L'Almanach de la Sorcière moderne
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Présentation d'un ouvrage quelque peu particulier et inspirant : L'Almanach de la Sorcière moderne.

Je ne vais pas revenir sur la métaphysique et la spiritualité, censées aller de pair avec la physique et le cartésianisme, je vous invite donc à lire cet article si vous souhaitez une sorte de préambule à ce qui suit.

Lorsque l'on a recours à des rituels, des pratiques magiques et plus généralement lorsque l'on embrasse le néopaganisme (bien que le terme soit assez fourre-tout et trop vague pour désigner en réalité quoi que ce soit), il est intéressant de profiter du savoir et de l'expérience d'autrui en consultant des ouvrages de qualité. Malheureusement, à part quelques classiques, bien souvent, ces ouvrages sont soit un peu "ternes" (noir & blanc, pas d'illustrations...), soit mal rédigés (fautes, novlangue faussement "inclusive"), soit inadaptés aux croyances ou envies de chacun (prosélytisme déplacé ou dessins peu inspirants). 
Dans ce domaine, trouver un ouvrage dont on fera un compagnon de longue date est aussi complexe que de trouver un tarot ou un oracle dont les cartes sont compatibles avec votre univers intérieur. Aussi, lorsque l'on tombe sur une petite pépite, il est sans doute intéressant de le souligner.

L'Almanach de la Sorcière moderne est écrit par Sarah A.L. et magnifiquement illustré par Neven. Il a été publié par les éditions Véga l'année dernière. Comme le sous-titre l'indique clairement, il s'agit de passer une année (n'importe laquelle, l'almanach n'est pas lié à une année précise) à la découverte des pratiques magiques et païennes. 
Ce qui frappe tout d'abord, c'est le soin formel apporté à ce livre : grand format (19,5 x 26 cm), papier mat de qualité, belle mise en page, illustrations à la fois discrètes et au charme certain, accompagnant parfaitement le texte. 
L'avant-propos, quant à lui, précise le but de ce recueil : que chacun puisse découvrir diverses pratiques et d'anciens cultes afin de "piocher" ce qui lui semble le plus approprié. Là encore, on suit les principes très libres de la wicca, ce qui n'est pas pour me déplaire.

Mais au final, que contient donc cet épais ouvrage de 390 pages ? 
Eh bien, un peu de tout. Là, il va falloir préciser le but de tout cela. Il ne s'agit pas de vous donner des informations exhaustives sur un domaine précis mais plutôt d'en survoler des dizaines, tout en vous donnant des clés de compréhension et un topo tout de même compréhensible et intéressant sur chaque sujet abordé.
L'on part donc du principe que vous pourrez (et sans doute devrez) approfondir les domaines qui vous parlent le plus. Ou peut-être que vous allez développer vos propres pratiques à partir de ces informations et d'un peu d'intuition. Aucune démarche, dans le domaine de la spiritualité, n'est mauvaise tant que vos intentions sont bonnes.

Mais quels sont-ils ces fameux domaines ? C'est là le point fort de cet almanach, ils sont aussi variés qu'importants. L'auteur aborde en effet les animaux de pouvoir, les arts divinatoires, les cristaux, les créatures légendaires, différents folklores, les phases de la Lune, les mythologies celtique, égyptienne, nordique, les outils liés aux rituels et à la pratique magique, certains rituels, la roue de l'année, les runes, les végétaux, les chakras, les signes astrologiques ou encore divers symboles. Pour chaque sujet, selon sa nature, vous trouverez une description succincte ou plus élaborée. En général, les informations sont relativement embryonnaires mais permettent tout de même de cerner l'idée générale, d'autant qu'elles sont parfois accompagnées de correspondances (couleur, astre, élément, genre...). Certaines pages sont plus denses que d'autres, mais il s'agit surtout de se laisser bercer par les découvertes et l'atmosphère de chaque jour. Ajoutons que des espaces sont souvent réservés aux expériences et observations personnelles, dans le cas où vous voudriez prendre des notes. 
Autant dire que tout cela est vaste et propre à ouvrir vos horizons.

Bien entendu, il n'y a rien ici qui puisse se "prouver" avec des outils propres à la physique. Nous sommes dans un autre domaine, celui du divin et de la magie, de la spiritualité et de la métaphysique. Chacun peut donc y puiser ce qui lui semble nécessaire et agréable. 
Quant aux pratiques païennes, elles doivent être considérées comme un complément aux outils physiques à votre disposition. Elles ne dispensent pas de la médecine ou de la science en règle générale. Elles complètent ces domaines. Et vous complètent vous. Si vous avez un rhume ou que vous souffrez d'une fracture du tibia, un médecin sera plus utile qu'une pierre ou une rune. Il faudrait être stupide pour ne pas s'en rendre compte. Le danger vient toujours des individus qui ne savent pas utiliser sereinement et intelligemment un savoir, non de la pratique païenne elle-même. Vous êtes adulte, vous êtes donc pleinement responsable de vos choix, qu'ils soient bons ou complètement cons. Si vous avez un pneu crevé, la magie ne vous le changera pas. Pas plus que le scientisme d'ailleurs. Il va falloir agir, dépenser de l'énergie, de manière sensée, en effectuant des tâches hiérarchisées par le simple bon sens. N'allez pas à la magie ou aux rituels païens par facilité ou fainéantise, il ne s'agit pas d'une rustine sur vos faiblesses mais d'un plus dans la vie d'une personne saine et équilibrée. 

Bref, un ouvrage au charme certain, ouvrant sur des mondes infinis et merveilleux. 
Encore faut-il qu'il vous convienne et vous "parle". 







Écho #48 : Danse Macabre, édition "collector" ?
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Les éditions Jean-Claude Lattès viennent de sortir une réédition du recueil Danse Macabre de Stephen King. Voyons cela en détail.

Son sous-titre l'annonce fièrement, ce livre est censé être "collector". Au niveau de l'aspect, déjà, on ne peut pas dire que ce soit d'un goût très sûr. Certes on a droit à une hardcover et un grand format (14,5 x 23 cm), mais les couleurs dégueulasses (vert bouteille et violet sur fond marron, c'est la bonne idée de l'année) et le lettrage criard lui donne un aspect très "bouquin des années 70". Il faut aimer. On est loin de l'illustration de Frank Frazetta de l'édition J'ai Lu des années 80. Certes, ça n'avait aucun rapport avec le contenu, mais au moins, ça faisait son petit effet.

Côté "plus", là, c'est le vide total. Pas d'illustrations, même pas un ruban signet histoire de faire un peu cossu, aucune valeur ajoutée. Parfois certaines éditions font un petit effort de présentation en ce qui concerne les pages intérieures, avec un travail typographique au niveau des titres ou des marges ornementales, mais là, rien de particulier. C'est du brut de chez brut. Pour du matériel ancien vendu à 26 euros, ça fait cher quand même. Attention donc à l'utilisation très abusive du terme "collector". 

Au final, seule la nouvelle traduction présente un intérêt réel. Bien entendu, ce n'est pas toujours synonyme de modifications positives (cf. la trad ridicule du nouveau 1984), mais dans ce cas précis, l'adaptation est assurée par Jean Esch, qui avait déjà fait un boulot remarquable sur la série Lockwood et qui signe là encore des textes de qualité. Notons que les titres des nouvelles se rapprochent plus cette fois de leurs noms anglais. Par exemple Night Surf, autrefois traduit par Une Sale Grippe, devient Vagues Nocturnes. Dans le même ordre d'idée, I am the Doorway, précédemment appelée Comme une Passerelle, devient Je suis la Porte. Sometimes they come back passe de Cours, Jimmy, cours à Parfois ils reviennent. Ce n'est évidemment ni mieux ni moins bon, juste un choix différent et une question d'inclination personnelle.

Pour ceux qui ne connaissent pas du tout cet ancien recueil de notre brave ami du Maine, notons qu'il s'agit de nouvelles assez brèves (et non de novellas ou de mini-romans comme King en écrira par la suite dans des recueils comme dans Différentes Saisons). Les récits et ambiances sont donc variés. En tout, vingt nouvelles, pour la plupart très bonnes.
L'on peut citer l'épouvantable transformation de Matière Grise, la manière originale et bien flippante d'arrêter de fumer décrite dans Desintox S.A., le froid mordant et le suspense insoutenable de La Corniche, ou encore les "habitants" quelque peu effrayants de l'usine dépeinte dans Équipe de Nuit. Notons également que sont présentes les nouvelles Camions (anciennement Poids Lourds, adaptée de manière désastreuse à l'écran par King lui-même, sous le nom Maximum Overdrive) et Les Enfants du Maïs (qui a donné lieu carrément à toute une licence de produits cinématographiques ou télévisés de qualité médiocre). Les thèmes horrifiques abordés vont du très classique (les vampires), aux plus inattendus (une broyeuse, des petits soldats), en passant par des sujets plus réalistes voire prophétiques (une pandémie). De quoi passer un bon (ou épouvantable, selon votre façon de voir) moment et frissonner sous la couette. 

Signalons enfin l'avant-propos (qui date de l'époque de sortie de la première version du recueil) de King, très intéressant. L'auteur y parle notamment de l'écriture et de son obsession (possédant selon ses propres termes une "valeur marchande") pour le macabre, de nos pulsions voyeuristes et surtout de la peur, sous toutes ses formes.

Une édition qui aurait pu être plus soignée et plus attractive mais qui a le mérite de contenir d'excellentes histoires, bien traduites. Un achat cependant nullement indispensable si vous avez déjà l'une des précédentes éditions. 

Grandeur Nature mythique : Killer
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Entre Jeu de Rôles et chasse à l'homme potache, retour sur une légende du GN : Killer !

En 1988, Descartes publie la version française de Killer, un JdR conçu par Steve Jackson. Les règles en sont très simples et simulent un affrontement, plus ou moins long (plusieurs jours, semaines voire même mois !) entre des joueurs dont le but est de descendre, d'une manière originale si possible, les autres participants.
L'ensemble des règles de base, conseils, armes présentées et scénarios tient dans un livre format BD qui va contribuer à fortement populariser le jeu, notamment dans le milieu étudiant.

Le jeu connaît bien des variantes et peut se décliner dans de multiples versions. Au départ, chaque joueur reçoit un contrat qui va comprendre diverses informations comme les coordonnées du Maître de Jeu, les armes autorisées, l'emplacement du panneau d'information de la partie, les limites de la zone de jeu et divers autres détails.
Le joueur va alors pouvoir tenter d'assassiner sa cible, son propre assassin s'il découvre son identité, ou toute personne portant une arme qu'il va repérer. Témoins ou complices peuvent avoir un rôle dans chaque assassinat selon les règles choisies.




Les armes sont, elles, extrêmement variées. Cela va d'une chaussette-grenade à un pistolet-banane, en passant par du poison (mettre une étiquette "poison" au fond d'un verre que la cible va boire) ou de l'uranium (planquer un cylindre peint en orange vif sous le lit de la cible). C'est sans doute l'un des éléments qui ont fait le succès du jeu : l'inventivité concernant la manière de flinguer une cible est quasiment sans limite. Virus, bombe, électrocution et pièges en tous genres, tout est bon pour déglinguer l'adversaire ! Le livre décrit un grand nombre d'armes, classées d'ailleurs en 4 catégories selon leur dangerosité réelle : de A, sans danger, à D, absolument interdites. Les classes B et C étant à employer avec précaution et en suivant certaines règles.
Rien n'interdit, bien entendu, d'inventer son propre piège "mortel" à faire valider par le MJ.

Jackson propose plusieurs variantes au jeu de base (vous avez une cible désignée et devez en même temps échapper à un assassin que vous ne connaissez pas, si vous éliminez votre cible, la personne qu'elle devait éliminer devient votre nouvelle cible), engendrant déjà pas mal de paranoïa.
La variante la plus connue est celle du dernier survivant, les participants connaissant alors l'identité de chaque joueur. Mais bien d'autres sont proposées, avec une partie "roleplay" plus ou moins importante : "le parrain", version dans laquelle des gardes du corps protègent leur boss des tentatives d'assassinat d'une faction rivale ; "les Borgia", une variante médiévale opposant des familles ; l'option "vampires", ou un unique tueur en début de partie peut éliminer ses cibles ou choisir de les mordre pour créer un clan ; l'excellente variante "la chose venue d'ailleurs", qui permet à un joueur incarnant une créature extraterrestre prenant possession des humains de changer de corps, la nouvelle victime devenant la créature tueuse !

L'ouvrage se termine sur des conseils de jeu (un grandeur nature peut vite générer des problèmes si l'on ne respecte pas certaines règles), un contrat type à photocopier, quelques certificats de décès et une table des armes (avec les dégâts qu'elles infligent ainsi que leur prix si de l'argent fictif est employé dans le jeu).

Au final, Killer s'avère un jeu très simple mais demandant un minimum d'organisation (et des joueurs un peu rigoureux) pour qu'il se déroule bien. Avec un bon scénario et une aire de jeu suffisamment vaste, cela promet de longues journées tendues, passées à éviter les pièges adverses tout en mettant au point les méthodes d'assassinat les plus discrètes, efficaces ou farfelues.
Bref, un classique. 





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Simple mais addictif.
  • Des variantes nombreuses et intéressantes.
  • L'aspect développement des armes et pièges.
  • Des conseils sensés mais probablement pas inutiles à rappeler régulièrement.
  • L'ouvrage est encore trouvable d'occasion pour un prix correct.
  • Les seuls points négatifs ne seront pas généré par le jeu mais pas des joueurs stupides et/ou irresponsables.
Écho #47 : Dupuis à genoux devant les censeurs
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Hier, Dupuis a pris la décision de retirer de la vente l'album Spirou et la Gorgone Bleue, de Yann et Dany.

Pour quel motif ? Eh bien, encore une fois, un éditeur tremble devant quelques excités fanatiques sur twitter. En effet, plus d'un an après la sortie de cet album, certains demeurés ont jugé que les Noirs et les femmes étaient "mal représentés" dans cette BD. L'album, et donc son dessinateur, seraient racistes et sexistes. Rien que ça.

Évidemment, cela pose d'immenses problèmes. 

1. Tout d'abord, dans son communiqué, Dupuis indique réagir suite aux "prises de parole qui se multiplient". Or, quelques wokistes sur le net, ce n'est en rien représentatif du lectorat, encore moins de la population. Pourquoi faudrait-il tenir compte de l'avis d'extrémistes qui condamnent sans rien connaître de cette BD et de son auteur ? Et rappelons que même quelques milliers de commentaires (et on en est loin !) seraient de toute façon négligeables d'un point de vue statistique. Il y a quelque temps, les mêmes avaient pleurniché à propos de Friends. Mais il ne s'agit pas d'une "génération", juste des plus cons de la bande. Ou des plus cyniques, pressés de démontrer à moindre frais à quel point ils sont de "bonnes personnes".
Est-ce aux activistes dorénavant de décider de ce qui sera lisible ou non ? Rappelons-nous les autodafés au Canada, où des écoles organisaient la destruction de milliers de livres jugés "inbon" (comprendre "sexistes" ou "racistes"). 

2. Comment une maison d'édition, qui a validé le travail d'un auteur et d'un dessinateur, peut-elle ensuite, plus d'un an après la publication, laisser croire que ce travail serait raciste et sexiste ? Et donc, entacher la réputation du dessinateur, sans qu'il puisse évidemment se défendre. Un auteur n'est-il pas en droit d'attendre un minimum de soutien de la part de sa propre maison d'édition ?
La manière de réagir de Dupuis, violente, lâche et définitive, en dit long sur le courage intellectuel de ses dirigeants.

3. Ce qui est mis en cause dans cet album, c'est le style graphique du dessinateur. Certains n'aimeraient pas la manière dont les Noirs sont dessinés. Mais, rappelons qu'il s'agit d'un style non réaliste, très caricatural et propre à bien des BD franco-belges. C'est exactement le même genre de polémique qui a été soulevée, il y a quelques années, sur la représentation de la vigie du bateau pirate dans Astérix (cf. cet article). Représenter un Noir avec des grosses lèvres ou un Asiatique avec des yeux bridés n'est en rien "raciste". Ça n'induit pas une forme de hiérarchisation des races. 
Au pire, on peut trouver que c'est mal dessiné, mais les auteurs ont le droit, évidemment, d'être mauvais, de se tromper, de ne pas aller dans le sens du vent, d'être simplistes, caricaturaux ou de faire simplement ce qu'ils veulent ! C'est le principe : si ce n'est pas illégal, alors c'est permis.


Extrait d'un incroyable brûlot "raciste et sexiste".


4. Comment se fait-il qu'un album pédopornographique comme Petit Paul (qui, lui, tombait sous le coup de la loi) ait été commercialisé dans l'indifférence générale (et avec le soutien des gauchiasses, évidemment, il faut dire qu'il n'y a pas si longtemps, leurs représentants - politiciens, journalistes, philosophes, artistes... - n'hésitaient pas à signer une pétition publique, parue dans la presse, pour réclamer la légalisation de la pédophilie... ceci explique cela) alors que ce Spirou est interdit pour un style graphique jugé "inapproprié" ?

5. L'accusation de sexisme (parce que le dessinateur ose représenter des femmes... en bikini !), on l'a déjà vu (cf. cet article), est systématique [1] dès qu'un auteur représente une femme (qu'elle soit féminine ou qu'elle possède des caractéristiques habituellement attribuées aux hommes). Et si un auteur met de côté les personnages féminins, c'est également jugé sexiste. Avec la grille de lecture de la moraline gauchiste actuelle, un auteur ne peut pas ne pas être sexiste. Ce qui est évidemment ridicule.
Le nombre d'œuvres accusées de sexisme est d'ailleurs proprement ahurissant : Astérix, les Schtroumpfs, Martine, Crocodile Dundee, Il était une fois l'Homme, Blanche Neige, SOS Fantômes, Wargames, Retour vers le Futur, Indiana Jones, Petit Ours Brun, Le Club des Cinq, Sissi... cette accumulation délirante serait drôle si elle n'était pas révélatrice de la menace qui pèse sur les auteurs actuels et les œuvres anciennes. Or, à part ne pas écouter ces revendications scélérates et résister, il n'y a rien à faire. On ne peut gagner dans un débat face à l'absurde (cf. cet article). Car pour les wokistes, l'homme blanc est raciste (ou sexiste, ou homophobe) de base. Et s'il nie ce fait, pour eux, ça prouve simplement qu'il l'est encore plus. 

6. Bien entendu, cela ne fait pas disparaître la BD qui est devenue une véritable aubaine pour les spéculateurs. Elle se vendait à 60 euros ce matin, cette après-midi, elle est proposée sur Le Bon Coin entre 100 et 300 euros. Les auteurs n'en profiteront pas (on leur retire une source de revenu sans raison ni jugement légal) mais les opportunistes se régalent. 
Cela démontre aussi l'ineptie du comportement de Dupuis qui vient juste de rendre culte et collector une BD qui était passée complètement sous les radars.


Pour résumer, voilà donc un acte de la part de Dupuis qui fragilise les auteurs, qui renforce le pouvoir d'une meute virtuelle avide de sang, qui valide des diffamations et un jugement à l'emporte-pièce, qui soutient la censure dans ce qu'elle peut avoir de plus abjecte et qui salit la réputation d'un artiste totalement innocent de ce dont on l'accuse. Pas mal pour une seule décision.





[1] Prenons un exemple déjà traité ici : le Club des Cinq de Blyton. Le cas est intéressant car, non seulement l’œuvre est écrite par une femme (si le sexe d’un individu gêne le raisonnement des wokistes, il n’est subitement plus pris en compte), dans les années 30 (les faits ne sont jamais contextualisés, ce qui est pourtant à la base d’une analyse sérieuse, qu’elle soit historique, littéraire ou même judiciaire), mais vous allez voir que, quelle que soit la manière dont l'écrivain construit son personnage, il est perçu comme sexiste.
Ainsi, la journaliste qui à l’époque s'exprimait sur Slate (un nid à débiles) condamnait le personnage d’Annie, parce que la jeune fille est féminine, timide, douce, gentille, etc. Trop caricaturale, selon elle (une femme ne peut donc pas être... féminine ?). Par contre, Claudine, qui a un caractère affirmé, est courageuse, sûre d’elle, là, ça ne va pas non plus. C’est sexiste parce que c’est… trop caricatural. 
Quand un comportement est perçu comme sexiste et que son exact inverse est perçu comme sexiste également, ce ne sont pas les auteurs qui sont tous systématiquement des affreux défenseurs du patriarcat, c’est la grille de lecture qui est fausse.

Les Futurs de Liu Cixin 1 : la Terre vagabonde
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Nous avons évoqué ici même le succès considérable du Problème à trois corps, roman de science-fiction qui a récolté de nombreuses récompenses, propulsé son auteur au rang de figure majeure du genre et engendré dans le monde l'envie irrépressible de lire davantage de textes de Liu Cixin et de ses pairs. Grâce à lui, la SF chinoise sort du placard, les adaptations en films et en série TV (sur Netflix) permettant de toucher une part plus importante du public international (ce qui n'est pas pour déplaire aux dirigeants, ravis de l'aubaine d'un soft power à moindres frais). Ne restait plus qu'à s'engager sur les deux autres vecteurs majeurs de la culture populaire : le jeu vidéo... et la bande dessinée.

Et voilà-t'y pas que Delcourt accepte d'éditer l'adaptation des nouvelles de Liu Cixin, à commencer par La Terre vagabonde, qui sera le premier volume d'une série intitulée "les Futurs de Liu Cixin". Volume initial pour lequel on donne les clefs à Christophe Bec & Stefano Raffaele : le premier, scénariste à succès (Sanctuaire, le Temps des loups, Carême) s'est déjà frotté à ce genre d'adaptations (rappelez-vous sa version de Conan le Barbare dans le plutôt réussi Xuthal la crépusculaire) retrouve ainsi son collaborateur de Pandemonium et Sarah, et du plus récent Tarzan au centre de la Terre. Et puis, il s'y connaît en grande SF, puisque auteur également de la série Crusaders dont on vous a dit le plus grand bien.

Le projet consiste donc à mettre en images une nouvelle, ce qui peut s'avérer bien compliqué. Toutefois, la narration très didactique de l'écrivain chinois, fortement inspirée par Asimov, permet sans doute d'asseoir le délicat équilibre entre explications et péripéties nécessaire pour garder l'intérêt du lecteur. Bec a juste à suivre le récit dans ce qu'il propose, à savoir le survol d'une mission devant durer... une centaine de générations. Ce qui aurait pu n'être qu'une sorte d'album souvenir en accéléré présentant un voyage long de 2500 ans se voit dépeint avec quelques détails cruciaux liés au vécu du personnage principal. Qui entreprend de nous raconter sa vie, depuis sa naissance, le Jour du Grand Crépuscule. En effet, l'humanité, se fiant à des relevés de plus en plus précis sur l'activité solaire, avait déterminé que l'astre allait entrer dans sa phase de géante rouge plus tôt que prévu, vaporisant les planètes les plus proches. La Terre était condamnée et, ainsi, l'espèce humaine. Au pied du mur, les nations finissent enfin par mettre leurs querelles de côté pour entreprendre leur plus grand projet : permettre aux hommes de quitter le Système solaire, qui deviendrait inhabitable, afin de trouver refuge dans celui de Proxima du Centaure, l'étoile la moins éloignée. 


Une entreprise évoquée depuis des décennies dans les pages des innombrables écrits de SF évoquant le futur. Sauf que, la plupart du temps, on parle de vaisseaux géants, des arches stellaires sillonnant le cosmos sur plusieurs générations (par exemple Croisière sans escale  de Brian Aldiss), quand ce n'est pas un dispositif extraterrestre permettant de transiter presque instantanément vers des points éloignés de la galaxie (la Grande Porte de Frederik Pohl) ou une technologie permettant de dépasser la vitesse de la lumière comme les moteurs à distorsion de Star Trek ou le "saut" hyperspatial chez Isaac Asimov. Là, il ne s'agit pas de faire voyager une poignée d'individus sélectionnés pour leurs capacités ou leur potentiel, mais toute l'humanité. Des milliards d'individus. Il faudrait des centaines de milliers de vaisseaux... projet soutenu par certains, mais auquel est finalement préféré un autre, encore plus ambitieux : déplacer la Terre elle-même, en faire un vaisseau spatial gigantesque. 


Si James Blish évoquait quelque chose d'approchant, mais en plus modeste (avec des engins antigravitationnels surnommés spindizzies, l'on pourrait faire décoller des cités terrestres et les faire voyager dans l'espace - cf. la série des "Villes nomades"), si la série Cosmos 1999 avait fait de la Lune un astre errant avec les survivants de la Base Alpha comme passagers malgré eux, l'entreprise a tout de même de quoi donner le vertige. C'est sans doute pourquoi, dans un bienveillant souci de clarté, Liu Cixin entreprenait de nous faire comprendre les tenants et aboutissants du projet à travers les yeux du jeune garçon, né donc le jour où des titanesques réacteurs à plasma stoppèrent la rotation de la Terre avant de la faire progressivement sortir de son orbite, puis accélérer jusqu'à atteindre la vitesse nécessaire pour quitter l'attraction solaire avant que ne survienne le flash d'hélium destructeur. L'histoire commence d'ailleurs à l'école avec sa maîtresse expliquant les fondements du projet.

Le lecteur suit donc cet enfant grandissant dans un contexte singulier, avec une humanité se serrant les coudes et s'apprêtant à vivre les jours les plus terrifiants de son existence. Tous les efforts humains sont concentrés sur la réussite de ce projet apocalyptique, au point que les relations sociales se voient particulièrement modifiées : le futile disparaît au profit de l'essentiel, les arts, l'esthétique et les sentiments sont délaissés, le genre humain entrant en mode survie. Il découvre les nuits sans fin ponctuées de cataclysmes vertigineux, les océans qui gèlent ou s'assèchent, les vagues géantes qui submergent les continents tandis que les montagnes sont petit à petit arasées afin de fournir aux réacteurs géants le carburant essentiel à leur fonctionnement. Une terraformation à l'envers, qui contraint la population à vivre recluse, loin sous la Terre dans des cités où les sciences deviennent le point focal des préoccupations, où les récits des derniers habitants nés à l'ère solaire se parent d'un voile mythique désobligeant et où l'on tente quand même, par moments, de succomber à quelques plaisirs et célébrations.

Mais le projet lui-même, conçu pour durer plus de vingt siècles, finit forcément par trouver des réfractaires. D'abord quelques illuminés défendant d'autres théories, puis des nostalgiques avant l'ère des rebelles : et si le Soleil ne mourait pas ? On aurait fait tous ces sacrifices pour rien ? Ainsi, la sœur du narrateur choisira une autre voie, puis sa future femme tandis que son père lutte vaillamment dans les forces spatiales pour détruire ou repousser les astéroïdes qui risqueraient de percuter notre planète durant son périple aux frontières de l'infini...

Les visions dantesques proposées dans ce récit se voient ainsi magnifiées par des planches spectaculaires, certaines s'étendant sur quatre pages qu'on pourra déplier pour en profiter pleinement. On sera plus réservé sur les cases plus intimes où l'on aura bien du mal à reconnaître les protagonistes, avec des visages grossièrement définis et des dialogues souvent instructifs qui viennent prendre le pas sur l'action. Les vertigineuses perspectives d'un tel voyage dans les étoiles permettent à Raffaele de nous en mettre plein la vue, dans ce qui constitue le point fort de ce travail d'adaptation, qui permettra aux lecteurs peu endurants de se frotter à la littérature d'un grand auteur du XXIe siècle, qui signe une petite préface criant son amour du genre.


Certaines des images illustrant cet article proviennent du long-métrage chinois ayant également adapté le texte de Liu Cixin. Il serait intéressant d'aller y voir de plus près...


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • L'adaptation en BD d'un des plus grands écrivains de SF contemporains.
  • Un album imposant, une édition soignée.
  • Une narration très didactique, presque scolaire, qui permet de bien comprendre les bases scientifiques du projet.
  • Des dessins saisissants lorsqu'ils illustrent la majesté des espaces interstellaires ou l'ampleur des travaux entrepris (la quadruple page sur les "Chalumeaux de Dieu" !).


  • Des personnages dépeints grossièrement, aux visages peu définis.
  • Les scènes d'action manquent de lisibilité.