Red Team
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Un "petit" Ennis au menu du jour, avec Red Team.

La Red Team est une unité spéciale de la police de New York. Ses membres s'occupent des crimes les plus graves. Malheureusement, après une infiltration qui tourne mal, ils en viennent à s'interroger sur le système et ce qu'il serait possible de faire pour contourner la loi.
Le groupe décide alors de supprimer un criminel légalement intouchable.
Ils vont froidement préparer leur action. Mesurer les conséquences de leurs actes. Penser à ne laisser aucun indice. Et même instaurer quelques règles.
Pourtant, le pire scénario imaginable se produira...

A priori, avec Garth Ennis aux commandes, l'on s'attend à une réflexion pertinente enrobée d'action et d'une pointe de trash pour faire passer le tout. C'est pourtant un polar très classique, certainement pas maladroit mais convenu, qu'il nous livre ici.
Tout démarre pourtant très bien avec une scène d'interrogatoire efficace et parfaitement dialoguée. Puis, tout de suite après, une réunion de l'équipe de super-flics qui discutent, une bière à la main, d'un possible assassinat. Le ton est réaliste, le suspense présent, au moins au début.
Quant aux dessins de Craig Cermak, ils servent le propos et assurent l'essentiel, sans forcément nous en mettre plein la vue. Les décors notamment se résument souvent à de simples fonds de couleur.
Alors, qu'est-ce qui ne va pas ensuite dans cette histoire ?
Eh bien c'est simple, presque tout.


Sur les quatre personnages principaux, deux sont sans personnalité et les deux autres frisent la caricature (la nana qui est obligé d'en faire deux fois plus que les mecs pour prouver sa valeur, et le flic bourru qui a des problèmes avec sa femme et se réfugie dans son boulot).
Les invraisemblances, ensuite, sont légion. Pour le premier assassinat, passe encore, mais les autres cibles semblent ensuite n'être là que pour continuer le récit.
Et, sans vouloir trop en dévoiler, "l'équipe concurrente" n'est guère crédible non plus.
Le propos est également relativement aseptisé et vain, surtout pour du Ennis. On est loin de l'acidité d'un Preacher ou d'un The Boys, ou même du douloureux constat de La Pro. Tout ici n'est que fadeur, jusqu'au happy end totalement improbable.

Panini, qui a publié en 2014 la version française de ce one-shot de 160 pages (7 épisodes), annonce en guise d'introduction qu'Ennis a su "s'approprier les codes du genre en leur donnant une épaisseur et une intensité dramatique nouvelle". Pour les codes, OK, ils sont là, mais pour la nouveauté et l'intensité dramatique, on repassera : non seulement on a l'impression d'avoir vu ça - et en mieux, ne serait-ce que dans The Shield - maintes et maintes fois, mais le groupe n'est jamais mis en danger, à part lors de la longue et rocambolesque conclusion (qui défile pesamment sans que l'on en vienne à craindre pour la vie de l'un des protagonistes). Même dans son long run sur la série Punisher, Ennis avait su faire preuve de plus d'audace que dans ce récit où on aurait pourtant pu le croire plus "libre".

Un Ennis sans aspérités ni originalité, que l'on oubliera bien vite par considération pour l'auteur et ses œuvres précédentes.




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une réelle aisance dans la narration.
  • Un récit qui manque d'ambition, surtout pour du Ennis.
  • Des personnages caricaturaux.
  • De nombreuses invraisemblances.
Anthologie de Stephen King à l'écran
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Analyse complète du tout frais D'après une histoire de Stephen King, un ouvrage recensant toutes les adaptations ciné et TV issues des romans et nouvelles du plus célèbre auteur du Maine.

Cette anthologie de plus de 280 pages, publiée par Hachette Pratique dans sa collection Heroes, est l'oeuvre de Matthieu Rostac et François Cau. Les deux auteurs se sont attaqués à un projet plutôt ambitieux : recenser toutes les adaptations des récits de King, tout en présentant ces derniers, le contexte de leur création, les différences entre versions écrites et filmées, ou encore les thématiques revenant le plus souvent, le tout sur un ton qui se veut plutôt détendu, voire humoristique parfois.
Il est vrai que la somme de travail semble considérable, et que même un fan purement littéraire de King pourra apprendre quelques anecdotes sur les différents tournages. Malheureusement, bien que la volonté de bien faire soit évidente, l'ouvrage est parsemé de petits défauts qui finissent rapidement par agacer.
Voyons cela plus en détail.

Au chapitre des points positifs, on peut par exemple citer les icônes (32 en tout) symbolisant les différentes thématiques présentes dans plusieurs œuvres (original et bien trouvé), tout comme les nombreuses illustrations, la mise en page plutôt soignée ou encore les maisons d'édition et date de publication de chaque récit (VO et VF). L'on peut aussi souligner la présence de fresques chronologiques listant les événements ayant impacté par exemple les villes de Derry et Castle Rock, centrales dans l'univers de King. Ainsi d'ailleurs qu'une carte basique du Maine (difficilement lisible cependant quand les villes sont proches).
Les points négatifs sont, eux, bien plus nombreux.


Tout d'abord, certains choix de couleurs s'avèrent vraiment peu judicieux. Lire un texte blanc sur fond rose, avec en plus parfois des illustrations qui gênent, n'est pas très agréable. Heureusement, les fonds varient et il ne s'agit que de quelques pages.
Au niveau de la forme, le texte contient son lot de coquilles ("Cela en fait-un bon film pour autant ?" par exemple) et de problèmes concernant la ponctuation (dès les premières pages d'ailleurs). Rien de dramatique vu le volume de texte, mais des fautes qui reviennent trop souvent pour les passer sous silence.

Passons au style du texte, relativement... surprenant. Les auteurs alternent entre langage très soutenu voire désuet ("faquin"...) et expressions familières ou même vulgaires ("putain de...", "foutredieu"...). Rien de choquant, l'on peut fort bien utiliser des gros mots dans un texte, mais ces revirements maladroits désarçonnent plus qu'ils ne parviennent à installer une "complicité" avec le lecteur. Certaines expressions utilisées ne sont même pas réellement maîtrisées ("à la cool" à la place de "à la coule" [1]).
Mais le plus étrange provient du très grand nombre d'anglicismes employés. Le texte en est truffé : bullies, all-american hero, sidekick, jump scare, scream queens, constant reader, rookie, easter eggs, woke, chief happiness officers, full frontal... rien de compliqué pour qui maîtrise un peu la langue de King, mais pour les autres, ben... démerdez-vous en gros. Et paradoxalement, ce recours systématique à l'anglais n'empêche pas des fautes grossières ("le comics").

Au niveau du fond, le résultat est mitigé. Les résumés des récits sont souvent corrects, bien que parfois étranges, un peu comme si les auteurs n'avaient pas vraiment lu, ou compris, chaque œuvre. En ce qui concerne La Tour Sombre, on nous parle notamment d'une troupe "réunie par ka", ce qui ne veut rien dire (il faudrait écrire "par le ka"). Peut-être juste une coquille, mais la présentation des personnages principaux, mal fichue et peu précise, incite à penser qu'il y a là plutôt un manque de connaissances.
D'ailleurs, ce manque se fait sentir dès les premières pages, encore une fois, où l'on nous affirme que "professeur" et "écrivain" sont les deux seuls métiers jamais exercés par King. Même sans s'intéresser à la vie privée de l'auteur, il a suffisamment écrit de longues postfaces ou des ouvrages techniques où il parlait de ses difficultés financières dans ses jeunes années pour se souvenir de son job dans une blanchisserie. Une simple recherche sur le net permet de confirmer cette vague réminiscence en 30 secondes. Là encore, pas de quoi crier au scandale, mais l'accumulation de maladresses commence à se faire sentir.


Toujours au niveau du fond, certaines analyses et conclusions sont pour le moins discutables. Les auteurs affirment notamment que Shining serait la "meilleure adaptation (libre) de King". Juste parce que c'est Kubrick ? Parce que, sans trop chercher, des films comme La Ligne Verte ou Les Évadés sont à la fois plus proches du style de King et bien plus universels et intemporels dans leur approche narrative. Mais bon, admettons que tout cela soit subjectif.
Les auteurs parlent également, comme si c'était un fait admis et sans jamais donner d'exemples concrets, de la "misogynie" et de "l'homophobie latente" du roman Le Fléau ! Alors là, on est au niveau des accusations stupides de certains extrémistes qui voient dans Astérix, Martine, Le Club des Cinq ou Crocodile Dundee de dangereux brûlots (cf. cet article). Il n'y a évidemment rien d'homophobe ou misogyne dans Le Fléau, c'est uniquement la manière d'aborder certains thèmes qui a changé de nos jours chez des personnes particulièrement fragiles et se choquant plus des inventions de la fiction que des exactions réelles.

Ce n'est pas fini. En plus d'un incessant radotage sur les liens supposés (certains sont réels) entre les addictions de King et ses romans, les explications psychologiques censées démontrer ces liens sont parfois ridicules. Par exemple : "Cujo est un saint-bernard, donc un chien de montagne, donc qui dit montagne dit neige (il n'y en a pas du tout dans le roman), et qui dit neige dit... cocaïne", ce qui est censé prouver que Cujo est un roman sur l'addiction à la coke... wow ! Putain de wow même, pour reprendre le style des auteurs.
On continue avec Ça (It), et une scène conspuée de manière très violente : le moment où Beverly couche avec tous les membres du Club (dit comme ça, ça a l'air violent) serait "une partouze juvénile qui s'étale sur neuf pages et constitue la dévastatrice apogée du mauvais goût de King". Avec une telle description, on a l'impression d'avoir affaire à un porno. Un porno pédophile en plus ! Or, tous ceux qui ont lu le roman savent bien que cette scène est très "soft" (dans le sens où King ne s'appesantit pas sur l'acte) et avant tout symbolique. Surtout, il y a tout un contexte à expliquer. Si l'on dit "des gamins sautent tous la même fille", c'est clair que c'est glauque. Mais, cette scène (encore une fois symbolique et tout sauf voyeuriste) ne peut se comprendre si l'on élude tout le propos, le passif des personnages, leur situation à ce moment-là et les liens puissants qui les unissent. Donc, non, ce n'est pas une "partouze", ça se rapproche plus d'une fusion, d'une communion, compréhensible dans le contexte (et uniquement dans le contexte, qui est ici mis de côté). Cette scène rejoint même la thématique, centrale chez King, de la peur et de la découverte de la sexualité.
Allez, encore un dernier exemple d'approximation : en évoquant Désolation, Rostac et Cau critiquent (là encore sans jamais donner d'exemples ou d'arguments) la traduction française. Pourquoi pas, il y en a de très mauvaises, c'est vrai. Mais comment expliquer leur silence sur la traduction de Dôme, la pire VF tirée des romans de King à ce jour ? [2]

Pour terminer, on a droit à un récapitulatif de toutes les apparitions de King dans des adaptations. C'est une bonne idée, sauf que les photos utilisées pour illustrer tout ça ont une définition dégueulasse et sont en noir & blanc. Un peu comme la cerise pourrie sur le gâteau que l'on rêvait de dévorer mais qui s'avère trop indigeste pour que l'on ne soit pas barbouillé dès la deuxième bouchée.
Tout cela est finalement bien frustrant, car, on l'a dit, ce bouquin a aussi des qualités. Mais ses tares sont trop nombreuses pour que l'on puisse réellement le conseiller. Des maladresses répétées et un manque de rigueur le destinent avant tout aux curieux qui voudraient simplement une jolie liste de films et séries. Le fan un peu connaisseur, lui, aura trop à redire, tant sur la forme que le fond, pour se réjouir de cet achat.
Tellement dommage.




[1] "À la coule" (ou "à la coul") est une vieille expression argotique française (qui n'emprunte donc rien au terme anglais "cool") tirée des jeux de cartes dans lesquels le fait de jouer "dans la couleur" du partenaire lui donne l'avantage (la belote par exemple). Cela ne veut donc pas dire "être cool" mais plutôt être avantagé, expérimenté, rusé, en position de force.
[2] La VF de Dôme fut un véritable désastre : coquilles, fautes "volontaires" (par ignorance), manque d'adaptation et même opinions personnelles du traducteur en note, un festival ! Des exemples ? Ce n'est pas ça qui manque. Un steak "médium" ("à point" en gros), qui est évidemment une expression connue chez nos amis américains ou anglais, mais qui chez nous n'a pas lieu d'être et qui est dans le roman utilisée de manière appuyée. Grand nombre également d'élisions douteuses, comme "ç'a" (au lieu de "ça a" ou "cela a"), ainsi que des tonnes de coquilles (des adjectifs disparaissent ou des termes impropres surgissent au milieu d'une phrase). Le pire reste encore une note de bas de page expliquant le crash-a-rama. Voilà la définition : "Version moderne, en plus répugnant encore, des courses de stock-cars". OK, donc le traducteur donne son opinion personnelle sur une course de bagnoles sans que l'éditeur fasse une remarque... spécial.
Parfois, il s'agit même d'incompréhension crasse : "Apollo Creed" est employé comme s'il s'agissait d'un stade et non d'un homme, le "Food City", qui est un magasin, est désigné indifféremment comme une ville ou un supermarché ("à Food City", "au Food City"). Et ce ne sont que quelques exemples du ratage complet dénoncé à l'époque (pas forcément dans les médias grand public). D'ailleurs, Albin Michel a tout de suite redressé la barre dans les romans suivants.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une liste exhaustive (pour le moment) des adaptations tirées des récits de King.
  • Les fresques chronologiques concernant les villes.
  • Un réel effort d'illustration et de mise en page.
  • De nombreuses anecdotes sur les différents projets et tournages.
  • Des informations parfois approximatives.
  • Trop de coquilles et d'erreurs.
  • Un choix de polices et de couleurs discutable, ce qui nuit au confort de lecture.
  • Des analyses assénées comme des coups de massue, sans démonstration, exemples ou arguments.
  • La qualité de certaines photos.
Sélections UMAC : 5 comédies de Lautner à (re)voir
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Scénariste et réalisateur de comédies souvent devenues cultes (et souvent soutenues par les dialogues de Michel Audiard et la musique de Philippe Sarde), Georges Lautner a des dizaines de films à son actif, de la fin des années 50 aux débuts des années 90.
Nous vous proposons ici une sélection, toute subjective, de cinq d'entre eux.


Les Tontons Flingueurs
Sortie : 1963
Acteurs principaux : Lino Ventura, Bernard Blier, Jean Lefebvre

L'histoire
Fernand Naudin, ex-truand reconverti dans le commerce légal, se retrouve à la tête d'un petit empire criminel suite au décès de son ami Louis, dit "le Mexicain".
L'arrivée de cet "héritier" gênant va susciter bien des jalousies. Les frères Volfoni, notamment, souhaitent se débarrasser de l'importun et mettre la main sur tripots, maisons closes et même une distillerie. Le problème, c'est que l'ami Fernand est loin d'être un perdreau de l'année, et qu'il va faire face à l'adversité et s'imposer de manière musclée.

Les points forts
Un classique incontournable, évidemment, pour commencer cette sélection. Les prestations de Ventura et Blier sont exceptionnelles dans cette parodie de film de gangsters, aux répliques cinglantes signées Audiard. Les tirades de Raoul notamment figurent parmi les plus drôles et les plus connues. La dégustation de la bouteille d'alcool "maison" est également l'occasion d'un échange à l'ancienne, d'une virtuosité impressionnante.

Disponibilité
Le film se trouve à un prix modique en DVD (8 euros) ou en coffret (avec Les Barbouzes et Ne nous fâchons pas, qui valent le coup aussi, pour 20 euros).

Anecdote
À l'époque de sa sortie, le film fut éreinté par la critique. C'est dire à quel point les journalistes ciné étaient déjà visionnaires dans ce temps-là...




La Valise
Sortie : 1973
Acteurs principaux : Jean-Pierre Marielle, Michel Constantin, Mireille Darc

L'histoire
Un agent des services secrets israéliens, en fâcheuse posture, trouve refuge dans l'ambassade de France en Lybie. Le gouvernement français décide alors de l'exfiltrer grâce à la "valise diplomatique", permettant de rentrer et sortir du matériel ou des documents de l'ambassade sans que les autorités locales puissent s'en mêler.
Pour mener à bien la mission, le capitaine Augier est dépêché sur place.
Malheureusement pour les deux hommes, qui vont partager un amour fulgurant pour la même femme, tout ne va pas se passer au mieux...

Les points forts
Jean-Pierre Marielle est magistral dans son rôle d'espion amoureux désabusé et plutôt classe. Le duo avec Constantin, bourru, raciste et mesquin, est particulièrement réussi. En ce qui concerne la musique, l'on retrouve ici des compositions envoûtantes de Philippe Sarde, notamment le thème principal qui revient régulièrement dans le long-métrage et marque par son atmosphère mélancolique.

Disponibilité
Trouvable en neuf à petit prix, en DVD ou Blu-Ray.

Anecdote
L'article 27 de la convention de Vienne sur les relations diplomatiques (1961) permet bien aux États de transporter ce qu'ils veulent vers ou à partir de leurs ambassades (l'alinéa 3 précise que "la valise diplomatique ne doit être ni ouverte ni retenue"). Aucune "évacuation" de ce type n'a pourtant jamais été avérée. En général, les personnes qui trouvent refuge dans une ambassade y demeurent (parfois des années) en attendant que leur cas soit réglé de manière moins rocambolesque et plus officielle.




Pas de Problème !
Sortie : 1975
Acteurs principaux : Jean Lefebvre, Miou-Miou, Henri Guybet, Bernard Menez

L'histoire
Une jeune femme a la surprise, un soir, de voir débarquer chez elle un inconnu criblé de balles qui a le bon goût de décéder chez elle. Cherchant de l'aide pour se débarrasser du cadavre, elle tombe sur un jeune homme qui, tentant de bien faire, dissimule le corps dans la voiture de son père (alors qu'il le pense en voyage).
Problème, le papa débarque à l'improviste et prend son véhicule pour partir en Suisse, sans se douter évidemment de ce qu'il contient.
Aidé par un ami garagiste, le fiston et son flirt d'un soir se lancent à la poursuite du papa...

Les points forts
Une suite de scènes plus ou moins réussies mais à l'humour bon enfant. Le charme de Miou-Miou et l'air gentiment demeuré de Lefebvre font merveille et sont mis en valeur, là encore, par la musique de Philippe Sarde. Le thème principal, mélancolique voire dramatique, apporte un étrange relief à certaines scènes, acquérant alors une profondeur étonnante.

Disponibilité
Trouvable sans problème en neuf, à prix modique.

Anecdote
Une réplique de Jean Lefebvre, s'adressant à son fils : "Je ne sais pas ce que tu fumes dans tes petites soirées, mais tu deviens complètement débile. Moi, à ton âge, je faisais de l'aviron ! C'est comme ça que je suis devenu ce que je suis."
Évidemment, quand on connaît la carrure de l'acteur, la scène prend une tout autre mesure.




Attention, une femme peut en cacher une autre !
Sortie : 1983
Acteurs principaux : Miou-Miou, Eddy Mitchell, Roger Hanin

L'histoire
Alice, par un concours de circonstances assez étrange, est obligée de mener une double-vie. Elle a en effet un compagnon, hypocondriaque et professeur, avec qui elle a deux enfants. Mais aussi un mari pilote de ligne, et un autre enfant, à Paris.
La jeune femme se débat tant bien que mal entre les mensonges et son amour sincère pour les siens. Un jour pourtant, l'inévitable se produit et ses deux vies se percutent...

Les points forts
Quelques gags ont vieilli, mais les prestations de Hanin (débattant avec son fils de 10 ans sur la lutte ouvrière et le communisme) et d'Eddy Mitchell (magique en prof souffreteux) font encore leur effet.
Si les intrigues secondaires (concernant les copines d'Alice) sont lourdingues et bien franchouillardes, le récit principal bénéficie de scènes vraiment drôles, portées par un trio exceptionnel.

Disponibilité
Là encore, parfaitement disponible.

Anecdote
Le fameux docteur Gomina est interprété par Lautner lui-même.
Ah, et s'il vous semble avoir des hallucinations auditives lorsqu'il est question de Solange dans le film, c'est tout à fait normal puisque les protagonistes l'appellent régulièrement "Losange".




Joyeuses Pâques
Sortie : 1984
Acteurs principaux : Jean-Paul Belmondo, Sophie Marceau, Marie Laforêt

L'histoire
Stéphane, un riche industriel, séducteur et grande gueule, profite de l'absence de son épouse pour ramener chez lui Julie, une jeune femme qu'il compte bien mettre dans son lit. Problème, suite à une grève, l'avion de sa femme n'est pas parti, et ladite femme est de retour plus tôt que prévu.
Stéphane a alors une idée de génie, faire passer Julie pour sa fille...

Les points forts
Probablement le film le plus classique et encore diffusé avec les Tontons. Cascades, répliques cultes ("elle n'a pas de voisins... elle n'a pas les moyens"), parfait cabotinage de Belmondo qui en fait des tonnes, charme de Marceau et de la regrettée Marie Laforêt, à la classe intemporelle. Tout est réuni pour faire de ce film un divertissement (un gros mot pour certains !) honnête et bien écrit.

Disponibilité
On le trouve partout, en DVD, en coffret, ça passe même encore à la télévision.

Anecdote
Considéré par certains comme la fin de la période Belmondo, le film fut largement battu à l'époque en nombre d'entrées par Marche à l'Ombre (3 millions pour le Lautner/Bebel, contre 6 pour la comédie de Michel Blanc).




Ten Grand
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Plongée dans le surnaturel et la lutte entre démons et anges avec Ten Grand.

Joe Fitzgerald est un ancien homme de main de la mafia. Il avait l'habitude de s'occuper de la "concurrence" de manière définitive. Malheureusement pour lui, il est un jour tombé sur la mauvaise personne. Sa cible s'étant défendue en invoquant des démons, ces derniers massacrent Joe et Laura, la femme dont il était éperdument amoureux.
Un ange propose alors un marché à Joe. S'il accepte de remplir certaines missions, afin de se racheter, s'il meurt en juste, alors il pourra revoir, pendant cinq petites minutes, la femme qu'il aime.
À chacune de ses morts l'attend donc la souffrance mais aussi la douceur de revoir Laura...

Voilà une série indépendante écrite par J.M. Straczynski (cf. notre grand dossier sur l'auteur) et publiée en version française par Delcourt, en 2014 et 2015 (deux tomes, 12 épisodes en tout).
Aux dessins, l'on retrouve Ben Templesmith puis C.P. Smith dans un second temps. Le premier a un style particulier, que l'on avait pu découvrir dans Fell ou, plus récemment, Bienvenue à Oxford. Là encore on va retrouver les mêmes effets, jouant sur la laideur, l'absence de profondeur ou la déformation. Tout le monde n'appréciera pas forcément, mais le résultat obtenu, glauque et inquiétant à souhait, convient parfaitement à cet univers.
Le changement de style, avec Smith, est assez radical mais justifié par le récit et son aspect irréel et onirique. Reste que l'atmosphère, auparavant glauque et sinistre, devient à ce moment un peu plus froide et artificielle.


L'histoire, quant à elle, est relativement simple en apparence. Des anges et des démons se tirent la bourre et le personnage principal se débat au milieu, tentant de retrouver sa belle par intermittence. L'on pourra y voir avec raison un cousinage thématique avec Hellblazer.
Le premier arc, de six épisodes, démarre sur une enquête flirtant bien entendu avec le paranormal. Une jeune fille engage Joe pour retrouver sa sœur, disparue et probablement en danger à cause d'une secte dont elle faisait partie et qui commençait à l'effrayer. Straczynski est efficace dès les premières planches, installant rapidement le personnage principal à l'aide de dialogues inspirés et de quelques flashbacks dévoilant peu à peu son passé chaotique. On peut être plus réservé sur la narration à la première personne, qui a tendance à alourdir certains passages, sans forcément donner beaucoup d'informations en plus. L'ensemble aurait certainement gagné en fluidité et en élégance avec quelques pavés de texte en moins.

Évidemment, les anges ne sont pas aussi... "angéliques" que leurs noms pourraient le laisser penser, et c'est donc dans un milieu étrange et malsain que Joe va se débattre entre deux morts violentes. Alors que l'intrigue se met en place, l'auteur dévoile les méthodes de chaque camp et explique divers concepts angéliques ou démoniaques. Plutôt bien fichu même si l'ensemble a un petit côté déjà-vu. Clairement pas le meilleur titre de Straczynski (dont la bibliographie compte un nombre impressionnant d'excellents comics, cf. le dossier cité plus haut), mais le scénariste est suffisamment habile et efficace dans son écriture pour bâtir un univers cohérent et le peupler de personnages intéressants.
La traduction est très bonne si l'on excepte une ou deux petites coquilles. Les ouvrages sont complétés par une galerie d'illustrations et des variant covers.

Une jolie love story surnaturelle sur fond d'affrontement entre le paradis et l'enfer.
Sympathique sans être révolutionnaire.




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Excellente ambiance graphique.
  • Des dialogues bien écrits et non dénués d'humour.
  • Des concepts intéressants (les morts multiples, le fleuve...).
  • Une narration parfois inutilement alourdie.
  • Une gênante et persistante impression de déjà-vu.
Queen & Country
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Une très bonne série d'espionnage à découvrir : Queen & Country.

Tara Chace est un agent du Secret Intelligence Service anglais. Elle fait partie d'une section employée pour des opérations spéciales à l'étranger. Sa dernière mission en date, éliminer un ancien général russe se livrant à du trafic d'armes au Kosovo, lui a valu une légère blessure mais aussi un contrat sur sa tête. La mafia russe est d'ailleurs déjà passée à l'action en s'attaquant aux locaux du service avec rien de moins qu'un lance-rockets.
Crocker, le directeur des opérations, souhaite avoir la tête des responsables mais se heurte à ses supérieurs et au MI5, seul organe habilité à opérer sur le territoire britannique.
Bien décidés à se faire respecter et à venger leurs collègues, Crocker et ses hommes vont devoir se débrouiller avec les moyens du bord, en l'occurrence de faux flingues et l'aide de la CIA. Pendant ce temps, Tara peine à se remettre de l'assassinat qu'elle a commis. Et alors que le danger se rapproche, elle tente de noyer la raison d'état sous des litres d'alcool...

Le premier tome de Queen & Country, publié à l'époque par Semic, se trouve encore d'occasion à des prix parfois assez élevés mais il a surtout été soldé à une époque (en 2009) en grandes surfaces à trois euros à peine. L'ensemble de la série est aujourd'hui disponible dans une belle intégrale en trois volumes (430 pages chacun, 29,50 euros), éditée par Akileos.
Le scénariste, Greg Rucka (Batwoman, Gotham Central, Infinite Crisis...), dépeint le monde cynique et dangereux des services secrets avec un certain réalisme et en se basant sur des événements réels. Dans les premier arcs, l'action prend par exemple appui sur l'intervention de l'OTAN et de l'ONU en Europe de l'Est ou encore le régime des talibans en Afghanistan, avant leur chute.



Une grande place est laissée aux protagonistes et aux relations qu'ils entretiennent entre eux ou avec leur hiérarchie. Tout comme dans Whiteout (un autre de ses récits), Rucka va se servir d'une femme comme personnage principal. Tara a d'ailleurs quelques points communs avec Carrie (l'héroïne du comic précité) puisqu'elle ne manque pas de caractère (elle est même physiquement de taille à affronter certains hommes qui la menacent) et qu'elle aussi est allée en mission au pôle Sud.
Si les arcs sont plus ou moins indépendants, avec une thématique propre à chaque fois, les événements ont des conséquences sur le long terme et la personnalité des agents se dévoile peu à peu. L'emploi d'une psychologue attachée au SIS est notamment une manière de lever le voile sur les traumatismes ou les effets du stress subis par chacun.

En ce qui concerne l'aspect graphique, les quatre premiers épisodes sont l'oeuvre de Steve Rolston, les trois suivants de Brian Hurtt. Interviendrons par la suite Leandro Fernandez (qui installera une Tara Chace plus sexy, dans un style moins réaliste mais plus rugueux, créant une atmosphère sombre et sulfureuse), Mike Hawthorne, Mike Norton ou encore Chris Samnee. Noir & Blanc, style simple voire un peu trop dépouillé sur certaines cases. Les décors, lorsqu'ils sont importants, sont toutefois plus travaillés. Notons que certaines scènes d'action (comme l'impact entre deux véhicules) manquent parfois de dynamisme et semblent un peu figées. L'efficacité de l'ensemble est toutefois due également aux dialogues, parfois empreints d'un humour pince-sans-rire typiquement anglais, et à la profondeur des personnages, Tara en tête.
Bref, de l'espionnage à échelle humaine, qui n'occulte pas les scènes d'action mais s'intéresse aussi à leurs effets psychologiques.

Une série passionnante et fort bien écrite, vivement recommandée.




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un thriller addictif, au suspense savamment entretenu.
  • Des personnages attachants et crédibles.
  • L'ensemble disponible en neuf dans une belle intégrale.
  • Des planches parfois inégales graphiquement.