Publié le
14.7.20
Par
Nolt
Bienvenue Rémi, merci de nous accorder un peu de ton temps. Tu es passionné par la Seconde Guerre mondiale, tu pratiques l’airsoft, tu fais également de la reconstitution (assez pointue), tu participes à diverses commémorations, et tu as une chaîne YouTube te permettant de partager ta passion. Nous allons essayer d’aborder tous ces sujets et de les faire découvrir, par l’entremise de ton expertise, à nos lecteurs.
— Tout d’abord, pourquoi t’être spécialisé dans cette période historique en particulier ?
— J’ai grandi dans le sillage de mon père, passionné d’histoire du XXe siècle principalement. J’étais toujours super heureux de retrouver la maison de ses parents dans laquelle étaient gardés des centaines de maquettes, chars et avions. Après, la culture cinématographique m’a un peu aiguillé avec des vieux films comme Quand les Aigles attaquent ou Le Pont de Remagen.
Et à l’âge de 7 ans, mon père m’a offert ma première boîte de figurines au 1/72ème. Des parachutistes US, ça ne s’invente pas ! C’était donc en 1996. Puis je me suis acheté, avec mon argent de poche, d’autres boîtes pour aller avec. Et pendant toute mon enfance, je peignais ces figurines au lieu d’aller jouer dehors ! Je suis ensuite passé à l’échelle de figurines 1/35ème et j’ai ensuite vu que des reproductions existaient en vrai ! Et qu’il n’y avait même pas besoin de les peindre !
— Commençons par l’airsoft, si tu le veux bien. Quel serait ta définition de la discipline ?
— Question très personnelle mine de rien, chaque joueur a sa propre définition, et sa propre manière de pratiquer. Pour ma part, je dirais que c’est un jeu collectif, à pratiquer d’abord avec ses amis, avant de vouloir absolument faire du challenge. Je préfère avoir une bonne tranche de rigolade que des engueulades parce que untel n’a pas senti une bille car il joue pour la gagne.
— L’airsoft continue je crois d’être dominé par les répliques modernes, les répliques WWII sont plus rares, certaines étant très chères… est-ce que, à ton avis, le milieu va évoluer ou l’airsoft "historique" est-il condamné à rester le domaine de quelques passionnés ?
— Je crois que le milieu sera toujours marginalisé, les répliques sont assez rares comparées aux M4 et AK et toutes les versions disponibles, et la fiabilité n’est pas tellement la première des qualités quand on pense airsoft WW2. Ceci dit, cela fait un "écrémage" naturel, l’airsoft WW2 étant parfois aussi poussé que le Milsim. Tout dépend des associations bien sûr. Mais un joueur d’airsoft WW2 pourra aussi passer dans le côté reconstitution, ce qui n’est pas possible pour un airsofteur « moderne ».
— Ton meilleur et ton pire souvenir en partie d’airsoft ?
— Le meilleur : une partie à Toulouse avec 150 joueurs et véhicules. Comme je n’avais pas de réplique avec une bonne portée, je me suis mis infirmier, donc c’était vraiment sympa de courir partout !
Le pire : une autre partie à Toulouse avec 50 joueurs et un véhicule. J’avais une Thompson, ma toute première, et je lui ai mis un canon de précision JUSTE AVANT d’aller jouer. Manque de bol, j’avais des billes cheap. Donc je n’ai quasiment rien pu tirer pour cause de bourrages. Et s’en est suivi des problèmes de batteries. Que du bonheur...
— Un tas d’idées préconçues sont véhiculées par les médias et les ignorants (je ne sais pas pourquoi je fais une distinction entre les deux…) sur l’airsoft, surtout pratiqué en uniforme. Tu as dû déjà recevoir un paquet de réflexions stupides, quelle est la pire chose que tu aies entendue ?
— Il y a plein de choses négatives qui sont dites par les "non sachant", à plusieurs niveaux. Le pote qui ne connaît pas dira « vous jouez à la guerre », lorsque l’antifa primaire dira "vous êtes tous des nazis". Le média qui s’intéressera à l’airsoft aura une chance sur deux de vouloir le descendre, alors qu’on a les mêmes enjeux qu’un simple match de foot finalement. Seul l’outil sera différent. On n’utilise pas nos pieds mais des lanceurs. Et la réflexion la plus stupide est venue de collectionneurs eux-mêmes, qui m’ont traité de FARB (Fast And Researchless Buyer) alors que j’arborais un uniforme historiquement correct, mais dont ils ignoraient tout simplement l’existence.
— Justement, sur ta chaîne, tu fais des présentations de répliques mais aussi d’uniformes. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, se lancer dans la confection d’une tenue complète, c’est toute une aventure. Combien de temps cela prend-il en moyenne pour avoir une tenue, non réellement "finie" (car j’ai cru comprendre que ce n’était jamais le cas), mais au moins "portable" ? Par quelles étapes faut-il passer ?
— Tout d’abord, il faut de la doc. Qu’elle soit numérique, papier, orale (connaisseurs) et surtout des photos d’époque. Sans ça, vous pourrez acheter tout et n’importe quoi, il y aura peu de chances que ce soit bon. Une fois que vous savez ce que vous voulez (mes vidéos aident aussi), vous pouvez vous lancer dans l’estimation du budget, où acheter, etc. Et prioriser. J’ai moi-même un tableau Excel avec les pièces qu’il me manque pour commander au fur et à mesure pour tel ou tel uniforme. L’idée c’est de ne se plonger que dans un seul uniforme à la fois, pour ne pas se perdre. Évidemment, je ne peux plus faire ça depuis des années ! Je dois tout gérer à la fois si je veux faire tourner ma chaîne YouTube...
Et après, il faut oser porter l’uniforme pendant une sortie et demander des conseils aux autres. Ne pas hésiter à vouloir s’améliorer. Il vaut mieux être curieux que de rester dans son coin en se pensant correct.
— À propos des uniformes, pourrais-tu nous donner des exemples de détails "qui changent tout", de petites trouvailles auxquelles on ne pense pas forcément et qui t’ont rendu particulièrement fier ? Ça peut être aussi bien un accessoire rare qu’une astuce pour l’améliorer.
— Tout bête : la patine. Un uniforme neuf sera globalement moche. Mais comment faire pour le patiner si on ne peut pas le porter puisqu’il est trop neuf ? Cercle vicieux... Il faut donc patiner artificiellement votre uniforme. Il existe tout un tas de méthodes, en fonction de la matière, mais il sera primordial de s’intéresser à ce point dès le début. Après je ne dirais pas qu’il y a quelque chose qui me rend particulièrement fier, la fierté doit être, à mon sens, laissée de côté pour correctement pratiquer l’Histoire. Sinon ça se transforme en batailles d’ego et on oublie la raison pour laquelle on est là. (true story...)
— Combien de temps mets-tu pour réaliser une vidéo ? À quel point YouTube a pris de la place dans ta vie ?
— Très bonne question, je n’aurais pas mieux demandé ! Une vidéo unboxing me prendra une heure, à tout casser. Une vidéo d’uniforme me prend entre 2 et 6 semaines. Mais bien sûr, c’est en admettant que j’ai déjà tout le matériel et que je n’ai rien besoin d'acheter, sinon on rallonge les délais...
YouTube est devenu ma passion principale, avant même de faire des parties d’airsoft ou des reconstitutions. Je ne fais pas parti d’un groupe ou d’une association, et je me sens plus utile derrière une caméra que sur un terrain. Donc je préfère me dire que je suis d’abord un collectionneur qui aime partager avant d’être un reconstitueur ou un airsofteur. Résultat, je consacre entre 1 et 6 heures par jour à YouTube, quand j’ai du temps entre mon vrai travail et ma vie de famille, sociale, etc.
— Tu participes aussi à des reconstitutions, lors d’événements particuliers (commémoration du débarquement en Normandie, de la libération de Paris…), ça n’a évidemment plus rien à voir avec l’airsoft. Qu’est-ce que cela représente exactement pour toi ?
— J’ai toujours commencé l’airsoft en me disant "quand je serai prêt, je ferai de la reconstitution". Ainsi, j’ai fait ma première sortie à 19 ans, en 2008, en Normandie. Les deux pratiques vont de pair je trouve, l’une permettant de montrer du matériel au public, l’autre permettant de réellement s’en servir. Seuls ceux qui ont eu à manipuler des chargeurs savent comment les ranger dans les porte-chargeurs, comment gérer l’équipement sur le brelage de manière pratique (pas la pelle sur le devant par exemple !). Ceci dit, le public est souvent présent en reconstitution, ce qui n’est pas le cas en partie d’airsoft, donc l’approche à adopter sera différente. Certains n’arrivent pas à faire la passerelle quand d’autres y arrivent très bien. Tout dépend de son niveau d’exigence, qui sera forcément différent si on ne fait que de l’airsoft, ou aussi de la reconstitution, qui sera beaucoup plus poussée.
— Toujours sur les reconstitutions, je sais par exemple que tu as déjà défilé, dans un véhicule militaire sur les Champs Elysées, en chantant la Marseillaise. Est-ce que tu as un autre souvenir, particulièrement émouvant, lié à un événement du même ordre ou une commémoration ?
— Quand j’ai rencontré Spielberg et qu’il m’a proposé un rôle dans son prochain film.
Non, je déconne !! [part en pleurant]
Effectivement, remonter les champs en hurlant la Marseillaise était une grande expérience. Le refaire en 2019 également, surtout que je n’étais pas officiellement dans le dispositif (plus de place disponible).
Faire la marche des paras en 2010 a également été émouvant, je la referais bien un de ces jours ! Mais en vrai, je suis ému à chaque fois qu’un jeune me reconnaît, me demande une photo/un autographe, car je suis toujours étonné qu'on puisse regarder mes vidéos sur YouTube... !
— Voir des gens porter des uniformes militaires (allemands ou non d’ailleurs) peut très vite, chez certains béotiens, s’amalgamer à du "fascisme". Notre société est de moins en moins permissive et tente de contrôler la fiction, le jeu, les auteurs (cf. cet article ou encore celui-ci). Est-ce que tu as peur pour l’avenir de l’airsoft ou celui du domaine de la reconstitution historique ?
— Oui, nous avons tous peur. Les réglementations sont de plus en plus restrictives, parce que c’est mal de se souvenir du passé, en atteste l’actualité tous les jours. Les cours d’histoire à l’école perdent de plus en plus de sujets, la pensée unique se met petit à petit en place, et la reconstitution historique vient à contre-courant de tout ça. Donc nous regardons tous d’un œil inquiet les interdictions des armes, les neutralisations qui massacrent les armes historiques (soi-disant pour notre "sécurité"... mais les lois créées suite aux attentats du Bataclan n’ont pas empêché un autre terroriste de prendre un poids lourd à Nice. A-t-on interdit les poids lourds, les couteaux, les voitures depuis ?).
Évidemment, je fais du gros raccourci, mais alors que nous ne faisons pas de mal en pratiquant notre passion, les lois viennent nous taper dessus. L’étape d’après sera sans doute l’interdiction pure et simple de l’uniforme allemand. Sous quel prétexte, on l’attend encore, mais ça va bien tomber un jour...
— Nous terminons en général nos entretiens avec une question bien particulière : si tu pouvais avoir un super-pouvoir, ce serait lequel et pourquoi ?
— Ce n’est pas tellement un super-pouvoir mais une super-envie : pouvoir vivre de ma passion ! Mais je sais que ça n’arrivera jamais, YouTube et Facebook me rappelant au quotidien que je ne suis qu’un marginal, et qu’il vaudrait mieux faire des vidéos "prank" ou de chats mignons.
Sinon... pouvoir remonter le temps, et ramener plein de casques de paras allemands du passé pour les mettre sur mon étagère dans le présent !
Un grand merci à Rémi/Neo035 pour nous avoir permis d'en apprendre un peu plus sur ces passionnants sujets. Nous vous conseillons vivement ses nombreuses vidéos de présentation d'uniformes, de répliques ou de personnalités. Vous trouverez également sur sa chaîne des tutoriels très utiles ou encore des courts-métrages. Bref, il y a de quoi faire si le sujet vous intéresse, le tout avec la petite touche d'humour spécifique au sieur Neo. Et si son travail vous plaît et vous semble digne d'intérêt, n'hésitez pas à l'aider en participant, même un peu, sur son Tipeee ou MyTip.
Neo035 sur :
son Site Officiel
Publié le
11.7.20
Par
Virgul
Le nouvel album de Spirou sort cet été et promet un certain dépaysement.
Spirou et son compère Fantasio s'embarquent dans un voyage en... Union Soviétique, à la recherche de leur ami le Comte de Champignac qui a eu le bon goût de se faire enlever par des agents du KGB, juste sous leur nez. Prenant pour couverture un reportage, les voilà partis à la rescousse, direction la froide et inquiétante Russie...
Vous l'aurez compris, cette aventure se déroule dans les années 80, en pleine guerre froide. Le scénario est de Fred Neidhardt, les dessins, impeccables, sont de Fabrice Tarrin.
Outre le côté "espionnage" un peu rétro et l'humour habituel, l'auteur parsème l'histoire de quelques jolis clins d’œil aux géants de la BD franco-belge. Références en plus parfaitement intégrées au récit (Tintin et sa propre aventure en URSS sont évoqués, l'on peut également voir en coup de vent un certain Demesmaeker, etc.).
Du franco-belge classique mais jubilatoire et bien réalisé.
56 pages - 15,50 € - sortie le 21 août chez Dupuis
Publié le
4.7.20
Par
Nolt
Le point sur ce qui est annoncé comme le gros événement "mutant" chez Marvel : House of X/Powers of X.
C'est actuellement en cours en France (le deuxième mensuel sort chez Panini ce mois-ci, dans le format "vrai faux kiosque" qui se trouve désormais en librairie) et c'est peu de dire que HoX/PoX est attendu tant certains nous l'ont vanté, voire survendu. Or, si cette série (deux titres qui n'en forment qu'un en réalité) a des qualités réelles, elle se trimbale aussi son lot de (gros) défauts.
Voyons déjà un peu le contexte.
Tous les mutants sont réunis sur Krakoa, devenue un État indépendant. Xavier a abandonné son rêve de cohabitation pacifique avec les humains. Avec l'aide de Magneto, il dirige maintenant une nation mutante communautariste qui souhaite obtenir la reconnaissance et le respect des autres pays. Krakoa, outre sa population composée de surhumains, dispose en plus de quelques atouts pour faire une entrée remarquée dans les domaines géopolitiques et économiques, notamment des remèdes médicaux intéressant les humains et permettant de servir de moyens de pression.
Le cas Hickman
Le principal problème de HoX/PoX reste son scénariste, l'incroyablement surcoté Jonathan Hickman. Attention, il ne s'agit pas ici de juger ses idées (dont certaines sont d'ailleurs très bonnes) mais bien la manière dont il les met en œuvre.
Dans le genre de publication très particulier que sont les comics feuilletonnant, il y a deux éléments narratifs à prendre en compte : l'arc complet que forme un récit fini, et chaque épisode individuellement. Or, Hickman est très loin de maîtriser ce dernier point, qui constitue pourtant une brique narrative essentielle. Bien souvent chez Hickman (on a déjà pu observer ça sur les titres Avengers dont il s'est occupé, avec les incursions et tout le fatras pré-Secret Wars), l'on ne comprend rien - au moins sur le moment - à ce qu'il se passe. Sa manière de développer son histoire est pour le moins... ésotérique, diront les plus indulgents, ou clairement maladroite si l'on est un peu exigeant en matière d'écriture.
Là encore, il convient de bien préciser que le reproche fait à Hickman n'est pas la complexité supposée de ses récits (au contraire, c'est plutôt une qualité de s'attaquer à de vastes et ambitieuses sagas), mais bien le fait qu'ils manquent de clarté et que cette impression de complexité est en réalité totalement artificielle et inutile. Dans l'idéal, un épisode d'une mini-série, même s'il ne donne évidemment pas toutes les clés, toutes les réponses, devrait avoir son propre intérêt intrinsèque, ce qui n'est jamais le cas avec Hickman, qui ne prend en compte que la globalité de ce qu'il raconte, sans se soucier du découpage pourtant imposé au lecteur.
Et ce n'est pas là le seul défaut de Hickman. En effet, l'auteur (parce qu'il en est incapable ou parce que ça ne l'intéresse pas) délaisse totalement le développement des personnages, l'aspect psychologique du récit, le côté "intimiste", etc. Il se concentre plutôt sur les concepts (souvent novateurs mais obscurs) et l'action. Or, sans un ancrage émotionnel (qui passe par les personnages), ce qui se déroule n'a pas forcément d'intérêt. Ce manque d'intensité dramatique est encore renforcé par la profusion de protagonistes, ce qui dilue encore plus le peu de charge émotionnelle que certains pourraient générer.
Du coup, l'effet est particulier. Difficile de s'identifier à des personnages si peu "épais" ou de trembler pour des seconds couteaux que l'auteur présente à peine.
Bref, le style Hickman constitue à lui seul un frein essentiel à la lecture. L'on est loin d'un Straczynski ou même d'un Bendis quand il est en forme.
Statu quo et aspect SF
Si HoX/PoX est présenté de manière si enthousiaste parfois par certains, c'est notamment à cause du fameux changement de statu quo, censé bouleverser l'univers des X-Men. Et il est vrai que l'ordre établi est bouleversé. Parfois même au détriment de la logique (voir des personnages comme Apocalypse rejoindre Xavier et son équipe... c'est relativement surprenant). Quant au revirement de Xavier
(après avoir fait chier tout le monde pendant des années avec son "rêve"), il est tellement spectaculaire qu'il en devient louche.Niveau "changement", ce n'est pas forcément aussi novateur que ça, après tout, Cyclope et son Utopia avaient déjà bien défriché le terrain au niveau de la thématique. Sans parler de Magneto et Genosha.
Le plus grand changement demeure en fait le glissement de genre. Car ici, comme souvent avec Hickman, on se rapproche plus de la science-fiction que du super-héroïsme classique. Ce n'est certes pas un défaut en soi, mais on n'est plus du tout dans le concept fondamental de base (des gens à part dans un monde normal).
Et surtout, qui peut encore croire que ce changement (surtout aussi radical) sera réellement durable ?
Car, justement, un statu quo, par définition, ça ne se change pas. Au contraire, c'est fait pour qu'on y revienne sans cesse. Pour figer les personnages et leur cadre dans de l'ambre certes métaphorique mais très efficace. Et question surplace narratif, Marvel a prouvé, au cours de ces dernières années, qu'ils savaient y faire pour ne jamais progresser et enterrer toute forme d'évolution dès qu'elle survenait (j'ai déjà longuement et souvent abordé le sujet, notamment dans cet article concernant Spider-Man, donc je ne m'étends pas plus là-dessus).
À la limite, si HoX/PoX s'était déroulé dans un univers parallèle ou un futur alternatif, cela aurait permis d'éviter la sempiternelle déception quand tout sera balayé d'un revers de main lors de l'énième remise à zéro des compteurs qui ne manquera pas d'arriver. On se demande d'ailleurs si le terme "continuité" a encore un sens chez Marvel, tant tout ce qui constitue son univers n'est clairement pas "continu".
Du bon et du moins bon
Voyons plus précisément maintenant, sans spoiler d'éléments importants (voir cette Parenthèse de Virgul pour prendre connaissance de l'échelle du spoiler appliquée sur UMAC), les principaux points positifs et négatifs de cette saga. La meilleure idée de l'auteur, malheureusement sous-exploitée, est sans doute le concept de "vies multiples" concernant Moira MacTaggert : c'est original, ça explique et permet bien des choses,
et ça a un côté un peu... troublant, voire glauque (vous comprendrez pourquoi en lisant les comics). Par contre, typique de Hickman, il place un concept génial et... ne s'en sert pas pour développer le personnage plus que ça ou insuffler un peu d'émotion et de lyrisme dans son intrigue.L'utilisation de Krakoa, et notamment de ses fleurs, est également plutôt bien fichue.
Même le professeur X commence à être plus cool que casse-couille.
Dans le décevant, ce ne sont pas les choix qui manquent. L'on a déjà évoqué le manque d'épaisseur des personnages et le côté froid qui en découle lors de la plupart des scènes.
Un autre élément, a priori sympa, est assez révélateur : les pages "encyclopédiques" qui parsèment le récit. Régulièrement, Hickman intercale des pages purement informatives afin de donner au lecteur des éléments clés, comme des cartes, des définitions, des schémas...
L'on pourrait croire que c'est plutôt un plus. Sauf que, ici, ce n'est pas un "plus", c'est une béquille.
Ce genre d'infos, comme les dossiers du SHIELD présents dans Secret War (l'opération secrète menée par Nick Fury en Latvérie, rien à voir avec les Guerres Secrètes), ou n'importe quel topo présent dans une encyclopédie (cf. ce dossier consacrée aux encyclopédies comics), c'est censé vous résumer le parcours d'un perso, vous expliquer ses pouvoirs, etc. Ça ne sert pas à compléter les trous dans une intrigue. Or, ici, c'est exactement ça, Hickman se sert de ces pages explicatives pour faire passer ce qu'il n'arrive pas à dire dans les pages comics traditionnelles. Ce qui, encore une fois, n'aide pas à considérer l'auteur comme quelqu'un qui maîtrise la narration et les particularités de la BD.
Quant au pire des défauts, c'est cet aspect fouillis et hermétique, qui peut dérouter même les fans. Que dire alors du novice qui s'attaque à l'univers Marvel avec une telle usine à gaz en termes de personnages, de concepts perchés et de métaphysique hickmanienne ?
Dream of M
La suite de Hox/PoX s'intitule Dawn of X. Il ne s'agit pas d'un event ou d'une mini-série mais d'un "label" définissant le contexte de divers titres (comme Dark Reign par exemple, cf. notre Chronologie Marvel pour comprendre ces différences). Le futur des mutants, sous l'influence de Hickman, se déroulera donc dans des titres comme X-Men, Wolverine, New Mutants, Marauders ou encore Excalibur.
Que vous dire en conclusion... si vous êtes un inconditionnel des X-Men, ben, pas le choix, faut vous taper l'univers
Hickmanisé pour le moment. Si vous êtes un fan de Hickman (il y en a apparemment), ben, c'est la fête. Et si vous aimez les bonnes histoires, bien racontées, qui permettent à des personnages bien mis en place d'évoluer, ben... pourquoi vous lisez du Marvel ?La dernière phrase est "un peu" dure, je sais bien, mais elle est à la mesure de ma déception et de mon amertume. Impossible de ne pas voir ce gâchis (l'éternel retour en arrière, l'arrivée, voire la sacralisation, d'auteurs au savoir-faire contestable) sans imaginer, aussi, ce que serait l'univers Marvel avec à sa tête des responsables ayant un peu d'audace et un brin d'intelligence narrative.
Dans ce rêve, Marvel ne pratique plus le radotage. Les personnages avancent, évoluent, avant de céder leur place (pas question de se passer de Spider-Man, mais même si l'époque Peter Parker est importante pour certains, l'on peut imaginer un passage de flambeau, sans pour autant que l'éditeur ne perde l'image iconique du héros). Dans ce rêve, les events sont réellement des "événements". L'un ne chasse pas l'autre, ils sont rares et leurs effets sont réels et durables. Dans ce rêve, Marvel respecte les fondamentaux des personnages sans pour autant les condamner à être emmurés dans une vision unique, passéiste et suicidaire sur le long terme. Dans ce rêve, pas si irréalisable, contrairement à celui du vieux Charlie, le lecteur que je suis (et le fan que je reste encore) ouvre un comic sans connaître sa fin, en tremblant de joie et d'excitation, en sachant qu'un personnage peut perdre la vie, en ressentant des émotions, puissantes, réelles, en acceptant toutes les idées, fantastiques ou saugrenues, des auteurs, pour peu qu'elles mènent à un chemin non encore parcouru.
Ceci dit, en général, la réalité éditoriale s’accommode très peu des ambitions oniriques. Ça ne veut pas dire qu'il est interdit de rêver, juste qu'il faut admettre que les bonnes histoires, les bons auteurs et les bons éditeurs ne sont pas la norme mais l'exception.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
|
|
Publié le
2.7.20
Par
Virgul
Attention, on fait un voyage dans le temps jusqu'aux années 80 avec cette Parenthèse consacrée à une série mythique des fameux Livres dont vous êtes le Héros. Entre romans et jeux de rôles, à l'époque, les ouvrages de ce genre se sont multipliés... mais certains étaient clairement plus réussis que d'autres.
Miaw !
La Saga du Prêtre Jean
C'est en 1986 que les jeunes lecteurs peuvent découvrir, ébahis, le premier tome d'une saga épique se déroulant dans un monde médiéval parsemé de créatures étranges et de sorcellerie, le tout au sein de la collection Haute Tension de Hachette.
Il s'agit de "livres dont vous êtes le héros", une nouveauté connaissant un très grand succès à l'époque. Le principe est simple : après chaque paragraphe, vous devez faire un choix qui vous mène au suivant, indiqué par son numéro. Vous possédez quelques caractéristiques basiques, un inventaire où noter les objets récupérés, et quelques pièces d'or. Lorsqu'un combat survient, il se règle à l'aide de jets de dés. Rien d'extraordinaire pour l'amateur de jeux de rôles, mais à l'époque, impossible de ne pas être fasciné par ce nouveau système permettant d'influer sur l'histoire d'un livre et de se sentir partie prenante dans son déroulement. Et il faut dire que ces aventures en solo nécessitaient évidemment bien moins de préparation qu'une partie de JdR conventionnel.
Dans le premier tome de cette saga, La Forteresse d'Alamuth, l'on fait connaissance avec le personnage que l'on incarne, le Prêtre Jean, un croisé (serait-ce seulement encore possible de nos jours, où tout est prétexte, pour les fachos fragiles, à polémique et cris d'orfraie ?) dont le but est d'atteindre la légendaire cité de Shangri-La. Vous allez ainsi vous lancer dans un périple qui passera par l'Égypte (L'œil du Sphinx), la jungle africaine (Les mines du roi Salomon), Babylone (Les mystères de Babylone) et l'Inde (Les adorateurs du Mal).
Malheureusement, l'épopée prévue en huit tomes s'arrête brusquement à la fin du cinquième et ne connaîtra jamais (à ce jour en tout cas) de conclusion. Les titres se vendaient pourtant bien, mais un changement de direction éditoriale et une (très) mauvaise décision auront mis fin prématurément à l'aventure et aux attentes des fans.
Cet arrêt est d'autant plus dommage que la série était une création française
(de qualité). Aux commandes : Doug Headline, Dominique Monrocq, Jacques Collin, mais aussi notamment Michel Pagel (Le Club, Pour une poignée d'Helix Pomatias...). Ces auteurs ont fait des merveilles sur ce titre, parvenant à construire une passionnante aventure pleine de surprises et de rencontres marquantes, parsemée de nombreux traits d'humour et de références culturelles et historiques. L'on sent un énorme travail et un véritable investissement derrière tout cela. Par exemple, anecdotique mais amusant et révélateur sur l'état d'esprit des auteurs, chaque livre comporte un paragraphe que l'on ne peut atteindre par un cheminement classique et qui présente une scène farfelue ou parodique. Ça ne sert absolument à rien, la plupart des lecteurs ne s'en rendront jamais compte (sauf s'ils lisaient les paragraphes dans l'ordre numérique, ce qui n'a aucun sens), mais c'est le genre de petit bonus absurde et caché qui rend compte de l'implication des bonhommes.Tout s'arrête donc en 1987 avec la sortie du tome 5. Les opus suivants, Au pays des Dragons, Le désert de la Mort et Shangri-la ! sont annulés, malgré leur développement relativement avancé. Et ça, c'est terrible. Déjà, ne pas avoir la fin d'une série que l'on suit assidûment, c'est en général décevant, mais lorsque, en plus, l'on a été impliqué à ce point dans l'histoire, en enchaînant les explorations, les combats, les choix, en ressentant moult émotions devant chaque scène, qu'elle soit drôle ou terrifiante, il est extrêmement frustrant de ne pas pouvoir aller au bout du récit et de ne pas enfin arriver à Shangri-La, cette citée fantasmée et parfaite, devenue la quête d'une vie (pour le personnage, peut-être pas quand même pour les lecteurs/joueurs).
Alors, que peut-on espérer ? Qu'un éditeur ait l'idée de génie de sortir une réédition complète, avec les volumes manquants ? Pourquoi pas un financement participatif ? C'est de plus en plus courant et cela se prêterait bien à ce genre de projet (en permettant de proposer, grâce à différents paliers, une édition plus ou moins luxueuse, des illustrations supplémentaires, le matériel nécessaire (dés, crayons), des cartes des lieux marquants, etc.).
Mais de cela, a priori il n'est point question. Ce n'est qu'un doux rêve et il y a gros à parier que Jean, le croisé, demeure à jamais dans le cimetière de l'imaginaire...
Snif.



















