Collection Altaya : Vaisseaux et Véhicules Star Wars (suite)
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Suite de la collection Altaya consacrée aux vaisseaux et véhicules Star Wars.

Après le Faucon Millenium et le chasseur TIE de Vador (cf. cet article), nous avons droit à un magnifique chasseur X-Wing. Toujours de jolies finitions et une belle envergure. Et bien entendu, un fascicule accompagne l'engin, dévoilant un maximum d'infos et de données techniques.

Si vous souhaitez en apprendre plus ou vous abonner, rendez-vous sur ce sith site muni de votre code promo : SWPROMO.

Quelques photos étant plus efficaces qu'un long discours, on vous laisse découvrir nos visuels exclusifs. 

Bon vol, et que la Force soit avec vous !







I.S.S. Snipers #1 - Reid Eckart
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Les I.S.S. Snipers sont des bourrins formés, armés, soignés et nourris par la Fédération des Planètes Unies.
Leur boulot, c'est d'étouffer les révoltes dans l'œuf. Et tant pis s'ils foutent l'œuf en l'air par la même occasion,
ça fera une omelette pas pour les femmelettes !


Jean-Luc Istin
est un auteur prolifique bien connu des amateurs de BD franco-belge pour lancer des collections dont il confie la suite à des collègues en gardant dessus un regard attentif. Cela permet de voir fleurir nombre de collections avec des rythmes de parution impressionnants. C'est même souvent assez qualitatif, dans le cas d'Istin. Pour ceux que son travail intéresse, on trouve la plupart de ses ouvrages aux éditions Soleil.

Parmi les écrits du Monsieur, menés jusqu'au bout ou confiés à d'autres, citons par exemple Aleph, Alice Matheson, Aquilon, Les Brumes d'Asceltis, La Cathédrale des Abymes, Le Cinquième Evangile, Les Contes de l'Ankou, Les Contes du Korrigan, Les Druides, Elfes, Excalibur, Le Grimoire de Féerie, Lancelot, Merlin, Le Sang du Dragon, Le Seigneur d'ombre, Les Terres de Sienn et Tom Sawyer ou Mages...
Et la liste n'est pas exhaustive. Ah ben, je vous avais prévenu : il bosse, le gaillard !

Du coup, ici, nous allons nous pencher sur son dernier projet : I.S.S. Sniper. On a reçu le tome 1 et quatre autres sont déjà prêts à sortir au rythme d'un tome tous les trois mois. Ah ben ça ne rigole pas, hein ! Ça sort comme des balles de mitrailleuse projetées d'un canon fumant. Et le choix lexical de cette comparaison n'est clairement pas innocent. Alors faisons connaissance avec ce nouvel univers et permettez, pour l'occasion, que mon ton neutre cède sa place jusqu'à la fin de la chronique à un vocabulaire plus conforme à l'ambiance générale de cette BD. Une lourde ambiance virile façon cinéma américain testostéroné de ces foutues années 80, quand Sly et Arnie éclataient des tronches et vidaient des chargeurs sans se préoccuper de l'indignation des ligues de familles offusquées. On va faire dans la finesse et la poésie à en éclabousser les murs, ouais !


Reid Eckart est un membre important des I.S.S. Snipers, un sombre salopard connu comme le loup blanc et chargé de commander des soldats à peu près aussi irrécupérables que lui dans des missions regroupant grosso modo les pires des basses besognes que la Fédération des Planètes Unies peuvent avoir à confier à des troupes surarmées, surentraînées et dénuées de la moindre once de foutue moralité.
Pour faire simple, ils se chargent de calmer toute tentative de rébellion par une forme de diplomatie radicale, assurant ainsi que le terme "Unies" soit rétabli après leur départ dans le nom de la Fédération, fut-ce parce que plus personne sur place ne soit encore assez en vie pour contester ladite union.
Ces gars bouffent des munitions et chient du plomb en fusion. Ils sont capables de cartonner une mouche sur le sol d'une planète depuis un vaisseau en orbite stationnaire.
Reid Eckart, on le surnomme Stock à cause du stock de cadavres qu'il entasse derrière lui. Le mec est un boucher sans remords, une machine à découper la bidoche, un livreur de bastos par lot de cinq cents.  
Oh, Reid n'est pas totalement con : il sait ce qu'il vaut ; il sait qu'il est une enflure sans conscience ; il sait qu'on l'a toujours utilisé pour débiter en rondelles des gars avec qui on aurait juste pu dialoguer... Mais tous ces connards étaient des membres de la Fédération et savaient à quoi s'en tenir. Signer avec la Fédé et croire pouvoir leur faire un gosse dans le dos, c'était comme sauter dans le vide depuis un immeuble et espérer que la dernière chose qui vous passe par la tête ne soit pas la rue en contrebas. Ces mecs avaient joué et avaient perdu : ils connaissaient les règles, alors quand leur venait l'idée idiote de vouloir niquer le système, il signaient forcément pour recevoir la visite de Stock et de ses potes qui allaient leur faire payer la facture à coup de shrapnels dans la tronche.

Mais dans cet album; Reid va recevoir l'ordre de trop. On va lui demander de buter des gens encore plus innocents que d'habitude : des extra-terrestres même pas au courant de l'existence de la Fédération. Et là, ce qui reste d'honneur et d'humanité va se réveiller chez cette brute assoiffée de combats... parce que ça, c'est pas juste, putain ! C'est purement et simplement un génocide qu'on lui demande ; sans autre raison, en plus, que mettre la main sur les réserves de combustible minéral de ces pauvres gens inoffensifs, au seul prétexte que, pour les humains, ce matériau (un minerai rare du nom de koropnite) peut être utilisé comme une drogue surpuissante à laquelle s'adonnent les élites de la Fédération.
Alors qu'ils aillent se faire foutre ! Suivi par tous ses hommes, Stock décide d'arrêter là les conneries et refuse d'obéir aux ordres. C'est décidé : ils vont camper là et protéger ces pauvres gens inoffensifs contre la fédération.
La configuration des lieux empêche que la Fédé atterrisse sur site, le minerai convoité est hautement explosif et les armes de tir seront donc impossibles à utiliser... ça va se jouer au corps à corps, façon spartiate ! Et comme dans les Thermopyles, Stock et ses hommes vont tout faire pour limiter l'accès à la mine de koropnite à un seul corridor. Ce sera du mano à mano et à ce petit jeu, les chiens de guerre de Stock sont les meilleurs de l'univers ! On peut bien leur envoyer les pires crapules vomies des entrailles les plus gangrénées de l'humanité, ils tiendront bon. Et la lie de l'humanité, le pire psychopathe formé par la Fédération, l'assassin ultime, c'est bel et bien ce qu'on va leur envoyer... à la tête d'une armée de mecs remontés à bloc.


De l'aveu même de son auteur, vous pourrez trouver pas mal de trucs dans cette BD sauf... un message ! Ici, on a un concentré de testostérone façon film d'action des eighties. Ça joue avec un paquet de références de l'époque et c'est impossible de ne pas penser de temps à autres à Judge Dredd, par exemple... Pour les vaisseaux spatiaux, on est carrément sur du design grimdark façon Warhammer Battlefleet Gothic, ça saute aux yeux !

L'idée est de sortir ces cinq tomes en un an... et d'autres ensuite si ça fonctionne.
Reste à voir si le succès sera au rendez-vous. Mais que ça marche ou non, on est obligés de constater le talent d'Istin pour distiller des synthèses des genres qu'il aborde. Ici, on n'a pas du Space Marine lambda, mais l'élite technique de la profession. Ils ne sont pas brutaux, ce sont des équarisseurs sur pattes. Ils ne parlent pas, ils vocifèrent et balancent des punchlines. Il n'y a pas un dialogue intérieur du héros, il y a une voix off du héros qui se raconte autant qu'il se la raconte, à force de gros mots, d'injures et de roulages de mécanique. 
Istin nous conseille de lire sa BD avec, en musique de fond, un bon vieux Metallica. Ça vous donne le ton du machin mais qu'il me permette de le contredire : ça ne se lit pas sur du Metallica, non ; ça se lit sur la bande originale des deux derniers jeux vidéo de la licence Doom. Ça se joue sur du rock gras, synthétique, apocalyptique, dépressif et bourrin !
Et voilà le terme qui résume toute la BD : "bourrin". Pas "badass", hein, c'est autre chose. Bourrin ! Ça gueule, ça éclate des trucs, ça parle mal, ça menace, ça défonce des trucs, ça défouraille, ça coupe des trucs en deux. Pas de nuance ni de second degré, pas de subtilité ni de faux semblants : c'est un groupe de brutasses qui sont là pour flinguer du rebelle mais il n'y a pas de rebelles ; alors ils se retournent pour mordre la main qui les a nourris. Voilà. Point. C'est juste ça : tu voulais une guerre ? Ben tu vas l'avoir ! Et parfois, lire un truc bête et méchant, ben c'est cathartique !

Pour le dessin, les images ici parlent d'elles-mêmes, non ? 
Erwan Seure-Le Bihan (Légende des pays celtiques...) nous livre un travail crédible, façon SF brutale du siècle dernier. On sent les auteurs inspirés par les univers de la firme Games Workshop. J'y vois aussi parfois des parallèles graphiques à faire avec La caste des Méta-Barons, même si je me doute bien que ce rapprochement ferait hurler les fans de Juan Giménez comme de petites chattes dont on arracherait les poils un par un.
Seure-Le Bihan fut responsable de la création de la Bible graphique de la série, puisqu'elle va passer entre diverses mains. Autant dire que ça me semble une bonne idée, la qualité des dessins et les concepts sous sa patte étant pile poil ce à quoi on attend de ce genre d'univers pessimiste : tout semble futuriste mais néanmoins vieux et endommagé. Qu'il s'agisse des armures ou des vaisseaux, voire des armes... ça sent la lourdeur, la solidité et l'usure des ans.

En gros : c'est du divertissement. Ça cogne dur et ça frime un maximum. Si vous êtes client des "come get some" de Duke Nukem, des rafales de Doom, des épées tronçonneuses et autres armes à plasma de 40K, des films des années 80 et des bons gros délires juste faits pour passer un moment sympa de défoulement... n'hésitez pas ! 



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un univers sombre et violent.
  • Un héros dangereux, charismatique et violent.
  • Un dessin parfaitement approprié au sujet... et violent !
  • Une écriture façon 80's, donc, euh... ben... violente.
  • Un scénario sans message, de fait !
  • Une histoire prévisible... mais c'est paradoxalement ce qu'on en attend. Il fallait que ça colle au genre.
    Ça n'empêche pas quelques petites trouvailles scénaristiques élégantes comme les effets de la drogue sur les humains, bien utiles à la narration.

La Bulle "progressiste" ou l'absurde imposé par la dégradation du langage
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Vous l’avez peut-être constaté, j’ai souvent réagi à des attaques d’extrémistes (les fameux SJW [1]) portant sur la fiction et la liberté des auteurs. Mais jusqu’à présent, nous nous sommes penchés sur des cas précis et des symptômes, peut-être n’est-il pas inutile de comprendre ce qui est à l’œuvre dans la société actuelle et ce que l’avenir nous réserve.

Commençons par définir un peu ce à quoi l’on va s’intéresser. Il s’agit de l’ensemble du mouvement censé être "progressiste" et regroupant, par "intersectionnalité", néo-féministes en guerre contre le "mâle blanc cisgenre", vegans pensant que les bouchers sont à l’origine d’un terrible holocauste, défenseurs du révisionnisme qui consiste à faire payer à des innocents les exactions supposées (ou réelles, peu importe) de leurs ancêtres, anti-racistes déclarant que le racisme est à sens unique [2], ou encore chantres de l’écriture inclusive. Tous ces gens ont en général un point commun, assez étrange pour des soi-disant "humanistes" prônant la "tolérance" : ils ne peuvent jamais accepter d’entendre un propos contraire au leur. Ils ne débattent pas, ils utilisent la violence et l’intimidation pour imposer leurs doctrines.
Deux choses leur sont insupportables : l’irruption du réel dans leur monde fantasmé et névrotique, et la fiction lorsqu’ils ne la contrôlent pas et ne l’aseptisent pas. Si nous avions vu jusqu’à maintenant les attaques contre les auteurs (cf. cet article) et les œuvres (cf. cet article également), nous allons cette fois tenter de comprendre pourquoi ces gens sont terrorisés à la fois par le réel et l’imaginaire.

Dans le monde réel, lorsqu'il veut défendre une idée, un être intellectuellement construit et cohérent va développer des arguments, démontrables, basés sur des faits, vérifiables. Jusque-là, ça semble simple et logique. Par exemple, si j’affirme que la Terre est ronde et que l’Homme est déjà allé sur la Lune, je sais que j’ai des outils pour le démontrer. Si quelqu’un vient me dire que la Terre est au contraire plate et que les Américains ont en fait orchestré une imposture pour monter de toutes pièces une fausse escapade lunaire, je ne vais pas pour autant avoir les genoux qui tremblent ou tenter de faire taire mon opposant. Pourquoi ? Parce que je suis serein, je sais que j’ai sous le coude de quoi défendre ma théorie. Mais quand ta théorie, c’est 2 + 2 = 5, c’est déjà beaucoup moins évident de l’emporter face à quelqu’un qui a des bases en mathématiques. Le seul moyen de le contrer est alors de déplacer le combat. Il ne s’agit plus de l’emporter par la force de l’argument mais de discréditer l’adversaire, en général en le traitant de "fasciste", un mot devenu fourre-tout qui désigne à peu près tous ceux qui refusent d’employer le prêt-à-penser des SJW. Si vous réfléchissez par vous-même, vous êtes perçu comme un salopard. Pour trouver grâce aux yeux de ces gens-là, il faut embrasser leurs convictions comme on entre en religion : sans jamais rien remettre en question et sur la base de la seule foi. Rien n’est à démontrer car rien n’est démontrable.

Prenons un exemple, déjà traité ici : le Club des Cinq de Blyton. Le cas est intéressant car, non seulement l’œuvre est écrite par une femme (si le sexe d’un individu gêne le raisonnement des SJW, il n’est subitement plus pris en compte), dans les années 30 (les faits ne sont jamais contextualisés, ce qui est pourtant à la base d’une analyse sérieuse, qu’elle soit historique, littéraire ou même judiciaire), mais vous allez voir que, quelle que soit la manière dont l'écrivain construit son personnage, il est perçu comme sexiste.
Ainsi, la journaliste qui à l’époque rédigeait l’article sur Slate (un nid à débiles) condamnait le personnage d’Annie, parce que la jeune fille est féminine, timide, douce, gentille, etc. Trop caricatural, selon elle (une femme ne peut donc pas être... féminine ?). Par contre, Claudine, qui a un caractère affirmé, est courageuse, sûre d’elle, là, ça ne va pas non plus. C’est sexiste parce que c’est… trop caricatural. Il est là le 2 + 2 = 5.
Quand un comportement est perçu comme sexiste et que son exact inverse est perçu comme sexiste également, ce ne sont pas les auteurs qui sont tous systématiquement des affreux défenseurs du patriarcat, c’est la grille de lecture qui est fausse.

Il est évidemment impossible de démontrer par un raisonnement et une rhétorique classiques que Blyton est sexiste (puisque c’est faux). Il est donc nécessaire, pour que le faux devienne vrai et que le haut devienne le bas, que tous ceux qui prétendent le contraire ne soient plus audibles. En les accusant d'être d’odieux réactionnaires, ou plus sûrement des fascistes, les SJW pensent ainsi les mettre sur la touche (ils y parviennent parfois) et en être débarrassé. Leur comportement, à ce sujet, est d’ailleurs assez révélateur. Les meutes de justiciers du net, quand ils sentent l’odeur du sang, tentent courageusement de discréditer l’individu qui n’est pas de leur avis auprès de son cercle professionnel ou amical. Ils le dénoncent à son employeur, son ancienne école, etc. (cf. cet article). Ils ne veulent pas une sanction pour un acte qui devrait être jugé de manière équitable, avec un droit à être défendu et une présomption d’innocence, ils veulent la fin, physique, de l’adversaire. Eh oui, imaginez bien que, s’ils le privent de travail, ce n’est pas pour lui offrir une allocation derrière, c’est pour qu’il perde revenus, dignité, contacts et, si possible, la vie.
La méthode est abjecte mais, de nos jours, efficace.

Alors, là, si vous avez une capacité de raisonnement normale, vous devriez me dire "mais, il est impossible que toute une population en vienne à penser que tous les hommes blancs sont des racistes misogynes, que tous les auteurs doivent être sous tutelle d’experts littéraires (de commissaires politiques dirait-on dans l’ex-URSS), que les gens qui font commerce de viande ou en mangent sont des génocidaires en puissance"…
En gros, c’est impossible que tout le monde en vienne à penser que 2 + 2 = 5 parce que c’est juste trop gros et trop con. 
C’est ce que je pensais aussi à une époque encore pas si lointaine. Mais détrompez-vous.
Bien entendu, une telle construction d’un monde totalement fantasmé, névrotique et tyrannique ne s’impose pas en deux semaines, ni en deux ans. Il y a des étapes à suivre et à franchir. Il faut normaliser l’impensable et pour cela affaiblir la langue par exemple. Car moins l’on peut décrire une idée, la formaliser, moins l’on est apte à la penser. Et moins elle survit.

Je vais prendre un exemple très terre-à-terre, vérifiable et indiscutable, ce qui fait donc de moi, dans la grille de lecture SJW, un fasciste. Nous allons comparer un texte issu de la musique populaire des années 80 avec un texte issu du courant populaire récent. 
En 1984, c’est Besoin de rien, envie de toi qui est premier au Top 50 (ce qui fera bien chier les responsables de Canal + de l’époque d'ailleurs). Voilà les paroles :

Regarde
Le jour se lève
Dans la tendresse
Sur la ville
Tu me fais vivre
Comme dans un rêve
Tout ce que j'aime
Besoin de rien, envie de toi
Comme jamais envie de personne
Tu vois le jour
C'est à l'amour qu'il ressemble…

Restons-en là et analysons un peu. C’est très nunuche, ça ne casse pas trois pattes à un bobo, m’enfin, grammaticalement, c’est correct et, surtout, c’est intelligible et basé sur un code commun. 
Prenons maintenant un grand succès populaire récent, qui est tout autant méprisé par les intellectuels qu'a pu l'être la chanson de Peter & Sloane. Un titre d’Aya Nakamura tiens, Djadja par exemple. Attention, choisir un tel titre, c’est faire preuve d’honnêteté intellectuelle, ne croyez pas que j’aille piocher celui-ci parce qu’il est mal écrit (j'aurais pu en prendre un autre, Pookie par exemple), je choisis ce titre parce qu'il est indubitablement populaire (plus de 700 millions de vues pour ce seul titre sur youtube, sans compter les plateformes de téléchargement). Si, comme moi, vous n’écoutez pas cette chanteuse, vous faites partie d’une minorité. Le courant populaire principal en France, c’est elle qui le représente. Voilà le texte :

Aya Nakamura, oh yeah
Hello papi, mais qué pasa 
J'entends des bails atroces sur moi
À c'qu'il paraît, j'te cours après 
Mais ça va pas, mais t'es taré, oh ouais
Mais comment ça, le monde est tipeu
Tu croyais quoi, qu'on s'verrait plus jamais
J'pourrais t'afficher mais c'est pas mon délire
D'après les rumeurs, tu m'as eu dans ton lit
Oh Djadja (oh Djadja)
Y a pas moyen Djadja (y a pas moyen Djadja)
J'suis pas ta catin Djadja, genre, en catchana baby, tu dead ça

34 ans séparent ces deux textes populaires. Vous avez vu la différence ? Or, si des millions de gens écoutent ça, c’est parce qu’ils se reconnaissent dans ce langage (qui n’est plus du tout du français mais une sorte de patois aux diverses influences) et le comprennent. Et quand on emploie couramment ce genre de constructions linguistiques, c’est que l’on est prêt à accepter que 2 + 2 = 5. Parce que votre éducation et votre langage ont un effet concret sur votre manière de penser ou d’appréhender le monde ainsi que sur votre bagage intellectuel. Si vous n’écoutez que ce genre de trucs, vous n’êtes pas armé intellectuellement. Ce serait pareil d’ailleurs si vous ne lisiez que des BD, ce n’est pas suffisant. Chacun a bien entendu ses préférences et ses centres d’intérêt, mais un esprit sain et combatif se construit dans la diversité : il faut un peu d’Histoire, de sociologie, de physique, de romans, d’essais, bref des sources différentes et des domaines complexes et nuancés, pour muscler un cerveau.
On est ce que l’on écoute, ce qu’on lit, ce que l'on absorbe.

Alors, est-ce que, pour autant, la simplification du langage populaire va nécessairement engendrer le basculement de toute la population vers les inepties qualifiées de "progressistes" ? Bah, non, mais pour imposer un changement de société, il n’est pas nécessaire d’avoir une majorité de la population derrière soi. Quelques centaines de fanatiques, protégés par quelques milliers de nervis, suffisent. Et les nervis, ils sont à l’œuvre depuis fort longtemps.
C’est d’ailleurs assez paradoxal car l’insulte préférée des SJW, censée discréditer un individu, résume en réalité assez bien l’organisation de leurs factions armées. Ces voyous cagoulés qui détruisent les champs de certains agriculteurs, explosent les vitrines des bouchers ou attaquent des processions catholiques pacifiques, composées de femmes et d’enfants, sont le pendant moderne de la Sturmabteilung, ou SA. L’uniforme en moins, certes, mais il convient de constater que la même méthode, servant le même but, est mise en œuvre par ces nervis : imposer par la violence de la rue la doctrine de leurs maîtres. Attention tout de même, les précédents n'ont pas bénéficié d'une énorme reconnaissance une fois le régime hitlérien établi.

Violence dans les rues, prêt-à-penser destiné à la plèbe, les plus futés voient déjà un schéma se dessiner. Et pour que ce schéma devienne le nouveau fondement de notre société, il est nécessaire d'en passer par l’annihilation de la raison. Pourquoi croyez-vous que les SJW en viennent à craindre autant la fiction que le réel ? Parce que la fiction, la bonne, prépare à réfléchir par soi-même et à questionner ce qui est imposé comme des évidences. Pour que la réalité tordue et créée de toutes pièces du camp du "progrès" perdure, pour que la bulle fantasmée n'éclate pas, il faut que ses promoteurs puissent nier le réel et contrôler la fiction, donc il est nécessaire de mettre les auteurs sous tutelle (d’où les "experts littéraires"). La pensée est progressivement remplacée par des idées reçues, des phrases toutes faites, des lieux communs... et le réflexe pavlovien se substitue alors à la réflexion.

Prenons un exemple très simple que tout le monde a déjà entendu.
Seriez-vous d’accord pour dire qu’une femme devrait percevoir le même salaire qu’un homme à poste égal ? La réponse attendue à cette question est "oui". La mienne serait "ça dépend". 
Ça veut dire quoi "poste égal" ? Est-ce que les deux ont la même ancienneté ? Même si on fait la même chose, on n’est pas payé identiquement si l’on a 20 ans de boîte ou si l’on est arrivé il y a trois semaines. Poste égal, ça veut dire dans la même entreprise ? La même ville ? On n’est pas payé identiquement à Paris qu’en province par exemple. Est-ce que les compétences réelles sont prises en compte ? Et quelles sont-elles ces compétences ? Est-ce que l’on tient compte de l’assiduité, des résultats, du comportement avec les clients ? Et même au-delà de ça, est-ce que la différence s'explique parce qu’une augmentation a été refusée ou parce qu’elle n’a pas été demandée ? 
C’est un sujet complexe qui n’admet pas la généralisation. On ne peut pas répondre parce que l’on n’a aucune donnée et qu'elles seront différentes pour chaque cas. Dans l’absolu, une femme ne doit pas souffrir de son statut de femme. Ça, c'est évident, mais c'est tout ce qui est évident. Et rien dans la loi ou la société actuelle ne privilégie les hommes. S’il reste des disparités, elles existent d'ailleurs aussi entre hommes. Eh oui, accrochez-vous à vos strings pour la révélation ultime : certains hommes, à "poste égal", ne perçoivent pas le même salaire que d'autres hommes. Cela veut donc dire que le sexe n'a rien à voir là-dedans.
Pour comprendre ça, il faut du temps, il faut du vocabulaire, de l’expérience, de la mise en perspective, bref, ce n’est pas un sujet qui se règle à coups de slogans indéboulonnables. Et pourtant, c’est le seul programme des SJW : donner du prêt-à-penser (des éléments de langage diraient les politiciens) à un maximum de gens, pour certains persuadés qu’ils œuvrent pour le bien commun et défendent une "noble" cause, alors qu'ils servent un épouvantable obscurantisme et une négation de l'intelligence.

Je vais vous faire une révélation. Si quelqu’un simplifie un sujet avant de vous demander votre avis dessus, ce n’est jamais pour votre bien ou pour vous épargner de la peine. C’est pour vous manipuler. Et la manipulation, ça marche. Il n’y a qu’à compter le nombre de crétins décérébrés, incapables de construire un raisonnement, qui pullulent dans les médias ou sur le net. Ces gens ne fonctionnent qu’à coups de récitations et de psittacisme. Regardez une interview d’Alice Coffin par exemple, on a mal pour elle lorsqu’elle tombe sur une journaliste un peu armée intellectuellement et qui n’est pas dévouée "à la cause" (ceci dit, ses écrits sont édifiants aussi, surtout parce qu’elle avoue son incapacité à être un homme, ce dont elle dit avoir toujours rêvé, et son échec à employer les codes de la féminité, ce qui explique son aigreur et sa haine). 

Criant de réalisme...
Mais revenons à la langue. Dans un débat, lorsque vous vous exprimez, vous tentez d’être intelligible afin de convaincre ou confondre votre opposant. Si vous employez le discrédit, une carte "joker" ou un jargon abscons pour éviter de vous frotter aux arguments, c’est de la malhonnêteté. Si votre raisonnement n’est plus accessible à l’autre, alors que vous l’imposez (en plus de manière violente), est-ce vraiment un "progrès" ? Est-ce démocratique ? Est-ce juste ? 
Si vous avez l’électricité à tous les étages, vous connaissez la réponse.
Non, on n’est pas coupable par défaut ou par hérédité. Non, on n’est pas automatiquement misogyne si l'on est un homme. Non, les mots n’ont pas le sens que chacun leur donne, il s’agit d’un code commun, modifié uniquement (et très lentement) par l’usage littéraire, sinon la communication est rompue. Non, Napoléon n’était pas fasciste, pas plus que les Romains ou les Spartiates. Non, le harcèlement de rue n’est pas majoritairement le fait de quarantenaires blancs, comme une odieuse affiche a tenté de le faire croire il y a peu [3]. Cela, c'est une torsion du réel à des buts propagandistes, donc politiques. 

Mais prenons encore un exemple concret de torsion des mots et de leur sens. Connaissez-vous les micro-agressions ? C’est un truc inventé par les LGBT (désolé, je ne me suis pas tenu au courant des lettres qu’il faut ajouter chaque semaine) pour dénoncer les saloperies imaginaires que leur font subir les hétéros. Par exemple, j’ai vu il y a quelque temps, dans un reportage, une femme, habillée en femme, ayant un visage de femme, qui rentrait dans une boutique. Là, la vendeuse lui dit "bonjour madame", et l’autre de se confier à la caméra sur son traumatisme, parce qu’elle ne se sent pas femme… Heu, machine, je vais t’expliquer un truc.
Les traumatismes psychologiques, ça existe. Par exemple, un mec qui a fait deux tournées en Afghanistan et qui a vu son pote se faire découper en deux par une mine, avec les boyaux qui lui giclent à la gueule, ça, c’est traumatisant. On ne s’en remet pas en deux mois ou même deux ans.
"Bonjour madame", même si tu penses être un mec, un nénuphar ou une girafe, ça ne te donne pas le droit d’être dans la même salle d’attente que le vétéran évoqué plus haut. Parce que t’as pas besoin d’un psy pour ça, démerde-toi, connasse ! Si tu ne peux pas gérer un "bonjour", je t’assure que tu vas avoir des putains de surprises dans la vie. Parce que tu n’as aucune idée de ce que signifie "agression".

C’est là qu’on lâche l’autre pintade et que l’on revient à notre propos. Si les mots sont éviscérés, vidés de leur sens, de leur substance, alors cela a deux conséquences. D’une part, il y a rupture de la communication (mais, c’est évidemment volontaire, rappelez-vous que le but du SJW, ou wokiste, n’est pas de débattre mais d’imposer une doctrine en discréditant ceux qui n’y font pas allégeance), d’autre part, tout se vaut. Et si tout se vaut, alors… 2 + 2 = 5 est correct, au moins autant que 2 + 2 = 4.

Je vais en rester là. Pour ceux qui ne sont pas tout à fait convaincus, je vous encourage à vous documenter, à écouter attentivement les discours des uns et des autres, à prendre du recul, à réfléchir, analyser. Tous les exemples que j’ai pris sont réels. 
Pour ceux qui ont la même analyse de la situation et la pensent dramatique… bah, oui. Je suis désolé, je n’ai aucun remède à proposer. Il fallait se réveiller il y a bien longtemps, le train est passé, il ne reviendra plus. Cette bulle épouvantable, niant le raisonnement, les faits et la logique, est en passe de remplacer, partout, le réel, le débat et la réflexion. Dans l’art, à l’école, dans les médias, en politique politicienne…
Dans tout ce qu’un génie comme Orwell avait théorisé et prévu, j’avoue que j’avais parfaitement vu venir l’avènement de la novlangue (donc, l’appauvrissement, concerté ou non, de la langue, et par ricochet l'impossibilité de penser le monde) et celui de l’impermanence des faits (ce qui est bon aujourd’hui sera "inbon" demain et imposé comme inbon de tout temps, sans considération pour la réalité historique et la méthodologie des historiens). Par contre, le 2 + 2 = 5, je dois admettre que je ne le comprenais pas et, du coup, ne le pensais pas possible. Aujourd’hui que j’en ai saisi le sens, je suis à la fois satisfait, parce que j’aime me coucher moins bête que la veille, et triste, parce que le monde que nous allons laisser à nos enfants est inique, stupide et terrifiant.

Savez-vous seulement quelle différence il y a entre un psychotique et un névrosé ? Un psychotique, c'est quelqu'un qui croit dur comme fer que 2 et 2 font 5, et qui en est pleinement satisfait. Un névrosé, c'est quelqu'un qui sait pertinemment que 2 et 2 font 4, et ça le rend malade. 
Pierre Desproges 



[1] SJW ou wokiste : individu ayant très peu de neurones et beaucoup de temps libre.
[2] Dans les années 80, ne pas être raciste consistait à ne pas mal considérer quelqu'un sur le seul fait de ses origines. C'est ce que je défends et considère comme juste : peu importe ce que les gens SONT, c'est ce qu'ils FONT qui détermine leur niveau de respectabilité. De nos jours, la race n'est plus mise de côté mais au centre de la doctrine soi-disant "anti-raciste", qui est de fait racialiste, raciste et inique. De plus, la doctrine "progressiste" venue tout droit des États-Unis impose de penser le racisme uniquement comme une agression ou injustice du Blanc envers une autre ethnie. Même si le Blanc est massacré du fait de sa couleur, il ne peut, selon cette doctrine, être victime de racisme (cf. par exemple le cas de Channon Christian et Christopher Newsom, des Blancs américains, violés, torturés, abattus et dépecés par un gang, sans que les médias ne s'en émeuvent ou que la justice ne qualifie les faits de "crimes de haine").
[3] Cela peut arriver, bien entendu. Statistiquement, il doit bien exister aussi des écureuils dont le poil tire sur le vert. Mais quand on illustre un article parlant de l'écureuil, en général, on a la bienséance et l'honnêteté de le représenter avec un pelage roux ou brun. Torsion du réel, toujours... Et, pour en revenir à cette affiche, cela ne serait nullement "stigmatisant", car elle viserait alors les racailles, autrement dit des membres de gangs, des voyous, et non l'ensemble des gens qui habitent en banlieue, quels que soient leur âge ou leur tenue. Quand vous êtes honnête et digne, rien ne vous pousse à vous identifier aux mafieux ou aux cons. Si mon voisin frappait sa femme, je ne me sentirais pas pour autant "géographiquement solidaire". Avant de gueuler sur une généralisation, demandez-vous pourquoi votre premier réflexe est de vous y associer. Si vous êtes innocent, correct et respectable, rien ne peut changer cela. 
eVen
Par

"Élargir le champ de la santé publique à l'intimité sexuelle du citoyen n'a qu'un seul but :
améliorer son bien-être socio-affectif et, par là, celui de la société tout entière."
Docteur Sidibe, fondateur de l'érospital de Montpellier 2


Tout part d'un projet de contrôle de la santé sexuelle des citoyens, dans une France future. Projet initié par le docteur Sidibe, il impliqua la bio-chimiste Jahida dans le cadre d'un programme communautaire de réhabilitation émotionnelle. Celle-ci se donna la mort en se jetant du toit de l'érospital. 112 mètres de chute, ça ne pardonne pas !
Une journaliste doute de cette version des faits et nous allons, avec elle, découvrir au fil de cette enquête ce qui se trame dans cette institution aux pratiques sujettes à controverses.

Vous l'avez compris, nous avons là une histoire qui va nous décrire une société future voulant tout contrôler dans la vie des citoyens, jusqu'à leur intimité.

Dans cette société dystopique, une ségrégation légale s'est installée entre les Swiiits et les ugs (comprendre les "sweets" et les "uglies"). Être génétiquement avantagé d'un point de vue esthétique donne donc accès à des droits et privilèges inaccessibles aux gens plus laids.
Cette idée a déjà été utilisée dans une trilogie de romans à succès de Scott Westerfeld (Pretties, Uglies, Specials) mais elle n'est dans eVen qu'un contexte offrant un terrain de jeu à une autre histoire pour s'épanouir.

On croisera dans cette BD des éditions Delcourt une galerie de personnages et une foule d'idées diverses et variées. L'univers se dévoile progressivement mais rassurez-vous : une fois l'enquête démarrée, on a tôt fait de cerner dans quelle étrange futur Zidrou veut nous emmener.
On rencontre donc parmi les patients des personnages aux sexualités contrariées ou déviantes qui, à l'érospital, viennent chercher un traitement ou une échappatoire légale à la castration chimique ; un traitement à leurs troubles par la stimulation inoffensive de leurs fantasmes les plus inavouables. Inoffensive, en effet... car le tout est dispensé par un complexe ensemble d'algorithmes neuro-érogènes générés informatiquement. C'est donc une intelligence artificielle qui interagit avec eux. Et pour certains d'entre eux, elle prend même corps au sens physique en se matérialisant sous la forme de l'humain de leur choix... voire même d'une personne décédée, pour peu que l'on fournisse à l'érospital son codigA.D.N, sorte de carte d'identité génétique du défunt. C'est cette technologie que l'on a baptisée eVen.

Vous trouvez ça un peu glauque ? Ne vous inquiétez pas, je pense comme vous... et nombre de personnages de la BD le pensent aussi. Mais c'est encore plus incommodant lorsque l'on apprend à connaître davantage le directeur de l'endroit. Le docteur Sidibe est un être assez décontenançant dont le bureau contient, par exemple, une sorte d'audiothèque d'orgasmes féminins... Ce bureau aux murs couverts d'hexagones produisant les sons en question est bien entendu rappelé sur la couverture de l'ouvrage et parfois ailleurs, sur un élément ou l'autre de l'album comme... sur la robe de l'image qui suit. Ce qui rend, lorsqu'on s'en rend compte, la lecture de cette planche on ne peut plus dérangeante en raison de ce que cela peut sous-entendre !


Zidrou sait raconter des histoires et en raconte à destination de public très variés. Il est l'auteur de séries tous publics aussi populaires que L'élève Ducobu, Léonard ou Tamara (et ce ne sont que des exemples parmi bien d'autres) mais il écrit aussi des œuvres bien plus matures et celle-ci, à n'en pas douter, n'est pas à conseiller au même lectorat que ce cancre de Ducobu...
L'histoire est intéressante et l'enquête trouve une résolution satisfaisante en ce qu'elle se conclut sur une de ses vérités dérangeantes que l'on était en droit d'attendre de la part de l'univers dans lequel l'action se déroule.
Les personnages sont tous assez torturés et aucun ne semble trouver vraiment sa place. Dans cet univers où l'on veut mettre des gens dans des cases comme autant de sons dans les alvéoles du bureau de Sidibe, on sent bien que personne ne se satisfait du rôle qu'on lui attribue et que beaucoup le jouent à contrecœur.
C'est une réflexion sur bien des aspects de nos sociétés modernes aliénantes et infantilisantes que nous offre ici l'auteur... nos sociétés hygiénistes, conformistes et consensuelles où tout est géré par des gens se proclamant spécialistes et où, peu à peu, plus aucun choix ne nous appartient.


Au dessin, Alexeï Kispredilov retrouve son complice Zidrou avec qui il travailla déjà sur Rosko. Le trait d'Alexei est expressif et tranchant. À tel point que je trouve qu'il peine même parfois à restituer la beauté quand cela lui est demandé. Mais pour la tension, le malaise, l'étrangeté, le doute... on peut lui faire confiance !
La mise en couleur, quant à elle, insiste énormément sur un noir très présent et des teintes chaudes et charnelles (avouons que ce choix est on ne peut plus logique, à défaut d'être très subtil). Absolument tout l'album baigne dans des teintes factices orangées, parfois vertes, pour le contraste... il n'y a finalement que la dernière planche (que je ne vous montrerai évidemment pas !) qui revient à des tons naturels, ultime planche en forme d'espoir, en forme de pied de nez à cette civilisation artificielle et sous contrôle.


Entre la journaliste incarnant des médias trop souvent prompts à ne faire que restituer la narration qu'on leur a suggérée, le médecin vu comme détenteur d'un savoir incontestable malgré ses erreurs voire ses turpitudes, l'autorité détenue par des gens indignes et la société séparant les gens sur des critères physiques absolument pas pertinents... on ne peut pas dire que ce livre n'est pas témoin de son époque.

On pourrait regretter qu'il n'aille pas plus loin dans la description de cette étrange société future et qu'il ne se concentre que sur cet intrigant érospital... mais c'est un récit policier futuriste : une enquête qui se termine lorsque l'on comprend les causes, les conséquences et les enjeux du crime. À dire vrai, à ce titre, il est même assez généreux en renseignements sur son univers en nous offrant en parallèle l'histoire de personnages qui ne sont pas directement liés à l'intrigue.

Une BD très personnelle, très originale, destinée à un public adulte mais... bougrement intéressante. Rien que cette image de petite fille n'ayant pour poupée qu'une femme très différente de ce qu'elle sera une fois devenue grande doit vous faire comprendre que ça aborde des tas de thèmes : ici, impossible de ne pas penser à ces petites africaines avec leur Barbie californienne dont on parlait il y a encore quelques années, avant que Barbie se fasse des amies de couleur.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Les thèmes intéressants et contemporains.
  • Un traitement intelligent et parfois osé.
  • Un dessin expressif.

  • La mise en couleurs manquant de subtilité.
  • Le scénario un brin brouillon parfois mais... comme la vie peut l'être, ni plus ni moins.
Bloodshot reborn
Par


Bliss éditions propose un catalogue issu de chez Valiant comics, maison fondée en 1990 aux États-Unis et qui fut même un temps le troisième éditeur derrière DC et Marvel avant de sombrer. Les années 2010 voient son retour outre-Atlantique et en France. Comme ces deux aînées, elle propose pléthores de héros tels que Bloodshot (adapté en film avec Vin Diesel...), X-O, Manowar, Faith, Shadowman... Valiant comics a laissé une certaine liberté créatrice dans la réinterprétation des personnages issus de son vieux catalogue, dessinateurs et scénaristes ont donc pu s’en donner à cœur joie.
Bloodshot reborn, qui part sur un postulat des plus convenus, parvient, avec l’habileté de Jeff Lemire, à devenir une histoire qui, à défaut d’originalité, s’avère prenante et tient dans une intégrale de 712 pages. Aucune connaissance n’est prérequise pour s’immiscer dans cet univers. Les informations importantes sont distillées au fur et à mesure de la lecture.


Un cercle rouge sur le torse, une peau blafarde, voilà qui semble porter à confusion. Non, Bloodshot n’est pas japonais. Il s’agit de la marque d’une douloureuse opération de métamorphose d’un homme en super soldat  par une organisation paramilitaire secrète : le projet Rising Spirit. En injectant des nanomachines (les nanites), les souvenirs et le métabolisme du cobaye se modifient en profondeur. Sa peau devient blafarde, ses yeux se teintent de sang. Sa puissance est décuplée et ses mouvements sont plus rapides. En contrepartie, les microrobots, qu’il doit alimenter en protéines animales, le soignent en permanence. Fauchant des vies à tour de bras, accomplissant ses missions sans broncher, Bloodshot trouve le temps de gamberger sur la probabilité de devenir autre chose qu’un assassin : un héros. Son vœu est presque exaucé avec la mort d’une femme qu’il avait appris à aimer, Kay, dont le pouvoir lui a permis d’expulser les nanites qui polluaient son corps. Délivré, Bloodshot subtilise le dossier confidentiel qui renferme sa véritable identité et fuit.

Désormais dépourvu de capacités hors normes, emplis de souvenirs factices implantés lorsqu’il était un broyeur sur pattes, il prend le nom de Ray Garrison et il se terre dans un motel miteux du Colorado. L’ex-Bloodshot souffre d’un syndrome post-traumatique. Alcoolique, drogué, tourmenté par des visions, il ressasse des questions existentielles. Il pourrait en savoir plus sur sa personnalité avant manipulation, mais il n’ose pas consulter le contenu du dossier qui le concerne. Ray Garrison, consterné, découvre aux actualités télévisées un homme grimé en Bloodshot. Puis un autre.... avant de comprendre que les nanites expulsées demeurent actives et parasitent d'autres corps. Face aux massacres perpétrés par ces inconnus, il sort de sa tanière pour récupérer les microrobots, car lui seul en a le moyen ; en réabsorbant son mal, il pense en empêcher la prolifération. Mais doit-on se fier à un homme si perturbé ?

Les tueries ne passent pas inaperçues aux yeux du FBI qui dépêche ses enquêteurs sur le coup. L’agent spéciale Diane Festival, citadine pur jus (la voiture hybride...), aux méthodes peu conventionnelles, flanquée d’un coéquipier âgé, Hoyt, sont persuadés de la culpabilité de Ray. En remontant la piste des nanites, l’albinos rencontre Magic, une jeune femme qui décide, malgré les horreurs dont elle est témoin, de l’accompagner. Entre eux s’installe une relation à la manière du conte La belle et la bête. Saura-t-elle lui rendre une part d’humanité ? Sans oublier les sbires du projet Rising Spirit qui ont des yeux et des oreilles un peu partout afin de suivre l’évolution de la créature qui leur a échappé, tout en menant une stratégie politique et militaire de conquête... du monde. Rien que ça.

L’intégrale se découpe en plusieurs arcs abordant un point thématique différent tout en demeurant raccord avec l’univers que Lemire installe. Le récit brasse allégrement plusieurs genres, allant de la science-fiction, au thriller, en passant par l’horreur... sublimés par une armée de dessinateurs et un graphisme semi-réaliste avec parfois une touche proche du cartoon. Les rebondissements nombreux et le suspense empêchent l’ennui et la routine de s’installer.

Bloodshot reborn présente une classique quête d’identité d’un homme qui a tout perdu, aliéné par des savants fous. Ray tente de comprendre ce qui différencie un héros d’un simple assassin ou d’un vigilant sanguinaire. Tout au long de l’ouvrage, il va ainsi se chercher, relativiser sa situation avant de se prendre en main et de déployer son potentiel à mesure qu’il devint maître de son destin, libre dans sa tête. Un "supe-soldat" qui s’émancipe reste un thème récurrent au sein des comics, souvenez-vous de John Cannon, au cerveau "lavé".

L’écriture de Jeff Lemire nous perd, comme le héros, entre les illusions et la réalité. L’esprit flottant entre hallucinations et lucidité, Ray Garrison côtoie une espèce de sale gosse démoniaque, Bloodsquirt. Ce lutin, au graphisme cartoon contrastant avec le dessin semi-photographique du récit, va le tourmenter tout en apportant un ton décalé au drame terrible qui se joue. Le fantôme perverti de Kay s’invite pour lui pourrir la vie. Bloodshot n’est jamais aussi pertinent que lorsqu’il frôle la folie. Une intrigue conduite par un être perturbé introduit le doute sur la réalité/vérité dans laquelle il se trouve.

Scénariste canadien de renom, Jeff Lemire s’est emparé d’un personnage casse-gueule loin d’être un modèle de vertu, un héros au sens noble du terme. Bloodshot apparaît comme un surhomme bourrin, violent, solitaire, doté d’hallucinantes capacités de régénération. Pour contrebalancer sa radicalité, il lui insuffle des sentiments pondérés tels que la culpabilité, l’affection, le pardon... qui vont jouer sur la libération de son identité. Il prend le temps d’installer Ray et l’univers dans lequel il évolue et pose les bases de son propos autour de l’humain augmenté et de la manière dont il est employé, développant ainsi un futur probable, mais surtout un passé par le biais d’anciens prototypes.

Le scénariste épouse le point de vue de Bloodshot sur une large partie du récit pour penser les transformations qu’apporteraient les nanites. Comme toute créature "artificielle", Bloodshot est créé par un savant fou dont il va s’émanciper. Cette mécanisation de l’humain est liée à la Révolution industrielle. Entouré de machines, il devient symboliquement le rouage d’un dispositif plus imposant. Un pantin manipulable à l’ère de la reproductibilité technique, un être creux où l’intériorité a été supprimé. La présence des prototypes Bloodshot puis la distribution en masse des nanites participent à l’expansion des corps-machines. Ces créatures furent conçues à différentes périodes du XXe siècle, en réponses aux guerres à laquelle elles sont destinées. Le plus mignon, sans conteste le chien, Bloodhound, symbole des animaux embrigadés [1]. Tank man a été élaboré pour la Seconde Guerre Mondiale ; pas de nanites mais pistons et drogues lui délivrent les capacités surhumaines dont il a besoin. Viet man, comme son nom l’indique, est un projet dédié à la guerre du Vietman ; Cold man pour la guerre froide, Quiet man pour les guerres du Golfe... et leurs caractères s’en ressentent. Bloodshot a été conçu au début du XXIe siècle. L’un parlera de coopération, l’autre des mensonges de la guerre, un autre sera muré dans le silence... Mais au-dessus d’eux plane une entité froide, assassine, annihilant tout sur son passage : Deathmate, un corps féminin.
Cette galerie d’hommes augmentés se paye le luxe de confronter leurs souvenirs guerriers et questionnent la politique des États-Unis. De quoi développer des comics avec ces nouveaux soldats (et le mercantilisme qui va bien) [2].
Que donnerait une utilisation à plus grande échelle des nanites sur des citoyens lambda ? Le scénariste étudie cet aspect en déployant l’infection sur la population de Manhattan. Logiquement, les habitants perdent le contrôlent d’eux-mêmes et s’entretuent. Le projet Rising Spirit, organisation retorse, peut ainsi apparaître en sauveur en proposant le remède à leur poison. Serait-ce une pique dirigée contre les entreprises peu scrupuleuses jouant sur deux tableaux ?

Jeff s’avère à l’aise avec Bloodshot tant celui-ci partage des similitudes avec d’autres personnages sur lesquels il a travaillé : que ce soit le robot Tim-21 à l’apparence de garçon dans Descender en passant par Gus, mi-homme mi-cerf dans Sweet Tooth. Il recycle des idées employées dans d’autres de ses récits : par exemple, le champ de force qui emprisonne un lieu. Ici une île, dans Black Hammer, un village. Et avec un chien ! Tout comme dans Sweet Tooth, il traite d’une épidémie qui fait régresser les comportements humains et s’embarque dans un road movie post apocalyptique, employant à certains moments une narration composée de deux récits intrinsèquement liés avec une enquête policière en milieu rural et la quête des personnages principaux, ce qu’il a aussi fait dans Gideon Falls. L’ensemble est mâtiné d’horreur portée par une violence rude, une ambiance malsaine et des visions dantesques. Il n’oublie pas non plus les symboles : comme manger un requin blanc pour en acquérir la force.

Côté graphisme (assuré par Mico Suayan, Raúl Allén, Patricia Martin, Butch Guice, Lewis Larosa, Doug Braithwaite, Tomas Giorello, Renato Guedes, Stefano Gaudiano), le photo-réaliste dominant retranscrit avec force la fureur des scènes d’action et de violence et alterne avec des moments plus calmes, prompts aux dialogues et aux développements des intrigues. La narration s’avère nerveuse, à l’image de l’urgence dans laquelle se trouve Bloodshot. Les super soldats débordent d’une musculature digne des culturistes (eux aussi nourris aux protéines). Des références à des films comme Mad Max ou Terminator apparaissent dans certaines planches, ainsi que, dans une moindre mesure, d'autres clins d'œil à l’art, avec un pseudo radeau de la méduse, le cannibalisme en moins. Les coloristes apportent de belles palettes, tels les contrastes rouge/vert, vert/violet, bleu/ocre seyant à merveille aux ambiances et donnant de la lisibilité aux dessins détaillés. 

Cet imposant opus est une suite directe de The Valiant, ce qui est précisé en début d’histoire, mais il peut se dévorer sans avoir lu au préalable cette première partie. Jeff Lemire offre un récit dense, fouillé avec un personnage aux aspérités touchantes malgré sa fonction première : tuer. Un jeu sur la rédemption, sa place dans le monde, l’émancipation de son créateur, le pardon qu’on lui accorde. Le poids de la politique, des magouilles des grandes puissances et des entités secrètes pèsent sur le destin de Bloodshot. Sans révolutionner le genre, l’intégrale s’avère bien écrit. Peu de points demeurent obscurs et les apparitions des autres protagonistes Valiant n’affaiblissent pas le propos, bien qu’ils n’aient pas le temps d’être développés. Les intrigues trouvent une solution, le scénario offre assez de matière pour une suite, tout en se suffisant à lui-même.

Une bonne pioche pour qui ne souhaite pas se lancer dans une histoire à rallonge. Niveau qualité/prix, c’est imbattable ! 712 pages comprenant les 19 épisodes de Bloodshot Reborn, la mini-série Bloodshot U.S.A. en 4 numéros, plusieurs récits courts. Couverture rigide, dos cousu.
Divertissement intense et moins crétin qu’il n’y paraît pour qui aime les héros testostéronés possédant plus de deux neurones.


[1] Très bon traitement de la question animale en tant qu'armes dans Nou3 (We3), excellent comic de Morrison et Quietly.
[2] Ce n’est pas sans rappeler les errances de Captain America dépassé par la politique menée par les États-Unis après la Seconde Guerre Mondiale.

Sur le site de l'éditeur

+ Les points positifs
- Les points négatifs
  • Une histoire qui tient la route malgré un personnage casse-gueule.
  • Un condensé du savoir-faire de Lemire.
  • Des dessinateurs et coloristes qui font le taf.
  • Rapport qualité/prix du pavé.


  • Rien d'original.
  • Un démarrage un peu lent