World War Hulk
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Du lourd.
Un titre parfaitement trouvé, destiné à mettre en exergue toute la puissance intrinsèque du Titan vert.
Sans finesse mais avec une réelle efficacité, Greg Pak renvoie sur Terre le cataclysme ambulant qu'est Hulk. Ce dernier bénéficie du traitement de longue durée du formidable Peter David qui en a fait un véritable anti-héros, incompris magnifique, ayant plusieurs fois sauvé la Terre (parfois sans le vouloir) malgré la haine de la plupart de ses habitants. À la manière de Wolverine, Hulk (et Banner en parallèle) se sont vus au long des années enrichis, dotés de pouvoirs annexes (la capacité de voir les ectoplasmes magiques par exemple), d'une psyché renforcée, et, insensiblement, d'une puissance grandissante. N'oublions pas qu'il a survécu à l'impact direct d'une bombe Gamma (dans l'excellent Hulk : Point Zéro) et qu'il est désormais établi que son potentiel est sans limite autre que celles de sa rage permanente et de ce qui reste de sa conscience humaine.


Planet Hulk
était un monument [cf. cet article], une réussite quasi-totale, où le désormais nommé Balafre Verte pouvait se laisser aller, tisser des liens auxquels il ne croyait plus (esquissés auparavant dans la saga du Panthéon - cf. cet article ou encore dans l'inquiétant Futur imparfait). L'esclave gladiateur devenu roi pouvait enfin jouir d'une vie qu'il n'espérait plus, aux côtés d'une fascinante compagne s'apprêtant à lui donner un héritier. Un terrible accident le privera de cet avenir doré, supprimant du même coup sa femme et son enfant à naître. Ivre de douleur et de vengeance, il revient sur Terre punir les responsables de son exil forcé qui se retrouvent en outre accusés de cet odieux forfait.
Et rien ne l'arrêtera. Ni les anciennes alliances, ni les vieilles amitiés.

Lorsque l'on compare les possibilités du Hulk interprété par Lou Ferrigno dans la gentillette série télévisée (où le fait de soulever une voiture était déjà un exploit) et celles illustrées ici, où la puissance des impacts se mesure sur l'échelle de Richter, on s'aperçoit du gouffre gigantesque séparant les décennies et la volonté des auteurs. Chaque confrontation a en partie pour but de démontrer l'inconcevable potentiel que recèle le corps de l'alter-ego de Bruce Banner. Et rien que le crescendo annoncé est hautement jubilatoire.

La série principale ne s'attarde malheureusement guère sur tous les duels : Flèche Noire est balayé alors même que Médusa prévenait Hulk qu'il n'était pas de taille. Les Terriens qui pensaient être capables de le stopper n'ont qu'à bien se tenir. Pour certains combats méritant le détour, il faut donc aller voir dans les tie-ins :

World War Hulk : Frontline
World War Hulk : Gamma Corps
World War Hulk : The Incredible Hercules
World War Hulk : Warbound
World War Hulk : X-Men
World War Hulk : Damage Control


Ceux qui se seraient contentés de l'album regroupant les 5 épisodes centraux (édité chez Marvel en 2008) verront néanmoins que les cadors y ont leur place : Stark, Richards, un très étonnant Docteur Strange, tous anciens alliés voire amis et compagnons de route, tous supérieurement intelligents, ayant bien entendu prévu de longue date une parade à un débordement hulkesque - et tous connaîtront le même sort, quand bien même ils s'acharneraient et renieraient jusqu'à certains de leurs plus chers principes. Seul, l'invité de dernière minute promet une fin imprévisible en forme d'apothéose cataclysmique. Pak a mis les petits plats dans les grands, il n'y a plus qu'à savourer les destructions massives et les chocs apocalyptiques. Après tout, on n'a pas payé pour voir Banner sur le divan de Samson.

En outre, le style de John Romita Jr, parfaitement encré par Klaus Janson, habile dans les conflagrations et les déferlements de puissance [également appréciable chez Wolverine - cf. cet article], convient plutôt bien au récit, même s'il est moins précis et ravageur que dans sa saga sur Thor. De fait, nombre de cases ne font qu'illustrer des explosions dévastatrices, façon Dragon Ball Z ou Man of Steel : la terre tremble, les immeubles s'effondrent et les impacts se ressentent à des dizaines de kilomètres.


Toutefois, insidieusement, on sent que tout cela finira comme bon nombre d'events Marvel, presque en eau de boudin, avec un retournement de dernière minute permettant de maintenir ce statu quo immuable qui légitime le fait de continuer à développer les mêmes sempiternelles histoires [consultez le dossier de la rédaction sur les plus fameux de ces événements et vous vous ferez une idée plus précise]. C'est assez frustrant, car le potentiel de celui-ci était à l'image de la Balafre verte, immense. Hulk révèle au monde le véritable aspect des quatre leaders de l'ombre qui l'ont trahi et dévoile ainsi l'existence naguère occulte des Illuminati. On sait à présent que cela ne changera pas grand-chose et qu'on repart peu ou prou sur les mêmes bases. Oui, tout ça pour ça, quoi...

Reste un album puissant et délassant, rapidement lu bien qu'apprécié. 


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Hulk, quasi sans limite.
  • Un script habile fondé sur un crescendo de confrontations.
  • Un style graphique adapté au déferlement de puissance attendu.
  • Pas de temps mort.
  • Une croisade vengeresse qui met en lumière le côté sombre de héros trop propres sur eux.
  • Des combats parfois frustrants par leur résolution.
  • Une forme d'inéluctabilité dans l'action de Hulk.
  • Une fin peu surprenante, un pseudo-cliffhanger annonciateur d'une suite prévisible et très peu de réelles modifications du monde Marvel.
  • Les relations si singulières entre les "liés en guerre" n'ont guère de place ici. 
Bronx : quand la badasserie tourne au ridicule
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Le nouveau film d'Olivier Marchal, Bronx, est disponible sur Netflix. Ou comment aboutir à un plat dégueulasse avec pourtant de bons ingrédients.

Vous avez aimé la saison 1 de Braquo ? Ben, Bronx, c'est ça mais en raté et en plus condensé.
Voilà.
Hmm ? Ah, on me dit que c'est trop court comme article. Bon, ben OK, voilà la version longue alors.
Tout commence pourtant bien avec carrément l'immense Gérard Lanvin présent dans une longue scène au début de ce film. Rhaa, bordel, que ce mec est classe... on lui filerait une notice Ikea à lire que je serais tout de même en train de boire ses paroles. Ça doit être une question d'ADN, je ne sais pas.
Par contre, niveau vraisemblance, ça part très vite en couille (c'est d'ailleurs l'un des problèmes récurrents de ce long métrage). Le voyou demande à faire un crochet lors de son transfert, "ben oui, pourquoi pas ?", il demande à l'hosto à ce qu'on le laisse seul pour qu'il puisse achever sa femme mourante, "mais pas de souci, je m'éclipse", il aurait demandé qu'on lui amène un tiramisu et deux putes qu'il aurait probablement au moins obtenu le gâteau. Et surtout, après des "cadeaux" pareils, on se dit que ça aura une importance dans l'histoire, que le mec va "renvoyer l'ascenseur" au flic à un moment. Même pas, c'est totalement gratuit, ça ne sert à rien.

Côté invraisemblance, on en a pour son argent. Entre les flics qui ont un comportement de mafieux et un train de vie de millionnaires ; Alain Figlarz, excellent comédien et une vraie "gueule" de cinéma, mais qui ressemble plus à un gitan obèse qu'à un voyou corse ; Kaaris, aussi crédible en flic que Joey Starr en abbé Pierre ; les locaux des flics qui visiblement sont situés dans une usine désaffectée laissée à l'abandon depuis trente ans... c'est vraiment un festival.
C'est rapidement problématique car tout est caricatural et sonne faux. Les problèmes d'écriture sont légion également. Ne serait-ce qu'au niveau des dialogues. Kaaris, à un moment, doit balancer une punchline qui se résume en fait à : "Et la prochaine fois, te goure pas de vestiaire. Ici, t'es chez les hommes." Déjà, il sort ça à poil, avec une serviette autour du cul, ce qui est du plus bel effet, mais on reste pantois devant cette "vanne" de cours d'école tout droit sortie des années 80. Même ton tonton un peu lourd n'en fait plus des comme ça depuis 20 ans.



Jusqu'à maintenant, OK, ce sont des petits détails, mais même sur le fond, rien ne tient debout. Le personnage de Willy par exemple. C'est presque un cas d'école tant c'est mal foutu. Le type va aller jusqu'à commettre un acte vraiment atroce, mais... on s'en fout complètement. Pour plusieurs raisons. Déjà, les personnages en général ne sont pas du tout creusés, ils n'ont ni psychologie ni profondeur. Ce sont des flics cabossés par la vie, OK, mais leur spleen n'est jamais justifié, leurs actions borderline encore moins. 
On ne peut pas non plus s'inquiéter pour eux, prendre parti ou s'identifier car rien n'est fait dans ce sens. On ne voit pas leur souffrance, leur déchéance, leur côté humain, ils ne sont que des badass sans âme, des anti-héros autoproclamés, ce qui empêche toute implication émotionnelle pour le spectateur. 

Revenons au casting. Si certains choix sont excellents, comme Pierre-Marie Mosconi, là encore une vraie "gueule", d'autres sont plus... étonnants. Notamment Jean Reno, qui est comme d'habitude en souffrance (presque physique) dès qu'il doit enquiller deux phrases d'affilée. Perso, j'ai toujours peur qu'il s'arrête en plein milieu pour prendre un verre d'eau ou se mettre un coup d'inhalateur Vicks dans les naseaux. 
Niveau scènes, là encore on est parfois dans la maladresse pure (la scène de combat sur la plage, très peu lisible) ou le cliché énorme (pratiquement tout, mais citons la confrontation Vronski/Costa, à base de "fils de pute" et de concours de bite). 

Même la fin est totalement ratée. Marchal (qui signe aussi le scénario, comme quoi, scénariste, c'est un métier hein, il ne suffit pas d'aligner des idées) veut sans doute donner à sa conclusion un aspect tragique, mais malheureusement, ça tombe à plat.
Déjà, on ne comprend rien aux motivations d'un personnage secondaire entraperçu quelques secondes, mais qui visiblement tire les ficelles et agit d'une manière pour le moins... extrême et, encore une fois, totalement improbable. Ensuite, ce qui se déroule devant nos yeux concerne des personnages antipathiques ou, au mieux, transparents. Cela n'a donc aucun impact dramatique, car rien n'a été construit en amont pour permettre l'implication du spectateur. Et alors que l'on devrait avoir des frissons, on se dit juste : "Ah, pourquoi est-ce qu'ils font ça ? Tiens, il crève lui, finalement ? Il reste des chips ? Au fait, t'as pensé à enregistrer Koh Lanta ?"

Bronx est au final une sorte de polar générique, qui emploie des recettes et des stéréotypes qui ne sont pas maîtrisés. Ça se veut sombre et violent, mais ce n'est que ridicule et poussif. Sans un véritable squelette narratif pour les soutenir, les protagonistes ne sont que des pantins dont les gesticulations absurdes se déroulent dans l'indifférence la plus complète.

Dispensable.




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Gérard Lanvin.
  • Gérard Lanvin.
  • Je ne sais plus si je vous ai dit que j'étais un fan inconditionnel de Gérard Lanvin...
  • Bon, allez, Kaaris, parce qu'il est rigolo en serviette, à balancer des répliques que même Mimie Mathy refuserait.
  • Bourré de clichés, d'invraisemblances et de maladresses.
  • Des personnages creux, sans réels passé ou caractère.
  • Des dialogues frisant parfois l'indigence.
  • Nombreuses scènes inutiles ou incompréhensibles.
Chroniques des classiques : Les Plus qu'humains
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Œuvre phare d'un très grand écrivain, Les Plus qu'humains s'avère aujourd'hui assez ardu à apprécier. Est-ce dû à une traduction aux termes désuets ou à un style direct nuancé de visions plus poétiques et de nombreuses introspections ? Difficile à dire. Le fait est qu'il m'a beaucoup moins passionné que Cristal qui songe, malgré une entame rappelant par bien des égards cette affection si particulière que démontre Theodore Sturgeon pour les "freaks", cette tendresse pour les laissés-pour-compte qui détiennent, en outre, des pouvoirs terrifiants pouvant les placer au-dessus d'une humanité qui, au mieux, les rejette ou les marginalise, au pire les hait ou les craint.


Ça pourrait ressembler à l'un des thèmes de prédilection de Van Vogt, entre autres : la lutte de l'homme et du surhomme destiné à le remplacer. Pourtant, par son traitement et surtout la sensibilité particulière de l'auteur, on en est presque à l'opposé. Harlan Ellison parlait de Sturgeon comme d'une "créature mythique" disposant miraculeusement de "cette faculté et cette avidité de rencontrer l'amour et de le donner sous toutes ses formes" et le fait est qu'il a réussi à conquérir le cœur de lecteurs pourtant réfractaires à la science-fiction grâce à ses écrits sensibles, irrésistiblement centrés sur "l'espace intérieur de ses personnages " [cf. Marianne Leconte] ou "la fusion de deux êtres" [cf. Brian Aldiss]. Dès les années 50, où sa notoriété explosa par le biais de nouvelles brillantes et de ses rares romans, l'écrivain natif de Staten Island (de son vrai nom Edward Hamilton Waldo) s'est fait une place à part dans la SF, séduisant un lectorat bien au-delà du cercle des initiés et des conventions par des textes puisant régulièrement dans ses propres expériences (souvent douloureuses) et faisant la part belle à leurs protagonistes plutôt qu'aux intrigues ou au décor. Même s'il a tâté du space-opera (comme dans le recueil Méduse) ou du fantastique plus traditionnel (Fantômes & sortilèges) avec un certain talent, s'il a parfois évoqué le sort d'extraterrestres belliqueux (Killdozer), il a le plus souvent cherché à explorer la psyché de ses héros, êtres souvent malheureux ou rejetés, avec une préférence pour les enfants au destin tragique, mal-aimés ou exploités. Si Cristal qui songe est la pierre angulaire de son œuvre, Les Plus qu'humains est souvent considéré comme son chef-d'œuvre.

Aujourd'hui, le roman conserve sa singularité, avec des passages puissants et une grande richesse dans l'interprétation des émotions de ses personnages. Son découpage en trois parties est lié à sa forme originelle de publication en trois nouvelles : L'Idiot de la Fable, Bébé a trois ans et La Morale.
Mais ce sont les nombreuses ellipses auxquelles l'auteur fait appel pour introduire le suspense et laisser le lecteur dans l'expectative qui déroutent et font perdre quelque peu le fil d'une lecture, elle-même chaotique, où l'on suit en parallèle les tribulations d'un idiot télépathe, d'une jeune femme cloîtrée par un père bigot, d'une jeune télékinésiste s'ennuyant chez elle et d'un SDF qui finira par être sauvé par un groupe d'enfants prodiges vivant en marge, avant de devenir le leader de leur groupe.

Le récit saute de l'un de ces individus singuliers à l'autre, s'attarde parfois et change abruptement de point de vue comme de temps, la narration passant allègrement du présent au passé. La souffrance, la détresse, les interrogations de ces marginaux sont bien réelles, et particulièrement mises en valeur, mais disséminées entre les interludes, les dialogues subtils et délicieusement ciselés chez un psychiatre habile et perspicace, et les monologues intérieurs. Quelque chose de plus grand est suggéré mais d'une façon étrangement maladroite : l'évolution de l'espèce humaine qui tend vers une forme supérieure de l'humanité, un gestalt implacable et irrésistible dont la nature même modifierait points de vue sociaux et éthique personnelle, engendrant fatalement répressions et violences. 

À l'heure où le public a fini par être saoulé par les productions Marvel à grand spectacle et où les mutants (X-Men et consorts) abondent en tant que héros mal-aimés et incompris (Sense 8 ou Legion - cf. cet article chez les adultes, les Nouveaux Mutants au cinéma ou The Gifted en série - cf. cet article), le destin de ces enfants prodigieux ne peut guère surprendre. Seul le traitement de ces êtres hors normes changera la donne, pour peu qu'on s'y laisse prendre, qu'on se laisse porter par cette prose particulière par laquelle l'auteur tente d'infléchir insensiblement nos sentiments. Sturgeon mérite incontestablement son statut, bien que ses textes aient forcément perdu beaucoup d'impact.

 

+Les points positifs-Les points négatifs
  • Un classique considéré comme un chef-d'œuvre inégalé.
  • Un traitement sensible et délicat tant des particularités des personnages que de leurs préoccupations, leurs tourments, leurs doutes et leurs résolutions.
  • Un auteur au style encore surprenant, préférant l'introspection et les implications psychologiques ou sociales au suspense ou au spectaculaire.
  • Des personnages déroutants, à la souffrance palpable.


  • Une narration éclatée, presque expérimentale, qui nuit au développement des personnages et à la fluidité de la lecture.
  • Malgré des caractères forts et des aptitudes troublantes, les personnages sont difficiles à apprécier et manquent paradoxalement d'empathie. 
  • Une morale habilement développée mais qui peut désarçonner, voire choquer.
L'Institut, de Stephen King
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Ça commence comme un polar quelconque, avec un homme quelconque prenant un job quelconque dans une bourgade quelconque. Et puis, autre lieu, tout bascule : un gamin est kidnappé dans sa maison et transporté dans un institut où il se retrouve en compagnie d'autres enfants. Il ne sait pas pourquoi. Mais une chose est certaine : il ne veut pas demeurer là, à subir des tests incompréhensibles et à se languir de sa famille.

D'emblée, le lecteur habituel de Stephen King se retrouve en terrain connu dans ce livre sorti en France en janvier 2020, avec quelques éléments épars qui produiront des échos subliminaux : l’homme de loi, la bourgade isolée, les enfants, et une menace sourde, dissimulant un projet à la portée incommensurable. Et de fait, l’écrivain n’a rien perdu de ses qualités intrinsèques, quand bien même il utiliserait des thèmes et des méthodes bien éprouvés : certes, malgré l’aura de mystère entourant les agissements des membres de l’Institut, le suspense sera minimisé par des souvenirs d’autres circonstances, d’autres personnages sur des développements similaires. En revanche, cette faculté si fascinante qu’il a de nous prendre par la main et de nous présenter des caractères dans toute leur complexité, leur richesse, leur densité, nantis de leurs faiblesses, de leur passé (souvent) tragique, mais doués de qualités qu’ils ne soupçonnent parfois même pas, se révèle encore dans cet ouvrage qui sait parfaitement nous happer, nous intriguer, nous faire souffrir et frissonner, nous émouvoir et nous faire palpiter.

La construction, presque artificielle, peut étonner a posteriori : on commence par l’histoire de Tim qui échoue en Caroline du Sud lors d’un voyage où il tentait de refaire sa vie. DuPray, morne bourgade, n’offre aucune perspective en dehors de petits boulots éphémères, jusqu’à ce qu’on lui propose le poste de veilleur de nuit, associé au bureau du shérif. Un destin farceur le pousse à accepter, lui qui témoigne d'un passé douloureux dans les forces de l’ordre. On fait alors connaissance avec une poignée d’individus amoureusement ciselés par Stephen King, chacun, même le plus (apparemment) insignifiant, avec sa propre histoire faite de petits riens, d’anecdotes peu glorieuses et de drames familiaux en un lieu où rien ne se passe jamais, mais inscrit dans notre monde grâce à quelques astucieux rappels culturels (on évoque Game of Thrones par exemple). L’auteur s’étend avec aise entre ces rues désertes et décrit chaque recoin, chaque non-événement, s’appesantissant sur des détails dont on se dit qu’ils feront sens plus tard. Et, étrangement, on se surprend à goûter à cette litanie de rituels indolents, s’émoustillant de chaque petit secret tout en se demandant bien à quel moment apparaîtra l’Institut du titre.

Par quelques petites sentences bien ajustées : "Les grands événements naissent de petits riens." ou surtout "Il y réfléchissait encore quand l’enfer se déchaîna, un peu plus tard au cours de l’été…", King nous fait habilement signe, nous demandant de patienter tout en attisant notre curiosité. Le décor est planté, passons donc au vif du sujet.
Et à la deuxième partie.

Minneapolis. Luke, douze ans, vit chez des parents aimant et s’apprête à entrer à l’université. Car Luke est surdoué. Et on a immédiatement le coup de foudre pour ce garçon sensible, prodigieusement intelligent, raisonnant sur tout ce qui l’entoure tout en conservant une âme d’enfant soigneusement entretenue par son père taquin et sa mère affectueuse. Par certains côtés (son acuité singulière sur les événements, une certaine maturité précoce, une forme d’empathie), il nous rappelle Jake, l’un des personnages-clefs de La Tour sombre [cf. cet article]. Mais alors que ce dernier est proprement sacrifié dans la saga, Luke se fait ici enlever, et violemment.

Le voilà donc dans cet Institut où il comprend qu’il est prisonnier. D’autres enfants sont là, parfois plus âgés, parfois plus jeunes. Son esprit, d’abord endolori, va s’atteler à trouver les raisons pour lesquelles il se retrouve ici, sans nouvelles de ses parents, avec des individus peu amènes l'escortant dans l'optique de passer, de temps à autre, des tests dont il ne saisit pas l'objectif. Dérouté, perdu, il traversera des moments de doute et de chagrin mais trouvera dans ses camarades d’infortune la force nécessaire pour, d’abord, tenir bon, puis, ensuite, réfléchir, faire fonctionner son merveilleux cerveau. Il s’aperçoit bien vite que ce n’est pas pour son génie qu’il a été interné : le seul point commun entre tous les reclus, outre leur jeunesse, serait une capacité à utiliser des pouvoirs psychiques. Or, Luke, bien que supérieurement intelligent, n’a manifesté aucune des facultés dont font preuve ses compagnons d’infortune, il n’est ni télépathe, ni télékinésiste. Alors, quoi ? Autre chose ? Une terrible erreur ? Sauraient-ils sur lui quelque chose qu'il ignore ?

Et dans l’amertume d’un quotidien scandé par l’irruption de gardiens et des séances secrètes en laboratoire dont certains ne ressortent pas intacts, les enfants vont commencer à renforcer ce lien ténu mais précieux qui leur permet d’illuminer le monde qui les entoure, de les doter d’une carapace à l’épreuve des adultes : ils vont apprendre à compter sur eux-mêmes, développant une solidarité plus forte que leurs geôliers. Afin que, peut-être, comptant sur des ressources inespérées, profitant du moindre faux-pas de ces scientifiques illuminés ou de ces garde-chiourmes trop brutaux, l’un d’entre eux parvienne peut-être à s’enfuir, ou, du moins, à alerter l’opinion publique. Avant de disparaître dans l’oubli car, ils en sont de plus en plus certains, ils ne sortiront pas vivants de l’Institut.

En développant les rapports entre les enfants prisonniers, Stephen King développe avec un grand savoir-faire un récit dense et lancinant, proche des relations particulières décrites dans La Maison dans laquelle, ce magnifique roman de Mariam Petrosyan [cf. cet article]. Toutefois, l’auteur préféré de Nolt [cf. cet article] conserve encore quelques tours dans sa manche et parvient, sinon à surprendre, du moins à captiver en orientant petit à petit le récit vers une forme d’épopée futuriste, lorgnant parfois vers Akira ou Minority Report, alternant les moments de grandeur presque puérils qu’il affectionne avec des passages puissants, nous faisant ressentir la souffrance et la détresse de ces petits êtres exploités malgré eux, au nom d’un intérêt supérieur. Il y aura des sacrifices providentiels et des morts inutiles, des actes de torture et des exploits héroïques, des larmes et des confidences, des secrets révélés et d’autres qui se terrent, attendant d’être à leur tour exhumés pour le plus grand malheur des hommes. Et, au fond, comme dans la boîte de Pandore, un peu d’espoir (et beaucoup d’amour).

Riche, intense, parfois poignant, exaltant, un très grand roman appelé à être transposé à l'écran dans une série (si elle est du niveau de The Outsider sur Amazon Prime, je suis preneur).


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un univers et des invariants connus, qui nous donnent une sensation de confort appelant à la lecture.
  • Des personnages ciselés, décrits par le menu qui font qu'on les adore ou les déteste (ou les deux).
  • Des moments très intenses, des drames poignants, du sang et des larmes.
  • Des actes héroïques et/ou désespérés dans une construction allant crescendo.
  • Plein de petits clins d'œil à la pop-culture, des jeux vidéo au cinéma ou aux séries télévisées.
  • Un finale à la hauteur des enjeux.
  • Un projet souterrain dépassant (et justifiant) le sacrifice de quelques-uns, et amenant à quelques réflexions intéressantes sur les limites du "quoi qu'il en coûte".


  • Un déséquilibre un peu embarrassant entre le destin de Luke et celui de Tim, dont on se doute qu'ils vont se croiser.
  • King fait du King, et cela peut gêner les amateurs de nouveautés et de surprises.
Concours The Wretched - Visitez les catacombes de Paris !
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Hey les amis ! Voilà Halloween qui approche à grands pas, du coup, on a décidé de vous terroriser un peu. Enfin, on va essayer...

Tout d'abord avec The Wretched qui sort en Blu-Ray et DVD le 2 décembre 2020. Mais aussi avec une visite des... catacombes de Paris ! Ah, là niveau ambiance, difficile de faire mieux. 

Nous nous sommes donc associés avec nos amis de Koba Films pour mettre sur pied un concours célébrant l'épouvante, les frissons et vos talents dans le domaine du déguisement. 


Pour participer, rien de plus simple, il suffit de :

- Liker les pages Facebook de UMAC et Koba Films

- Partager la publication du concours de la page UMAC (en mode public) sur votre profil

- Nous envoyer une photo de vous dans votre plus beau déguisement d’Halloween !

Il est possible de poster votre photo dans les commentaires sur la publication Facebook ou de nous l’envoyer par mail. Vous pouvez également masquer votre visage (le flouter, le couper) si vous ne souhaitez pas apparaître sur notre album dédié au concours.


Vous pouvez participer et envoyer vos photos du 27 octobre au 7 novembre. La phase de vote se déroulera du 8 novembre au 14 novembre. Les participants ayant reçu le plus de likes sur leurs photos seront départagés par le staff UMAC.

Les lots seront envoyés à partir du 2 décembre (date de sortie de The Wretched) !
En ce qui concerne la visite des catacombes, la date sera fixée avec le gagnant en fonction de la situation sanitaire. 

À vos costumes !
Virgul, lui, a déjà le sien. Rassurez-vous, il n'a pas le droit de participer. Déjà parce qu'il fait partie du staff, et puis bon, aussi un peu parce que c'est un chat, le concours étant honteusement réservé aux humains.