Publié le
28.2.26
Par
Virgul
Hello les Matous ! Ça ronronne ?
Nous avons décidé de faire un petit point aujourd'hui. UMAC existe en effet depuis plus de 20 ans (nous venons de démarrer la saison 21, UMAC a l'âge légal pour picoler aux States !), et nous avons à cette occasion fait quelques aménagements qu'il convient de vous présenter.
Tout d'abord, il ne vous aura pas échappé que nous disposons maintenant de bien plus de visuels de notre mascotte Virgul. Vous le retrouverez, dans différentes situations et tenues, au fil des articles et dans différentes rubriques. Nous vous avions déjà présenté son meilleur ami, Panzer, eh bien sachez qu'il a maintenant officiellement une petite amie : Novela (ci-contre). Nous avons d'ailleurs fait une petite mise à jour de la Parenthèse de Virgul #50 à cette occasion.
Cela devrait être quelque peu transparent pour vous, mais nous avons également modifié et modernisé nombre d'articles et de dossiers, avec de nouvelles illustrations. Notamment les UMAC's Digest (dont vous aurez un nouvel opus très bientôt), mais aussi les "cérémonies" des Virgul d'Or par exemple.
Nous avons également ajouté deux nouvelles catégories (à gauche quand vous arrivez sur le site, juste en dessous de la liste des articles) : Step Back in Time et First Look, afin que les lecteurs intéressés puissent trouver plus facilement ces articles revenant sur des œuvres anciennes.
Nous allons d'ailleurs rapidement définir ci-dessous les catégories qui peuvent sembler proches ou un peu floues :
- Step Back in Time : articles longs revenant sur plusieurs œuvres anciennes (au moins années 80, voire avant) et présentant des films, séries TV, romans, BD, etc.
- First Look : critique du premier album d'une série BD culte
- La Parenthèse de Virgul : anecdotes, présentation d'œuvres rares ou méconnues, sujets parallèles ou étranges, fiches de personnage, point grammaire, bref, tout ce qui ne rentrait pas ailleurs, présentés par notre mascotte, de manière humoristique le plus souvent.
- Écho : présentation, souvent rapide, d'un livre, d'un magazine ou d'une œuvre quelconque, sans forcément de rapport avec l'actualité. Ça peut donc être du très récent ou du bien plus ancien.
- Un Chat dans le Culte : œuvres cinématographiques classiques et de grande qualité.
- Chroniques des Classiques : ici, ce sont des films, romans, BD, de très grande qualité qui sont chroniqués (mais il ne s'agit pas d'une catégorie à part, les articles pouvant se trouver par mot clé ou dans les catégories romans, BD, etc.). Exemples : 1984, Brazil...
- Un Chat dans le Culte : œuvres cinématographiques classiques et de grande qualité.
- Chroniques des Classiques : ici, ce sont des films, romans, BD, de très grande qualité qui sont chroniqués (mais il ne s'agit pas d'une catégorie à part, les articles pouvant se trouver par mot clé ou dans les catégories romans, BD, etc.). Exemples : 1984, Brazil...
- Retroreading : critique d'un roman ou d'une BD ancienne (de qualité variable). Là encore, il ne s'agit pas d'une catégorie à part (articles trouvables dans la catégorie roman, par mot clé, etc.). Exemples : Lune Froide, Chants de l'Espace...
Ces derniers temps, nous avons privilégié la nostalgie et le retour dans le passé, avec des articles comme Le Roi en Jaune, Au Pays de Croque Vacances, Contes de Noël du Journal Spirou, Signes extérieurs de richesse ou encore notre dossier Thorgal. Nos dernières longues analyses d'œuvres ayant impacté durablement leur domaine, comme Eyes Wide Shut, ou nos récentes recommandations rapides, comme Les Trois Mousquetaires, concernaient aussi des réalisations ou publications plus ou moins anciennes. Cependant, nous n'oublions pas non plus l'actu plus récente lorsque cela nous paraît intéressant, comme L'Amour Ouf au cinéma, Pluribus en série TV, ou encore le nouveau format Treasury lancé par Urban et la version (ratée) du Journal de Tintin de L'Affaire Tournesol. C'est là l'une des particularités sur UMAC : nous parlons non pas de ce que tout le monde aborde, mais de ce qui nous intéresse ou nous interpelle.
En ce qui concerne notre ligne éditoriale, elle n'a pas changé : présenter des œuvres, parfois sublimes, parfois nulles voire abjectes, sous un angle technique et avec le plus d'honnêteté possible. Pour cela, nous avons toujours refusé le moindre partenariat ou l'arrivée de publicités sur UMAC. Nous ne gagnons pas d'argent avec nos articles, mais nous n'en perdons pas non plus. Nous abordons les sujets que nous souhaitons, sans pression, sans course à l'actu, avec le seul souci de la passion qui nous anime encore, après deux décennies à écrire et partager.
Certains trouvent parfois que nous sommes un peu "durs", et c'est sans doute vrai. Nous appuyons là où ça fait mal, nous montrons ce que d'autres laissent dans l'ombre et les non-dits. Non par méchanceté ou volonté de nuire, mais par souci de vous apporter, à vous lecteurs, un véritable plus : des critiques pointues et objectives, ce qui se fait de plus en plus rare, et des analyses sérieuses et argumentées.
Nous ne vous demanderons jamais de "liker" ou "partager", nous n'utiliserons jamais des titres putassiers ou mensongers, parce qu'en réalité, que vous soyez deux à nous lire ou cinq millions, cela ne change rien pour nous et notre compte en banque. Il n'y a pas de secret, pour conserver une certaine liberté, il fallait différencier nos sources de revenus de notre travail sur UMAC. C'est que nous avons réussi à faire, durant plus de 20 années (et notamment quand les sollicitations étaient fortes et régulières)... et c'est probablement ce qui fait de ce site un lieu à part. Peut-être même l'un des piliers de la pop culture, allez savoir.
Nous vous souhaitons de bonnes et saines lectures, des moments de fictions inoubliables et des émotions fortes. Car, contrairement à ce que certains béotiens prétendent, l'imaginaire pourra certes vous bouleverser le temps d'une histoire, mais il ne vous traumatisera jamais.
Miaw !
Publié le
25.2.26
Par
Virgul
Publication de notre nouveau dossier consacré au riche univers de Thorgal !
Vous pouvez y accéder en passant par la rubrique dossier ou en cliquant sur l'image ci-dessous. Vous retrouverez dans ce dossier l'essentiel des informations à savoir sur le célèbre héros viking et une liste des albums déjà chroniqués sur UMAC.
Embarquez à bord d'un drakkar bercé par les flots et découvrez une saga faite d'éléments historiques, de fantastique et même de science-fiction. Une grande épopée, aux moments magique...
Bonne lecture !
Publié le
24.2.26
Par
Vance
La collection "Thorgal saga" (déjà plusieurs fois chroniquée ici, voir plus loin) est l'occasion donnée à des artistes différents de se frotter à l'univers immense développé par Van Hamme & Rosinski sur 29 albums réalisés entre 1990 et 2006, et poursuivis ensuite par d'autres équipes créatives. C'est aussi, n'en doutons pas, un moyen assez lucratif d'attirer les fans complétistes en proposant des produits plus luxueux : format et nombre de pages supérieur (le double des 48 pages habituelles), couverture plus épaisse avec des visuels variants et des éditions "Prestige".
Le but est avant tout de "combler les trous" existant dans les pérégrinations de Thorgal, qui a beaucoup voyagé, sillonnant l'Europe médiévale du nord au sud, d'est en ouest jusqu'au-delà des mers et océans, touchant terre dans une Afrique mystérieuse et même en Amérique grâce à des vaisseaux volants (!). Le bougre a même traversé le temps et les dimensions, et certaines de ses aventures ont pour cadre le Valhalla ou le fameux Deuxième Monde. Il a côtoyé des dieux et des géants, s'est fait un nom qui lui a ensuite été retiré, avant qu'il le récupère de haute lutte.
On le voit, il y a de quoi inventer en s'appuyant sur les nombreuses zones d'ombre de son histoire, les périples n'étant jamais instantanés : à pied, à cheval ou en bateau, il faut parfois des mois pour qu'il atteigne son objectif. Ainsi, dans Wendigo, les scénaristes ont occupé l'espace laissé par le voyage de retour du Pays Qâ pour y planter leur intrigue. En outre, Thorgal a régulièrement abandonné femme et enfants, sous prétexte de les protéger de la vindicte des dieux, ou d'un sort funeste : mauvais calcul, qui lui vaudra nombre de mésaventures - mais du pain béni pour les auteurs recrutés dans cette collection. Seule condition (évidente) : ne pas altérer la chronologie, ne pas interférer dans la trame principale.
De givre & de feu constitue le quatrième album de cette série dérivée (bien qu'ils ne soient pas numérotés) et prend place lors d'une des escapades de notre Viking préféré. Le sujet en a été confié à un quatuor composé de Jean-Blaise Djian & Olivier Legrand (scénario), David Étien (dessins) & Bruno Tatti (couleurs).
Le scénario débute avec Thorgal se débattant au milieu des flots dans une frêle embarcation, qu'il partage avec un scalde (une sorte de troubadour nordique chantant les louanges des héros), Ottar, qui semble plus occupé à rédiger une chanson de geste à la gloire de son compagnon de route qu'à l'aider à tenir la barre sur une mer en furie. Notre héros, lui, ne pense qu'à retrouver Aaricia, son épouse, et ses enfants Jolan et Louve (il affirme les avoir quittés plus d'un an auparavant). Thorgal en a vu d'autres : bien que n'ayant pas la carrure de ses compatriotes, il sait se débrouiller pour tenir une embarcation à flots. Sauf que le sort - et les runes - en ont décidé autrement...
Thorgal et Ottar vont donc échouer sur le rivage d'un endroit peu accueillant, glacial, occupé par des loups géants qui s'approchent dangereusement d'eux. Heureusement, leur maîtresse vient très vite à leur rescousse et les escorte jusqu'à un palais presque désert dans lequel ils apprennent qu'ils se trouvent désormais prisonniers du monde du Givre, qui s'apprête à faire face à l'Hiver éternel annoncé dans les prophéties, car sa gardienne voit son pouvoir faiblir de jour en jour. Seul le Feu sacré détenu par le Géant Surtur pourrait ranimer la Flamme de Givre qui permet de garder à distance le Fimbulvinter - sans quoi, ce serait la fin des temps. Encore une mission impossible pour Thorgal, qui devra à nouveau franchir les frontières de ce monde pour se rendre là où les mortels ne sont pas censés aller...
L'album, à la manière de Shaïgan et du dernier en date (La Cité mouvante), s'applique à insérer nombre de références aux précédentes aventures de Thorgal, parfois par de simples allusions, mais d'autres fois en reprenant des personnages. Dès lors, lorsque Thorgal et la magicienne Vakva (la fille de la Reine-Sorcière du Pays du Givre) s'aventurent dans le Deuxième Monde (qu'on avait découvert dans le très réussi Les Trois Vieillards du Pays d'Aran), s'attend-on à revoir la troublante Gardienne des clefs - dont on sait que son penchant pour le beau Viking a permis à celui-ci de voyager à travers les plans mais surtout de survivre là où cela devait être impossible. Et l'on aura droit à une petite surprise non dénuée d'ironie.
Le script se déroule sans accroc, sur des rails déjà connus : la bonté de Thorgal va le perdre, comme d'habitude, mais son astuce, son habileté et sa capacité de résistance lui permettront de s'en sortir non sans casse, frustré d'avoir été floué (à force, il devrait tout de même se méfier). Le gars doit en avoir assez d'être le jouet des dieux, lesquels pourtant n'ont aucune réelle emprise sur son existence ("enfant des étoiles", il échappe au destin tracé pour tout être vivant). Parallèlement, sur le Royaume du givre, Ottar découvre l'envers d'un décor très triste et va chercher à en savoir davantage sur leur hôtesse.
On ne s'ennuie guère, et les paysages oniriques se succèdent pour notre plus grand plaisir, cependant on a du mal à vraiment vibrer tant on a l'impression d'avoir déjà lu cela cent fois. Non seulement Thorgal peine à évoluer mais les dessins n'ont ni l'élégance, ni la profondeur de ceux de Rosinski, ni même de Corentin Rouge (Wendigo étant pour l'heure la meilleure surprise de cette collection). Djian privilégie les gros plans sur des visages aux yeux écarquillés, rendant toutefois la lecture des scènes d'action peu agréable. On reconnaîtra en outre plusieurs cases recopiées sur de vieux albums, ce qui n'est pas un mal en soi.
L'objet est beau, avec son grand format et ses couvertures multiples, et fera le plaisir des collectionneurs et bibliophiles. Il ne marquera pas les esprits et se contentera d'être un intermède délassant. C'est déjà ça, pour peu qu'on soit prêt à débourser une coquette somme.
Pour en savoir plus, cliquez sur l'image ci-dessous afin d'accéder au Dossier Thorgal :
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Publié le
23.2.26
Par
Virgul
Les figurines à "la tête à Toto" n'en finissent plus de se décliner en versions diverses et variées. Ici, les fameuses "bitty pop", à la taille minuscule, et les box correspondantes (des boîtes qui ont la taille d'une figurine normale mais se déplient pour donner un décor).
On vous présente la box Tortues Ninja, celle de Poudlard, le repaire du clown de Ça et le manoir des X-Men dans cet Écho, mais sachez qu'il existe aussi des décors Lilo et Stitch, My Little Pony ou, entre autres, Stranger Things. Chaque décor est vendu 20 euros environ et contient deux mini-figurines (que l'on peut sortir de leur mini-boîte). Outre les décors, certains univers, comme les Pokemon, sont déjà bien développés et proposent un nombre conséquent de figurines.
Bon, tout cela est évidemment très simpliste mais ça a son charme et ça peut faire son petit effet avec un bel éclairage. Notons que Funko propose également des éléments de décor ou même des véhicules au format "bitty" : Batman et sa batmobile, la locomotive du Hogwarts (Poudlard) Express, la boutique de baguettes d'Ollivander, des bornes d'arcade Star Wars et Jurassic Park, ou encore un Superman avec une "forteresse de solitude" réduite à sa plus simple expression (une sorte de hutte de glace minuscule, voir photos ci-dessous).
Ça reste tout de même bien cher pour ce que c'est. Mais bon, comme d'hab, on va leur filer notre pognon, faut bien qu'il mange m'sieur Funko.
Publié le
22.2.26
Par
Vance
Pour la trente-troisième aventure de Thorgal, nous voilà de retour sur Terre après la saga de Jolan en Asgard, et cette fois, on a bien compris que l'équipe éditoriale avait décidé de ne pas lâcher de sitôt le Viking à la cicatrice comme personnage principal, qui reprend les commandes dans un album retrouvant bon nombre des caractéristiques ayant fait les grandes heures de la saga.
Résumé : Tandis que Jolan revendique son dû – après avoir aidé Manthor dans sa quête défiant les dieux d'Asgard [voir les épisodes précédents ] – Thorgal poursuit son périple à la recherche de ceux qui ont enlevé son fils adoptif : à bord du Bateau-Sabre filant vers les glaces orientales, il ne doit pas perdre de temps. Pourtant, malgré l'urgence de la situation, et le fait qu'elle le touche en plein cœur, rien ne l'empêchera de s'en détourner quelque peu lorsqu'il sera confronté à la détresse des autres. Son bon cœur le perdra-t-il lorsque, au milieu d’une troupe d’esclaves, il tombe nez à nez avec Lehla, qu'il avait connue gamine, et se demande aussitôt comment il pourrait la faire affranchir ?
Le fait est que l'on retrouve étonnamment vite nos habitudes du temps de Van Hamme : l’histoire est fluide, essentiellement axée sur la mission et la personnalité de Thorgal dont les qualités (astuce, détermination et grandeur d’âme) vont être mises à contribution. Si les esprits chagrins reprocheront un scénario encore assez convenu, la majorité des amateurs de la série ne boudera pas son plaisir devant un récit enlevé et plutôt dense, riche en anecdotes sur le monde de Thorgal (cette Terre parallèle en plein Haut Moyen-Age où les dieux semblent ne pas avoir lâché la partie) et construit suivant des schémas habituels, la magie et les paradoxes temporels en moins : on est ainsi plus proche des Archers (sans atteindre l’extraordinaire intensité de l'un des meilleurs épisodes - et en tous cas le plus récompensé, il faudra bien qu'on en fasse une chronique à la hauteur) que, mettons, du Maître des montagnes et ses itérations narratives aussi malignes que déconcertantes.
Rosinski soigne sa présentation, on sent qu'il est encore habité par le goût de l'illustration d'une franchise qui a dépassé la trentaine de numéros, même si on avait déjà remarqué une réorientation de certains de ses traits et, parfois, quelques planches moins fouillées que d'habitude. Yves Sente, quant à lui, réussit le pari de l'éditeur et se fond dans la structure scénaristique passée pour nous délivrer un album tout à fait honnête, plein d’héroïsme et de fureur. Il a désormais la main sur les intrigues et il semble en mesure de domestiquer toutes les implications de chacun des actes de notre héros, tout en veillant systématiquement à insérer des références à d'anciens épisodes, voire à fournir quelques réponses à de très vieilles questions. Il maîtrise pour l'heure son sujet avec l'arc lié à Kriss de Valnor et l'on assiste à une sorte de respiration dans la narration de ce qui sera ensuite le destin de Jolan.
À ce moment de la série, (nous étions en 2011) on avait de grands espoirs pour la suite, avec des albums respectueux de la matière et du lore déjà bien développé, des personnages qui suivent une route logique et le quota habituel d'événements magiques, d'irruptions mythologiques et de péripéties. On est finalement contents de conserver en Thorgal le héros tutélaire de la série, pas prêts de le lâcher encore pour un Jolan qui a pris du volume et de l'importance, mais n'a pas les reins pour endosser le premier rôle.
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Publié le
21.2.26
Par
Nolt
Voyage dans le passé de la pop culture, partie 10 ! Au sommaire : de la BD franco-belge quelque peu méconnue, un aventurier de l'espace et des vampires. Enjoy !
-- BD : balades en taxi et histoires courtes --
On commence par s'arrêter dans les années 90 avec Taxi Girl, une bande dessinée créée à l'époque par Laudec et Raoul Cauvin (l'un des "papas" des célèbres Tuniques Bleues). Prépubliée dans le Journal de Spirou, la série connaîtra deux albums édités par Dupuis : Vous êtes libre ? en 1994 et Vous aimez les bêtes ? deux ans plus tard.
Comme le titre l'indique clairement, les auteurs nous invitent à suivre une jeune femme, Pearl, qui exerce la profession de chauffeur de taxi. Et c'est bien de cela qu'il s'agit : le quotidien d'un chauffeur de taxi, ce qui va sérieusement limiter les possibilités, d'autant que les récits vont de une ou deux pages à cinq ou six, autrement dit, pas de quoi réellement développer une intrigue.
Très vite, la série tourne en rond malgré sa brièveté. Les resquilleurs qui partent sans payer, le mec un peu bourré ou l'agresseur déjoué par Cannelle, le chien de l'héroïne, constituent l'essentiel des archétypes déclinés ici. Tout cela n'est, la plupart du temps, pas très inspiré malgré quelques gags originaux qui font leur petit effet (comme le cactus de Noël) et de rares détours hors de Paris (dont une rencontre animée avec un... taureau).
Graphiquement, certains reprochent parfois à la série son aspect réaliste, mais ce n'est là qu'une question d'inclination personnelle, des personnages "à gros nez" ne rendraient pas ces récits meilleurs. Et justement, c'est même le côté semi-réaliste des planches qui donne au titre ce charme particulier qui permet tout de même de passer un moment sympa.
Pas le plus grand succès de Cauvin, forcément, et un concept trop étriqué pour réellement permettre une déclinaison variée, mais une petite curiosité tout de même qui réserve quelques (trop rares) surprises.
Les deux albums se trouvent encore d'occasion à des prix tout à fait modiques.
-- SÉRIE TV/BD : kitsch et aventures spatiales --
Cap maintenant sur la fin des années 70 et le tout début des années 80 avec Buck Rogers ! Avec seulement 2 saisons (et 37 épisodes), la série n'a pas forcément eu un impact aussi important que certains classiques (pour comparaison, la série originelle Star Trek comprenait 79 épisodes), mais les jeunes téléspectateurs français de l'époque (sortie au cinéma du pilote en 1979, puis première diffusion en 1983 sur TF1) ont découvert avec ravissement cet univers futuriste, aujourd'hui très kitsch par certains aspects (des costumes en passant par certains personnages, comme le... vampire de l'espace et son monosourcil ridicule).
À la base, tout vient d'un comic américain, publié dès 1929 dans la presse US (Buck Rogers est d'ailleurs considéré comme le premier strip de SF). C'est Philip Francis Nowlan qui crée le personnage dans une nouvelle, puis va l'adapter en BD avec Dick Calkins aux crayons. Pendant plusieurs décennies, le héros verra ses péripéties être couchées sur papier avant de faire un bond vers le petit écran.
L'histoire est assez originale puisque ce vieux Buck est à la base un astronaute qui, en 1987, part pour une mission de routine qui va suffisamment mal tourner pour le propulser 500 ans plus tard, dans un monde peuplé d'avancées fantastiques mais aussi de menaces en tout genre. Le charme de la série TV doit beaucoup à son casting, avec un charismatique Gil Gerard dans le rôle titre et une superbe et charmante Erin Gray campant le colonel Wilma Deering (un duo rappelant, par certains côtés, celui de Mission Casse-Cou, dans un tout autre registre). L'intégrale est disponible en version américaine avec des sous-titres français.
En France aussi, Buck Rogers va se décliner en BD. N'oublions pas que nous sommes en plein phénomène Star Wars et que les sagas spatiales, encore peu nombreuses, fascinent et attirent les jeunes lecteurs. C'est dès 1980 que Buck Rogers et la Princesse Ardala va être publié par les éditions Deux Coqs d'Or dans leur collection "Télé Librairie". Il s'agit d'un album assez luxueux (hardcover, papier glacé) de 64 planches, qui décrit l'arrivée de Buck au XXVe siècle et contient une aventure complète, plutôt spectaculaire. La colorisation, bien flashy, peine à donner du cachet aux décors, mais dans le moment, tout le monde s'en fiche, moi le premier, et l'on tourne les pages avec fébrilité, totalement conquis par l'intrépide Buck. Cette BD peut encore se trouver relativement facilement et sans se ruiner.
Toujours en 1980 et chez le même éditeur, c'est cette fois un récit illustré (donc pas une BD, mais bien du texte avec des illustrations d'ambiance) qui sort sous le titre Buck Rogers - Le Héros du XXVe siècle. Bien avant cela, en 1977, c'est un recueil de strips en noir et blanc qui était sorti en VF chez Pierre Horay Éditions. Là, l'ambiance est radicalement différente, l'on découvre un Buck dont l'aspect physique est très loin de celui de la série TV ou même des comics. Le personnage est plus chétif, les décors dépouillés et de lourds pavés de texte viennent appesantir l'ensemble, qui demeure tout de même intéressant mais plus sur le plan historique que celui du pur divertissement.
Bref, un héros au charme certain et au potentiel énorme, qu'il est étonnant de ne pas voir plus exploité de nos jours.
-- CINÉMA : humour & épouvante --
Notre machine à remonter le temps nous dépose maintenant en 1968. Nous nous dirigeons vers un cinéma en compagnie de jeunes gens s'exprimant dans un français parfait, aux nuances riches. Les dames portent des ensembles élégants et sont souriantes. Le temps est agréable en cette soirée d'avril. L'affiche, au fronton du bâtiment, annonce en lettres de sang Le Bal des Vampires. Il s'agit d'un film de Roman Polanski, avec la magnifique Sharon Tate dans l'un des rôles principaux. L'excitation gagne le petit groupe, pressé de rejoindre la salle obscure...
Ce classique, intitulé The Fearless Vampire Killers en version originale, est disponible pour une dizaine d'euros en DVD. Le long-métrage mélange comédie et frissons avec une réussite certaine et dure 1h48. L'histoire se veut relativement simple : le professeur Abronsius, un vieil original persuadé de l'existence des vampires, et son assistant, le jeune Alfred, écument la Transylvanie à la recherche de malfaisants aux dents longues. Alors qu'ils font étape dans une petite auberge, la jeune Sarah, qui ne laisse pas Alfred indifférent, a la mauvaise idée de se faire enlever. Le duo décide donc de la récupérer et se met en route pour le château du Comte Von Krolock où se prépare un bal pour le moins... singulier.
Certes il s'agit ici d'une parodie mais l'on est bien loin du burlesque à la Hot Shots ou dans le goût des séries Y a-t-il (un flic, un pilote...). L'on est ici dans le subtil et, même si les auteurs se moquent des vampires, ils les respectent suffisamment pour ne pas totalement les déposséder de leur aura maléfique et de leur aspect inquiétant.
Les décors et les costumes sont également soignés et contribuent largement à l'ambiance inquiétante qui se dégage du film. Bien sûr, celui-ci a quelque peu vieilli, mais la patine obtenue ne nuit nullement au récit et renforce même la beauté envoûtante de sa photographie. Entre les scènes sous la neige, celles se déroulant au château ou dans l'auberge, l'on ne peut s'empêcher de ressentir une fascination et une angoisse que peu de parodies parviennent à générer. Ce mélange fort bien dosé entre dérision et menace latente est sans doute au cœur de la réussite de ce long-métrage vieux de près de 60 ans mais toujours efficace.
Une bonne occasion de revoir la regrettée Sharon Tate et de s'encanailler avec des vampires qui ont le bon goût, malgré leur second degré, de ne jamais verser dans la bouffonnerie.
À bientôt les amis pour un prochain bond dans le passé de la Pop Culture !
Publié le
19.2.26
Par
Vance
Depuis quelques mois, un livre hante les chroniques chez Univers Multiples, un livre régulièrement référencé, cité, qu'on aperçoit même glissé dans des étagères de bibliothèques, un livre dont le nom a ressurgi, entouré d'un vent de passion, lors de la diffusion de la première saison de True Detective : il s'agit, bien entendu, du Roi en jaune.
Voilà une œuvre dont le nom résonne chez bon nombre de lecteurs : ils en ont perçu les échos dans de lointaines références égarées dans leurs souvenirs embrumés. Y aurait-il un rapport avec Le Masque de la Mort rouge ? Non, on s'aperçoit qu'on fait fausse route, néanmoins l'on sent, au fond de de soi, intimement, qu'on n'est pas loin d'Edgar Poe. C'est alors que des images, des bribes fuligineuses tentent de faire sens : des landes désolées, une cité en ruine, un ciel nocturne aux constellations inconnues, un lointain passé dont les réminiscences viennent ronger les consciences de certains élus...
Le Roi en jaune est véritablement un livre étrange, dont il se dégage une atmosphère particulière. La remarquable édition Callidor, déjà vantée ici-même, en sublime le contenu avec une présentation très détaillée de l'auteur, dont il s'agit de l'œuvre la plus connue, notamment parce qu'elle a profondément marqué et influencé nombre d'artistes du XXe siècle, à commencer par Lovecraft.
Ah ! Nous y voilà ! Lovecraft, et tout s'éclaire ! Car l'illuminé de Providence a fortement contribué au regain d'intérêt dont a joui Robert W. Chambers après la Première Guerre mondiale, en insistant sur les traces laissées par ses récits dans sa propre mythologie.
Pourtant, Chambers avait déjà eu son heure de gloire : si Le Roi en jaune l'a propulsé sur le devant de la scène à son retour de longues études à Paris, il s'était ensuite fait un nom avec ses histoires romantiques, pleines de beaux sentiments et de personnages énamourés. Certes, on est loin des ambiances morbides, parfois sinistres et éthérées, de ce qui a attiré Lovecraft et sa cohorte de fans, mais l'auteur, s'il a parfois cherché à reproduire le succès surprise de ce qui est considéré comme son chef-d'œuvre, ne s'est jamais renié, montrant constamment une véritable sincérité dans sa littérature.
Penchons-nous donc sur le contenu de l'ouvrage, dont on saluera encore la qualité éditoriale (une longue préface du nouveau traducteur, une postface aussi éclairante d'un spécialiste des études lovecraftiennes, un addendum de l'illustrateur, des lettrines en début de chapitre, du papier de qualité, l'une des polices les plus élégantes de la sphère typographique - la Garamond). Les premières nouvelles, avec leur phrasé précieux, leur rythme languissant et surtout la permanence d'une référence à une mystérieuse pièce de théâtre en deux actes ("le Roi en jaune" justement) qui plonge ses lecteurs dans l'effroi, le désarroi ou une profonde nostalgie, installent une ambiance fuligineuse rappelant souvent Poe : le style, les personnages et la manière d'évoquer par petites touches un discret et sournois fantastique attisent la curiosité et font écho à de nombreux éléments de la culture contemporaine : ainsi, la cité de Carcosa, le Masque jaune et quelques noms de lieux (ou d'entités ?) se retrouvent-ils dans notre imaginaire collectif. La couverture nous plonge d'ailleurs dans cet ailleurs un peu gothique, avec un rappel d'une phrase censée être tirée de la pièce de théâtre :
Belle économie de termes, capable de susciter nostalgie et malaise, plantant un décor ésotérique. Décor qui prend ensuite forme dans le texte qui introduit le recueil (suivant la volonté de l'auteur), une sorte de quaterne intitulé La Chanson de Cassilda, dont il est précisé qu'il est extrait de la pièce Le Roi en jaune. Il s'ouvre sur ce quatrain :
Au long du lac se brisent les vagues de nuagesLes deux soleils jumeaux se meurent sur ses rivagesEt les ombres s'allongentSur Carcosa.
Là encore, l'imagination est stimulée et l'on s'apprête à des voyages en des contrées oniriques, à la lisière de la réalité, quelque part au bord du monde entouré de ruines cyclopéennes sur lesquelles planent de lourds secrets. Ulthar, Celephais, Kadath et le légendaire plateau de Leng ne sont pas loin.
Viennent ensuite les nouvelles proprement dites, des récits qui nous ramènent sur Terre, un peu malgré nous. Le Restaurateur de réputations ouvre le bal et s'avère diablement fascinant, avec une approche presque futuriste dépeignant une Terre alternative des années 1920, une sorte d'uchronie se préparant à l'avènement d'un Grand Monarque, et un personnage principal convaincu d'être l'Élu. Discrètement, saupoudrée au long des pages, l'influence du Roi en jaune se fait prégnante, altérant les âmes et destins de ceux qui le lisent, jusqu'à façonner un nouvel ordre mondial.
Les textes suivants se montrent parfois grandiloquents, parfois obscurs et souvent frustrants avec des fins estompées, tronquées voire escamotées. Les quatre premiers semblent former une entité cohérente, un personnage d'un des récits étant d'ailleurs cité dans un autre. Des nouvelles un peu obsédantes, entre un fantastique un peu gothique et un maniérisme bavard. Quelques noms resurgissent de loin en loin comme les Hyades, Hastur, le lac de Hali, mais sans le côté impérieux et maléfique du Restaurateur de réputations ; néanmoins, ces vocables éveillent à nouveau chez le lecteur de Lovecraft d'intéressants échos liminaires.
La nouvelle La Demoiselle d'Ys se rapproche davantage de ce qu'on attendait au départ, avec ce personnage perdu lors d'une promenade dans le cœur mystique de la Bretagne, et l'on comprend assez tôt qu'il a franchi les barrières du temps et de l'espace, sorte de Voyageur imprudent plongé au milieu d'une légende. L'ambiance et presque féérique mais fortement teintée d'une nostalgie un peu macabre, et l'ombre du Roi en jaune, sans être mentionnée, obscurcit le récit.
Vient ensuite Le Paradis du Prophète, petit texte énigmatique avec un Artiste et son amour perdu, dans un lieu mal défini qui pourrait être un Paris onirique hanté par le Spectre du Passé. Il recèle en lui une forme de désespérance salvatrice qu'on retrouve parfois chez les poètes arabes et semble servir d'entracte introductif des textes suivants.
La Rue des Quatre-Vents, la Rue du Premier Obus, la Rue Notre-Dame-des-Champs et enfin Rue barrée risquent de faire déchanter certains lecteurs. On oublie le mystère, le macabre et la dark fantasy, on oublie même le Roi en jaune et on y suit des étudiants américains en Beaux-Arts fricotant dans la capitale française avec de jeunes demoiselles de petite vertu. C'est mignon, plein de sucre et de miel, d'une élégance très désuète - et assez agaçant tant ces personnages interchangeables (beaux, sans le sou mais vivant pourtant sur un grand train, tombant les filles mais cherchant à conquérir la seule qui se refuse - un temps - à eux). Une sorte de version aristo de la collection Harlequin, qui a le mérite de nous faire circuler dans un Paris puissamment séduisant, aux jardins fleuris bordés de rues aux noms enchanteurs. Là encore, si l'on retrouve des échos entre ces textes, qui paraissent se dérouler dans le même espace-temps (ces jeunes Yankees fréquentent tous le même atelier de peinture), on cherchera en vain les allusions quasi-mystiques à cette pièce de théâtre maudite et à toute la cosmogonie qu'elle a engendrée.
C'est alors qu'on est servis en fin d'ouvrage, mais pas par l'auteur : l'éditeur insère ainsi à la fin du volume une nouvelle d'Ambrose Bierce intitulée Un habitant de Carcosa. C'est incontestablement ce petit texte de l'auteur des Contes noirs qui a insufflé à Chambers l'envie de développer une mythologie autour de "la très antique et très fameuse cité de Carcosa" dans un récit intrigant suivant un personnage errant au milieu de ruines millénaires.
Restent les illustrations de Samuel Araya (ce sont elles qui illustrent cet article) : troublantes, décalées et d'une classe incroyable, elles rehaussent indubitablement l'intérêt de ce très bel objet-livre au contenu déstabilisant, dont on comprend l'intérêt littéraire (après tout, outre Lovecraft, cette pièce maudite et ses personnages énigmatiques ont influencé des auteurs comme James Blish, Robert Heinlein, Robert Silverberg, Charles Stross et jusqu'à Stephen King), mais qui ne semble jamais tenir ses promesses.
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