— Admettons. Mais je n’aime pas bien ça.
— Bref, si tu avais été un éléphant donc, ou une… ou quelque chose de plus petit, eh bien tu aurais atteint la même vitesse au moment de l'impact. Peu importe ta masse.
— Ah ben ça me console bien de m’être fait mal au cul…
— Heu… oui, bon. Donc, la pelote de poils qui résidait dans tes entrailles seraient remontée en ressentant la même force fictive, peu importe ta masse. D'ailleurs c'est Galilée qui a mis ce fait étonnant en évidence en faisant rouler des boules de masse différentes sur un plan incliné.
— Force fictive, force fictive… mes fesses l’ont bien sentie, elles ! Et je croyais que cette expérience avait été réalisée en faisant tomber deux objets de masses différentes de la tour de Pise, en Italie.
— Non, ça c'est un peu fake, il l'a peut-être fait pour déconner ou assommer quelqu'un, mais en réalité, les mesures précises étaient effectuées en labo sur des plans inclinés !
— Si même à cette époque il y avait des fakes, on ne s’en sort plus…
— Je continue : si tu es dans l'espace et que tu tournes autour de la terre en effectuant une orbite circulaire, eh bien tu auras l'impression de flotter dans l'espace, et ton voisin aussi.
— J’aurais préféré flotter quand tu m’as réveillé, ça m’aurait évité la rencontre brutale avec le sol de ton labo.
— Quelle idée aussi d’installer un hamac ici, voyons !
— Hé, j’en ai besoin, je suis un chat évolué, moi. Je ne vais pas dormir dans un panier !
— En tout cas, si tu t’intéresses un peu à la gravité, j'ai fait quelques vidéos pour toi ! Celle-ci, toute simple, qui critique un peu le film Gravity en expliquant tout ce qui n'est pas réaliste scientifiquement. Et si tu es courageux, celle-ci, dans laquelle je détaille un peu plus les choses à l'aide de quelques équations.
— Bon, c'est parti ! Et si c'est trop compliqué, au moins ça m'aidera à me rendormir.


Pop Science #3 : Les Ressorts
Par
Les Ressorts

— Eh bien prof, qu'est-ce qui t'arrive ? Tu as l’air tout patraque.  
— Un peu las… les étudiants sont partis en vacances, les profs aussi... je reste seul pour garder la boutique...
— Quelle idée aussi de traîner toute l'année dans ce labo. M'étonne pas que tu manques de ressort. 
— Bah, il faut bien préparer la prochaine rentrée ! Écrire des articles, faire de la super science qui déchire et qui me mènera tout droit au pouvoir suprême et au contrôle absolu du monde entier grâce à la connaissance et au fruit de mes recherches ! Mouhahaha !
— Voilà qu'il délire maintenant…
— Oui, tu as raison, je suis à plat, je manque vraiment de ressort, comme tu dis… Au fait, puisqu’on dévie sur le sujet, sais-tu que lorsque j’étais un jeune et prude petit padawan, on m’a enseigné les ressorts justement ? Et je n’avais pas capté à l'époque pourquoi c’était à ce point fondamental !
— Tu me fais marcher ? Fondamental ? Je ne vois pas trop l’intérêt. À part peut-être pour faire des bonds, en se les mettant sous les pattes...
— Ça ne marche que dans les dessins animés ça. En fait, décrire mathématiquement un ressort a son importance car, dans notre réalité, beaucoup de phénomènes ont un comportement équivalent, donc comprendre ces ressorts, c’est mieux comprendre et décrire ces phénomènes. Imagine un truc fou : comment la lumière, ce photon quantique, est absorbé par une molécule. Eh bien ce phénomène peut se décrire en partie avec l’aide d’un ressort !
— Mouais, un peu compliqué, je pensais que tu avais besoin de repos, de faire le vide…
— Justement, en parlant de vide ! Tu sais qu’il ne l’est pas, en fait, vide. Le vide est quantique et est rempli d’une mer de particules virtuelles qui s’annihilent en permanence et se créaient en permanence.
— Tiens donc, des trucs qui apparaissent et disparaissent tout seuls. Comment on peut le savoir, d'abord ?
— En tentant des expériences. L'une d'entre elles consiste à placer deux plaques dans le vide et à les rapprocher. Passé une certaine distance, elles vont s’attirer ! Et ça, c’est dû à ce qui se passe dans le vide qui du coup… ne l’est pas.
— J’en reste sur mon séant ! Mais le lien avec les ressorts ?
— J’y viens ! Figure-toi que les objets mathématiques qui servent à décrire la façon dont ces particules se créent et s’annihilent ne sont que la description quantique des ressorts. On parle plutôt d’oscillateurs harmoniques pour faire pro.
— Mouais, ça fait surtout "nom à coucher dehors pour savant fou".
— C’est un peu abstrait, je te l'accorde. Je te propose de clarifier tout ça avec cette vidéo, tu verras ce sera un brin plus facile de comprendre l’intérêt de ces ressorts, car je ne t’ai pas tout dit…
— C’est parti, prof ! En route pour le mystérieux monde des ressorts ! Je n'aurais jamais imaginé dire ça un jour...


Pop Science #2 : La poussée d'Archimède
Par

La poussée d'Archimède

— ... et alors là, Penny offre une téquila sunrise à Léonard. Ce dernier, en bon physicien, ne peut s’empêcher de montrer à ses amis que le subtil spectacle qui s'offre aux yeux de tous a une explication toute simple dans le monde physique.
— Quel spectacle, prof ?
— Le fait que l'on observe un empilement de fluides colorés, de densité différente, dans un contenant cylindrique.
— Ah. Et c'est de la physique, ça ?
— Tout à fait ! En fait, il faut que je te parle un peu d'un certain Archimède, ainsi que d'une baignoire et d'un bateau, et avec tout ça tu vas comprendre pourquoi les fluides de couleurs différentes flottent les uns sur les autres.
— Bah, pourquoi pas... si ça nous permet de boire un verre.
— Je ne suis pas certain que la téquila soit bien recommandée pour les chats. Enfin, passons. Donc, commençons par cette phrase bien connue : "Tout corps plongé dans l'eau..."
— En ressort mouillé ?
— C'est pas faux, mais...
— C'est "mouillé" que tu ne comprends pas ??
— Non, j'ai parfaitement compris. C'est juste ta vanne qui me laisse pantois : tu es le huitième aujourd'hui à me la faire.
— Je ne pouvais pas passer à côté...
— Donc, en réalité, tout corps plongé dans l'eau subit une poussée dirigée vers le haut, que l'on nomme la poussée d'Archimède. C'est ce qui permet, entre autres choses, aux bateaux de flotter...
— Ça a l'air sympa, si on se faisait un petit cocktail pour vérifier ça ? J'ai soif de science tout à coup !
— Pour le cocktail, je n'ai rien sous la main, mais si tu veux en savoir plus, j'ai une petite vidéo de derrière les fagots.
— OK pour la vidéo, mais la prochaine fois, on devrait vraiment se procurer de la téquila... c'est important qu'on soit crédibles et qu'on puisse pico... heu... expérimenter !


L'effet Hawking
Par

[1]
Stephen William Hawking s’en est allé, le 14 mars dernier, au terme d’une vie bien remplie.
L’homme était un scientifique exceptionnel, dont la qualité des travaux, notamment sur la gravité quantique et les trous noirs, sont unanimement reconnus par la communauté scientifique.
Mais Hawking était plus que cela.
Il était un vulgarisateur.

Ce rôle est fondamental. Car Hawking ne s’est pas contenté de faire des recherches en s’enfermant dans la pourtant si enivrante course au savoir. Il fait partie de ces gens qui ont décidé d’expliquer ce qu’ils font. Ce qu’ils comprennent de l’univers.

Hawking était une passerelle. Et les passerelles sont d’autant plus précieuses qu’elles sont rares et relient des points éloignés. Il a permis à des gens, incapables de résoudre des équations complexes, de s’imaginer un peu ce que celles-ci signifiaient. Il a contribué, par son ouverture d’esprit et ses ouvrages, notamment Une Brève Histoire du Temps, à rendre le merveilleux accessible.
Car oui, la science, l’univers, la physique ont un côté merveilleux, magique et contre-instinctif qui fascine et surprend. Personne n’a besoin d’équations, si ce n’est quelques spécialistes. Mais tout le monde a besoin de réponses.
De réponses accessibles.

Cet homme fait partie de ces gens qui vous rendent meilleurs. Qui vous font sentir tout petit aussi, parce que le gars luttait contre une maladie de merde, qui l’a laissé paralysé et le condamnait. Malgré cela, le mec a obtenu un doctorat, s’est marié, a écrit des livres et publié des recherches impactant durablement le monde scientifique.
Le parcours de cet homme est proprement ahurissant. À côté de lui, Indiana Jones, Rambo et Luke Skywalker sont des petites choses fragiles.
En 1985, après une pneumonie qui le laisse encore plus handicapé, on propose à son épouse de le « débrancher ». Elle refuse.
Walt Waltosz, un informaticien américain, va alors construire un dispositif permettant à Hawking d’utiliser un ordinateur, ses propos étant relayés par un synthétiseur vocal.
La maladie progresse encore. Le mec tient.

En 2001, perdant l’usage de ses mains, c’est un système hallucinant, détectant les infimes contractions des muscles de sa joue, qui vont lui permettre de continuer à communiquer…
Cet Homme, et là, la majuscule s’impose, a continué, malgré son état, à écrire, donner des cours, et vivre, tout simplement.

Ce génie, enfermé dans un corps en ruine qui le lâchait peu à peu, a connu un destin tragique. Mais aussi merveilleux, dans le sens où tout le monde (ou presque) connait ce scientifique (et pas seulement à cause de The Big Bang Theory) et dans le sens où tout le monde peut apprendre de ce gamin anglais, né pendant la Deuxième Guerre mondiale.

L’effet Hawking, celui qui impacte bien au-delà du monde scientifique, c’est probablement cela. Un mélange de courage et d’abnégation, couplé à un désir de partager le savoir, de réenchanter le monde. De transmettre des clés. De tenir un rôle de passerelle branlante entre des gens et des sphères d’intérêt en apparence éloignés.
L’effet Hawking, c’est la croyance fondamentale que les Ténèbres ne sont que provisoires. Et que la lumière a ceci de bénéfique qu’elle éclaire tout le monde, sans distinction.

Par un hasard assez douloureux, nous avons lancé, sur UMAC, une rubrique de vulgarisation scientifique la veille de la mort de Stephen Hawking.
Bien que cette rubrique soit supervisée par Cédric, un véritable physicien, chercheur et enseignant, ayant lui aussi l’envie de transmettre, d’expliquer, d’émerveiller, nous n’avons évidemment pas la prétention d’égaler ce que les grands vulgarisateurs ont pu faire jusqu’ici. Nous essayons simplement, par fascination pour la science et ce qu’elle a de fantastique, de partager ce que nous savons. De faire reculer les ombres et l’ignorance. De susciter des vocations, pourquoi pas ?
Mais cette inspiration, cette passion, cette curiosité, nous les devons à de grands pionniers, et notamment à Stephen, qui restera à jamais un génie, un type inspirant et, en tout cas je le crois, ce qui se rapproche le plus de ce que l’on peut qualifier de super-héros. À cette différence près que lui n’a pas eu à combattre des super-vilains fictifs mais la froide saloperie du réel.


UMAC dédie respectueusement ce modeste article à la mémoire de Stephen William Hawking (1942-2018). 



[1] Crédit photo : David Montgomery
Pop science #1 : L'effet Doppler
Par

L'effet Doppler

— Alors Virgul, quoi de neuf aujourd'hui ?
— Je viens de regarder un épisode de The Big Bang Theory dans lequel les personnages se rendent à une fête costumée.
— C'était sympa ?
— Plutôt mais... je n'ai pas tout compris, professeur Feezhic. Pourquoi Sheldon est-il déguisé en zèbre ?
— Mais non, voyons. Sheldon n'est pas déguisé en zèbre mais en effet Doppler.
— En effet Doppler... heu... et c'est quoi ce truc, déjà ?
— Eh bien, c'est à cause de cet effet que l'on paie des amendes pour excès de vitesse, par exemple. Mais ça permet aussi de détecter des planètes extrasolaires (qui gravitent autour d'autres étoiles).
— Hmm... ça ne nous dit pas vraiment ce que c'est... Appelons un chat un chat !
— Bon, alors attention, voilà une définition un peu plus... gratinée : il s'agit de la perception du changement de fréquence d'un signal périodique à cause du mouvement relatif de l'objet émetteur par rapport à notre propre référentiel. Ah, ça en jette hein ?
— ...
— Ou, en langage profane : c'est le pimpon du camion de pompier qui devient plus aigu lorsqu'il se rapproche de nous, et plus grave lorsqu'il s'éloigne.
— Miaw ! Ce ne serait pas un peu plus clair avec une bonne vidéo ?
— Mais justement mon brave Virgul, je t'en ai concoctée une ici. Voilà qui devrait te permettre de briller lors de la prochaine réunion de la rédaction !


Pop Science
Par

Petite info, les matous, sur une nouvelle rubrique périodique à venir sur UMAC !

Est-ce que vous vous rappelez de vos cours de science physique au collège ?
C'était chiant, hein ?
Peut-être même que vous êtes actuellement scolarisé, auquel cas c'est encore plus chiant.
Eh bien, nous allons tenter de vous faire aborder la science autrement.

Pour cela, nous accueillons dans l'équipe Cédric, alias Feezhic, un physicien (un vrai, hein), enseignant et chercheur, mais aussi fan de science-fiction et vulgarisateur (jetez donc un œil à son profil dans la section Staff, ainsi qu'à sa chaîne youtube).

Les pastilles Pop Science vous feront découvrir la science dans ce qu'elle a de plus merveilleux et fascinant. Il y a aura des vidéos, des réponses que l'on espère simples à des questions compliquées, et, forcément, des références à la pop culture.

Et j'ai même le droit de jouer avec des tubes à essai !
Miaw !

Une intelligence pas si artificielle que ça
Par


Des scientifiques de Berkeley (université de Californie) ont mis ce mois une vidéo en ligne présentant leur création (une IA) en train de jouer à Mario Bros ou d’explorer le dédale de couloirs de Doom. Et mine de rien, c’est… ahurissant.

Alors, ahurissant, pas au niveau des prouesses de « gaming », comme on va le voir, mais déjà par rapport à la motivation de cette IA. En effet, qu’une intelligence artificielle puisse jouer à un jeu n’a rien de bien nouveau, il suffit de créer un programme approprié et d’ordonner à l’IA d’essayer de gagner. Par cette méthode, certains jeux (une forme basique de Poker par exemple) ont même été « résolus », ce qui signifie que l’on a trouvé la manière idéale de jouer, quelle que soit la situation. Ici cependant, la création de Deepak Pathak, Pulkit Agrawal, Alexei A. Efros et Trevor Darrell, joue par… curiosité.
C’est cela qui est absolument stupéfiant. L’IA joue à Mario pour voir ce que peut bien être ce truc. Pas spécialement pour résoudre le jeu.

Bien entendu, l’IA a été programmée pour être « curieuse », grâce à un système de récompense (appelé ICM pour Intrinsic Curiosity Modul) [1]. Là, vous allez me dire « ah ben, du coup, c’est nul, ça n’a rien d’extraordinaire puisqu’on l’incite à jouer de manière détournée ». Et pourtant, ce n’est nullement de la « triche », puisque, en réalité, c’est exactement sur la même base que fonctionne le cerveau humain (et celui de tous les mammifères).
Sans aller trop loin dans l’aspect technique, disons que lorsque le centre du plaisir est activé dans le cerveau (par ce que l’on mange, par une activité sexuelle, etc.), nous sommes incités à répéter cette action. Ce qui est d’ailleurs indispensable (à sa propre survie en tant qu’individu et à la survie de l’espèce). Ce système de récompense est donc tout à fait courant et naturel. C'est comme ça que vous apprenez également et que votre curiosité est stimulée. 


Cette IA, encore maladroite, apprend donc de la même manière que n’importe quel être humain. Le simple fait d’arriver à recréer cela est énorme, sans doute plus encore sur le plan philosophique que technique. Nous ne sommes plus très loin (en comparaison de l’Histoire de l’humanité en tout cas) du moment où des problèmes éthiques majeurs vont se poser.
Car, si une IA fait la distinction entre récompense et punition (ces mêmes punitions qui servent également à nous structurer, comme la douleur, la peine, un goût désagréable…), alors nous ne sommes plus très loin d’une intelligence réelle. Avec ses propres choix, certes conditionnés mais pas plus que les nôtres, et sa propre réalité.

Il faut bien comprendre que cette réalité dont il est question est toujours relative mais que son importance n’en est pas moins grande pour autant. Si vous écrasez une fourmi en sortant de chez vous, vous ne le remarquerez sans doute pas. Et même si vous le remarquez, à moins d’être très sensible, vous n’éprouverez rien. Votre réalité n’est pas modifiée. Celle de la fourmi l’est par contre radicalement.
Si vous prenez votre véhicule et que vous écrasez par mégarde un chat, la réalité du chat est bouleversée, mais la vôtre (à moins d’être ce que l’on appelle vulgairement dans le jargon scientifique « un gros con ») est impactée aussi.
Pourquoi ? 
Pourquoi dans un cas la mort d’un animal vous indiffère-t-elle, alors que dans l’autre, elle vous touche ?
Parce que nous possédons une réalité partagée.
On se fout de la fourmi non parce que nous sommes insensibles, mais parce que la fourmi est trop éloignée de nous pour déclencher des émotions (sauf dans des cas très spécifiques, comme la fiction, cf. les romans de Werber).
Le chat, lui (les internautes en mal de vues le savent bien), déclenche automatiquement de la sympathie. Il est mignon, l’on est habitué à le voir, le caresser, le côtoyer. Lui aussi d’ailleurs a adopté son comportement à cause de l’humain et des avantages qu’il lui procure.


Autre exemple, très différent.
Imaginez un petit garçon ayant perdu sa maman très tôt, alors qu’il était tout petit. Il ne se souvient plus de son visage, il ne la reconnait même pas sur les rares photos qu’il possède. Elle lui manque, mais elle lui échappe. Il existe cependant un dessin, un autoportrait la représentant, qui le touche particulièrement. Parce qu’il pense, avec ses mots à lui bien entendu, que ce dessin, fait de sa main, représente parfaitement sa maman, ce qu’elle était, sa douceur, son talent. Alors, le petit garçon, en grandissant, fait très attention à ce dessin. Le papier est fragile, alors il l’abrite de la lumière, ne le sortant que de temps à autre, pour l’admirer quand il en ressent le besoin, prenant garde à ce que rien ne puisse le tacher ou l’écorner. Le manipulant avec un soin infini.
Alors qu’il devient un adolescent intelligent et sympathique, qu’il éprouve ses premiers sentiments amoureux, il en vient parfois, en cachette, à sortir le beau portrait de sa pochette, comme pour se rassurer. Mais aussi confier à sa maman tout ce qui le touche, le peine, le rend joyeux. Parfois, rien qu’en voyant les traits fins dessinant de petites ridules autour du regard clair de sa mère, le garçon a l’impression qu’elle lui sourit. Qu’elle comprend. Et alors il est heureux.
Et puis un jour, son père rentre dans sa chambre, il le voit encore en train de rien foutre, ou plutôt de fixer cette saleté de dessin comme un benêt, alors il s'en saisit et le déchire en morceaux. Hop, poubelle, fini le dessin !

Fin de l'anecdote. Que ressentez-vous ?
Normalement, à moins que ma description ait été particulièrement maladroite, vous ressentez au minimum une forme de colère pour ce père abject. Pourquoi ?
Parce qu’il a fait du mal à ce petit garçon.
Faux, il ne lui a rien fait, en réalité, il a juste déchiré un dessin.
Mais un dessin important quand même…
Oh, faux encore, le type n’existe pas, le dessin non plus. Ce sont juste des mots.
Pourtant, diriez-vous que ce petit récit basique et improvisé vous a plus touché que la mort réelle d’une fourmi ? Sans doute que oui.
Parce que la réalité décrite est la vôtre. Vous avez eu une mère (ou avez ressenti le manque d’une mère), vous possédez des objets auxquels vous tenez, tout cela est familier. Ça tape là où ça fait mal. Vous éprouvez plus d'émotion pour un truc inventé qui correspond à votre réalité que pour une véritable forme de vie dont vous n'avez rien à battre. 

OK, je me doute qu'à ce stade, certains se disent « mais, on était parti sur de l’IA, qu’est-ce qu’il vient nous emmerder avec ces histoires de chats, de fourmis et de portraits à la con ? ».
J’y viens, ô noble lecteur casse-couille.
Ce que l’on considère comme important, important au point de légiférer parfois dessus (contre la maltraitance animale par exemple), n’est pas lié aux compétences intellectuelles ou même à l’état organique. C’est lié à l’affect que l’on met dessus (ainsi, certains symboles, comme la swastika, seulement un dessin après tout, sont illégaux). La perception du réel va compter plus que le réel, si tant est que l'on parvienne à le définir. 


Pendant cette expérience, Pathak et ses collègues se sont rendu compte par exemple que l’IA faisait demi-tour dans certains niveaux de Mario. Parce qu’elle se rendait compte de la difficulté du binz et semblait avoir peur de… perdre son personnage. Elle n’avait pas peur de perdre dans le jeu (car ne pas avancer constitue de toute façon un échec), elle avait peur de perdre le petit bonhomme qu’elle manipulait et souhaitait apparemment lui éviter le pire.
Je ne sais si c’est vrai, si on peut l’interpréter ainsi, mais si c’est le cas, c’est un comportement touchant, faisant partie d’un réel partagé, que l’on comprend.  
Et si ce réel est partagé, alors nous nous soucierons de ces IA, même si elles n'ont pas de forme humaine (comme dans l'excellente série Real Humans où l'empathie est renforcée par l'aspect physique). Parce que ne pas s'en soucier serait, de notre point de vue, atroce. Non pour elles, mais pour nous. Nous nous pensons si valeureux qu'il nous serait insupportable d'admettre notre froideur à l'égard d'une forme d'intelligence, alors que ce que nous préservons, par principe, ce n'est pas l'autre, ce sont nos affects. 
Le sentiment chevaleresque n'a d'autre but que de préserver l'image que l'on a de soi, et non l'intégrité d'autrui. 

Il existe bien des fantasmes sur l’intelligence artificielle, ses dangers supposés, les évolutions futures possibles. Que ce soit dans 2001, A Space Odyssey ou Matrix au cinéma, ou le plus anecdotique La Semence du Démon en roman, l’IA est souvent présentée comme potentiellement violente, insensible, terrifiante. Et même s’il y a bien eu des tentatives pour la rendre humaine (il faut alors aller chercher du côté d’Asimov ou Aldiss), elle restait, il faut le reconnaître, très hypothétique quant à sa réelle capacité à « ressentir ».  
Eh bien, en 2017, une IA qui jouait à Mario a fait faire demi-tour à son perso parce qu’elle ne voulait pas qu’il tombe dans un précipice. Ça me rend à la fois plein d’espoir pour le futur des IA et plein d’amertume pour le comportement de l’Homme.
Bien entendu, si l’on ne prend pas le temps d’analyser un peu la chose, ça peut sembler stupide. Mario n’est qu’un amas de pixels.
Une fourmi informatique à l’échelle de l’IA. Mais elle l’a épargné. Elle a éprouvé une forme d'inquiétude pour lui. Elle ne s'est pas dit "bah, je vais le précipiter dans la merde pour voir ce que ça fait", elle s'est dit "hey, attention, c'est dangereux, il vaut mieux pas y aller".
Et ça, non seulement c'est carrément intelligent, mais c'est incroyablement pas humain !

Nous, la première fois que nous avons joué à un jeu vidéo, nous avons cherché à gagner, sans nous poser de questions. On a même bien aimé voir les persos crever de mille manières (je ne reviens pas sur le côté jouissif d'un Barbarian). 
Une IA vient d’avoir un comportement plus éthique, sensible et prudent que celui d’un être humain à un stade de développement pourtant supérieur.
C’est à la fois merveilleux et infiniment triste.
Ça valait bien un article en tout cas.


[1] cf. le site résumant l'expérience, voire celui, plus costaud, développant le principe ICM.


Comprendre le Big Bang
Par
Nous nous plongeons aujourd'hui loin, très loin dans le passé de notre univers avec un ouvrage de la série 3 minutes pour comprendre consacré à la grande théorie du Big Bang.

Quand les frères Bogdanov ne font pas les guignols à la télé, il leur arrive d'écrire de passionnants ouvrages de vulgarisation. Celui-ci, bien que s'intéressant en apparence à un sujet bien délimité, va en réalité couvrir de vastes domaines et donner de nombreuses pistes d'approfondissement pour les plus curieux.
Le livre, d'un peu plus de 180 pages, ne se lit évidemment pas en trois minutes, le titre fait référence à son découpage particulier, permettant une grande clarté et facilitant la compréhension de chaque notion. Tous les thèmes sont en effet abordés sur une double page, avec d'un côté l'explication thématique (sur Hubble et la fuite des galaxies, la conjecture de Poincaré, les corps noirs, le boson de Higgs...) et de l'autre diverses illustrations, schémas et précisions.
En trois minutes, l'on peut donc saisir l'essentiel d'une théorie ou d'une notion particulière. L'approche reste généraliste et succincte mais donne une belle vision d'ensemble du sujet qui nous intéresse, le Big Bang.

Les auteurs commencent très logiquement par les conceptions antiques de l'univers, parfois surprenantes par leur justesse au regard des avancées actuelles. Ainsi Pythagore (le mec qui vous a tant emmerdé au bahut avec son fichu théorème) est convaincu que "tout est nombre" et que l'univers a donc nécessairement eu un "début". Il s'inspire notamment de certains sages qui, 1000 ans avant lui, parlaient déjà d'œuf cosmique pour désigner le point d'origine de l'univers.
Plus tard, Platon lui-même va sentir d'instinct [1] que l'univers est né d'un chaos primordial, que le cosmos provient d'une source qu'il appelle "le monde des idées".
Malheureusement, c'est la conception d'Aristote, d'un univers figé et éternel, qui va l'emporter et s'imposer pour longtemps...

L'on fait un bond ensuite jusqu'à Galilée qui considère que l'univers est mathématique et a forcément un "commencement", tout comme la suite des nombres. Les découvertes majeures se bousculent alors (et font donc l'objet de chapitres thématiques) : Romer, en 1676, qui démontre par l'observation astronomique que la vitesse de la lumière n'est pas infinie [2], Newton qui passe à un cheveu de devenir le père de la théorie du Big Bang, Leibniz qui évoque des lois physiques mais aussi métaphysiques et part du calcul binaire pour concevoir une émergence de la réalité à partir du néant primordial... les avancées sont incroyables, les idées stupéfiantes, le génie de ces hommes indéniable.

Certaines réflexions, pourtant très simples, plaident en faveur d'un univers n'étant pas infini et ayant donc une origine. Notamment le paradoxe de la nuit noire. Cela peut sembler étonnant mais le fait que le ciel nocturne soit sombre et non d'un blanc argenté uniforme démontre clairement que l'univers n'est pas infini, puisque dans un tel cas, des étoiles au nombre infini émanerait une lumière éternelle recouvrant l'intégralité des cieux.
Certains chapitres sont ainsi plus proches du jeu intellectuel que du traité d'astrophysique, abscons et ardu. L'on surfe sur les idées avec aisance et un plaisir réel.

La période moderne est tout aussi excitante sinon plus. Hubble révolutionne l'astrophysique dans les années 1920 en parlant d'univers-îles et en imposant l'idée que la Voie Lactée n'est pas la seule galaxie de l'univers. Gödel et son théorème d'incomplétude [3] font également pencher la balance en faveur de ce Big Bang si décrié. Son nom vient d'ailleurs d'une moquerie de Sir Fred Hoyle qui, en 1949, à la radio, va parler de Big Bang de manière ironique. Ainsi, le nom qui passera à la postérité et désignera la théorie provient d'un de ses plus ardents adversaires.


L'on voit qu'à travers ce livre, l'on aborde une partie de l'Histoire de la science (il sera même question de la Cosmologie Glaciale du Troisième Reich). Mais ce n'est pas tout, des données essentielles (sur lesquelles l'on pourra méditer longuement) sont livrées, les théories les plus récentes sont abordées, même les hypothèses sur l'avenir lointain de l'univers sont décrites.
Voyons un peu ces chiffres justement, qui donnent le tournis et échappent totalement à nos efforts de représentation de part leur nature si profondément éloignée du champ humain. Remontons le temps en nous rapprochant de ce fameux Big Bang, l'univers est de plus en plus jeune, de plus en plus ramassé et dense. À un cent millionième de milliardième de milliardième de milliardième de seconde après le Big Bang, l'univers, replié sur lui-même, a une température de 10 milliards de milliards de milliards de degrés. Cette minuscule étincelle de réalité au milieu du néant atteint la densité stupéfiante d'un milliard de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de tonnes par... millimètre cube !! 

Outre ces chiffres qui laissent rêveurs, les auteurs abordent la théorie des cordes, le temps imaginaire (qui est bien réel contrairement à ce que son nom laisse penser), les univers parallèles, les singularités et, entre autres, la probable fin de l'univers et la théorie du Big Freeze. Cette fin, lointaine, est si magique, si empreinte de poésie, de merveilleux et de terreur, qu'il est impossible de ne pas être ébranlé par sa description.
Pendant encore 800 milliards d'années (je rappelle que l'âge actuel de l'univers est estimé à un peu moins de 14 milliards d'années), les étoiles continuent à se former. Dans 5000 milliards d'années environ, elles perdent peu à peu leur énergie et disparaissent. Tout se délite, galaxies, planètes, atomes, il ne reste que les trous noirs qui, eux, vont mettre très, très longtemps avant de s'évaporer à leur tour. Cette évaporation ne commencera probablement que dans... cent milliards de milliards d'années pour les trous noirs les moins massifs. Et elle pourrait durer, accrochez-vous, plus d'un milliard de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards d'années. Cette durée quasiment infinie à notre échelle a pourtant une fin. Cela sera long, mais cela viendra.

Nous sommes maintenant si loin dans le futur que plus rien n'existe. Les derniers trous noirs se sont totalement évaporés. Il ne reste qu'un néant noir et glacé, sans matière, sans énergie. Le temps, privé de ses vecteurs (d'évènements pour marquer son passage) disparait à son tour. Le Tout est revenu à son état initial : l'information.
Ce dernier terme possède deux sens bien distincts et complémentaires. D'une part l'information au sens mathématique et binaire, permettant l'agencement de la matière (les réglages de notre univers sont précis au-delà du milliardième de milliardième de milliardième de milliardième, sans cette précision, la vie n'apparait pas), d'autre part l'in-formation au sens strict, signifiant l'absence de "forme".
Physique et métaphysique se rejoignent, la boucle est bouclée.

Inutile de dire que je conseille cet ouvrage avec enthousiasme en sautillant, en chantant, en allumant des feux d'artifice, bref, en tentant d'attirer votre attention sur ses nombreuses qualités.
Simple, très bien conçu, passionnant, richement illustré, très accessible, il permet non seulement de comprendre l'origine [4] de l'univers mais aussi d'aborder une foule de personnages illustres et un grand nombre de notions fondamentales que chacun pourra approfondir selon ses envies.
Si l'on est un tant soit peu intéressé par l'astrophysique, la cosmologie et la science en général, ce livre, certes très condensé, constitue l'initiation idéale.
Pour forger une passion, il faut en général trouver la bonne manière d'intéresser, de présenter les choses. Cela ne se fait pas à coups d'équations et de calculs mais d'idées et de rêves. La plus grande qualité de ce livre, en plus de son aspect didactique, vient du fait qu'il se base sur le merveilleux de la science, sur ce qu'impliquent les avancées et les théories les plus époustouflantes.
Et contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'ouvrage démontre aussi que scientifiques et auteurs fonctionnent avec le même moteur, fait de songes, de fantastique et de pensées en dehors des normes.

Ceux qui rêvent éveillés ont conscience de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent qu'endormis.
Edgar Poe




[1] Il est stupéfiant de constater à quel point philosophes et écrivains ont pu, au cours du temps, imaginer des concepts se révélant au final très proches de ce que la science admet aujourd'hui. Saint Augustin va ainsi écrire, vers l'an 400 de notre ère, que l'univers "n'est pas né dans le temps mais avec le temps", ce qui préfigure d'une manière étonnante la conception moderne de naissance de l'espace-temps.
[2] À l'époque, l'idée communément acceptée veut que la lumière atteigne instantanément n'importe quel point, ce qui suppose donc que sa vitesse soit infinie.
[3] Einstein, extrêmement réticent à l'idée d'un début de l'univers, finira par être convaincu par Gödel.
[4] Il s'agit bien entendu d'une origine relative à notre échelle et non absolue, celle-ci étant par nature acausale, donc sans "origine".


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un chapitrage très bien conçu.
  • Textes clairs et bien écrits.
  • Nombreux schémas et illustrations.
  • Des thématiques multiples d'une grande richesse.
  • Se lit aussi comme un condensé historique de la représentation du monde.
  • Présence de lexiques thématiques.
  • Un CD est fourni avec l'ouvrage. 
  • Que dalle.
Chroniques des Classiques : Flatland
Par



Un monde en deux dimensions dont les héros sont des figures géométriques, voilà l'étrange postulat de Flatland.

Cette nouvelle, écrite par Edwin Abbott Abbott, date de 1884 et était très en avance sur son époque puisqu'elle est considérée comme une allégorie suggérant l'existence de dimensions spatiales supérieures mais indécelables pour l'œil humain, idée que l'on retrouve notamment dans la théorie des cordes, qui admet (suivant les versions) dix voire onze dimensions.

Le narrateur est un carré qui commence par présenter son monde, Flatland. Celui-ci est composé de deux dimensions spatiales (d'où le nom) et peuplé par d'étranges créatures, organisées en castes. Au bas de l'échelle, les Isocèles, des triangles ayant deux côté égaux. Pourvus d'un dangereux angle aigu, ce sont des soldats efficaces. Viennent ensuite les Triangles comprenant trois côtés égaux, bien mieux vus dans cette société où la régularité de la configuration est signe d'orthodoxie. En continuant à progresser dans l'échelle sociale, l'on trouve ensuite les Carrés, Pentagones, Hexagones, jusqu'au Polygones aux côtés si nombreux et petits qu'ils s'approchent de la perfection : le Cercle.
Les figures irrégulières sont vouées à la destruction alors que les femmes, elles, sont des lignes droites, dépourvues d'intelligence mais très dangereuses à cause de leur "aiguillon" et de la difficulté que l'on éprouve à les repérer.

En effet, dans un monde en deux dimensions, les habitants ne se voient pas comme les figures décrites plus haut mais comme des lignes droites. N'importe quel individu, placé devant un carré, un triangle ou un pentagone, verra en réalité une ligne. Parfois même simplement un point s'il s'agit d'une femelle vue de face ou de dos. Cela entraîne des lois particulières (les maisons comportent toujours des entrées séparées pour les femmes) et le développement de certains sens, comme le toucher.
Un jour, alors que notre brave carré est tranquillement chez lui, il est stupéfait devant une étrange apparition : une ligne, qu'il va prendre pour un cercle, s'est matérialisée au beau milieu du salon, changeant de forme et s'adressant à lui. En fait, il s'agit d'une Sphère, venue de Spaceland, la dimension supérieure.
Pour le carré, c'est le début de la fin...

Si au premier abord l'on peut se dire qu'en 1884, les auteurs fumaient déjà des trucs bizarres, ce court récit recèle de grandes qualités et permet d'attirer notre attention sur notre représentation du monde et nos a priori.
Outre Flatland, déjà bien bizarre en soi, le lecteur aura l'occasion de découvrir Lineland, un univers encore plus étriqué. L'auteur évoque aussi un univers réduit à un point ou, à l'inverse, un univers doté de quatre dimensions, voire plus encore. Malgré sa brièveté, le texte parvient à toucher à la fois à la satire politique, à la vulgarisation scientifique et à l'allégorie religieuse, le tout avec cette touche de fantastique qui rend l'ensemble digeste.

Évidemment, il s'agit là d'une fiction très particulière, qui peut dérouter mais se révèle originale au point de bouleverser nos conceptions les plus basiques. En cela, l'auteur fait montre d'une capacité créatrice et imaginative assez exceptionnelle. Prisonniers de nos perceptions, il n'est jamais aisé d'en saisir les limites. Certaines lois de la nature liées à l'infiniment petit ou l'infiniment grand sont parfois difficilement compréhensibles pour l'esprit humain, formaté par l'habitude d'une échelle adaptée à ses sens. Abbott parvient en quelque sorte à nous ouvrir les portes de la perception, et ce sans l'emploi de produits psychotropes, simplement à l'aide de quelques mots et d'une surface plane.
Un véritable exploit, malheureusement bien trop bref. Un roman prenant le temps de développer une intrigue plus vaste aurait été le bienvenu.
Pour l'anecdote, signalons qu'il existe des adaptations en animation et que Flatland est cité dans The Big Bang Theory par Sheldon Cooper, qui avoue s'y réfugier parfois.

À lire, d'autant que le texte, libre de droits, est disponible gratuitement sur le net, en pdf ou au format Kindle.



Découvrir d'autres classiques : Des Fleurs pour Algernon / Ubik / 1984 Le Maître du Haut Château / Sa Majesté des Mouches


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une manière de penser différente, qui peut être vue comme une introduction à la pensée scientifique ou même à la philosophie.
  • Original.
  • Amusant et parfois acide en ce qui concerne la description de la société et des mœurs.
  • Gratuit.
  • Trop court en comparaison de la richesse du monde décrit et de l'intérêt du propos.
La Boucle Temporelle Ultime ?
Par

Un excellent film nous donne l'occasion d'aborder le passionnant sujet du paradoxe temporel, ici poussé dans ses dernières limites.

C'est une nouvelle, parue en 1959, qui est à la base du récit qui nous intéresse aujourd'hui. All you zombies, écrit pas Robert Heinlein, s'intéresse en effet au voyage dans le temps et aux possibles paradoxes qu'il peut engendrer. En 2014, les frères Spierig donnent leur interprétation de cette histoire avec Predestination, un film qui va sortir... directement en DVD. Piètre destin pour un long-métrage qui n'est pas sans défauts mais s'avère tout de même touchant et très agréable à suivre.

Étrange tout de même que certaines pépites ne passent pas du tout par la case cinéma. L'on avait déjà pu le constater avec Defendor, l'on peut dénicher de pures merveilles dans les "direct-to-DVD". Non seulement Predestination en fait partie, mais ce film nous permet de corriger certaines idées reçues sur ce qui peut nous sembler "logique" ou pas.

Voyons le début de l'histoire, sans spoilers.
Jane est un bébé abandonné près d'un orphelinat. En grandissant, la jeune fille, gauche et dotée d'un visage ingrat, fait l'objet de railleries et se retrouve isolée. Néanmoins, sa force physique, son intelligence au-dessus de la moyenne et son caractère bien trempé lui permettent de surmonter les épreuves de ses jeunes années. Un beau jour, remarquée grâce à ses capacités exceptionnelles, elle passe des tests dans une agence spatiale. Cette dernière recrute en effet des jeunes femmes pour satisfaire certains "besoins" des astronautes restant longtemps en mission. Malheureusement, après une bagarre, Jane, pourtant bien partie pour réaliser son rêve de s'envoler pour l'espace, est disqualifiée.
Contrainte de prendre un emploi peu satisfaisant, elle semble se résigner à sa solitude lorsqu'elle fait la rencontre d'un beau jeune homme qui, enfin, s'intéresse à elle. En la mettant enceinte puis en disparaissant sans laisser de traces, le bel inconnu va briser le cœur de Jane...


Attention, si vous n'avez ni lu la nouvelle ni vu le film, à partir de maintenant, ce qui suit dévoilera l'intrigue dans son intégralité. Si le pitch vous donne envie d'aller plus loin, je vous conseille de voir plutôt le film, bien plus abouti.

Passons maintenant aux choses sérieuses !
Alors, il est rare que j'en vienne à conseiller un film plutôt que le roman ou la nouvelle dont il est tiré, en général parce que la version filmé d'un récit est souvent moins riche ou passe sous silence certains pans importants du récit. Ici, c'est très différent, la nouvelle d'Heinlein étant totalement dénuée d'émotion (et bien trop courte pour une telle histoire), Predestination est le meilleur choix possible.
Par contre, l'un des défauts du film concerne son côté prévisible.

En fait, All you zombies aurait pu, aurait dû, devenir un roman, seul moyen de masquer certains éléments importants qui sont trop téléphonés sur écran. Car le sujet est bouleversant et contient un paradoxe fascinant et un drame humain absolument terrifiant.
Vous connaissez certainement le fameux paradoxe du grand-père ? Si je remonte le temps et que je bute mon papy, comment suis-je né pour pouvoir le buter ? Eh bien ce n'est vraiment rien à côté de l'idée d'Heinlein, magnifiée par les Spierig.


Penchons-nous tout d'abord sur les manières de régler ces fameux paradoxes en apparence insolubles. Il existe deux grandes "écoles", celle des lignes temporelles et celle des boucles acausales. Le système de lignes est relativement simple à comprendre. Si je remonte le temps et que je tue Staline bébé (ou Calogero, j'hésite), je ne change rien à ma propre ligne temporelle, j'en crée une nouvelle dans laquelle Staline n'existera pas. Chaque changement, même minime, entraîne un nouvel univers parallèle. Cette hypothèse n'est pas seulement qu'un délire d'auteur, dès 1957, le physicien américain Hugh Everett évoque la possibilité de l'existence d'univers parallèles, ce qui résoudrait certains problèmes liés à la mécanique quantique et soulevés à l'époque par Einstein, Podolsky et Rosen (sous le nom de paradoxe EPR) [1].

La deuxième manière de résoudre les paradoxes temporels, celle qui nous intéresse ici, est constituée de boucles. Elle est un peu plus difficile à imaginer (pas à comprendre, juste à imaginer comme étant possible).
Cette fois, il n'y a donc qu'une réalité, il faut donc expliquer tout ce qui s'y passe sans avoir recours à d'autres lignes. Imaginons que j'aille dans le passé pour sauver l'inventeur de la machine à remonter le temps, destiné autrement à se faire écraser par un bus. Sans moi, il ne peut inventer la machine et je ne peux aller le sauver. Mais puisqu'il n'a encore rien inventé quand le bus est censé le percuter, comment puis-je débouler pour le sauver ?
Eh bien grâce à une boucle acausale. Dans cette hypothèse, tous les éléments sont liés, les causes et les effets se confondent, il n'y a pas de présent car tout se déroule de tout temps, ou plutôt en dehors du temps. Là encore, ça peut sembler tiré par les cheveux, mais l'aspect relatif et fluctuant du temps permet ce genre de pirouettes. Certains parlent parfois de "rétro-causalité", mais mettre simplement le principe de causalité de côté me semble une meilleure approche.


Revenons maintenant au film et à l'incroyable idée qui le sous-tend.
La pauvre Jane, que nous avions laissée enceinte il y a quelques paragraphes, va accoucher. À cette occasion, les médecins lui apprennent qu'elle est née avec deux appareils génitaux et qu'ils ont réussi à la reconstruire en faisant d'elle un homme. Coup dur pour la jeune femme, avec en plus une annonce faite par un médecin qui a la délicatesse et le tact de Joey Starr.
Elle n'est pas au bout de ses peines car peu de temps après, son bébé est enlevé par un inconnu.
Ah ben, orpheline, mère célibataire (dans les années 60, c'était très mal vu), transsexuel, puis victime d'un enlèvement d'enfant, faut avouer que la miss traverse ce que l'on pourrait appeler une mauvaise passe. Le genre à acheter un billet pour le Hindenburg ou le Titanic.
Bref, plusieurs années passent et Jane se retrouve dans un bar, à dévoiler son histoire au gentil barman local. Ce dernier se révèle être en fait une sorte de flic travaillant pour une agence temporelle. Pour tenter de la recruter, il promet de lui livrer le type qui la mise enceinte et qu'elle hait tout particulièrement (ayant eu une enfance sans parents, elle s'était promis de donner à ses futurs enfants une famille modèle). Arrivée dans le passé, là où elle rencontre le fameux malotru, elle se rend compte que... c'est elle. Ou plutôt, lui (puisque c'est devenu un homme suite à son accouchement). C'est lui qui se rencontre, en homme, et se met enceinte.
Ah, déjà, ça déboite un peu. Mais c'est pas fini. Le barman, c'est lui aussi, des années plus tard. Et le bébé, c'est également lui/elle. Le barman kidnappant le bébé pour aller le déposer en 1945, près d'un orphelinat. Ce qui permet à la petite Jane d'évoluer jusqu'à avoir envie de virées spatiales, etc.
Je vous laisse digérer ça et on tente d'analyser le binz. ;o)


Bon, l'une des grosses critiques faites (un peu rapidement) au film, c'est qu'il n'est pas "logique". Et c'est vrai, il ne suit pas notre logique humaine, tout comme 99 % de l'univers.
Est-il logique qu'un neutron puisse être à deux endroits à la fois ? Est-il logique que le temps soit relatif et non pas absolu ? Est-il logique que la vitesse d'éloignement des galaxies augmente comme on l'a découvert il y a quelques années ? Non, rien de tout cela ne l'est. Et pas la peine d'aller si loin pour toucher du doigt la réalité très fantasque de notre univers, si vous avez déjà mangé des œufs, alors vous êtes en plein paradoxe. Connu, certes, mais trop souvent minimisé.
En effet, pour faire un œuf, il faut une poule. Mais pour faire une poule, il faut un œuf. Si je suis logique, j'en tire la conclusion que les omelettes n'existent pas. Pourtant, il m'est arrivé d'en goûter. Des plus ou moins bonnes, mais toutes à base d'œufs illogiques et paradoxaux.

Laissons un peu tranquille les volailles et revenons sur ce principe d'acausalité. Les causes et les effets sont des créations humaines très pratiques à notre échelle mais qui n'ont aucunement valeur d'absolus. L'existence même de l'univers, que son explication soit un Big Bang ou un facétieux Wotan, reste acausale, car au bout du bout, il y aura toujours une explication qui ne pourra s'expliquer que par elle-même. Et si le Big Bang est créé par une percussion de branes, qu'est-ce qui crée les branes, etc. C'est sans fin.
Si vous avez un jugement critique sévère sur Predestination parce que vous pensez qu'il est impossible de s'enfanter soi-même, alors vous n'avez rien à faire là. Pas sur ce site, mais dans cet univers. Car il est tout aussi radicalement acausal que Jane/John. Et si ce monde existe, avec son lot d'omelettes et de montres folles, alors l'existence fictionnelle de ce personnage ne pose absolument aucun problème.


Ce que les scénaristes (les mêmes frangins qui sont à la réalisation) ont réussi à aborder ici, ce n'est pas tant le paradoxe en lui-même que son horreur à échelle humaine. Comme on l'a déjà dit, le film contient des scènes un peu téléphonées, où le spectateur avisé n'aura guère de mal à comprendre que si l'on ne voit pas un personnage, c'est qu'il est forcément important, et donc, avec ce thème, qu'il est un double du personnage principal. Mais regarde-t-on un film seulement pour être surpris par sa révélation finale ?
Predestination n'est pas surprenant, je l'accorde bien volontiers, mais ce film est bigrement intelligent et émouvant. Le personnage de Jane est patiemment construit et ce qui lui arrive n'en est que plus épouvantable. Et puis, quelle incroyable manière de nous interroger sur ce que nous sommes, sur l'importance de nos géniteurs, sur nos failles aussi ?

Le personnage principal de ce récit est son propre père, sa propre mère et son propre fils.
C'est à la fois... fou, merveilleux et tragique. Les interprétations que donnent les frères Spierig de la nouvelle de Heinlein sont multiples. L'on peut se triturer les méninges avec le paradoxe temporel et l'apparente linéarité du temps, mais l'on peut tout aussi bien tomber dans le versant humain du récit et goûter à la profonde solitude de l'héroïne, qui n'est brisée que par... elle-même.
Les derniers mots de la nouvelle sont d'ailleurs à ce sujet explicites : "Vous n'êtes pas vraiment là. Il n'y a personne d'autre que moi, Jane, toute seule dans le noir. Vous me manquez terriblement."
Rien de plus cruellement vrai car, pour chacun de nous, le film se déroule de notre point de vue, les autres ne sont que des figurants.
Nous sommes autocontenus, autocentrés, seuls, prisonniers d'une psyché qui donne accès à la conscience mais invente dans un même élan les premières barrières et les limites d'un Moi aussi violent que pathétique. Nous sommes seuls parmi la multitude. Et cette métaphore qu'est Predestination est sans doute l'une des plus exactes et subtiles.

Une sortie directement en vidéo ? Putain, Predestination devrait être projeté dans les écoles !
C'est une leçon de science et une leçon d'humanité.
C'est aussi une belle histoire.
Dure, oui, mais sans doute plus douce que la glaciale absurdité du réel.


[1] La NASA essaie toujours actuellement de prouver l'existence d'univers parallèles, notamment grâce au spectromètre magnétique Alpha-2, installé dans la Station Spatiale Internationale.


COMETA : de l'ironie à la recherche de la vérité
Par

En 1999, l'association COMETA, ayant pour but de sensibiliser les pouvoirs publics aux phénomènes aérospatiaux non-identifiés (PAN), remet aux plus hautes autorités françaises un rapport au titre surprenant : Les OVNI et la Défense - à quoi doit-on se préparer ?

Une quinzaine d'années plus tard, ce rapport, pourtant de qualité mais souvent moqué, est plus connu à l'étranger, notamment aux États-Unis, qu'en France.
Ce qu'il contient pose des questions scientifiques et philosophiques qui sont autant de défis intellectuels. Les concepts qu'il aborde, entre autres l'existence possible d'une vie intelligente extraterrestre, sont depuis longtemps au cœur de nombreux romans, films ou jeux vidéo. Si le principe d'une intelligence extérieure à notre planète n'a rien de nouveau dans la fiction et la culture populaire, il est encore difficile de s'intéresser sérieusement au sujet de nos jours. La frilosité de certains scientifiques, l'ironie mordante de la presse, le désintérêt des politiques ont permis de faire passer un sujet passionnant pour, au mieux, une perte de temps.
Pourtant, comme nous allons le voir au travers de ce rapport, il existe de nombreuses raisons de s'intéresser à ce domaine encore tabou et porteur de fantasmes, de craintes et de fols espoirs.

Les membres de l'association
Il n'est pas inutile, lorsque l'on veut s'assurer de l'intérêt d'un écrit, de se renseigner un peu sur ses auteurs. Le rapport COMETA est le fait de scientifiques et militaires de haut rang. L'association, aujourd'hui en sommeil, est présidée par le général Denis Letty. Ont travaillé avec lui, pendant près de trois ans, un amiral, un autre général, un commissaire principal de la DST, un avocat docteur en sciences politiques, un docteur en physique ou encore plusieurs ingénieurs spécialisés dans différents domaines. En outre, le responsable du SEPRA au sein du CNES a lui-même contribué à ce travail.
On le voit, il ne s'agit pas vraiment des farfelus du village qui souhaitent jouer les intéressants. Au contraire, tous ces gens ont énormément à perdre socialement.
Ce qui les pousse à agir tout de même tient sans doute dans les témoignages et faits concrets qu'ils savent nombreux et résistants à toute explication scientifique humaine.


OVNI et PAND
Le rapport, disponible sur le site du GEIPAN, se base sur des exemples français et étrangers de PAND, ou phénomènes aérospatiaux non-identifiés de catégorie D [1].
Bien entendu, il s'agit d'un document technique, pas d'un roman ni même d'un ouvrage de vulgarisation, donc n'attendez pas d'effets de mise en scène ou un quelconque travail de la forme. Les faits sont présentés de manière brute et claire. L'on retrouve des témoignages de pilotes français, des observations aéronautiques au niveau mondial, des cas d'observations au niveau du sol et même des contacts rapprochés.
La réalité des observations ne fait très souvent aucun doute (témoignages multiples de personnel hautement qualifié, confirmation radar, traces au sol...). Bien entendu, s'il n'existait que quelques cas d'observation de PAND, il serait permis de traiter le sujet avec désinvolture. Or, il existe des centaines de cas sérieux et documentés qui prouvent la réalité du phénomène, quel que soit son origine.

Les différentes hypothèses 
Différentes hypothèses sont citées dans le rapport, souvent pour être rapidement réfutées. Trop rapidement peut-être parfois. En effet, si les phénomènes naturels, les armes secrètes [2] ou les images holographiques ne semblent pas tenir la route, l'hypothèse des voyageurs temporels est trop vite écartée, et ce sous prétexte qu'il est "impossible qu'une telle observation puisse influer sur un passé révolu, même en étant détectable".
L'on comprend bien ce que les rédacteurs du rapport veulent dire ici. En gros, le passé (notre présent) étant un passé révolu et sans voyageurs temporels pour les voyageurs du futur, il est impossible que l'on remarque leur présence, car cela causerait un paradoxe. C'est toutefois aller un peu vite en besogne. Il existe au moins deux solutions temporelles permettant d'admettre l'hypothèse. La première est celle des lignes temporelles : le passé des voyageurs n'est pas modifié, c'est une autre ligne qui se crée. La seconde est celle du système en boucle atemporel : le voyage existe de tout temps (hors du temps en réalité), l'on en voit donc les effets (OVNI) avant qu'il ne se produise dans le futur.
Ceci dit, l'hypothèse extraterrestre n'en demeure pas moins une piste intéressante, que le rapport consolide de manière habile.


L'hypothèse extraterrestre
La première objection à la visite d'extraterrestres reste, on le sait bien, les distances considérables qui séparent les différents systèmes solaires (cf. cet article). Aussi, le rapport offre plusieurs pistes permettant de résoudre cet épineux problème.
La MHD (ou propulsion magnétohydrodynamique) est ainsi évoquée. Tout comme la piste de l'antimatière. La solution la plus élégante et fascinante, qui reste dans le domaine de nos connaissances actuelles et qui est exposée par deux astronomes, est celle des "îles de l'espace". Il s'agit en fait d'immenses constructions artificielles, en orbite autour de la Terre, ou de grands astéroïdes "aménagés". Ces "îles" sont ensuite propulsées vers des destinations lointaines, sur plusieurs générations. Les explorateurs s'installent ensuite dans une ceinture d'astéroïdes et visitent les alentours, à l'abri des regards, des radiations cosmiques, et en ayant résolu en plus le problème des distances interstellaires. Pas mal.
Tout cela est très important car, en réalité, il ne manque rien pour que l'hypothèse extraterrestre puisse, au minimum, être étudiée (ce qui ne veut pas dire qu'elle est réelle). On admet depuis un bon moment que la vie n'est pas limitée à la Terre, qu'elle est statistiquement probable au regard du grand nombre de galaxies et étoiles, il faut donc trouver des moyens logiques de contrer l'apparente inaccessibilité des astres lointains.

Un peu d'humilité
Le rapport évoque un élément finalement important à prendre en compte : notre manque d'humilité.
L'on a souvent l'impression que ce que l'on ne sait pas faire sur le moment restera impossible.
Pourtant, certains, parfois même des scientifiques, ont affirmé par le passé que ce qui était plus lourd que l'air ne pourrait jamais voler. Ou même qu'il serait impossible de respirer dans des tunnels. Même le fameux Big Bang doit son nom à une raillerie d'un sceptique incapable de concevoir une théorie nouvelle.
Surtout, il est permis de penser qu'une civilisation extraterrestre pourrait avoir des millions d'années d'avance sur nous. Là encore, le rapport l'explique de manière simple. Si l'on prend en compte notre propre évolution, par rapport à l'âge de la Terre, il suffit qu'il y ait une différence de 0,1% au niveau des données initiales pour qu'une civilisation extraterrestre, ayant évolué également, soit très largement en avance [3].


La désinformation
On le voit, si la vie extraterrestre est reconnue comme probable et si le voyage interstellaire est envisageable, il n'y a donc pas de raisons de ne pas étudier la piste extraterrestre en matière de PAND. Pourtant, le sujet reste sulfureux. Au point que de nombreux pilotes attendent d'être à la retraite avant d'évoquer des faits dont ils ont été témoins. Car les conséquences sociales et professionnelles sont parfois terribles.
La manipulation médiatique est constante sur le sujet. Elle est évoquée dans le rapport, notamment dans l'étude, en annexe, du cas de Roswell, qui emploie les deux techniques de désinformation : réductrice et amplifiante.
En 1947, l'armée américaine emploie d'abord une technique de désinformation réductrice. Menaces, substitution de preuves, explications officielles rassurantes, tout est fait pour détourner l'attention de ce qui doit passer pour un simple fait divers. L'opération est si bien menée qu'elle sera efficace pendant 30 ans (date à laquelle de nombreuses langues se délient).
En 1995, une autre opération est menée, cette fois amplifiante, avec la fameuse et ridicule affaire de l'autopsie du "Petit Gris" de Roswell. Les médias tombent dedans d'un même mouvement. La supercherie est ensuite révélée et empêche quiconque de s'intéresser sérieusement à l'affaire, par crainte du ridicule. Les manipulations amplifiantes restent les plus efficaces, puisque le culte du secret n'est plus nécessaire, il n'est même plus utile de cacher certaines preuves, qui participent à l'élaboration de ce qui est présenté comme une légende urbaine.

Qui a peur du Grand Méchant Loup ?
C'est pas nous, mais c'est sans doute l'armée US. En effet, deux directives très importantes, JANAP 146 et AF 200-2 [4], interdisent très officiellement la divulgation de tout témoignage relatif à une observation d'OVNI. Les contrevenants s'exposent même à 10 000 dollars d'amende et... dix ans de prison. Une note un peu élevée pour quelque chose de risible qui n'existe pas.
Le pire se situe au niveau médiatique. En effet, il est tellement passé dans les mœurs que l'hypothèse extraterrestre est absurde que les journalistes, dans un parfait réflexe pavlovien, ridiculisent souvent d'eux-mêmes ceux qui osent s'intéresser au domaine.
La peur du ridicule et des railleries de la masse reste bien plus efficace pour protéger un secret qu'un lourd coffre-fort.
Prenons le cas français. Quand le rapport COMETA sort, alors qu'il est rédigé par des gens compétents et contient une analyse tout à fait sensée et non sensationnaliste, il est ou passé sous silence ou raillé par les grands quotidiens. Or, combien de journalistes auront fait l'effort de le lire ? Puis de se documenter sur ce qu'il évoque ? Évidemment, la moquerie demande moins de travail qu'une enquête.


Les recommandations et prospectives stratégiques
Le rapport ne se contente pas d'accumuler des témoignages, fournir des pistes scientifiques ou recenser ce qu'il se passe dans d'autres pays. Il fournit également des recommandations mais aussi une très intéressante étude sur les conséquences d'un contact extraterrestre, tant au niveau politique, militaire que religieux.
Pour cela, les rédacteurs ont utilisé un moyen aussi ingénieux qu'efficace : ils nous placent dans le rôle de l'explorateur spatial. Comment nous comporterions-nous avec une civilisation extraterrestre pré-industrielle ou post-industrielle ? Comment établirions-nous les premiers contacts ? Combien de temps dureraient nos observations avant ce contact ? Les auteurs vont même jusqu'à prendre en compte une sédition d'une partie des explorateurs ou le transfert de technologie par le biais d'un faux "incident". Ils évoquent même des possibles conséquences de contact, qui pourraient être à l'origine de religions, légendes ou fictions, le tout en prenant des exemples édifiants dans la culture humaine mondiale.
D'une manière très sensée, le rapport apporte des pistes stratégiques pour faire face à l'hypothèse extraterrestre.

Les conclusions
Les conclusions sont nettes et sans appel. Certains PAND sont bien le fait de machines volantes inconnues, aux performances exceptionnelles et guidées par une intelligence (naturelle ou artificielle).
Le rapport appelle tout simplement à une forme de vigilance cosmique, tant sur le plan de notre propre exploration future que celui des réactions à un possible contact provoqué par des visiteurs plus évolués.
Il n'affirme en rien l'existence de vaisseaux spatiaux extraterrestres. Il en évoque la possibilité, totalement admissible sur le plan technique, et affirme avec raison qu'il vaut mieux s'y préparer pour rien plutôt que de réagir dans l'urgence et la panique.
Quant à ceux qui veulent interdire la simple réflexion par la raillerie, ils sont nombreux, protégés par l'effet de meute et le confort de l'habitude. L'on ne voit pourtant pas bien ce qui suscite ces rires. Tenter de comprendre, d'aller de l'avant, de percer les mystères auxquels nous sommes confrontés, a toujours fait partie du quotidien des grands scientifiques, explorateurs ou penseurs. C'est le propre de l'Homme (du moins, de l'Homme courageux) d'élargir ses frontières, sa conscience, d'aller toujours plus loin, juste parce qu'il le peut.
Écarter des hypothèses farfelues et des élucubrations est une attitude saine. Interdire par principe l'exploration sereine d'une piste logique l'est beaucoup moins.
Les auteurs du rapport COMETA peuvent se tromper, mais ils appuient leurs hypothèses par une approche documentée et argumentée. Surtout, ils ont fait preuve d'un courage certain pour oser, alors que leur situation ne le justifiait pas, aller à contre-courant et risquer l'opprobre.
Jusqu'à ce jour, leur travail est resté sans suite et a été parfaitement ignoré par les autorités françaises.



Lorsque l'on a éliminé l'impossible, ce qui reste, aussi improbable soit-il, est nécessairement la vérité.
Sir Arthur Conan Doyle



[1] Les PAN se classent en quatre catégories. A pour les phénomènes expliqués. B pour les phénomènes probablement expliqués. C pour les phénomènes manquant de documentation et témoignages pour être correctement étudiés. Et enfin D pour les phénomènes inexpliqués malgré le nombre et la qualité des éléments recueillis.
[2] Les armes secrètes ne le restent jamais bien longtemps. Il est dit dans le rapport que l'existence des avions furtifs a été divulguée en 1988 alors que le premier vol de prototype a eu lieu en 1977. Le secret a même tenu en réalité beaucoup moins longtemps. Si l'on parle bien du F-117 Nighthawk, son existence officielle a certes été reconnue en 1988, mais de nombreux pays connaissaient son existence bien avant, alors que sa mise en service ne datait que de 1983. L'on voit qu'un secret important, impliquant de nombreux ingénieurs, pilotes, responsables politiques, officiers, ne peut guère tenir plus de quelques années. Par comparaison, les premières observations crédibles d'OVNI remontent à 1944. S'il s'agit d'un secret technologique, son exceptionnel longévité constitue un record dans l'Histoire de l'humanité.
[3] À ce sujet, bien que cela ne soit pas évoqué dans le rapport, il peut être intéressant de mentionner l'échelle de Kardashev, qui classe les civilisations en trois types. Le type I, que nous n'avons pas encore atteint, est capable d'utiliser l'ensemble de la puissance énergétique disponible sur sa planète d'origine. Le type II est capable d'exploiter la totalité de l'énergie de son étoile (par exemple grâce à une sphère de Dyson, cf. cet article). Enfin, le type III peut employer toute la puissance de... sa galaxie ! C'est simplement effarant, surtout si l'on sait que le type II surpasse déjà la civilisation de type I par un facteur de 10 milliards. Les avancées technologiques et les réalisations de telles civilisations sont pratiquement hors de portée de notre imagination.
[4] JANAP pour Joint Army Navy Air Force Publication, AF pour Air Force. Ces ordonnances concernent le personnel militaire mais aussi les pilotes de l'aviation civile ainsi que les capitaines de la marine marchande.