Magic et le "racisme" 2.0
Par
— T'inquiète, la censure a toujours été employée par les béotiens, de tout temps.
Et elle n'a fait qu'accentuer la popularité des œuvres qui en étaient la cible.
Rien, pas même un simple dessin, ne peut disparaître parce qu'un imbécile l'a décidé.
— Ce n'est pas tellement la fragilité et la capacité des imbéciles à s'offusquer qui m'inquiètent,
mais le fait que, si la censure devient rentable et contribue à améliorer artificiellement l'image de quelques entreprises sans morale,
elle puisse devenir un business. Et il n'est de plus dangereuse idéologie que celle qui remplit les poches de ses adeptes.


Vous l'ignorez sans doute mais vous êtes peut-être, selon les normes actuelles, "raciste". Gros plan sur une dérive liberticide de plus avec les ahurissantes décisions de Wizards of the Coast, éditant le célèbre jeu Magic.

WotC obtient le Virgul d'or de l'entreprise
la plus prompte à tenter de se refaire une image
en profitant de la mort d'un homme.
Tout découle de la mort, tragique, de George Floyd, assassiné par un imbécile qui a le mauvais goût d'être Blanc. Il convient donc, en préambule, de préciser que ce meurtre est inacceptable et que l'officier de police qui, pendant des minutes entières, a ignoré les supplications d'un homme enchaîné et à terre, doit bien entendu être poursuivi en justice. Aux États-Unis, pays qui a un passé très particulier concernant le racisme et la ségrégation, cela a donné lieu à des manifestations en faveur des droits des Noirs, ce qui est parfaitement légitime, et également à des débordements, des violences aveugles (dont des meurtres) et des destructions systématiques, ce qui est condamnable. L'indignité, jamais, n'excusera l'indignité.
Cela a également donné lieu à des déclarations étonnantes, ainsi que certains débordements, en France, pays pourtant socialement et historiquement à des années-lumière des États-Unis. Car, non, contrairement à ce que veulent faire croire certains, la police n'est pas raciste dans ce pays. Et si l'on évite de leur cracher dessus ou de leur tendre des embuscades, on ne se fait pas frapper ou taser par des flics. Ce sont eux qui subissent à l'heure actuelle, en s'en prenant plein la gueule sans avoir le droit de riposter, ni même de poursuivre ceux qui les agressent.
Bref, cette mise au point étant faite, passons au sujet qui nous intéresse : Magic.

Wizards a annoncé il y a quelques jours que des cartes jugées "racistes" allaient être retirées du jeu. En général, à cause d'une illustration, d'un intitulé ou d'un effet. Jouant à Magic depuis des années (moins récemment, mais il est question de cartes anciennes), je n'ai jamais constaté la moindre dérive raciste dans ce jeu (que ce soit en anglais ou dans la version française). Alors, certains vont me dire que je ne peux pas juger parce que je suis Blanc. Ce à quoi je répondrai, préventivement, que ma couleur de peau n'endort pas mon esprit et ne fait pas baisser mon QI. Je suis capable de remarquer des insinuations ou des dessins insultants même si je ne suis pas l'objet de ces insultes.
Bref, Wizards, à qui l'on ne demandait rien, s'est empressé de répondre quand même à cette urgente non-attente en listant quelques cartes jugées non politiquement correctes et qui seront retirées du jeu et des tournois.

On va prendre un exemple, accrochez-vous, parce qu'il est sacrément gratiné. Parmi les cartes cibles du courroux de Wizards, on retrouve par exemple Invoke Prejudice. On vous la met, ci-contre. Profitez bien, ça va devenir collector. Alors, dans ce cas, la carte est jugée "raciste" pour deux raisons : l'illustration (?) et le fait que l'effet dans le jeu est basée sur la "couleur" des créatures (??).
Wow... pour être honnête, quand j'ai vu ça (sur le mur facebook d'un ami) j'ai cru au départ à un article parodique du Gorafi. Mais non, c'est vrai. Et donc assez flippant pour l'avenir...

Tout d'abord, l'illustration n'est en rien raciste en elle-même. On voit des individus (dont on ne connaît même pas la couleur) avec des capuches et une hache. Il n'y a aucun message, aucune allusion à quoi que ce soit. Pour trouver ça raciste, il faut être déjà bien tordu et soi-même interpréter subjectivement ce dessin. Mais le pire, c'est encore l'effet portant sur la couleur. Ici, il ne s'agit pas de races, mais de couleurs de cartes. Le jeu Magic dans son ensemble est basé sur ça !
Les terrains, les créatures, les sorts, sont de cinq couleurs : blanc, vert, rouge, bleu et noir. Certains effets affectent les cartes ou créatures d'une certaine couleur. C'est l'une des mécaniques principales du jeu. En quoi est-ce raciste ? À quel point il faut être demeuré et extrémiste pour ne serait-ce qu'imaginer qu'il y a ici une volonté ou un message raciste ?

Et puis surtout, ça va vraiment aider les George Floyd du monde entier de savoir que Invoke Prejudice ou Crusade ne figurent plus dans les decks des joueurs. Car, comme souvent, les faux humanistes se précipitent pour condamner des symboles (qu'ils inventent, puisque les vrais sont déjà interdits), au lieu de chercher à aider ceux qui souffrent et sont réellement victimes de violences ou de ségrégations.
Cette censure insensée s'inscrit dans un vaste mouvement, soutenu par des groupuscules sectaires minoritaires mais très actifs, qui prend de plus en plus d'ampleur. Rappelez-vous les "experts" exigés par certains afin de relire les manuscrits des auteurs (cf. Mendeleïev vs la police de l'écriture), ou encore la X-Card, importée par des fascisto-fragiles dans le monde du jeu de rôles (cf. Ces gens terrorisés par l'Imaginaire). L'on voit bien que, très rapidement, ce diktat s'étend à toutes les sphères artistiques et ludiques : BD (cf. cet article), jeux de rôles, romans, films, DA (cf. par exemple cet article), jeux de cartes...
Pire, c'est la société dans son ensemble qui est aujourd'hui menacée. Car ce mouvement liberticide et absurde, qui ne défend en aucun cas les victimes réelles du racisme mais amenuise les droits et libertés du citoyen lambda, tend à être soutenu par des organismes, sociétés et éditeurs qui surfent non sur un éventuel combat idéologique, mais bien sur la mode abjecte qui consiste à paraître plus "propre" que le voisin tout en se faisant un peu de pub au passage.

Voilà une carte qui n'est pas jugée offensante.
Et elle ne l'est évidemment pas, mais ça montre
le côté deux poids, deux mesures.
Quelle société construit-on lorsque, au lieu de l'éducation, l'on utilise comme arme et moyen de contrôle la censure, accompagnée de la menace des pires accusations ? Comment accepter que des activistes violents et haineux puissent déterminer le contenu de nos jeux ou javelliser nos romans, nos films, nos BD ?
Quelles vont être les inepties suivantes ? Faudra-t-il retirer les pièces noires des Échecs ? Ou bannir de notre vocabulaire chaque mot qu'un illuminé trouvera "blessant" ou "incorrect" ?
Et que vont devenir ces chevaliers de la bienséance, qui s'écroulent en tremblant à cause d'une carte, d'un roman de Tolkien ou du dernier Astérix, le jour où ils affronteront la véritable violence, celle qui dans la vie laisse des traces de sang sur le trottoir et sépare les individus non selon leur couleur mais leurs actes ? Si des jeux et des fictions les blessent à ce point, pourquoi ne pas aller sur le terrain, là où des innocents, de toute couleur, s'en prennent plein la gueule à cause de gangs et de voyous soutenus par certains médias et encouragés par des rappeurs décérébrés ?
Si tu veux être un héros, petit SJW, ce ne sont pas les occasions et les injustices qui manquent. Bien sûr, c'est un peu plus dur d'aller traquer la racaille IRL que de condamner des cartes ou des livres sur twitter. Mais bon, on mène les combats de ses ambitions.

Attention, il ne s'agit pas de dire que tout est possible en matière de fiction ou de jeu. J'ai notamment vivement condamné la publication de l'ouvrage pédo-pornographique Petit Paul par exemple (un ouvrage illégal de fait, malgré l'absence de réaction de la justice). Et je condamnerais de la même manière toute œuvre raciste. Parce que, comme je l'ai souvent dit, les gens ne doivent pas se juger sur ce qu'ils SONT mais sur ce qu'ils FONT.
Si tu agis bien, tu es quelqu'un de respectable.
Si tu agis comme une merde, tu es une merde, et ta couleur, ton sexe, ta religion ou ton orientation sexuelle n'y changeront strictement rien.

Je sais très bien que cet article n'aura pas d'effet. Comme je l'ai déjà dit également, l'ère qui s'ouvre appartient dorénavant aux censeurs et aux extrémistes, tous ces gens qui, au nom du Bien Absolu et de leurs critères personnels, vont charcuter les pages, verrouiller les jeux, limiter notre horizon et appauvrir notre langue.
Nous n'en sommes qu'au début de ces exactions. Ce seront probablement nos enfants ou nos petits-enfants qui connaîtront les pires dérives.
Mais il convient de ne pas perdre espoir. L'Église, qui naguère régissait tout dans la société, n'a plus aujourd'hui aucun pouvoir. Et Rome, qui autrefois ne contrôlait pas seulement le monde mais était le monde, n'est plus aujourd'hui qu'un souvenir. De la même manière, ces barbares modernes, se gargarisant de nobles idéaux qu'ils ont dépravés, finiront par chuter. Oh, ce ne sera qu'une mince fissure, au départ, dans une seule pierre de leur ignoble citadelle. Probablement quelqu'un qui tombera, par hasard, sur un ancien livre, de l'époque d'avant la Grande Censure, et qui se dira "Mince, mais pourquoi avons-nous perdu cela ? Pourquoi est-ce interdit ?"
Et puis, barbelé après barbelé, barreau après barreau, la résilience, l'intelligence et le courage des plus éclairés saperont les fondations de cette prison qui ne dit pas son nom. Jusqu'à sa chute, totale, définitive et salvatrice. Il ne s'agit même pas d'espérer que les plus valeureux l'emporteront, mais de simplement constater que la roue tourne et que rien, jamais, nulle part, quelle que soit sa capacité de nuisance, n'est éternel.



C'est devenu très commun d'entendre des gens dire "je suis offensé par ça", comme si ça leur donnait des droits. Ce n'est rien de plus que des pleurnicheries. Ça n'a aucun sens, aucun but. Il n'y a aucune raison valable de prendre ça en compte. Tu es offensé ? Très bien, et alors quoi ? 
Stephen Fry, acteur, réalisateur et écrivain britannique.

(Précisons, pour ceux qui ne le connaissent pas, que Fry est loin d'être un racisto-fasciste. Il soutient le parti travailliste, ne souhaite pas exterminer les personnes souffrant de troubles mentaux mais est au contraire président d'une association leur venant en aide, il est également athée et ouvertement homosexuel. Ceci dit, il pourrait bien être catholique et hétérosexuel que ses propos n'en seraient pas moins justes.)


"Bug" Danny
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Hier paraissait, chez Dupuis, un nouvel album de Buck Danny, intitulé Histoires Courtes.

Il s'agit ici de regrouper de brefs récits parus à l'origine dans Risque-Tout et le Journal de Spirou, de 1946 à 1969 (de mémoire, ces histoires étaient également présentes, au moins pour certaines, dans l'intégrale Buck Danny).

En ce qui concerne les thèmes, on retrouve un peu de tout, de la classique histoire de guerre à l'initiation, "light" et humoristique, au pilotage.

Ceci dit, l'on peut voir, dès les premières pages disponibles sur le site de l'éditeur, quelques belles bourdes. Dans L'agonie du Bismarck par exemple (cf. l'extrait ouvrant cette news), un joli et audacieux "peut-être pourra-t-il n'aider". On se demande si c'est une simple coquille à la place de "m'aider" ou, plus probablement (vu qu'ils sont plusieurs), s'il s'agit d'une élision aux forceps d'un pauvre "nous" qui n'avait rien demandé.

Mieux encore, dans Pilotes de Tourisme, l'on peut admirer un cockpit annoté permettant de découvrir, grosso modo, les commandes et instruments de bord d'un appareil d'aéroclub. Là, on a la surprise de voir (cf. extrait ci-dessous) que le palonnier (un dispositif manœuvré avec les pieds et agissant sur la gouverne de direction) est appelé... "plafonniers" (des lampes que l'on fixe... au plafond).

Ces erreurs sont certainement "d'époque", et l'on peut comprendre d'une certaine manière que les planches soient republiées dans leur jus bien graisseux, m'enfin, attention à ne pas trop se paniniser quand même m'sieur Dupuis. Le but, ce n'est pas de rejoindre le dernier de la classe.

48 pages - 14,95 € - tome 1 déjà disponible




Articles connexes :


Out There
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Extrait de la cover alternative spécialement créée pour l'édition Semic, par Humberto Ramos et Sandra Hope.


Un article un peu particulier aujourd'hui, revenant sur la série de comics Out There.

Tout d'abord, sachez qu'il s'agit d'une critique "croisée", réalisée en collaboration avec l'ami Max Faraday. Nous vous inviterons donc, à la fin de cet article, à prendre connaissance de son avis sur sa chaîne youtube. Et si au contraire vous venez de voir sa vidéo et que vous découvrez à cette occasion UMAC, nous vous souhaitons la bienvenue !

Allez, rentrons dans le vif du sujet. Out There est une série assez courte (18 épisodes), écrite par Brian Augustyn et dessinée par l'excellent Humberto Ramos (Révélations, Spider-Island...). Elle a été publiée en version française entre 2001 et 2003 par Semic, dans 9 revues kiosque (contenant donc 2 chapitres chacune). En 2013 et 2014, Glénat a réédité l'ensemble dans une intégrale en trois tomes.
La version Semic se trouvant encore d'occasion à des prix fort intéressants (et bénéficiant d'une bonne traduction et de quelques petits plus, comme des mini-posters faisant office d'illustrations grand format), c'est plutôt celle-ci que nous vous conseillons.

Tout commence dans la petite ville d'El Dorado, en Californie. C'est un endroit où il fait bon vivre, loin de l'agitation et de la criminalité des grandes villes. Malheureusement, pour préserver cette tranquillité, le maire de la ville, aidé par quelques notables et le shérif, vont passer un pacte avec une entité très puissante et... peu recommandable.
Lors d'une soirée agitée, quatre adolescents vont être les témoins d'une exécution liée à ce pacte. Zach, le quarterback de l'équipe de foot locale, Casey, populaire cheerleader, Jessica, jeune fille solitaire et qualifiée de "bizarre", et Mark, le petit génie qui vient d'arriver en ville, sont maintenant liés et vont devoir affronter une menace aussi terrifiante que surnaturelle.


Si, comme on peut le voir, les personnages principaux sont très stéréotypés, cela n'empêche pas Augustyn de les rendre attachants et de parfaitement réussir leur exposition. Par exemple, la scène présentant Mark, qui rabaisse leur caquet à une bande de demeurés brutaux, est dans le genre assez savoureuse.
L'action commence très rapidement et le rythme va être soutenu, et maintenu jusqu'à la conclusion "finale". "Finale" entre guillemets car, même si la série s'est bien arrêtée au bout de 18 épisodes, il était clairement question à la base d'au moins un arc supplémentaire, qui ne verra jamais le jour (ce qui laisse énormément d'éléments non expliqués).
Cette fin, un peu simpliste et vite expédiée, fait d'ailleurs partie des rares défauts de ce titre. L'on pourrait ajouter aussi que les scènes "intimistes", liées à la vie normale, sont assez rares. Une fois le premier domino tombé, tout s'enchaîne très rapidement, or, si l'on gagne en rythme, c'est parfois au détriment de personnages secondaires qui auraient pu être plus creusés.

Néanmoins, Out There est globalement une réussite. D'abord et en premier lieu grâce à Ramos et son style bien particulier. Les personnages, très cartoony, presque caricaturaux, bénéficient de visages expressifs et immédiatement reconnaissables. Les décors, eux, s'avèrent également très réussis et contribuent fortement à l'atmosphère étrange et quelque peu inquiétante de certaines planches.
Augustyn, quant à lui, parvient à signer un scénario à suspense qui tient la route et qui bénéficie de petites (et efficaces) touches d'humour et d'émotion, le tout à base de nexus psychique, rêves prémonitoires, magie et démons.
Au final, même si ce genre de comparaisons ne veut pas dire grand-chose, l'on aboutit à une histoire à mi-chemin, pour le cadre et l'ambiance, entre Buffy et  Locke & Key.

À tester si vous en avez l'occasion !

Pour compléter votre découverte de cette série, nous vous invitions à prendre connaissance de l'avis de Max Faraday, en visionnant cette vidéo. Vous verrez qu'il soulève, avec humour et franchise, certains points que nous n'avons pas forcément creusés.




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Le style Ramos !
  • Les personnages principaux, stéréotypés mais sympathiques et bien présentés.
  • L'humour et l'émotion qui viennent agréablement épicer l'action.
  • La qualité de la VF (cette critique est basée sur la version Semic).
  • L'ensemble des 9 revues Semic peut se trouver pour une vingtaine d'euros environ.
  • Un rythme soutenu, peut-être même au risque parfois d'expédier certaines scènes.
  • Une conclusion manquant un peu de lyrisme, de panache et... d'explications.
Le Règne du Vide
Par


Bon, j’ai fait une connerie, j’ai regardé Mektoub My Love : Canto Uno.

Bien entendu je ne découvre pas la tendance du cinéma français dit "d’auteur" à faire dans la vacuité et à tirer du banal les plus médiocres des non-histoires financées à coups de subvention. M’enfin, quand même, là, on a passé un cap.
À tel point que, après trois heures de film, je n’ai aucune idée de ce que j’ai bien pu regarder. Je serais notamment incapable de faire un simple résumé tant les scènes ineptes et incohérentes s’enchaînent mollement, dans une sorte de cinéma "vérité" puant le nombrilisme et le culte du minimalisme.

Alors, ce machin-là, on le doit à Abdellatif Kechiche, réalisateur et co-scénariste (il y a un scénario ??). C’est le type qui avait déjà réussi l’exploit, avec La vie d’Adèle, de raconter une anecdote d’un quart d’heure en trois heures. Ah le mec, il n’aime pas trop les ellipses, hein. Tout est filmé en temps réel. Refaire un lacet, s’enfiler une soupe à la tomate, ça prend le temps que ça prend (sous-entendu, le temps que ça prend dans la vraie vie, désolé pour la presque tautologie) ! Rajoutez à ça du voyeurisme malsain, voire même de la franche pornographie si vous n’avez plus de voyeurisme en poudre, et vous avez le style Kechiche. Chiant & vulgaire. Wow, c’est que tu finiras bien par avoir un prix, mon cochon ! Ah merde, c’est déjà fait.
Enfin, bon, au moins, pour Adèle, on pouvait vaguement entrevoir un début d’intrigue : une jeune fille découvre son homosexualité, elle sort avec une nana, la trompe, se fait larguer et souffre. Ah, c’est pas Indiana Jones hein, question rebondissements, tu peux aller tranquillement t’acheter un hot-dog en pétrolette, tu reviens, t’es pas perdu. Il y a même des chances pour que ce soit encore la scène qui se déroulait quand tu es parti.

Pour Mektoub, là, par contre, impossible de faire une sorte de résumé, même d’une phrase. Il ne se passe rien. Il y a des gens, que l’on suit à la plage, en boîte de nuit, au boulot, ils se croisent, se disent bonjour, discutent de tout et de rien, se dragouillent, ricanent bêtement, colportent des ragots…
Pendant 3 heures !!
En terme de dilatation du temps, on est sur du Maigret avec Jean Richard !! Si t’as jamais pigé la théorie d’Einstein, là, tu vas rentrer dans la relativité à la dure !! Je suis ressorti de ce visionnage, j’avais de l’arthrose, des poils dans les oreilles et je me suis rendu compte que j’avais perdu deux dents. Et vous ne m’ôterez pas de l’idée que c’est quand même très rare de perdre spontanément une molaire et une incisive le temps d’un film.

Le pire, c’est qu’il y a une suite à ce… truc. Eh oui, si ça s’appelle "canto uno", c’est qu’il doit y avoir un "canto due", non ? Ben, oui, sauf que ça s’appelle Mektoub My Love : Intermezzo. Et que très peu de gens ont eu le "bonheur" de le voir, car en réalité, après une sortie à Cannes où le film a fait scandale, il n’a pas pu être distribué (ni diffusé par quelque moyen que ce soit). Notamment à cause d’une scène "de sexe oral, non simulée, d’une durée de 15 minutes". Oui, je vous avais dit qu’il n’aimait pas les ellipses le Kechiche.  
Du coup, la recette est limpide : une bonne scène de cul réelle emballée dans trois heures de vide, et hop, subventions, palmes et bobos en extase.
L’histoire, la cohérence, les personnages, l’émotion, le simple bon sens, on s’en cogne ! Tout ce qui importe, c’est le temps réel et le cul. Une sorte de Voisin, Voisine en version hard quoi. Ceci dit, Voisin, Voisine m’a paru moins long que Mektoub, et pourtant, je rappelle que c’est à la base 385 épisodes de 58 minutes tout de même (l’équivalent de plus de 15 jours de visionnage, en continu, à côté de ça, Le Seigneur des Anneaux en version longue, c’est de la couillonnade pour cinéphile fragile).

AB Productions : du Kechiche avec 30 ans d'avance et des idées.

Et là, ô lecteur à la pugnacité légendaire qui n’est égalée que par ton sens de l’à-propos, une question devrait te brûler les lèvres. C’est en effet à ce moment que tu me demandes, le sourire aux lèvres et la mèche au vent : "Mais pourquoi, alors que tu as bien vu au bout de vingt minutes que ça ne menait nulle part, tu n’as pas tout simplement arrêté de regarder ce film au lieu de te taper l’intégralité de cet étron cosmique ?"
Eh bien ma réponse sera limpide comme les eaux du Gange par un beau dimanche de canicule (sais-tu que le Gange, l’un des fleuves les plus pollués au monde, reçoit quotidiennement les restes de 475 cadavres humains ainsi que près de 10 000 carcasses d’animaux ? En plus, bien entendu, de la crasse et des bactéries de tous les Indiens qui ont décidé de s’y baigner pour se "purifier"… oui, on peut s’instruire tout en méprisant la culture d’un cinquième de la population de la planète, mais trêve de digression) ! Tout simplement parce que le vide possède une force d’attraction bien réelle.
Je m’explique.

Quand on a affaire à un film un peu nul, ou même clairement mauvais, c’est facile de s’en extraire. On se dit que c’est débile et on passe à autre chose. Mais quand on est face à "rien", que l’on attend un début qui ne vient jamais, on finit par se laisser gagner par une sorte de transe hypnotique, le même genre de fascination incrédule qui a fait la fortune de Jean-Luc Azoulay.
Il n’y avait tellement rien que, inconsciemment, je me suis dit qu’on allait vers un truc énorme, qui allait même peut-être assembler toutes ces pièces de puzzle éparses et hétéroclites. Ben non. C’est juste du flan à rien avec un coulis d’arnaque intellectuelle.
Comment, putain, au nom du ciel, des gens ont pu regarder ça et se dire que c’était génial ?
Parce que, attention, faut voir les critiques…
"… filmer la vie, étreindre le naturel… subite ivresse du réel." Les Inrockuptibles
"… une ôde au bel âge, où Renoir a rejoint Marivaux." Télérama
Ouais, bon, en termes de critiques, là j’ai choisi le top de la branlette parisianiste, m’enfin, quand même… "ivresse du réel", "Renoir", "Marivaux"… et mes couilles, c’est des pommes dauphine ?

Au final, c’est les Cahiers du Cinéma qui ont le meilleur résumé : "Kechiche cache sous un film mineur une ambition énorme : filmer la vie lorsque rien de spécial ne s’y passe mais que toute nouvelle journée est chargée de la promesse vague, lancinante, qu’il pourrait arriver quelque chose."
Il ne se passe rien, on est d’accord, par contre, en termes d’ambition, attendre dans l’espoir que, peut-être, éventuellement, il se passera "quelque chose", heu… on n’est pas sur de "l’énorme ambition", non. J’ai connu des types vautrés sur leur canapé, qui fumaient 20 joints par jour, qui avaient plus d’ambition que ça. Du genre, par exemple, imiter la voix de leur prof de maths en pétant. Ça ne va pas bien loin, mais bon, il y a un projet concret. C’est pas "je vais regarder les vaches dans un champ, et on verra bien si l’une d’entre elles se met à beugler comme Camelia Jordana quand elle voit un uniforme".

Vous aurez compris que j’ai choisi l’humour (acidulé) pour me moquer de ce genre de cinéma qui n’en est pas. Attention, je ne reproche pas à Kechiche de ne pas être divertissant, on peut très bien imaginer des formes d’art dont le divertissement n’est pas le but premier, je lui reproche de faire un métier (deux même : réalisateur et scénariste) de conteur sans rien raconter.
Que penseriez-vous d’un chanteur qui arrive sur scène, pose sa guitare à ses pieds, et vous regarde en souriant bêtement, sans dire un mot, pendant 1h30 ? Vous trouveriez que c’est une "sublime ivresse du réel évoquant Renoir", ou vous vous diriez "tiens, je viens peut-être de me faire enfler de 40 balles" ?

C’est bien entendu une question rhétorique, puisque vous venez d’assister à un non-concert animé par un non-musicien. Alors, je veux bien que certaines pratiques exotiques, comme le air guitar, soient à la mode, mais de là à célébrer le non-film d’un type aussi fait pour la réalisation qu’un manchot empereur l’est pour le vol, il y a un gouffre qui, lui, est bien réel.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Heu... non, rien.
  • Vide, prétentieux, libidineux et chiant. Ben, français quoi.
1922
Par


Nous abordons aujourd'hui l'adaptation de 1922, ou quand l'attachement d'un homme à sa terre vire à la tragédie.

Wilfred James est un fermier. Les deux seules choses qui comptent réellement dans sa vie sont ses terres et son fils. Malheureusement, sa femme Arlette a décidé de lui prendre les deux. Elle rêve d'une autre vie, de la ville, d'un petit commerce. Pour cela, il lui faut vendre les terres qui lui appartiennent.
Ce rêve, Wilfred ne peut l'accepter. Car cela signifierait pour lui la fin de tout. Et comme il ne parvient pas à convaincre sa femme, il imagine une solution aussi terrible que définitive. Il suffirait qu'elle disparaisse pour que le problème soit réglé. Il suffirait d'enterrer Arlette profondément, là où personne n'ira la chercher.
Le problème c'est que, s'il est facile de recouvrir un corps avec un peu de terre, il est beaucoup plus difficile de se débarrasser des souvenirs et de la culpabilité. Pour Wilfred et son fils, c'est le début de la fin...

1922, à la base, est une novella (un format entre la nouvelle et le roman) de Stephen King, issue du recueil Nuit Noire, Étoiles Mortes. L'adaptation à l'écran, produite par Netflix, est réalisée par Zak Hilditch, qui signe aussi le scénario. Notons qu'on lui doit également Final Hours, un drame "pré-apocalyptique", qui se laissait regarder mais comportait des défauts que l'on retrouve ici.

Il est important de revenir encore une fois sur un concept simple mais qui échappe à bien des réalisateurs : ce qui est primordial dans un récit de King, c'est l'émotion qui s'en dégage. Et cette émotion n'est possible que par l'installation minutieuse des personnages. Si ces derniers ne sont pas épais, touchants, crédibles, si l'identification est ratée, alors forcément, l'histoire ne repose plus sur rien. Si vous voulez de bonnes adaptations tirées d'ouvrages de King, il y a par exemple La Ligne Verte ou Les Évadés. Ce sont les adaptations cinéma qui se rapprochent le plus de ce que l'on éprouve en lisant un roman de King.



Hilditch ne rate pas complètement son coup, mais l'installation des personnages se révèlent néanmoins lente et laborieuse. Le père et le fils ne sont guère plus sympathiques que la mère, ils se comportent en plus comme des demeurés, fort heureusement ils tomberont sur un shérif encore plus con qu'eux.
Le problème c'est qu'ici, l'on n'est pas dans un polar cynique des frères Coen, mais dans un drame humain. Le réalisateur redresse la barre dans la seconde moitié du film, avec quelques scènes poignantes, mais l'on a frôlé le bon gros ratage à la Simetierre, qui était passé complètement à côté de son sujet.

Autre précision, car l'on voit ici et là des spectateurs se plaindre du faible nombre de scènes horrifiques : une bonne fois pour toutes, King est loin d'être un auteur spécialisé dans l'horreur. Même si ces nouvelles (les plus courtes et anciennes en général) versent bien dans ce genre, ses romans, eux, ne sont en rien particulièrement gore. Si vous voulez de l'horreur pure, il faudra plus vous tourner vers un James Herbert ou un Graham Masterton (en sachant que ce dernier est très mauvais et écrit clairement des romans de gare, c'est simple, à côté, même Koontz a l'air brillant). King, lui, fait certes appel très souvent à des éléments fantastiques, mais il est en réalité le maître de l'émotion, et non celui de l'épouvante pure et dure.
Il y a bien des éléments horrifiques (même bien dégueulasses) dans 1922, mais c'est un habillage, un symbole de la culpabilité qui ronge le paysan et va détruire sa vie. Ce qui est important ici, c'est la fuite en avant et l'effondrement du père comme du fils, tous deux coupables d'un crime atroce.

L'histoire en elle-même n'a rien de bien original, si ce n'est le cadre et l'époque. L'adapter à l'écran constitue même un certain défi tant les nombreux ressorts sont avant tout psychologiques. Hilditch parvient néanmoins, malgré des longueurs indéniables, à instiller une atmosphère pesante et lourde. Mention spéciale d'ailleurs à Thomas Jane qui campe parfaitement le personnage principal, paysan à la fois frustre, désespéré et inquiétant.
Au final, si vous ne venez pas chercher dans 1922 le film d'horreur qu'il n'est pas, il est possible que vous passiez un bon moment avec cette adaptation imparfaite mais honnête, qui a le bon goût de respecter le fond du récit original.

Donc, ça se tente, mais bien entendu, on conseillera tout de même le recueil et la plume de King.




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une adaptation qui, au moins, ne passe pas à côté de son sujet.
  • Un Thomas Jane impressionnant.
  • Une atmosphère pesante.
  • Poignant dans la seconde partie.
  • Des personnages quelque peu "grossiers", qui mettent du temps à prendre de l'épaisseur (au sens psychologique).
  • Quelques longueurs.