La Belgica : Le chant de la sirène
Par

1897, Belgique, Ostende. Temps pluvieux. Le port. Les superstitions vont bon train. La mauvaise humeur aussi. La présence d’un vieux baleinier reconverti en cours d’affrètement, La Belgica, suscite les commérages des locaux. Pourquoi faire reprendre la mer à une telle coquille trouée ? Pourquoi y entasser tant de pains de glace ? Quelle folie d’investir dans ce qui apparaît comme un caprice aux dockers circonspects !
Très vite, ils découvrent qu’il s’agit d’une expédition pour l’Antarctique commandée par un certain Adrien de Gerlache.
La curiosité est un vilain défaut et le prétexte d’argent à rembourser envoie Jean, un jeune docker, surveiller le navire pour ses comparses. Le voilà à bord pour épier ! Coincé en compagnie d’un équipage bigarré à fleur de peau et d'un matou, il fait route vers le sud pour une destination des plus dangereuses et mystérieuse. Désormais matelot, il s’emploie à se rendre utile alors qu’il ne connaît rien aux métiers de la mer. Ah, si ce chat noir n’avait pas parcouru le port pour chasser de la souris, Jean ne se serait jamais retrouvé clandestinement embarqué sur la Belgica pour s’occuper des chiens de traîneaux !


La tranquillité mélancolique de la couverture de ce premier opus de La Belgica [1] apparaît comme une parfaite synthèse du récit : une mer d’huile. Si le spleen s’échappe d’une poignée de planches, l’ensemble a bien du mal à être trépidant. L’auteur, Toni Bruno [2], croise les points de vue des personnages à Ostende, sur l’océan, dans divers pays, pour brosser l’expédition et la recherche de Jean. Le dessin des visages masculins, assez semblables et le lavis monochromatique qui aplanit les profondeurs des cases lissent aussi les aspérités d’un récit qui devrait être plus mouvementé à la lecture. Jean est déraciné, jeté loin de ses amis, de ses collègues et de sa dulcinée, coincé dans un milieu clos, hostile à sa présence, et dont les membres de l’équipage ne parlent pas la même langue. Il doit prendre sur lui et faire des choix difficiles. Le danger le guette à l’intérieur du vaisseau, mais aussi à l’extérieur. La navigation, à cette époque, n’est pas une partie de plaisir et encore moins sur une telle durée, pour explorer l’inconnu. Les rapports entre les protagonistes pèsent sur les actions, les ficelles tirées par les financiers loin de la mer influent sur les destins des marins. Esseulée, l’unique femme de l’histoire cherche à comprendre où se trouve son compagnon entre tous les non-dits.
Beaucoup d’attente, des palabres, des fâcheries, une tempête, mais rien qui prenne aux tripes. Toni Bruno évacue l’imagerie qu’invoque un récit de voyage et d’aventure pour brosser la présence de Jean, le passager clandestin. Il n’existe que par ce qu’en disent ses proches et les maigres actions qu’il réalise. Jean apparaît comme un homme discret, de bout en bout, après avoir été écrasé, effacé par ses collègues dockers. Un personnage qui doit s’affirmer par rapport aux membres de l’équipage, de vrais bagarreurs portés sur la bouteille. 

Tout comme ce qu’implique la notion de voyage, l’auteur s’abandonne à l’errance. En rendant inutilement verbeux les points de vue avec des conflits peu passionnants, il perd le personnage qu’il a imaginé de toutes pièces et peine à parler de cette expédition polaire sans beaucoup de moyens. Il installe l’apparition de La Belgica comme une malédiction : pluie, chat noir et une sorte de médecin chinois évoquant le Mogwai, mais ne traite pas le destin de Jean comme tel.

L’album de 176 pages, se présente au format 18 x 25 cm, celui d’un fumetti (bande dessinée italienne), avec une couverture rigide. Le livre étant facile à manier, la lecture s’avère confortable. Au premier coup d’œil, le graphisme séduit. Le coup de pinceau, bien senti, les postures des personnages justes, la couleur au lavis.
Toni Bruno, auteur de plusieurs œuvres traduites en français, demeure très sage, scolaire, tant dans son découpage que dans l’agencement de ses cases. Comme dans son album sur Kurt Cobain, il emploie un encrage noir rehaussé d’une gamme monochromatique grise. Mais son graphisme pèche par une trop grande similarité des visages, ainsi que des décors parfois peu précis et dépouillés. Sa mise en scène peine à rendre l’intensité des émotions. Il joue peu sur les valeurs de plans, les compositions des cases, la spatialisation des personnages, pour amener les drames. Le fantasme lié à cette terre alors inconnue, l’Antarctique, est à peine effleuré. Le regard glisse, coule sur les planches sans être accroché. L’auteur évacue le quotidien difficile des marins lors d’une expédition polaire, coincés en milieu clos, grégaire.

Toni Bruno semble avoir du mal à s'emparer de son sujet, à le cerner. Il ne pousse pas son graphisme dans ses retranchements, il ne tâtonne pas, ne compose pas ses planches hors de ses habitudes... en résumé : il ne tente rien.  Très sage, ce premier opus aurait pu aller beaucoup plus loin dans sa mise en scène. Comme si, à l’instar de son personnage Jean, Tony faisait preuve de timidité. Pourtant, le sujet captivant s’intéresse à des reconversions, des changements de cap, de destinée : celle du navire, celle de Jean. La Belgica fut le premier bateau à embarquer une expédition à but scientifique dans l’Antarctique. L’équipage en rapportera de nombreuses informations sur le climat et l’environnement de ces contrées peu connues. Les marins expérimenteront le premier hivernage, ouvrant ainsi la voie aux explorations suivantes.

Pauvre petit Jean sorti de sa torpeur par un coup du sort : désormais marin en route vers le pôle Sud, que va-t-il devenir en tant qu’homme et retrouvera-t-il sa place auprès de sa compagne ? Le second et dernier volet de La Belgica résoudra certainement ses questions tout en se concentrant sur l’expédition elle-même !
Quant à Toni Bruno, avec un peu plus de prise de risque au niveau de son travail, il pourra passer dans la case des auteurs à suivre assidûment.


La Belgica : Le chant de la sirène, Toni Bruno, Éditions Anspach


[1] Bien que les personnages disent "le" Belgica, le nom de ce navire est bien au féminin, comme dans le titre.
[2] Toni Bruno est un jeune dessinateur et coloriste italien dont quelques albums sont sortis en français :  D’en haut la Terre est si belle, Glénat 2017, et  Kurt Cobain « When I was an Alien », Urban Graphics, 2017.


+ Les points positifs
- Les points négatifs
  • Une expédition peu connue au-delà des frontières belges.
  • Un dessin séduisant et un format adapté à une lecture calfeutré au fond de son lit.
  • Des pages supplémentaires pour en savoir un peu plus sur cette aventure et les motivations de l’auteur.


  • Des visages masculins trop similaires.
  • Une mise en scène très sage.
  • Des digressions et des dialogues parfois superflus.
  • Absence du numéro du tome sur la couverture.
Moon Knight : le point sur les séries récentes
Par



Voilà un personnage secondaire Marvel à la fois particulièrement intéressant et sur lequel bien des scénaristes se sont cassé les dents. Gros plan sur Moon Knight et son parcours éditorial en dents de scie.

Nous allons ici nous intéresser aux séries publiées au XXIe siècle, une période qui commence avec le relaunch de Huston en 2007. Pas mal de choses à dire sur ce destin éditorial plutôt chaotique. Mais avant tout, pour ceux qui ne connaîtraient pas ce personnage, un petit topo s'impose.
Moon Knight, alias Marc Spector, est créé en 1975 par Doug Moench et Don Perlin, dans le numéro #32 de Werewolf by Night. Ancien boxeur et Navy Seal, Spector devient mercenaire. C'est lors d'une mission en Égypte qu'il se rebelle contre son chef (qui souhaitait perpétrer un massacre) et est tabassé et laissé pour mort dans le désert. Recueilli par les traîne-patins du coin, tout ce petit monde se réfugie dans le tombeau du pharaon Seti. Là, Spector rêve de Khonshu (ou Khonsou selon les traductions), dieu de la Lune et symbole de la vengeance dans la mythologie égyptienne. Hop, il n'en fallait pas plus pour que le gars revête la cape trouvée sur la statue du dieu en question et devienne un super-héros masqué. Même pas besoin d'être mordu par une bestiole radioactive ou de voir ses parents se faire assassiner dans une ruelle sombre, un rêve suffit.

De retour à New York, Spector va officier sous le nom de Moon Knight. Niveau pouvoirs, ben... rien de bien spécial en fait. Par contre, le gaillard est un expert du combat rapproché, du maniement des armes, et sa fortune va lui permettre de concevoir moult gadgets (ce qui incitera parfois à le comparer à un certain Batman), dont un véhicule volant en forme de croissant de Lune (cf. illustration ci-contre). Signalons qu'à une époque, il avait tout de même des pouvoirs, variants selon les phases de la Lune. Pas vraiment ce qui se fait de plus pratique. Enfin, notons que Spector se trimballe tout de même une flopée de problèmes psychologiques, le faisant parfois flirter avec la folie.

Voyons maintenant ce qu'a donné son parcours éditorial moderne, au travers de différentes séries qui, presque toutes, ont comme point commun de ne pas être d'énormes réussites. Quelques exceptions, toutefois, permettent heureusement d'approfondir la découverte de ce personnage de fort belle manière.

1. Sombre et Violent

C'est en 2007, en France, que les aventures de Moon Knight débutent dans la collection 100% Marvel de Panini. Le héros, plutôt délaissé depuis quelques années, est alors remis au goût du jour par Charlie Huston et David Finch.
Commençons par l'aspect visuel. Les dessins de Finch sont clairement somptueux. Les décors sont détaillés, les visages particulièrement expressifs, les plans inventifs, les effets de lumières magnifiques, bref, c'est une pure merveille. Les deux autres responsables du rendu graphique ne sont pas en reste, il s'agit de Danny Miki pour l'encrage et Frank D'Armata pour la colorisation. Une dream team ! 

L'histoire maintenant. Le scénario d'Huston est sombre, violent et convient parfaitement au personnage. L'on retrouve ici un Marc Spector cloué sur un fauteuil roulant, priant pour redevenir un jour le héros qui terrorisait les pires criminels. Le personnage est pour le moins attachant. S'il ressemble un peu au Batman de DC Comics, pour le côté technologique et l'entourage, il possède aussi une dimension mystique, liée à Khonsou, le dieu égyptien à qui il doit sa résurrection.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que les combats ne sont pas édulcorés. Lorsque Moon Knight cogne du vilain, c'est avec un certain réalisme. Les coups font mal, le sang coule et il n'y a pas de règles pour l'emporter. L'auteur prend le parti de montrer la violence, sans complaisance, en insistant sur le côté sale et réaliste. L'ambiance s'en ressent donc forcément et lorgne vers le polar âpre et musclé.
Les 6 chapitres de ce premier arc, The Bottom, sont donc une vraie réussite. C'est à noter car ce qui suivra sera en général beaucoup moins bon.

Dans le second 100% Marvel, avec la même équipe aux commandes, quelqu'un essaie d'attirer l'attention de Marc Spector. Un sadique particulièrement inventif qui signe ses crimes en traçant sur le sol des horloges de sang. Et en guise d'aiguilles, il se sert de membres humains. Le bras pour l'heure, la jambe pour les minutes. N'essayez même pas d'imaginer ce qui peut servir de trotteuse...
Au milieu de tout cela, il y a la guerre civile qui déchire les héros (cf. notre dossier Civil War). Mais un Moon Knight ultra-violent et toujours aux portes de la folie est-il vraiment du genre à choisir un camp ?
Le scénario est cette fois parfois confus à force d'effets de style, l'auteur s'égarant un peu et perdant en efficacité.
Si Spidey ne fait qu'une apparition éclair dans l'histoire, l'on retrouve aussi (et un peu plus longuement) le Punisher, Captain America et Iron Man. Les deux camps de Civil War sont représentés mais l'on ne peut pas dire qu'ils se battent pour enrôler Moon Knight. Il est vrai qu'il est considéré, au mieux, comme un type ayant un urgent besoin de soins psychiatriques et, au pire, comme un cinglé prenant son pied en défigurant les crapules. L'ambiance reste dans la même veine que pour la première fournée : on saigne, on arrache des dents, on prélève des vertèbres sans anesthésie et on ne fait pas de cadeaux aux vilains. Malsain et tout de même assez jouissif.

2. Période Dark Reign

En 2011, le chevalier blanc est de retour et lutte contre son côté psychopathe afin de devenir un véritable super-héros.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce nouveau départ est fracassant puisque Moon Knight arrête de manière assez spectaculaire une bande de braqueurs. Cependant, la presse et les forces de l'ordre constatent que l'homme semble avoir changé. Alors que ses interventions tournaient habituellement au carnage, le justicier ne fait plus couler le sang.
Norman Osborn et Hood vont rapidement tenter de se débarrasser du gêneur, notamment en ramenant à la vie l'un de ses pires cauchemars. Une situation qui pourrait bien avoir raison de la santé mentale vacillante du héros... et de ses aussi récentes que fragiles bonnes résolutions.

Cette histoire se déroule avant la chute d'Osborn et la fin de Dark Reign (cf. notre Chronologie Marvel). Il s'agit de six épisodes issus de la nouvelle série Vengeance of the Moon Knight, écrite par Gregg Hurwitz et dessinée par Jerome Opeña.
L'idée de départ (un Moon Knight en proie à un violent conflit intérieur) n'est pas mauvaise, mais la manière dont Hurwitz la développe laisse grandement à désirer. Un peu comme dans son précédent Foolkiller, l'auteur livre une narration confuse, abusant d'ellipses difficilement compréhensibles ou, au contraire, infligeant au lecteur des péripéties à l'intérêt douteux. Les dialogues sont également d'une pauvreté affligeante. À cet égard, les interventions de Sentry et Spider-Man frisent le ridicule et sont d'une déroutante banalité. On a presque l'impression que l'on a obligé le scénariste à les utiliser et qu'il s'est vengé en les rendant soporifiques. Ceci dit, ce serait encore lui prêter une intention et une certaine capacité à la mettre en œuvre, ce dont il est permis de douter.

Sur la forme, ce n'est donc pas terrible. Pour ce qui est du fond, ce n'est guère mieux puisque l'on nous refait le coup de l'ex-cadavre qui revient en grande forme. Le pire, c'est que Mooney s'en étonne. Pourtant, en tant qu'habitant de l'univers 616, il devrait savoir que buter définitivement quelqu'un là-bas relève de l'exploit.
Au final, pas grand-chose à retenir de ce récit peu inspiré et ennuyeux.

3. Période West Coast

Nouveau ratage en 2012, avec une nouvelle série qui va se révéler encore moins bonne que la précédente. Et pourtant, c'est écrit par Bendis, qui est loin d'être un manchot.

Marc Spector s'est établi à Los Angeles. Là-bas, il produit une série télévisée basée sur... sa propre vie. Bien entendu, il continue à œuvrer en tant que justicier sous le pseudonyme de Moon Knight. Et, justement, certains criminels, lassés par la surpopulation surhumaine de New York, viennent de débarquer sur la côte Ouest.
Le voilà donc obligé d'agir, inspiré par son récent statut de Vengeur et par la belle Maya, avec qui il rêve de faire équipe, voire plus...
Mais lorsque, comme Spector, l'on souffre de problèmes psychologiques importants, il n'est pas évident d'agir au mieux. Que ce soit avec les criminels ou les belles demoiselles.

On l'a précisé, il arrive que Moon Knight soit comparé à Batman, sans doute quelque peu à tort. En effet, même si Spector, comme Wayne, use et abuse de gadgets plutôt que de pouvoirs, il est évident que ce qui le caractérise le plus reste sa psyché, instable. Certes moins frappadingue qu'un Deadpool, et moins puissant qu'un Sentry, eux aussi rendus vulnérables (et comique pour le premier) par des soucis psychologiques non négligeables, il n'en reste pas moins le "cinglé" de service le plus "réaliste". Là encore, dans cette nouvelle version, écrite par Brian Michael Bendis (cf. notre dossier sur l'auteur) et dessinée par Alex Maleev, l'on va s'attacher à nous décrire sa folie. Mais de manière bien trop superficielle.

Le duo Bendis/Maleev, sur le papier, faisait pourtant rêver. Même si le tandem n'a pas forcément toujours été brillant (l'on se souvient de l'insipide Halo, ou du très fade Spider-Woman tendance semi-animation), il reste quand même auréolé d'un run légendaire sur Daredevil et d'un très bon Scarlet
Donc on s'attend à un coup de génie, ou à une sombre connerie, expédiée à la va-vite par un type surchargé de boulot et à court d'inspiration. Et en réalité... le résultat est en fait mitigé.

Il faut savoir que la série a été arrêtée aux États-Unis après le douzième épisode. L'opus dont il est question ici en contenant sept, l'on a déjà donc fait plus de la moitié du chemin.
Mais voyons tout d'abord les points positifs, car ils existent.
Le vague vrai-faux rappel des origines de Moon Knight est plus qu'excellent et réserve la première bonne surprise du comic. Le personnage reste bien entendu ancré dans la continuité, avec des allusions au groupe des Secret Avengers (sans que cela soit gênant si l'on n'a pas lu la série). Et, joie, bonheur et crise d'apoplexie, Echo est de la partie ! Rappelons que la fascinante Maya est l'héroïne de ce qui reste, à mon sens, comme le plus beau et le plus intelligent arc jamais écrit (par l'immense David Mack) pour une série mainstream (cf. cet article).
Et notons qu'il y a une ou deux répliques fort drôles. Sur autant de pages, ce n'est pas le bout du monde, m'enfin, c'est toujours ça.

Dans le moins bon, il y a tout le reste, et ça fait beaucoup.
Tout d'abord, le personnage de Spector est, si l'on fait exception de sa folie et de quelques trop rares vannes, totalement lisse. Or, c'est, je le crains, le pire moyen de traiter, narrativement, une maladie, fusse-t-elle mentale : ne garder, du personnage, que cette (mauvaise) particularité. On en vient même à se demander comment Maya arrive à le trouver ne serait-ce que sympa.
La dimension purement psychologique, très importante donc ici, semble également relativement mal traitée, voire carrément maltraitée, ce qui est tout de même étonnant pour du Bendis. La folie de Spector est très aseptisée (les Vengeurs imaginaires, qui lui donnent des conseils) et finalement mal retranscrite, sans presque aucune angoisse réelle qui en ressort. Or, il ne s'agit pas d'un Wade Wilson, mais d'un type en souffrance, dont il aurait été intéressant de retranscrire les affres.
Même Maya, pourtant porteuse d'infinies possibilités, fait office de rôle secondaire voire de bouche-trou.
De ce qu'il était permis d'attendre de cette rencontre entre deux êtres aussi forts que fragiles, dépassant leur handicap pour démontrer qu'ils peuvent agir malgré lui, au mieux il ne reste rien. Et, même d'autres développements, plus légers, comme les mœurs hollywoodiennes et les aléas de la conception d'une série TV, sont complètement inexploités.

Bref, difficile de s'enthousiasmer pour un titre qui aurait pu faire date et qui, malgré tous les atouts dont il disposait, n'a pas su convaincre.

4. Tranches de Vie

En 2015 débarque une nouvelle série estampillée "All-New Marvel Now".
Le scénario a été confié à Warren Ellis (cf. notre dossier sur l'auteur), les dessins sont l'œuvre de Declan Shalvey (à qui l'on doit notamment l'adaptation en comics de 28 jours plus tard...). Malheureusement, et malgré tout le talent d'Ellis, c'est encore un résultat mitigé qui nous attend ici.

La particularité de ces six épisodes tient au fait que ce sont tous des one-shots. Bien qu'il y ait parfois une sorte de fil conducteur, et quelques éléments que l'on peut retrouver d'un récit à l'autre, il s'agit donc d'histoires courtes et non d'un véritable arc. Cela ne pose pas de problème en soi, c'est même un intéressant exercice de style, mais encore faut-il que celui-ci présente un réel intérêt.
On débute "doucement" avec une enquête et une confrontation avec un tueur en série en guise d'introduction. Moon Knight affronte ensuite un sniper et des fantômes dans les deux chapitres suivants. Ces derniers sont assez visuels et ne contiennent que peu de texte, or l'aspect graphique étant loin d'être époustouflant, l'on reste franchement sur sa faim. On a déjà vu Shalvey être bien plus inspiré.
Arrivé à la moitié, le bilan n'est guère enthousiasmant, mais les plus persévérants pourront découvrir la suite qui s'avère tout de même meilleure.

Le quatrième épisode, intitulé "Sommeil", se penche sur le monde des rêves et installe une ambiance très bizarre, entre le métaphysique et le franchement malsain. Intéressant. Retour à la castagne avec le cinquième récit, qui voit Moon Knight libérer une petite fille en nettoyant un immeuble où ont pris position ses nombreux ravisseurs. Le principe fait un peu penser au film Le jeu de la mort, avec Bruce Lee (chaque étage correspondant à un adversaire avec un style précis), même si les ennemis manquent ici (à part deux) de variété et de charisme.
Enfin, la dernière partie est sans doute la plus intéressante. Ellis met en scène un flic, jaloux de Spector et de sa position de consultant respecté au sein de la Brigade des Crimes Bizarres. On commence à avoir quelque chose d'un peu plus finement écrit mais cela arrive bien tard.

Encore une fois, c'est donc un très mauvais départ pour un Moon Knight qui mériterait pourtant mieux. À croire que le personnage est maudit. Si tout n'est pas à jeter dans cette version, l'auteur aligne trop d'épisodes faibles dans cette première fournée pour donner réellement envie de continuer à la suivre.
Ces épisodes sont globalement ratés, malgré quelques bonnes idées, trop peu nombreuses et  insuffisamment exploitées pour générer de l'intérêt sur le long terme.

5. Réalité ou Fantasme ?

La série suivante vient enfin rehausser le niveau.
En 2016, c'est au tour de Jeff Lemire (Descender, Futures End...) de prendre en main le destin de Spector. Les dessins, eux, sont signés Greg Smallwood

Cette fois, Spector est mis en scène alors qu'il est interné dans un hôpital psychiatrique. Il a des flashs de son passé mais impossible de savoir s'il s'agit de la réalité ou de pures inventions issues de son esprit bien mal en point. Il est de plus malmené par des infirmiers plutôt violents et doit faire face à des séances d'électro-chocs régulières en plus des médocs qu'il doit ingurgiter. 
Le résultat est violent, âpre et magnifié par le style de Smallwood, qui parvient à donner aux planches un aspect brut ou onirique, permettant de souligner les différences d'atmosphères entre ce qui est réel et ce qui peut être considéré comme un délire fantasmatique. 
Pour une fois, les troubles mentaux de Spector sont parfaitement mis en scène au travers de scènes souvent troublantes, qu'elles concernent le New York métaphysique et ensablé ou la confection, primaire et étonnante d'efficacité, du costume du héros. L'auteur parvient également à faire s'entrecroiser différents fils narratifs concernant chacune des personnalités de Spector, ce qui constitue, là encore, une excellente façon d'exploiter cette particularité. 

Au final, cette version, à l'atmosphère parfois bien glauque, permet à la fois de retracer l'historique du personnage à travers nombre de références et personnages tout en rendant compte du trouble dissociatif de la personnalité qui fait la particularité de Moon Knight, le tout en brouillant habilement la frontière entre rêve et réalité. 
Inspiré et plutôt agréable à lire, d'autant que Lemire se démarque ici franchement du récit super-héroïque classique sans pour autant sombrer dans l'abscons ou trop dérouter le lecteur. 
Ouf, une étape positive, tout de même !

6. Période Marvel Legacy

Un nouveau duo entre en scène pour cette dernière série (la dernière de notre article, d'autres suivront, bien entendu, d'ailleurs une nouvelle est déjà en cours, nous en reparlerons plus loin). 

Moon Knight Legacy est écrit par Max Bemis (le chanteur du groupe Say Anything, ayant déjà œuvré entre autres sur Foolkiller) et dessiné par Jacen Burrows (Punisher, Neonomicon...), qui livre des planches variées et très bien pensées, employant une large gamme d'effets selon les scènes. Le tout est non seulement efficace mais joli et élégant.
Contre toute attente, Bemis va de son côté bien mieux s'en sortir que Bendis ou Ellis. Si la structure du récit reste plus classique que celle de la série précédente, l'auteur parvient tout de même à remplir un cahier des charges exigeant tout en insufflant un ton personnel, non dénué parfois de second degré. Un nouvel ennemi est ainsi introduit, alors que les personnages secondaires habituels (Frenchie, Marlene, Bushman) sont présents, tout comme d'ailleurs le background lié à la mythologie égyptienne. 
À noter que si cette nouvelle série est parfaitement compréhensible pour un novice ne connaissant pas le personnage, elle reste tout de même liée aux événements précédents, mis en scène par Lemire. Rien que ce fait en dit long sur le professionnalisme de Bemis, qui s'adresse à un large lectorat tout en respectant l'historique du personnage. 

Entre un humour contrastant avec la violence du titre et un style graphique très "propre", qui permet d'accentuer l'impact des éléments gore ou étranges, l'on obtient là sans doute la meilleure série moderne mettant en scène Moon Knight.

7. Vers la folie et au-delà...

Moon Knight n'a pas suivi, comme on l'a vu, un chemin facile. Éditorialement, il est tombé dans bien des ornières et a dû en plus endosser l'étiquette, peu enviable, de clone de Batman (ce qu'il est loin d'être, en tout cas, c'est un raccourci qui ne suffit pas à le définir). 
Personnage peu connu du grand public, hanté par de nombreux démons, il permet aux scénaristes les plus habiles d'explorer un territoire onirique riche mais pas si évident que ça à s'approprier. 

Un nouveau titre, écrit par Jed MacKay et dessiné par Alessandro Cappuccio, est actuellement publié par Marvel. Graphiquement assez spectaculaire et alternant, en matière de tenues, le Moon Knight classique (et donc encapé) et celui portant son plus strict costume blanc, la série a l'air de revenir à une base très super-héroïque, dans la lignée des épisodes précédents. À voir ce que cela donnera sur le long terme.

Quant à Marc Spector, alias Steven Grant, alias Jake Lockley, plus connu sous le nom de Poing de Khonshu ou tout simplement Moon Knight, nul doute que l'on verra encore sa silhouette blafarde dans les ruelles malfamées de New York. Car au-delà de ses problèmes psychologiques, il reste avant tout un héros, faisant trembler les criminels et prêts à se battre pour défendre les plus faibles et accomplir sa légitime vengeance !





Remontada : le match ultime !
Par

Gros plan aujourd'hui sur un jeu de société 100 % français, à la fois complet et fun : Remontada !

On vous avait déjà parlé d'un jeu de société de foot dans notre rubrique "Vintage" avec le fameux (mais déjà ancien) Buteur. Cette fois, on franchit clairement un cap avec une nouvelle simulation, bien plus complète, parsemée de blagounettes et proposant un système de jeu riche et efficace, couvrant de très nombreuses situations.
Commençons déjà par voir un peu le contenu. La boîte est compacte mais renferme une grande quantité de matériel. Un plateau de jeu, plus d'une centaine de cartes, des dizaines de cartons et jetons, dix grandes cartes "schéma tactique", des dés, un pion, un livret de règles, deux fiches résumant les différentes phases de jeu, un bloc-notes et un recueil des plus belles citations de Ribéry. Bon, OK, pour le recueil ce n'est pas vrai, mais ce serait assez dans l'atmosphère générale du jeu, non dénué d'humour.

Le but du jeu, évidemment, c'est de se la péter en remportant le match le plus important de ces dernières décennies, à savoir le FC Téterchen (Moselle) contre la Juventus de Turin (c'est un bled dans le truc en bas, en forme de botte). Quoi ? Mais si, c'est possible. En tout cas, nous, on a choisi ces équipes-là pour notre test. 
Il faut tout de même un peu se concentrer pour comprendre le système de jeu, mais une fois la mécanique pigée, tout cela est assez simple et efficace (allez, comptez 15 à 20 mn pour digérer les règles). Pour schématiser, en gros, on progresse sur le terrain à l'aide de jetons "passe", afin d'atteindre différentes positions. Suivant ces positions, il faut ensuite réussir un certain score aux dés, afin de réaliser un tir centré. Plus le tir est effectué de près, plus il est "facile", mais plus il coûte également cher en jetons "passe". Logique.


En fait, il existe deux manières de se ruer sur le but adverse (là encore, cela dépendra des jets de dés). Soit le chemin rouge, correspondant aux coups de pied arrêtés, soit le chemin jaune, correspondant aux actions de jeu normales. Le défenseur, lui, aura droit à différent bonus selon le chemin et la position de l'attaquant sur le terrain.
L'on peut ainsi tenter un coup franc lointain ou proche, un penalty, un simple dégagement du gardien, mais aussi un exploit individuel, un face-à-face, un geste acrobatique. Si l'on se met un minimum dans l'action (et que l'on en fait des caisses, après tout, il faut bien chambrer l'adversaire), toutes ces différentes possibilités deviennent vite amusantes. Tout cela est encore modifié par différentes cartes bonus ou malus (cartes "action" ou "boost"). En ce qui concerne les cartes action, elles sont de quatre couleurs différentes (rouge, bleu, jaune, vert). On ne peut utiliser par tour qu'une seule carte de chaque couleur (ce qui a son importance), sauf pour les rouges, qui sont des cartes de "rapidité", donc là, hop, on se lâche. La gestion des jetons "passe" va aussi être cruciale, d'autant que la seconde mi-temps comprend plus de tours de jeu que la première (pour diverses raisons finalement très logiques). 

À propos des cartes "action" et du système en général, les différentes situations simulées sont proprement incroyables (et ultra-fun !). En vrac, citons les différentes stratégies de jeu (5 possibles), les blessures, les erreurs d'arbitrage, la réaction du public (ola, chants des supporters, jets de projectiles...), l'espionnage du banc adverse, le tirage de maillot, la gueulante du capitaine, le petit pont, l'anti-jeu, les entorses (Edmond, si tu passes par là, elle est pour toi celle-ci !), les cartons, l'on peut même tenter de mettre la pression sur l'arbitre, et j'en passe !
Difficile de faire plus complet. Manque juste l'interview d'après-match, avec les lieux communs et les fautes de français, mais à part ça, tout y est. 


Une partie des nombreuses cartes "action".
Mais revenons à notre progression sur le terrain. Une fois votre tir cadré, tout n'est pas fini, loin de là. Le jeu propose une intéressante manière de simuler tirs et arrêts, à l'aide d'une grande carte représentant une cage de but divisée en neuf parties. Le défenseur dispose neuf cartes, face cachée, sur chacune des zones du but. Il doit toujours y avoir au moins une carte golden goal (là, il y est, clair et net) et une carte "gardien" (un bien bel arrêt, Jean-Michel !). Les autres cartes sont des cartes "défenseur" et "goal", selon les bonus et malus apportés par la stratégie de jeu. L'attaquant choisit alors où il place son tir, et selon le résultat, c'est la démonstration de joie en moonwalk ou les huées de la foule !
Même les matchs peuvent se simuler de différentes manières, soit l'on considère que c'est une finale, et il y aura forcément un vainqueur, quitte à en venir à une séance de tirs aux but, soit c'est un match de championnat, ou une rencontre amicale, et le jeu permet de gérer une mi-temps et une fin de match semi-aléatoire (pouvant être dépassée par la seule carte "dernières forces", quand les gars mettent le paquet dans les dernières secondes).

Eh ben, c'est vachement bien ! Quand on voit tout le matos, on a une petite frayeur, mais en réalité, les règles sont suffisamment claires et la mécanique suffisamment logique et agréable pour qu'on se sente très rapidement à l'aise. Si vraiment vous êtes un peu largué (allez Franck, un effort !), il existe une petite vidéo qui vous explique le topo. 
Comparé au Buteur cité en début d'article, clairement, on est dans une autre dimension. C'est bien plus complet et amusant. Et ça peut même être pratiqué si on n'aime pas le foot hein, parce qu'en fait, là, tu n'es pas obligé de cracher sur la pelouse dans laquelle tu vas te rouler cinq minutes après. Bon par contre, niveau gloire, gonzesses et pognon, c'est simulé aussi, donc pour le coup, on est plus FC Téterchen que Juventus. Ben, quand tu joues au Monopoly, t'es pas vraiment propriétaire non plus. C'est le même principe. Plus sérieusement, y a-t-il des défauts à relever dans ce jeu ? Hmm... pas des masses en fait. Le plateau de jeu est un poil petit, mais il est vrai que ce n'est pas tellement nécessaire d'avoir un machin immense, puisque seul le ballon est matérialisé (et que l'on a en plus, dans le prolongement, la grande carte matérialisant le but et celle concernant le schéma tactique). C'est le seul élément un peu "cheapouille" d'ailleurs, car tout le reste (jetons, cartes, fiches...) est d'une qualité exemplaire.
Petite réserve aussi sur le système de jeu (très offensif, offensif, équilibré, défensif, très défensif) qui est tiré au hasard. Je trouverais plus sympa de le choisir (mais en fait, rien n'interdit de modifier ce point si l'autre joueur est d'accord). 

Bref, voilà quelque chose de bien pensé, joli, aisé à prendre en main et très fun. Pour moins de 30 euros, vous ne serez clairement pas volé (à comparer par exemple avec l'escroquerie du 1000 Bornes Mario Kart). Les phases de tirs au but sont intelligemment gérées (et reproduisent l'excitation attendue) et les nombreuses cartes "action" permettent de varier les parties et de reproduire pratiquement tout ce qu'il est possible d'imaginer, jusqu'à l'arbitrage vidéo !

Ultra-conseillé.





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • La mécanique de jeu, efficace et riche.
  • L'humour, présent jusque dans les règles.
  • Le nombre incroyable d'éléments "simulés".
  • Les différents modes de jeu et configurations tactiques.
  • Le système de tirs au but.
  • Accessible à tous, aucunement besoin d'être un véritable fan de foot.


  • Le plateau de jeu, un poil petit.
  • Comment ?! L'on voudrait qu'un fin entraîneur de ma classe puisse laisser au hasard l'organisation tactique de son équipe ?? Il n'en est pas question, je ne les ai pas tirés du fin fond du district mosellan pour m'en remettre à un tirage au sort !! Allez, le beau jeu, on attaque à fond !! Bon, Didier, tu te souviens hein ? Tu fais la passe à Merendez et... non, pas avec les mains, Didier, bordel !!

Introduction à Marvel Zombies
Par


Retour sur une longue saga, bien sanglante, confrontant les personnages du Marvelverse à une épidémie de zombies dont ils sont eux-mêmes victimes ! 

1. Une porte vers une autre dimension

Tout commence dans le Ultimate Fantastic Four #18 (publié en kiosque par Panini) alors que Mark Millar termine son run sur la série, d'une assez belle manière d'ailleurs, secondé qu'il est par les magnifiques dessins de Greg Land.
Les FF ont fort à faire, rappelez-vous, ils doivent non seulement se débarrasser d'une créature n'ayant rien trouvé de mieux à faire que d'élire domicile dans ce pauvre Johnny Storm, mais il leur faut également affronter leurs doubles zombifiés. Et comme si cela ne suffisait pas, les voilà obligés de demander de l'aide à Fatalis en personne !
L'arc est fort dense, c'est le moins que l'on puisse dire. Les intrigues se chevauchent et sont limitées à leurs grandes lignes, on y gagne en dynamisme ce que l'on perd en profondeur ou en scènes plus intimistes. Une chose est certaine, on ne s'ennuie pas. Les fameux zombies nous offrent quelques morceaux (c'est le cas de le dire) de choix avec notamment un dessin pleine planche d'un Reed en gros plan, le visage plein d'asticots...
Mais ce qui semblait n'être qu'une monde alternatif de plus va en fait donner lieu à toute une gamme de comics exploitant le filon zombie.

2. Un monde en décomposition

C'est en juin 2007, dans un 100% Marvel intitulé Marvel Zombies : La Famine, que l'idée de Millar commence à être exploitée à grande échelle. Il s'agit de la première mini-série dont on vous avait déjà parlé dans le dossier consacré à Robert Kirkman.
Sur l'une des nombreuses terres parallèles du Marvelverse, les héros ont été victimes d'un mystérieux virus les transformant en zombies ! Alors qu'ils ont déjà dévoré la plus grande partie de la population, les morts-vivants traquent les rares survivants qui tentent encore d'échapper à leur faim insatiable...
Le scénario est signé Robert Kirkman, déjà spécialiste des trucs pas frais qui bouffent tout ce qui bouge puisqu'il est l'auteur de Walking Dead. Les dessins sont de Sean Phillips.
Autant le dire, Kirkman a eu carte blanche et ça se voit. C'est gore, très gore même, et cela vire parfois au comique trash. Spider-Man se lamente d'avoir bouffé Mary Jane et sa vieille tante May (c'est marrant ça, autant MJ, je serais partant d'y goûter, autant la tantine m'inspire peu), les zombies se battent entre eux pour savoir qui aura le meilleur morceau d'un Magneto qui est dépecé en quelques secondes, bref, ça gicle dans tous les sens.
Parfois cependant, certaines scènes sont plus sérieuses et dérangeantes, comme lorsque Black Panther, maintenu sous sédatif par Hank Pym, est dévoré lentement par ce dernier, celui-ci lui coupant un membre de temps en temps, quand la faim devient insupportable. On a rarement vu les héros Marvel sous un tel angle. Ici, plus de menace à combattre ou de justification morale à trouver, le seul but est de manger, salement si possible.
On connaissait déjà l'humour de Kirkman et le plaisir qu'il a à jouer avec des tas de personnages (notamment dans Marvel Team-Up), on a ici la même chose, le côté horrifique en plus. Signalons également les covers, d'Arthur Suydam, qui reprennent toutes, en version zombie, une couverture "historique" plus ou moins connue. Avec les variants, c'est donc 11 planches qui sont ici présentes en bonus. Le tout à l'époque pour 11,00 € (ouais, ça a "un peu" augmenté depuis) !
Original et en plus, hors continuité, autrement dit accessible à tous. Et parfait pour commencer un régime.

3. Préquelle & Crossover

Cette nouvelle mini-série oppose cette fois les héros affamés au personnage principal de Evil Dead !
Quitte à changer de dimension, Ashley Williams aurait pu débarquer sur la bien connue et surprotégée terre 616, malheureusement, le destin en a voulu autrement et le voilà catapulté dans la dimension parallèle abritant les versions zombifiées des justiciers costumés.
Il arrive toutefois un peu avant que ce monde ne meurt mais ne parviendra pas à convaincre qui que ce soit de la menace qui se profile (ce qui est d'ailleurs tout de même étonnant, les héros passent leur temps à sauver le monde, à explorer de nouvelles dimensions, à repousser les assauts de races extraterrestres, mais qu'ils puissent se transformer en zombies leur paraît hautement improbable... pourtant, dans un tel monde, je me méfierais, moi). Bref, Ash assiste, impuissant, aux premiers dégâts et va réussir à s'échapper avec l'aide d'un Spider-Man encore sain.
Le seul espoir réside maintenant dans la quête du Necronomicon, le fameux Livre des Morts, qui aurait pu se trouver dans un coin peinard, au Luxembourg par exemple, mais dont on retrouve la trace en Latvérie, patrie du si coopératif Fatalis...
Kirkman a donc laissé ici la place à John Layman pour l'écriture du scénario. Les dessins, plutôt de bonne facture, sont de Fabiano Neves. L'on retrouve l'essentiel de ce qui a fait le succès du tome précédent : du gore, de l'humour et des Masques dans des situations improbables. La grande nouveauté réside ici dans le personnage de Ash, un protagoniste issu des expériences cinématographiques peu concluantes de Sam Raimi qui, avant de massacrer Spider-Man sur grand écran, réalisait ses propres étrons bien tranquillement sans salir les créations des autres... comment un tel nullard a-t-il pu, dans un éclair de génie, mettre en scène le sublime Un Plan Simple ? Mystère...
Trêve de méchancetés, Ash sert donc ici de fil conducteur et nous permet d'en apprendre un peu plus sur le fléau qui a frappé cette terre. Le lecteur découvrira notamment le pourquoi de la rapidité de  la propagation du virus.
Ça mord, ça saigne, ça se bat à grands coups de tronçonneuse, ça saigne encore et, entre deux repas, ça balance des vannes. La recette est efficace et devrait combler les amateurs, d'autant que l'on peut également bénéficier de guests assez décalés comme Howard the Duck ou les Nextwave. Largement de quoi patienter jusqu'à la suite, de nouveau sous la plume de Kirkman qui a conçu une version zombie de l'accroche de Civil War, le "De quel côté êtes-vous ?" laissant la place à un savoureux "Dans quel estomac êtes-vous ?".

4. Stargate et viande fraîche

Les morts-vivants costumés reviennent, toujours aussi affamés, en octobre 2008 (date de la sortie française) dans le tome #3 de Marvel Zombies
40 ans se sont écoulés depuis qu'un terrible virus a transformé les surhumains de la terre en dangereux zombies. Après avoir dégusté les habitants et même Galactus, les zombies écument l'univers, toujours à la recherche de viande fraîche. À court de nourriture - et toujours victimes d'une petite fringale - la petite équipe décide de revenir sur terre pour utiliser une invention de Reed Richards qui pourrait leur offrir un chemin vers d'autres dimensions.
Sur la terre, une poignée de survivants s'organise sous la direction de Black Panther. Plus surprenant, certains zombies, à la diète forcée depuis des lustres, ont perdu l'appétit et semblent pacifiques. Mais peut-on vraiment compter sur de tels alliés ? Et suffiront-ils à contenir la meute qui approche ?
Cette nouvelle fournée de Marvel Zombies est la suite directe du tome #1. L'on retrouve donc Robert Kirkman au scénario et Sean Philipps au dessin. L'ambiance reste plus ou moins identique, autrement dit un mélange de scènes parfois dérangeantes et de second degré plutôt drôle à force de surenchère dans le gore et de prises de conscience surréalistes. Car, si vous n'avez pas suivi le début, sachez que contrairement aux morts-vivants "habituels", les surhumains contaminés ne se voient pas affublé d'un QI de dindon mais conservent leur potentiel intellectuel, avec parfois la gamberge et les remords qui vont avec.
Évidemment, l'effet de surprise n'est plus de mise et l'on aurait pu craindre une suite purement commerciale. Kirkman a toutefois essayé de faire avancer un peu les choses, notamment en exploitant le thème des zombies "repentis" qui ont réussi à vaincre la faim (à condition de ne pas retoucher par mégarde à la viande humaine !), ce qui donne une nouvelle direction à la série. Il s'offre même quelques petites scènes choc et transgressives, comme un roulage de pelle entre un humain normal et une Guêpe zombifiée... heurk, on a vu plus érotique ! 
Signalons également, en plus de cette deuxième série de cinq épisodes, un one-shot faisant office de prologue et narrant les premiers temps de la propagation du virus. L'occasion d'assister notamment à la transformation de Spidey et à son premier repas à base de Mary Jane et de vieille tantine.

5. Arrivée sur la Terre-616 !

C'est un an après, en octobre 2009, que la suite sort, toujours en 100% Marvel. Et cette fois, l'univers 616 est concerné...
Dans le multivers Marvel, il existe un grand nombre de réalités parallèles (cf. notre grand dossier présentant certains de ces mondes). Il s'agit d'univers alternatifs ne se rencontrant jamais. Cependant, il existe également des univers ondulants, pouvant croiser d'autres réalités pendant un laps de temps variant de quelques microsecondes à plusieurs années. Or, la bien connue Terre-616 a maintenant une porte d'entrée, située dans les marais de Floride, qui donne directement sur ce qui se fait de pire en matière d'univers ondulant.
Les zombies arrivent ! Très vite, l'équipe locale de l'Initiative - la Commanderie - est massacrée par les morts-vivants. L'ARMOR (une agence de surveillance des réalités parallèles) prend alors les choses en main. Pour éviter une contamination générale, des agents doivent ramener des échantillons de sang provenant de l'univers des zombies afin de confectionner un vaccin qui protégera les super-héros, principaux vecteurs de propagation de l'épidémie.
Machine Man et Jocaste semblent tout désignés pour cette mission. Après tout, des robots ne devraient avoir rien à craindre des zombies...
Ce tome #4, logiquement intitulé Marvel Zombies #3 (parce qu'en fait, le crossover était un peu à part), voit le tandem Kirkman/Philipps céder sa place à Fred Van Lente au scénario et Kev Walker au dessin.
Autant le dire tout de suite, le concept commence méchamment à s'essouffler. On ne peut plus guère compter sur l'effet de surprise et, surtout, il ne reste plus grand-chose du côté transgressif ou de l'humour noir des premières mini-séries. Là où Kirkman nous montrait un Spidey radotant sa peine d'avoir dévoré sa bien-aimée et sa si chère tante May, ou encore des Vengeurs s'étant partagé Jarvis, Van Lente a bien du mal à faire quelque chose du Caïd ou de Black Bolt, les deux gros méchants de service particulièrement sous-exploités (ça pourrait être n'importe qui d'autre, sauf peut-être pour une vanne sur les cordes vocales de Blackagar).
La seule scène choc, concernant le Caïd, est d'ailleurs assez mal amenée et plutôt gratuite et illogique.
Reste tout de même Aaron Stack, alias Machine Man, qui quitte Nextwave et l'équipe de Ms. Marvel pour venir casser du mort-vivant. Son côté cynique et décalé (bien que là encore ce ne soit pas tellement poussé) permet d'apporter un peu de fraîcheur à ces quatre épisodes.
Au final, alors que cet arc visant la terre 616 aurait dû être l'un des plus palpitants, l'on se retrouve avec un récit au suspense inexistant. Et sans les scènes d'anthologie des opus précédents. Bref, pas complètement nul mais bien terne, surtout en comparaison des épisodes de Kirkman.

6. Le Mal par le Mal

Début 2010 sort une nouvelle mini-série consacrée aux Marvel Zombies et mettant cette fois en scène les Midnight Sons. Cette technique du Mal par le Mal s'avère-t-elle efficace ?
La Terre 616 est infectée par les zombies ! Bien que l'A.R.M.O.R. (une agence gouvernementale chargée de surveiller les réalités parallèles) ait réussi à repousser l'essentiel de la menace, deux morts-vivants se sont échappés et ont contaminé une race sous-marine.
Cette fois, un groupe bien particulier est mis sur pied afin de partir à la chasse aux zombies. Morbius, un vampire qui a mis au point un vaccin contre l'infection, fait équipe avec la sorcière Jennifer Kale, Hellstorm, fils de Satan, Jack Russel, le loup-garou, et même Man-Thing, la créature des marais.
Ils doivent intervenir sur l'île de Taino, en mer des caraïbes, le repaire de l'Ergot Noir. Ce dernier, régnant sur le plus grand centre de production de cocaïne de cette partie du monde, détient le virus à l'origine de la peste zombie et se propose tout simplement de vendre cette arme biologique à The Hood, criminel ayant la particularité d'être possédé par Dormammu... 
Cette suite est toujours scénarisée par Fred Van Lente, auteur qui était déjà en charge du tome précédent. Les dessins, fort bons, sont de Kev Walker.
En gros, même reproches que pour le dernier opus : non seulement on ne peut pas dire que les zombies et la menace qu'ils sont censés représenter soient réellement effrayants mais, en plus, l'on n'a plus du tout le côté transgressif et méchamment drôle des premiers épisodes de Kirkman. Exit Cap, Spidey, Richards, Pym ou Stark et place aux personnages horrifiques du Marvelverse. Certains manquent cruellement de charisme, le lycanthrope et Kale en tête. Seul Deadpool, réduit à une simple tête mais toujours aussi cinglé, parvient à insuffler un peu d'humour noir dans ce récit.
Au final, même si ces quatre épisodes ne sont pas complètement ratés, ils déçoivent tout simplement parce qu'ils ne contiennent aucun des ingrédients qui font l'intérêt de ce genre d'exercice. Le côté spectaculaire d'une épidémie et de ses ravages est absent, tout comme l'angoisse sourde que devraient susciter les morts-vivants. Si l'on rajoute en plus l'absence des héros emblématiques de la Maison des Idées, le concept de départ est quasiment vidé de toute substance. Reste une histoire, honnête mais banale, qui aura du mal à passionner les foules.
Attention, l'abus de zombies est dangereux pour l'inspiration. Mais ce n'est pas ça qui arrête la Maison des "Idées" (quand elle en a), on le sait bien. 

7. Le retour de trop

C'est la même année qu'est publiée une nouvelle suite, intitulée Marvel Zombies Return
Le Spider-Man zombie, éjecté de sa dimension, arrive sur la Terre-Z, encore intacte et vierge de toute épidémie. Peter tente de contenir sa faim et souhaiterait se racheter, mais ne pas manger autrui lorsque l'on est un mort-vivant s'avère un pari relativement difficile à tenir, surtout lorsque Spidey aperçoit Mary Jane et se souvient de son goût délicieux...
Tony Stark, lui, se noie dans l'alcool depuis des mois et paraît bien amorphe lorsque Giant-Man débarque pour déguster ses employés. C'est donc James Rhodes qui va intervenir et endosser le rôle d'Iron Man.
Ce n'est pas tout, un Wolverine, pas plus frais que son confrère arachnéen, se met à boulotter du ninja alors que Hulk, de son côté, revient d'un exil forcé pour se venger des Illuminati. Il passe d'abord par la Lune où il constate que Black Bolt et ses sujets sont bien mal en point...
Il reste bien un petit espoir, des nanites qui dévorent la chair putréfiée des zombies, mais le temps joue contre l'humanité car, à chaque instant, les rangs des monstres augmentent.
Après les peu réjouissants tomes #4 et #5, qui ne parvenaient pas à retrouver le ton transgressif et l'humour des premières mini-séries de Kirkman, l'intérêt d'un nouvel opus semblait plus que limité. D'autant que Fred van Lente continue d'officier comme scénariste sur deux des cinq épisodes, sans avoir vraiment jusqu'ici excellé sur le titre. Les autres chapitres sont signés David Wellington, Jonathan Maberry et Seth Grahame-Smith. Pour la partie dessin, ce sont Nick Dragotta, Wellinton Alves, Andrea Mutti, Jason Shawn Alexander et Richard Elson qui sont aux crayons.
Chaque épisode est centré sur un héros en particulier : Spider-Man, Wolverine, Iron Man et Hulk (plus un final avec un peu tout le monde). Le plus réussi est sans conteste celui mettant en scène le Monte-en-l'air, avec de l'humour noir, de vraies scènes dérangeantes et même de nombreuses références au passé de Spidey. Malheureusement, la suite est beaucoup moins bonne et retombe dans le prévisible et le fadasse. En gros, on se castagne, on se mord, on balance des tripes sur les murs, et on recommence. Le problème, encore une fois, vient du fait que l'effet de surprise est passé et que les histoires ne sont ni drôles, ni effrayantes, ni même particulièrement originales ou palpitantes.
Marvel exploite donc le filon sans chercher à se renouveler. Le résultat est assez ennuyeux, et même si les auteurs tentent d'intégrer certains événements connus (comme World War Hulk) à l'ensemble, il est difficile d'éprouver autre chose qu'un sentiment de déjà-vu et un ennui profond.
À part le premier épisode, le reste tourne rapidement à la série Z, avec un "Z" qui ne signifie pas "zombies" mais plutôt "zéro".

8. Une Histoire sans Fin

Est-ce que Marvel s'est arrêté là ? Bien sûr que non, l'on connaît la propension de l'éditeur, une fois un filon trouvé, à l'exploiter bien au-delà du raisonnable, et surtout sans forcément rechercher une qualité d'écriture pourtant indispensable.
Parmi les autres mini-séries publiées à ce jour (d'autres suivront, à n'en pas douter), l'on peut citer :
- Marvel Zombies : Evil Evolution (là, la grande idée, c'est de remplacer les personnages principaux par... des singes)
- Marvel Zombies 5 (toujours par Van Lente... donc, vous connaissez le résultat)
- Marvel Zombies Supreme (comme le titre l'indique, c'est cette fois l'Escadron Suprême qui est concerné)
- Marvel Zombies Destroy (le récit prend cette fois place dans un univers où les Nazis sont alliés aux zombies, comme ça, ça fait encore plus peur, parce que les Nazis, ils sont vraiment très très méchants !)
- Marvel Zombies Halloween (Marvel Zombies font du ski tant qu'ils y sont ! Plus sérieusement, c'est encore l'indéboulonnable Van Lente, qui est toujours aussi poussif sur ce récit improbable, dans lequel une mère, au courant de l'épidémie de zombies, autorise tout de même son gamin à fêter Halloween en allant se balader un peu partout à la nuit tombée... c'est con, hein ?)
- Marvel Zombies : Battleworld (un tie-in de Secret Wars, cf. notre Chronologie Marvel)
- Age of Ultron vs Marvel Zombies (idem)
- Marvel Zombies Resurrection (c'est cette fois le cadavre de Galactus, tombant sur Terre, qui ramène un nouveau virus)

Eh bien voilà, si vous ne connaissiez pas ce pan de l'univers Marvel, vous devriez pouvoir maintenant vous y retrouver. Ce sont bien entendu les premières mini-séries que nous vous conseillons, car elles exploitaient avec brio un concept novateur, en employant à bon escient un humour acide et des scènes particulièrement transgressives, le tout avec de temps à autre une réflexion ou une situation un peu plus sérieuses permettant d'ajouter une pointe de drame.
Les nombreuses suites (et notamment les égarements de Van Lente, aussi inspiré qu'un gnou devant une mobylette) ont malheureusement lessivé, essoré et épuisé un concept ne pouvant pas, à lui seul, compenser un manque de rigueur au niveau de l'écriture.
Reste toutefois l'idée des héros Marvel transformés en zombies, ce qui a donné lieu à quelques scènes mythiques (cf. la scène #22 de notre Bêtisier Marvel) et improbables. 



J'irai mourir dans les Carpates
Par


Nous nous intéressons aujourd'hui à un premier film très original, entre thriller et comédie : J'irai mourir dans les Carpates.

Nous vous avions déjà parlé de ce projet en 2020 (cf. cet article), une pandémie plus tard, il est temps de décortiquer ce film surprenant, réalisé (et écrit en partie) par Antoine de Maximy. A priori, tout le monde connaît le gaillard, mais pour les rares qui débarqueraient d'une grotte de haute montagne, on vous a concocté un petit encadré, en bas de cet article. En fait, n'hésitez pas à le consulter si vous ne connaissez d'Antoine que sa série J'irai dormir chez vous, car le type est loin de n'avoir que ça à son palmarès. Et puisque l'on parle de cette série documentaire devenue culte, voilà qui va nous permettre de planter le décor du film (une pure fiction cette fois) qui en est tiré.

Lors de ses nombreuses pérégrinations, Antoine a frôlé le désastre et côtoyé le danger à plusieurs reprises. Mais... que se serait-il passé si les choses avaient vraiment, mais vraiment, mal tourné ? Eh bien, c'est ce que l'on découvre ici.
Antoine est parti pour un périple dans les Carpates, mais après un début de séjour plutôt sympathique, tout se dégrade peu à peu. Et c'est peu dire puisque le globe-trotter finit carrément par avoir un accident de voiture. Son véhicule termine au fond d'une rivière, quant à son corps, il n'est pas retrouvé.
L'ensemble de ce qu'il avait déjà tourné et ses affaires restées à l'hôtel sont rapatriés en France. Agnès, la monteuse avec qui il travaillait, se retrouve alors avec des heures d'images à "dérusher". Elle est bien entendu émue de pouvoir assister ainsi, en différé, au dernier baroud d'Antoine. Mais... plusieurs éléments mystérieux commencent également à l'intriguer, notamment quelques rencontres assez effrayantes. Et si la disparition d'Antoine n'était pas un accident ?



Autant le dire, voilà longtemps que je n'avais pas attendu un film avec autant d'impatience. Si comme moi vous l'avez raté au cinéma, sachez qu'il est diffusé en ce moment sur OCS. Et je dois avouer que, malgré de menus défauts, le résultat est largement à la hauteur de mes attentes. 
Tout d'abord, s'il y a bien un réalisateur qui est légitime dans le genre "found footage", c'est bien Maxime. Cela fait évidemment sens avec son parcours et l'intrigue même du récit. Par contre, pour ceux qui auraient été traumatisés par des conneries mal réalisées, du genre Cloverfield ou Rec [1], pas d'inquiétude, on est ici dans quelque chose de tout à fait regardable (et comparable, au niveau de la réalisation des scènes filmées sur le vif, à un Blair Witch par exemple). Ensuite, le choix d'un récit à mi-chemin entre comédie et thriller inquiétant est plutôt bien vu et donne à l'ensemble un parfum bien particulier.

En fait, les scènes sont souvent drôles, inattendues et bien pensées. En tout cas pour la partie comédie, plutôt légère et sympathique (la rencontre avec la réceptionniste vaut à elle seule le détour). Niveau casting, on s'en sort pas trop mal aussi, avec notamment un Max Boublil qui me faisait un peu peur mais qui finalement campe un flic aux antipodes des stéréotypes du genre (et des performances parfois douteuses de l'acteur). 
Pour la partie plus "thriller", là aussi, on a du positif, avec une belle fausse piste et des personnages secondaires (tous les rôles roumains sont joués par des acteurs locaux) convaincants (et pour certains assez flippants). Quant aux décors, ils sont parfaits et reflètent parfaitement l'atmosphère troublante attendue.

Quelques réserves toutefois, malgré la présence à l'écriture de Thomas Poujol, un scénariste débutant mais qui a tout de même plus d'expérience qu'Antoine. Tout d'abord, la partie "française" de l'enquête est assez longue, voire répétitive. Et plombée par l'agaçant stagiaire. Certes, c'est voulu qu'il soit chiant, mais il n'emmerde pas juste la monteuse, il finit par énerver le spectateur lui aussi. D'autant qu'il joue comme une poêle à crêpes. Ensuite, la partie thriller aurait certainement gagné à être plus étoffée. Il manque sans doute une ou deux scènes pour faire monter la pression et s'imprégner de l'ambiance glauque de cette région reculée et a priori hostile. Enfin, la résolution de l'énigme passe par un inélégant topo final de l'un des enquêteurs, sous la forme d'un monologue explicatif qui sonne très artificiel. On pourrait encore ajouter à cette liste de ratages Alice Pol, transparente et d'une fadeur déroutante. Peut-être est-ce en partie dû à la direction d'acteur, m'enfin, le manque de charisme n'est probablement pas issu d'une consigne du metteur en scène...
Donc, ce n'est pas parfait, mais pour être honnête, aucun de ces défauts ne plombe véritablement le film, que l'on suit avec plaisir jusqu'au dénouement.

Voilà donc quelque chose de très inhabituel, plutôt drôle, léger, un brin flippant, novateur dans le ton et la forme, et bourré de petites idées brillantes (ne serait-ce que le long zoom durant le générique, qui dévoile un dernier mais important détail). 
Pour une première expérience, avec peu de moyens, c'est une belle réussite qui détonne dans le paysage cinématographique français, composé le plus souvent de films chiants et prétentieux ou de comédies lourdingues et convenues. J'irai mourir dans les Carpates s'avère aussi atypique qu'agréable et s'appréciera d'autant mieux si l'on connaît déjà un peu son attachant réalisateur et interprète principal. 

Ultra-conseillé !
Un film innovant qui donne envie de renouer avec le cinéma français pour peu qu'il ose sortir des sentiers battus et qu'il conserve cette fraîcheur salvatrice dont le long-métrage est empreint. 




[1] Impossible de regarder Cloverfield et Rec plus de 5 minutes tellement la caméra bouge dans tous les sens pour donner une impression de... ben, on sait pas trop, pas de réalisme en tout cas, parce que personne ne filme comme ça, même le pire des amateurs. Zooms sur des pieds, secousses dans tous les sens, même quand il ne se passe rien et que le type n'est pas stressé, plans de traviole, mise au point hasardeuse, c'est simple, on dirait que c'est filmé par un singe atteint d'une crise d'épilepsie. 


Gros plan sur le réalisateur

Si vous ne connaissez pas Antoine de Maximy, dites-vous bien qu'à côté de lui, Indiana Jones est un petit joueur casanier et maladroit. Car avant de réaliser (pendant 15 ans !) les célèbres J'irai dormir chez vous, Antoine a été reporter de guerre et a aussi participé (comme preneur de son, cameraman, réalisateur...) à de nombreuses expéditions scientifiques.
Pour vous donner une idée, il est allé recueillir un échantillon de lave au sein d'un volcan en activité, il est allé sur le "radeau des cimes" explorer la canopée des forêts tropicales, il est allé fouiner dans des grottes, est descendu dans des gouffres de glace sur la banquise, a navigué... et même lorsqu'il n'était "que" présentateur télé, il trouvait le moyen de faire de petites cascades, comme dire au revoir en démarrant sa bagnole alors qu'il était à l'extérieur, puis courir après pour rentrer par la fenêtre et prendre le volant, le sourire aux lèvres.
Il est comme ça Antoine, un peu fou (nous vous conseillons, sur sa chaîne youtube, sa série de vidéos, exceptionnelles, J'irai rajeunir chez vous, qui présente plus en détail ses aventures de jeunesse) mais très sympathique.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Antoine dans sa plus étrange aventure !
  • Un mélange agréable entre comédie et thriller.
  • Le cadre, angoissant à souhait.
  • Des petites trouvailles scénaristiques inattendues.
  • Les seconds rôles roumains.
  • Un déséquilibre entre la lente et longue partie française et les péripéties roumaines.
  • Quelques acteurs bien à la ramasse ou insipides.
  • Un final perfectible dans sa forme.