Publié le
22.6.20
Par
Nolt
Gros plan sur un pavé rassemblant les figures les plus connues de l'univers de DC Comics, magnifiquement mises en images par Alex Ross : Les plus grands Super-Héros du monde.
La faim dans le monde, la douleur et le désespoir face à la perte d'un être cher, les préjugés et les différences culturelles, la maladie ou le handicap... que peuvent les héros face à ces fléaux bien réels et terriblement humains ? Les super-vilains ne sont pas forcément l'ennemi le plus dangereux. Face à des menaces plus simples mais aussi plus cruelles, les Masques sont parfois démunis. Sans doute parce que les idées reçues ne peuvent être vaincues à coups de crochet du droit, pas plus que les mentalités ne peuvent être changées grâce à un lasso magique.
Bientôt, la Ligue de Justice va devoir affronter un virus. Est-elle équipée pour cette tâche ingrate ? Le monde est-il seulement prêt à accepter l'aide de ces étranges dieux aux costumes bariolés ?
Disons-le tout de suite, avec cet imposant comic, le choc est avant tout visuel. Le grand format et un papier glacé rendent tout à fait justice aux sublimes dessins d'Alex Ross (Earth X, Marvels). De la froideur urbaine et nocturne de Gotham aux déserts les plus lumineux en passant par une simple ferme de la campagne américaine, tous les paysages sont passés en revue et magnifiés par l'habileté de l'artiste et de ses peintures. La richesse des décors est exceptionnelle, le réalisme des visages poussé à l'extrême, bref, le lecteur découvre presque chaque planche comme une oeuvre d'art à part entière.
Couleurs et jeux de lumière renforcent encore cette volonté d'esthétiser chaque scène. Au final, le rendu dépasse en impact visuel la photographie, même en ce qui concerne les scènes les plus banales.
Le scénario est l'oeuvre de Paul Dini (en collaboration avec Ross). Il signe également l'intégralité des textes. Dans un premier temps, quatre personnages cultes sont au centre d'une courte histoire. Superman, Batman, Shazam et Wonder Woman sont ainsi mis en scène
(avec un bref rappel de leurs origines) dans leur représentation la plus iconique possible, dans un souci avoué d'intemporalité. D'autres personnages viennent s'ajouter à la bande lors du dernier épisode, centré sur la JLA. L'occasion de faire rentrer en scène Flash, Aquaman, Hawkman, Green Arrow ou encore, entre autres, Martian Manhunter et Green Lantern. Notons que cette dernière aventure est d'ailleurs dialoguée, à l'inverse des précédentes.Les récits en eux-mêmes n'ont rien de bien palpitants et se révèlent même quelque peu naïfs voire donneurs de leçon, même si l'on peut dénicher ici ou là un début d'émotion. Mais, l'intérêt principal ne résidant pas là, on passera vite sur le manque d'ambition narrative pour ne garder que l'exceptionnel travail graphique, chaque planche étant soignée et pouvant s'admirer comme un tableau à la composition minutieuse.
L'ouvrage contient une intro de Chip Kidd, des infos sur la genèse du projet, de nombreux croquis et photos (avec explications sur la manière de travailler de Ross, partant d'un croquis pour définir la posture et le costume d'un mannequin dont la photo servira de base au dessin final), ainsi que des vues "panoramiques" des héros, sur plusieurs planches. Plus le petit topo habituel sur les auteurs.
Publié en 2008 par Panini, l'ouvrage a été réédité en 2017 chez Urban Comics (et est toujours disponible en neuf, au prix de 35,00 €).
C'est beau, très beau même, mais il faut apprécier le style narratif, éclaté, froid, souvent sans dialogues, et mettre de côté l'intérêt intrinsèque du récit. Presque plus un artbook pour collectionneur ou une jolie introduction aux grands mythes de DC qu'une véritable saga palpitante. Mais quelle claque visuelle !
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Publié le
21.6.20
Par
Nolt
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| Style graphique de l'épisode 1, par Tercio. |
Spider-Man, c'est un concept qui fonctionne. Il fonctionne d'ailleurs tellement bien que Marvel l'a déjà décliné en manga ou dans une version indienne (cf. ce dossier pour un aperçu visuel). En 2007, c'est aux vieux contes de notre enfance que la Maison des Idées s'attaque, avec quatre épisodes fort différents, reprenant chacun un mythe connu (ou pas) à la sauce arachnéenne.
Tout cela s'inscrit en fait au sein d'un plus vaste projet, écrit par C.B. Cebulski et mis en images par des dessinateurs diffférents pour chaque épisode. C'est en 2006 que la série Fairy Tales est lancée. Les quatre épisodes de cette année-là sont alors consacrés aux X-Men. Après l'univers arachnéen, ce sont les Avengers, en 2008, qui seront déclinés selon la même thématique.
Mais c'est bien sur le monde du Tisseur que l'on se concentre aujourd'hui.
Le premier épisode revisite Le petit chaperon rouge. Les graphismes, très stylisés (mais assez jolis), sont de Ricardo Tercio. L'ambiance est cartoony, les décors dépouillés.
Dans un village de bûcherons, la population doit faire face à des attaques de loups (une certaine Gwen est d'ailleurs au nombre de leurs victimes). Il y a bien une rumeur, concernant un protecteur arachnéen, mais Jonah Jameson, le boss des bûcherons, n'y croit pas un instant.
Bref, la jeune Mary Jane, voulant faire plaisir à Peter, va se mettre en route à travers bois pour aller porter de la bouffe à la tante May, qui bien entendu n'a rien trouvé de mieux que d'aller vivre au milieu de la forêt... ah, elle nous aura fait chier jusqu'au bout celle-là !
Tout cela est très enfantin, bien sûr, mais assez agréable à lire et bourré de références plus ou moins subtiles (par exemple, la chatte de MJ s'appelle Felicia).
La deuxième histoire traite d'un conte africain et met en scène le premier Spider-Man, aux prises avec des élémentaux, le tout dans une très belle et lumineuse ambiance visuelle signée Nico Henrichon. Le troisième récit est une variation nippone sur les origines du Tisseur avec, pour cadre principal, une légende faisant la part belle aux fantômes et à un esprit plutôt "mordant". Le tout est dessiné par Kei Kobayashi et est saupoudré de décors traditionnels japonais, de sabres et d'une pointe de philosophie asiatique.
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| Style graphique de l'épisode 2, par Henrichon. |
Enfin, tout cela se conclut par une sorte de Cendrillon inversé, avec un mystérieux chevalier séduisant la princesse Gwendolyn et devant s'éclipser avant minuit, en évitant si possible les gardes de la Goblin Brigade. Ambiance médiévale européenne, avec un Parker au service, à cause d'un coup du sort, du seigneur Osborn.
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| Le style Dragotta, salopé par le duo Allred. |
Au final, Cebulski a donc puisé dans les légendes de trois continents pour nous livrer ces Fairy Tales. Attention, l'on est ici très loin de la qualité et de l'ambition d'un Fables, mais ces déclinaisons de contes sont dans l'ensemble suffisamment originales et amusantes pour intéresser des collectionneurs à la recherche de récits un peu décalés. De plus, les dessinateurs alternant à chaque épisode, tout le monde devrait trouver au moins quelques planches à son goût. Enfin, ce sont des one-shots, donc des histoires complètes. Notons, pour info, qu'une quatrième fournée était prévue (sur les Fantastic Four), mais qu'elle n'a finalement jamais vu le jour.
À notre connaissance, cela n'a toujours pas été édité en français. À l'époque, l'on pouvait mettre la main sur l'ensemble en VO pour plus ou moins 8 €, port compris. A priori, c'est bien plus onéreux actuellement (une vingtaine d'euros pour le TPB, une quinzaine pour les 4 épisodes en floppy : c'est bien trop cher pour ce que c'est). Si toutefois vous parvenez à le trouver à un prix raisonnable, voilà qui pourrait faire office d'introduction à l'univers Marvel (et même à l'anglais ! hop, quelques heureux bambins arrachés à la médiocrité des traductions de Panini) pour vos enfants.
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| Style graphique de l'épisode 3, par Kobayashi. |
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Publié le
20.6.20
Par
Nolt
Nouvelle variation sur le thème du héros pas si "super" que ça avec Cla$$war.
American vient de péter les plombs. Après des années passées au service de son pays, il s'en est pris au président lui-même, allant même jusqu'à lui "tatouer" un brûlant "LIAR" (menteur) sur le front. Les magouilles et les secrets d'état ont eu raison du premier super-soldat de l'Amérique.
Les médias s'intéressent évidemment de très près à l'affaire et, dans l'ombre, les hommes de pouvoir ont déjà trouvé la parade : l'invasion d'une petite île sous un fallacieux prétexte. C'est là-bas que vont se retrouver American et les membres du groupe Enola Gay, dont il faisait lui-même partie. Ses anciens compagnons d'armes ont pour mission de l'éliminer.
Plus de 100 000 vies vont être pulvérisées dans l'affrontement.
À grands pouvoirs, responsabilité zéro.
Voilà une thématique certainement usée jusqu'à la corde mais qui fonctionne toujours : les méchants américains dirigeant le monde à coups de grandes entreprises et de président débile (en ce moment, remarquez... le Donald, ce n'est clairement pas une lumière).
C'est Rob Williams qui est en charge du scénario, les dessins sont, quant à eux, l'œuvre de Travel Foreman et Trevor Hairsine.
En fait de pouvoirs, c'est surtout ici du pouvoir politico-économique dont il est question, les surhommes n'étant présents que dans un vague souci de symbolisme. Les références à des faits réels sont nombreuses (assassinat de JFK, émeutes de Los Angeles, invasion de la Grenade) mais souvent utilisées de manière trop simplistes pour vraiment enrichir le propos de l'auteur. L'extraction des scientifiques nazis après la fin de la seconde guerre mondiale est par exemple implicitement présentée comme condamnable dans l'absolu sans que jamais il ne soit rappelé le contexte de l'époque (il était tout bonnement impossible de laisser les plus grands cerveaux européens tomber aux mains des soviétiques). Autre exemple frisant le ridicule, Lincoln est cité en référence morale alors qu'il est responsable de la guerre ayant tué le plus grand nombre d'Américains dans l'Histoire... et qu'il n'a jamais eu l'intention à la base d'interdire l'esclavagisme dans les États où il était pratiqué. Il y a parfois un gouffre entre l'imagerie populaire et la réalité historique, dommage que certains auteurs se réfèrent si souvent à la première et si peu à la seconde.
Du coup, qu'est-ce que ça vaut, tout ça ?
Eh bien, au-delà du côté très manichéen, certaines scènes sont tout de même spectaculaires voire dérangeantes.
Le boulot de Trevor Hairsine et Travel Foreman (qui s'en sortent mieux au niveau des décors ou moyens de transport que des visages) ne peut guère être critiqué tant il offre une vision réaliste et assez répugnante de la violence sous toutes ses formes. Mâchoire qui se décroche sous un crochet du droit, type qui..."chie" ses boyaux, têtes arrachées ou éclatées comme des pommes trop mures : on ne fait pas dans la dentelle et c'est tant mieux. Après tout, l'horreur se doit de susciter des grimaces de dégoûts et non une fascination esthétisante.Ce comic aligne également quelques points forts plutôt intéressants : une belle brochette de salopards, un président des États-Unis tourné parfois en ridicule mais avec un réel humour, une très belle scène de lecture de pensée (par Confusion, l'un des personnages) après un shoot et, d'une manière générale, de l'adrénaline non-stop.
Cependant, la qualité globale n'empêche pas le côté plutôt convenu et limité du fond.
Sur la quatrième de couverture, il est fait référence à Watchmen. N'exagérons rien, on en est loin ! D'ailleurs, dans le genre, en plus subversif et plus habile, l'on pourrait citer The Boys, une oeuvre qui, elle, ne se nourrit pas que de clichés de comptoirs.
Publié en 2005 chez Delcourt, ces six épisodes vont être réédités, en VO, par Image dans un TPB en juillet prochain (au prix de 15,92 €).
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Publié le
17.6.20
Par
Nolt
Coup d'envoi, le mois prochain, de la nouvelle collection Panini : Must Have.
Voilà ce qui manquait dans l'usine à gaz des collections Panini : un nouveau label permettant de rééditer, encore et encore, les mêmes histoires. Et vous allez voir, rien que l'explication de l'éditeur vaut le détour. Il faut savoir que Panini a sorti un document PDF (ils doivent avoir un stagiaire de troisième qui sait comment faire) pour présenter le binz. Et dans l'introduction, on nous dit que les récits Must Have sont issus d'une sélection faite parmi la collection Best Of Marvel. Sauf que, non, la plupart des sagas dont il est question n'ont jamais été publiées en Best Of. C'est vraiment des génies, ils ne savent même pas ce qu'ils publient [1]... ceci dit, si c'est déjà en Best Of, pourquoi le rééditer ? Et si c'est une question de collection à "petit prix", pourquoi ne pas utiliser la collection Marvel Select ?
Bref, il ne faut pas trop chercher une logique là-dedans, c'est déjà bien, vu le niveau de la bande, qu'ils arrivent à manipuler des livres sans se les foutre dans l’œil.
Nous allons nous pencher sur les comics qui ont été sélectionnés et qui sont censés constituer le "cœur de la bibliothèque Marvel idéale". Or, vous allez constater que tout ne se vaut pas, loin de là.
On va commencer avec les poids lourds incontournables, qui effectivement valent largement le détour.
Parmi ceux-ci, il y a bien évidemment Civil War, un conflit opposant les super-héros entre eux suite à un drame survenu pendant le tournage d'une émission de télé-réalité. Excellent event, probablement même la saga Marvel la plus aboutie et intéressante de l'ère moderne. Panini précise que ce comic comprendra les Civil War #1 à #7, donc uniquement la série mère. C'est déjà bien, mais dites-vous, si vous découvrez ce récit, que vous n'aurez qu'un très léger aperçu de cette immense épopée (cf. notre dossier Civil War, et notamment la checklist à la fin, pour vous donner un aperçu de l'ensemble : plus de 120 épisodes sont concernés).
On continue avec Avengers : Disassembled, qui se situe chronologiquement avant Civil War (n'hésitez pas à consulter notre Chronologie Marvel pour pouvoir plus aisément situer tout cela). Là encore, c'est du très bon. Il s'agit de la fin des Avengers, précipitée par des événements assez tragiques. C'est d'ailleurs ce qui donnera naissance aux New Avengers (cf. cet article consacré à la séparation et à la renaissance des Avengers).
Seul petit bémol, si vous ne connaissez pas du tout les personnages secondaires, certaines scènes auront une portée émotionnelle bien moindre.
Toujours dans la catégorie "c'est un hit et ce serait dommage de passer à côté" : Old Man Logan.
Où un Wolverine vieillissant, dans un futur dystopique, doit effectuer un dangereux road trip en compagnie de son pote Hawkeye (voir cet article pour plus de détails).
Crépusculaire, violent, bien écrit et accessible (même si les habitués pourront apprécier un paquet de références).
Enfin, difficile de passer à côté de l'excellent Planet Hulk (cf. cet article).
C'est bien simple, c'est du pur génie, on a rarement vu mieux en termes de qualité d'écriture. Même si Hulk ne figure pas parmi vos personnages favoris, ce mélange de science-fiction et de péplum fait aujourd'hui figure d'incontournable.
Bref, ces quatre-là, pas de souci, vous pouvez foncer dessus !
Je serais même tenté d'ajouter l'arc 4 issu de la série Fantastic Four - Marvel Knights. Le scénariste a opté ici pour une approche assez réaliste (en comparaison de ce qui se fait habituellement sur la série) et terre à terre, avec une intrigue très pragmatique qui délaisse un peu le cadre super-héroïque habituel. Ajouter à ça de superbes planches et une Sue Storm-Richards charmante qui a un rôle central, et l'on obtient quand même du très très bon (cf. cet article).
Viennent ensuite des récits plutôt intéressants, ou ayant au moins quelques qualités disons, mais que l'on peut difficilement qualifier de "must have".
Par exemple Spider-Verse. OK, c'est sympa de retrouver toutes ces versions alternatives du Tisseur (cf. notre dossier sur les tenues de Spider-Man), mais le récit s'avère poussif et manque singulièrement de lyrisme, voire d'habileté (cf. cet article). Même les Héritiers au complet sont moins effrayants que Morlun, seul, sous la plume de Straczynski (cf. notre dossier sur le scénariste ainsi que la saga The Other). Ce choix de saga n'est clairement pas à la hauteur de la tête d'affiche de la Maison des Idées.
Viennent ensuite, en vrac, le Daredevil de Frank Miller (épisodes #1 à #5), effectivement un classique mais déjà souvent réédité (et les Daredevil de Bendis, dans un registre thématique similaire mais plus moderne, auraient sans doute constitués un meilleur choix). Il y a également des tomes consacrés aux "petits nouveaux", comme Miles Morales ou Kamala Khan (qui endossent les costumes de Spider-Man et Miss Marvel). C'est plutôt bien écrit, mais il s'agit ici de protagonistes trop peu connus et trop récents pour leur attribuer ainsi un rôle de têtes d'affiche. Là encore, les premiers Ultimate Spider-Man, de Bendis (cf. ce dossier), auraient pu constituer un meilleur choix.
L'on peut encore citer le Iron Man Extremis (cf. cet article), qui constitue sans doute un choix correct, mais qui est objectivement loin d'atteindre le niveau d'un Old Man Logan ou d'un Planet Hulk, ainsi que Deadpool massacre Marvel (faut aimer...), L'Ascension de Thanos
(avec du bon et du moins bon, cf. cet article) ou La Mort de Wolverine (qui n'a aucun intérêt vu que Marvel refuse d'entériner ces fameuses "morts").Et il faut ajouter le Venom : Dark Origin, qui sort du lot avec son petit côté horrifique. Cet arc, qui revient sur la jeunesse d'Eddie Brock et les débuts... ben, de Venom, forcément, bénéficie en outre de dessins souvent spectaculaires. Et comme en plus il s'agit d'une "origin story", c'est parfaitement accessible. Celui-là, j'hésite même à le faire figurer avec les poids lourds (mais j'avoue que je ne l'ai pas relu depuis un bail et que le récit n'est plus très clair dans mon esprit, du coup, je reste prudent).
Reste ce qui, selon moi, n'est pas un bon choix (même si ce sont des classiques) : Le Gant de l'Infini et la Saga du Phénix Noir. Certains vont bondir, même au sein de l'équipe UMAC, mais ces récits, même s'ils ont une valeur historique, sont bien trop datés, surtout pour le public ciblé.
L'intérêt d'une telle collection, c'est bien d'attirer de nouveaux lecteurs, non ? Bon. Et est-ce que vous pensez, honnêtement, qu'en lisant le Phénix Noir, un adolescent (ou même un adulte d'ailleurs) va se dire "wouah, c'est génial les X-Men, je vais m'en acheter d'autres !" ? Bah, non. Il n'ira même probablement pas au bout de sa lecture. D'abord parce que la narration est bien trop lourde et archaïque, ensuite parce que la VF va achever de le dissuader (car si certaines rééditions Hachette sont réécrites, là, c'est du pur Coulomb hein... cf. cet article pour vous donner un avant-goût du désastre).
Donc, ces deux-là, évitez, sauf si vous est un complétiste et que vous aimez les vieilleries indigestes.
Plus généralement maintenant, sachez que les premiers tomes (qui sortiront le 1er juillet) seront disponibles au prix de 14,95 €. Ce qui est franchement correct. Par la suite, pour certains tomes plus étoffés (Planet Hulk), le prix passera à 19,95 €. Par exemple, Old Man Logan, qui fait 232 pages, sera à 14,95 €, mais tous les ouvrages dépassant les 248 pages se verront appliquer le second tarif... ça fait un peu mal au cul de payer 5 euros de plus pour quelques pages supplémentaire, surtout que Panini n'a pas les mêmes contraintes économiques qu'un petit éditeur, mais admettons. Faut bien qu'ils bouffent ces gens-là, ils ont beau être nuls, ils ont quand même un estomac.
Pour résumer, si vous ne parlez pas du tout anglais et que vous souhaitez découvrir du très bon Marvel, ruez-vous le sourire aux lèvres sur Civil War, Avengers : La Séparation, Old Man Logan, Planet Hulk, Marvel Knights Fantastic Four : 4 et même Venom : Dark Origin.
Si les nouveaux personnages vous intéressent, les arcs consacrés à Miles Morales et Kamala Khan sont aussi plutôt bons.
Pour le reste, bof... et pour le Phénix Noir, fuyez, malheureux ! N'allez pas vous faire coulombiser dans ce récit verbeux et totalement obsolète (qui n'a rien à voir d'ailleurs au niveau de la forme avec les adaptations ciné qui en ont été faites, contrairement à ce qu'affirme Panini).
Et si vous avez un petit niveau d'anglais, même fin de collège, arrêtez de filer du pognon à des sagouins et achetez de la VO (cf. cette collection par exemple), au moins, non seulement vous aurez un texte "propre" mais, en plus, vous allez améliorer votre niveau en langue vivante (d'ailleurs, si vous êtes au collège ou au lycée, voilà une parfaite excuse pour inciter vos parents à vous acheter des comics).
[1] Ou alors, c'est une sorte de sous-collection dérivée de la collection Best Of. Mais si c'est le cas, d'une, c'est très mal expliqué (cf. l'extrait ci-dessous), de deux, c'est quoi le message envoyé aux lecteurs quand on sélectionne des "must have" au sein de ce qui est censé être déjà le "best of" de l'éditeur ? Quel foutu sens ça peut avoir ? Et trois, il ne s'agit tout de même pas d'une "sélection d'albums de la collection Best Of", puisqu'ils n'ont jamais figuré dans cette collection pour la plupart.
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Publié le
15.6.20
Par
Nolt
Vous l'ignorez sans doute mais vous êtes peut-être, selon les normes actuelles, "raciste". Gros plan sur une dérive liberticide de plus avec les ahurissantes décisions de Wizards of the Coast, éditant le célèbre jeu Magic.
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| WotC obtient le Virgul d'or de l'entreprise la plus prompte à tenter de se refaire une image en profitant de la mort d'un homme. |
Cela a également donné lieu à des déclarations étonnantes, ainsi que certains débordements, en France, pays pourtant socialement et historiquement à des années-lumière des États-Unis. Car, non, contrairement à ce que veulent faire croire certains, la police n'est pas raciste dans ce pays. Et si l'on évite de leur cracher dessus ou de leur tendre des embuscades, on ne se fait pas frapper ou taser par des flics. Ce sont eux qui subissent à l'heure actuelle, en s'en prenant plein la gueule sans avoir le droit de riposter, ni même de poursuivre ceux qui les agressent.
Bref, cette mise au point étant faite, passons au sujet qui nous intéresse : Magic.
Wizards a annoncé il y a quelques jours que des cartes jugées "racistes" allaient être retirées du jeu. En général, à cause d'une illustration, d'un intitulé ou d'un effet. Jouant à Magic depuis des années (moins récemment, mais il est question de cartes anciennes), je n'ai jamais constaté la moindre dérive raciste dans ce jeu (que ce soit en anglais ou dans la version française). Alors, certains vont me dire que je ne peux pas juger parce que je suis Blanc. Ce à quoi je répondrai, préventivement, que ma couleur de peau n'endort pas mon esprit et ne fait pas baisser mon QI. Je suis capable de remarquer des insinuations ou des dessins insultants même si je ne suis pas l'objet de ces insultes.
Bref, Wizards, à qui l'on ne demandait rien, s'est empressé de répondre quand même à cette urgente non-attente en listant quelques cartes jugées non politiquement correctes et qui seront retirées du jeu et des tournois.
On va prendre un exemple, accrochez-vous, parce qu'il est sacrément gratiné. Parmi les cartes cibles du courroux de Wizards, on retrouve par exemple Invoke Prejudice. On vous la met, ci-contre. Profitez bien, ça va devenir collector. Alors, dans ce cas, la carte est jugée "raciste" pour deux raisons : l'illustration (?) et le fait que l'effet dans le jeu est basée sur la "couleur" des créatures (??).
Wow... pour être honnête, quand j'ai vu ça (sur le mur facebook d'un ami) j'ai cru au départ à un article parodique du Gorafi. Mais non, c'est vrai. Et donc assez flippant pour l'avenir...
Tout d'abord, l'illustration n'est en rien raciste en elle-même. On voit des individus (dont on ne connaît même pas la couleur) avec des capuches et une hache. Il n'y a aucun message, aucune allusion à quoi que ce soit. Pour trouver ça raciste, il faut être déjà bien tordu et soi-même interpréter subjectivement ce dessin. Mais le pire, c'est encore l'effet portant sur la couleur. Ici, il ne s'agit pas de races, mais de couleurs de cartes. Le jeu Magic dans son ensemble est basé sur ça !
Les terrains, les créatures, les sorts, sont de cinq couleurs : blanc, vert, rouge, bleu et noir. Certains effets affectent les cartes ou créatures d'une certaine couleur. C'est l'une des mécaniques principales du jeu. En quoi est-ce raciste ? À quel point il faut être demeuré et extrémiste pour ne serait-ce qu'imaginer qu'il y a ici une volonté ou un message raciste ?
Et puis surtout, ça va vraiment aider les George Floyd du monde entier de savoir que Invoke Prejudice ou Crusade ne figurent plus dans les decks des joueurs. Car, comme souvent, les faux humanistes se précipitent pour condamner des symboles (qu'ils inventent, puisque les vrais sont déjà interdits), au lieu de chercher à aider ceux qui souffrent et sont réellement victimes de violences ou de ségrégations.
Cette censure insensée s'inscrit dans un vaste mouvement, soutenu par des groupuscules sectaires minoritaires mais très actifs, qui prend de plus en plus d'ampleur. Rappelez-vous les "experts" exigés par certains afin de relire les manuscrits des auteurs (cf. Mendeleïev vs la police de l'écriture), ou encore la X-Card, importée par des fascisto-fragiles dans le monde du jeu de rôles (cf. Ces gens terrorisés par l'Imaginaire). L'on voit bien que, très rapidement, ce diktat s'étend à toutes les sphères artistiques et ludiques : BD (cf. cet article), jeux de rôles, romans, films, DA (cf. par exemple cet article), jeux de cartes...
Pire, c'est la société dans son ensemble qui est aujourd'hui menacée. Car ce mouvement liberticide et absurde, qui ne défend en aucun cas les victimes réelles du racisme mais amenuise les droits et libertés du citoyen lambda, tend à être soutenu par des organismes, sociétés et éditeurs qui surfent non sur un éventuel combat idéologique, mais bien sur la mode abjecte qui consiste à paraître plus "propre" que le voisin tout en se faisant un peu de pub au passage.
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| Voilà une carte qui n'est pas jugée offensante. Et elle ne l'est évidemment pas, mais ça montre le côté deux poids, deux mesures. |
Quelles vont être les inepties suivantes ? Faudra-t-il retirer les pièces noires des Échecs ? Ou bannir de notre vocabulaire chaque mot qu'un illuminé trouvera "blessant" ou "incorrect" ?
Et que vont devenir ces chevaliers de la bienséance, qui s'écroulent en tremblant à cause d'une carte, d'un roman de Tolkien ou du dernier Astérix, le jour où ils affronteront la véritable violence, celle qui dans la vie laisse des traces de sang sur le trottoir et sépare les individus non selon leur couleur mais leurs actes ? Si des jeux et des fictions les blessent à ce point, pourquoi ne pas aller sur le terrain, là où des innocents, de toute couleur, s'en prennent plein la gueule à cause de gangs et de voyous soutenus par certains médias et encouragés par des rappeurs décérébrés ?
Si tu veux être un héros, petit SJW, ce ne sont pas les occasions et les injustices qui manquent. Bien sûr, c'est un peu plus dur d'aller traquer la racaille IRL que de condamner des cartes ou des livres sur twitter. Mais bon, on mène les combats de ses ambitions.
Attention, il ne s'agit pas de dire que tout est possible en matière de fiction ou de jeu. J'ai notamment vivement condamné la publication de l'ouvrage pédo-pornographique Petit Paul par exemple (un ouvrage illégal de fait, malgré l'absence de réaction de la justice). Et je condamnerais de la même manière toute œuvre raciste. Parce que, comme je l'ai souvent dit, les gens ne doivent pas se juger sur ce qu'ils SONT mais sur ce qu'ils FONT.
Si tu agis bien, tu es quelqu'un de respectable.
Si tu agis comme une merde, tu es une merde, et ta couleur, ton sexe, ta religion ou ton orientation sexuelle n'y changeront strictement rien.
Je sais très bien que cet article n'aura pas d'effet. Comme je l'ai déjà dit également, l'ère qui s'ouvre appartient dorénavant aux censeurs et aux extrémistes, tous ces gens qui, au nom du Bien Absolu et de leurs critères personnels, vont charcuter les pages, verrouiller les jeux, limiter notre horizon et appauvrir notre langue.
Nous n'en sommes qu'au début de ces exactions. Ce seront probablement nos enfants ou nos petits-enfants qui connaîtront les pires dérives.
Mais il convient de ne pas perdre espoir. L'Église, qui naguère régissait tout dans la société, n'a plus aujourd'hui aucun pouvoir. Et Rome, qui autrefois ne contrôlait pas seulement le monde mais était le monde, n'est plus aujourd'hui qu'un souvenir. De la même manière, ces barbares modernes, se gargarisant de nobles idéaux qu'ils ont dépravés, finiront par chuter. Oh, ce ne sera qu'une mince fissure, au départ, dans une seule pierre de leur ignoble citadelle. Probablement quelqu'un qui tombera, par hasard, sur un ancien livre, de l'époque d'avant la Grande Censure, et qui se dira "Mince, mais pourquoi avons-nous perdu cela ? Pourquoi est-ce interdit ?"
Et puis, barbelé après barbelé, barreau après barreau, la résilience, l'intelligence et le courage des plus éclairés saperont les fondations de cette prison qui ne dit pas son nom. Jusqu'à sa chute, totale, définitive et salvatrice. Il ne s'agit même pas d'espérer que les plus valeureux l'emporteront, mais de simplement constater que la roue tourne et que rien, jamais, nulle part, quelle que soit sa capacité de nuisance, n'est éternel.
C'est devenu très commun d'entendre des gens dire "je suis offensé par ça", comme si ça leur donnait des droits. Ce n'est rien de plus que des pleurnicheries. Ça n'a aucun sens, aucun but. Il n'y a aucune raison valable de prendre ça en compte. Tu es offensé ? Très bien, et alors quoi ?
Stephen Fry, acteur, réalisateur et écrivain britannique.
(Précisons, pour ceux qui ne le connaissent pas, que Fry est loin d'être un racisto-fasciste. Il soutient le parti travailliste, ne souhaite pas exterminer les personnes souffrant de troubles mentaux mais est au contraire président d'une association leur venant en aide, il est également athée et ouvertement homosexuel. Ceci dit, il pourrait bien être catholique et hétérosexuel que ses propos n'en seraient pas moins justes.)


































