Un Stephen King décevant ?
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Nous revenons aujourd'hui sur le roman Billy Summers, déjà chroniqué ici même.

Si l'excellent Vance avait, à raison, pointé du doigt les qualités bien réelles du roman, il convient également d'en souligner les nombreux défauts, ce qui en fait un roman très particulier dans la bibliographie de Stephen King, plus habité à bâtir avec brio ses intrigues qu'à s'embourber dans des ornières scélérates. Si vous êtes un de nos lecteurs de longue date, vous savez à quel point j'apprécie King et sa prose, notamment sa manière très habile de donner de la profondeur aux personnages et d'en faire des vecteurs d'affects (cf. cet article ou encore cette analyse). Mais succomber avec délice aux sorts du vieux sorcier du Maine n'empêche pas de temps en temps de prendre un peu de recul lorsqu'il semble céder à la facilité ou à de désagréables tendances.

Tout d'abord, convenons que ce roman n'est pas réellement mauvais, il est mauvais "pour un King", ce qui déjà le classe au-dessus de la moyenne, l'écrivain étant suffisamment expérimenté et virtuose pour parvenir malgré tout à intéresser et à émouvoir. Mais le savoir-faire qui la plupart du temps était au service d'un fond solide semble ici ne cacher qu'un grand vide. Ou de coupables égarements.
Commençons par la structure même de l'intrigue, qui va piocher dans ce que King a déjà fait. En effet, si l'on a un fort sentiment de déjà-vu à la lecture de ce roman, c'est parce qu'il paraît en réalité être fait de "morceaux" structurels de romans précédents. 
La (longue) première partie ressemble beaucoup à 22/11/63, roman quand lequel un prof attend dans le passé le jour où JFK va se faire buter tout en se liant d’amitié (voire plus) avec les gens du coin alors qu’il endosse une autre identité. Or, ici, il s'agit d'un tueur qui attend dans le présent le jour où un prévenu va se faire transférer tout en se liant d’amitié (voire plus) avec les gens du coin alors qu’il endosse une autre identité. La seconde partie, elle, présente un fort cousinage avec Charlie (Firestarter en VO), notamment pour le côté "road trip" et pour le rapport entre une jeune fille et un adulte protecteur de plus en plus mal en point. Enfin, la conclusion présentant deux issues différentes fait penser, sur le principe, au final de La Tour Sombre

King serait-il en mal d'imagination et de renouvellement ? Eh bien, son dernier "grand" roman datant de plus de 10 ans déjà, il est permis de le penser. Depuis 2013, bien qu'il ait publié de nombreux récits, aucun ne s'est élevé, en ambition ou en originalité, au rang de ses meilleures œuvres, comme Ça, Le Fléau ou Simetierre. Pire, sa trilogie sur un flic à la retraite (cf. Mr. Mercedes) était clairement terne et s'est révélée... moins bonne que l'adaptation en série TV qui en a été faite ! Ce qui est quand même rarissime. 
Mais poursuivons l'analyse de Billy Summers.

Sur la forme, les tics de King prennent ici une ampleur inégalée, comme son recours à de longues listes et procédures lorsqu'un personnage prépare une action, même banale ou peu complexe. Ce n'est pas très gênant en soi, mais cette propension à sur-décrire les actes les plus quotidiens contribue à délayer encore plus une intrigue déjà bien terne et peu inventive.
Au chapitre des nouveautés, signalons surtout les opinions politiques de l'auteur, assénées de manière brutale et sans que cela serve son propos. Là, il convient d'ouvrir une parenthèse. Je sais depuis longtemps que King, tout génial qu'il soit en matière littéraire, est dans le domaine politique et sociétal l'équivalent d'une girouette pressée de s'aligner dans le sens du vent dominant. Ses déclarations stupides et mensongères ces dernières années ne manquent pas de le démontrer. Cependant, King a évidemment le droit de penser ce qu'il veut. Et personnellement, je me fiche pas mal de ses opinions politiques, je n'admire pas l'homme mais l'œuvre. Par contre, jusqu'à présent, il se gardait bien de balancer des slogans à l'emporte-pièce au sein même de ses romans (sauf peut-être dans Insomnies, mais son engagement pro-avortement était ici bien mis en scène et servait parfaitement le récit). Là, ces insultes ou jugements très partiaux (un sur Poutine, cinq ou six sur Trump) arrivent comme autant de cheveux sur la soupe, sans aucune justification (factuelle ou littéraire). Ce n'est pas grave au point d'être rédhibitoire, mais disons que c'est troublant (mais nous y reviendrons plus loin, lors de l'analyse idéologique de ce que véhicule le roman). 

Certains éléments, quelque peu étonnants, relèvent du manque d'implication ou de documentation (et sont peut-être aussi quelque peu générationnels). Par exemple, le tueur professionnel qui se déguise et passe inaperçu avec une fausse moustache et une perruque achetées sur Amazon laisse vraiment dubitatif. King, qui a toujours vu l'ordinateur comme un sommet de technologie nécessitant un expert pour faire la moindre recherche (cf. notamment le cycle de Bill Hodges) pense visiblement ici que les produits vendus par Amazon sont d'une qualité exemplaire, ce que démentira tout habitué du site. 
Là encore, rien de bien méchant, ce ne sont pas ces détails en soi qui laissent une désagréable impression, mais leur accumulation. 
Dans le plus ridicule, on peut aussi citer la dame d'un certain âge qui garde, seule, la propriété d'un mafieux. Depuis quand la pègre emploie-t-elle des femmes comme "hommes de main" ? Et dans quel monde quatre types dangereux et armés, qui se savent menacés, confient leur sécurité à une nana seule pendant qu'ils bouffent des chips devant un match ? 

Le pire reste encore ce que l'auteur sous-entend avec cette histoire. Son "message". Tout auteur en véhicule toujours un, aussi simpliste soit-il. Dans Simetierre par exemple, il est assez clair : il existe des états pires que la mort. Bien sûr, King fait avant tout du divertissement, avec toute l'admiration que j'ai pour son travail, je ne le prétends évidemment pas au niveau d'un Hugo. Il n'en a pas l'envergure. Mais tout de même, il dit forcément quelque chose dans ses histoires.
Il y a deux niveaux de lecture dans Billy Summers. Le premier, relativement anodin, montre que les apparences sont parfois trompeuses. Rien de bien nouveau. Mais c'est le second qui s'avère beaucoup plus dérangeant. Car enfin, qu'est-ce qu'il raconte avec ses histoires de "méchants" ? 

Outre l'aspect étonnamment très enfantin du raisonnement, King prend ici la défense d'une bien dangereuse idéologie, privilégiant l'être et non l'acte. Si vous avez une morale à peu près correcte, vous devez savoir qu'un individu se définit en fonction non de ce qu'il est mais de ce qu'il fait. Peu importe votre sexe, vos croyances, vos origines, votre couleur de peau, ce sont vos agissements qui vous définissent et permettent de savoir si vous êtes une brave personne ou un criminel. La moraline gauchiste (la gauche moderne, délirante et sectaire, pas la gauche historique et hugolienne) défend notamment la théorie inverse (certains individus, par ce qu'ils sont, bénéficient de droits supplémentaires, d'impunités, etc.). Je vais prendre un exemple. Récemment, dans le spectacle d'un humoriste, une conversation a lieu entre ce dernier et une spectatrice. Comme souvent dans le stand-up, il lui pose des questions, notamment sur son travail. Il se trouve que la jeune femme est avocate. Il lui demande si elle a déjà défendu des criminels, des violeurs, elle répond par l'affirmative. Il lui demande alors quelle est sa limite, s'il y aurait des gens qu'elle ne défendrait pas. Elle répond qu'elle ne défendrait pas... Marine Le Pen. Éclats de rire dans la salle, stupéfaction de l'humoriste, qui reprend et insiste sur l'énormité de ce qu'elle vient de dire : "Tu défends des assassins, des violeurs, mais Marine, non ?!". Et elle confirme, en affirmant qu'il y a des "limites" à ne pas franchir. Pour elle, quelqu'un qui n'est pas un criminel mais qui a des idées différentes des siennes est donc pire qu'un assassin...

C'est exactement de ça qu'il est question dans ce livre. King nous présente un tueur à gages "gentil", qui a des "principes" et qui doit émouvoir le lecteur. Tout en considérant que Trump, par exemple, est un "criminel". Rappelons que factuellement, c'est sous le mandat Trump qu'il y a eu le moins de soldats américains tués sur un théâtre d'opération extérieur. Et rappelons surtout que contrairement à ses prédécesseurs, Trump ne veut pas de guerre avec la Russie (présentée par toute la propagande médiatique occidentale comme un ogre qu'elle n'est pas) et joue la carte de l'apaisement. King défend donc implicitement l'idée qu'il vaut mieux être un tueur bien-pensant qu'un citoyen ayant le malheur de penser en dehors de l'idéologie dominante. 
Et ça, c'est gênant. En tout cas, moi, ça me gêne.

King, depuis trop longtemps soumis à l’influence de dérives sectaires, wokistes et manichéennes, est particulièrement prompt à colporter la moindre forgerie des véritables boutefeux atlantistes. En est-il seulement conscient ? Il est permis d’en douter, l’aveuglément à la raison, le biais de confirmation et l’effet agentique jouant certainement un rôle non négligeable (peut-être supérieur à l’idéologie pure) dans cette torsion du réel et cette simplification à outrance de la politique mondiale.
Qu'il le fasse lors d'interviews ou en privé, bien peu m'importe, encore une fois, je me fiche de son avis, je n'habite même pas sur le même continent que lui. Par contre, sa manière de défendre insidieusement cette façon de penser (et de condamner les opinions et non les actes) dans un roman en fait une œuvre de propagande assez nauséabonde.

Peut-être y a-t-il de ma part une surinterprétation, mais alors, si je me trompe, que dit King exactement dans ce roman ? Summers, malgré ses actes, est constamment présenté comme un brave type, victime de son passé, mais qui prend la défense de la veuve et de l'orphelin. Il est répété, tout le long du roman, qu'il ne tue "que des méchants". La formulation enfantine est d'autant moins à sa place que l'on parle ici de la mafia, domaine où Summers évolue en manipulant à peu près tout le monde. Pourquoi, vu le sujet, faire de Summers un gentil samaritain, sympathique et bardé de principes, plutôt qu'un personnage plus sombre et torturé, qui aurait été plus vraisemblable et aurait sans doute donné une autre dimension à cette histoire ? Et pourquoi ces piques constantes sur Trump ? Parce que tout le propos du roman, à peine masqué, revient à dire "ne vous préoccupez pas des vrais crimes, l'important, c'est de ne pas penser en dehors du cadre imposé, tout le reste est inbon". Il serait aisé de m'opposer que je délire complètement et qu'il s'agit juste d'une histoire mal fagotée s'il n'existait pas les déclarations incendiaires et très exagérées de King en personne, ce qui donne une clé de lecture à l'énigme qualitative que paraît être ce roman décevant.

Les auteurs, les bons en tout cas, comme je l'ai souvent expliqué ici, sont un peu des magiciens, disposant de sorts très puissants et presque invisibles. L'on peut, avec un peu de technique et de talent, faire oublier les évidences et flatter bien des réflexes peu reluisants dans une fiction. Cela se voit à peine quand c'est bien fait. Mais c'est là une pratique bien peu honorable quand elle sert un but non littéraire, car elle s'adresse avant tout à vos sentiments et non à votre cerveau. Si King écrivait un pamphlet en y étalant ses idées, je ne serais pas plus d'accord avec lui, mais je n'aurais rien à redire sur la forme. Qu'il se serve de sa plume et de sa popularité pour faire la promotion d'une idéologie criminogène et inique, par contre, me navre et me répugne. Et je le sais trop talentueux, en matière d'écriture, pour mettre en doute le côté résolument volontaire et parfaitement ignoble de ce qu'il défend, bien maladroitement, ici.

Bref, voilà le roman d'un King vieillissant et faisant preuve de bien peu de courage intellectuel et de discernement. Mon premier réflexe, je l'avoue, a été de jeter ce livre à la poubelle après sa lecture. Et finalement, j'ai été le déposer dans une boîte à livres. Parce que contrairement aux "gauchistes tolérants" qui crament tout ce qu'ils n'aiment pas, je pense qu'un livre mérite de circuler, même s'il est mauvais, même s'il est maladroit, même s'il ne correspond en rien à mes valeurs. Pour rester dans le registre infantile et simpliste, la différence entre le Bien et le Mal, c'est que le Bien, jamais, pour aucune raison, n'emploie les méthodes du Mal. 
Peut-être aussi que je dois trop de bons moments à King pour le condamner à la déchetterie, même quand il se fourvoie. 



Crossed 2
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Le premier volume de Crossed avait déjà fait parler de lui : brutal, iconoclaste, outrancier, il abordait le thème bien galvaudé (ces derniers temps) de la survie post-apocalyptique avec un cynisme débridé : Garth Ennis, quasi en roue libre, explosait les codes tout en demeurant dans un cadre bien connu (un groupe de survivants essaie de s'en sortir dans un monde où les infectés se livrent aux pires atrocités), semblable à celui de la série Walking Dead, tout en usant d’un procédé radicalement différent. Nolt vous en a parlé plus longuement ici. (Voir aussi la suite par Moore, bien moins réussie.)

Résumé : Un mal étrange et contagieux s’est répandu dans le monde entier, poussant les infectés à commettre les pires atrocités sans aucun tabou. Les meurtres et viols déciment la population et les rares qui parviennent à y échapper sont condamnés à se terrer et à tenter de s’organiser comme ils le peuvent. Mais comment faire ? Éviter les zones peuplées et avancer sans jamais regarder en arrière, quitte à abandonner tout espoir, voire toute humanité…

Dans le tome précédent, un groupe de survivants s’était formé et avait tenté de trouver un moyen d’accéder au nord du continent, dans le vain espoir que les « infectés » ne survivraient pas au froid : mais ils avaient eu la surprise de trouver un groupe organisé de ces êtres malfaisants, bien décidé à en finir avec eux…

Avec le second volume, on a d’abord la surprise de trouver un récit moins ouvertement violent et sanglant, moins débridé et soumis à ces flashbacks qui établissaient la genèse douloureuse de ce groupe d’humains disparates unis par la seule volonté de survivre. Ensuite, on se rend compte de ce que l’auteur veut faire passer, on se remémore les premiers chapitres. 


Très vite, on sent venir l’issue, de plus en plus inévitable : la longue marche façon The Road devient une course-poursuite implacable. Les rencontres fortuites, parfois mortelles, parfois providentielles, se font de plus en plus rares et les informations de plus en plus sujettes à caution. Ennis dispense les éléments liés à la source de l’intrigue au compte-gouttes, et se garde bien d’entrer dans les détails : peu importe le pourquoi de ce cataclysme, même si les personnages s’interrogent (attaque terroriste ? punition divine ?) ; peu importe aussi le comment, seules comptent les implications immédiates (combien de temps tiendront les arsenaux et centrales nucléaires devant ce déferlement ?). 

Et, par-dessus tout, il s’applique sur les conséquences morales des actes que chacun des survivants (dont le groupe se réduit irrémédiablement) se verra contraint de perpétrer pour sauver sa peau. Là-dessus, on ne peut qu’être admiratif de la liberté de ton employée et d’une certaine finesse dans l’évolution des caractères, même si l’usage un peu trop évident d’un journal de bord militaire orientera trop aisément les ultimes relations.



Un peu comme le second volet de Kill BillCrossed 2 apparaît comme la facette adulte d’un récit d’une redoutable acuité : moins engoncé jusqu’à l’écœurement dans la barbarie terrifiante du premier volume français, moins trépidant, parfois presque contemplatif, il permet de poser un regard plus lucide sur ce qui reste à l’humanité et les raisons qui lui sont nécessaires pour perdurer. Dans ces moments-là, enfin, les personnages commencent à prendre la consistance qui leur manquait et leur irrémédiable perte engendre forcément un sentiment de désespoir. 

Jacen Burrows semble trouver son rythme de croisière dans ses dessins alternant les outrances, les moments de tension, des pauses presque poétiques et quelques cases bien rythmées boostées par un encrage ostentatoire.

Violent, sanglant, dérangeant, profondément pessimiste : à lire en toute connaissance de cause.
Paru en France chez Bragelonne sous le label « Milady Graphics » en 2011, difficile à trouver à l'heure actuelle. Une intégrale ultérieure regroupe les deux premiers volumes édités chez nous.


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Âpre.
  • Sanglant.
  • Iconoclaste.
  • Garth Ennis.


  • Terriblement désespéré.
  • À ne pas mettre entre toutes les mains.
Écho #55 : Le Lotus Bleu (ancienne édition recolorisée)
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Sortie hier du Lotus Bleu dans son ancienne version (découpage et dessins originaux) recolorisée.

C'est donc exactement le même principe que pour ce coffret ou cette déclinaison des Cigares du Pharaon, Moulinsart/Casterman invente une nouvelle manière de nous refourguer sans cesse les mêmes albums. Le principe est d'ailleurs étrange sur le fond : prendre le premier jet des plus anciens albums, avec un découpage et un dessin qui sont loin de refléter ce que Hergé atteindra par la suite comme quasi-perfection (cf. ce comparatif), et leur offrir un regain de lisibilité et d'esthétisme avec une colorisation moderne, tout en aplats subtils et pastel. 

Le résultat est joli et très agréable à regarder, mais un brin artificiel quand même.
Pas grand-chose à dire en réalité sur cette énième resucée.  

Pour collectionneurs acharnés. 




Atlas de la Terre du Milieu
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Gros plan sur l'Atlas de la Terre du Milieu de Karen Wynn Fonstad

Voilà sans doute le guide géographique ultime pour appréhender l'univers, fort riche, de J.R.R. Tolkien
Avec une centaine de plans et cartes, étalés sur plus de deux cents pages, l'auteur aborde toutes les régions bien connues mais aussi les lieux où se sont déroulées les batailles importantes des Premier, Deuxième et Troisième Âges. 

Outre donc les royaumes et leurs cités, l'on retrouve également les itinéraires détaillés des personnages importants de chaque saga (que ce soit Le Seigneur des Anneaux ou Le Hobbit). Pour compléter tout cela, des cartes thématiques viennent détailler le climat, la démographie ou les langues de la vaste Terre du Milieu. De nombreuses données sont issues également du Silmarillion. Un appendice présente par exemple l'évolution des langues.

Les cartes et plans sont détaillés, parfaitement lisibles (le format de l'ouvrage est suffisamment conséquent : 26,5 x 37 cm) et joliment colorisés dans des tons parfaitement adaptés. De Bree (Brie en VF) à Minas Tirith, en passant par la Moria ou les Champs du Pelennor, le lecteur peut laisser son imagination vagabonder et ses souvenirs refaire surface en se perdant dans la contemplation de ces lieux mythiques.

Les textes, denses et riches en informations, permettent également de comprendre les origines de ce monde ou les rapports souvent conflictuels entre ses races. L'organisation des cités, les éléments remarquables tout comme la question des sources d'inspiration de Tolkien sont également abordés.

Reste la question de la traduction, qui privilégie ici les termes plus récents, que l'on retrouvait déjà dans l'édition intégrale collector du Seigneur des Anneaux : on parle de Frodo au lieu de Frodon, du Comté (quel choix de merde, on dirait du fromage !) à la place de la Comté, ou encore de la Gorge de Helm et non du Gouffre de Helm. Suivant vos habitudes et références, ça peut être un poil désagréable. D'autant qu'on ne voit pas l'intérêt. Si revenir aux noms originaux peut avoir du sens dans un récit qui se déroule en Angleterre par exemple, ici, les noms sont censés avoir un sens particulier, mais qui doit être traduit (puisqu'il ne sont pas censés être en "anglais" dans le récit, mais dans l'un des langages de la Terre du Milieu), comme Fondcombe, Cul-de-Sac, Fort-le-Cor ou le Célébrant. À partir de là, pourquoi changer un nom auquel on est habitué, et aussi connu que Frodon, pour Frodo ? Ceci dit, il faut signaler que des incohérences de la première traduction (de Ledoux, qui n'avait pas accès à tous les éléments disponibles de nos jours et a dû à l'époque un peu improviser) sont corrigées.   

Reste un énorme travail, fort bien présenté, qui permet de découvrir en détail le monde fabuleux d'un auteur exceptionnel. L'ouvrage n'est certes pas donné (50 euros), mais sa taille et son contenu justifient le prix élevé. 
Toujours dispo en neuf chez Bragelonne












+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Des cartes aussi jolies que précises.
  • Un passage en revue complet de chaque lieu important.
  • Les itinéraires détaillés des personnages.
  • Des données historiques, climatiques, linguistiques et démographiques.
  • Des changements de traduction manquant de pertinence (même si des erreurs sont corrigées par rapport à la première traduction de Ledoux).
Les Nouveaux Ultimates
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Voici enfin le rôle pour lequel tu es née et morte.

En 2011, Marvel proposa aux lecteurs une saga complète reprenant les Ultimates et faisant suite aux événements tragique d'Ultimatum. C’était, évidemment, tentant : une manière de panser des plaies encore vives. Bien sûr, le changement d’équipe artistique avait de quoi inquiéter : ces héros étaient un peu les bébés de Mark Millar, après tout. 

C'est Jeph Loeb qui s'est imposé : il avait fait du bon boulot sur Hulk avec une écriture franche, des intrigues imbriquées mais sachant se résoudre suffisamment vite, une connaissance approfondie du monde Marvel… L'occasion faisant le larron, autant le mettre dans la danse, même s'il y avait un fort risque qu'il opère un changement radical dans l'ambiance de la série. Pour bien faire, on lui accole Frank Cho : sa ligne claire, un vrai dynamisme dans sa mise en images des combats, une présentation académique et des dessins séduisants (malgré des visages manquant souvent de variété), tout contribuait à en faire un choix presque évident. Connu pour son goût pour les héroïnes sexy (et sa propension concomitante à les placer dans des situations compromettantes et des poses équivoques), il apparaît néanmoins moins "poseur" et statique que Greg Land et sait illustrer le dynamisme propre aux scènes de combat. 

Profitons-en pour revenir sur la postface de Christian Grasse de l'édition française : Cho ne dote pas vraiment ses personnages féminins d’un physique à la "Natalie Portman", on serait bien plus proche de Scarlett Johansson ou de Sydney Sweeney si l’on s'en tient uniquement aux mensurations… Les amateurs jugeront sur pièces.

Être incapable de parler, c’est ne pas être obligé de le faire. 

Pour le coup, quelle est l'intrigue ? C'est simple : Thor est mort. Dead. Rétamé. Oui mais voilà : Thor est un dieu, un vrai (après avoir longtemps fait traîner le doute chez ses lecteurs, Millar avait fini par le confirmer dans une très belle saga existentielle), il ne peut donc être tout à fait décédé. Ses camarades souhaiteraient le voir revenir mais s'en montrent incapables – même Walkyrie, cette fausse héroïne et vraie fan, dotée de pouvoirs malgré elle. Les dissensions surgissent et mettent à mal le fragile équilibre d'une équipe torturée par les récentes disparitions. 

Or voilà que les anciens potes de celle-ci surgissent : ces autoproclamés "Défenseurs" mettent la pile aux Ultimates présents avant de dérober sous leur nez le marteau de dieu du Tonnerre ! Trop tard (évidemment), nos héros finissent par comprendre qu’ils ont été manipulés : Loki, le fourbe, est derrière tout ce micmac et ses légions déferlent sur Manhattan. Seuls Ka-Zar et Shanna, aidés de Black Panther – une situation qui rappelle Wolverine en Terre sauvage - , sont à même de faire barrage à cette invasion, en attendant qu'une nouvelle stratégie soit mise au point et que les plus grands héros de la Terre retrouvent leurs esprits…


Ce n’est que là que j’ai compris la vérité sur ma vie : mon seul acte honnête fut de mourir.

On est face à une saga pleine de bruit et de fureur, tonitruante et bourrée d’actes d’héroïsme. Rien que pour sa manière de reprendre les codes de base des récits super-héroïques, on peut lui en être reconnaissants. Passée cette bienveillance salutaire, on pourra alors lui reprocher ses enchaînements trop évidents et ses trop nombreuses facilités de narration pour se contenter des batailles épiques, quoique très courtes. Même si c'est agréable à lire, on est loin des tensions, doutes et actes de foi de la période Millar : on y sent une forme de réorientation grand public, moins provocatrice. À l’image de ce qui est devenu la marque de fabrique du MCU, le récit se dote de parenthèses plus légères par le biais de certaines situations savoureuses (Tony Stark et Carol Danvers, Cap et Zarda) qui confèrent heureusement un petit peu de légèreté et, paradoxalement, de profondeur à un ensemble globalement satisfaisant.

Traduite par Thomas Davier, la mini-saga Nouveaux Ultimates est parue en France en octobre 2011 sous la forme d’un Hors-Série Ultimate Avengers (numéro 3) de 128 pages, bien entendu chez Panini Comics. Elle était auparavant sortie aux États-Unis à partir de mars 2011 en 5 épisodes : Ultimates New Ultimates #1 à 5.


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une mini-série (presque) indépendante et complète
  • Un duo d'artistes en forme.
  • Des personnages attrayants, certains inhabituels.
  • Une intrigue faisant la part belle aux confrontations.
  • Un humour de bon aloi.


  • Rien de révolutionnaire.
  • Quelques facilités narratives.
  • Une réorientation grand-public qui peut déplaire aux fans de la première série.