La Parenthèse de Virgul #37
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Hey les matous ! Ça ronronne dans les chaumières ? 
Aujourd'hui, on parle de Spiderman. Nope, pas le Spider-Man de Marvel, avec un trait d'union. L'autre, celui avec les grandes oreilles.
Vous ne voyez pas du tout de quoi je parle, n'est-ce pas ? Pas de souci, cette parenthèse est là pour éclairer votre lanterne. Miaw !

L'autre Spiderman 
Le nom original de ce personnage britannique est en fait The Spider. Il a été créé par Ted Cowan (scénario) et Reg Bunn (dessin) dans la revue Lion. La première apparition de ce super-vilain, devenu finalement super-héros, remonte tout de même à 1965. Ça date un peu.
C'est le plus connu Jerry Siegel (co-créateur de Superman) qui écrira par la suite l'essentiel des aventures de cet ancien criminel. On ne connaît pas grand-chose de ses origines, si ce n'est qu'il ambitionnait, au début de sa carrière, de devenir le maître absolu du crime, ce qui l'a obligé à affronter pas mal de gangs et autres organisations interlopes. 

Physiquement, notre ami Spider ressemble à un croisement improbable entre Namor et monsieur Spock. C'est pas Brad Pitt, quoi. À force de latter du voyou (parmi lesquels Mirror Man ou encore The Android Emperor), le gaillard a fini par y prendre goût et embrasse donc une carrière de justicier. Il a même fait partie, un temps, de la Society of Heroes (aux côtés de personnages aussi folkloriques que Tigro, Snowman ou Rex Robot). Cela ne leur a pas spécialement porté chance puisque tout le groupe, excepté Spider, fut décimé en affrontant les Sinister Seven.

Niveau pouvoirs, The Spider fait office de petit joueur vu qu'il n'a... rien de spécial, si ce n'est une certaine arrogance. Bon, disons qu'il est en bonne forme physique, qu'il est plutôt intelligent, qu'il maîtrise l'hypnose et qu'il utilise une sorte de gaz incapacitant auquel il est immunisé. Ça ne fait quand même pas lourd pour se lancer dans une telle carrière. Mais bon, avec un peu de bonne volonté, hein... d'autant que, comme Batman, il a à sa disposition quelques gadgets bien utiles, du genre jetpack ou pistolet à toile.

Les 34 tomes de ses aventures ont été édités en version française, de 1968 à 1972, dans une publication petit format, en noir et blanc, intitulée Spiderman. D'abord mensuelle, la revue devient un bimestriel au numéro 16. Chaque numéro contenait un épisode complet de 132 pages (attention, il s'agit d'un format particulier, avec 2 cases par page seulement). Le titre de chaque épisode figurait sur la quatrième de couverture, ce qui semble quand même ne pas être l'idée du siècle en matière de maquettage. En ce qui concerne la traduction, disons pour être gentil que ce n'était pas parfait non plus (entre les problèmes de lettrage ou de syntaxe, il y avait de quoi être un peu décontenancé). Tout cela pouvait s'acquérir pour 2 francs par numéro.
En avril dernier, une version remasterisée a été publiée en VO sous le titre The Spider's Syndicate of Crime (cf. image ci-dessus) sous le label 2000AD Graphic Novels. 144 pages pour environ 19 euros en version broché.

Eh bien, les matous, vous êtes maintenant aptes à faire la différence entre Spider-Man et Spiderman. Voilà qui vous fera une bonne anecdote pour le repas de Noël ! 
À bientôt. Miaw !





No Zombies 1/4 - Le livre de Joseph
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"Et si ce qu'il manquait à toutes les histoires de zombies, c'était simplement un vaccin ?"


Voilà la phrase d'accroche de la nouvelle collection, en quatre volumes, consacrée aux zombies des éditions Soleil. Ça pourrait sembler un peu présomptueux de prétendre apporter à un genre déjà abordé par maints auteurs un nouvel élément qui manquerait à la recette... mais c'est une hypothèse de travail qui est ici avancée par quelqu'un qui s'est déjà frotté au genre puisque le scénariste de ces quatre albums n'est autre qu' Olivier Peru (Elfes, West legends, Orcs et Gobelins, Médicis, Brocéliande, Androïdes, MjöllnirLes Maîtres inquisiteurs, Oracle, Lancelot, In Nomine) qui est déjà à la base des très sympathiques séries Zombies et Zombies néchronologies chez le même éditeur.

Nul besoin ici, donc, de s'embarrasser à raconter les origines du fléau : l'auteur l'a déjà fait à plusieurs reprises.
Ce qui va ici nous intéresser sera, au contraire, la façon dont peut renaître l'espoir sur une Terre dévastée par l'apocalypse zombie que nous vend la pop culture depuis des décennies.

En quatre albums dont chacun se concentrera sur un héros en particulier, nous allons donc assister à l'impact que pourrait avoir l'apparition d'un remède à la zombification sur un monde infecté depuis trois longues années et dont les habitants se sont peu à peu habitués à cette apocalypse.
Ironiquement, l'auteur imagine que le remède est né du sang Lakota : après avoir été quasiment éradiqués par les maladies des hommes blancs, ces Amérindiens risquent donc bien de devenir la source du salut de l'espèce humaine !

Le story-board a été confié à Benoît Dellac (Nottingham, Mages, Serpent Dieu, Nains, Orcs et Gobelins, Merlin, Sonora, Lignes de front, L'homme de l'année, Le cinquième évangile, Black Lord, Les Seigneurs de guerre, Missi Dominici) dont on ne peut que reconnaître l'efficacité et qui joue ici énormément sur de larges cases horizontales ouvrant grand un panorama offrant la possibilité de mettre en place pas mal de personnages mais forçant le dessinateur à dessiner assez petit s'il compte y caser un plan américain ou plus encore. C'est un choix. Pour cet album, ça fonctionne bien, surtout sur les scènes de foules, de hordes ou de grands espaces.

Le dessin a ensuite été laissé à Evgeniy Bornyakov (You are obsolete, Descendent) qui a déjà donné non-vie à des zombies dans le comic Dead day. Dans un style semi-réaliste désormais très répandu mais de bonne facture, il nous livre des décors très crédibles et des personnages expressifs et très identifiables. Je regrette parfois une certaine uniformisation stylistique de ce genre de BD ; ça souffre à mon sens du manque d'une patte reconnaissable... mais c'est ici très bien fait et, dès lors, néanmoins agréable à lire. L'originalité vient davantage du propos que du trait. 

Le tout est mis en couleurs par Simon Champelovier. Là aussi, c'est très classique et déjà vu mais c'est on ne peut plus correct. Rien à reprocher, des personnages jusqu'aux ambiances générales très bien rendues : ça roule !


Narration

Pour l'heure, nous suivons Joseph, Cassandra, Ruben et Toby, un quatuor de "no zombies" (comprenez anciens zombies redevenus humains) mandaté pour prêcher la bonne parole et passer d'une colonie de survivants à l'autre pour apprendre aux gens l'existence dudit remède et son fonctionnement.
Après injection, le sujet infecté se calme peu à peu. Son envie de chair humaine disparait lentement et son apparence redevient de plus en plus humaine. Au bout d'un moment dont la longueur est proportionnelle au temps que le sujet aura passé comme zombie, il commence à balbutier quelques mots puis récupère totalement ses facultés. Les zombies ne sont donc que des infectés, pas des morts. Il n'y a pas ici de résurrection... Un zombie vraiment mort ne peut être relevé et une blessure létale amènera le patient à mourir juste après sa guérison, là où son statut de zombie pouvait, par contre, lui permettre de continuer à tenir le coup.
Néanmoins, même quand l'opération réussit, les no zombies font encore des cauchemars où reviennent en flash les exactions qu'ils ont commises en tant que zombies...
Ce sont ses souvenirs cauchemardesques que suit Joseph, dans le but de retrouver son grand frère, lui aussi zombifié. Il fait toutefois croire aux autres qu'il piste, en bon traqueur indien qu'il est, les traces de survivants de différents camps... car il est peu probable qu'ils soient enthousiastes à l'idée de suivre Joseph dans cette quête personnelle alors qu'ils ont pour mission de tenter de sauver en ce monde en ruine ce qui peut encore l'être.
Les communautés de survivants réagissent toujours avec méfiance, jusqu'à ce que le petit groupe fasse démonstration de l'efficacité du processus sur un des leurs qui a été transformé et qui rôde aux alentours. Là, le soutien de la communauté se fait d'emblée plus évident... et pour cause !
Bien vite, nos quatre no zombies vont arriver à New Olympus, une ville futuriste utopique imaginée par une sorte de double fictionnel d'Elon Musk. La cité est un havre pour les survivants mais subit les incursions d'assaillants masqués redoutables. La cité tient grâce à pas mal de technologies innovantes et à une utilisation exclusive d'énergies renouvelables... l'on peut aisément y voir un message écologique assez pertinent : une apocalypse zombie n'empêchera jamais le soleil de briller ; alors autant se fier à l'énergie solaire ! 
Joseph retrouvera-t-il son frère ? Le groupe parviendra-t-il à convaincre le plus de monde possible qu'il existe une solution, que les zombies sont toujours des humains et qu'il est grand temps de cesser de les abattre ? Autant de réponses que cet album apportera bel et bien à ses lecteurs.


Univers

On en a bouffé, du zombie (amusant renversement de situation !), depuis le succès phénoménal et initialement mérité de The Walking Dead. Ouais, initialement... parce que, bon, au bout d'un moment, ça s'essouffle, ça s'asphyxie même carrément (voir notre article sur le cercle vicieux dans lequel la licence s'est enterrée) ! 
L'ambition de Kirkman avec The Walking Dead était de raconter ce qui se passe après la fin du générique d’un film de zombie. Eh bien No Zombies raconte ce qui se passe après une situation à la The Walking Dead dans un monde où les survivants ne sont pas tous occupés à s'entretuer (même si ça arrive ; la loi du plus fort, tout ça...) et où certains savants ont eu la bonne idée de se servir de leur matière grise pour autre chose que nourrir des macchabées. 

Personnellement, j'ai toujours été surpris que Kirkman n'apporte pas de remède ni même d'explication à tout ce merdier... mais bon, comment s'en étonner ? Il s'est enfermé dans quelques thèmes et a tourné en rond comme un tigre-zombie dans sa cage (eh merde, ça me fait penser à l'innommable Army of the Dead de Zack "Slomo" Snyder, un film que je ne critique plus... par peur des fatwas de ses fans les plus aveuglés).
C'est une des raisons de ma bienveillance envers la série Z Nation (outre son côté régressif) qui nous offre un univers plus barré mais axé autour de l'espoir d'un remède (lui aussi contenu dans un sang particulier).

Ici, imaginez une Amérique équivalant à l'époque de The Walking Dead où les comportements des morts et des vivants étaient encore cohérents. L'apparition modeste d'un remède porté par quelques personnes apporte au récit une coloration bienvenue. La menace zombie reste mortelle à plusieurs reprises mais la simple morsure ne contamine plus les no zombies, ni ceux ayant pris le remède de façon préventive, sauf exception.
Le parallèle avec notre situation vaccinale est inévitable ! Les premiers échanges de Joseph avec les survivants me font douloureusement penser à ceux que j'ai tenté d'avoir avec des antivax... Mais Joseph a une arme argumentative de poids : il peut prouver ses dires et l'efficacité de son vaccin en quelques heures. Le veinard !


Crédibilité

Bien que dangereux, les zombies ne sont vraiment une menace, ici, que par leur nombre ou... leur corpulence. En effet (et trop de récits de ce genre l'oublient), 140 kilos de viande morte qui vous foncent dessus, c'est forcément plus dangereux qu'un zombie nourri de son vivant au Slim Fast. Je ferais un "Z" redoutable ! Capturer un zombie pour le soigner est loin d'être infaisable avec un peu de coordination et un plan potable. Le fait de ne pas en faire un monstre total et absolu renforce une idée toute bête que The Walking Dead exploitait déjà : dans ce genre de situation, la créature fantastiques et bel et bien un danger potentiel mais l'humain bien vivant est sans doute à surveiller de plus près encore ! Or, ici, on transforme le zombie en humain gardant des souvenirs de ses actes en tant que zombie... ça a du potentiel !

Aucune des créatures mortes n'apparaît comme par magie. Il y a toujours une explication à la présence ici ou là d'un ou plusieurs zombies et ça fait du bien : on est dans une approche assez réaliste qui vaut à la BD sa présence dans la collection Anticipation. On s'éloigne du genre horrifique, ce qui est assez logique dans un monde où cette menace est malheureusement connue depuis plusieurs années ; on s'habitue à tout... et donc aussi aux zombies.
Étrangement, d'ailleurs, je pense qu'il serait très compliqué de réaliser un film d'horreur impliquant des zombies à l'heure actuelle : la créature est tellement entrée dans notre inconscient collectif qu'il faudrait jouer sur de tous nouveaux ressorts pour recréer un malaise face à elle. 

Une fois encore, on parle de cette histoire de morsure qui contamine... Pour citer Nolt (dans l'article Walking Dead : top 10 des vraies et fausses incohérences) : "Eh bien oui, si tout le monde est porteur du binz (puisqu’un individu non-mordu se transforme), il n’y a aucune raison pour qu’un coup de dents accélère le processus. A priori, c’est la mort qui entraîne l’activation de ce qui transforme le mort en zombie, pas un coup de molaires, même si elles ne sont pas très propres. Si ce genre de contact était dangereux, les survivants feraient attention par exemple à ne pas être aspergés de sang lorsqu'ils tuent des zombies. Or, ça ne semble leur poser aucun problème (au point qu'ils ne nettoient jamais leurs armes blanches !)".
J'ai toujours trouvé ça un peu nul et toujours imaginé que ça devait remonter à une hasardeuse analogie avec le vampire, autre mort-vivant dont la malédiction peut se refiler comme une MST dans un camp scout. Dommage.

À part ça, l'éventail des personnalités, des réactions et des moyens déployés pour survivre est ici assez important. C'est appréciable : dans une situation de crise, on trouve souvent des solutions assez inédites pour s'en sortir... et c'est ici évident : nombre de personnages ont tout misé sur tel ou tel atout qu'ils avaient ou ont entrepris d'acquérir pour résister au cataclysme. Cela les rend humains et intéressants ; ce ne sont pas de vulgaires PNJ suiveurs comme la majorité des hommes du Gouverneur ou de Negan, dans The Walking Dead, par exemple.

Juste pour rappel (et je mets ça ici parce que je ne sais pas où le caser), si vous aimez les éditions Soleil et les zombies, je vous conseille encore et toujours Alice Matheson pour son approche très personnelle et originale.


En conclusion, voici le tome 1 d'une quadrilogie bienvenue et qui amène un peu de renouveau à un thème pourtant pas mal usé, tant il est usité. Ce sera avec plaisir que nous jetterons un œil curieux aux histoires de Cassandra, Lila et Ruben, dans les mois et années à venir.
Aux zombiphiles en manque d'un regard neuf ou ayant déjà apprécié le travail de Peru sur ce thème, n'hésitez pas : c'est un bon cru.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Encore une histoire de zombies par un scénariste que cette thématique semble obséder mais avec un nouvel éclairage : l'espoir ! Et ça, c'est plus rare.
  • Des personnages et des situations crédibles.
  • Une approche des "no zombies" intéressante, presque évangélique...
  • Un dessin agréable bien mis en couleurs.
  • On peut en avoir marre de ces zombie ricains dégommés à l'arme à feu et de ces guerres mesquines entre humains trop bêtes pour s'entraider... l'album ne verse pas complètement là-dedans mais il respecte quand même pas mal ces codes.
Les Artilleuses 3/3 - Le Secret de l'Elfe
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Troisième et dernier tome des Artilleuses. La promesse est-elle tenue ?


Nous avons déjà longuement parlé des deux premiers tomes de cette série et vous savez donc tout le bien que l'on en pense (si vous n'aviez pas lu le premier article, cliquez sur les petits mots en bleu, hein... je ne vais pas vous tenir par la main, quand même !). Si vous en voulez un résumé, ça se déroule dans une France, imaginée par le romancier Pierre Pevel, qui n'est pas la nôtre mais presque... une France qui aurait été mise en contact avec l'Outremonde, le pays des Elfes. Les populations des deux mondes se sont mélangées dans le Paris des Merveilles et l'histoire se passe en 1911, dans une ambiance Belle Époque des plus agréables.
Le récit met en scène trois voleuses qui ne font dans la dentelle que pour leurs tenues : Lady Remington, Miss Winchester et Mam'zelle Gatling, auxquelles la plume d'Etienne Willem offre des traits aguicheurs et énergiques.

Et voilà : c'est la conclusion de ce triptyque. Mais autant vous le dire d'emblée, si l'arc est bel et bien fini, la porte à une suite est entrouverte. Non, plutôt ouverte. Grande ouverte. Enfin, disons-le tout net : la fin appelle une suite à cor et à cri. Mais le cycle est bel et bien fini et autosuffisant. La fin est bien pensée, quoi, en somme ! Je me suis laissé dire qu'il y aurait un triptyque de triptyques... comprenne qui saura.

On a une fois de plus une couverture qui agrippe le regard dans son style Belle Époque avec dorures, art floral, dessins représentatifs de certaines scènes-clés et portraits des Artilleuses, un dessin soigné, un univers atypique intéressant... ne revenons pas sur ce qui faisait le contenu de la chronique précédente !


Mais restons-en à ce tome 3. 
Nous avions quitté nos trois amies coincées entre trois feux alors qu'Audrey Remington avait été faite prisonnière par le Département IIIB des services secrets du Kaiser. 

La belle blonde ayant refusé de divulguer le moindre renseignement, ils comptent bien se débarrasser d'elle en la lynchant sans autre forme de procès. Mais, bien entendu, c'est sans compter sur Miss Winchester et son efficacité redoutable au tir ni Mam'zelle Gatling et... euh... son audace confinant à la folie ? Enfin bref, les deux filles parviennent à faire s'évader leur comparse et l'on est bien heureux pour elles... même si l'on ne peut s'empêcher de se demander comment Louison Gatling a bien pu planquer un sidecar sous le gibet destiné à sa copine au beau milieu du camp ennemi... Ouais, je sais, c'est hautement improbable. Mais vous savez quoi ? On s'en fout.
Oui, je vais bien. Oui, moi, le gars hostile à la moindre incohérence narrative, je m'en contrebats les steaks à mach 3. Pourquoi ? Parce que ce passage est comme tout le reste des trois tomes : c'est enlevé comme une intro de James Bond ou n'importe quel action movie décomplexé poussant le délire au maximum. On sait que ça ne tient pas la route mais le genre veut ça ; ça fait partie de l'effet de surprise qu'il nous promet et ça exige de la part du lecteur une suspension consentie d'incrédulité que j'accorde volontiers aux Artilleuses tant elles remplissent leur part de ce contrat bilatéral qui nous lie à elles. On veut du fun, elles nous en offrent. En échange, on accepte qu'un sidecar chargé de trois minettes puisse dévaler un échafaudage ou qu'un duel à l'épée soit possible sur le toit d'un wagon tiré à pleine vitesse par une locomotive en furie... 
Une fois ce contrat de confiance établi entre la BD et nous, Les Artilleuses se révèle être une série à l'ancienne que l'on a d'autant plus de plaisir à suivre que les personnages sont de plus en plus sympathiques et attachants ! J'ai, d'ailleurs, une mention spéciale à décerner à Louison qui gagne encore en assurance, en spontanéité et dont une ou deux blagues sonnent presque comme des punchlines d'actioner.

Comme on en a désormais l'habitude avec ce titre, l'album va dérouler les scènes d'action, l'intrigue va avancer et la plupart des interrogations vont trouver réponse (certaines étant vraiment bien vues et originales). On aura des retournements de veste avec des ennemis devenant des alliés temporaires et l'introduction de deux nouveaux personnages que je considère terriblement prometteurs pour une suite potentielle. 
Pour parler de cela, la collaboration entre Pierre Pevel et Drakoo est bel et bien reconduite mais pas immédiatement sous la forme d'une suite aux Artilleuses ; ils envisagent plutôt, avec le même dessinateur, d'adapter dès 2022 la saga Le Paris des Merveilles... à voir.

En l'état, le triptyque du spin-off qui vient de se conclure n'est à recommander à un jeune lectorat que s'il est déjà un peu habitué aux récits d'intrigues, selon moi... Cette histoire de complot politique contre la reine Méliane d'Ambremer organisé par une société secrète est certes fun à tout âge grâce aux trois nanas explosives qui servent d'héroïnes aux albums mais ne devient compréhensible de A à Z que lorsque l'on a une certaine maturité de lecture. Ou alors, vous comptez sur cette série pour que l'enfant développe précisément sa capacité de concentration lors de ses lectures. Bon plan aussi ! Sachez juste que ce n'est pas seulement une série de cascades et de fusillades : l'intrigue politique a bel et bien son intérêt !

Tant que j'y suis, je vais me permettre un tout petit reproche, tiens ; en parlant de ces scènes d'action : le dessin y est efficace, les angles de vue sont bien choisis, mais... les cases traditionnellement rectangulaires me semblent bien trop sages, à notre époque, pour une scène comme celle ci-dessous, où Miss Winchester dégomme à tour de bras des drones assassins dans une tenue inédite et qui, avouons-le, doit donner des idées à plus d'une cosplayeuse ! Je suis persuadé que Willem est parfaitement capable d'augmenter l'impact et le dynamisme de cette scène dans des cases plus grandes et asymétriques. Pourquoi ne pas jouer, même, sur certaines planches, avec l'esthétique Belle Époque dans la mise en page ? Je ne demande pas à ce que toutes les bandes dessinées aient le look de Dans la tête de Sherlock Holmes mais l'univers du Paris des Merveilles se prêterait quand même particulièrement bien à un peu plus d'originalité que ces strips sagement alignés. 


Mais bref... qu'il me soit permis, puisque je ne compte pas dévoiler plus avant l'histoire de ce tome, d'user de la fin de cet article pour parler d'un sujet annexe qui m'a fait grincer des dents.

Pour marquer le coup et célébrer la fin du triptyque des Artilleuses, Drakoo sort un coffret regroupant les trois tomes et un "jeu de rôle" exclusif écrit par Pierre Pevel et réalisé par les soins de Casus Belli Magazine, à la manière d'un Livre dont vous êtes le héros (en gros, le lecteur fait des choix tout au long de sa lecture et cela aura des conséquences sur les péripéties à venir). J'ai les trois tomes à la maison et suis relativement amateur de jeu de rôles. Cette idée me semble donc d'autant plus sympathique que le coffret est vraiment joli. Bonne idée, du coup, non ? Ça devrait être bien accueilli. Eh bien non. À peine l'annonce parue sur les réseaux sociaux de Drakoo que nombre d'abonnés vinrent se plaindre du fait que, possédant déjà les deux premiers, voire les trois tomes, ils étaient déçus qu'un coffret sorte après leurs achats. Je comprends bien qu'il serait plus sympathique de récompenser la fidélité en venant chez chaque possesseur des trois albums pour lui donner en mains propres ledit coffret, le livret de jeu de rôle et un bisou sur le font... mais le monde de l'édition est soumis à quelques impératifs qui me semblaient n'échapper à personne. 
Diplomate, le responsable de collection Christophe Arleston (qu'il me soit permis de le citer) leur a répondu ceci :
"Bonsoir à tous...
Oui, je comprends bien votre déception de voir sortir un beau coffret alors que vous avez acheté des albums séparés, et moi aussi ça m'énerve que les premiers lecteurs, les plus fidèles, ne soient finalement pas récompensés.
Mais quelle solution trouver ?
Pendant un temps, Soleil sortait des coffrets avec juste le T3 et une cale, qui permettait d'y mettre les deux premiers tomes achetés avant. Mais en logistique c'était une usine à gaz qui coûtait très cher à tout le monde, et les libraires faisaient presque unanimement part de leur mécontentement. En plus il était difficile de viser juste pour savoir combien de lecteurs ça allait intéresser...
Résultat, lorsque Delcourt a racheté Soleil, il a carrément arrêté tous les coffrets : trop compliqué à gérer...
À l'arrivée, tout le monde est puni, du coup !
Après il y a aussi la solution de vendre un coffret vide, à commander à la maison d'édition. Mais là il faut l'emballer correctement pour qu'il n'arrive pas abimé, et au bout du compte, entre le coût du coffret, la manutention et l'envoi, sans même que l'éditeur prenne une marge, qui serait prêt à payer 20 ou 25 €, plus cher qu'un album, pour une boîte en carton vide ?
Je cherche moi aussi quelle serait la solution qui pourrait marcher...
Et si vous avez des idées ou des suggestions, très sérieusement, je suis preneur !"

Eh bien j'ai une solution toute bête issue de ma vie de bédévore de 45 balais : sortez-vous les doigts du cul, les bédéphiles ! La vie ne vous offrira pas toujours nécessairement tout ce que vous désirez sur un plateau ! Arrêtez de faire les pleureuses. Contentez-vous de ce que vous avez ou démenez-vous pour obtenir ce que vous voulez par vous-mêmes.
On approche de Noël, bande de nouilles : offrir vos deux premiers tomes à Noël à un proche et vous offrir le coffret, ce n'est quand même pas compliqué, si ? Vous n'y aviez pas pensé ? La BD est pourtant une passion, non ? Une passion, ça se partage ! Je prenais les bédéphiles pour des passionnés mais ce sont juste des collectionneurs, alors ? Des entasseurs à la con ? Vous les lisez, vos bandes dessinées ou vous ne faites que les ranger pour faire joli ?
J'en vois même "menacer" Drakoo de ne plus acheter de BD de cette maison d'édition rien qu'à cause de ça. Eh bien bravo, les gogols ! À une époque où on n'a de cesse de faire des cadeaux en diverses occasions, à une époque où le marché de l'occasion est plus développé que jamais, vous ne trouvez que ça comme solution : bouder ? C'est pathétique ! Mais je sais, je sais : les gens préfèrent critiquer au lieu de réfléchir dix secondes. Parce que cette génération ne supporte plus la frustration : "Il me faut tout, tout de suite, je le veux !"
Désolé mais, aimant la BD, pour ma part, je me débrouille pour trouver les versions qui me plaisent, j'offre ou je garde les autres, je me débrouille dans mon coin et ne m'amuse certainement pas à embêter les créateurs avec mes petits soucis... Nous avons, avec Drakoo, une collection qui fait quand même un quasi sans-faute jusque-là dans la qualité de ce qu'elle sort. Il serait regrettable de les dégoûter pour de bêtes petits soucis égocentrés et nombrilistes de collectionneurs compulsifs.
Le monde de l'édition a ses impératifs financiers et logistiques qui ne dépendent pas que de la bonne volonté des créateurs. Si vous avez la flemme de vous renseigner à ce propos, ne vous manifestez pas à ce sujet : quand on ne sait pas, on ferme sa gueule !

Oups... je... j'ai été un peu sec, non ? 
Désolé mais ça me gave. Je vis un peu ça quand je mets en place des pièces de théâtre avec des ados : on répète une année entière avec des gosses qui sacrifient leurs temps libre pour offrir au public un spectacle de qualité, et certains gros débiles inaptes à faire le centième de ce que font ces gamins ne retiennent que le pauvre trou de mémoire de trois secondes d'une gamine de 14 ans qui avait 180 répliques à se farcir !
Trop souvent, ceux qui critiquent le plus sont ceux qui en font le moins !
Alors qu'ils en fassent encore moins et cessent aussi de critiquer pour retourner complétement à leur état larvaire. Ça fera des vacances à tout le monde !

Oh... et à part ça, euh, oui.
Oui, le tome 3 des Artilleuses tient bel et bien ses promesses, oui.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • C'est toujours fun, joli, intéressant et énergique.
  • Les personnages sont toujours plus attachants.
  • L'intrigue ne souffre d'aucune lenteur et est assez riche pour offrir des surprises, en plus de nombreuses scènes d'action.
  • Il y a un joli coffret qui sort !
    Et c'est bien, c'est très bien, c'est très-très bien !
    Na !
  • La mise en page est très sage, vraiment très scolaire. Il y aurait moyen de la dynamiser ou d'en améliorer l'esthétique à de nombreuses occasions.
Infidel
Par

Un comic qui nous pousse à toujours "traquer la lumière dans les pièces sombres".


Contrairement à une idée reçue trop bien implantée, le fantastique n'a pas pour vocation première de faire peur. La peur se doit de n'être qu'un bonus potentiel, un dégât collatéral. La peur engendrée par une fiction est éphémère en ce qu'elle s'efface dès que l'on revient à la réalité et que notre rationalité reprend le dessus. Elle n'est donc pas suffisamment pérenne pour expliquer le succès du genre fantastique dans le temps et son intérêt en tant que genre propice à bousculer les consciences.

En réalité, le fantastique a pour objectif de créer un trouble, un malaise qui seront, pour leur part, moteurs de questionnements susceptibles de survivre en nous bien des années encore après que l'on ait refermé le livre ou quitté la salle de cinéma. Et c'est d'autant plus vrai si le fantastique en question exploite des craintes et des doutes préexistant dans le monde réel : comment, alors, se débarrasser de ce qu'a fait germer en nous l'œuvre de fiction si l'on en retrouve des traces dans la vraie vie ?

Sans doute conscients de cette particularité du genre, Pornsak Pichetshote (à l'écriture), Aaron Campbell (au dessin) et José Villarrubia (en tant qu'éditeur et coloriste) nous livrent le comic Infidel qui plonge ses racines dans les questionnements les plus répandus de notre époque : l'identité ethnique, culturelle et religieuse. 

Chez nous, cette œuvre paraît en arborant le pavillon de Urban Comics, collection Indies. Voilà encore une brique de plus à ajouter au barrage que la maison d'édition oppose aux flots de commentateurs les accusant de ne miser que sur Batman. Il serait grand temps que ces esprits chagrins changent de disque sur le gramophone de leur mauvaise foi : il ne faut pas avoir fait des études de marketing poussées pour comprendre l'utilité d'une locomotive éditoriale comme le Caped Crusader... Ce que l'on engrange comme bénéfices avec ces valeurs sûres permet d'investir dans des wagons moins mainstream. Tout simplement. Et Urban ne s'en prive pas, comme en témoignent nombre de nos dernières chroniques (Basketful of headsLe dernier des dieuxCemetery BeachWynd...).


Infidel s'ouvre sur le personnage d'Aïsha qui est en proie à des cauchemars mettant en scène des êtres cadavériques venant la tourmenter. 
Cela lui arrivait déjà auparavant mais le phénomène semble gagner en intensité depuis le déménagement. Aïsha vient en effet d'emménager dans un immeuble récemment remis à neuf après un incident dramatique ayant causé la mort d'une demi-douzaine de locataires.
Elle y vit avec son compagnon Tom, sa fille Kris qu'il a eue d'une précédente union, et la mère de Tom, Leslie.
Peu à peu, les éléments fantastiques se feront de plus en plus présents en dehors des rêves d'Aïsha et de plus en plus visibles même pour d'autres personnes, selon le schéma classique du fantastique s'immisçant lentement dans le réel à coup d'indices, jusqu'à se manifester de façon plus frontale et brutale.

Oui, c'est bien une énième variation sur le thème maintes fois rebattu de la maison hantée. Mais là où le récit se démarque de ses homologues, c'est parce qu'il joue précisément sur la carte identitaire mentionnée un rien plus haut.
Aïsha est musulmane et c'est tout naturellement que l'on hésite dès le départ entre une histoire de hantise classique ou un cas de possession par des djinns. Les apparitions, en plus, lui servent sans cesse des insultes misogynes et racistes. Sont-ce des démons issus de la religion de l'héroïne ou les fantômes des victimes de l'incident qui a eu lieu dans l'immeuble ? Parce que cet incident avait tout d'un attentat, à dire vrai... et il semble même avoir été perpétré par un islamiste. Les âmes des victimes verraient-elles comme une provocation qu'une musulmane s'installe chez eux après une telle tragédie ?

Comme vous le constatez, on joue déjà sur un double doute : cela existe-t-il ou non (Aïcha va jusqu'à penser qu'elle a des hallucinations dues à son traitement médical contre l'anxiété et l'insomnie) et si ça existe... qu'est-ce donc ?
Mais la force de ce récit ne vient même pas de là. Elle ne vient pas, pour tout dire des menaces surnaturelles. Elle vient plutôt des réactions des personnages les uns envers les autres ou face au fantastique. Le coup de maître, à mon sens, est d'avoir créé une figure centrale pour ce récit qui soit la plus fédératrice possible malgré les tensions actuelles concernant les appartenances religieuses et ethniques.
Aïcha est très habilement écrite. Elle satisfera les croyants car elle croit et elle pratique assidument, elle porte même le hijab. Mais elle saura se rendre sympathique auprès des non-croyants dont elle dit comprendre les réticences envers la religion puisqu'il lui arrive elle-même de douter et parce que, ce fameux hijab, elle ne le porte pas constamment et on la voit aussi bien avec que sans, entourée ou non d'autres personnes, à l'intérieur comme à l'extérieur...
Aïcha avoue même pouvoir admettre le rejet ou la paranoïa de certains de ses contemporains à son égard, au vu de ce qui s'est produit dans son immeuble... Aïcha est une jeune femme attachante qui essaie de trouver sa place dans un monde lui offrant trop de choix. 

Les vrais problèmes relationnels ne viendront pas d'elle mais de son entourage. 
Tom est trop protecteur envers elle et va jusqu'à soupçonner sa propre mère d'islamophobie sous prétexte qu'elle commet quelques maladresses envers Aïcha... Mais Aïcha comprend parfaitement que sa présence puisse être un peu déstabilisante pour Leslie.
Leslie a mis un certain temps à s'adapter à Aïcha et semble même avoir craint qu'elle tente de convertir sa petite fille à une religion dont elle a douloureusement appris à se méfier... Mais Aïcha comprend cela et leur laisse le temps de s'apprivoiser. Ce qui semble être fait au moment du récit, ce qui rend plus injustes encore les accusations de Tom.
Kris est une jeune enfant qui s'est vite entichée d'Aïcha et qui partage avec elle des moments de complicité que redoutait Aïcha... mais celle-ci se considère désormais heureuse d'avoir cette enfant dans sa vie.
Medina, la meilleure amie d'Aïcha, est du genre à voir en chaque blanc un raciste potentiel et un islamophobe probable... mais Aïcha n'a de cesse de la pondérer et de pousser son amie vers davantage d'empathie. 

La galerie des personnages tiers va encore s'enrichir dans la seconde partie du récit car, durant plusieurs dizaines de pages, Aïcha disparaîtra de l'action, même si elle restera le centre de la narration. Elle sera momentanément remplacée par une série de protagonistes ayant eux aussi une vision personnelle des événements et de la société...  Et comme Aïcha est désormais absente des planches, cela permet aux auteurs de faire dire sans fard à tous les autres personnages ce qu'ils pensent sincèrement d'elle.
Le défilé commence : entre les tartuffes, les maladroits sincères, les racistes avoués, les parangons de vertu ostentatoire, les paranoïaques, les adeptes de la position victimaire, les vrais gentils... les personnages incarnent autant de postures possibles, feintes ou authentiques. Certains reverront leur jugement, d'autres non... Aucun avis ne semble forcément gravé dans le marbre ; ni ceux des personnages, ni les nôtres. On est aidés en cela par le scénario qui dément souvent nombre de clichés auxquels on aurait pu s'attendre et ce, la plupart du temps, en laissant juste les personnages réagir de la façon la plus logique qui soit en fonction de qui ils sont... c'est la vie, en somme. Les personnages sont désarmants de réalisme tant ils sont chaotiques et dessinent, au bout du compte, un portrait-robot sans complaisance ni cruauté excessive de notre société.
Et la force du comic va précisément être de ne juger aucun d'entre eux, juste de les exposer, de nous tendre ce miroir. C'est intelligent et sage à la fois. Car après tout, nous avons tous nos raisons, nous avons tous nos démons...

Ce qui ouvre la porte à une troisième interprétation : les phénomènes fantastiques pourraient-ils n'être que la matérialisation de toute la haine qui a pu imprégner les murs de cet immeuble ? Ces fameux murs en béton qui résistèrent à une explosion qui emporta tout le reste...
Parce que, entre la haine du type qui y entreposait des explosifs en planifiant quelque sombre dessein et celle qui résulta de l'explosion dans le cœur des locataires, nul doute qu'il y aurait de quoi alimenter quelques poltergeists !

La plupart du temps, la réaction première des personnages face au fantastique est de se recroqueviller sur eux-mêmes en criant "Non !", comme si chaque individu faisait tout ce qu'il pouvait pour refuser d'admettre l'existence de ses propres démons... mais tôt ou tard, ils y font face. Et rares sont ceux qui leur tiennent tête. Pichetshote veut-il nous mettre en garde contre l'irrépressible manifestation de nos haines ? Veut-il nous faire prendre conscience que nous avons tous en nous ce mal primordial et qu'admettre son existence et le regarder en face est peut-être la seule façon de le dominer ?

Il y a une case qui semble aller en ce sens, vers la fin où (sans rien divulguer) un des personnages se tient face à une des créatures et la nomme... le temps semble alors suspendu comme dans une reconnaissance mutuelle... le démon comme momentanément dompté. 

Selon moi, la xénophobie n'est qu'une peur de l'inconnu portée à son paroxysme. La peur de l'inconnu est un mécanisme de défense naturel indispensable à notre survie. Il nous faudrait alors en avoir conscience et admettre que, par défaut, nous sommes tous instinctivement racistes. Mais nous pouvons combattre cela dans un dialogue intérieur avec la bête qui nous hante. Nous pouvons maîtriser cette peur, la rationnaliser, l'apprivoiser... et apprendre de fait à vivre avec l'autre et ses différences, en espérant que jamais un stimulus extérieur ne réveille en nous l'animal primordial (ce qui arrive à certains personnages du comic dès qu'apparaissent des raisons de douter de la dangerosité d'Aïcha).

Si tel est le message du comic ; si, pour Pichetshote, le racisme est une part de notre animalité qui ne peut être évitée que par un travail sur soi relevant de notre besoin civilisationnel de faire société... Alors, permettez que je confesse qu'il me semble avoir raison et qu'un tel propos, dans un support en apparence aussi futile qu'un comic, est d'une profondeur et d'une pertinence d'autant plus méritante qu'elle n'est en rien ostentatoire !

Vous l'aurez compris, cet album est bien parti pour être une de vos futures références en matière de comic horrifique. D'autant plus que, si le scénario de Pornsak Pichetshote vaut la peine d'être lu, il nous offre quand même un duo de choix au niveau des visuels avec rien moins que Aaron Campbell (Vampire La Mascarade, James Bond, Harley Quinn, The Shadow) au dessin et José Villarrubia (Sweet Tooth, Killers, Harley Quinn et les sirènes de Gotham, Shadowman, Wolverine...) à la mise en couleurs.

Campbell a clairement poussé tous les curseurs à fond dans ce bouquin ! Il offre à l'histoire une identité visuelle résultant d'un mélange bien dosé de réalisme minimaliste et d'horreur vraiment troublante. Son travail fait penser à celui d'artistes comme Michael Gaydos (Alias) en ce qu'il parvient à esquisser des personnages très expressifs et reconnaissables grâce à un dessin pourtant relativement économe en traits. Sa façon de représenter les créatures maléfiques, elle, semble bénéficier d'un traitement artistique totalement différent, ce qui est bien vu. 

Si l'on y ajoute les couleurs maladives de Jose Villarubia, les apparitions rappellent étrangement le Arkham Asylum de Dave McKean ou le Hellspawn de Ben Templesmith. Pour la mise en couleurs, Villarubia use d'une palette granuleuse avec des touches de couleurs vives dans les scènes intimes mais nous offre un déluge de saturation chromatique dans les séquences hallucinatoires... beau et choquant à la fois. Il y a même un peu de Lovecraft, dans ce fantastique entre folie et manifestations surnaturelles

Au niveau de la mise en page, c'est parfois d'une intelligence redoutable : ces salauds savent où se porte notre premier regard lorsque nous tournons une page et n'hésitent pas à y balancer la créature la plus ignoble qui soit se jetant vers le lecteur... 
C'est malin, on se trouve projeté dans la peau du protagoniste qui a cette chose face à lui. C'est sans doute un des ingrédients permettant à de nombreux critiques d'avancer que cette BD fait peur.
N'exagérons rien... Si vous êtes âgé de plus de 12 ans et un rien accoutumé au fantastique, ça devrait aller... Mais elle vous dérangera et vous questionnera à coup sûr. Si tel n'est pas le cas, relisez-la car vous êtes passé à côté de son propos !

Urban, une fois de plus, a soigné cette édition : outre le traditionnel fourreau noir classieux, Infidel se voit gratifié de deux postfaces signées José Villarrubia et Jeff Lemire, d'une galerie de couvertures et de couvertures alternatives, d'une galerie de travaux de la classe d'art de fantasy de l'Institut d'Art du Maryland sur le thème d'Infidel (qu'est-ce que j'aurais adoré ce genre d'études, moi !) et d'un carnet de dessins de Campbell !

Pour les plus cinéphiles d'entre vous, sachez qu'on devrait retrouver assez vite Infidel au cinéma.
Avant même la conclusion du comic en format papier, Tristar en avait déjà acquis les droits. Hany Abu-Assad, réalisateur néerlando-palestino-israélien (le type doit être l'homme le plus équilibré du Monde pour ne pas encore être devenu schizophrène avec un tel pedigree !) aurait hérité de la direction de cette adaptation future. Déjà honoré de deux nominations aux Oscars pour ses films Paradise now (2005) et Omar (2013), il a plus récemment réalisé The mountain between us avec Idris Elba et Kate Winslet. Juliet Snowden et son mari Stiles White (tous deux scénaristes de Ouija) sont pressentis au scénario de cette adaptation à venir... espérons qu'elle aura autant de fond et autant d'interprétations possibles que le matériau original. Mais Hollywood sait-elle encore faire cela ?



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Le scénario est riche en interprétations possibles.
  • Les personnages centraux sont bien construits.
  • Les thématiques contemporaines renforcent l'impact du fantastique.
  • L'aspect visuel est très travaillé et adapté au récit.
  • À ne pas mettre entre toutes les mains. Votre nièce de cinq ans ne devrait pas apprécier la découverte !
  • Certains seconds rôles sont un rien trop survolés.
  • L'apothéose du fantastique, un peu trop violente et trop peu subtile.
Noir Burlesque 1/2
Par

Attention, cet album sent tellement les années 50 qu'il est très hautement déconseillé
aux féministes 2.0 et aux hommes déconstruits... 


Désolé, mais il me fallait commencer par cet avertissement-gâchette (je sais que ça ne veut rien dire mais il m'est impossible d'utiliser l'anglicisme consacré) : Marini nous sert ici 93 planches de récit noir à l'ancienne totalement incompatibles avec la mouvance woke qui germe dans les cerveaux de certains de nos contemporains. Laissez un seul d'entre eux en présence de cet objet et je vous garantis un flot d'anathèmes et d'appel à la censure (une fois de plus, ils préfèreraient sans doute un anglicisme suggérant une "annulation" auquel je refuse de céder).
Vous auriez droit à un festival : "misogynie", "objectification du corps de la femme", "virilité toxique", "tabagisme actif et passif", "ethnocentrisme", "valorisation du mâle blanc cisgenre"... en plus, le héros est blond alors je n'ose imaginer à quel peuple de "bons à rien" autrefois belliqueux ils l'assimileraient...
J'oublie sans doute d'autres accusations potentielles que pourraient porter ces petits tyrans de la rectitude morale mais le bref jeu de rôles consistant à me glisser dans la peau d'un des leurs n'a déjà que trop duré : j'y suis bien trop à l'étroit... il n'y a guère de place pour l'imagination et la réflexion dans un esprit étriqué ; je préfère nettement redevenir moi-même.
Oui, messieurs-dames (et autres ?) les ambassadeurs de la bien-pensance, cet ouvrage se présente dès sa couverture comme une approche en BD du roman noir et, par là, aligne tous les codes les plus courants du genre : on y suit un mec viril et sûr de lui et non un homme-soja déconstruit uniquement nourri au smoothie à l'avocat, ça clope à n'en plus finir et ça ne songe à aucun moment à passer à la vapoteuse, ça s'enfile du whisky et des femmes comme vous votre jus de papaye maison et vos plaintes contre de prétendues oppressions, les femmes y sont fatales et d'une rousseur incendiaire et non orgasmosceptiques et d'un bleuté douteux, ça se bagarre à coup de mornifles dans le tarin et non par le biais d'appels à l'ostracisation sur les réseaux sociaux, et ça grouille de blancs hétéros parce que les quartiers interlopes des USA dans les années cinquante ne ressemblaient pas à la fête de la musique dans les jardins de l'Elysée sous l'ère de Macron 1er...

Pourquoi commencer par ça ? Pour préserver la sensibilité de ce type de personnes, bien entendu...
Non, je rigole ! Pour qu'aucun d'entre eux n'envisage de lire ce livre, surtout ! Ce qui permettra peut-être à Noir Burlesque de ne pas subir les attaques injustifiées et les appels à la censure de ce type de lecteurs. Croisons les doigts et les orteils.


Avec cette BD publiée chez Dargaud, Enrico Marini (Le Scorpion, Rapaces, Les Aigles de Rome, Gipsy...) s'offre un plaisir coupable en plongeant dans une époque et un genre propices à tous les thèmes préférés de sa plume coquine : hommes charismatiques au menton carré et aux larges épaules avec moustache d'esthète à l'italienne en option et costumes impeccables obligatoires, femmes aux courbes affriolantes et aux décolletés plongeants, frime, bagarres et sensualité.

En terrain hospitalier envers son art, l'auteur nous dévoile ici une intrigue se déroulant dans les années 50. Tout commence très classiquement par un présent de narration où, dans une chambre d’hôtel, le gros dur du nom de Slick est assis dans un fauteuil, un revolver à la main, attendant l’arrivée de la très appétissante et bien nommée Caprice, la femme qui l’a trahi. Après un bref échange de sensualités quasi animales, une arme à feu est en jeu de chaque côté et un coup de feu retentit. Bien entendu, nous ne saurons que dans le tome 2 qui a tiré et si quelqu'un a été touché... Introduction on ne peut plus classique qui se clôt sur un mystère avant l'ouverture d'un flashback qui devrait sans doute occuper la quasi intégralité des deux tomes et expliquer, j'imagine, comment nos deux sulfureux protagonistes ont bien pu en arriver là.
Quelques mois plus tôt, donc, Slick foire un casse de bijouterie, non sans toutefois garder la classe et séduire la vendeuse (ah ben ça, tant qu'à enfiler les clichés, autant y aller franco). Le souci c'est que Slick doit de l’argent à son commanditaire, un certain Rex (Couché ! Gentil...), un boss de la mafia irlandaise forcément entouré de gorilles très agressifs et peu finauds, forcément charismatique, forcément propriétaire d'un night club où de belles plantes s'effeuillent entre deux morceaux de jazz et forcément fiancé à Caprice, danseuse burlesque dans ladite boîte de nuit dont le numéro finit forcément en nu intégral et, forcément, ex-fiancée déçue du beau Slick... Forcément ! 
Et c'est à ce moment-là que vous voyez arriver le reproche potentiel que l'on pourrait faire à la BD, non ? C'est en effet cousu de fil blanc sur fond noir : Marini semble se limiter à faire ronronner le moteur des grands classiques des films noirs des fifties et n'y apporte rigoureusement rien scénaristiquement parlant. Il en pousse même certains clichés jusqu'à leur paroxysme.
Vous ne me croyez pas ? Bon. Le héros doit être un tombeur, on est d'accord ? Je vous ai dit qu'il braquait une bijouterie et séduisait la vendeuse, n'est-ce pas ? C'est bien ce qu'illustrent les deux cases ci-dessus. Eh bien voici ci-dessous la scène de la fuite de notre héros par la porte de derrière, lorsque les flics arrivent...


Voilà, voilà, voilà... on ne va pas s'attarder sur le fait qu'il avait bien commencé avec son masque dans le magasin mais que décidément ce roulage de pelle n'est "pas très covid", on ne va même pas s'attarder sur la galoche en elle-même qui doit intervenir environ quatorze secondes après leur rencontre, ce qui sous-entend quand même que le monsieur a un charme apte à faire bouillir un congélateur industriel...
Mais... on ne s'attarderait pas sur la dernière case, dites ? Bon... déjà par plaisir, évidemment, parce que Marini sait indéniablement dessiner les avantages de ces dames et que celle-ci soutient bien les arguments qu'elle avance. Mais, sérieusement : tu m'aides à m'enfuir, je te roule un patin en te forçant à moitié (quand on voit comme il l'empoigne...) puis je t'en remercie en glissant un collier de perles sans doute hors de prix dans ton décolleté pour acheter ton silence et tes services ? Ouah ! Bonhomme, toi, tu sélectionnes ton public ! Non parce que bon... je ne suis pas du tout membre du convent de sorcières auxquelles je conseillais de ne pas lire cet album en début de chronique mais même moi, là, je te trouve un peu trop macho-beauf pour me sembler sympathique !

Et ça ne va pas s'arrêter là, hein. Quand Slick a un reproche à formuler, il pète un nez ; quand on le menace d'un flingue, il ironise ; quand on le passe à tabac, il en redemande ; quand il retrouve une ex, il saute dessus ; quand il a couché avec une femme, il lui dit des saloperies au point de la dégoûter et de la faire déguerpir... Okay, c'est un gros dur très charismatique dont le principal trait de caractère est sa propension à mener sa vie une minute après l'autre. Normal, c'est un héros de polar. Mais là, Monsieur semble quand même être davantage contrôlé par son organe reproducteur que par sa matière cérébrale ! Moi, je l'aurais baptisé Pat Bita, comprenne qui pourra.

Puis cette femme, cette vendeuse (qu'on ne reverra jamais, hein, c'est juste un sexual relief basique)... mais regardez-moi, ci-contre, dans quel état elle se met : à moitié choquée, à moitié en pamoison, la main sur les seins pour bien cacher sa commission à la police. Le cliché de la femme vénale tout juste bonne à accepter les faveurs qu'on lui offre, quoi ! "Mais meuf, respecte-toi !", comme le dirait une de mes élèves.
Tout est de cet acabit. Loin de moi l'envie de le dénoncer, hein : je m'en amuse ! Mais le fait est que cette évocation des clichés des années 1950 arrive septante ans plus tard et que j'aurais imaginé un certain adoucissement de ces scènes. Parce que là, elles prêtent à sourire... ou à s'offusquer et faire un pipi nerveux si on est un jeune défenseur de maintes causes fleurant bon la moraline. 
Moi, j'aime bien ; ça change et ça me divertit. Tout ça rend la BD sympathique et lui confère une sorte de charme suranné étrangement déplacé.

Mais c'était bon à signaler : le scénario est assez confondant de banalité (même s'il est agréable pour qui aime le genre) et les personnages et les situations font tellement "d'époque" qu'on croirait presque à une parodie, par moments.


Venons-en maintenant à ce qui a toujours été ma motivation première lorsqu'il s'agissait de m'offrir un Marini : le dessin ! On connait la passion du bonhomme pour le rouge, ceux qui ont lu Rapaces (voir encadré en fin d'article) verront de quoi je parle, le cuir rouge semblant y être l'uniforme des vampires sexy. Ici, il l'utilise assez habilement comme couleur complémentaire dans une histoire en niveaux de gris. L'usage du rouge est évidemment le plus souvent porteur de sens, illustrant le sang lors des scènes de violence ou la sensualité de certains personnages féminins.

Comme toujours, le dessin est soigné. Les personnages centraux exsudent la tension sexuelle par tous les pores, les personnages secondaires sont moins séduisants mais très typés et portent quasiment leur fonction sur leur visage.

On reconnaît très bien la patte de Marini. Parfois trop. Comme avec l'ami d'enfance de Slick, devenu flic, et qui a quasiment la tête du Scorpion qui lui même ressemble pas mal à Drago de Rapaces.

Les arrières plans sont moins détaillés et offrent ainsi une sorte de flou de profondeur aidant à la lisibilité de chaque case.
Je n'ai constaté qu'une seule double page semblant étrangement moins qualitative (il s'agit des pages 70 et 71, pour ceux qui se procureraient le livre) : elle représente un plan large sur une rue comptant nombre de publicités et d'enseignes qui semblent vraiment tracées à la va-vite... un peu comme si le dessin avait été conçu comme un arrière plan pour une petite case mais s'était retrouvé à occuper accidentellement une double page où tous ses défauts seraient cruellement exposés.

Le reste est agréable à l'œil pour qui aime le trait de ce dessinateur, ce qui est mon cas. Je dois quand même avouer qu'il me semble que son travail est ici un rien moins bluffant qu'à son habitude au niveau de son tracé sur certains décors, par exemple... ou alors est-ce dû au fait qu'il doit généralement fournir des dessins dans des cases plus petites permettant à certaines imprécisions de passer davantage inaperçues. 

S'ébrouant sur presque cent pages dans des planches aux cases gigantesques, Marini parvient à montrer beaucoup sans vraiment raconter grand-chose.
J'aime admirer le trait efficace de Marini et je suis assez client des récits d'ambiance. La BD m'a donc plu. Mais ce n'est pas nécessairement fait pour tout le monde comme je pense l'avoir fait comprendre.


Avant de vous quitter, je ne peux résister à faire un point culture pour les plus jeunes d'entre nous ; c'est mon côté pédagogue.
Le "noir" du titre vient des romans noirs (des polars, quoi!), comme vous l'aurez compris.
"Burlesque", par contre, n'est pas seulement le nom du cabaret où travaille l'incendiaire Caprice. "Burlesque" est ici le terme autrefois employé pour désigner les spectacles lors desquels on était assuré de voir des femmes s'adonner au strip-tease. Cela remonte à l'époque où Lili StCyr et Tempest Storm se dénudaient artistiquement dans les nigth-clubs de San Francisco. Lili StCyr est d'ailleurs citée dans cet album qui s'ancre, par là, dans le réel.
Voilà. C'est dit.

Une lecture agréable mais pas incontournable, donc.





Rapaces, par Jean Dufaux et Enrico Marini.

Depuis quelque temps la police new-yorkaise doit faire face à des meurtres étranges. Des types sont vidés de leur sang et présentent la particularité d'avoir tous une aiguille plantée derrière leurs oreilles. Vicky Lenore, chargée de l'enquête, va alors plonger dans un monde sombre et sensuel. Celui de la Nuit.
Car depuis des siècles, ils sont là. Présents dans toutes les couches de la société. Ils sont puissants. Intouchables. Immortels. Ils peuvent même marcher au soleil. Mais en réfrénant leurs instincts primaires, ils se sont maudits. Leur race qui était naguère pure est en pleine dégénérescence. Leur règne s'achève. Et pour précipiter cette fin, les Rapaces sont là. Eux sont purs, forts, intacts. Le frère et la sœur sont les derniers des Molina. Les seuls Grands d'Espagne à avoir préféré, il y a très longtemps, la clarté de la Nuit à l'obscurité du Jour...
Le scénario des quatre volumes de la série Rapaces est signé Jean Dufaux. L'auteur met en place une histoire ambitieuse qui commence comme un polar un peu ésotérique et se termine en fresque épique. Sang et sexe se mêlent dans cette saga qui nous entraîne dans les bas-fonds new-yorkais, des égouts en passant par quelques night-clubs spécialisés dans le sado-masochisme. Et si l'on fait un petit tour par l'Espagne à l'occasion d'un flashback historique, c'est pour y retrouver la même atmosphère moite et pesante.
L'ambiance de la série tient bien entendu beaucoup aux magnifiques dessins de Enrico Marini. Les décors sont splendides, les angles de vue variés et son New York est fascinant, qu'il représente la ville dans ce qu'elle a de plus beau ou de plus laid. Même une épave ou un tas d'immondices deviennent subitement habités d'un charme certain sous son crayon. Quant aux quelques scènes où l'un des personnages masculins apparaît totalement nu, elles se drapent d'une simple et pudique beauté.
Il existe également un hors série assez particulier qui s'intitule Je reviendrai. L'ouvrage s'apparente à un artbook puisqu'il contient de nombreux dessins inédits, des croquis, une page avec les différentes étapes du travail (crayonné, encrage, colorisation), mais, et c'est là que la démarche est originale, le livre est accompagné de textes (souvent des réflexions des personnages principaux) qui éclaircissent certains points laissés dans l'ombre dans l'histoire principale ou qui posent les bases de futurs événements. L'objet n'est donc pas juste joli mais permet au lecteur de savoir vers quoi la série aurait pu s'orienter (celle-ci n'a pas de suite à ce jour).




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un récit très classique pour les amateurs de polar façon fifties.
  • Un dessin sexy en diable.
  • Une galerie de personnages très typés.
  • Quelques punchlines de qualité.
  • Une colorisation en niveaux de gris et rouge parfaitement adaptée.
  • Un récit classique au point d'être rempli de poncifs.
  • Un dessin un peu moins précis que d'habitude de la part de Marini.