Les I.S.S. Snipers sont des bourrins formés, armés, soignés et nourris par la Fédération des Planètes Unies.
Leur boulot, c'est d'étouffer les révoltes dans l'œuf. Et tant pis s'ils foutent l'œuf en l'air par la même occasion,
ça fera une omelette pas pour les femmelettes !
Leur boulot, c'est d'étouffer les révoltes dans l'œuf. Et tant pis s'ils foutent l'œuf en l'air par la même occasion,
ça fera une omelette pas pour les femmelettes !
Mais dans cet album; Reid va recevoir l'ordre de trop. On va lui demander de buter des gens encore plus innocents que d'habitude : des extra-terrestres même pas au courant de l'existence de la Fédération. Et là, ce qui reste d'honneur et d'humanité va se réveiller chez cette brute assoiffée de combats... parce que ça, c'est pas juste, putain ! C'est purement et simplement un génocide qu'on lui demande ; sans autre raison, en plus, que mettre la main sur les réserves de combustible minéral de ces pauvres gens inoffensifs, au seul prétexte que, pour les humains, ce matériau (un minerai rare du nom de koropnite) peut être utilisé comme une drogue surpuissante à laquelle s'adonnent les élites de la Fédération.
La configuration des lieux empêche que la Fédé atterrisse sur site, le minerai convoité est hautement explosif et les armes de tir seront donc impossibles à utiliser... ça va se jouer au corps à corps, façon spartiate ! Et comme dans les Thermopyles, Stock et ses hommes vont tout faire pour limiter l'accès à la mine de koropnite à un seul corridor. Ce sera du mano à mano et à ce petit jeu, les chiens de guerre de Stock sont les meilleurs de l'univers ! On peut bien leur envoyer les pires crapules vomies des entrailles les plus gangrénées de l'humanité, ils tiendront bon. Et la lie de l'humanité, le pire psychopathe formé par la Fédération, l'assassin ultime, c'est bel et bien ce qu'on va leur envoyer... à la tête d'une armée de mecs remontés à bloc.
Reste à voir si le succès sera au rendez-vous. Mais que ça marche ou non, on est obligés de constater le talent d'Istin pour distiller des synthèses des genres qu'il aborde. Ici, on n'a pas du Space Marine lambda, mais l'élite technique de la profession. Ils ne sont pas brutaux, ce sont des équarisseurs sur pattes. Ils ne parlent pas, ils vocifèrent et balancent des punchlines. Il n'y a pas un dialogue intérieur du héros, il y a une voix off du héros qui se raconte autant qu'il se la raconte, à force de gros mots, d'injures et de roulages de mécanique.
Istin nous conseille de lire sa BD avec, en musique de fond, un bon vieux Metallica. Ça vous donne le ton du machin mais qu'il me permette de le contredire : ça ne se lit pas sur du Metallica, non ; ça se lit sur la bande originale des deux derniers jeux vidéo de la licence Doom. Ça se joue sur du rock gras, synthétique, apocalyptique, dépressif et bourrin !
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| Criant de réalisme... |
"Élargir le champ de la santé publique à l'intimité sexuelle du citoyen n'a qu'un seul but :
améliorer son bien-être socio-affectif et, par là, celui de la société tout entière."
Docteur Sidibe, fondateur de l'érospital de Montpellier 2
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Bliss éditions propose un catalogue issu de chez Valiant comics, maison fondée en 1990 aux États-Unis et qui fut même un temps le troisième éditeur derrière DC et Marvel avant de sombrer. Les années 2010 voient son retour outre-Atlantique et en France. Comme ces deux aînées, elle propose pléthores de héros tels que Bloodshot (adapté en film avec Vin Diesel...), X-O, Manowar, Faith, Shadowman... Valiant comics a laissé une certaine liberté créatrice dans la réinterprétation des personnages issus de son vieux catalogue, dessinateurs et scénaristes ont donc pu s’en donner à cœur joie.
Bloodshot reborn, qui part sur un postulat des plus convenus, parvient, avec l’habileté de Jeff Lemire, à devenir une histoire qui, à défaut d’originalité, s’avère prenante et tient dans une intégrale de 712 pages. Aucune connaissance n’est prérequise pour s’immiscer dans cet univers. Les informations importantes sont distillées au fur et à mesure de la lecture.
Désormais dépourvu de capacités hors normes, emplis de souvenirs factices implantés lorsqu’il était un broyeur sur pattes, il prend le nom de Ray Garrison et il se terre dans un motel miteux du Colorado. L’ex-Bloodshot souffre d’un syndrome post-traumatique. Alcoolique, drogué, tourmenté par des visions, il ressasse des questions existentielles. Il pourrait en savoir plus sur sa personnalité avant manipulation, mais il n’ose pas consulter le contenu du dossier qui le concerne. Ray Garrison, consterné, découvre aux actualités télévisées un homme grimé en Bloodshot. Puis un autre.... avant de comprendre que les nanites expulsées demeurent actives et parasitent d'autres corps. Face aux massacres perpétrés par ces inconnus, il sort de sa tanière pour récupérer les microrobots, car lui seul en a le moyen ; en réabsorbant son mal, il pense en empêcher la prolifération. Mais doit-on se fier à un homme si perturbé ?
L’intégrale se découpe en plusieurs arcs abordant un point thématique différent tout en demeurant raccord avec l’univers que Lemire installe. Le récit brasse allégrement plusieurs genres, allant de la science-fiction, au thriller, en passant par l’horreur... sublimés par une armée de dessinateurs et un graphisme semi-réaliste avec parfois une touche proche du cartoon. Les rebondissements nombreux et le suspense empêchent l’ennui et la routine de s’installer.
Bloodshot reborn présente une classique quête d’identité d’un homme qui a tout perdu, aliéné par des savants fous. Ray tente de comprendre ce qui différencie un héros d’un simple assassin ou d’un vigilant sanguinaire. Tout au long de l’ouvrage, il va ainsi se chercher, relativiser sa situation avant de se prendre en main et de déployer son potentiel à mesure qu’il devint maître de son destin, libre dans sa tête. Un "supe-soldat" qui s’émancipe reste un thème récurrent au sein des comics, souvenez-vous de John Cannon, au cerveau "lavé".
L’écriture de Jeff Lemire nous perd, comme le héros, entre les illusions et la réalité. L’esprit flottant entre hallucinations et lucidité, Ray Garrison côtoie une espèce de sale gosse démoniaque, Bloodsquirt. Ce lutin, au graphisme cartoon contrastant avec le dessin semi-photographique du récit, va le tourmenter tout en apportant un ton décalé au drame terrible qui se joue. Le fantôme perverti de Kay s’invite pour lui pourrir la vie. Bloodshot n’est jamais aussi pertinent que lorsqu’il frôle la folie. Une intrigue conduite par un être perturbé introduit le doute sur la réalité/vérité dans laquelle il se trouve.
Scénariste canadien de renom, Jeff Lemire s’est emparé d’un personnage casse-gueule loin d’être un modèle de vertu, un héros au sens noble du terme. Bloodshot apparaît comme un surhomme bourrin, violent, solitaire, doté d’hallucinantes capacités de régénération. Pour contrebalancer sa radicalité, il lui insuffle des sentiments pondérés tels que la culpabilité, l’affection, le pardon... qui vont jouer sur la libération de son identité. Il prend le temps d’installer Ray et l’univers dans lequel il évolue et pose les bases de son propos autour de l’humain augmenté et de la manière dont il est employé, développant ainsi un futur probable, mais surtout un passé par le biais d’anciens prototypes.
Cette galerie d’hommes augmentés se paye le luxe de confronter leurs souvenirs guerriers et questionnent la politique des États-Unis. De quoi développer des comics avec ces nouveaux soldats (et le mercantilisme qui va bien) [2].
Que donnerait une utilisation à plus grande échelle des nanites sur des citoyens lambda ? Le scénariste étudie cet aspect en déployant l’infection sur la population de Manhattan. Logiquement, les habitants perdent le contrôlent d’eux-mêmes et s’entretuent. Le projet Rising Spirit, organisation retorse, peut ainsi apparaître en sauveur en proposant le remède à leur poison. Serait-ce une pique dirigée contre les entreprises peu scrupuleuses jouant sur deux tableaux ?
Jeff s’avère à l’aise avec Bloodshot tant celui-ci partage des similitudes avec d’autres personnages sur lesquels il a travaillé : que ce soit le robot Tim-21 à l’apparence de garçon dans Descender en passant par Gus, mi-homme mi-cerf dans Sweet Tooth. Il recycle des idées employées dans d’autres de ses récits : par exemple, le champ de force qui emprisonne un lieu. Ici une île, dans Black Hammer, un village. Et avec un chien ! Tout comme dans Sweet Tooth, il traite d’une épidémie qui fait régresser les comportements humains et s’embarque dans un road movie post apocalyptique, employant à certains moments une narration composée de deux récits intrinsèquement liés avec une enquête policière en milieu rural et la quête des personnages principaux, ce qu’il a aussi fait dans Gideon Falls. L’ensemble est mâtiné d’horreur portée par une violence rude, une ambiance malsaine et des visions dantesques. Il n’oublie pas non plus les symboles : comme manger un requin blanc pour en acquérir la force.
Cet imposant opus est une suite directe de The Valiant, ce qui est précisé en début d’histoire, mais il peut se dévorer sans avoir lu au préalable cette première partie. Jeff Lemire offre un récit dense, fouillé avec un personnage aux aspérités touchantes malgré sa fonction première : tuer. Un jeu sur la rédemption, sa place dans le monde, l’émancipation de son créateur, le pardon qu’on lui accorde. Le poids de la politique, des magouilles des grandes puissances et des entités secrètes pèsent sur le destin de Bloodshot. Sans révolutionner le genre, l’intégrale s’avère bien écrit. Peu de points demeurent obscurs et les apparitions des autres protagonistes Valiant n’affaiblissent pas le propos, bien qu’ils n’aient pas le temps d’être développés. Les intrigues trouvent une solution, le scénario offre assez de matière pour une suite, tout en se suffisant à lui-même.
Divertissement intense et moins crétin qu’il n’y paraît pour qui aime les héros testostéronés possédant plus de deux neurones.
[1] Très bon traitement de la question animale en tant qu'armes dans Nou3 (We3), excellent comic de Morrison et Quietly.
[2] Ce n’est pas sans rappeler les errances de Captain America
dépassé par la politique menée par les États-Unis après la Seconde Guerre
Mondiale.
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