Contes de Noël du Journal Spirou
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Gros plan sur un album rempli de nostalgie et de personnages célèbres : Contes de Noël du Journal Spirou.

C'est en 2020 que Dupuis sort ce lourd recueil de 240 pages, consacrées aux contes de Noël publiés dans le célèbre journal, entre 1955 et 1969. L'on retrouve donc au sommaire des bandes dessinées, des contes illustrés ou encore des illustrations, le tout concocté par une flopée d'auteurs et dessinateurs (une trentaine en tout), comprenant notamment Peyo, Jijé, Franquin, Cauvin, Morris, Tillieux, Salvérius ou encore Bara

Ce sont essentiellement ici de brefs récits qui sont compilés, tous tournant autour de la thématique des fêtes de Noël. Les histoires sont souvent naïves voire banales mais elles fleurent bon une époque où morale et éducation avaient encore un sens (même si tout n'était évidemment pas parfait, difficile de condamner en bloc un temps où le futur faisait encore rêver et où, par exemple, notre pays était encore souverain et non aux mains des technocrates européistes et des scélérats qui justifient des "crimepensée"). Il faut dire que, à travers ces scènes, souvent humoristiques, c'est clairement à un voyage dans le passé que l'on est convié. Or les fenêtres de ce genre, sur une tout autre époque, sont souvent aussi féériques que douloureusement émouvantes. Il est donc possible de constater une légère humidité des yeux de temps à autre. À moins que vous ayez le cœur aussi dur qu'un menhir breton et les yeux étanches d'un vieux boucanier insensible que même les pires tempêtes laissent sec et nonchalant.

Reprenons. Si certains styles et personnages sont clairement datés (citons notamment Bara et son Kéké le perroquet), beaucoup se révèlent au contraire intemporels. Les lecteurs retrouveront avec plaisir des noms aussi connus et ancrés dans la culture populaire que Spirou et Fantasio (cf. cette Parenthèse de Virgul pour découvrir "l'album maudit" de Spirou), Gaston Lagaffe, Boule et Bill, les Tuniques Bleues (cf. cet article pour revenir sur l'album hommage leur étant consacré), Gil Jourdan, les Schtroumpfs (voir cette Intégrale Dupuis récente), Poussy ou encore Johan et Pirlouit. Lucky Luke et Buck Danny font même de brèves apparitions. Autant dire que nous avons là un casting de luxe, accompagné de quelques seconds couteaux sympathiques.  

La plupart des contes, peu développés, sont simplistes mais dégagent une innocence touchante. Certaines illustrations, quant à elles, sont proprement magnifiques et peuvent s'admirer longuement. La colorisation, que l'on pouvait craindre quelque peu criarde au regard de l'époque, est parfois au contraire fort jolie (citons par exemple le très beau Nuits Blanches dans la Forêt, de Hausman). Même certaines planches en bichromie (utilisant uniquement le noir et le rouge ou le noir et le bleu, certaines couleurs intermédiaires étant obtenues en jouant sur les pourcentages de ces deux teintes) ont un charme indéniable, preuve que de la limite technique ou financière peuvent surgir, parfois, un peu de beauté et de poésie. La contrainte n'est pas toujours synonyme de résultats médiocres, elle peut aussi permettre d'inventer et de créer autrement. Une évidence qu'il est bon de rappeler à une époque où les outils mis à disposition des auteurs n'ont jamais été aussi performants et impressionnants : c'est avant tout le savoir-faire humain qui compte, que l'on utilise un simple crayon ou une IA, un outil demeure... un outil. 

Bref, un coup d'œil dans le passé, plein de douceur et de belles surprises.
L'ouvrage est encore disponible en neuf.

 









+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Des auteurs mythiques.
  • Et des personnages légendaires (ou moins connus).
  • De magnifiques illustrations.
  • Une atmosphère douce et nostalgique.

  • Le prix, 49 euros tout de même.
  • Certains récits datés.
Signes Extérieurs de Richesse
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Retour sur une comédie française des années 80, qui ressort bientôt en DVD et Blu Ray : Signes Extérieurs de Richesse.

Tout va pour le mieux pour Jean-Jacques Lestrade, patron d'une florissante clinique vétérinaire à Paris. L'homme mène grand train, entre dîners mondains et parcours de golf, jusqu'à la tuile ultime, le pépin qu'il n'avait pas vu venir : un contrôle fiscal. Béatrice Flamand, terne et timide fonctionnaire, débarque ainsi dans la vie du vétérinaire que ses amis ont déjà mis en garde : un contrôle fiscal, c'est l'enfer, il est possible même de ne jamais s'en remettre ! Sur les conseils de son grand ami Jérôme Bouvier, "expert en comptabilité", Jean-Jacques va tout faire pour mener en bateau la consciencieuse Béatrice...

Voilà un classique de la comédie des années 80 qui sort le 17 février en DVD et Blu Ray chez Rimini Éditions. Réalisé par Jacques Monnet, le film réunit Claude Brasseur et Josiane Balasko dans les rôles principaux, accompagnés de l'excellent Jean-Pierre Marielle (magique dans son rôle de demi-margoulin), Roland Giraud ou encore Charlotte de Turckheim.




Cette comédie sentimentale, bien qu'ancienne, n'a rien perdu de son efficacité. La romance est un brin naïve mais reste sympathique. L'ensemble est rythmé et parsemé de gags, souvent efficaces, le tout étant porté par des acteurs au top de leur forme. Certaines scènes sont même mythiques, que ce soit la confusion entre nouveaux et anciens francs, le fameux "je ne t'ai jamais dit que j'étais expert-comptable" ou encore la réponse automatique du gamin du "comptable" quand quelqu'un sonne à la porte. Quant aux personnages, ils sont moins caricaturaux que ce que l'on pourrait penser : entre l'inspectrice que tout le monde redoute mais qui s'avère timide et gentille, et le docteur, tombeur au final pas si insensible que ça, l'écriture s'avère plutôt inspirée. 

Voilà de quoi passer un bon moment, avec un divertissement agréable et une ambiance à la fois nostalgique et "feel good". Le film est accompagné d'une interview de Balasko (8 mn) en guise de supplément. Notons que cette sortie s'effectue dans le cadre d'une collection consacrée à Josiane Balasko, dans laquelle on peut retrouver aussi Les Keufs, Les hommes préfèrent les grosses, Sac de nœuds, Ma vie est un enfer et Nuit d'ivresse

Vivement conseillé si vous aimez ce genre de comédie à l'ancienne. 





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un excellent casting.
  • L'humour.
  • Des personnages attachants.
  • Marielle, exceptionnel.
  • Le tout demeure assez prévisible tout de même.
Animal Kingdom
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Fort, haletant et somptueusement écrit : retour sur Animal Kingdom.

Josh, dit"J", est encore au lycée quand sa mère meurt d'une overdose. Il va alors vivre chez sa grand-mère, Smurf, qu'il avait perdue de vue. Il rencontre également ses oncles, Baz, Pope, Deran et Craig. Mais ce ne sont pas des tontons comme les autres. Sous la direction de Smurf, ils font des "coups", braquent des banques, dévalisent des églises ou des navires, selon l'inspiration du moment. Josh va alors basculer, peu à peu, dans un autre monde, fait de violence et de plaisirs interdits. 
Cependant, sous les activités criminelles, déjà dangereuses en elles-mêmes, se cachent également des secrets de famille, bien enfouis mais dont l'odeur nauséabonde va finir par imprégner le quotidien des malfaiteurs. 

Animal Kingdom est une série de 6 saisons et 75 épisodes, disponible actuellement sur Netflix. C'est une création de Jonathan Lisco, d'après le film du même nom, de David Michôd. L'on peut citer, dans les rôles principaux, l'excellente et troublante Ellen Barkin (qui avait notamment joué aux côtés de Dennis Quaid, en 1987, dans le sous-estimé The Big Easy) ou encore Shawn Hatosy, campant un complexe et hallucinant Andrew "Pope" Cody. 




Si vous aimez les séries musclées et tendues, à la narration sous adrénaline, du genre The Shield ou Sons of Anarchy, il y a un peu de ça dans Animal Kingdom. Et même un peu plus. Tout d'abord, le fait d'intégrer des protagonistes fort jeunes (J et Nicky, par exemple), rend l'intrigue encore plus "borderline" parfois (dans le bon sens du terme), l'aspect "vie de famille" et "vie scolaire", même si l'intrigue mafieuse l'emporte largement, permettant d'ajouter une tension dramatique plus profonde encore. 
Notons également l'humour, rare mais très efficace au détour d'une réplique de temps à autre.
Mais bien entendu, l'essentiel est ailleurs...

Les activités criminelles de la famille, les conflits internes, les secrets plus ou moins bien gardés, les failles actuelles et les blessures anciennes vont s'entremêler pour donner un récit âpre, surtendu, futé et surprenant. Les personnages possèdent de multiples facettes, les rendant tour à tour sympathiques ou détestables, sans pour autant les dénaturer. La "noirceur" de leur âme, notamment, et la conscience qu'ils en ont, les rendent particulièrement humains. Les "coups", minutieusement préparés, apportent leur lot de suspense. Quant aux multiples rebondissements, violents et inattendus, ils tiennent lieu de véritable ciment pour cette série audacieuse et jouissive (dont nous allons éviter, ici, de dévoiler les plus énormes effets, qui mériteraient d'être minutieusement analysés tant ils sont formellement efficaces et bien amenés). 
Certains moments dramatiques, d'une justesse folle, sont aussi poignants que délectables, alors que d'autres scènes, plus légères, apportent un nécessaire vent de fraîcheur au milieu du souffre, mais globalement, c'est plutôt sombre, forcément. Ne vous y trompez pas, le côté "surf" et "ambiance lycée" du début n'est qu'une façade qui s'estompe bien vite. Et de manière tragique. 

Bref, une excellente série, dont on tombe accro dès les premières minutes.
C'est si bon que ça fait mal quand ça s'arrête. 




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • L'écriture, implacable.
  • La profondeur des personnages.
  • Les plus épouvantables rebondissements, très bien gérés.
  • L'humour, rare mais très efficace.
  • Ellen Barkin, magistrale et envoûtante.
  • Le personnage de Pope, qui hantera longtemps l'imaginaire collectif.


  • C'est parfois très dur, surtout quand ça concerne des enfants. Ce n'est pas un défaut en soi, ça reste une fiction, mais c'est à signaler.
Joe, l'aventure intérieure
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Une crise d'hypoglycémie peut être le début d'une odyssée extraordinaire, c'est ce que nous allons voir en nous penchant sur Joe - L'aventure intérieure, sorti en 2012.

Joe est un adolescent souffrant de diabète. Il doit donc surveiller régulièrement son apport en sucre. Un jour, alors qu'il se rend au cimetière militaire où son père repose, le jeune homme tombe sur une bande de crétins qui le malmènent et lui volent ses sucreries...
De retour chez lui, Joe tombe en hypoglycémie.
Tremblant, transpirant, le garçon se met à halluciner. Il va alors transposer sa lutte contre la mort dans un monde imaginaire, où les jouets prennent vie, où son petit rat est un guerrier, où l'éternel combat de la Lumière contre les Ténèbres repose sur lui...

Voilà un récit très particulier qui, rassurez-vous, traite de bien autre chose que du diabète et ses pénibles conséquences. L'on retrouve ici Grant Morrison en grand maître d'œuvre, accompagné par Sean Murphy pour ce qui est des dessins.
L'on peut s'attendre à tout avec ce diable de Morrison. Du poignant We3 au nullissime Kill your Boyfriend, en passant par l'opaque The Mystery Play, le fiévreux Arkham Asylum, son excellent run sur les X-Men ou son soporifique JLA. Eh bien c'est plutôt du très bon qui a été publié par Urban à l'époque, avec ce comic original et bien pensé.

Citons tout de suite le travail exemplaire de Murphy (qui a notamment travaillé sur Crush ou le spin-off de American Vampire). Le dessinateur parvient à créer des atmosphères exceptionnelles à partir de scènes a priori banales, que ce soit l'intérieur d'un simple bus ou le couloir d'une maison. Les angles de vue, le contraste, le souci du détail permettent d'installer une ambiance lourde et inquiétante. Quant au monde imaginaire, il est tout simplement grandiose, avec de magnifiques pleines pages aux décors fouillés.
Bref, graphiquement, c'est une tuerie.




Mais intéressons-nous maintenant un peu à ce que l'esprit, aussi imaginatif que tortueux, de Morrison a pu nous concocter. L'auteur dévoile deux actions parallèles se déroulant à la fois dans le monde réel et dans l'univers halluciné issu de l'imagination de Joe, or ce procédé lui permet d'évoquer non pas les diabétiques ou l'histoire d'un garçon harcelé par des brutes, mais tout simplement le processus créatif.
Car c'est presque à une visite de son propre Imaginaire que Morrison nous convie. Il nous montre clairement, sans prétention, comment par exemple une dangereuse et magnifique cascade peut n'être inspirée que par une mince fuite d'eau ruisselant le long d'un escalier, et par là même s'attache à déconstruire le symbolisme des contes.
En effet, les auteurs, depuis la nuit des temps, s'ingénient à transformer les peines en rebondissements dramatiques et les épreuves terre à terre en quêtes initiatiques peuplées de fées, de trolls et de royaumes à sauver. Parce que l'Homme a, par nature, tendance à enjoliver son quotidien lorsqu'il le raconte mais aussi parce qu'il est plus facile de faire face à un symbole qu'à la réalité, parfois sinistre et oppressante.
De notre côté des pages, les Bouffon Vert ou les Sauron sont rares, mais parce que l'on peut mourir à cause d'un soda que l'on ne trouve pas, ils sont terriblement nécessaires dans l'Imaginaire. Pour donner un peu de grandeur à la souffrance. Un peu de sens à la fatalité.

Attention cependant, il ne s'agit pas réellement d'une aventure au premier degré, dans laquelle l'on peut facilement s'impliquer, mais bien d'une ode à l'Imaginaire qui, à travers un escalier, un robinet, une cage, un portrait, autrement dit trois fois rien, nous montre l'hallucination ultime, la plus désespérée et la plus belle pourtant, celle des auteurs, ces doux alchimistes qui transforment les pires saloperies en mots sur du papier. Et bien qu'il soit question d'un rongeur qui manie l'épée, l'on est plus proche d'un Daytripper (dans un style certes différent) que des Légendes de la Garde.
L'on retrouve en fin d'ouvrage quelques bonus, allant des recherches sur les personnages à une explication case par case, par Murphy, d'une des scènes les plus réussies du livre. 

Un comic aussi beau sur la forme qu'intelligent sur le fond.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Bien pensé.
  • Graphiquement très beau.
  • Sans être élitiste, l'ouvrage est destiné à un public acceptant de voir dans la BD autre chose qu'une simple distraction.
  • Des personnages uniquement symboliques, peu fouillés, mais c'est le principe de départ qui veut ça.
Écho #81 : Metal Hurlant
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Retour sur les deux derniers numéros du magazine Metal Hurlant !

Avec L'Hôtel de la dernière Nuit et On n'arrête pas le Progrès, le magazine mythique (dont on vous avait déjà conseillé le numéro spécial Lovecraft) aborde cette fois les hôtels miteux et hantés ainsi qu'une flopée de futurs dystopiques à souhait. 

Commençons par la thématique orientée SF, qui contient les récits les plus "barrés". On va retrouver un vétéran des guerres galactiques, une jeune femme tentant de décrocher de son assistant digital et faisant une singulière rencontre lors d'un rendez-vous galant ou encore de jeunes adolescents, livrés à eux-mêmes et éduqués par l'Arbre. Mention spéciale pour le fascinant univers graphique, aussi déjanté que coloré, du Voyageur, une histoire au style surréaliste et signée Mislav Tomasinjak

Pour ce qui est du deuxième magazine, l'atmosphère générale y est plus glauque et effrayante. Entre un urbex qui tourne mal dans un hôtel hanté, un couple dysfonctionnel qui s'engueule dans une chambre très spéciale ou, entre autres, un suicide évité de peu grâce à une rencontre fortuite, on passe par un large spectre d'émotions et de surprises. Notons l'excellente BD qui ouvre le magazine et réussit l'exploit, en quelques pages seulement, de nous présenter une créature effrayante appelée Anima et l'un de ses prédateurs, plus épouvantable encore !

Comme d'habitude, des styles graphiques très différents se succèdent au fil des pages. Si certains scénarios semblent un peu convenus, d'autres ont un fort impact grâce à une maîtrise narrative exceptionnelle. Notons enfin la présence de diverses rubriques fort sympathiques, comme Les Belles Affiches (des films de merde), qui comme son nom l'indique revient sur des navets et nanards qui ont la particularité de posséder des affiches au visuel souvent magnifique. Plus quelques articles et interviews, le tout étant bien rempli. Juste quelques coquilles à déplorer sur certaines BD.

Bref, un fantastique voyage dans l'imaginaire, rudement conseillé.








Bien entendu, il existe de nombreuses autres thématiques traitées par Metal Hurlant,
 il y a même un magazine dédié aux... chats ! Quant au prochain numéro,
 il sera consacré au transhumanisme. Prometteur, non ? 

L'Amour Ouf (et pourquoi c'est bien plus minable que fou)
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L’Amour Ouf est un film… fou sur bien des plans. À la fois très bon et… épouvantable.
On revient sur un des hits 2024 du cinéma français.

Dans les années 80, Jacqueline, alias Jackie, scolarisée et plutôt intelligente, rencontre Clotaire, un ado, comme elle, mais qui a quitté l'école et passe son temps à zoner avec ses potes (et accessoirement à se foutre de la gueule des gamins qui, eux, sont encore au lycée). Parce qu'à cet âge, les filles semblent irrépressiblement attirées par les pires profils, elle va tomber amoureuse dudit Clotaire. Ce dernier, de bastons en mauvais coups, finit par s'attirer des ennuis en volant non plus des commerçants mais des mafieux. Il se fait choper mais a "la chance" de se faire offrir aussi un "job". De petit délinquant ne respectant rien ni personne, il parvient au statut de vrai criminel, participant à des casses.
Et ce qui devait arriver arrive : un braquage se passe mal, il y a un mort, et Clotaire part en taule pour 10 ans.

Bon, déjà, on sait que c'est un film de science-fiction, parce que pour qu'une racaille se prenne douze ans de taule et en fasse dix, ou c'est de la SF ou ça ne se passe pas en France. Bref, pendant ce temps-là, Jackie rencontre un mec normal, un brave type qui a un boulot, l'aime, se comporte normalement. Mais voilà les années passent, Clotaire ressort et, lui, il n'a pas oublié Jackie...

Alors, même si je n'aime pas du tout Poelvoorde, Chabat et cette clique, il faut reconnaître que ça joue bien. François Civil est bon aussi, reste juste Adèle Exarchopoulos, qui comme d'habitude nous inflige son regard de poisson mort, sa diction approximative et son visage inexpressif (il ne suffit pas d'être en larmes pour être émouvant). Comment se fait-il que cette fille, incarnation de la fadeur, soit à ce point suremployée partout ? Enfin, soyons honnête, sur la forme, ce film de Gilles Lellouche est très bon. On ne s'ennuie pas malgré les 2h40, il y a des scènes magnifiques, de bons dialogues, une musique au top et une réalisation vraiment efficace voire inspirée. Mais ce que ça raconte... putain.
Parce que, OK, c'est un bon film, on se laisse prendre au jeu, les personnages génèrent une énorme empathie (bravo d'ailleurs à Mallory Wanecque et Malik Frikah, excellents dans les rôles de Jackie et Clotaire jeunes, qu'ils doivent d'ailleurs installer pour que le film tienne la route), mais quand on réfléchit un peu au fond, en prenant du recul, c'est assez glaçant. Un peu comme si tu n'étais pas assez habillé sous une fine mais retorse pluie de novembre.


Parce que, ça raconte quoi, en fait ? Une jeune fille tombe amoureuse d'un vrai connard, qui ne fait que des conneries. Il va en taule pour un crime qu'il n'a "pas commis", mais bon, il a tout fait pour. Et quand il ressort, il justifie presque les dix années passées en prison. Elle va tout laisser tomber pour lui, dans une crise d'immaturité assez exceptionnelle, qui justifie donc le titre. L'amour peut être fou au point que l'on fasse n'importe quoi. Hmm... pourquoi pas. 
Mais par contre, la romance est tout de même très basique. On s'aime, on est séparés injustement, mais on se retrouve et on s'aime encore. Ça ne met pas trois balles dans le dos d'un ministre "suicidé". Ou ça ne casse pas trois pattes à un canard, pour être plus classique. 
L'intrigue "policière", ou mafieuse disons, est encore plus maladroite, puisqu'elle n'a pas réellement de fin. Ou plutôt, elle se conclut par une pirouette aussi agaçante qu'irréaliste. 
Mais nous n'en sommes pas encore arrivés au pire, au sous-texte, au "message", qu'il soit volontaire ou inconscient.

Car ce qui est vraiment nauséabond dans ce film, c'est finalement ce qu'il défend, avec une pugnacité scélérate : les racailles ultra-violentes et en rupture totale avec la société sont de gentilles personnes qui ont droit à l'amour et sont meilleures que les citoyens honnêtes. Vous ne l'avez pas perçu comme ça ? Vous avez été particulièrement inattentif alors. Voyons cela en détail.
1. Le père de Clotaire, un type honnête, qui a un boulot difficile, comme la plupart de nos pères à l'époque, est présenté comme trop dur et, au final, comme un loser.
2. Si Jackie et Clotaire s'entendent bien et tombent amoureux, c'est parce que Jackie tient tête à Clotaire, en le défiant. Clotaire va la respecter et être attiré par elle parce qu'elle ne se "laisse pas faire". Et Jackie, soi-disant contre la violence, va être fascinée par ce type justement parce qu'il incarne une rupture totale avec les valeurs raisonnées et raisonnables de la société. 
3. Clotaire est montré comme une victime d'une erreur judiciaire alors qu'en réalité, c'est son comportement criminel bien réel qui le mène à cette condamnation. Et personne ne lui a demandé de se taire pour protéger des voyous qu'il connaît à peine.
4. Une fois dehors, Clotaire va commettre des crimes bien plus nombreux, sans être cette fois condamné, comme si son comportement était "justifié".
5. Le mari de Jackie, pourtant gentil, est montré comme violent dans une scène atroce où, anéanti par la souffrance, il tente d'abuser de sa propre épouse. Qui le massacre avec un combiné téléphonique. 
6. Le père de Jackie finit par admettre, quand elle quitte un type normal pour un repris de justice ultra-violent et criminel, qu'elle "a raison" !! 
7. La scène finale, abjecte, montre un responsable de secteur, dans un magasin, se faire menacer par les deux couillons. Alors, effectivement, le responsable en question n'est pas du tout sympa, mais ici, le trait est forcé pour que les deux racailles (car Jackie est bien devenue cela) soient perçues comme légitimes lorsque Jackie menace et soumet son chef.

L'Amour Ouf
n'est pas un grand film pour une raison essentielle : il ne tient pas un second visionnage ou un début de réflexion sur son propos. Oui, c'est bien foutu, on se prend d'affection pour Jackie et Clotaire, on peut se laisser porter, le cerveau éteint, par cette pseudo-romance, en laissant les auteurs (Gilles Lellouche, Ahmed Hamidi, Audrey Diwan) nous mettre leur vision du monde décadente et amorale dans la caboche, en souriant et bouffant du pop-corn. Parce que c'est "joli" et divertissant.
Mais si l'on est encore un peu capable de comprendre ce qui est dit et montré, si l'on pense que réfléchir sur une histoire et sa morale est essentiel, si l'on refuse de laisser la merde être camouflée par les paillettes et quelques tours de passe-passe, alors, ce film n'est non seulement pas "grand", mais il n'est pas non plus "bon" au sens le plus strict du terme. Parce qu'il est complaisant avec ce qu'il y a de pire dans l'humanité et la société. Et ce n'est pas une question de violence. On nous dit, à la fin, que Clotaire renonce à la violence par amour pour Jackie. Déjà, c'est une bien mauvaise raison. Il se range parce qu'il ne veut pas perdre la femme qu'il aime, pas parce qu'il réprouve ses anciennes méthodes. Ensuite, Jackie prend la relève d'une manière très vicieuse, en menaçant son chef (en gros, elle lui dit que son mec a fait dix ans de prison, et que s'il ne s'en prend pas à lui, c'est parce qu'elle le tient en laisse). 
Où est la morale là-dedans ? La violence, elle, n'est pas un absolu. Elle dépend du contexte. On peut être très violent pour sauver un enfant par exemple. Donc, être "contre" la violence, comme Jackie semble l'être (ou plutôt le dire, car en réalité, elle joue bien de la menace), est stupide. Par contre, la morale, elle, ne peut se négocier selon le contexte. Clotaire est un criminel, et Jackie ne l'aime que pour ça (rien dans ce qu'il est, fait ou dit ne laisse supposer le contraire). C'est pour cela que, malgré les effets réussis, les plans inspirés et les musiques sympas, L'Amour Ouf laisse un arrière-goût de pourri dans la bouche.
Parce que ce qui fonde cet amour, et par extension tout le film, c'est un culte voué aux pires saloperies.

Déroutant. Parce que très bon si l'on en reste à l'écume du récit, mais profondément puant si l'on fait l'effort de comprendre ce qui est dit. 

Le Titanic pour les pauvres et les bas de plafond. Ou comment mettre de la pseudo-romance dans une scène stupide et dangereuse.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une réalisation efficace.
  • Un habillage musical inspiré.
  • La performance indéniable de Mallory Wanecque et Malik Frikah.
  • Un sous-texte infect et pro-criminels.
  • Une sous-intrigue policière qui n'est pas réellement aboutie.
  • Une romance vraiment conne sur le fond et basée sur ce que l'on peut imaginer de pire.
  • Adèle Exarchopoulos, toujours aussi terne. La pire imposture actuelle du cinéma français.
La Parenthèse de Virgul #50
Par



Hello les Matous !
C'est la cinquantième Parenthèse de Virgul ! Et déjà huit ans que la rubrique existe. Eh bien, pour fêter ça, le sujet était tout trouvé : moi. Ou tout ce que vous avez toujours voulu apprendre (ou pas) sur le plus cool des chats.
Miaw !

Virgul par Virgul
Nous avons abordé bien des sujets au cours de ces quelques années, que ce soit Fantômas ou Captain Universe, les uniformes confédérés et le soi-disant effet Mandela, l'incroyable destin de Wilhelm Reich ou le format à l'italienne, sans parler de quelques règles de grammaire ou même des débuts de Buffy. Vous retrouverez tout cela détaillé à la fin de cette Parenthèse.
Mais pour le moment, à la manière des annuals des vieux comics qui proposaient de menues explications et anecdotes sur les personnages, voici quelques informations félines sur votre serviteur !

Nom : VIRGUL
Date d'arrivée sur UMAC : mai 2015
Poste : mascotte, rédacteur de la rubrique "La Parenthèse de Virgul"
Activité préférée : la sieste
Musique préférée : Year of the Cat, d'Al Stewart
Série préférée : Waldo Kitty
Plat préféré : le canari en sauce les croquettes


Tout d'abord, il faut savoir que ma force est peu commune. Je peux soulever, comme qui rigole, plus de 250 kilos. 
Et il n'y a pas de raison spéciale à ça, les chats mosellans sont juste super balèzes.



L'une de mes grandes passions dans la vie, c'est les flingues. Les grenades aussi, un peu, mais un bon fusil d'assaut, 
ça permet de bien se marrer et de calmer les ganaches. J'aime bien la dynamite aussi.



Profondément mélomane, je joue de la guitare, du piano, du saxophone et de la flûte. 
Ça aide quand même pour dragouiller la féline en maraude. 



Mon meilleur ami est Panzer, un maine coon qui descend la bière presque aussi vite que moi.
Il a un peu la grosse tête car il vient d'obtenir un rôle important dans une BD. Mais on vous en reparlera en temps voulu.



Sportif accompli, je maîtrise le cha-jitsu, l'art de chuter en planche à voile, le parachutisme et la valse. 
Mais la balade sylvestre reste quand même ce que je préfère.



Aventurier émérite, j'ai inspiré les plus grands, de Bob Morane à Albator, en passant par Jack Ryan.
Comme vous pouvez le voir, j'ai fière allure ! C'est fou, tout me va.



Et bien entendu, comme mon humain, je suis un grand passionné de lecture. 
Dans ces moments-là, il me faut quand même un bon gros coussin moelleux pour mon auguste derrière.



Bref, j'ai redéfini à moi seul la notion de coolitude. Nous voilà donc repartis pour quelques Parenthèses supplémentaires, 
avec des infos insolites, des anecdotes passionnantes et surtout, votre matou préféré ! Rock 'n' roll !



 

Liste et thèmes des Parenthèses 1 à 50

01. Tortues Géniales (points communs entre l'univers des TMNT et l'univers Marvel)
02. La Confusion des Flash (comment différencier Flash et Flash Gordon)
03. Quand Conan rencontre Cthulhu (les incartades des Grands Anciens dans l'univers de Robert E. Howard)
04. Goldorak Go ! (incohérences et bizarreries dans le dessin animé de notre enfance)
05. La Voie du Sabre (les différents sabres des Jedi)
06. L'Homme au Cent Visages (le véritable Fantômas !)
07. À Fond la Caisse ! (évolution de la Batmobile)
08. Et la Puissance fut ! (Captain Universe et la Force Enigma)
09. Canard Masqué (Fantomiald et ses créateurs)
10. Flics et Bikers (de The Shield à Sons of Anarchy)
11. De la Toile et des Gnons (les premiers combats de Peter Parker)
12. Computer in Love (avant Penny de The Big Bang Theory : Madeline de Electric Dreams)
13. Vous avez dit "spoiler" ? (sens réel du terme "spoiler" et ses dérives)
14. Le Feu sous la Glace (quelques infos sur Emma Frost)
15. L'Homme-Multiple (présentation de Madrox et son équipe)
16. Une Vie de Chat (retour sur Waldo Kitty et ses incarnations)
17. D'Araña à Spider-Girl (connaissez-vous Anya Corazon ?)
18. Schizophrène et Surpuissant (les "véritables fausses" origines de Sentry)
19. L'Album Maudit (un Spirou très particulier)
20. Programmée pour Tuer (les tribulations de Laura Kinney)
21. Des Bulles aux Piques (le destin de Robert Baldwin)
22. Le Pouvoir du Ridicule (Top 10 des surhumains les plus kitsch du monde des comics)
25. Cohabitation Difficile (quand Spidey déménagea avec sa famille dans la tour des Vengeurs)
26. Quand sonne l'heure du Midnighter (de Stormwatch à l'univers DC Comics en passant par The Authority)
27. De l'évolution du Badass (tout est dans le titre)
28. Monty Python et Guerre des Malouines (quand la fiction s'invite dans un véritable conflit armé)
29. La Saga du Prêtre Jean (saga culte et livres dont vous êtes le héros)
31. Bichette contre les Vampires (les débuts improbables de Buffy)
32. Les Mots ont un Sens (quelques fautes courantes parmi les nombreuses dérives actuelles) 
33. De la véritable Longueur des Romans (ou pourquoi la page n'est pas une unité de mesure)
34. L'Effet Mandela (quand l'inculture devient paranormale)
35. Le Team-Up improbable (quand le Tisseur rencontre Invincible)
36. Le taf idéal pour Peter Parker ? (l'évolution du personnage durant l'ère Straczynski)
37. L'autre "Spiderman" (découverte de ce personnage méconnu, sans trait d'union)
38. Le Club tente la fusion impossible (un format hybride entre roman et BD)
39. Cinquante Nuances de Gris (uniformes confédérés et idées reçues)
40. Garde-Robe (évolution stylisée de la tenue de Batman)
41. Guiboles de Comics (quand les dessinateurs exagèrent "un peu" la taille des jambes des dames)
42. Du Nom des Gnons (ne pas confondre ce qui vous arrive en pleine tronche)
43. Follow the White Rabbit (le titre envoûtant du Jefferson Airplane au sein de trois grands films)
44. Quand les périodiques BD avaient leurs propres aviateurs (le combat entre Tanguy & Laverdure, Buck Danny et Dan Cooper)
45. I still dream of Orgonon (chanson culte et incroyable histoire vraie)
46. L'Aventurier se plie en quatre (quand Bob Morane proposait un roman, une BD, un jeu de rôle et un guide au sein de son magazine)
47. Sur les Traces d'Elric (la dark fantasy de Moorcock)
48. À l'italienne (les avantages d'un format sous-employé)
49. Dessins bâclés et dégueulasseries visuelles (gros ratages et BD atypique) 
50. Virgul par Virgul (vous êtes ici)